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    Merci à https://twitter.com/MathieuMorant et https://twitter.com/BiladFransa

    Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo sont l'une des principales factions rebelles de l'est du massif du Qalamoun, à l'est de Damas. Le groupe reste peu connu jusqu'en 2014, année où il fait partie des groupes sélectionnés par la CIA pour la livraison de missiles TOW. Il est aussi utilisé par les Etats-Unis et ses alliés dans le cadre de coalitions de groupes rebelles pour faire barrage à la pénétration de l'EI vers le sud de la Syrie. A partir de la fin 2015, il est associé à la création de la Nouvelle Armée Syrienne pour tenter de couper l'EI entre les théâtres syrien et irakien, en reprenant la zone d'al-Bukamal. Bien que soutenu par des forces spéciales venues d'Irak, le groupe dispose d'un armement pris sur le régime ou sur l'EI qu'il combat quasi exclusivement depuis plusieurs années. Il est donc assez représentatif aussi des vélleités des Etats-Unis dans le conflit syrien.




    Historique


    Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo (FMAA) tirent leur nom tirent leur nom d'un ancien officier, le lieutenant Ahmad al-Abdo, qui a fait partie du groupe rebelle avant d'être tué au début de la guerre civile1. Ce groupe rebelle se place sous le label Armée Syrienne Libre et il est rattaché au Front du Sud, la coalition de forces rebelles créé en février 2014 sous l'égide du Military Operations Center (MOC) piloté notamment par les Etats-Unis et basé en Jordanie. Les FMAA opère essentiellement dans l'est du Qalamoun et dans le nord du Rif Dimashq. Le groupe commence à connaître une certaine visibilité en mai 2014 car il fait partie des groupes "vetted" (approuvés) par la CIA dans le cadre de la livraison à certains rebelles syriens de missiles antichars TOW. Outre ces derniers, les FMAA disposaient déjà auparavant de missiles antichars HJ-8 chinois. Elles ont participé aux combats pour la base de la brigade 559 et au siège de la base aérienne de Dumayr. Surtout, le groupe a été l'un des premiers à combattre ce qui devient l'EI dans l'est du Qalamoun et le désert de la province de Homs, collaborant avec Jaysh-al-Islam et Jaish Usood al-Sharqiyah. C'est probablement ce qui explique qu'il ait été parmi les premiers groupes "vetted" et parmi les premiers aussi à recevoir les missiles TOW. Il est dirigé par un officier défecteur, le colonel Bakur Salim al-Salim. En novembre 2014, pour contrer la poussée de l'EI dans l'est du Qalamoun2 en association avec les bédouins trafiquants, les FMAA s'engagent dans une coalition avec le front al-Nosra, Ahrar al-Sham et Jaysh-al-Islam notamment3. Cette coalition a été soutenue par le MOC qui voulait empêcher l'EI de s'implanter dans le sud de la Syrie, surtout dans le nord la province de Deraa : dès le début du mois de novembre, les FMAA avaient lancé seules une opération contre l'EI dans le secteur4. En janvier, la coalition anti-EI pousse du Qalamoun en direction de Deir-es-Zor, pour chasser l'EI du secteur5. En avril 2015, la coalition anti-EI de l'est du Qalamoun subit de lourdes pertes face à l'EI6. L'EI parvient à récupérer dans l'est du Qalamoun des missiles TOW qui proviennent soit des FMAA soit du corps al-Rahman, un autre groupe rebelle. Après une longue période sans l'utilisation de missiles TOW, les FMAA en emploient de nouveau à partir de septembre 20157.


    Le lieutenant Ahmad al-Abdo, honoré sur ce poster, donne son nom à la formation.


    Le colonel Salim, défecteur de l'armée syriennne, commande les FMAA jusqu'à sa mort le 9 juin 2016.



    Les FMAA sont en contact avec la Nouvelle Armée Syrienne (NSA) constituée par les Etats-Unis et la Jordanie à partir de novembre 2015. Cette nouvelle formation a notamment été recrutée au sein des groupes rebelles chassés par l'EI de Deir-es-Zor à l'été 2014 et qui se sont réfugiés plus à l'ouest, dans les montagnes de l'est du Qalamoun. Il s'agit de se gagner le soutien des tribus sunnites de la région d'al-Hamad, autour de Palmyre et d'al-Sukhna. La NSA doit également faire pression sur les lignes de communication de l'EI entre la Syrie et l'Irak, en ciblant les wilayats al-Khayr et al-Furat de l'EI. Dès le mois de mars 2016, la NSA et les groupes affiliés dont FMAA lancent un raid sur le poste frontalier d'al-Tanaf, du côté syrien de la frontière syro-jordanienne. Mais la NSA reste une force d'opérations spéciales limitée en effectifs, qui n'absorbe pas ou ne se rallie pas les autres groupes rebelles comme les FMAA8.




    En avril 2016, les FMAA et leurs alliés s'affrontent violemment à l'EI dans l'est du Qalamoun, près de l'autoroute Damas-Bagdad9. En juin, il apparaît que la NSA, et peut-être ses alliés dont les FMAA, bénéficient du soutien de forces spéciales britanniques (SAS10) ayant franchi la frontière irakienne11. Le 9 juin, alors que FMAA continuent de progresser dans la région de Bir-al-Kassab, le colonel Salim, son chef, est tué par un kamikaze de l'EI ou lors de combats avec l'organisation. Il aurait été en cheville avec les renseignements britanniques pour la bataille contre l'EI12. Fin juin, la NSA et les FMAA sont bombardés par deux Su-34 russes13. Le 28 juin, les FMAA participent, aux côtés de la NSA, au raid sur al-Bukamal, qui se termine en fiasco : l'EI repousse les rebelles syriens en deux jours dans le désert. Les pertes sont néanmoins limitées puisque les FMAA n'auraient perdu que 3 combattants14.


    Armement, effectifs et organisation


    J'ai choisi un échantillon courant de novembre 2015 à août 2016 pour observer les structures militaires des FMAA. On remarque que toutes les vidéos de combat montrent des affrontements contre l'EI, et aucun contre le régime (bien qu'une vidéo montre un bombardement aérien par des avions russes).

    Les groupes de combat des FMAA semblent comprendre une dizaine d'hommes environ. Une vidéo montre jusqu'à une trentaine d'hommes en colonne. L'armement est classique : AK-47, mitrailleuses PK, RPG-7.




    Les FMAA disposent d'un camp d'entraînement pour les recrues. Celles-ci, en tenue civile, sont encadrées par des instructeurs et sont formées par groupe de 30 à 40 environ. Les hommes sont formés, outre les exercices physiques, au maniement de l'arme individuelle (AK-47) par un instructeur portant un FN-FAL.





    Une vidéo montre l'établissement de positions défensives sommaires : un camion-benne amène barils et pneus qui couplés aux pierres de l'endroit et aux efforts des hommes à la pelle et à la pioche servent à bâtir des murs improvisés.

    Les FMAA disposent de technicals, Land Cruiser pour la plupart : sur une vidéo on peut voir l'un avec un ZPU-2, un autre avec un KPV, un autre avec bitube ZU-23 et deux autres avec DSHK. Ils sont servis par 16 hommes. Le convoi de cette vidéo compte en tout 10 véhicules dont la plupart portent des fanions à l'emblème du groupe. Les FMAA ont aussi des véhicules plus légers ; les Hilux embarquent parfois des PK sur le toit. Les véhicules portent souvent le drapeau de la révolution syrienne. Les FMAA utilisent aussi des motos. Le ZU-23 sur technical est employé en tir antiaérien. Les FMAA se déplacent et opèrent souvent avec une force d'une dizaine de véhicules/technicals. Un des technicals est aussi équipé d'un canon sans recul (un SPG-9). Un Toyota Land Cruiser, en plus d'un KPV, embarque aussi lors d'une opération une mitrailleuse PK sur le toit. Pour le raid sur al-Bukamal, les FMAA ont reçu au moins une mitrailleuse M2HB que l'on voit montée sur un Land Cruiser. Les armes des technicals sont employées en tir tendu pour harceler l'adversaire ou préparer les assauts de l'infanterie. Un ZPU-4 monté sur véhicule est visible dans une vidéo.













    Le groupe aligne au moins un char T-62 et deux chars T-55. Les chars semblent regroupés dans un bataillon blindé. Ils sont surtout utilisés comme plate-forme d'artillerie mobile. Un membre d'équipage d'un des chars T-55 est casqué.













    Les FMAA disposent d'un lanceur TOW fourni par les Etats-Unis (peut-être un tir visible dans une vidéo, mais on ne voit pas le lanceur). Elles sont également équipées d'un lance-missiles antichars Kornet ainsi qu'un lance-missiles antichars Fagot ou Konkurs utilisé pour détruire un BMP-1. Le groupe tire également des roquettes sur montage artisanal (122 mm ?). Elles ont également un LRM RAK-12. Un LRM RAK-12 est monté sur pick-up. Dans une vidéo, son tir est réglé avec repérage sur logiciel de vue satellite sur PC. Un mortier de 82 mm est également employé. Les canons et LRM semblent regroupés au sein d'un bataillon d'artillerie. Les FMAA ont également un canon AA S-60 de 57 mm tracté et un mortier lourd (120 mm).


















    Les FMAA font aussi du déminage contre les IED disposés par l'EI dans le désert de l'est du Qalamoun.


    Propagande et idéologie


    Les FMAA ont leur propre site Internet15, une page Facebook16 régulièrement alimentée et une chaîne de vidéos Youtube17 où elles postent notamment les vidéos des opérations contre l'EI.

    L'emblème des FMAA reprend les couleurs de la révolution syrienne et ses trois étoiles, le bouclier du centre comprenant un AK-47 et une plume (l'âme qui s'élève vers le ciel, allégorie du martyre) entrecroisées. Au sommet est inscrit "Front du Sud" et en dessous, dans le premier bouclier, la Shahada ou profession de foi du musulman. En bas apparaît le nom du groupe.



