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    Ancien journaliste, Jean-Claude Bonnot se consacre depuis des années à des recherches sur l'Occupation dans le Jura et en Franche-Comté. C'est en 2013 qu'il découvre aux archives départementales du Jura un gros dossier relatif à une affaire traitée par la police française en janvier 1944. Pour compléter ce témoignage inédit, il est parti à la recherche des acteurs en vivant pour rassembler la mémoire orale de l'événement.

    L'affaire découverte par l'auteur s'inscrit dans une première réalité : les réquisitions effectuées par les maquis pour leur survie, d'abord à l'encontre de Vichy, mais aussi, par nécessité, chez les paysans, en priorité les collaborateurs ou les tenants du marché noir. La pratique n'a pas laissé néanmoins un bon souvenir à certains ruraux. L'installation de la Milice, en janvier 1943, produit également un durcissement du combat. Dans le Jura, plusieurs miliciens sont abattus, parfois en pleine rue, tout au long de l'année. A Toulouse-le-Château, deux hommes rançonnent les habitants dans la nuit du 15 décembre 1943, tout en se montrant très polis et en n'usant d'aucune violence même s'ils se montrent avec des armes à feu. Arrêtés par la police à Lons-le-Saunier, leurs interrogatoires semblent montrer qu'on a à faire à des criminels de droit commun qui tentent de se faire passer pour des résistants. Les coupables, et les personnes arrêtées en leur compagnie, sont expédiées par le préfet en camp d'internement. C'est la 19ème brigade de police de sûreté d'Annecy, qui étend sa juridiction à la Savoie, qui va s'occuper d'un autre cas qui semble au départ similaire, l'affaire d'Arlay. Dans cette bourgade de 800 habitants, des vols, de  véhicules ou d'autres biens, sont commis en novembre-décembre 1943. Après une première d'arrestations, la police investit en force le village le 14 janvier 1944 et garde en détention 6 personnes : les frères Nanot, qui ont la réputation non usurpée d'être des bagarreurs, les frères Seyssel, dont 2 sur 3 sont bien membres de la Résistance, et G. Charitat, comme les autres désigné par la rumeur publique. Les 6 hommes sont internés. Reste Paul Seyssel, un autre frère, disparu depuis mai 1943 et auquel s'intéressent les policiers, qui dirigerait la "bande" responsable de ces forfaits, avec un autre homme : Emile Girardot.

    Le 11 décembre, deux jeunes hommes de 15 et 16 ans, André Ville et André Danrez, partent chercher du ravitaillement pour leurs familles dans la région de Château-Chalon, où la police soupçonne la "bande" d'opérer. Les deux jeunes garçons disparaissent sans laisser de nouvelles. Les parents reçoivent des lettres indiquant qu'ils seraient passés par un hôtel de Voiteur. La famille Danrez est en contact avec un résistant, Roger Vercelli, qui est l'adjoint d'Elie Monteils, responsable de la résistance locale. Vercelli recueille des informations laissant croire que les 2 jeunes ont été exécutés par Seyssel et Girardot. Vercelli informe Henri Jonval, adjoint au chef départemental de l'Armée Secrète, René Foucaud, ancien militaire de carrière ayant servi dans le 507ème BCC de De Gaulle. Après l'arrestation d'un complice, la police met la main à Lons-le-Saunier sur Emile Girardot, venu à un rendez-vous dans un hôtel, mais ne trouve pas Paul Seyssel. Les policiers fouillent la demeure de Paul C., personnage haut en couleurs de Château-Chalon, qui effraie les voisins par ses idées avancées et sa possession d'armes à feu : ils y retrouvent des armes, un véhicule volé en décembre notamment. Des interrogatoires de Girardot par la police et des témoignages de résistants, il apparaît bien que Girardot dirige un groupe de résistants avec Seyssel pour adjoint et qu'il soit chargé du ravitaillement. Mais les deux chefs de groupe sont loin d'être discrets et abusent du profit de leurs rapines. On est dans le cas d'un maquis de réfractaires où les chefs ont refusé de se plier aux consignes de la hiérarchie, et agissent de leur propre autorité. C'est pourquoi il est fort possible que ce soit les chefs de la résistance locale qui ait renseigné la police pour arrêter Girardot, comme le laissent penser les sources, afin d'avoir à éviter de l'exécuter.

    Girardot, interrogé plusieurs fois par les policiers, reconnaît d'abord les vols et autres rapines, mais nie l'assassinat des deux jeunes garçons. Il finit par craquer et avoue l'exécution des deux André, que lui et Seyssel ont pris pour des espions ; Girardot charge beaucoup sont adjoint. Le mobile du meurtre ne semble pas crapuleux. Les deux jeunes gens avaient probablement l'intention de rejoindre le maquis ou en tout cas étaient curieux de découvrir ce groupe de résistants : ils auraient été un peu trop fanfarons, mais la réaction des deux chefs du groupe, comme le montre le témoignage de Girardot, est totalement disproportionnée. Les corps sont découverts le 29 janvier 1944 sur indication de Girardot. Les responsabilités sont difficiles à établir. Girardot s'appitoie beaucoup sur lui-même dans les lettres écrites en prison, mais reconnaît avoir été "grisé" par son autorité de chef de groupe. Des témoignages contemporains à l'écriture du livre insistent sur la participation de Paul C., le paysan receleur,à l'exécution, mais qui pour certains chefs résistants dirigeait en fait ce groupe et influençait Seyssel et Girardot. Les Allemands mettent la main sur Girardot et l'envoient à Mathausen : celui-ci n'en reviendra pas. Paul Seyssel, quant à lui, échappe aux forces de police, mais finit liquidé par la Résistance, probablement à l'été 1944, dans des circonstances qui restent obscures. Il est le grand absent de l'affaire, son rôle reste difficile à apprécier.

    Paul C., le paysan de Château-Chalon, qui vivait caché depuis la descente de police, revient chez lui presque tranquillement à la Libération. Il ne sera jamais inquiété et mourra d'un accident de la route en 1974. Après 1945, Girardot sera reconnu membre de la Résistance : il s'agit alors de taire son passé trouble et de souligner son appartenance à la lutte. La plaque du monument aux morts de Ruffey-sur-Seille associe deux de ses enfants, Jonval, le résistant, et Girardot... ce dont se plaignent les descendants de la famille Danrez, un des deux jeunes assassinés.

    Jean-Claude Bonnot, à partir de documents d'archives et d'un travail de terrain qui le rapproche de son ancien métier de journaliste, et en utilisant quelques sources secondaires, montre ainsi qu'à côté des faux maquis décris par l'historien Fabrice Grenard (d'ailleurs cité comme référence), il y eut aussi de vrais maquis dont les chefs perdirent parfois le contrôle de la situation. D'après les sources disponibles, c'est bien ce qui semble être arrivé au maquis de Château-Chalon.

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    Dans son livre, William McCants, ancien conseiller du secrétaire d'Etat et membre de la Brookings Institution vise avant tout à démontrer pourquoi l'Etat Islamique est un défi nouveau pour le monde, bien loin d'al-Qaïda.

    La réponse est donnée en 6 chapitres. Dans le premier, McCants montre que l'Etat Islamique était destiné, dès le départ, à diverger d'al-Qaïda. Là où Ben Laden et Zawahiri voulaient gagner le soutien du monde musulman avant d'établir le califat, l'Etat Islamique, lui, procède exactement à l'opposé. Zarqawi, le fondateur d'al-Qaïda en Irak, s'affronte régulièrement à Ben Laden et Zawahiri. C'est après sa mort qu'est proclamé le premier Etat Islamique, en octobre 2006. Les chefs d'al-Qaïda sont totalement surpris, de même que les partisans d'al-Qaïda sur la toile, déboussolés. Derrière le calife Abou Omar al-Baghdadi, il y a à la manoeuvre al-Masri, l'ancien chef d'al-Qaïda en Irak avant la création de l'Etat Islamique. C'est à cette époque d'ailleurs que l'organisation se dote d'un drapeau, celui qui est aujourd'hui encore le drapeau de l'EI. Un drapeau qui se veut tourné vers le passé mais qui reflète des ambitions modernes. Le premier Etat Islamique se compare volontiers aux Abbassides, dont il reprend la couleur noire : les prophéties apocalyptiques de la venue du Mahdi, considérées avec dédain par les chefs d'al-Qaïda, sont au contraire très populaires au sein de l'Etat Islamique d'Irak, tout comme elles l'étaient chez al-Suri, le grand théoricien du djihad global.

    Al-Masri, vétéran du djihad égyptien, dirige d'une main de fer le nouvel Etat Islamique. Hanté par les prophéties apocalyptiques, il traite avec dureté les musulmans qui s'opposent à son organisation, y compris les sunnites, tout en ne réprimant pas ses subordonnées qui abusent de leur pouvoir. La sanction ne se fait pas attendre : le mécontentement monte chez les sunnites irakiens. Ben Laden ferme les yeux en dépit des nombreux abris critiques qui lui parviennent. Al-Masri et le calife sont tués par un raid américain en avril 2010.

    Au Yémen, al-Qaïda dans la Péninsule Arabique a repris en 2008 le drapeau de l'Etat Islamique irakien. Dopé par les prêches d'al-Awlaki, grande figure de la propagande djihadiste, AQPA veut à son tour proclamer le califat là où doit avoir lieu le combat de la fin des temps de l'islam. Ben Laden, prudent, conseille de patienter, échaudé par l'expérience irakienne. Peine perdue : avec le début des printemps arabes, en 2011, AQPA se lance dans la construction d'un ensemble territorial, qui sera perdu en moins d'un an. Le groupe s'est mis à dos les tribus, et a coalisé contre lui ses adversaires. Le même sort attend AQMI qui tente l'aventure au Mali avant l'intervention française de janvier 2013, ou les Shebab somaliens.

    Abou Bakr al-Baghdadi prend la tête de l'Etat Islamique en Irak en mai 2010. C'est un religieux, né à Samarra, qui est passé par la prison de Camp Bucca en 2004 mais n'a rejoint al-Qaïda qu'en 2006. Par de subtiles manoeuvres internes, aidé par son âme damné Hajji Bakr, il parvient à se faire nommer à la tête de l'Etat Islamique. Les djihadistes irakiens font leur autocritque, soulignent les erreurs de l'Etat Islamique, en s'inspirant beaucoup du Management de la Sauvagerie d'Abou Bakr Naji : frapper fort contre des cibles clés, avec une violence sans précédent. Naji s'inspire d'ailleurs de théoriciens non musulmans. Le livre est aujourd'hui le livre de chevet des combattants de l'EI dans les camps d'entraînement. L'Etat Islamique irakien profite du déclenchement de la guerre en Syrie pour réactiver ses réseaux syriens et envoyer des combattants qui forment sur place le front al-Nosra. Ce qui devait  au départ ne devenir qu'un réseau terroriste clandestin se transforme en fait en groupe insurgé sous l'influence probable d'Abou Khalid al-Suri, un des nombreux djihadistes que Bachar el-Assad s'est empressé de libérer de prison dès 2011. Khalid al-Souri défend la stratégie d'Abou Mousab al-Suri, vétéran de l'insurrection ratée des Frères Musulmans syriens contre Hafez el-Assad, observateur attentif de la guerre civile en Algérie et qui a connu aussi l'Afghanistan des talibans. Là où Naji conseille de conquérir un territoire et de le garder par la force brute, al-Suri conseille au contraire dans ses écrits de gagner le soutien populaire, les "coeurs et les esprits". C'est la stratégie développée par le front al-Nosra, qui ne suit cependant pas al-Suri partout : il n'hésite pas à collaborer étroitement avec les sunnites syriens dans l'espoir de faire tomber le régime, car contrairement à la théorie d'al-Suri, celui-ci n'est pas soutenu par les Américains dans ce cas précis. L'Etat Islamique, lui, soumet et impose sa volonté, ce qui ne veut pas dire qu'il n'obtient pas de soutien populaire, les habitants étant parfois lassés de l'anarchie des groupes rebelles. L'Etat Islamique et le front al-Nosra sont en compétition pour le pétrole de Deir-es-Zor ; Baghdadi craint que les combattants de Nosra ne soient plus fidèles à son lieutenant Jolani qu'à lui-même ; c'est pourquoi en avril 2013 il somme ce dernier de réintégrer le rang au sein du nouvel EIIL. Jolani refuse et en appelle à Zawahiri, qui reconnaît le front al-Nosra comme branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, non sans avoir tenté une conciliation. L'Etat Islamique tempête et rompt les ponts avec al-Qaïda. Les théoriciens du djihad, al-Filistini et al-Maqdisi, se déchaînent contre l'EI. Celui-ci répond en faisant assassiner par un kamikaze Khalid al-Souri, qui opère alors avec Ahrar al-Sham, groupe rebelle salafiste ayant des liens avec al-Qaïda, contre l'EI.

    L'EI est persuadé que le combat de la fin des temps de l'islam est proche. Ce combat doit avoir lieu à Dabiq, un village au nord-est d'Alep, que l'EI conquiert en 2014. Ce n'est qu'à ce moment-là, et après les premières frappes américaines, que la prophétie datant sans doute du VIIIème siècle est remise à l'ordre du jour. Les couleurs des drapeaux des combattants du Jugement Dernier, le jaune et le noir, sont facilement prêtés au Hezbollah chiite qui soutient le régime et à l'EI, alors qu'elles avaient une toute autre signification à l'époque. L'Etat Islamique réduit en esclavage les Yézidis, car la prophétie veut que l'esclavage soit rétabli pour la victoire de l'islam. Al-Banili, autre théologien important de l'EI, dresse le portrait d'al-Baghadi comme le calife de la fin des temps.

    En juin 2014, la percée de l'EIIL dans le nord de l'Irak puis en Syrie accouche de la renaissance de l'Etat Islamique. Mais celui-ci s'installe dans la durée, profitant des politiques des gouvernements syrien et irakien. Avec ses combattants étrangers, sa théologie politique, son programme de construction d'un Etat, son encadrement issu des baathistes irakiens, il a de quoi créer un Etat. Al-Qaïda réagit d'abord en proclamant le mollah Omar, chef des talibans afghans, comme contre-calife, sans grand succès. Le modèle de l'EI reste les Abbassides, mais prendre la capitale des Abbassides, Bagdad, s'avère compliqué : la ville est à majorité chiite, et l'EI préfère consolider son pouvoir sur les zones sunnites. L'EI récompense les gens qui lui prêtent allégeance et applique la justice avec deux différences notables avec l'Arabie Saoudite, qu'on pourrait croire proche de l'EI : toutes les peines ont lieu en public, et l'EI cherche toujours la solution la plus dure, toujours justifiée par les écritures. La question de la cigarette est révélatrice : l'EI s'est montrée extrêmement dure à ce sujet, y compris contre ses propres cadres, au risque de s'aliéner le soutien d'une partie de la population non négligeable. Alors que l'EI multiplie les wilayats et ralliements de par le monde, il en est venu à presque oublier le Mahdi si important pour al-Masri en 2006-2007.

    En conclusion, McCants rappelle que c'est l'invasion américaine de l'Irak qui a déclenché cette ferveur apocalyptique, et la création du premier Etat Islamique en 2006. Baghdadi ne fait que prolonger la ferveur apocalyptique en la canalisant sur la construction d'un Etat. Un Etat qui emploie à dessein une grande violence, ses chefs ayant cette stratégie. L'Etat Islamique récompense ses fidèles et massacre ses opposants : s'il a pu se développer, c'est que le régime syrien et l'Etat irakien s'en sont servis comme épouvantail. Mais l'EI a surtout été capable d'adapter son discours à un objectif : la création d'un Etat islamique ultraconservateur, un gouvernement brutal fondé par la guerre contre ses voisins. Comment le contrer ? L'auteur explique que la solution n'est pas simple : le bombarder, assiéger ses ressources financières, barrer les frontières pour empêcher l'afflux des combattants étrangers, armer les tribus sunnites, armer les Kurdes, soutenir les gouvernements syrien et irakien, envoyer des troupes au sol ? Il est illusoire de compter sur le régime syrien qui a nourri la naissance de l'EI ; quant au gouvernement irakien, dominé par les chiites, il faudra bien qu'il trouve une solution pour réintégrer les sunnites. Même s'il est écrasé, l'EI restera en dépit de tout un modèle pour les djihadistes futurs.