    Les vidéos insistent souvent sur la prière des combattants faite avant la bataille. Une autre montre un bataillon de défense locale des FMAA au moment de l'Aïd. Une des vidéos met en scène un combattant des FMAA tenant le drapeau de la révolution avec l'emblème du groupe qui se surajoute à l'écran. Une vidéo du groupe montre aussi la confection de galettes pour les combattants.



    La page Facebook se réjouit que les rebelles de la Ghouta orientale ait nommé une mosquée du nom du colonel Salim, l'ancien chef des FMAA tué par l'EI. Elle montre également un poulet piégé (!) abandonné par l'EI.



    Les FMAA n'hésitent pas à montrer leurs pertes au combat. Les morts sont ramenés avec le plus grand soin en pick-up pour les funérailles.

    Une vidéo montre l'interrogatoire d'un prisonnier de l'EI. Un homme appartenant à une cellule d'espionnage du régime est également interrogé devant la caméra. Les véhicules de FMAA sont parfois mis à contribution pour évacuer des civils qui veulent quitter les territoires sous contrôle de l'EI.




    1http://understandingwar.org/sites/default/files/Syrian%20Opposition%20Guide_0.pdf
    2http://iswresearch.blogspot.fr/2015/01/the-islamic-state-eyes-expansion-in.html
    3http://carnegieendowment.org/syriaincrisis/?fa=57585
    4http://www.al-monitor.com/pulse/security/2014/12/syria-daraa-islamic-state-alliance-eradicate-terrorism.html
    5https://www.alaraby.co.uk/english/news/2015/4/5/syrian-opposition-battle-to-secure-strategic-road-through-tadmur
    6https://now.mmedia.me/lb/en/NewsReports/565162-isis-batters-nusra-in-desert-battle
    7https://hasanmustafas.wordpress.com/2015/05/08/the-moderate-rebels-a-complete-and-growing-list-of-vetted-groups-fielding-tow-missiles/
    8http://www.jamestown.org/programs/tm/single/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=45218&cHash=f431609523158042cad6d79da9fb030a#.V6yKUfQUH2I
    9https://rfsmediaoffice.com/en/2016/04/08/30441/#.V6yKTPQUH2I
    10http://www.thearabweekly.com/News-&-Analysis/5653/Inside-the-West%E2%80%99s-secret-war-against-ISIS
    11https://www.morningstaronline.co.uk/a-b3c9-Mission-creep-British-troops-slip-into-Syria#.V6yKhfQUH2I
    12https://now.mmedia.me/lb/en/NewsReports/567086-slain-fsa-chief-worked-with-european-intelligence-service-monitor
    13http://www.westernjournalism.com/confrontation-between-russian-jets-and-us-warplanes-sparks-fears-of-war/
    14https://www.bellingcat.com/news/mena/2016/07/31/the-battle-of-al-bukamal-narratives-reality-and-open-source-investigation/
    15http://www.qalamon.com/
    16https://www.facebook.com/%D8%B9%D8%AF%D8%B3%D8%A9-%D9%82%D9%88%D8%A7%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%B4%D9%87%D9%8A%D8%AF-%D8%A7%D8%AD%D9%85%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%A8%D8%AF%D9%88-697977683677702/
    17https://www.youtube.com/channel/UC36D-StHq5oYeyRwA8h3ayA/videos


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    Merci à https://twitter.com/BiladFransa et https://twitter.com/MathieuMorant

    Titre : La volonté de combattre.

    Durée : 35 minutes 3 secondes.

    Lieu(x) : les combats de la séquence 2 ont lieu dans la ville de Kabisa,à 2 km à l'ouest de Hit. Un autre combat de la séquence 3 a lieu dans le secteur d'al-Dolab, à 8 km au nord de Hit. L'attaque du VBIED et les combats de la séquence 5 se déroulent à Jarayshi, juste au nord de Ramadi. Dans la séquence 6, les combats ont lieu à Albu Risha (nord-ouest de Ramadi). Dans la séquence 7 ils se déroulent à Zankora, au nord-ouest de Ramadi.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : les combats à Kabisa ont probablement lieu le 1er juin, date à laquelle l'EI tente de s'emparer de la localité. Ceux d'al-Dolab datent probablement aussi du mois de juin. L'attaque sur Jarayshi remonte au 12 mai dernier. Albu Risha avait été repris par l'EI le 13 juin. Les combats à Zankora remontent probablement à la mis juin. Il y a donc entre 2 et 3 mois d'écart entre les opérations montrées et la vidéo.

    Type de vidéo : c'est une vidéo mixte : beaucoup d'images d'archives, un long passage sur un cadre tué par une frappe aérienne, des opérations de faible ampleur qui s'assimilent de plus en plus à un retour à la guérilla.

    Découpage (séquences) :

    1 : 11" - 3'17", archives, cartes.
    2 : 3'17" - 6'07", combats à Kabisa.
    3 : 6'07" - 7'32", combats à al-Dolab.
    4 : 7'32" - 11'07", archives et VBIED.
    5 : 11'07" - 18'03, combats à Jarayshi.
    6 : 18'03" - 31'50", hommage aux cadres dont Khalid Khalaf, combats à Albu Risha.
    7 : 31'50" - 35'3", combats à Zankora.

     

    Forces attaquées/adversaires : dans la séquence, 2 combattants dont 1 avec M-4 se tiennent devant un char M-1 Abrams en feu.

    L'EI affronte dans la séquence 5 l'armée ou la police fédérale. Un F/A-18 intervient pour bombarder les positions de l'EI. Un Bell IA 407 de l'aviation irakienne survole l'EI.




    Au début la séquence 6, l'EI filme 2 B-1B Lancer. Un Bell IA 407 survole aussi les positions de l'EI à Albu Risha, un KPV sur technical ouvre le feu sur lui. On peut voir plus loin 2 Bell IA 407 dans le ciel. Un combattant de l'EI avec M249 tire une longue rafale sur un drone.








    Effectifs engagés : plutôt faibles dans chacune des opérations, quelques dizaines de combattants au plus.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : dans la séquence 6, l'EI tire des roquettes artisanales sur les positions de l'armée irakienne.



    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la séquence 3, à al-Dolba, un véhicule improvisé (pick-up avec cage arrière de plaques de blindage ouverte sur le dessus, et tourelle) embarque les fantassins.




    Dans la séquence 5, la force d'assaut accompagnant le kamikaze comprend des véhicules blindés et des technicals. L'un des technicals est un Toyota Hilux avec ZU-23 monotube. Un des véhicules est un Humvee avec plaques de blindage supplémentaires et DSHK en tourelle. Un autre technical est un Hilux avec KPV. 




     

    Dans la séquence 6, l'EI utilise 2 technicals, des Toyota Hilux avec KPV (un protégé par un bouclier).




    Kamikazes (identité) :

    1 : Abou Mouqatal Al Tounsi (Tunisien). Chose assez rare, il fait deux discours, l'un de façon décontractée, l'autre correspondant davantage au "canon" de l'EI, avec M-4 à la main.




    Véhicules kamikazes (types, impact) :

    1 : véhicule blindé (M113 ?). Il vise un dépôt de munitions selon le bandeau.

    2 : un autre véhicule explose sur le même objectif.











    3 : on ne voit pas le véhicule d' Abou Mouqatal Al Tounsi qui explose sur une position de l'armée irakienne.





    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : dans la séquence 1, on peut voir un groupe de 8 combattants : 3 tireurs RPG-7, 1 pourvoyeur, 2 tireurs PK et un homme portant un RPG-26. Tous portent des brassards rouges pour l'identification.



    Dans la séquence 2, un combattant est muni d'un M-16 avec grosse lunette téléscopique. On peut voir aussi un tireur RPG-7 avec charge tandem. Un tireur d'élite emploie un SVD Dragunov. Le groupe de combat à Kabisa comprend une vingtaine d'hommes dont au moins 2 tireurs PK.






    Dans la séquence 3 à al-Dolab, le groupe embarqué dans le véhicule improvisé comprend au moins 4 hommes, avec RPG-7.

    Dans la séquence 5, le groupe de combat couvrant le VBIED comprend au moins 2 tireurs PK. Il y a aussi un tireur RPG-7 qui expédie une roquette antipersonnelle OG-7V. Il semble y avoir un 2ème tireur sur Zastava M84. Au moins un des fantassins est armé d'un M-16.







    Le groupe de combat à Zankora, dans la séquence 7, comprend un tireur PK. On peut voir un pourvoyeur RPG-7. Un tireur PK porte une AK-47 supplémentaire. Le tireur RPG-7 est visible plus loin. Le tireur expédie des roquettes antichars mais on voit aussi une roquette thermobarique posée contre un mur. Un tireur RPG-7 porte une AK-47 dans le dos.






    Destructions de véhicules adverses : dans la séquence 5, plusieurs véhicules de l'armée irakienne sont détruits ou incendiés, dont ce qui semble être un BTR.




    Dans la séquence 6 à Albu Risha, un Humvee avec DSHK en tourelle est incendié. Un autre Humvee avec KPV semble avoir été détruit il y a un certain temps.




    Dans la séquence 7, un BAE Caiman et un Navistar MaxxPro (MRAP) sont détruits par des armes antichars (RPG-7). Un Humvee avec M2HB a également été détruit. A la fin de la vidéo, les hommes de l'EI passent à côté de 2 autres épaves de Humvee.









    Butin matériel : dans la séquence 2, l'EI s'empare d'un technical avec KPV et d'un Humvee avec mitrailleuse en tourelle, immédiatement utilisée.



    Dans la séquence 3, l'EI s'empare d'un pick-up, d'un camion et d'un mortier de 120 mm.





    Dans la séquence 6, l'EI capture un technical avec KPV protégé par un bouclier et un Humveeéquipé de la même arme. Un AT-4, des roquettes de RPG-7, 3 AK, des obus de mortier, une mitrailleuse MG3, une mitrailleuse DSHK sur affût font également partie du butin.






    Morts/prisonniers/blessés adverses : dans la séquence 7, on peut voir deux corps.

    Morts/blessés de l'EI : un blessé est ramené vers les véhicules dans la séquence 5.



    Dans la séquence 6, l'EI honore ses cadres tués : Omar al-Shishani, Abou Ali al-Anbari. Un long passage est consacré à Khalid Khalaf, un cadre tué par une frappe aérienne américaine. Emprisonné à la fin de l'occupation américaine, il a probablement été libéré lors d'une opération de l'EII/EIIL contre les prisons irakiennes. Un tunnel semble avoir été creusé pour l'évasion. De nombreuses images d'archives de l'époque de l'EI montrent Khalid Khalaf : on le voit à la portière d'un véhicule en tête d'un convoi de l'EI, en train de tirer avec un mortier léger, en combats de rues, exécuter un prisonnier avec un M-4, tirer à la PK. On le voit aussi sur un ZU-23 monotube sur Hilux. On le voit aussi tenir un AK-74 avec lance-grenades. Il semble avoir été gravement blessé avant sa mort, ayant perdu ses deux jambes et étant blessé au bras gauche.





    Dans la séquence 7, un combattant blessé au torse est secouru par ses camarades.



    Effets visuels/montage/techniques de propagande : la louange à Allah du début de la vidéo est suivi du logo de la wilayat, sous-titré en anglais.

    Dans la séquence 1, l'EI utilise des images d'archives : défilé de la victoire à Raqqa à l'été 2014, explosion d'un IED à côté d'une colonne blindée de l'armée irakienne. Il emploie aussi une carte de ses territoires. On peut voir l'explosion d'un VBIED d'une vidéo précédente de la wilayat.

    Dans la séquence 2, le combat à Kabisa est filmé en GoPro sur un combattant armé d'un M-4 avec scope.

    La séquence 3 à al-Dolab est aussi filmée en GoPro.

    Dans la séquence 4, l'EI montre à nouveau des images d'archives et des extraits de télévision. L'explosion des VBIED est filmée par drone.

    Dans la séquence 6, l'EI montre un VBIED engagé dans la contre-attaque au nord de Mossoul début mai 2016, vu dans une vidéo de la wilayat Ninive. Il y a d'autres images d'archives de vidéos des wilayats Dijlah et Salahuddine. On reconnaît aussi au moins une image au moins de l'embuscade d'Akashat le 4 mars 2013, où l'EIIL attaque un convoi de soldats syriens rapatriés par l'Irak en Syrie.

    Religion : dans la séquence 5, juste avant l'explosion du VBIED, on entend un discours audio du "sheikh" Abu Mohamed Al Adnani. A la fin de l'attaque, on entend un discours audio d'Abou Bakr Al Baghdadi.

    Dans la séquence 6, pendant les combats à Albu Risha, on entend un discours audio d'Abou Bakr Al Baghdadi.

    Dans la séquence 7, plusieurs hommes prient face contre terre après l'investissement de Zankora.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    2 : 6'10" - 7'30"Hayya Inghamis
    3 : ?
    4 : 13'25" - 16'27"Adajah
    5 : ?
    6 : ?
    7 : ?
    8 : 28'37" - 31'08"Qad'Azamna
    9 : 31'12 - 31'47"Raddidu Allah Akbar
    10 : 32'01" - 33'28"Ilejhim Rakibna
    11 : ?

    Commentaires particuliers : cette vidéo confirme que l'EI produit moins de vidéos de propagande militaire, et conservent les images de ses opérations "en réserve", pour des productions plus grosses (ici plus de 30 mn) et plus mixtes (hommage au cadre tué, etc). D'où l'écart qui augmente entre les opérations et la mise en ligne (maintenant 2 à 3 mois). Par ailleurs, on observe que l'EI revient de plus en plus en Irak à des tactiques de guérilla : petits groupes très mobiles avec technicals ou véhicules blindés improvisés, harcèlement, attaques de petites localités ou de petits postes. Néanmoins, on remarque également qu'au mois de juin, l'EI est encore capable de frapper dans les faubourgs de Ramadi, pourtant libérée par l'armée irakienne fin décembre 2015.

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    Je ne présente pas la milice chiite irakienne Harakat Hezbollah al-Nujaba (HNN) que j'avais longuement détaillée dans un billet de janvier dernier. Il y a quelques jours, je dressais un bref état des lieux de la participation d'HHN à la bataille d'Alep au moment de la levée du blocs par les rebelles, notamment à partir des sources d'HHN elle-même. De nouveaux documents publiés par HHN permettent de voir un peu mieux la présence de la milice sur place.

     

    Une vidéo mise en ligne le 10 août et tournée la veille montre soi-disant les renforts déployés pour renforcer le régime syrien à Alep après le succès de l'offensive rebelle. Comme cette vidéo correspond aux images déjà vues pendant la bataille, il est possible qu'il s'agisse des forces arrivées en cours de route ou bien de celles d'HHN déjà présentes sur place. Quoiqu'il ensoit cela nous montre les effectifs déployés à Alep. Les premières images montrent, dans la cour d'un bâtiment qui semble servir de QG locale à HHN, entre 50 et 100 hommes autour de nombreux véhicules, avec force bannières déployées. Les fantassins sont armés du trio classique AK-47, mitrailleuse PK et RPG-7. Le convoi de véhicules comprend un Safir iranien avec LRM Type 63 (107 mm), un autre Safir avec canon sans recul de 106 mm, un Toyota Hilux avec un lance-missiles antichars Toophan (version iranienne du TOW). Parmi les technicals, il y a un Land Cruiser avec KPV et un autre avec DSHK. Un autre Land Cruiser porte un ZPU-2. Sur la route, un drone filme plusieurs groupes de fantassins en marche : le premier compte environ 40 à 50 hommes, deux autres similaires se trouvent devant. Un quatrième groupe est plus éloigné et on ne peut compter les hommes précisément ; on le voit plus tard il est un peu plus petit, avec une vingtaine d'hommes. Outre les drapeaux d'HHN, de nombreux symboles chiites sont déployés comme les drapeaux rouges. Un Land Cruiser embarque un ZU-23 bitube. Un autre véhicule porte la même arme à l'intérieur d'une "cage" bricolée sur la plate-forme arrière. La colonne de véhicules est menée par un BTR-80, sans doute prêté par le régime syrien (qui l'a lui-même reçu des Russes). Parmi les pick-up de la colonne, l'un porte également un LRM Type 63. Des tireurs d'élite sur SVD Dragunov accompagnent le BTR-80 en tête de colonne. On remarque que les véhicules ont sur le pare-brise ce qui semble être un numéro d'identification individuel. Au total, on peut raisonnablement estimer à plus de 200 hommes les effectifs d'HHN dans cette seule vidéo.

































































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    Loretta Napoleoni est une journaliste italienne, qui s'est entre autres spécialisée dans l'étude du terrorisme. En 2005, elle publie cet ouvrage consacré très largement à Abu Musab al-Zarqawi, fondateur d'al-Qaïda en Irak et largement révéré aujourd'hui par l'EI.

    Préfacé par deux autres journalistes anglais (Jason Burke et Nick Fieldings : les lignes de ce dernier sont prophétiques sur les attaques menées actuellement par les djihadistes revenus des territoires de l'EI...), le livre part d'une idée maîtresse : la figure d'al-Zarqawi a été "gonflée" par les Etats-Unis pour justifier la guerre en Irak, notamment par Colin Powell devant l'ONU en février 2003. Zarqawi a su ensuite bâtir sa propre légende pour se poser en champion d'un monde musulman dont les différences sont gommées et qui s'oppose à l'Occident. Le mythe a encouragé la guerre sectaire en Irak et le terrorisme en Europe.

    Ahmed Fadel al Khalaylah est né en 1966 à Zarqa, cité pauvre au nord-est d'Amman en Jordanie. Son père meurt en 1984. Il bascule alors dans la petite criminalité, fait de la prison. Le roi Hussein de Jordanie a empêché les Palestiniens de créer un Etat dans l'Etat avec le "Septembre noir" de 1970, mais a ouvert la voie aux Frères Musulmans et aux salafistes radicaux qui prêchent à Zarqa. Les Palestiniens n'ont pas déserté le royaume : Abdallah Azzam, le mentor de Ben Laden, y séjourne. Ce dernier y enseigne de 1973 à 1980 avant d'être expulsé. Fin 1981, il est au Pakistan pour encadrer les volontaires arabes qui viennent se battre en Afghanistan contre les Soviétiques. Les prêcheurs radicaux formés par Azzam en Jordanie relaient l'appel au djihad. Ahmed fréquente la mosquée Hussein Ben Ali de Zarqa. Au printemps 1989, il part pour le Pakistan, le voyage étant facilité par les autorités jordaniennes qui cherchent à se débarrasser des éléments turbulents. Il devient Abou Muhammad al Gharib (l'étranger).

     

    Zarqawi arrive bientôt à Khost en Afghanistan. Il ne prend pas part au combat mais marie sa soeur à un camarade mujahidin. Il part pour Peshawar au Pakistan en 1990. A ce moment-là, Azzam envisage l'idée d'une armée de combattants à l'avant-garde d'une insurrection musulmane globalisée : il veut se servir de l'Afghanistan comme une base d'où projeter cette avant-garde. Ben Laden, qui représente lui les Saoudiens, bientôt rejoint par les Egyptiens autour d'al-Zawahiri, veut en faire une organisation terroriste. Azzam est assassiné le 24 novembre 1989. En 1991, al Gharib rencontre al-Maqdisi, grand théoricien du salafisme djihadiste, et se rapproche de lui, de par leurs points communs, notamment la Jordanie. C'est au camp d'al-Sada, où se forment de futurs participants aux attentats du 11 septembre, qu'al-Gharib est initié au salafisme djihadiste par al-Maqdisi : le salafisme parle au jeune homme qui y trouve une vision pour l'avenir.

    En 1993, al Gharbi et Maqdisi reviennent en Jordanie pour mener le combat dans leur pays. Ils fondent Bayat al-Imaam, un groupe destiné à déclencher une guerre sectaire en Jordanie pour faire tomber le régime, qui signe des accords de paix avec Israël en 1994. Arrêtés en mars de la même année, al Gharib et Maqdisi se servent de leur procès comme tribune, mais sont emprisonnés. Al Gharib, à la prison de Suwaqah, connaît l'isolement en confinement, la torture : il se maintient en forme physiquement en soulevant des pierres, selon la légende (!). Surtout, de part son passé de délinquant, il se démarque de Maqdisi et rallie autour de lui les autres détenus de la prison. Il noue des contacts qui lui seront précieux pour établir des réseaux, les détenus continuant à communiquer avec l'extérieur. C'est l'expérience de la prison qui donne naissance à al-Zarqawi.