    L'apport de l'ouvrage de McCants est sans aucun doute de souligner l'importance de l'idéologie de l'EI bâtie autour d'un djihad renouvelé articulé par la construction d'un Etat et une perspective millénariste. Les combattants viennent rejoindre l'EI pour participer au combat de la fin des temps : une idée que l'on retrouve aussi chez leurs adversaires chiites, comme les milices irakiennes. C'est ce qui fera la force de son héritage : une rhétorique apocalyptique couplée à une violence sans précédent, manipulée, capable de subvertir une population et de construire un Etat.

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    Un petit fasicule illustré sur le soldat allemand de la Grande Guerre. Il est découpé en 5 parties qui correspondent aux 5 années du conflit, de 1914 à 1918.

    A chaque fois, le texte résume les opérations et l'équipement du soldat. Le texte s'appuie sur des photos de mannequins portant le matériel, dont les principaux éléments sont détaillés, des photos, des peintures etc. Une double page est par exemple consacrée pour 1914 au fameux casque à pointe allemand. On peut voir ainsi l'évolution de l'équipement, comme le remplacement du casque à pointe par le Stalhelm (1916). Les armes collectives ne sont pas oubliées puisqu'il est question des mitrailleuses ou de l'artillerie de tranchée (malheureusement peu illustrée pour cette dernière). Le fasicule se termine par l'évocation des décorations et la conclusion revient sur l'entretien des tombes allemandes et la recherche des morts.

    Peu onéreux, bien illustré, c'est idéal pour découvrir le fantassin allemand de la Première Guerre mondiale. Seul bémol : étant écrit par un passionné de militaria, il n'y a aucune référence même indicative permettant de raccrocher ce travail de passionné à des travaux historiques sur l'armée allemande et son équipement. J'avais déjà remarqué cela dans un autre fasicule des éditions OREP, pourtant écrit par un militaire historien.

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    La Al-Abbas Fighting Division est une milice chiite irakienne qui a émergé suite à la "mobilisation populaire" de juin 2014. Tirant son nom du fils d'Ali, Abou Fadl al-Abbas, elle naît à Kerbala sous le prétexte de défendre les lieux saints du chiisme irakien et sous l'égide de la fatwa de l'ayatollah al-Sistani1. La milice bénéfie d'un entraînement aéroporté fourni par un Irakien membre de l'armée britannique. L'armée irakienne prête également à la milice un de ses hélicoptères, dès 2014, pour ses opérations sur le terrain2. En novembre 2014, la milice combat dans les montagnes de Hamrin, à l'est de Baiji, contre l'Etat Islamique. Elle a également combattu pendant 3 mois pour s'emparer du village d'al-Ukhaidir, entre Tikrit et Kirkouk3.

    La milice reçoit parfois l'appoint de l'Imam Ali Fighting Division, une autre milice intégrée dans la mobilisation populaire4. Elle reste attachée aux clercs chiites de Kerbala et relativement indépendante à l'égard de l'Iran5. Pour l'année 2015, elle participe avec l'armée irakienne, et non les autres milices chiites, à la reconquête de Tikrit en mars-avril, puis aux combats pour libérer Baiji en août-septembre. En mars 2015, elle monte la garde sur les miradors le long d'une tranchée construite à la frontière entre les provinces de Babil et al-Anbar, de 10 m de large, qui s'étend sur 50 km6. En décembre 2015, la milice recrute à l'ouest de la province d'Anbar dans un camp de personnes déplacées à Nukhayb7. Elle dispose de drones. Le grand combat de la al-Abbas Fighting Division, c'est le siège de Bashir, localité peuplée de Turkmènes prise par l'EI en juin 2014 et assiégée par les Kurdes et les unités de la mobilisation populaire, dont la milice, pendant plusieurs mois avant sa libération en mai 2016.



    De par son indépendance par rapport à l'Iran et sa fidélité à la ligne d'al-Sistani, la milice est choisie par le Premier Ministre Abadi et l'armée irakienne comme élément pilote d'une volonté de reprise en main des milices de la mobilisation populaire née en 2014. La Al-Abbas Fighting Division constitue désormais un modèle pour la démobilisation possible des milices et leur intégration éventuelle dans les forces armées irakiennes. Elle reçoit ses armes et ses ordres du ministère de la Défense et peut être dissoute à tout moment. Elle a été choisie pour ce faire car elle ne comprend pas de personnel lié à l'Iran, comme l'organisation Badr ou les milices contrôlées par al-Muhandis8. Comprenant 7 000 hommes, elle a travaillé de concert avec les forces de sécurité irakiennes et malgré une grande autonomie sur le terrain, elle répond bien aux ordres du gouvernement irakien9.


    Propagande


    La Al-Abbas Fighting Division dispose de son propre site Internet10, d'une page Facebook11, d'un compte Twitter12 et d'une chaîne Youtube13 où elle poste des vidéos.

    A l'inverse d'autres milices chiites irakiennes proches de l'Iran et de ses alliés, elle ne fait pas de propagande pour ceux-ci. On peut remarquer la mise en avant de symboles chiites comme les drapeaux. Le symbole qui revient le plus souvent sur la page Facebook est l'emblème de l'unité. Le drapeau avec l'emblème apparaît également très souvent. On note que la milice est requise pour assurer le transfert de condamnés à mort irakiens. La page Facebook change régulièrement de photo de couverture et ce sont souvent des montages montrant notamment les combattants de l'unité, avec l'emblème de la milice. Une vidéo du groupe honore les "martyrs" morts au combat. Dans une autre, on peut voir un portrait d'Ali al-Sistani, l'autorité suprême pour les chiites irakiens dont se réclame la formation. Maytham Zaydi, le chef de la milice lié au sanctuaire de Kerbala, apparaît également dans les publications du groupe sur Facebook et dans les vidéos.



    Ali al-Sistani sur une pancarte, dans un défilé.
    Photo de couverture de la page Facebook de la milice. On note le VHS-2 tenu par le 2ème homme à partir de la droite.
    Emblème d'épaule de la Al-Abbas Fighting Division.
    Maytham al-Zayd dirige la milice. Il est lié au secrétariat du sanctuaire de Kerbala.


    Combats et matériels


    Dans une vidéo postée en décembre 2015, on constate que la milice dispose de matériel lourd fourni par l'armée irakienne, comme un automoteur d'artillerie M109 Paladin (transporté sur camion pour un défilé), et qu'elle bénéficie du concours d'un hélicoptère de l'aviation irakienne Mi-17. Un camion frappé à l'emblème de la milice transporte pour un défilé des LRM Type 63. Les miliciens ont aussi des technicals avec bitube ZU-23, des véhicules avec canon SR de 106 mm, des LRM type GRAD montés sur camion, des drones, des mortiers moyens (montés sur camion pour le même défilé que les autres matériels), un char T-55, un MT-LB. Dans une vidéo musicale de la même période, on peut voir d'autres technicals et un M113 avec DSHK. Dans une autre vidéo, on voit les recrues s'entraîner au tir de RPG-7 et à la pose d'IED. Une autre vidéo montre le saut d'une escouade de parachutistes à partir d'un Mi-17. Dans un autre montage, la milice montre le centre de recrutement de Bassorah. Elle dispose aussi de son propre bataillon blindé avec 2 chars T-55, 2 MT-LB sur lesquels ont été montés des bitubes ZU-23 protégés par une coque rectangulaire, et 3 Cascavels dont un avec LRM Type 63 sur la tourelle, un autre avec coque rectangulaire à l'arrière et un autre avec une arme antiaérienne (KPV) montée à côté du canon.

    M109 Paladin sur camion pour un défilé.
    Technical avec bitube ZU-23 dans une "cage".
    LRM Type 63 sur camion pour un défilé.




    Mi-17 de l'aviation irakienne en soutien des miliciens.


    Canon SR de 106.
    MT-LB sur camion pour un défilé.
    Char T-55.
    Mortiers moyens sur camion pour un défilé.
    Entraînement à la pose d'IED.
    Saut en parachute depuis un Mi-17.
    Entraînement au RPG-7.
    M-113 avec DSHK.



    Le bataillon blindé : char T-55, deux MT-LB avec bitube ZU-23.
    Un Cascavel du bataillon blindé.
    Ce Cascavel a reçu un ZPU-2 en plus de son canon de 90 mm.
    Celui-ci est protégé par du blindage additionnel.
    Un LRM Type 63 a été monté sur la tourelle de cet autre Cascavel.
    2 chard T-55 du bataillon blindé.


    Une vidéo de février 2016 montre la milice au front, à Bashir, cantonnée dans une ligne de tranchées. Les hommes disposent d'un technical avec bitube ZU-23 et d'un lance-grenades Mk 19 de 40 mm en position fixe, ainsi que d'un fusil de sniping russe Orsis T-5000. Les mitrailleuses sont des PK ou des MG3. Le bataillon d'artillerie de la milice intervient également sur le front de Bashir : il aligne un canon D30 de 122 mm, un canon M-46 de 130 mm et un LRM type Grad sur camion. En mars, la milice ouvre une zone d'atterrissage pour hélicoptère à Kerbala, où un Mi-17 de l'aviation irakienne procède à des lâchers de parachutistes. La milice fait aussi de la propagande pour ses services logistiques et médicaux. Une vidéo du mois d'avril montre la destruction d'un VBIED devant les lignes de la milice, par les véhicules, dont un Cascavel armé d'un bitube KPV en lieu et place de son canon de 90 mm. Durant les combats, les miliciens sont soutenus par le tir d'au moins un Mi-35. Les snipers ou porteurs d'armes collectives portent souvent une arme individuelle dans le dos. La milice dispose également d'un Humveeà tourelle avec DSHK. Les miliciens sont parfois équipés de fusils d'assaut VHS-2. Le groupe filme la destruction d'un VBIED par l'artillerie avec un drone. Les drones servent à guider les frappes de l'artillerie et d'un Mi-35. On peut voir aussi un Bell 407 appuyer la milice avec ses roquettes.









































    La Al-Abbas Fighting Division possède aussi des missiles antichars Kornet : l'un d'entre eux détruit un VBIED dans l'ouest de la province de Salahuddine (avril 2016). Elle dispose aussi d'au moins un lanceur IRAM. Un Humvee de la milice embarque un KPV en tourelle.







    1http://jihadintel.meforum.org/group/155/abbas-fighting-division
    2https://www.transterramedia.com/media/51342
    3https://www.transterramedia.com/media/51411
    4http://jihadintel.meforum.org/group/191/imam-ali-fighting-division
    5http://www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB1272.pdf
    6https://www.transterramedia.com/media/59441
    7http://www.daeshdaily.com/december-18-2015/
    8http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2016/02/iraq-popular-demobilisation-160224050939178.html
    9https://www.washingtoninstitute.org/uploads/The-future.pdf
    10http://alabbas.iq/
    11https://www.facebook.com/f.alabbass/
    12https://twitter.com/alabbas_brigade
    13https://www.youtube.com/channel/UCf_Ei0PU5itqn8c6UCEN70A/videos

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    Au nom de Bloody Bill Anderson, certains penseront peut-être à la scène initiale du film Josey Wales hors-la-loi, où le personnage incarné par Clint Eastwood rejoint la bande de Bill Anderson après avoir vu sa famille massacrée par des maraudeurs nordistes. Les deux historiens, tous les deux spécialistes de la guerre de Sécession, visent ici à présenter la biographie la plus complète possible d'un homme dont le nom reste entouré de légendes, dorée ou noire.

    Dès le milieu des années 1850, la guerre fait déjà rage aux confins ouest des Etats-Unis. Les habitants du Missouri, pour beaucoup partisans de l'esclavage, veulent transformer en Etat esclavagiste le territoire du Kansas, de plus en plus peuplé de gens de l'est, abolitionnistes. Aux "Border Ruffians" du Missouri s'opposent les Jayhawkers nordistes, mais les raids de ces irréguliers tournent souvent au crime crapuleux, sans distinction de parti. Quand la guerre éclate, la Confédération ne parvient pas à s'implanter militairement et politiquement dans le Missouri, malgré le soutien actif de la moitié ouest de l'Etat. L'Union ayant le dessus, il ne reste plus aux partisans les plus décidés du Sud que la guérilla : ce seront les fameux "bushwackers".



    La famille Anderson s'est installée avant la guerre au Kansas, puis au Missouri. Bill, né en 1839, a servi sur la fameuse piste de Santa Fe, où il inaugure ses premiers détournements crapuleux. En 1861, Anderson est avec Arthur Ingram Baker d'Agnes City, un notable qui forme son groupe de Jayhawkers. Après le démantèlement de la bande par l'armée et l'arrestation de Baker, Anderson se met à son compte et rançonne surtout des Unionistes, mais à ce moment-là sans aucune motivation politique. En mai 1862, Baker tue le père Anderson suite à une querelle à propos d'une soeur de Bill, qu'il a courtisée avant de se marier avec une autre. Les fils prennent la fuite mais en juillet, Bill et Jim Anderson reviennent et tuent Baker et un homme qui l'accompagnait.

     

    Les frères Anderson opèrent ensuite dans l'est du Kansas. Quand Quantrill arrive à l'automne 1862, il leur reproche de s'attaquer aussi à des partisans du Sud. Les frères Anderson passent alors dans l'ouest du Missouri. Les Anderson rejoignent la bande de Yager pour un raid dans le Kansas. C'est seulement en juillet 1863 que le nom de Bill Anderson apparaît dans les textes nordistes. A la tête d'une petite bande, il a déjà à ses côtés Archie Clement, vrai tueur sadique. Ewing, le général nordiste qui commande le district de la frontière, prend alors des otages dans les familles des bushwackers, ce qui n'avait jamais été fait, dont les 3 soeurs d'Anderson, maintenues en détention dans un bâtiment vite reconverti en prison. A la suite d'un défaut de construction, le bâtiment s'écroule le 13 août 1863, tuant une soeur Anderson et blessant les deux autres. Fou de rage, Anderson se transforme en brute sanguinaire lors du raid monté par Quantrill sur la ville de Lawrence, au coeur du Kansas, le 21 août : il abat de sa main 14 hommes sur les 200 victimes environ causées par le raid.

    En octobre 1863, alors que les bushwhackers se replient au Texas pour l'hiver, ils massacrent non loin de Fort Scott tout une colonne accompagnant le général Blunt, qui parvient à prendre la fuite. L'hivernage au Texas se passe mal, les autorités confédérées constatant le caractère imprévisible de ces guérilleros. Anderson se querelle avec Quantrill et surtout avec George Todd, un autre brutal chef de bande. Finalement, Quantrill cède le premier rôle dans la guérilla au Missouri à Todd et Anderson, qui attendent l'invasion programmée du Missouri par l'armée confédérée du général Price, à l'été 1864. C'est à partir de ce moment-là qu'Anderson prend l'habitude, avec certains de ses hommes, de scalper certaines de ses victimes -Archie Clement notamment, qui adore jouer avec son couteau... le 1er août, il manque de se faire prendre par des miliciens faute d'avoir suffisamment placé de sentinelles autour de son point de chute. A l'été 1864, Anderson est devenu le chef de bande le plus redouté par l'Union dans le Missouri. Son groupe s'étoffe à plus d'une centaine d'hommes, dont les frères Frank et Jesse James. En septembre 1864, Anderson perd 6 hommes face à des miliciens nordistes qui, à leur tour, tuent et scalpent les prisonniers. Les bushwackers échouent lors d'une attaque sur Fayette.