    Zawahiri, qui comme Zarqawi a connu la prison et les tortures en Egypte, a réorienté le djihad vers l'ennemi proche alors que les deux Jordaniens croupissaient en prison. Zawahiri légitime les attaques suicides qui n'avaient rien d'évident au départ pour les salafistes djihadistes. Zarqawi poussera la logique jusqu'à ce qu'elle remplace les mujahidin comme élément moteur du recrutement, entre autres en Europe. Dans les années 90, tous les combats contre l'ennemi proche (les régimes arabes en place) voulus par Zawahiri échouent. C'est alors que Ben Laden propose de recentrer le djihad contre l'ennemi lointain : un Saoudien, Khattab, qui pilote alors avec un certain succès une partie de l'insurrection tchétchène contre les Russes, s'y oppose. Ben Laden, qui s'est installé en Afghanistan, est mal vu des talibans qui craignent les représailles américaines ; les modérés et les extrémistes d'al-Qaïda, pour des raisons différentes, ne sont pas non plus forcément partisans des idées de Ben Laden, qui passe pour être influencé par une coterie saoudienne qui lui est proche.

    Al Gharib est libéré en mai 1999 au moment de l'avènement du nouveau roi Abdallah II. Il part avec sa mère au Pakistan, mais ne rejoint pas le combat en Afghanistan. Al Gharib rencontre toutefois Ben Laden à Kandahar en 2000. Il n'est pas non plus partisan des idées de Ben Laden ; le camp qu'il fonde à Herat, près de la frontière avec l'Iran, semble avoir été financé par les talibans. Le groupe augmente au fur et à mesure qu'arrivent les volontaires, surtout du Proche-Orient, de la Palestine à l'Irak, et devient Jund-al-Sham. Après la chute des talibans, le groupe va trouver refuge dans le Kurdistan irakien, où Ansar al-Islam, un groupe résultant de la fusion de plusieurs ensembles, prêche le salafisme djihadiste depuis quelques temps sans que Saddam Hussein, longtemps persécuteur de ce courant, s'y oppose particulièrement. Le groupe de Zarqawi s'y installe car ce dernier a des liens personnels avec des Jordaniens déjà présents sur place, et non pas en raison de liens avec al-Qaïda ou du camp d'Herat. La sortie d'Afghanistan est d'ailleurs difficile, en plein combat : Zarqawi s'installe temporairement en Iran avant d'en être chassé et de passer en Irak.

    Ce n'est qu'à ce moment-là que les Etats-Unis s'intéressent à lui. Les Jordaniens accusent Zarqawi d'avoir coordonné un projet d'attentat sur leur sol et d'avoir fait assassiné un citoyen israëlien ; ils le condamnent à mort par contumace. Les services secrets kurdes insistent sur ses liens avec al-Qaïda. Powell relaie ce discours devant l'ONU, ajoutant que Zarqawi entretient des laboratoires d'armes chimiques et biologiques. Dès le début de l'invasion en 2003, les Américains envoient des missiles sur le territoire d'Ansar-al-Islam.

    Dès lors, les médias se mettent à voir la patte d'al-Zarqawi dans tous les attentats ou projets d'attentats, ce qui renforce l'idéologie djihadiste. Zarqawi cherche bien à frapper son pays d'origine, la Jordanie. C'est à cause de l'attention braquée sur Zarqawi que les réseaux préexistants en Europe, par exemple, commencent à acheminer des volontaires pour les attaques suicides en Irak. En réalité, Zarqawi a surtout des contacts au Proche-Orient : la plaque tournant de l'entrée des volontaires et de l'argent est la Syrie, où des réseaux ont été installés de longue date.

    En Irak, la première insurrection est chiite, et elle naît au sein d'une communauté chiite divisée. Moqtada al-Sadr crée sa propre milice, Jaysh-al-Mahdi, qui s'oppose au courant d'al-Sistani et à l'organisation Badr, proche elle de l'Iran. Les sunnites rejoignent bientôt les chiites dans la résistance, et sont tout aussi divisés. Les salafistes ont trouvé un terreau fertile dans la campagne religieuse menée par Saddam Hussein à partir des années 1990. Les erreurs des Américaines et leur mauvaise compréhension du contexte local vont se payer très cher.

    Les salafistes djihadistes, en Irak, doivent au départ s'associer avec les autres composantes de l'insurrection sunnite : ils se démarquent des combattants chiites par la présence de combattants étrangers et le recours aux attaques suicides. Zarqawi, pour éviter que sunnites et chiites se rejoignent dans un combat nationaliste, diabolise les chiites : le combat contre l'ennemi proche et l'ennemi lointain finit par se rejoindre sur le théâtre irakien. En août 2003, deux attaques suicides frappent successivement le QG de l'ONU à Bagdad et le tombeau de l'imam Ali à Nadjaf. Zarqawi explique à Ben Laden que pour rallier les sunnites irakiens derrière lui, car ils sont pour le moment souvent en désaccord avec sa stratégie, il faut cibler les chiites qui sont les partenaires des Américains : les représailles amèneront les sunnites à se ranger sous sa bannière. A l'été 2004, alors que l'insurrection fait rage à Falloujah, al-Sadr soulève ses troupes à Nadjaf : c'est le moment où les deux insurrections sont le plus proche de se rejoindre. Mais al-Sadr est finalement réintégré dans le jeu politique : les sunnites restent seuls.

    Les sunnites se retranchent dans les villes pour y mener une guérilla urbaine. Zarqawi kidnappe et décapite lui-même l'otage Nicholas Berg ; il multiplie ce genre d'opérations, très médiatisées, pour renforcer sa figure mythique et devenir incontournable. Les Américains et les forces irakiennes reprennent finalement Falloujah après de violents combats en novembre 2004 : c'est que les djihadistes étrangers du groupe de Zarqawi, peu nombreux, ont été rejoints par un mouvement local d'opposition à l'occupant. Zarqawi a trouvé sa bataille : Falloujah. Ben Laden sanctionne l'importance prise par ce dernier en le nommant à la tête d'al-Qaïda en Irak en décembre.

    Al-Qaïda peut ainsi se servir du mythe de Zarqawi, alors même que son groupe ne représente qu'une partie de l'insurrection, baathistes ou islamo-nationalistes. En réalité, les médias ne voient pas non plus que l'insurrection ne se bat pas seulement contre l'occupant : une recomposition des forces est à l'oeuvre entre sunnites, chiites et Kurdes, chaque bloc étant divisé.

    La désintégration de l'Irak se voit alors, en 2005, par la floraison de milices dont certaines sont utilisées par le pouvoir en lieu et place d'une armée et police nationales qui ne peuvent pas être employées. Zarqawi a fait oublier tous les autres enjeux.

    En conclusion, l'auteur rappelle qu'après les attentats de Londres, en juillet 2005, les autorités cherchent encore à établir l'existence de liens directs entre les auteurs et Ben Laden ou Zarqawi. Faute de mieux, on se jette sur la figure d'Abou Mousab al-Suri, théoricien du djihad, qui là encore reçoit une attention démesurée. Pourtant, la jeune génération djihadiste n'a aucun lien avec les vétérans d'al-Qaïda qui n'ont mené que quelques attaques transnationales. La guerre en Irak a achevé de cimenter le nouveau djihad.

    L'ouvrage se complète d'un journal de la bataille de Falloujah tenu par un insurgé et d'un glossaire. Il est surtout bâti à partir de témoignages, en particulier de proches de Zarqawi qui l'ont connu à différentes étapes de sa vie. La bibliographie, assez courte, se compose à la fois d'articles de presse et d'autres parus sur Internet et de quelques ouvrages.

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    Merci à https://twitter.com/binationale et https://twitter.com/MathieuMorant

    Titre : Les charges de la rédemption.

    Durée : 16 minutes 2 secondes.

    Lieu(x) : d'après Citeam.org, le crash de l'hélicoptère Mi-35 aurait eu lieu ici, à 11,5 km au nord-est de Palmyre. Les bandeaux de la vidéo mentionnent quasiment tous "à l'est de Palmyre" pour les séquences de combat, l'un des VBIED se jettent sur un entrepôt à grains qui est probablement celui du secteur où l'hélicoptère s'écrase.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : l'embuscade de la séquence 4 et le VBIED de la séquence 5 correspondent à un reportage photo publié le 20 juin. L'hélicoptère Mi-35 russe a été abattu le 8 juillet. Il y a donc un mois et demi à deux mois d'écart entre les opérations et la mise en ligne.

    Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, l'EI repousse des attaques du régime, attaque lui-même, harcèle les positions adverses avec des missiles antichars.

    Découpage (séquences) :

    1 : 10" - 1'30" , discours audio d'Abu Musab al-Zarqawi, explosion d'un VBIED.
    2 : 1'30" - 2'57", tir de missile antichar et de technicals.
    3 : 2'57" - 5'25", VBIED.
    4 : 5'25" - 7'12", combat contre un groupe de fantassins du régime et véhicule russe.
    5 : 7'12" - 9'39", explosion d'un VBIED au milieu de véhicules du régime.
    6 : 9'39" - 13'46", assaut des inghimasiyyi.
    7 : 13'46"- 16'2", destruction de l'hélicoptère russe Mi-35.



    Forces attaquées/adversaires : l'EI affronte le régime syrien, soutenu par les Russes. Dans la séquence 2, l'EI observe les positions adverses où l'on aperçoit un T-72, plusieurs pick-up et des fantassins. Une douzaine de fantassins s'enfuient.



    Au début de la séquence 4, une vingtaine d'hommes approchent des positions de l'EI, encadrés par 2 pick-up. Plus loin, on peut voir un véhicule russe Gaz Tigr se replier.




    Dans la séquence 5, l'EI montre une vidéo tournée par un combattant du régime montrant le VBIED fonçant sur ses positions et son explosion : on voit un technical avec DSHK, un autre avec bitube ZU-23 et un char T-72. C'est une attaque de VBIED qui a peut-être tué le fusilier marin russe Alexander Timoshenko sur le front de Palmyre. On remarque qu'un des hommes du régime porte sur le dos l'emblème des Military Intelligence Shield Forces, autrement dit la branche armée des Moukharabat de l'armée syrienne.










    Dans la séquence 7, on peut voir évoluer des hélicoptères russes Mi-24/25/35. L'un d'entre eux, de couleur sombre, porte le numéro 5 en jaune et semble être un Mi-24. Il y a un Mi-35, et semble-t-il aussi un Mi-24 portant le numéro 3. Le Mi-35 est abattu par une explosion sur l'arrière : l'EI ne montre pas de tir sur l'hélicoptère ce qui tend à confirmer la thèse du tir fratricide par un Mi-24 placé derrière que l'on voit passer juste après. Au moment de l'explosion de la carcasse, l'EI insère une photo du pilote, le colonel Ryafagat Habibullin, tué dans le crash. On peut voir un Mi-8 posé au sol pour une mission SAR probablement.






























    Effectifs engagés : de taille moyenne, d'une dizaine d'hommes à plusieurs dizaines d'hommes selon les séquences.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : dans la séquence 2, un missile antichar incendie un char T-72.








    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la séquence 2, l'EI utilise un char T-72. Un Toyota Land Cruiser avec ZPU-2 et un autre avec bitube ZU-23 prennent à partie les positions du régime.







    Dans la séquence 5, la progression du VBIED est appuyé par un S-60 monté sur camion. Il y a aussi un technical avec ZPU-2, un autre avec bitube ZU-23 et un camion léger avec canon M1939 de 37 mm. Le technical avec ZPU-2 tire posté juste derrière deux canons artisanaux.







    Dans la séquence 6, un BMP-1 transporte l'escouade d'inghimasiyyi. Un char T-55 est en soutien. Les inghimasiyyi sont soutenus par un canon S-60 sur camion qui ne semble pas être le même que celui de la séquence précédente.





    Kamikazes (identité) :

    1 : Abu Sahib al-Amri/Umari



    2 : Abu Basir al-Masri (Egyptien)

    Véhicules kamikazes (types, impact) :

    1 : le VBIED d'Abu Sahib al-Amri/Umari est visible dans la séquence 3, c'est un camion avec blindage artisanal sur l'avant.



    2 : un 4x4 avec plaques de blindage de renfort sur l'avant.

    3 : BRDM-2.



    4 : non visible. Vise un véhicule adverse.

    5 : non visible. Vise un "entrepôt à blé".

    6 : Abu Basir al-Masri pilote un pick-up avec blindage artisanal sur l'avant. Il explose près de plusieurs véhicules du régime (2 technicals et 1 char).



    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : le groupe de combat qui repousse l'assaut du régime dans la séquence 4 comprend 7-8 hommes, avec PK et RPG-7.






    Dans la séquence 6, le groupe de combat est qualifié d'inghimasiyyi par les bandeaux. Il comprend 8 hommes au minimum avec PK et RPG-7. Plus loin on voit que l'effectif comprend probablement une dizaine d'hommes minimum.








    Destructions de véhicules adverses : Dans la séquence 2, un missile antichar Konkurs détruit un T-72. Dans la séquence 5, on peut voir 2 chars T-62 détruits. Le VBIED détruit probablement un T-72.




    Butin matériel : dans la séquence 6, l'EI prend un char T-55, des armes individuelles et collectives, au moins 7 RPG (18 et 26 peut-être).




    Morts/prisonniers/blessés adverses : dans la séquence 5, au moins 11 corps de combattants du régime sont visibles. L'EI fait aussi 4 prisonniers.

    Dans la séquence 6, les inghimasiyyi tuent au moins 5 adversaires (un des corps est outragé au couteau) et font un prisonnier blessé.

    Morts/blessés de l'EI : dans la séquence 4, le servant de la mitrailleuse PK du groupe de combat est tué alors qu'il tire avec sa mitrailleuse.





    Effets visuels/montage/techniques de propagande : la louange à Allah du début de la vidéo est suivie du logo de la wilayat, sous-titré en anglais.

    Dans la séquence 6, un des inghimasiyyi filme son transport en BMP-1 et le combat avec une GoPro sur le front.

    Religion : la vidéo s'ouvre sur un discours audio d'Abu Musab al-Zarqawi, son nom apparaît pour une fois en anglais alors que son discours est affiché en arabe.

    A la fin de la séquence 3, on entend un discours de Abu Muhamad al-Adnani.

    Dans la séquence 6, quand le BMP-1 transportant les inghimasiyyi se met en route, on entend la voix de Abu Bakr al-Baghdadi. Durant le combat déclenché une fois les inghimasiyyi débarqués du BMP-1, on entend un discours de Abu Muhammad al-Adnani.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : 1'57" - 2'52"Oghzo'Alayhim.
    2 : ?
    3 : ?
    6 : 8'45" - 9'34"Ilejhim Rakibna
    7 : 10'38" - 13'30" Hayya Inghamis
    8 : ?
    9 : 14'45" - 15'35"Adajah

    Commentaires particuliers : la vidéo est intéressante. Elle filme un véhicule russe Gaz Tigr sous le feu de l'EI (on peut supposer que des Russes étaient présents lors de l'embuscade). Elle met en scène l'explosion du VBIED au milieu des véhicules du régime en insérant une vidéo filmée par un combattant d'Assad. On note aussi qu'on ne voit aucun tir de l'EI sur le Mi-35 abattu ce qui confirme l'hypothèse probable d'un tir fratricide. Enfin, on remarque que les combats se déroulent à 10 km seulement à l'est de Palmyre et que l'EI aligne encore une belle panoplie de moyens, y compris pour un assaut mécanisé sur BMP-1.

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    En avril dernier, j'avais consacré un long billet à LiwaFatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

    Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

    Ecusson de manche de Liwa Fatemiyoun.


    En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.

    Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.

    Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

    Un des derniers "martyrs" de l'unité tombé à Alep. On note le dôme de Zaynab en arrière-plan.


    Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1. Surtout, elle dispose maintenant, peut-être, de T-90 fournis au régime syrien par la Russie et donnés aux Afghans.


    Un Afghan se prend en photo devant un T-90. Est-il de l'unité blindée de Liwa Fatemiyoun ?


    BMP-1 de l'unité blindé de la Fatemiyoun.

    Colonne de BMP-1 et T-72 de l'unité blindée de la Fatemiyoun.


    Cet Afghan porte un AM 50, fusil anti-matériel de 12.7 mm.






    1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
    2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
    3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
    4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29

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    Abdel Bari Atwan est un journaliste arabe, qui travaille de longue date sur les groupes djihadistes. Il a interrogé plusieurs fois Ben Laden. Il est donc logique qu'il ait publié en 2015 ce livre sur l'Etat Islamique, qu'il baptise "le califat digital". Pour lui en effet, l'EI ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans sa communication. L'EI a d'après lui toutes les caractéristiques d'un Etat, bien qu'il ne tienne aucun compte des règles internationales. L'EI présente selon un véritable danger en raison du soutien populaire dont il bénéficierait dans les pays du monde musulman. Dès l'introduction, Atwan explique que son livre est surtout bâti sur des témoignages recueillis durant sa longue carrière - ce qui ne sera pas sans poser problème sur le contenu, on le verra.

    Dans le premier chapitre, il explique comment l'EI a gagné la bataille de la propagande, en capitalisant sur les timides débuts d'al-Qaïda et surtout les efforts d'AQPA et d'Anwar al-Awlaki. L'EI a développé un véritable appareil professionnel de communication, avec radio, vidéos, et même jeux vidéos pour ses adeptes. L'EI a aussi ses hackers qui mènent des attaques contre des cibles bien définies sur le net.

    Dans le chapitre 2, Atwan revient sur les racines irakiennes de l'EI. Il rappelle que Saddam Hussein, au tournant des années 2000, avait initié une politique de renouveau religieux, et toléra le groupe Ansar al-Islam au Kurdistan irakien. L'arrivée de Zarqawi, qui s'installe en Irak et prépare ses réseaux, anticipe l'invasion américaine. Les décisions calamiteuses des Américains prises dans les premiers mois de l'occupation, et la politique sectaire du gouvernement de Maliki à partir de 2006 fournissent l'opportunité aux djihadistes de s'imposer sur le devant de la scène, alors même que la résistance irakienne est très diverse. L'approche militaire et très violente d'al-Qaïda en Irak et de son chef, Zarqawi, donne une nouvelle dimension au djihad global. Bien que l'élan s'essoufle après les attentats en Jordanie de 2005 et la contre-attaque américaine autour du "Réveil" et de la mobilisation de tribus sunnites contre AQI, un précédent est né. Le retrait progressif des Américains ouvre la voie au retour de l'Etat Islamique en Irak, d'autant plus que Maliki prend un tournant autoritaire dès 2010. L'Irak est déchiré politiquement et le paroxysme culmine en 2013-2014 : guère étonnant dans ses conditions que les sunnites ne se soient pas opposés, pour beaucoup, à l'avance de l'EI.

    Pour Atwann, il y a eu un affrontement entre Ben Laden et Zawahiri et Zarqawi, avant même la mort de ce dernier en 2006. AQPA, en 2009, avait également mis en oeuvre des stratégies rompant avec la ligne des deux dirigeants d'al-Qaïda. D'ailleurs ceux-ci restent étrangement silencieux au départ lors du déclenchement des printemps arabes. L'EII, lui, envoie ses hommes pour s'implanter en Syrie. Le mouvement défie de plus en plus al-Qaïda jusqu'à la rupture, consommée en 2014.