    Le 27 septembre, la bande d'Anderson investit la ville de Centralia, sur la ligne de chemin de fer qui traverse le Missouri. Les bushwhackers dévalisent une diligence, puis font stopper un train qui arrive de l'est et qui comprend notamment des permissionnaires nordistes de l'armée de Sherman. Les soldats sont tous abattus après avoir été désarmés et déshabillés, sauf le sergent Goodman, qu'Anderson épargne pour l'échanger contre un bushwhacker prisonnier. Les guérilleros incendient une partie de la gare et lancent le train à toute vitesse à contresens. En quittant la ville, rançonnée, ils arrêtent un autre train de construction qu'ils détruisent. Le major Johnston, qui commande un détachement du 39ème Missouri constitué de soldats à pied montés à cheval, et qui poursuivait une autre bande de bushwhackers, arrive alors à Centralia. Il va chercher le contact avec les guérilleros confédérés qui sont encore visibles à l'horizon. Mal lui en prend : ses 115 hommes doivent faire face à trois fois plus de bushwhackers, qui les attirent dans un piège grâce à la retraite feinte, tactique chère aux guérilleros. Avec leur fusil à un coup, les miliciens, démontés, sont anéantis par la charge tonitruante des bushwackers et le feu roulant de leurs multiples Colt Navy .36. Les guérilleros poursuivent les fuyards jusque dans Centralia. Dave Poole, un des lieutenants d'Anderson, saute de corps en corps sur le champ de bataille. Une douzaine de cadavres sont scalpés. D'autres sont décapités. Oreilles, nez, yeux, bras, mains, pieds et jambes sont arrachés. Un autre milicien est émasculé vif et ses parties génitales fourrées dans sa bouche. Une centaine de morts en tout contre 2 tués et 1 blessé mortellement chez les bushwhackers.

    Goodman, prisonnier des bushwhackers, les accompagne jusqu'au 7 octobre, où il arrive à leur fausser compagnie. Il écrira un témoignage précieux sur leur façon d'opérer et d'être au quotidien. Anderson rejoint l'armée de Sterling à Boonville le 10 octobre. Faute d'hommes et de soutien, l'invasion confédérée du Missouri se transforme en anabase. Horrifié par les scalps attachés à la selle d'Anderson, Price est pourtant bien obligé de l'enrôler, étant à court de moyens pour faire du tort à l'Union. Le 21 octobre, Anderson et son aide investissent la maison de Benjamin Lewis, un notable nordiste de la ville de Glasgow. Ce dernier est quasiment battu à mort par Anderson et son aide pour l'obliger à livrer tous ses biens (il mourra en 1866). Anderson viole aussi avec son comparse une jeune servant noire : un tabou est encore rompu, les bushwhackers étant par principe respectueux des femmes, même si ceux d'Anderson en avaient déjà battu ou malmené par le passé. Le même jour, Todd est tué : Anderson domine la scène. Mais il est finalement rattrapé par la mort : le 27 octobre, près d'Albany, le lieutenant-colonel Cox, qui dirige des miliciens montés des 33ème et 51ème Missouri de la milice, tend une embuscade aux bushwhackers en utilisant leur propre tactique, la retraite simulée. Anderson, qui charge à la tête de ses hommes, est lardé de balles. Une fois son corps identifié, il est ramené à Richmond, où il est photographié par le dentiste local, Kice.

    La mort d'Anderson ne met pas fin à la guérilla. Si Quantrill décide de gagner le Kentucky (où il trouvera bientôt la mort lui aussi), d'autres chefs comme Dave Pool qui prend la suite de Todd ou Jim Anderson vont hiverner au Texas et reviennent au printemps 1865. Les bushwhackers, inquiets pour leur sort, finissent par se rendre à partir de mai-juin 1865 mais tous ne le font pas officiellement et rentrent chez eux comme si de rien n'était. Le 13 février 1866 a lieu la première attaque de banque en plein jour, à Liberty. Jim Anderson fait partie des assaillants. Clements, qui défie sans cesse le pouvoir, est finalement abattu en pleine rue à la fin de l'année. Jesse James se reconvertit lui aussi dans l'attaque de banque dès 1869. Inspirés par ce qu'ils font fait à Centralia, les frères James développent les attaques de train avec les frères Younger, anciens de la bande de Quantrill, jusqu'à l'échec final de Northfield, dans le Minnesota, en 1876. Les frères James font profil bas avant de reprendre leurs attaques entre 1879 et 1881. Jesse est finalement abattu par un "retourné" en 1882.

    La tombe d'Anderson est régulièrement fleurie encore aujourd'hui. L'image héroïque et romantique du guérillero confédéré se maintient, comme celle d'ailleurs de Jesse James. Mais l'image oublie une partie conséquente de la réalité : Bill Anderson, qui en a eu l'opportunité et les stimuli, est devenu un sauvage. Le surnom de Bloody Bill n'était pas usurpé.

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    Même collection, même auteur, et mêmes éditions qu'il y a quelques jours, quand je commentais le petit fasicule consacré au soldat allemand de la Grande Guerre. Ici c'est en anglais et le texte porte sur le fantassin français.

    L'organisation est la même, avec un découpage par année. Les uniformes sont présentés via des mannequins et les objets proviennent de la collection de l'auteur, passionné de militaria. Pour 1914, la tenue avec pantalon rouge garance est ainsi décrite dans le détail, avec un focus sur les outils individuels et collectifs tandis qu'une page est consacrée à la tenue d'un officier. L'année 1915 montre les transformations du fantassin : apparition des masques à gaz, des instruments d'ersatz, du casque Adrian (la nouvelle tenue des officiers est également décrite). Pour l'année 1916, l'auteur passe en revue l'armement individuel : grenades, fusils, revolvers et pistolets, baïonnettes et dagues de tranchée. L'année 1917 est l'occasion de revenir sur les équipements collectifs, mieux traités que dans le volume sur le fantassin allemand : mitrailleuses, une page sur le FM Chauchat, et aussi l'artisanat de tranchée. Pour 1918, l'auteur se penche sur les médailles et décorations, avant de conclure sur les reliques de guerre.

    Très descriptif,, idéal pour s'initier à l'équipement du fantassin français de la Grande Guerre, le fasicule trouve sa limite dans son objectif assez limité, le militaria, étant totalement dépourvu de références et ne dépassant pas la simple description de l'équipement.

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    Merci à https://twitter.com/MathieuMorant

    Le dimanche 31 juillet 2016, les rebelles syriens lancent une opération de grande ampleur pour lever le blocus d'Alep établi par le régime vingt jours plus tôt. Colère d'Alep, car tel est son nom, rassemble la plupart des formations importantes de la rébellion syrienne ainsi que de nombreux autres groupes plus réduits, essentiellement réunis dans les deux coalitions Jaysh al-Fateh et Fatah Haleb. L'assaut principal se déroule au sud-ouest de la ville, pour briser le corridor tenu par le régime. L'objet de ce billet n'est pas d'expliquer les causes et le déroulement de la bataille -d'autant qu'elle est encore en cours- ni de dresser un portait des groupes concernés, ce qui a déjà été fait pour certains ailleurs, mais de fournir un aperçu, à travers les vidéos de 5 des groupes rebelles engagés (dont certains sont parmi les plus importants), du matériel déployé et des tactiques utilisés par les rebelles syriens actuellement.







    Une vidéo du groupe montre qu'il participe à la bataille avec un char T-72, 2 BMP-1. Il y a un autre char (peut-être un T-55M ?) stationné avec les autres véhicules que l'on ne revoit pas au combat. La charge des véhicules blindés est filmée par un drone. Ceux-ci foncent vers les positions adverses et provoquent la fuite des combattants du régime. Les BMP-1 s'arrêtent au niveau des levées de terre et les combattants débarquent d'au moins un BMP-1. En appui, le groupe déploie aussi un Toyota Land Cruiser avec ZPU-2.






















    Les vidéos du groupe montrent qu'un matériel conséquent est engagé : 3 BMP-1, un char T-55, un char T-72, et de nombreux fantassins armés d'AK, de mitrailleuses PK et de RPG-7. Une mitrailleuse lourde DSHK sur affût fixe est également utilisée pour mitrailler les positions adverses. Ahrar al-Sham déploie aussi un ZSU 23/4, un canon AA S-60 sur camion utilisé en tir tendu, un Toyota Hilux avec ZPU-2, un camion avec ZPU-4, un Toyota Land Cruiser avec bitube ZU-23. Tous ces véhicules soutiennent de leurs tirs la progression des véhicules blindés (sauf le ZSU 23/4 qu'on ne voit pas tirer). Un autre camion avec S-60 est aussi utilisé de même qu'un barrage de roquettes artisanales. Ahrar al-Sham engage aussi un canon D30 de 122 mm et un canon M46 de 130 mm pour le pilonnage. Le groupe filme avec un drone la charge d'un T-72 suivi d'un BMP-1 sur une petite position adverse. Dans une autre vidéo, c'est un T-55AMV qui précède un BMP-1 ; 2 pick-up chargés de fantassins sont également visibles.
































































    Le groupe participe à l'offensive avec un char T-72, un char T-55 et un camion portant un bitube ZU-23. Une vidéo montre une caméra GoPro embarquée sur le T-72 qui ouvre la voie aux fantassins, puis les appuie. Le char tire au canon et avec sa mitrailleuse coaxiale PKT. On peut voir des fantassins accompagnant les véhicules blindés pris sous les feux de l'artillerie du régime. L'ensemble est soutenu par un LRM Type 63.






























    La Division Nord engage un certain nombre de technicals : l'un avec KPV protégé par un bouclier, un autre avec KPV sans bouclier, au moins 3 avec des mitrailleuses M2HB de 12,7 mm et 1 avec M240B. Les fantassins disposent de plusieurs mitrailleuses PK en plus des AK et RPG-7. Un ZPU-2 sur Land Cruiser appuie la progression d'un T-72 et de BMP-1 d'une autre formation rebelle. Un lance-missiles antichars Konkurs est également utilisé contre les positions du régime. Enfin, le groupe a démonté un obusier 2A31 d'un automoteur d'artillerie 2S1 pour en faire une pièce d'artillerie improvisée de 122 mm, qui pilonne les positions du régime.

























    Le groupe prépare son attaque à l'aide de vues prises par des drones. L'infanterie mise en ligne est conséquente : on voit lors d'un prêche avant la bataille une bonne cinquantaine de combattants (concentration la plus importante pour les 5 groupes rebelles étudiés ici). Les moyens d'appui déployés sont nombreux : batterie de mortiers, canon M46 de 130 mm, technical avec bitube ZU-23, LRM Type 63, batterie de roquettes, canon de 37 mm M1939 sur camion, mitrailleuse DSHK sur affût, automoteur d'artillerie 2S1 de 122 mm.

























    Un char T-72 est mis en ligne avec 3 BMP-1. Il y a également un véhicule blindé artisanalement pour le transport de troupes. Les hommes de Jabhat Fatah al-Cham, bien pourvus en mitrailleuses PK, RPG-7, sont munis d'un brassard bleu à des fins d'identification.















    L'objectif du Jabhat Fatah al-Cham au début de l'attaque est un bâtiment en forme d'étoile occupé par le régime : l'école al-Hakma. C'est contre ce bâtiment que sont lancés 2 VBIED : un pick-up surblindé artisanalement et et un BMP-1 dont le canon a été endommagé mais qui renforcé de plaques de blindage additionnel sur les flancs. Le front al-Nosra filme par drone le parcours et l'explosion des 2 VBIED, suivis par un char T-72 et l'infanterie portée. Une autre vidéo montre l'assaut à ras du sol. Jabhat Fatah al-Sham dispose d'un bulldozer. Un des BMP-1 s'arrête à proximité de l'école al-Hakma et débarque un groupe de 7 combattants. Ceux-ci investissent le bâtiment puis tirent sur les hommes du régime qui se replient à l'extérieur. Une quinzaine de corps de combattants du régime sont filmés, les assaillants font aussi un prisonnier.

    Carte de l'assaut de Jabhat Fatah al-Sham sur l'école al-Hakma, à partir des vidéos du groupe.






























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    Merci à https://twitter.com/BiladFransa

    Titre : La bravoure des hommes.

    Durée : 9 minutes 9 secondes.

    Lieu(x) : le bandeau évoque dans la séquence 2 un assaut dans la zone 70, au sud de la wilayat. Le lieu semble effectivement relever de la wilayat al-Furat d'après le découpage territorial (en Irak, ouest de Ramadi).

    Dans la séquence 3, l'assaut aurait lieu au sud d'Akashat, sur la route nationale. Le pont visible est peut-être celui-ci.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de date, probablement au moins 3 semaines au minimum avant la mise en ligne de la vidéo (31 juillet).

    Type de vidéo : c'est une vidéo de raids motorisés/mécanisés : des pick-up et véhicules improvisés attaquent des positions sommaires de l'armée irakienne

    Découpage (séquences) :

    1 : 18" - 1'30", images d'archives de l'EI, images de l'armée américaine.
    2 : 1'30" - 5'17", assaut dans la zone Kilo 70 en Irak.
    3 : 5'17" - 9'09", assaut au sud d'Akashat.



    Forces attaquées/adversaires : l'armée irakienne. L'EI photographie les positions adverses avec un drone et les étudie avant l'attaque : on voit notamment une petite position de levées de sable de forme rectangulaire avec un Humvee et une tente.



    Dans la séquence 2, un Humvee prend la fuite. Au moins 2 soldats sont pris à parti alors qu'ils s'enfuient à pied.





    Dans la séquence 3, un véhicule prend la fuite avec un Humvee.




    Effectifs engagés : réduit, quelques dizaines d'hommes au maximum (20-30).

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : un mortier lourd pilonne les positions de l'armée irakienne.



    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : le groupe d'assaut de la séquence 2 comprend 5 véhicules au moins : un Land Cruiser avec ZU-23 monotube, 1 pick-up avec mitrailleuse lourde KPV, 1 autre avec DSHK, et 2 véhicules blindés artisanalement pour le transport de troupes, dont l'un avec blindage SLAT sur l'avant qui embarque une DSHK en tourelle. Le pick-up avec DSHK ouvre le feu et débarque ses combattants. Les technicals encerclent la première position attaquée puis ouvrent le feu sur les fuyards.











    Le raid de la séquence 3 semble utilise des véhicules improvisés pour le transport de troupes du même type que précédemment. L'un d'entre eux embarque 5 hommes en plus du chauffeur. Le convoi comprend au moins 3 véhicules. On retrouve le Toyota Hilux blanc avec DSHK et le Land Cruiser avec monotube ZU-23.





    Kamikazes (identité) : néant.

    Véhicules kamikazes (types, impact) : néant.

    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : le groupe de combat de la séquence 2 comprend au moins un tireur PK. Outre les tireurs AK, il y a un combattant avec M-16 à lunette.






    Le groupe emploie un lance-roquettes artisanal qui utilise des roquettes air-sol pour avion S-5K (charge HEAT) soviétiques, montage déjà vu depuis longtemps parmi la guérilla en Irak.




    Un des véhicules improvisés pour le transport de troupes débarque ses combattants près d'une position adverse. Il a à l'intérieur des ouvertures pour le tir latéral (ici une mitrailleuse PK). Un autre tireur PK avec AK dans le dos descend avec au moins 3 tireurs AK. Il s'agit de la position observée sur ordinateur avant l'attaque.





    Dans la séquence 3, il y a pas moins de 3 mitrailleurs PK ou Zastava 84 tirant ensemble sur la position attaquée. L'un des tireurs a une AK dans le dos. Le groupe comprend plusieurs combattants avec AK-47 et 1 avec M-16. On voit un véhicule improvisé arrêté, de flanc, parallèle à un Humvee, et un tireur PK puis un autre avec M-16 tire par une des ouvertures latérales.






    Destructions de véhicules adverses : un Humvee est détruit dans la première position prise de la séquence 2.



    Un Humvee est détruit sur le pont dans la séquence 3.



    Butin matériel : dans la première position, et des armes individuelles et collectives sont capturées (séquence 2) : 2 PK, 1 RPG-7 avec roquettes, 1 AK.



    1 PK, 1 AK et des munitions sont capturées dans la séquence 3.

    Morts/prisonniers/blessés adverses : néant.

    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : la louange à Allah du début de la vidéo est suivie du logo de la wilayat, sous-titré en anglais.

    Dans la séquence 3, un combattant au volant, russe ou russophone, menace la Russie.



    Religion : dans la séquence 1, on entend le "sheikh" Abou Hamza Al Muhajir.