    La guerre civile en Syrie a également permis la naissance de l'EI. La Syrie est tenue depuis 1970 par le clan Assad. Bashar, qui accède au pouvoir en 2000 à la mort de son père, n'ouvre pas davantage que son géniteur le pays à la participation des sunnites, majoritaires dans la population. Bien que l'insurrection des Frères Musulmans ait été écrasée en 1982, les Frères Musulmans en exil forment l'opposition politique la plus cohérente. Plusieurs vétérans de l'insurrection manquée, comme Abu Musab et Abu Khalid al-Suri, deviennent de grandes figures du djihad, qui compte son lot de Syriens, comme Jolani, le chef actuel d'al-Nosra. En 2011, très rapidement, la révolution syrienne bascule dans la guerre civile : le régime n'a pas l'intention de plier et répond à coups de canons aux manifestations. Les grandes puissances sont divisées sur le conflit syrien, de même que les pays soutenant les rebelles : résultat, aucune opposition crédible ne se forme ce qui entrave toute forme de négociation. Les djihadistes profitent de l'opportunité, comme en Irak sous l'occupation américaine, et investissent le théâtre dès la fin 2011. Le portrait de l'insurrection syrienne dressé par Atwan n'est pas actualisé mais surtout est très superficiel : les références manquent, y compris les articles en ligne que l'auteur cite pourtant beaucoup en notes. C'est une des faiblesses majeures de l'ouvrage.

    L'auteur dresse ensuite le portrait de Baghadi, le calife. Né en 1971 à Samarra, c'est un religieux, un homme capable d'être posé mais aussi très autoritaire. Prudent, il a reconnu les bienfaits d'une organisation bien dirigée. Il rejoint la résistance contre les Américains, passe par le camp Bucca où il se radicalise probablement, et finit par rejoindre AQI après la mort de Zarqawi en 2006. Il devient chef de l'EII en 2010. Il privilégie les opérations spectaculaires et les raids ; il envoie des combattants en Syrie dès 2011 ; et proclame le califat pour faire pièce à al-Qaïda. Stratège, soutenu par un réseau d'alliances tribales, Baghdadi a su fédérer autour de lui.

    La politique de Baghdadi en Syrie, conduite indépendamment d'al-Qaïda, a attiré des centaines de combattants étrangers. L'EIIL peut les envoyer en Syrie. Le groupe tire sa force de sa capacité à jouer des lignes intérieures entre la Syrie et l'Irak. Il doit cependant affronter les rebelles syriens puis le front al-Nosra, qui a refusé d'être absorbé en 2013. En mai 2014, alors qu'il progresse également en Irak, le groupe développe sa communication avant la grande offensive du mois suivant qui voit la chute d'une bonne partie de l'Irak. C'est après l'établissement du califat que l'EI dope sa propagande en ligne. Le groupe rallie progressivement des soutiens extérieurs et étend son influence.

    L'administration de l'EI tourne autour du calife, et de ses deux adjoints : Abou Muslim al-Turkmani (mort en août 2015, le livre n'étant pas à jour), et Abu Ali al-Anbari (idem, tué en mars 2016). Le trio chapeaute une série de conseils et de départements. Le conseil de la Sharia est particulièrement important car l'EI s'occupe dans les territoires conquis, en premier, des questions de justice. On trouve aussi le conseil militaire dirigé par Abu Ayman al-Iraqi (également tué), et dont fait partie Omar al-Shishani (mort en juillet 2016). L'information est dirigée par Abu Muhamad al-Adnani. L'EI a installé son propre calendrier. Les sources d'Atwan expliquent cependant que la domination de l'EI en Syrie ne tiendra pas, car les règles sont trop dures et surtout le pacte tacite avec le régime n'est pas vendeur auprès des sunnites. Le groupe, en 2014, est sans doute le plus riche de l'histoire du djihad. Le portrait militaire de l'EI reste encore une fois trop imprécis (l'auteur parle d'armes libyennes utilisées par l'EI, alors que ce dernier récupère surtout les prises sur des adversaires comme le régime syrien où les forces irakiennes, dont l'armement ne vient pas de Libye...).

    La violence de l'EI est parfaitement calculée. Abu Bakr Naji, dans son fameux Management de la Sauvagerie, ne disait pas autre chose. Il s'agit d'affaiblir l'adversaire, de le repousser, en étant particulièrement brutal, avant d'établir l'Etat islamique.

    Le chapitre sur les combattants étrangers souffre encore une fois du manque de sources. La migration vers l'EI est sans précédent dans l'histoire du djihad. Atwan s'arrête pour les Tchétchènes, exemple qu'il détaille un peu plus, en 2013, et ne dit rien sur les évolutions ultérieures. Les passages sur les motivations des candidats au djihad ne sont pas non plus suffisamment étayés. La partie sur les femmes du djihad est un peu plus solide mais s'arrête encore une fois en 2014, tout comme celle sur les réponses des gouvernements.

    Le chapitre suivant est sans doute celui qui souffre le plus du manque de sources. Atwan soutient qu'au travers des siècles les pays occidentaux ont manipulé l'islam radical pour servir leurs propres objectifs géopolitiques. Les Etats-Unis auraient soutenu pendant la guerre froide les Frères Musulmans et le wahhabisme pour défendre leur mainmise sur le pétrole et empêcher l'essor d'un nationalisme arabe et d'un communisme trop gênants pour leurs intérêts. Rien n'aurait été fait pour s'opposer à l'exportation du wahhabisme par l'Arabie Saoudite, considérée comme étant capable de délivrer le monde musulman de ses fanatiques. Outre que ces facteurs sont loin d'être exclusifs, aucune référence ou presque ne vient étayer ces hypothèses, ce qui est gênant.

    L'Arabie Saoudite est le résultat d'un pacte entre les Saud et le wahhabisme, et d'un accord tacite avec les puissances occidentales pour l'exploitation du pétrole. Le pouvoir maintient son autorité d'une main de fer ; pour contrer l'influence de l'Iran à partir de 1979, il a exporté le wahhabisme à l'étranger. La guerre en Afghanistan et le djihad débouchent sur la naissance d'al-Qaïda. Pourtant l'Arabie Saoudite est de plus en plus critiquée par les djihadistes depuis la guerre du Golfe et l'accueil des troupes américaines, au point que l'EI représente une menace existentielle pour le royaume.

    En conclusion, l''auteur rappelle que l'EI a créé un modèle : la guerre sectaire, imposer sa puissance par la guerre psychologique en terrifiant l'ennemi, encourager les attaques terroristes dans les pays qui le combattent. La solution est complexe, elle est à la fois militaire mais aussi politique. Reste que le grand bénéficiaire pour l'instant de l'émergence de l'EI est Bachar el-Assad, toujours au pouvoir. Citant Léon Panetta, Atwan conclut sur l'idée qu'on pourrait bien avoir à faire à une guerre de 30 ans.

    La bibliographie confime l'impression générale sur l'ouvrage : les notes ne citent que des articles en ligne, et quasiment aucun ouvrage ou article de type universitaire ou même autre. Dans ces conditions on comprend que le livre soit très inégal, plutôt intéressant au début, beaucoup moins sur la fin quand il est question de l'EI lui-même et des explications fournies le concernant. Atwan semble mieux qualifié pour parler de l'histoire du djihad, d'al-Qaïda et de ses années 1990-2000 que de la situation actuelle.

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    François Lagrange, agrégé d'histoire, membre du musée de l'Armée et Jean-Pierre Reverseau, conservateur général du Patrimoine, signe le volume sur les Invalides dans la collection Découvertes Gallimard, divisé en 4 chapitres.

    Les Invalides, fondés en 1670, témoignent du souci de Louis XIV et de son ministre Louvois de disposer d'une armée réglée, qui prenne en charge les vétérans. Bâti dans la plaine de Grenelle, les Invalides sont réalisés par Libéral Bruant. Jules Hardouin-Mansart rajoute l'église et son dôme à partir de 1676. L'inauguration officielle n'a lieu cependant qu'en 1706. Les Invalides ont plusieurs fonctions : c'est à la fois une caserne, un couvent, un hôpital et un atelier. Conçu pour abriter 1500 à 2000 personnes, l'hôtel en accueille plus de 4000 en 1714. La discipline militaire règne dans l'édifice, qui avec l'église Saint-Louis dispose d'une présence religieuse. L'infirmerie dispose de moyens conséquents pour l'époque. Les pensionnaires travaillent : la monarchie veut éviter leur oisiveté. Jusqu'à la Révolution, des changements mineurs surviennent. Parmentier officie aux Invalides comme apothicaire en chef jusqu'en 1774.

    L'hôtel joue un rôle important en 1789 puisque les Parisiens y prennent facilement armes et munitions avant l'assaut sur la Bastille. La Constituante instaure une retraite pour les militaires et la vie de l'établissement est quelque peu tourmentée jusqu'à l'ordre rétabli par le Directoire. Napoléon s'associe étroitement à l'édifice : c'est là qu'a lieu la première remise de légions d'Honneur en 1804. Il donne au bâtiment une dimension funéraire en y plaçant les restes de Turenne et Vauban, pour se donner des ancêtres militaires prestigieux. La monarchie de Juillet fait ramener les cendres de Napoléon en 1840 : son tombeau sera aux Invalides. Il est réalisé par Visconti et flatte le pouvoir orléaniste en présentant Napoléon comme celui qui a rétabli l'ordre, fait la synthèse entre Ancien Régime et Révolution.

    Les Invalides après être devenus panthéon militaire national se transforment aussi en musée. Depuis la Révolution un musée d'Artillerie accueille les nombres prises des armées françaises jusqu'à l'Empire, parfois reprises par les vainqueurs au moment des défaites. Des legs viennent renforcer le fonds toutefois. C'est après la guerre de 1870-71 que les collections sont transférées aux Invalides. Progressivement s'y rajoute d'autres collections celles de Napoléon III à Pierrefonds. Le musée historique de l'Armée n'est toutefois créé qu'en 1896, et démarre chronologiquement en 1569, date de la formation des premiers régiments d'infanterie. La vocation patrimoniale remplace la fonction hospitalière tombée en désuétude. Le musée d'Artillerie et le musée historique de l'Armée fusionne en 1905 sous l'égide du général Niox en musée de l'Armée. Pendant la Grande Guerre, on y expose les emblèmes et matériels pris à l'ennemi. En 1931, il est assimilé aux grands musées nationaux et passe sous l'autorité de l'état-major de l'armée. On y enterre de nombreux hommes de guerre, y compris de la Première Guerre mondiale, dont Foch sous le dôme.

    Les Allemands prélèvent un tribut sur le musée en 1940 : les pièces ne sont restituées qu'en 1946. Une grande exposition est organisée l'année suivante. Les Allemands avaient symboliquement remis à Vichy la dépouille de l'Aiglon. Après la guerre, d'autres chefs militaires y sont enterrés comme Leclerc et Juin. De Gaulle y fait amener les restes de Lyautey en 1961. Outre quelques modifications architecturales, le musée se modernise pour devenir le musée d'histoire militaire national, en quelque sorte. Les fonctions d'origine demeurent : Institution Nationale des Invalides, église des Soldats, gouverneur militaire de Paris représentant la fonction militaire...

    Un volume comme de coutume bien illustré et complété par la section Témoignages et documents : portraits d'invalides, réflexions sur le  tombeau de l'Empereur, visites aux musées, considérations sur le panthéon militaire, retour sur la collection d'Ambras, sur les armes et armures des souverains et sur les restaurations des peintures de Parrocel.

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    Merci à https://twitter.com/binationale

    Titre : La terre des batailles épiques (2).

    Durée : 16 minutes 9 secondes.

    Lieu(x) : dans la séquence 1, l'EI attaque une caserne de la mobilisation populaire à Shahraban, quartier de la ville d'al-Miqdadiyah, à 35 km au nord-est de Baquba. Dans la séquence 2, les combats ont lieu près du village d'Imam Ways, à 10 km au sud de Baquba, où des miliciens chiites avaient massacré des sunnites en août 2014. Puis on revient à Shahraban. L'attaque nocturne de la séquence 3 a lieu à Buhriz, dans la banlieue sud de Baquba.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de recoupement évident, certaines attaques à l'IED ou contre la police remontent peut-être au mois de mai. De toute façon probablement 3 semaines-1 mois minimum d'écart entre certaines opérations montrées et la mise en ligne (15 août).

    Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, attaque de positions fixes, harcèlements, attaques à l'IED, assassinats ciblés, etc.

    Découpage (séquences) :

    1 : 13" - 2'46", images d'archives, bombardement sur une caserne.
    2 : 2'46" - 6'57", combats à Imam Ways et Shahraban.
    3 : 6'57" - 10'10", IED, exécutions avec silencieux, assaut d'une caserne à Buhriz.
    4 : 10'10" - 12'13", embuscades et combats de nuit.
    5 : 12'13" - 14'36", assaut de nuit.
    6 : 14'36"-16'09", exécution d'un membre de l'armée irakienne.



    Forces attaquées/adversaires : l'armée irakienne et la police fédérale surtout semble visées par l'EI, ainsi que la mobilisation populaire.

    Effectifs engagés : moyens, certaines séquences engagent plusieurs dizaines probablement (notamment celle de l'assaut sur la caserne de Shahraban) mais d'autres des effectifs beaucoup plus limités.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : dans la séquence 1, la caserne du Hashdà Shahraban est bombardée avec un lance-roquettes artisanal à déclenchement électrique.



    Dans la séquence 2, un mortier lourd pilonne les positions irakiennes (120 mm). On revoit le lance-roquettes artisanal à Shahraban.




    Dans la séquence 3, un IED explose sous un pick-up, non loin d'un Humvee. Un autre IED détruit un Humvee. Un autre IED pulvérise un Nissan Patrol. Une autre explosion vise une caserne à Baquba. Un autre IED détruit encore un véhicule.












    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la séquence 2, il a 2 Toyota Hilux dont un avec DSHK de 12,7 mm. On voit ensuite une mitrailleuse lourde KPV (14,5 mm) sur camion. A Shahraban, pour attaquer la caserne, l'EI engage un M113 qui tire avec son arme de tourelle (DSHK ou Type 77/85) et transporte un groupe de combat.





    Kamikazes (identité) : néant.

    Véhicules kamikazes (types, impact) : une attaque kamikaze vise un poste de police à Baquba, de nuit.




    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : dans la séquence 1, à Shahraban, un tireur RPG-7 tire une roquette antipersonnel OG-7V sur la caserne et un tireur PK prend à parti le bâtiment. Celui-ci est finalement incendié.



    Dans la séquence 2, une escouade de 9 hommes environ se glisse entre deux positions irakiennes (un tireur RPG-7). On voit plus loin le tireur PK. Pour l'assaut sur la caserne de Shahraban, le groupe de combat de l'EI comprend un tireur PK avec AK-47 dans le dos. Il y a deux autres tireurs PK dont un avec M-16 dans le dos tire aussi au RPG-7. Le groupe de combat débarqué du M113 comprend un tireur RPG-7 qui expédie plusieurs roquettes sur la caserne. Un des combattants de l'EI porte un M79 Osa.












    Dans la séquence 3, des tueurs de l'EI exécutent, en ville, de nuit, des personnes qui leur sont hostiles (membres du gouvernement semble-t-il). Les armes ont des silencieux. Ils s'infiltrent dans une caserne et tuent 2 policiers avec des pistolets à silencieux. Pour l'assaut nocturne sur la caserne de Buhriz, le groupe de combat dispose de 2 tireurs PK.




    Dans la séquence 4, une voiture de l'EI abat un soldat irakien en faction en ouvrant la porte arrière droite d'où fait feu un tireur. Des combats ont ensuite lieu jusque dans une caserne, avec un tireur PK dans le groupe de combat de l'EI.

    Dans la séquence 5, un chef de groupe fait un discours à ses hommes : 7, dont 2 tireurs PK (un avec GoPro sur le front), un tireur RPG-7 et 4 tireurs AK. Lui-même porte une AK-47.




    Dans la séquence 6, les combattants de l'EI capturent de nuit un membre de l'armée, qui est exécuté devant un drapeau de l'EI, au bord d'une fosse, à coups de fusil à pompe, qui ressemble à un Pardus SS turc.



    Destructions de véhicules adverses : dans la séquence 2, un pick-up de la police fédérale est incendié. Plusieurs autres véhicules sont détruits. 2 Humvees sont détruits à Shahraban.




    Dans la séquence 3, un ILAV Badger est incendié lors de l'attaque nocturne de la caserne à Buhriz.



    Butin matériel :à Shahraban, dans la séquence 2, un technical avec KPV est capturé.



    Morts/prisonniers/blessés adverses : dans la séquence 2, 3 corps de combattants irakiens sont filmés. On en voit encore 4 plus tard. 2 morts sont visibles près d'un véhicule détruit à Shahraban. 4 morts sont filmés après la fin des combats à Shahbaran. L'EI fait également un prisonnier.

    6 corps sont visibles dans la séquence 4. Une patrouille de police à bord d'un pick-up est prise en embuscade et 2 policiers sont tués.

    Dans l'assaut de nuit dans la séquence 5, 5 combattants adverses sont tués dont un achevé à bout portant.

    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la wilayat apparaît après la louange à Allah du début de la vidéo, sous-titré en anglais.

    La séquence 1 montre des images d'archives de l'Etat Islamique d'Irak (attaques à l'EID contre des Humvees, un MRAP et un Stryker) et des images d'archives de l'EI, probablement de la wilayat.

    Religion : néant.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : ?
    2 : 2'46" - 4'10 Adajah
    3 : ?
    4 : 7'08" - 7'55 Saleel Sawarim
    5 :?
    6 : 9'00 - 10'07" Come, Come
    7 : 11'04" - 11'42"Dawlatal Islami Suliy
    8 : 14'07"- 14'33" Ya Chababa Dinina
    9 : ?

    Commentaires particuliers : la wilayat Diyala de l'EI produit assez peu de vidéos. Celle-ci néanmoins est intéressante. On peut voir que dans ce territoire, l'EI est déjà davantage repassé au modèle d'insurrection/terrorisme qu'ailleurs : IED, exécutions ciblées, attaques de faible envergure (sauf celle sur la caserne de Shahraban avec davantage de moyens). La wilayat Dilaya disposait déjà, dans la vidéo analysée au début de l'année, de moins de moyens que d'autres en Irak. On note l'insistance assez forte sur l'historique de l'implantation de l'EI dans le secteur au travers des images d'archives, très présentes. Enfin, l'exécution de la fin de la vidéo avec un fusil à pompe utilisé à bout portant se retrouve dans la dernière vidéo de la wilayat Ninive : la propagande a donc été coordonnée entre les deux wilayats.

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    La synthèse n°8 récapitule les vidéos 36, 37, 38, 39 et 40 de propagande militaire de l'EI étudiées avec le questionnaire.

    Le partage est toujours plus équilibré entre les théâtre irakien et syrien. Ici l'Irak domine encore, comme dans l'échantillon précédent, avec 3 vidéos, mais la Syrie en a 2. Cela confirme que la situation en Irak n'est pas bonne alors qu'à l'inverse les 2 wilayats syriennes sont parmi les plus productives en vidéos militaires depuis quelques temps. Il faut noter pour l'Irak le retour de la wilayat Diyala, pas vue depuis longtemps, et celle d'al-Anbar qui n'avait pas livré de vidéo depuis un certain temps. La wilayat Kirkouk par contre est une des plus productives depuis quelques mois en Irak. En Syrie, on retrouve de nouveau la wilayat Halab, souvent présente ces derniers mois, et la wilayat Homs qui elle aussi fournit beaucoup de vidéos de propagande militaire à l'EI.



    L'écart entre les opérations montrées dans les vidéos et la mise en ligne de celles-ci est toujours important. A Kirkouk, on est probablement dans la moyenne de 3 semaines à un mois d'écart. A Al-Anbar l'écart est plus conséquent : 2 à 3 mois, preuve que l'EI conserve des vidéos de ses opérations pour faire des réserves et en avoir suffisamment sur un temps long. A noter aussi que ce montage est particulièrement long ce qui confirme une tendance récente (moins de vidéos mais plus longues pour certaines wilayats). A Homs, l'écart est de un mois et demi à deux mois, un peu moins important donc.