    A la fin du combat sur le pont dans la séquence 3, on entend le "sheikh" Abou Omar al Baghdadi.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : 2'04" - 5'07"Hayya Inghamis.
    2 : 5'29" - 7'23"Adajah.
    3 : 8'22" - 8'57"Adajah.
    4 : ?

    Commentaires particuliers : les vidéos de la wilayat al-Furat se sont améliorées au fil du temps. En revanche les opérations montées sont toujours de faible ampleur et le butin est faible. On note toutefois l'apparition d'une composante mécanisée dans les raids avec les véhicules improvisés.

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    J'ai lu plusieurs fois le Jihad Academy de Nicolas Hénin avant de le ficher. Ce livre a l'immense avantage de rappeler des idées simples, mais fortes, de manière pédagogique. Je me reconnais d'ailleurs dès l'introduction dans le choix de l'appellation "Etat Islamique" pour désigner le groupe, que j'utilise moi-même, et non pas Daech. Tâche ardue que ce combat contre l'EI : et la réponse n'est pas simple, comme le rappelle Nicolas Hénin.

    Les chapitres du livre sont thématiques, et rappellent des évidences. Le régime syrien, qui se prétend laïc et aujourd'hui défenseur des minorités, ne l'a jamais été. Il sait cependant orchestrer la soi-disant protection des chrétiens, par exemple. En réalité, surtout depuis l'avènement de Bachar, le régime joue la carte de la confessionnalisation et pousse en avant les minorités avec la menace : soit nous, soit les barbares sunnites. Comme le montrent les clichés de César, le régime tue et torture jusque parmi les minorités pour imposer la terreur. Les minorités se retrouvent avec presque, imposé, un statut de dhimmi -sans parler de la corruption pour acheter les responsables chrétiens, par exemple.

     

    Surtout, le régime a fortement contribué à l'émergence des djihadistes en Syrie. Il n'en est pas à son coup d'essai : les djihadistes irakiens faisaient venir les combattants étrangers sous l'occupation américaine via la Syrie, avec le bénédiction du régime qui en profitait pour se débarrasser parfois lui-même des volontaires syriens. En 2007, le régime syrien manipule le groupe Fatah al-Islam dans le camp de Nahr-al-Bared au Liban pour mettre en difficulté le pouvoir sunnite qui lui est hostile. Dès l'été 2011, le régime ouvre ses prisons et laisse sortir les djihadistes arrêtés au moment du démantèlement des réseaux d'approvisionnement pour l'Irak : ceux qui vont fonder les groupes salafistes ou djihadistes les plus durs. Ainsi le régime joue la carte du "nous ou les terroristes". On mettra un petit bémol peut-être à l'idée selon laquelle l'EI ne combat quasiment pas le régime : c'est beaucoup moins vrai depuis 2014 et après janvier 2015, date de l'écriture du livre. L'EI, de fait, réalise à l'heure d'aujourd'hui ses plus groses prises de matériel militaire en affrontant le régime syrien, comme le montre ses vidéos, surtout depuis que la situation s'est renversée en Irak où les succès sont beaucoup plus rares. S'allier avec le régime serait, in fine, un mauvais calcul.

    La guerre trouve aussi ses causes dans des problèmes économiques et sociaux. Bachar el-Assad, encore plus que son père, a mis la Syrie en coupe réglée au profit de ses partisans. Les villes sont favorisées au détriment des campagnes, et il n'est pas étonnant que la révolution ait démarré à Deraa, sinistrée, et que les rebelles recrutent beaucoup chez les ruraux abandonnés par le régime. Avec la guerre, le régime fait vivre ses forces sur le pays, en particulier les sunnites. Les rebelles se disputent les postes-frontières, les barrages routiers, les hydrocarbures. Le conflit dure car de chaque côte on dispose de financements extérieurs. L'Etat Islamique, lui, qui dispose de ressources considérables, a parfois pactisé avec le régime pour les livraisons de pétrole.

    La radicalisation de l'insurrection syrienne tient à la fois à la dureté de la réaction de Bachar el-Assad et à la capacité d'attraction des formations salafistes et djihadistes, qui sont les mieux armées, qui paient le mieux. La faute aussi aux politiques concurrentes du Qatar et de l'Arabie Saoudite, des Turcs ou des Occidentaux. D'où le ralliement au cri de guerre Allah Akbar et à ceux capables de protéger la population face au déferlement de violence, aérien du régime, brutal de l'EI. Ce dernier a su pourtant jouer des divisions tribales et trouver des relais locaux.

    La crainte des djihadistes revenus pour frapper dans leur pays d'origine, que Nicolas Hénin relativisait par rapport aux morts et aux destructions de quatre ans de guerre, juste avant les attentats de Charlie Hebdo, est aujourd'hui plus sensible au vu des attentats survenus depuis. L'Etat Islamique, lui, a besoin de communiquer ses exécutions pour exister. Mais le principal meurtrier du conflit reste le régime syrien, et de très loin. Sans parler de la torture et de l'utilisation d'armes chimiques, au chlore depuis août 2013 pour éviter les sanctions internationales. Côté rebelles, on a tué et torturé aussi. Mais l'échelle n'est absolument pas la même.

    Pour Nicolas Hénin, et il a sans doute raison, les conflits syrien et irakien sont liés. L'occupation américaine de l'Irak en 2003 et les décisions désastreuses prises dans les premières semaines dressent les sunnites contre l'occupant. C'est la naissance d'al-Qaïda en Irak autour de Zarqawi, ancêtre direct de l'EI, jusqu'au surge et au retrait américain. Mais ce dernier ne règle rien : Maliki, le Premier Ministre chiite, s'enferme dans une logique autoritaire et sectaire. Ce dernier marginalise les sunnites, qui pour beaucoup acceptent, parfois sans enthousiasme mais par hostilité au pouvoir, l'arrivée de l'EI en 2014, d'autant que ce dernier a également intégré de nombreux baathistes reconvertis. Une réponse séparée sur la Syrie et l'Irak est donc impossible.

    De même, le soutien aux Kurdes syriens au moment de la bataille de Kobané apparaît des plus excessifs. Il faut rappeler que le PYD, branche syrienne du PKK, est un parti au fonctionnement stalinien qui a passé un accord avec le régime dès 2011 pour améliorer ses positions tout en évitant le combat. Les rebelles syriens ont eu du mal à avaler la pilule de l'élan de solidarité pour le PYD, parti autoritaire qui pratique le culte de la personnalité d'Abdullah Ocalan... la collusion avec le régime est savoureuse si l'on se souvient que le régime a clairement séparé Kurdes et Arabes et a réprimé fortement les premiers, encore en 2004, quelques années avant la révolution. Quant aux chrétiens de Syrie, qui ne représentent peut-être que 5% de la population, ils n'ont pas été l'objet de persécutions systématiques, contrairement à ce que cherche souvent à faire croire la propagande du régime. Les djihadistes eux-mêmes, du moins par le haut, ont essayé de leur faire bénéficier du statut de dhimmi. La base n'a souvent pas suivi, mais les chrétiens n'ont pas été plus persécutés que d'autres.

    La dimension eschatologique alimente le recrutement de l'EI. Après les premières frappes de la coalition, les djihadistes y ont vu la réalisation de la fameuse prophétie du hadith de Dabiq, où doit se dérouler le combat final de l'islam. En 2014, quand l'EI perce en Irak, les médias prêtent au groupe la capacité de faire tomber Bagdad, ce qui est très exagéré et renforce encore plus le mouvement communautaire sur place. Les milices chiites pullulent après l'appel d'al-Sistani, et elles sont devenues désormais un acteur incontournable du théâtre irakien. La coalition frappe l'EI mais pas le régime syrien qui massacre les sunnites : ces derniers ont le sentiment d'être pris entre deux feux. La majorité des Syriens sunnites rejette l'EI mais celui-ci affrontant plus le régime depuis 2014, il y a quand même trouvé des soutiens. Passage très important, souligné par moi, p.195-196 : "Au lieu d'analyser factuellement quelles sont ses forces et ses faiblesses, nous tombons dans la propagande de l'Etat Islamique en le considérant comme l'incarnation du mal."

    Les solutions sont multiples. Il faut d'abord regagner la confiance des populations locales. Pour autant, si ressortir l'idée du surge avec les sahwat peut marcher en Syrie, elle a montré ses limites en Irak, où c'est une armée nationale qu'il faut reconstruire, et non plus confessionnelle "polluée" par les milices. Une intervention occidentale, quelque part, est nécessaire.

    L'Etat Islamique a appliqué les idées du fameux Management de la Sauvagerie. Tourné vers l'ennemi proche, le chiite ou le nusayri dans le cas des Alaouites selon ses propres termes, l'EI vise d'abord à ne pas s'aliéner les populations pour imposer sa domination. Sur le plan militaire, il faut tuer l'adversaire mais profaner son corps et surtout en faire la publicité, pour démoraliser l'ennemi. L'EI retourne la technique des sahwat en payant et en armant les tribus, leur déléguant une autorité locale. L'EI se nourrit de combattants déçus par ce qui a été bloqué dans les Printemps arabes. Il y a un parallèle que dresse Nicolas Hénin avec le recrutement des sectes.

    Au final, l'EI, c'est la rencontre entre les sunnites marginalisés dans leurs pays (Syrie, Irak) et les djihadistes étrangers. Ceux-ci sont issus des ratés de l'intégration dans leur pays d'origine, mais le soutien occidental aux dictatures contre les populations a beaucoup joué. L'obsession sécuritaire faire perdre de vue les enjeux politiques locaux qui sont pourtant la clé. Il faudra bien un jour, pourtant, prendre à bras le corps la guerre en Syrie et en Irak, pour trouver des solutions pérennes.

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    Le livre est ancien et pourtant il demeure une référence certaine sur son sujet. Ecrit pendant la guerre froide en 1977, cet ouvrage se base avant tout sur des documents allemands capturés et des sources secondaires occidentales -faute de mieux, en raison de l'indigence des travaux soviétiques, malgré un mieux sous Khrouchtchev (entre 1956 et 1962) signalé par l'auteur, un Suisse qui a travaillé plus de 20 ans sur la question. Paradoxalement, les grands bâtiments de surface, qui ont été les moins employés par l'URSS pendant la guerre, sont les mieux connus, alors que les rares succès ont plutôt été remportés par les vedettes lance-torpilles et les sous-marins, complètement méconnus. Les sous-mariniers, avec  un matériel inférieur, mal formés, ont subi des pertes très lourdes. Le domaine où les Soviétiques ont excellé, au final, est celui des flottilles sur lacs, rivières ou fleuves où ils ont clairement surpassé les Allemands. Mais l'histoire de ces combats reste encore à écrire. L'auteur a dû puiser sans sa propre collection et dans celles d'autres spécialistes pour illustrer son livre, l'URSS ne pouvant offrir les photos nécessaires...

    Etrange mélange en réalité que la flotte soviétique de 1941, composée d'anciens navires tsaristes achevés avant la révolution, de ceux en construction et terminés par les Soviétiques, de vaisseaux construits pendant l'entre-deux-guerres, puis des fournitures du Lend-Lease anglo-américain, puis ensuite des prises sur les pays combattus de 1939 à 1945. L'auteur, de façon classique, évoque d'abord les navires de surface les plus imposants en premier, puis descend en taille. Cuirassés, croiseurs de bataille, croiseurs, conducteurs de flottille, destroyers, torpilleurs constituent les passages les mieux illustrés, comme on l'a dit. L'auteur a cependant trouvé d'autres illustrations pour les mouilleurs de mines, poseurs de filets et dragueurs de mines et même pour les vedettes dragueuses de mines. Outre les canonnières, on notera les pages consacrées aux canonnières blindées utilisées par les flottilles fluviales avec les fameux Types 1124 et 1125, de même que celles dédiées aux chasseurs de sous-marin et autres patrouilleurs. La partie sur les sous-marins constitue un gros morceau du livre, de même que celle sur les vedettes lance-torpilles, assez bien illustrée. L'auteur va même jusqu'à lister les navires auxiliaires comme les brise-glaces et les navires de débarquement. Les 50 dernières pages sont consacrées aux flottilles fluviales, lacustres, avec encore une fois un luxe de détails.

    J.Meister a réalisé un travail considérable : non seulement il tente de déterminer l'effectif dans chaque catégorie de bâtiment pour chaque flotte soviétique (Baltique, mer Noire, Arctique, Pacifique), mais il s'essaie à dresser la liste des pertes et la liste des bateaux tout court ce qui fait du livre un instrument de travail pour le chercheur et le passionné. Incontournable pour qui s'intéresse au sujet.

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    La synthèse n°7 porte sur les vidéos 31, 32, 33, 34 et 35 analysées avec le questionnaire mis au point depuis maintenant 6 mois environ.

    L'échantillon conserve, comme le précédent, un partage plus équilibré qu'auparavant entre les théâtres irakien et syrien. Cette fois-ci, l'Irak est majoritaire avec 3 vidéos sur 5, mais il y a tout de même deux vidéos du théâtre syrien. Preuve encore une fois que la situation de l'EI sur le théâtre irakien ne s'améliore pas. En Syrie, la wilayat Halab fournit à nouveau une production, preuve de l'importance de ce front pour l'EI ; quant à la wilayat Dimashq, qui livre moins de vidéos militaires, elle est cette fois représentée. En Irak, sans surprise, on retrouve les wilayats Kirkouk et Dijlah qui sont parmi les plus productives. En revanche, il y a cette fois-ci la wilayat al-Furat que l'on n'avait pas vu depuis longtemps et qui améliore manifestement la qualité de ses vidéos militaires, même si ses opérations sont limitées (la wilayat ne montre d'ailleurs pas les combats ayant conduit à la déroute de la Nouvelle Armée Syrienne formée par les Américains). Dans l'ensemble, on retient la vidéo de Dijlah qui souligne aussi, comme Halab en Syrie, l'importance du front au sud de Mossoul pour l'EI, autour de Sharqat.



    L'écart entre la mise en ligne des vidéos et les opérations montrées reste considérable. Toutes les vidéos de l'échantillon ont été mises en ligne au mois de juillet. La wilayat Halab montre des combats du mois d'avril, tout comme la wilayat Dimashq. Je n'ai pas déterminé les dates des vidéos des wilayats Kirkouk et al-Furat mais l'écart est au minimum de 3 semaines/1 mois, et probablement plus. En revanche, les opérations de la wilayat Dijlah ne datent que d'un mois à peine : preuve que ce front est important, puisque c'est la vidéo où l'écart est le plus court. Il faut observer aussi que le rythme des vidéos se ralentit : l'EI publie moins de vidéos militaires qu'avant. Par contre, les montages sont parfois plus longs, comme dans le cas de Halab, ou de Dijlah.




    On remarque une différence assez nette entre les théâtres irakien et syrien quant aux types de vidéos. En Syrie, à Halab, l'EI est clairement à l'offensive contre le régime sur le front de Khanasser ; face aux rebelles syriens, autour d'Azaz et vers la frontière turque, l'EI joue au jeu du chat et de la souris avec les rebelles, les villages étant pris, repris, perdus de nouveau, met avec toujours des contre-attaques. A Manbij, l'EI se défend contre les assauts kurdes avec snipers et VBIED. L'EI est toujours dans une dimension pour partie conventionnelle dans les affrontements en Syrie comme le montre l'emploi de véhicules blindés et de pièces d'artillerie. En Irak en revanche, depuis plusieurs mois au moins, l'EI repasse progressivement à la guérilla/insurrection : les vidéos de Kirkouk et al-Furat montre des raids motorisés/mécanisés d'ampleur limités, visant des objectifs faibles. A Dijlah, sur le front de Sharqat, l'EI est clairement dans une position défensive, et mène des contre-attaques réduites tout en utilisant de nombreuses armes antichars contre les formations blindées/mécanisées de l'armée irakienne, allant jusqu'à employer une katiba antichar complète avec différents modèles de lance-missiles.

    Mitrailleur PK-wilayat Dijlah.

    Technical avec DSHK -wilayat Dimashq.



    Position irakienne observée avec un drone pour préparer l'attaque-wilayat al-Furat.



    Sur les deux théâtres, le nombre d'adversaires est toujours important, et leurs caractéristiques différentes. A Halab, l'EI s'affronte à la fois au régime syrien, pourvu d'un important armement conventionnel et de moyens plus légers, aux rebelles syriens surtout équipés de technicals, et aux Kurdes qui disposent d'un armement parfois plus lourd. A noter que lors de combats à Khanasser contre le régime, les corps et prises montrés par l'EI prouvent la présence de la milice chiite irakienne Harakat Hezbollah al-Nujaba et de la brigade Fatemiyoun composée d'Afghans chiites recrutés par l'Iran. En Irak, dans les 3 vidéos, c'est l'armée irakienne qui est en face de l'EI quasiment à chaque fois. On remarque toutefois les moyens importants engagés par l'armée irakienne sur le front de Sharqat au sud de Mossoul : T-72, BMP-1, nombreux véhicules blindés ou plus légers... à Dimashq, l'EI s'oppose au régime syrien, soutenu par au moins un hélicoptère de combat Mi-24 et qui dispose de chars et de véhicules blindés, et aux rebelles syriens des Forces des martyrs Ahmad al-Abdo, de l'est du Qalamoun.

    Drapeau de Liwa Fatemiyoun capturé-wilayat Halab.
    Combattant du régime tué portant l'écusson d'Harakat Hezbollah al-Nujaba-wilayat Halab.

    T-72 de l'armée irakienne - wilayat Dijlah.
    Portait de Hafez el-Assad piétiné-wilayat Dimashq.

    Humvee détruit-wilayat al-Furat.


    Les effectifs reflètent en général la nature des opérations. A Halab, l'infanterie de l'EI est nombreuse (on voit plus de 30 hommes ensemble dans une seule séquence), en particulier face au régime syrien à Khanasser. A Kirkouk et al-Furat, les effectifs sont limités pour des raids de faible ampleur (quelques dizaines d'hommes seulement). A Dimashq par contre, dans l'est du Qalamoun, l'infanterie est à nouveau importante : 4 séquences de la vidéo montrent des effectifs dépassant à chaque fois la vingtaine de combattants et allant pour 2 d'entre elles jusqu'à plus de 40 hommes. Sur le front de Sharqat, à Dijlah, important pour l'EI, les moyens humains sont conséquents bien qu'en défensive : plusieurs dizaines d'hommes dans les séquences de combat.

    Wilayat Halab.


    Wilayat Dijlah.



    Les moyens d'appui engagés montrent là encore une nette différence entre théâtres irakien et syrien. A Halab, l'EI déploie contre le régime syrien des canons M-46 et D-30, des lance-roquettes de 107 mm, un lance-missiles antichars, un mortier de 82 mm, un canon sans recul SPG-9. Les moyens sont moins importants à Dimashq avec seulement une DSHK sur affût et un lance-missiles antichars Kornet. Toutefois, en Syrie, l'EI se permet encore d'employer de l'artillerie lourde de manière conventionnelle. Rien de tel en Irak : la vidéo de Kirkouk ne montre aucun moyen d'appui, celle d'al-Furat un seul mortier lourd. A Dijlah, les moyens sont très légers : un mortier, un canon sans recul SPG-9. En revanche, en défense, pour éliminer les chars, véhicules blindés et bulldozers de l'armée irakienne, l'EI engage une katiba antichar équipée d'au moins un lance-missiles Metis-M, d'un Kornet et d'un TOW et probablement d'autres pièces. On retrouve donc le glissement vers l'insurrection probablement en raison des frappes aériennes et d'un adversaire devenu plus solide : l'EI privilégie les moyens légers et mobiles.

    Canon D30-wilayat Halab.
    Canon M-46-wilayat Halab.

    Canon M-46-wilayat Halab.

    Lance-missiles Metis-M-wilayat Dijlah.
    Lance-missiles TOW-wilayat Dijlah.
    Lance-missiles Kornet-wilayat Dijlah.

    On retrouve les mêmes oppositions au niveau des véhicules. A Halab, l'EI déploie des chars T-72 et T-55, des technicals de différents modèles dont certains lourd (un camion avec canon S-60 de 57 mm). A Dimashq, le constat est identique : chars T-55 et T-72, nombreux technicals avec DSHK, ZU-23, KPV (dont un ZPU-4). En Irak en revanche les chars ne sont pas présents : l'EI se sert de pick-up et technicalsà Kirkouk, de technicals à Dijlah. A al-Furat, en plus des pick-up et technicals, on voit pour la première fois des véhicules de transport de troupes improvisés, avec blindage renforcé et surtout fentes de tir intérieure pour le tir latéral et protégé dans le véhicule. Encore une fois, l'EI se sert en Irak de moyens plus légers et plus mobiles, preuve que l'appui-feu adverse (aérien surtout) est redouté.



    T-55-wilayat Halab.

    ZU-23 sur Land Cruiser-wilayat Dimashq.
    KPV sur Hilux-wilayat Dimashq.
    ZPU-4-wilayat Dimashq.


    Dans l'échantillon, une seule des 5 vidéos ne montre pas de kamikaze sur VBIED, celle d'al-Furat. Il y a en tout 16 VBIED visibles dans les 4 vidéos, dont 12 pour la seule vidéo d'Halab qui montre des VBIED jetés par vagues sur les mêmes objectifs, des positions des rebelles syriens, un sur une position du régime à Khanasser et 2 sur les positions kurdes autour de Manbij. 12 kamikazes sont identifiés par leur nom de guerre : 6 sont des Syriens, 2 sont des Irakiens, 1 vient du Maghreb, 1 des Emirats Arabes Unis, 1 est Ouzbek et 1 Palestinien. Les deux tiers des kamikazes sont donc des locaux. Les VBIED sont des pick-up surblindés, des camions renforcés de blindage artisanal ou des 4x4 blindés de manière improvisée. Le VBIED de Dimashq par contre est un BMP-1 détourellé. A Halab, les VBIED sont utilisés pour harceler les positions rebelles dans les villages conquis, ou les positions kurdes autour de Manbij ; l'un d'entre eux ouvre la voie à un assaut contre les positions du régime à Khanasser. A Kirkouk et Dimashq, les VBIED servent également à préparer l'attaque des combattants de l'EI. A Dijlah, le VBIED est employé de la même façon ; plus tard, lors d'un combat antichar contre un véhicule de l'armée irakienne (BMP-1), un inghimasi se fait probablement sauter près du véhicule déjà frappé par des tirs antichars pour accroître les destructions occasionnées.


    Kamikaze ouzbek-wilayat Halab.
    Explosion de son VBIED près de Manbij-wilayat Halab.


    Kamikaze palestinien-wilayat Dijlah.
    Son VBIED-wilayat Dijlah.
    Le VBIED (BMP-1) de la wilayat Dimashq.


    4 des 5 vidéos montrent assez bien les groupes de combat de l'EI : à Kirkouk, le petit raid engage un groupe comprenant 1 ou plusieurs tireurs PK et des tireurs AK. A Halab, les groupes de combat semblent disposer d'une quinzaine d'hommes, soit plus que la moyenne généralement visible, bien pourvus en équipement collectif (PK, RPG-7 voire RPG-26). Sur le front de Manbij, un sniper opère avec M-16 à lunette. Au nord du district industriel de Sheikh Najjar, contre le régime, les combattants de l'EI intervenant en combat urbain sont eux aussi bien armés, avec grenades, PK et RPG-7. A Dijlah, de par le contexte défensif et la présence de formations mécanisées de l'armée irakienne, les hommes de l'EI sont bien pourvus en armes antichars : nombreux tireurs RPG-7, lance-roquettes M79 Osaet AT-4... pour les séquences de raids en revanche, l'armement redevient plus conforme à la norme de l'EI : PK, RPG-7, AK et M-16, et tireur SVD. A Dimashq, les groupes de combat de l'EI sont standard : contre le régime, à Tishrin, on est en présence d'inghimasiyyi. A noter la présence dans ce dernier cas d'une RPK et d'un combattant armé d'un fusil de chasse ou assimilé (!), ce qui est rare. A al-Furat, les groupes de combat sont standards mais on note deux particularités : d'abord l'emploi d'un lance-roquettes improvisé pour roquettes air-sol S-5K ; et l'engagement d'un groupe de 3 mitrailleurs PK en simultané dans l'une des séquences.

    Wilayat Halab.
    Tireur PK-wilayat Halab.


    Sniper avec M-16 à lunette-wilayat Halab.

    Tireur SVD Dragunov-wilayat Dijlah.
    Tireur PK-wilayat al-Furat

    A part la vidéo de Halab, les 4 autres montrent des destructions de véhicules adverses. A Kirkouk, 2 pick-up sont incendiés lors du raid nocturne. A Dijlah, le contexte de combat antichar fournit de nombreuses destructions de véhicules : outre de nombreux véhicules blindés BAE Caiman, 1 BMP-1 est détruit en combat rapproché, et 3 chars, 1 BMP-1, 1 BAE Caimanet d'autres véhicules dont des bulldozers sont pulvérisés par les missiles antichars de la katiba spécialisée. Des Humvees sont également détruits. A Dimashq, un camion et un automoteur d'artillerie 2S1 sont détruits, de même qu'un BMP-1 avec un missile antichar. A al-Furat enfin, 2 Humvees sont détruits.

    BMP-1 détruit en combat antichar rapproché-wilayat Dijlah.

    T-72 incendié avec un missile antichar.


    BMP-1 détruit au missile antichar Kornet.


    Hormis dans la vidéo de Kirkouk, toutes les autres opérations rapportent du butin matériel à l'EI. Celles de Halab livrent le butin le plus conséquent : sur les rebelles, plus d'une trentaine de fusils d'assaut AK-47/AKM, deux M-16, six lance-roquettes RPG-7, deux M-72 LAW, trois lance-grenades RBG-6 et un lance-grenade bulgare Arsenal MSGL. Une mitrailleuse de calibre .30 sur trépied, ainsi que deux M2 Browning .50, les deux montées sur pick-up Land-Cruiser, sont également capturées. Six autres 4x4, dont trois sont armés (avec un canon 2A14 de 23 mm, une mitrailleuse W85, et probablement une ZPU-1) ont également été abandonnés par les rebelles syriens. Un mortier US M120 de 120 mm, sur remorque M1100 récemment livré est saisi, au côté d'un mortier de fabrication artisanale. Le tout avec une quantité importante de munitions de différents calibres, allant du 7,62 mm au 12,7 mm, des obus de mortiers de 60 mm, des munitions de 105 mm pour le canon sans recul M40, des obus de chars, des grenades, etc. Sur le régime sont pris plusieurs véhicules 4x4 et camions légers civils de transport, au moins 2 camions GAZ-3308, dont l'un est armé d'une mitrailleuse lourde ZPU-4, et un camion Tatra 815. L'artillerie lourde exposée comprend un canon de campagne Type-59-I de 130 mm, un obusier D-20 de 152 mm, un lance-roquette multiple de 107 mm Type 63, tandis que l'un des 2 lance-roquettes multiples BM-21 sur Ural-375D, filmés dans la séquence 5 sont à nouveau montrés. Des dizaines d'armes légères et de munitions de différents calibres, y compris un important stock de roquettes Grad de 122 mm s'ajoutent au butin amassé. A Dijlah, en plus d'un Humvee au moins, l'EI met la main sur de nombreuses munitions, dont des caisses pour lance-grenades Mk 19 de 40 mm, une mitrailleuse M2 cal. 50, 1 M-72 LAW, 2 Mk 19, 5 mitrailleuses, 1 RPG-7, 2 M-16, une mitrailleuse lourde DSHK, 1 RPG-26, puis 2 mitrailleuses PK et 6 AK. A Dimashq, ce sont un pick-up avec mitrailleuse lourde KPV de 14,5 protégée par un bouclier et un ZSU 23/4 Shilka. L'EI capture un canon M-46, un technical aux couleurs du régime, un BMP-1, un technical avec bitube ZU-23, un véhicule des Faucons du Désert (pick-up avec tourelle arrière embarquant une mitrailleuse KPV), un char T-55, de nombreuses caisses de munitions dont des obus de chars de 125 mm. Enfin, à al-Furat, il récupère 2 PK, 1 RPG-7 avec roquettes, 1 AK, 1 PK, 1 AK et des munitions.

    2S1 capturé-wilayat Halab.
    Lance-grenades de prise dont un RGB-6 et un Arsenal-wilayat Halab.

    Partie du butin-wilayat Dijlah.


    A l'exception de la vidéo al-Furat, toutes les vidéos montrent des corps adverses. 5 corps de rebelles syriens sont visibles à Halab, ainsi qu'au moins 7 corps de combattants du régime ; l'EI capture également un de ces derniers. A Kirkouk l'EI filme 5 corps de l'armée irakienne dont un officier. La vidéo de Dijlah montre au moins 5 tués de l'armée irakienne. Dans la vidéo Dimashq, 16 corps de combattants du régime sont visibles.

    3 vidéos sur les 5 filment des morts de l'EI. A Halab, on voit 2 combattants manifestement du groupe qui ont été tués. La vidéo de Dijlah rend hommage à Abu Fatima Al A'alamia, le responsable média de la brigade Nihawand, qui a peut-être filmé les images du début de la vidéo. Enfin la vidéo Dimashq loue Abu Khadija al-Faransi (Français), probablement membre des inghimasiyyi.

    Outre les nombreux discours audio de grandes figures de l'EI incrustés dans les vidéos, on note les combattants lisant le Coran dans la vidéo de la wilayat Halab et la prière d'un soldat de l'EI face contre terre à la fin du combat de rues dans la vidéo de la wilayat Dijlah.

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    Wassim Nasr, journaliste à France 24, suit de près les factions djihadistes en Syrie et en particulier l'Etat Islamique. Ce livre assez court, rapidement lu, plus en forme d'essai que de synthèse de fond, livre donc ses réflexions à partir d'un travail qui est surtout celui de terrain, au contact des sources.

    La préface d'Olivier Ravanello est peut-être un peu trop fracassante, avec cette comparaison étonnante entre l'EI et la Révolution française, qui paraît un peu déplacée. Je suis d'accord par contre sur l'idée que l'EI est bien un Etat, d'ailleurs j'emploie ici le terme Etat Islamique et non Daech, comme je le disais récemment sur mon autre fiche du livre de Nicolas Hénin.

    Wassim Nasr, comme dit plus haut, place son travail dans ce bref ouvrage sous l'angle des propos d'acteurs et de témoins oculaires, et de ses réflexions sur le phénomène. On ne sera donc pas surpris de ne trouver ni notes avec sources ni bibliographie. On peut le regretter, mais c'est un choix qui se défend.

    Le propos se décompose en 13 chapitres de taille inégale. Le premier revient justement sur le choix des termes : Daech ou l'Etat Islamique ? Le premier terme revient, comme l'explique l'auteur, à dénier à l'EI sa capacité à être un Etat et son aspiration révolutionnaire, danger véritable pour les pays du monde arabe et pour certaines populations dans d'autres pays.



    Le deuxième chapitre démonte l'idée reçue selon laquelle l'EI serait soutenu par des pays étrangers. L'Arabie Saoudite, depuis longtemps, pourchasse ses djihadistes et elle est devenue une cible de choix pour l'organisation. Concernant les richesses, Wassim Nasr explique que plus que le pétrole ou les trafics illicites, c'est du contrôle des populations que l'EI tire sa fortune -jamais un groupe djihadiste n'avait contrôlé un territoire aussi vaste et aussi peuplé. Le groupe assure la redistribution des richesses, tente de frapper sa propre monnaie, assure les services de base pour gagner "les coeurs et les esprits". L'EI cède les villes face à la poussée de ses adversaires pour économiser ses forces, mais à terme, sa capacité d'administration pourrait en pâtir. La fin du chapitre 2 est consacrée aux rapports entre al-Qaïda et l'EI.

    Le chapitre 3 fait le point sur les rapports entre le califat et les clans sunnites.  Les combattants et les commandants de l'EI sont issus pour bonne part des clans sunnites. Dès sa montée en puissance en Irak avant l'EI, l'EIIL a cherché à la fois à coopter ses opposants sunnites par le pardon tout en confiant la gestion des zones conquises aux clans locaux. Mais ces clans n'ont pas forcément prêté une allégeance collective à l'EI -celle-ci étant plutôt individualisée : il s'agit d'un accord tacite. Cela n'empêche pas des sunnites de combattre l'EI, en Irak comme en Syrie. L'EI tente pourtant de se rallier les tribus en réglant les contentieux existants entre elles, parfois.

    Dans le chapitre 4, Wassim Nasr rappelle que les premiers djihadistes étrangers sont arrivés en Syrie dès 2012, en prenant l'exemple des Libyens (cf mon propre billet sur ces derniers). Pour l'auteur, d'après des témoignages, ce qui devient ensuite le front al-Nosra est présent en Syrie dès les premiers mois de la révolution, pour commencer à créer des structures, en particulier à partir de Deir-es-Zor. Il rappelle aussi que les rebelles syriens, parrainés par leurs soutiens étrangers, ont combattu l'EIIL, ancêtre de l'EII, dès l'automne 2013 et jusqu'au début 2014 avant la proclamation du califat.

    Gonflé par ses succès en Syrie, dopé par la politique autoritaire et sectaire du Premier Ministre al-Maliki, l'EIIL revient à la charge sur le théâtre irakien. A Falloujah, l'EIIL a su tirer les leçons des échecs du passé et capitalise sur le rejet du pouvoir, ce qui lui permet en quelques mois d'établir un territoire continu à cheval sur la Syrie et l'Irak.

    Le chapitre 6 m'intéresse particulèrement car il porte sur la dimension militaire de l'EI. Avec raison, Wassim Nasr souligne que l'EI s'appuie sur de petites unités polyvalentes et très mobiles. Pour ce qui est de l'aspect décentralisé et de l'initiative laissé au plus bas échelon, je ne suis pas sûr que l'exemple des Stosstruppen soit le plus approprié. Les VBIED ont effectivement un rôle phare dans les assauts (l'auteur oublie le LTTE et le PKK dans la liste de ceux qui ont employé les attaques suicides) ; pour autant, l'EI sait aussi utiliser l'artillerie classique en plus des VBIED. D'ailleurs, ces moyens d'appui continuent à être utilisés sur le front syrien, contrairement à ce qu'écrit Wassim Nasr, et pas ou peu sur le front irakien, ce qui montre justement une différence quant à l'impact des frappes aériennes de part et d'autre de la frontière. Je suis d'accord en revanche sur l'efficacité des renseignements de l'EI et leur préparation minutieuse des opérations. Certes l'armement de l'EI n'est pas spécialement sophistiqué (pris en quasi totalité sur le régime syrien, les adversaires irakiens ou les rebelles syriens), mais l'EI n'est pas non plus une force rudimentaire : l'utilisation de l'artillerie et des blindés, de véhicules de combat improvisés donnant une composante mécanisée aux assauts, la formation de détachements de snipers ou de katibas antichars montrent que l'EI n'est plus seulement une insurrection/guérilla, sans être pour autant une force conventionelle : il est devenu un hybride. D'ailleurs, l'EI fait justement jeu égal notamment avec les forces paramilitaires dont parle Wassim Nas (je pense aux milices chiites en Irak, mais aussi en Syrie, ou autres alliés du régime syrien comme les Afghans de la Fatemiyoun) mais parfois aussi avec des forces plus régulières comme celle du régime syrien, ou du régime irakien. Effectivement les combattants de l'EI ont l'expérience et la motivation ; mais d'où viennent leurs tactiques, leurs pratiques militaires ? C'est ce point-là qui reste à décrypter. L'influence de l'armée irakienne post-guerre du Kippour est visible sur certains points (preuve d'un passage via le Baath) mais pas exclusive, loin de là. D'autres influences sont probables : celle de la guérilla irakienne bien sûr, mais probablement d'autres djihads plus anciens et étrangers (Wassim Nasr parle justement d'Omar al-Chichani ; un récent article soulignait que ce serait plutôt son frère la tête pensante, lui-même étant plutôt le noeud médiatique...). Les exemples choisis sur l'attaque à Samarra avant la prise de Mossoul ou la chute de Ramadi en mai 2015 montrent bien les capacités de cette organisation : restent à décortiquer précisément cet héritage.

    Dans le chapitre 7, l'auteur explique que l'EI ne combat pas les Kurdes par principe, certains faisant partie de l'organisation. En réalité, l'affrontement concerne deux projets transfrontaliers concurrents.

    Et les chrétiens ? Wassim Nasr montre que l'EI leur a proposé un choix, même si des persécutions ont eu lieu par le bas. A Raqqa, les chrétiens, organisés, ont choisi le statut de dhimmi. A Mossoul et dans le nord de l'Irak en revanche, ils sont chassés dès lors qu'ils refusent l'accomodation voulue par l'EI.

    L'EI a réduit des centaines de femmes yézidies en esclavage, notamment pour fournir les combattants étrangers, mais aussi pour des motifs religieux.

    C'est aussi que l'EI prépare la fin des temps, et que le fameux hadith d'Abou Houraira évoque les enfants issus de l'union des musulmans avec leurs esclaves. On est sûr la même logique que l'insistance sur la fameuse plaine de Dabiq à partir de l'été 2014.

    Pour Wassim Nasr, la moitié du djihad est constituée du "djihad médiatique". Internet n'est qu'un outil, que les djihadistes maîtrisent maintenant très bien. C'est un chapitre où sont inclus de longs témoignages.

    Sur les réseaux sociaux, l'EI a des supporters très nombreux, qui cherchent à créer un buzz systématique autour du groupe.

    Sur le plan médiatique, l'EI innove dans la scénarisation et la réalisation de ses vidéos. Outre le fait de vouloir s'approcher au plus près des combats (caméra embarquée), c'est l'industrialisation et la scénarisation des vidéos violentes qui fait la marque de fabrique de l'EI. Les vidéos de l'EI ont commencé cette mue dès 2006 et l'époque du premier Etat Islamique en Irak. Elles ciblent leur public en fonction de ce qui est montré. L'absence de violence peut même constituer un message. En soi, les organisations comme l'EI n'ont même plus besoin des médias traditionnels pour les relayer comme cela était encore le cas sous al-Qaïda.

    En conclusion, Wassim Nasr souligne que le projet de l'EI est révolutionnnaire : c'est bien ce qui en fait un djihad de masse, avec une finalité religieuse certaine.

    Au final, on est bien en présence d'un essai : l'auteur livre à la fois son ressenti et son travail de terrain sur ce qu'est devenu l'Etat Islamique, et c'est pourquoi certains chapitres sont plus intéressants que d'autres. Les chapitres comportant les témoignages recueillis par Wassim Nasr sont certainement les meilleurs.L'ouvrage est plus là pour faire un point de situation temporaire et démonter certaines réponses erronnées sur des sujets précis (chapitre 2) que pour faire autorité. J'en ai pointé moi-même les limites sur le chapitre 6, par exemple : pour autant, de mon côté, je travaille toujours à déterminer les origines des influences militaires sur les tactiques et méthodes de combat de l'EI. Un seul leitmotiv, donc : au travail, pour mieux comprendre.

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    Le 6 août 2016, après plusieurs jours de combat et une attaque visant l'académie militaire d'artillerie et le quartier de Ramousseh, les rebelles syriens parviennent à faire la jonction avec les quartiers est encerclés par le régime. On se concentrera ici sur l'action de Jabhat Fateh al-Sham (ex-front al-Nosra, JFS) dans les combats.

    JFS prépare la suite de l'assaut contre les lignes du régime avec des images satellites. Un prêcheur fait un discours devant une quarantaine de combattants assis devant lui ; on remarque deux RPG-7 avec charges antipersonnelles OG-7V. Le JFS insiste dans ses vidéos de propagande sur la prière avant la bataille. Les préparatifs permettent de voir aussi que les hommes de JFS sont relativement bien protégés : certains portent des casques. On retrouve les brassards bleus d'identification déjà vus dans le premier commentaire de vidéos que j'avais fait il y a quelques jours. Les groupes de combat embarquent à bord de 2 BMP-1. On note que les tireurs RPG-7 portent souvent une AK dans le dos, comme c'est le cas chez l'EI. Les groupes de combat semblent comporter 12 hommes environ. Un char T-72 ouvre la voie aux BMP-1 pour l'assaut sur le complexe d'appartements 1070. Les tireurs PK portent également une AK dans le dos ; les tireurs RPG-7 sont suivis de leur pourvoyeur.


    On remarque 2 RPG-7 avec OG-7V dans l'assistance.


    Certains combattants sont casqués.

    Brassard bleu pour l'identification.

    Les tireurs RPG-7 portent en plus une arme individuelle (AK).

    BMP-1 accueillant les fantassins.





    Char T-72.


    2 BMP-1.


    Tir de RPG-7.




    Le tireur PK porte aussi une arme individuelle supplémentaire.




    Combattant du régime en train de fuir entouré par JFS dans la vidéo.









    Roquettes "Eléphant" mises en place.





    Char T-72.


    Les moyens d'appui restent conséquents. JFS engage un canon sans recul de 106 mm monté sur véhicule léger Safir, pris aux Iraniens ou autres alliés du régime syrien. On retrouve l'automoteur d'artillerie 2S1 déjà vu dans les débuts de l'attaque, de même que le canon M-46 de 130 mm. JFS aligne aussi un ZPU-2 sur Toyota Land Cruiser, une batterie de mortiers artisanaux (3), un bitube ZU-23 sur Land Cruiser et une batterie de roquettes Elephant.



    Safir avec canon sans recul de 106 mm.




    Automoteur d'artillerie 2S1 Gvozdika (122 mm).




    Canon M-46 de 130 mm.


    ZPU-2 sur Land Cruiser.

    Batterie de 3 mortiers artisanaux.



    Bitube ZU-23 sur Land Cruiser.





    Tir de roquettes "Eléphant".









    Les combats pour le complexe 1070 sont particulièrement violents. JFS filme un Su-24 bombardant ses positions. Un BMP-1 en flammes est visible sur le champ de bataille. 5 corps de combattants du régime sont également visibles. JFS mène aussi des attaques de nuit.

    Su-24.

    Carcasse de BMP-1.


    Pour l'assaut contre l'académie d'artillerie militaire, JFS utilise au moins 1 VBIED. Comme lors du premier assaut, où l'un des deux VBIED contre l'école al-Hakma était déjà le même véhicule, c'est encore un BMP-1. Après l'intervention du ou des VBIED, les combattants de JFS pénètrent dans les brèches de l'enceinte : les combats sont filmés en caméra GoPro fixée sur le front d'un des combattants. Un véhicule est abandonné près de l'enceinte franchie par les hommes de JFS. Le nettoyage des bâtiments à l'intérieur de l'enceinte se fait à l'AK et à la grenade. On observe à nouveau que les hommes sont bien équipés : l'un d'entre eux porte un casque avec caméra GoProégalement. Un BM-21 abandonné est visible lors d'une séquence de tir à la PK. 6 ou 7 obusiers M1938 de 122 mm, en plus ou moins bon état, sont visibles à l'intérieur de la base de même que plusieurs camions Zil-131. Au moins 2 corps de combattants du régime sont aussi visibles. Une autre vidéo montre également l'assaut sur l'académie militaire. On remarque qu'elle emploie un nasheedégalement utilisé par l'EI. Plusieurs combattants portent des caméras GoPro pour les besoins de la propagande. Un groupe de combat est transporté en BMP-1. Les assaillants passent, à l'intérieur de l'académie, devant un bulldozer abandonné et le BM-21 probablement déjà vu précédemment. Il y a également 2 canons D-30 de 122 mm. 3 corps de combattants du régime sont visibles. On retrouve la rangée de camions déjà aperçue. Les hommes de JFS se couvrent mutuellement pour avancer et nettoient l'intérieur des bâtiments. Les grenades sont fréquemment utilisées. Les portraits de Bachar el-Assad sont mis à bas. Pour les besoins de sa propagande JFS filme les combats et les bombardements de l'académie militaire par drone : on voit notamment l'explosion de bombes à sous-munitions de l'aviation russe. Une autre vidéo montre la destruction d'un lanceur antichar du régime dans le complexe 1070 avec un missile Kornet. JFS a également utilisé un VBIED dans les combats du quartier de Ramousseh : un pick-up surblindé dont le trajet et l'explosion sont filmés par drone.

    Carte de la progression de JFS dans l'académie d'artillerie d'après ses vidéos de propagande.

    Le kamikaze qui ouvre la voie de l'assaut sur l'académie d'artillerie.

    Son VBIED : un BMP-1.







    Dans l'académie, les combattants passent des canons D-30 de 122 mm.



    Mitrailleur PK.





    Camions Zil-131.







    Jet de grenade sur un combattant du régime.














    Combattant casqué embarquant une caméra GoPro.


    Mitrailleur PK.



    Canons M1938 de 122 mm dans l'académie.






    Le kamikaze du quartier de Ramousseh.

    Son VBIED filmé par drone.






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    En février dernier, j'avais consacré un billetà la milice chiite irakienne Harakat Hezbollah al-Nujaba (HHN), "paravent" d'Asaib Ahl al-Haq pour combattre aux côtés du régime syrien depuis 2013. Revenue sur le théâtre syrien en 2015, HHN a été très impliquée dans les combats dans et autour d'Alep. Depuis l'offensive rebelle du 31 juillet dernier, elle est en première ligne face aux assauts. Voici ce que l'on peut déduire de sa participation à la bataille à partir, notamment, de ses documents mis en ligne sur les réseaux sociaux.

    Le 2 août, HHN annonce coopérer avec le Hezbollah dans la bataille en cours à Alep. Le 3 août, HHN annonce la mort de 3 "martyrs" lors des combats à Alep, et 4 blessés. Ce même jour, des clichés montrent les renforts d'HHN acheminés vers Alep : un convoi de véhicules avec technicals (dont un bitube ZU-23 sur l'un d'entre eux) et une photo montrant environ 50 hommes rassemblés autour de plusieurs véhicules (3 technicals et 1 Safir avec LRM Type 63 de 107 mm). Un des "martyrs" est Mohamed Hussein Salman, qui appartiendrait au "régiment d'intervention" (en Syrie ?) d'HHN. HHN revendique la mort de plusieurs responsables rebelles : le capitaine de l'armée syrienne dissident Mohammed Hassan Al-Khatib, des légions de Sham, un autre responsable militaire du même groupe, Haitham Darwish, et un responsable de la coalition Jaysh al-Fateh, Mohammed Abdul Qadir. Puis il revendique la mort de Abou Bakr al-Shami, responsable d'Ahrar al-Sham. Le 5 août, HHN prétend avoir tué 7 combattants de Fatah Haleb et en avoir blessé 18. Le 6 août, une vidéo du groupe rebelle Ahrar al-Sham (membre de la coalition Jaysh al-Fateh) tournée dans le quartier conquis d'Amiriyah, montre une position prise où flotte le drapeau d'HHN1. Le 7 août, HHN revendique la mort du mufti Abdelkrim Abdallah de Jabhat Fatal al-Sham (JFS), tué par un de ses snipers. HHN prétend avoir envoyé en renfort 2 000 hommes pour la contre-attaque à Alep. Ces renforts seraient des combattants expérimentés par les campagnes précédentes dans les zones rurales autour d'Alep.

    Montage montrant 3 commandants rebelles selon les dires d'HHN.


    Mortier lourd de 120 mm manipulé par les hommes d'HHN.









    On note le fusil anti-matériel de 12,7 mm Sayyad-2 (iranien, copie du Steyr HS. 50) porté par le combattant sur ce montage.

    Le "martyr"Mohamed Hussein Salman.


    Un autre "martyr" probable d'HHN à Alep.

    Renforts en route le 3 août, avec force déploiement de drapeaux...

    La position prise par Ahrar al-Sham à Amiriyah : le drapeau d'HHN y flotte.



    1https://www.youtube.com/watch?v=xGxznSoW1iw

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    Mohammed Hafez avait déjà écrit, avant cet ouvrage, d'autres travaux consacrés à des sujets approchants, dont l'un sur les kamikazes palestiniens. En 2007, alors que la violence en Irak est à son paroxysme, il publie ce travail sur les kamikazes en Irak. Ces kamikazes frappent surtout des Irakiens, chiites essentiellement, et sont majoritairement des étrangers. L'emploi des kamikazes est le fait de deux groupes surtout, al-Qaïda en Irak et Ansar al-Sunna, qui cherchent à faire s'effondrer l'Etat irakien pour le remplacer par leur propre Etat. Les attaques suicides se font donc en réaction aux initiatives politiques et militaires de leurs adversaires. Ce mode opératoire et son succès est lié à la dispersion d'al-Qaïda après la chute du régime des talibans ; à la répression des régimes arabes autoritaires ; et à l'exemple des kamikazes palestiniens qui a rendu cette pratique légitime. Les salafistes radicaux ont ainsi légitimé une pratique qui au départ était plus en vogue chez les chiites que les sunnites.

    Les kamikazes ont été utilisés notamment à partir de la décennie 1980 par le Hezbollah, puis par le LTTE, le PKK et les mouvements palestiniens. Impossible de déterminer un profil type du kamikaze. La tactique présente plusieurs avantages : elle tue beaucoup, elle est précise, elle coûte peu et la mort de l'auteur protège l'organisation qui l'a chapeauté. Stratégiquement, elle montre la détermination de l'organisation, sa capacité à frapper plus fort, à dissuader les "neutres", à humilier l'adversaire et à attirer des recrues. Il s'agit d'efface la frontière entre le soldat et le civil, de désorienter l'ennemi. Le groupe peut ainsi se démarquer par rapport à d'autres dans un contexte d'affrontement interne, et provoquer une répression qui gonflera ses rangs. La particularité de l'Irak est le grand nombre de volontaires étrangers commettant les attaques suicides, pour l'échantillon connu à l'époque (l'auteur s'arrête au début 2006). Le livre se divise en 3 parties : la première dépeint les insurgés irakiens, la deuxième les attaques-suicides elles-mêmes, et la troisième les réseaux qui ont permis d'acheminer les kamikazes étrangers.

     

    Dans la première partie, l'auteur sépare nettement l'insurrection irakienne en deux groupes : d'un côté les nationalistes islamistes, qui par leur résistance cherchent surtout à obtenir une réintégration dans le système existant, et de l'autre les baathistes idéologiques, qui cherchent à détruire le système pour le remplacer par un autre, ce qui les empêche pas de collaborer à l'occasion. Les salafistes djihadistes, eux, visent aussi à détruire l'Etat en irakien en construction pour le remplacer par un autre Etat, remplaçant la base perdue en Afghanistan. D'où les attaques suicides visant les chiites, considérés comme des hérétiques à exterminer, et les forces de sécurité irakiennes. Les attaques suicides ne sont qu'une tactique des insurgés irakiens. Elles sont surtout menées avec des véhicules kamikazes (VBIED). Elles commencent dès le début de l'occupation américaine mais se développent à partir de la fin 2004, preuve qu'elles sont le fait d'insurgés et non des anciens fidèles de Saddam Hussein. Plus de la moitié des attaques suicides ont lieu à Bagdad ou autour de la capitale. Dès ce moment-là, les attaques se font souvent à plusieurs véhicules, pour des raisons tactiques (destruction de masse ; plus d'impact dans les médias ; ouvrir une brèche avec le premier pour permettre aux suivants de frapper un objectif de valeur ; pression du groupe sur le kamikaze). Les attaques répondent aux mouvements militaires et politiques des adversaires des insurgés. En août 2006, elles représentent 37% des attaques faisant plus d'une victime. Les attaques se détournent vite des forces de la coalition, qui apprennent vite à contrer les VBIED : les insurgés visent donc les forces de sécurité irakiennes pour déstabiliser l'Etat et les chiites pour provoquer la guerre civile dans le cas des salafistes djihadistes. Il est difficile d'établir des statistiques car toutes les attaques ne sont pas revendiquées. Mais les groupes djihadistes salafistes sont les commanditaires les plus nombreux : ils veulent déclencher une guerre sectaire, ils ont une assiste faible en Irak contrairement à la résistance nationaliste, et ils font l'éloge du "martyr"appuyant aussi sur le discours anti-chiite.

    Dans la partie 2, Mohammed Hafez explique comment les salafistes djihadistes ont justifié les attaques-suicides. Des arguments sont repris au Hezbollah ou aux Palestiniens, comme le complot contre les musulmans ; mais ils développent aussi des arguments religieux pour justifier le meurtre de civils, et de civils musulmans. L'utilisation des attaques suicides ne fait d'ailleurs pas l'unanimité dans la sphère djihadiste. Le but des arguments est de soutenir que l'attaque suicide est le meilleur moyen de démoraliser l'adversaire et de semer la peur parmi ses rangs, et de dissuader certains de travailler pour l'occupant : ceux qui le font sont des "collaborateurs"à éliminer. C'est pourquoi les djihadistes communiquent beaucoup sur ces attaques : il s'agit de montrer les humiliations subies par les musulmans, la collusion des régimes arabes avec l'Occident, et l'intervention providentielle des "martyrs".

    La partie 3 revient sur les auteurs des attaques kamikazes en Irak. La plupart des volontaires sont acheminés par des réseaux salafistes radicaux qui pour la plupart à la décennie 1990, quand les vétérans du djihad afghan, déçus de ne pouvoir faire aboutir le combat dans leur pays, reviennent en Afghanistan ou au Pakistan et forment une nouvelle génération de djihadistes, en lien avec al-Qaïda. De retour chez eux, ces combattants arabes vont former des réseaux parfois en lien avec al-Qaïda : en Jordanie, en Arabie Saoudite et au Koweït, en Syrie et au Liban ; en Europe. Les raisons de l'engagement des kamikazes sont multiples, l'auteur les liste. Mais à chaque fois, ce sont les réseaux qui servent à achminer les kamikazes : preuve que ceux-ci ont été des structures de mobilisation efficaces. Sur les 102 kamikazes connus de l'échantillon étudié par l'auteur, 15 sont Européens. Ils sont arrivés par la Syrie ou la Turquie pour la plupart. Pour Mohamed Hafez, là encore, l'importance des réseaux est fondamentale. L'islam radical, pour lui, a ses racines dans la sociologie et non la théologie. Les réseaux radicaux issus de mouvements chassés du Maghreb ont en effet conduit de nombreux kamikazes en Irak. C'est ce que montre l'étude du réseau hispano-belge autour des vétérans du Groupe Islamique Marocain Combattant (GICM). Comme dans les cas français et italien présentés ensuite, il y a toujours des liens de parenté, d'amitié ou d'activisme entre les kamikazes et les réseaux. Mais Mohammed Hafez reconnaît que les réseaux n'expliquent pas tout : les motivations sont trop variées. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer l'emploi des attaques-suicides en Irak : une stratégie pour mettre fin à l'occupation ? L'auteur pense que non : les attaques sont bien une fin en soi. Une arme pour se démarquer dans l'insurrection ? Non pour Mohamed Hafez, car peu d'autres groupes l'ont utilisée. Une réponse à des traumatismes individuels vécus par les kamikazes ? Les faits ne cadrent pas. Un fanatisme religieux couplé à l'exaltation du martyre ? Le fait religieux ne semble pas le lien causal avec les attaques suicides, même si l'auteur reconnaît son importance. Pour Mohamed Hafez, le fait est que les salafistes djihadistes ont eu l'opportunité en Irak de se servir d'une arme désormais acceptée par les musulmans sunnites, l'attaque suicide, pour leurs propres ambitions politiques. Avec la chute du régime de Saddam Hussein, les salafistes djihadistes ont utilisé l'insurrection irakienne pour se placer en fer de lance de la résistance islamique et pour viser la défaite des Américains et de leurs collaborateurs locaux. Il s'agit de montrer qu'une superpuissance peut être vaincue, comme les Soviétiques, par l'héroïsme et le sacrifice individuel. L'Irak sert donc de catalyseur au mythe djihadiste.

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    Merci à https://twitter.com/BiladFransa

    Titre : Les hautes montagnes

    Durée : 10 minutes 57 secondes.

    Lieu(x) : d'après les bandeaux, nous sommes dans les monts Hamarin. La séquence 1 montre un front entre Al Fataha et Zarqah. Dans la séquence 3, l'attaque a lieu près du champ pétrolifère d'Alas. L'attaque nocturne de la séquence 5 aurait lieu près des champs d'Ajail et Alas.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : probablement 3 semaines/1 mois avant la vidéo mise en ligne le 4 août. Des combats ont eu lieu autour du champ pétrolifère d'Alas le 18 juillet.

    Type de vidéo : c'est une vidéo de raids de faible ampleur.

    Découpage (séquences) :

    1 : 17" - 2'08", morts de l'EI, drapeaux et dirigeants adverses, ligne de front.
    2 : 2'08" - 4'05", images d'archives, hommages aux morts.
    3 : 4'05" - 7'29", combats au champ d'Alas.
    4 : 7'29" - 8'36", butin et morts ennemis.
    5 : 8'36" - 10'57", bataille nocturne près des champs pétrolifères.

     

    Forces attaquées/adversaires : l'EI s'en prend ici à l'armée irakienne, mais la présence de véhicules spécifiques laisse penser que la police fédérale est aussi impliquée.

    Effectifs engagés : limités, quelques dizaines d'hommes au maximum.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : un D-30 sur camion est visible dans la séquence 2 mais ce sont probablement des images d'archives. De même que celles d'un S-60 sur camion et d'un lance-roquettes sur camion-benne.

    Dans la séquence 3, l'EI emploie un mortier lourd et un mortier léger artisanal. Un lance-missiles antichars 9K111 Fagot est utilisé pour frapper un char T-72.







    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : le convoi de la séquence 2 comprend 6 Toyota Hilux dont un avec mitrailleuse lourde KPV protégée par un bouclier. Il y a aussi un Land Cruiser avec arme embarquée, et une moto.



    La colonne de la séquence 3 comprend au moins 5 Toyota Hilux (dont un technical) et 2 motos.






    Plusieurs véhicules sont utilisés dans la bataille nocturne de la séquence 5, dont un anciennement de la police fédérale avec mitrailleuse Type 77/85 protégée par un bouclier.

    Kamikazes (identité) : néant.

    Véhicules kamikazes (types, impact) : néant.

    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : dans la séquence 1, le groupe de combat visible a l'équipement classique : AK ou M-16 pour les fusiliers, mitrailleuse PK, RPG-7.

    Le groupe de combat de la séquence 2 comprend au moins 2 tireurs PK et 2 tireurs RPG-7 (dont un avec AK-47 en plus).





    Le groupe de combat de la séquence 3 comprend au moins 7 hommes, dont un tireur PK et un tireur RPG-7 avec AK chacun dans le dos, et un pourvoyeur RPG-7. Dans l'effectif, il y a aussi un tireur sur M-16 et un autre avec une RPK à lunette. Il y a aussi un tireur M-16 à lunette. On voit 2 tireurs PK différents avec chacun une AK-47 dans le dos. 2 tireurs sur SVD Dragunov abattent ou touchent 2 adversaires.























    Le groupe de combat de la séquence 5 comprend au moins un tireur PK ; un des combattants est casqué.

    Destructions de véhicules adverses : le M113 incendié de la séquence 4 est tiré d'une vidéo précédente de la wilayat (ancienne : septembre 2015). On voit également 2 Humvees qui sont peut-être aussi tirés d'images d'archives.

    En insert, l'image identique de septembre 2015.




    Dans la séquence 5, un véhicule de la police fédérale est incendié.

    Butin matériel : dans la séquence 4, un Humvee et un véhicule de la police fédérale irakienne sont capturés. Un pick-up porte sur la portière l'emblème de la branche militaire du Badr, avec la mention "5ème brigade de forces spéciales",une unité qui avait envoyé des combattants à Alep en févrierdernier.





    Morts/prisonniers/blessés adverses : dans la séquence 4, 3 corps de soldats irakiens sont visibles près des Humvees.

    1 corps est visible dans la séquence 5.

    Morts/blessés de l'EI : le raid est baptisé en l'honneur d'Harit Al 'Alami, apparemment tué.

    Dans la séquence 1, l'EI rend hommage à Abou Afrah Al Ansari et Abou Aisha Al Kurdi, combattants tués.




    Dans la séquence 2, on voit un combattant de l'EI aux côtés d'un de ses camarades tué.

    Harit Al 'Alami, qui donne son nom au raid, apparaît dans la séquence 2 au milieu de ce qui semble être une séquence d'archives de la wilayat Kirkouk.



    Effets visuels/montage/techniques de propagande : dans la séquence 1, on peut voir les drapeaux et les dirigeants de la coalition anti-EI, et une carte montrant les provinces du califat. Un des combattants (tireur AK-47) a une caméra GoPro sur le front. Un drone filme les positions adverses.

    Dans la séquence 2, un drone filme des positions adverses.

    Dans la séquence 5, un combattant de l'EI menace directement la France.



    Religion : dans la séquence 1, un combattant est filmé lisant le Coran.

    Dans la séquence 2, un homme fait sa prière face contre terre.



    Dans la séquence 3, le tireur sur mortier léger artisanal prie avant d'envoyer un de ses obus.

    Dans la séquence 5, on entend la voix de Abou Omar al Baghdadi.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : ?
    2 : ?
    3 : ?
    4 : 5'03" - 6'35"Adajah

    Commentaires particuliers : les combats menés par la wilayat Kirkouk restent de faible envergure, et toujours dans le secteur du champ pétrolifère d'Alas, après la chute de Bashir. A noter une première : ce combattant casqué qui menace la France.

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    Autre volume de la collection "En 100 questions" de Tallandier sur l'Iran, écrit à 4 mains, celles de Mohammad-Reza Djahili et Thierry Kellner. J'étais plus que réservé sur le volume consacré à l'Etat Islamique par Mathieu Guidère. Ce volume-ci me semble de meilleure facture.

    L'Iran fascine et inquiète, c'est ce que résume les deux auteurs dans l'introduction. Il fascine par son héritage historique et culturel, et il inquiète depuis 1979 et la révolution islamique. Régime mélangeant le politique et le religieux, la théocratie de Téhéran ne survit que par la fuite en avant, la contestation de l'ordre régional et international, la répression à l'intérieur.

    Les 100 questions sont divisées en 8 thèmes. Le premier traite l'histoire du pays. Il y a des questions fort intéressantes, notamment sur les frontières du pays ou sa dénomination (de la Perse à l'Iran). De nombreuses questions sont consacrées à la révolution de 1979 et à ses suites.

    Le deuxième thème aborde les questions sociales. Il y est question par exemple de la corruption ou de la place des femmes, de l'homosexualité ou du trafic de drogue. Intéressante aussi la question sur les réfugiés afghans en Iran (recrutés depuis quelques années pour se battre aux côtés du régime syrien) ou celle sur la diaspora iranienne.

    La troisième partie renvoie au système politique. On y parle de la nature du pouvoir, du rôle du chef de l'Etat, du poids des Gardiens de la Révolution, du mouvement vert de 2009 ou du président Rohani.

    Dans la quatrième partie, les auteurs traitent des questions culturelles. Il y est notamment question du succès du cinéma iranien, de l'évolution de la littérature persane, des grands mythes iraniens.

    La cinquième partie évoque le religieux. On y parle de l'importance du chiisme, mais aussi des bahaïs, mouvement religieux totalement réprimé. Plus globalement il est aussi question de la place des minorités religieuses.

    La sixième partie sur la géopolitique tourne beaucoup autour de la question du nucléaire. Il y est question des relations avec les nombreux acteurs : malheureusement on peut regretter qu'une ou deux questions ne soit pas spécifiquement dédié à l'implication dans le conflit syrien, certes évoqué au détour de la question 72, mais fondamental. Pour le reste par contre cette partie, assez fournie, est plutôt complète.

    La septième partie traite des questions économiques. Outre le pétrole, on y fait le point sur ses ressources et sa situation actuelle et sur les problèmes écologiques.

    La dernière partie rappelle les relations avec la France. Beaucoup de questions tournent évidemment autour des relations avec le dernier shah, l'accueil de Khomeyni en France et la perception de la révolution de 1979.

    Au final, on se retrouve avec un ensemble assez complet, plutôt bien maîtrisé et à jour (les événements de 2015 et du début de 2016 sont évoqués dans nombre de questions). Point en plus par rapport au volume sur l'EI : une bibliographie indicative (dommage qu'elle ne soit pas classée par thèmes et commentée a minima) de 10 pages en fin de volume.

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    Merci à https://twitter.com/BiladFransa

    Titre : Progrès de la bataille dans la ville de Manbij.

    Durée : 12 minutes 58 secondes.

    Lieu(x) : les combats se déroulent dans et autour de la ville de Manbij.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de correspondance exacte mais au moins 3 semaines/1 mois avant la mise en ligne de la vidéo (4 août).

    Type de vidéo : l'EI se défend dans un cadre urbain où il est assiégé et mène de petites contre-attaques.

    Découpage (séquences) :

    1 : 8" - 52", introduction, vidéo incrustée d'enterrements de combattants des YPG.
    2 : 52" - 2'55", images incrustées prises aux adversaires, images de villes syriennes en ruines.
    3 : 2'55" - 4'48", discours d'un combattant.
    4 : 4'48" - 5'53", armes d'appui.
    5 : 5'53" -6'25, un groupe de combat sort d'une maison.
    6 : 6'25" - 10'23", action des VBIED et combat urbain.
    7 : 10'23" - 12'58", petite opération et discours d'un combattant.



    Forces attaquées/adversaires : l'EI combat les SDF et insiste plus particulièrement sur les YPG kurdes. Dans la séquence 4 on voit le drapeau des YPG flotter sur une position observée par l'EI.

    Effectifs engagés : dans la séquence 3, un combattant fait un discours devant 5 autres.



    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : une mitrailleuse DSHK est utilisée dans la séquence 2.



    Dans la séquence 4, les positions adverse sont bombardées avec un mortier de 120, un mortier artisanal, un lance-roquettes artisanal pour roquettes de 107 mm semble-t-il, et un canon SR de 106 monté sur Toyota Land Cruiser. Un missile antichar (peut-être Metis-M, lanceur non visible) frappe un bâtiment où se tiennent des soldats adverses.











    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la séquence 6, un Toyota Land Cruiser avec arme type KPV (ZPU-2 ?) appuie les fantassins.



    Kamikazes (identité) :

    1 : Abou Mouqadad Al Halebi (Syrien)



    2 : Abou Ahmad Al Manbiji (Syrien), vu dans la vidéo précédente de la wilayat Halab, mais pas son opération kamikaze, que l'on voit ici.



    3 : Abou Hassan Al Halebi (Syrien).

    4 : Abou Ismael Al Ansari (Syrien).

    Véhicules kamikazes (types, impact) :

    1 : Abou Ahmad Al Manbiji pilote un pick-up avec plaques de blindage artisanales. Il vise un bâtiment occupé par l'adversaire et explose à proximité.





    2 : Abou Hassan Al Halebi pilote un camion. 



     

    3 : Abou Ismael Al Ansari pilote un pick-up renforcé de plaques de blindage artisanales. Il vise le même objectif que le kamikaze précédent.





    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : dans la séquence 2, on voit évoluer un groupe de combat d'une dizaine d'hommes en combat urbain.

    Dans la séquence 4, un sniper blesse probablement un soldat adverse.




    Dans la séquence 5, un groupe de combat sort d'une maison : 13 hommes dont un tireur RPG-7, un tireur PK, d'autres combattants tiennent des roquettes de RPG-7, l'un a une GoPro au front.









    Un groupe de combat suit les 2 VBIED de la séquence 6. Il comprend au moins un tireur PK. Il y a aussi un tireur RPG-7.






    Dans la séquence 7, le groupe de combat comprend au moins une dizaine d'hommes, avec au moins un tireur RPG-7 et un tireur PK (avec AK-47 dans le dos). On voit plus loin un pourvoyeur RPG-7.












    Destructions de véhicules adverses : dans la séquence 7, un bulldozer est incendié de même qu'un véhicule léger.




    Butin matériel : dans la séquence 7, 2 PK et 7 AK sont capturés.



    Morts/prisonniers/blessés adverses : dans la séquence 2, l'EI filme une tranchée avec au moins 3 corps des YPG.

    3 corps sont visibles dans la séquence 7.

    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la wilayat est sous-titré en anglais.

    Dans la séquence 1, l'EI incruste une vidéo de funérailles de combattants des YPG probablement tués à Manbij.

    Dans la séquence 2, il y a encore de nombreuses images reprises aux SDF et à la coalition.

    Dans la séquence 6, on voit des tirs d'AK et de PK par caméra GoPro.

    Religion : néant.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : ?
    3 : ?
    5 : 10'23" - 12'16"Kulamah

    Commentaires particuliers : l'EI dispose de moyens limités dans la poche de Manbij mais cela ne l'empêche pas de mener des contre-attaques agressives (notamment à l'aide des VBIED).

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    Agrégé d'histoire, Jean-Paul Chabrol a publié une quinzaine de petits ouvrages aux éditions Alcide sur son sujet de prédilection : les camisards. Il traite ici de ce qui pourrait paraître un "non événement", mais qui reflète en réalité la sourde opposition entre Louis XIV, la monarchie et les habitants des Cévennes après la révocation de l'édit de Nantes.

    Nous sommes en 1692, après la révocation de l'édit de Nantes. Basville, l'intendant du Languedoc de Louis XIV, surveille la fidélité des "nouveaux convertis" et pourchasse les prédicants, ces laïcs sans aucune formation théologique qui deviennent prédicateurs protestants. Dans la nuit du dimanche 23 novembre 1692, le gouverneur d'Alès envoie un courrier au consul d'Anduze, François Coste, pour le prévenir de l'évasion deux protestantes dont on soupçonne qu'elles aient pu se réfugier chez une de leurs coreligionnaires à Anduze, la veuve Lissorgues. Coste prévient son second, Antoine Lambert, un nouveau converti qui pourchasse avec zèle ses anciens compagnons, et qui décide d'aller seul à cette adresse pour empocher l'éventuelle prime à l'arrestation d'un prédicant. Anduze a été un des bastions du protestantisme dans le Languedoc. Place de sûreté de l'édit de Nantes, elle voit ses impressionnants remparts démolis en 1629 avec la paix d'Alès. La reconquête catholique commence jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. La monarchie trouve des notables protestants ralliés pour l'appuyer. Lambert, qui se glisse discrètement jusque chez la veuve Lissorgues, surprend une assemblée religieuse clandestine menée par Antoine Gavanon, dit La Vérune, un prédicant qui a fait halte à Anduze. Pour se dégager, ce dernier poignarde Lambert, roule avec lui dans les escaliers devant la maison, aidée par une jeune fille qui le dégage, puis sauvé par l'interposition d'un groupe de jeunes gens qui empêche le fils de Lambert, qui intervient sans avoir reconnu son père, d'appréhender le prédicant qui parvient à s'enfuir.

    Le juge Pierre Pascal du marquisat d'Anduze mène l'enquête en lieu et place du marquis qui désapprouvait le zèle répressif de Lambert. Les témoins et les personnes arrêtées soit ne disent pas grand chose, pour ne trahir personne, ou pour certains affirment fièrement leur foi protestante comme c'est régulièrement le cas dans la région depuis la révocation. Anduze, chef-lieu de 5 000 habitants, est une petite ville industrieuse où domine l'artisanat, en particulier du ver à soie. On y trouve aussi des fabricants de chapeaux et des artisans du cuir. Elle est donc ouverte aux échanges et aux personnes de passage, et comprend son lot de miséreux. La société locale reste très hiérarchisée, dominée par une poignée de notables. Basville, averti de l'assassinat le 23 novembre, envoie le commissaire-subdélégue, connu pour son zèle répressif contre les prédicants, à Anduze. François Vivens, le maître de La Vérune, a été arrêté par trahison en février 1692 au sud d'Anduze dans la grotte où il se cachait ; de nombreux prédicants sont originaires des alentours de la ville. Daudé, qui arrive le 28 novembre à Anduze, procède à de nombreux interrogatoires. Il pense au départ avoir affaire à Claude Brousson qui a pris la suite de Vivens. Il établit que le prédicant Julien était lui aussi présent chez la veuve Lissorgues. Les témoignages montrent surtout que les prédicants bénéficient d'un réseau de complicités qui leur permet de venir régulièrement en ville. L'instruction se clôt au mois de décembre, sans résultat : les Anduziens n'ont pas parlé.

    Lambert était connu pour sa brutalité à l'égard des prédicants qu'il traquait. De la même façon, Vivens n'a pas hésité à ordonner l'assassinat de protestants "retournés". La Vérune, lui, est un spécialiste de l'évasion. Arrêté en juillet 1692, il parvient à s'enfuir du fort Saint-Hippolyte dans des conditions rocambolesques. C'est parce que Claude Brousson, méfiant à son retour, l'a envoyé en mission à Saint-Jean-du-Gard, que La Vérune se trouve à Anduze le soir du 23 novembre. La Vérune atterrit finalement chez les Vaudois puis dans un régiment protestant en guerre contre la France en Italie. L'intendant impose finalement une amende collective aux Anduziens en février 1693, faute de trouver le coupable. Mais la colère gronde, encore plus avec l'arrestation et l'exécution de Brousson en 1698. Dès le début de la guerre des Camisards, les protestants règlent leurs comptes avec leurs persécuteurs : Etienne Jourdan, l'officier nouveau converti qui avait tué François Vivens, est exécuté devant sa famille. Le cadet Lambert meurt au combat contre les camisards, son corps est outragé par ses adversaires. Jacques Daudé est assassiné par les camisards. Le "non événement" de la nuit du 23 novembre 1692 montre pourtant que la violence d'un Etat n'est pas arrivée à faire plier une population accrochée à son identité religieuse.

    Un petit ouvrage facile à lire, basé sur l'étude des archives disponibles et quelques sources secondaires. Manquent peut-être juste quelques cartes en plus du plan d'Anduze pour repérer les principaux lieux cités dans la ville.

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    Arnaud Delalande, collègue ponctuel de travail depuis un certain temps déjà, m'a régulièrement aidé pour l'identification des appareils (avions et hélicoptères) parfois filmés par l'EI dans ses vidéos de propagande militaire. Il tient par ailleurs le blog AeroHisto. Il a publié cette année un livre aux éditions Harpia sur les aviations irakiennes depuis 2004.

    Ce petit ouvrage abondamment illustré est surtout réalisé grâce à des témoignages recueillis auprès de pilotes irakiens, donc à la source, en plus d'une courte littérature secondaire mentionnée en fin de volume.

    Le premier chapitre fait l'historique de l'arme aérienne irakienne, créée en 1931 par la puissance mandataire britannique. L'aviation irakienne est équipée d'appareils britanniques, et occidentaux, jusqu'au coup d'Etat de 1958, où l'Irak se tourne désormais vers l'URSS. Entre 1963 et 1966 néanmoins les relations reprennent avec les pays occidentaux, et des Hawker Hunter sont encore fournis par les Anglais. L'Irak revient ensuite vers l'URSS. Il participe aux guerres de 1967 et 1973 du côté arabe, cette dernière ayant beaucoup influencé l'aviation irakienne. Le pays mène ensuite des opérations aériennes contre les Kurdes irakiens et connaît des incidents avec l'Iran voisin. Pendant la guerre Iran-Irak, l'Irak, en plus des appareils soviétiques, perçoit des Mirage F1, Super Etendard et Super Frelon français. L'aviation irakienne participe à l'invasion du Koweït en 1990 ; au moment de la phase aérienne de Tempête du Désert, elle déploie une certaine activité les premiers jours avant d'abriter ses avions en Iran. Malgré le blocus et les "No-Fly Zones", elle conserve des appareils en état de vol et effectue des missions jusqu'en 2003. Les appareils sont finalement démontés et enterrés juste avant l'opération Iraqi Freedom.

    Le chapitre 2 présente les appareils de l'armée de l'air irakienne recréée en 2004 à partir de rien, puisque les appareils de l'ancienne aviation ne sont pas conservés. Pour l'appui au sol, elle dispose de L-159 tchèques négociés en 2014 et livrés en 2015, de Cessna 208 Combat Caravan acquis à partir de 2008, de F-16 dont les premiers sont arrivés en Irak et 2015, de Su-25 fournis à partir de juin 2014 par la Russie et l'Iran (dont un ex-irakien arrivé en 1991). Pour la reconnaissance, l'armée de l'air irakienne aligne des Beechcraft King Air 350ER, des Comp Air 7SLX, des Pilatus U-28A, des SAMA CH-2000, des Seabird Aviation Seeker SB7L-360. Le transport est assuré par des An-32B vendus par l'Ukraine, des DHC-6 Twin Otter, de 9 C-130 livrés par les Américains à partir de 2005. L'entraînement utilise des T-6A Texan II, des Cessna 172S Skyhawk SP, et des Lasta-95N.

    L'aviation de l'armée de terre, branche séparée, est présentée dans le chapitre 3. Elle dispose d'une flotte d'hélicoptères de combat avec des Mi-28NE livrés par la Russie à partir d'août 2015 et de Mi-35M dont les premiers sont arrivés en décembre 2013. La reconnaissance est munie de Bell IA-407 livrés à partir de 2010, d'Eurocopter EC635 fournis par la France à partir de 2011. Le transport est assuré par des Bell UH-1H donnés par la Jordanie en 2005 puis moderrnisés. L'aviation de l'armée de terre a également une flotte importante de Mi-8, Mi-17 et Mi-171. Elle aligne aussi des drones ALIT CH-4B chinois mis en ligne à partir de janvier 2015. L'entraînement se pratique sur des Gazelle, des Agusta Bell AB206, des Bell 206 et Bell OH-58, ainsi que des Bell 407GX et Mi-8/17.

    Le chapitre 4, en une double page, présente les futurs appareils irakiens : An-178, AT-6C Texan II, T-50IQ Golden Eagle sud-coréen.

    Le chapitre 5 fait le récit des opérations menées par les forces aériennes irakiennes, surtout à partir de la progression de l'EIIL dans la province d'al-Anbar à partir de décembre 2013. La première perte est subie en 2008 mais on remarque qu'elles augmentaient déjà, du fait des tirs adverses, en 2012-2013. Les pertes ont été sensibles à al-Anbar notamment pour les hélicopères de transport. Au moment de la percée de ce qui devient l'EI en juin 2014, les hélicoptères, notamment de combat, sont fortement employés pour ralentir la progression des colonnes de l'EI. Les Su-25 sont également beaucoup engagés ; à partir de septembre ce sont les Mi-28. A noter les pertes subies par missile sol-air (FN-6 ou SA-7) au-dessus de Baiji, mais aussi par DCA comme le canon S-60 de 57 mm que l'on trouve fréquemment dans l'arsenal de l'EI. L'aviation iranienne intervient dans la province de Diyala, près de la frontière, pour soutenir les forces au sol en novembre. En 2015, l'aviation irakienne prend une part importante à la reconquête de Tikrit en mars, et intervient sur les autres points chauds. Les F-16 entrent dans la danse à partir de septembre. Les drones sont employés à partir de décembre. En 2016, l'aviation continue de soutenir les forces au sol et subit encore des pertes de par les antiaériennes de l'EI. Cette partie, très descriptive sur les opérations de l'aviation irakienne et comprenant de nombreux témoignages de pilotes irakiens, est malheureusement trop courte pour permettre à Arnaud Delalande d'évoquer la doctrine des nouvelles forces aériennes irakiennes (esquissée dans certaines lignes du chapitre 1) et leur intégration dans le système de combat de l'EI. C'est peut-être ce qui manque un peu dans ce chapitre.

    L'ensemble se complète d'un ordre de bataille des aviations irakiennes, d'une carte des bases aériennes dans le pays et des pertes subies depuis 2005. Ce petit volume de présentation des aviations irakiennes est un outil de travail appréciable, en particulier quand on cherche souvent comme moi à identifier des appareils visibles dans les sources étudiées. Incontournable pour le passionné du sujet également.

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