    Escouade sortant d'une maison-wilayat Halab.

    La variété des types de vidéos recoupe les différences entre les théâtres d'opérations. A Kirkouk, l'EI montre des raids motorisés de faible ampleur avec des moyens limités. A Halab, l'EI montre la défense de Manbij face aux SDF : il s'agit d'un combat défensif en milieu urbain ou suburbain. Le changement à al-Anbar par contre est conséquent : l'EI semble y revenir de plus en plus, à l'image d'autres wilayats irakiennes, à des tactiques d'insurrection, les moyens sont beaucoup moins conséquents. A Homs au contraire, l'EI conserve une dimension semi-conventionnelle : tout en repoussant les assauts du régime et en maintenant une défense active, il contre-attaque avec des moyens qui restent importants. A Diyala, le passage à l'insurrection n'est pas une nouveauté mais on en l'éclatante illustration : utilisation d'IED, assassinats ciblés de nuit, attaques de faible envergure contre des objectifs limités, etc. Globalement, on ne peut que constater l'évolution très rapide de l'EI : en difficulté sur le théâtre irakien, il repasse progressivement à un mode insurrectionnel/terroriste, alors qu'en Syrie, bien qu'il vante sa défense de Manbij (finalement reprise en grande partie par les SDF), il est capable de soutenir un affrontement plus conventionnel face au régime syrien, pourtant soutenu par les Russes.

    2 tireurs PK en tir couché - wilayat al-Anbar

    Les capacités de l'EI tiennent aussi à la diversité des adversaires rencontrés sur les deux théâtres. A Kirkouk, il cible à la fois l'armée mais aussi la police fédérale irakienne, adversaire nettement plus à sa portée dans le cadre de tactiques d'insurrection. A Halab, bien que le siège soit mené par les SDF, l'EI insiste particulièrement sur son combat contre les YPG, milice kurde du YPD. A Al-Anbar, de la même façon qu'à Kirkouk, l'EI a tendance à se choisir des adversaires de moindre envergure comme la police fédérale, plus facile à viser dans le cadre de moyens devenus plus insurrectionnels. A Homs, l'EI insiste particulièrement dans cette vidéo sur le soutien russe au régime syrien : bien que ce dernier soit abondamment filmé (véhicules détruits, morts, prisonniers), la caméra s'attarde sur le véhicule russe Gaz Tigr pris dans une embuscade et la fin de la vidéo est toute entière consacrée au crash d'un hélicoptère de combat russe Mi-35 le 8 juillet dernier. A noter d'ailleurs que la vidéo de l'EI ne montre rien qui permette de déduire que le groupe ait abattu l'hélicoptère. A Diyala, l'EI repassé en insurrection vise davantage les cadres du gouvernement irakien comme la police fédérale, ou la mobilisation populaire, que l'armée à proprement parler.


    Drapeau des YPG sur un bâtiment de Manbij-wilayat Halab.


    Gaz Tigr russe en fuite - wilayat Homs.

    Mi 24/25 russe - wilayat Homs.
    Mi-24/25 russe - wilayat Homs.


    Le Mi-35 crashé survolé par un Mi-24/25 - wilayat Homs.

    Les effectifs, comme toujours, sont proportionnés au type d'opération selon la wilayat. A Kirkouk, les raids motorisés ne mobilisent que quelques dizaines d'hommes au maximum. A Halab, en combat urbain, l'EI n'aligne pas de moyens considérables mais les escouades de combat restent autour de la dizaine d'hommes. A Al-Anbar, les opérations visibles n'impliquent à chaque fois que quelques dizaines d'hommes au maximum. Les effectifs sont sans doute les plus nombreux à Homs : plusieurs dizaines d'hommes au moins, notamment pour les opérations offensives. A Diyala, la plupart des opérations montrées ne requièrent qu'un nombre d'hommes très réduit, sauf dans le cas d'un assaut sur une position fixe ou quelques dizaines d'hommes sont probablement engagés.

    Groupe de combat avec tireur RPG-7 - wilayat Diyala.
     

    Les moyens d'appui sont de plus en plus limités et confirment le sentiment général d'un retour progressif à l'insurrection, sauf dans certaines wilayats. A Kirkouk, seuls sont utilisés un mortier lourd et un mortier léger artisanal, ainsi qu'un lance-missiles antichars Fagot pour frapper un char T-72. A Halab, l'EI utilise des moyens mobiles en combat urbain : mitrailleuse DSHK, mortier de 120 mm, mortier léger artisanal, lance-roquettes artisanal pour roquettes de 107 mm, canon sans recul de 106 mm, et lance-missiles antichars. A Al-Anbar, seules des roquettes artisanales sont utilisées. La wilayat Homs, d'ordinaire peu avare en moyens d'appui, ne montre cette fois qu'un lance-missile antichars Konkurs qui incendie un char T-72. A Diyala, outre un mortier lourd de 120 mm et un lance-roquettes artisanal, la wilayat met surtout en oeuvre des IED, preuve d'une tactique renvoyant à un contexte insurrectionnel.


    Lance-missiles antichars Fagot-wilayat Kirkouk


    Canon sans recul de 106 mm sur Toyota Land Cruiser-wilayat Halab


    Lance-missiles antichars Konkurs-wilayat Homs

    La gamme des véhicules demeure un peu plus importante que les moyens d'appui mais là encore on note des différences sensibles selon les wilayats. A Kirkouk, les convois de véhicules comprennent surtout des Toyota Hilux pour le transport de combattants mais relativement peu de technicals (1 ou 2). A Halab, pour la défense de Manbij, outre le pick-up embarquant un canon sans recul, on observe qu'un seul autre technical probablement armé d'un ZPU-2 utilisé en tir tendu pour le combat de rues. A Al-Anbar, malgré le glissement progressif vers l'insurrection, on retrouve davantage de véhicules ce qui correspond aux moyens généralement assez importants de cette wilayat : véhicule de combat improvisé avec plaques de blindage, Humvee surblindé, technicals (Toyota Hilux) avec ZU-23 ou KPV. Comme toujours, ce n'est qu'en Syrie que l'EI engage des blindés : on peut voir cette fois à Homs un char T-72, un char T-55 ainsi qu'un véhicule blindé BMP-1 utilisé pour le transport de troupes. La wilayat aligne également un grand nombre de technicals : KPV/ZPU-2, bitube ZU-23, camion avec canon AA de 37 mm M1939 et deux camions embarquant des canons AA S-60 de 57 mm, tous utilisés en tir tendu. A Diyala, il n'y a que deux technicals, un Hilux avec DSHK et un camion avec KPV : en revanche, pour l'assaut sur une caserne, la wilayat engage un M113 de prise avec mitrailleuse Type 77/85 en tourelle, la dimension semi-conventionnelle n'a donc pas toujours disparu.




    ZU-23 monotube sur Hilux-wilayat al-Anbar
    A côté du Hilux, un Humvee surblindé-wilayat al-Anbar
    Hilux portant un KPV protégé par un bouclier-wilayat al-Anbar


    Char T-72 - wilayat Homs.
    ZPU-2 sur Land Cruiser - wilayat Homs.
    S-60 sur camion - wilayat Homs.
    BMP-1 transportant les inghimasiyyi ; au fond à gauche un char T-55 - wilayat Homs.

    2 vidéos sur les 5 ne montrent pas de kamikaze sur VBIED. Les 3 autres concentrent pas moins de 12 VBIED. 7 kamikazes sur les 12 sont identifiés : on compte 4 Syriens, 1 Tunisien, 1 Egyptien, et un autre dont la kunya est difficile à déterminer. On remarque de nouveau que les locaux restent majoritaires, même s'il y a toujours des étrangers. Les VBIED sont pour la plupart des pick-up renforcés de plaques de blindage : on note toutefois 2 camions renforcés de la même manière, ce qui est probablement un M113 (al-Anbar) et un vieux BRDM-2 (Homs). A Halab, pour la défense de Manbij, les VBIED sont utilisés pour frapper des bâtiments où stationne l'adversaire (1 VBIED) mais aussi pour préparer une attaque (2 VBIED se jettent successivement sur le même objectif, avant l'assaut de l'infanterie). A Al-Anbar, 2 VBIED sont lancés sur un dépôt de munitions et de véhicules, seuls, sans attaque ultérieure. Un autre VBIED en revanche, celui piloté par le Tunisien, explose sur une installation de l'armée ou de la police pour préparer un assaut au sol. A Homs, les VBIED servent à harceler l'adversaire en se jetant sur des positions ou des véhicules. Cas rare, l'EI a récupéré sur un combattant du régime syrien une vidéo filmée par ce dernier montrant l'explosion d'un VBIED au milieu de véhicules, ce qui donne une idée des dégâts que peut occasionner ce genre d'attaques.


    1er VBIED explosant sur l'objectif d'un assaut à Manbij-wilayat Halab
    2ème VBIED sur le même objectif-wilayat Halab

    Le Tunisien qui jette son VBIED sur une position fixe pour préparer un assaut  de l'infanterie-wilayat al-Anbar
    VBIED du kamikaze égyptien : pick-up avec plaques de blindage artisanal - wilayat Homs.
    Un combattant du régime syrien filme l'explosion du VBIED à quelques mètres de lui, vidéo récupérée par l'EI - wilayat Homs.

    Les vidéos de l'échantillon montrent assez bien les groupes de combat, escouades utilisées par l'EI. A Kirkouk, les groupes de combat sont dans la norme de 7 ou 8 hommes, mais relativement bien armés : parfois 2 mitrailleurs PK par groupe (avec arme individuelle dans le dos), 1 tireur RPG-7. On peut voir aussi un tireur sur RPK à lunette. Il y a également un groupe de 2 tireurs d'élite sur SVD Dragunov. A Halab, pour la défense de Manbij, l'EI emploie au moins un sniper en combat urbain. Les groupes de combat sont assez étoffés, avec au moins une dizaine d'hommes dont un tireur PK et un tireur RPG-7 -les escouades renforcées en combat urbain sont toujours la norme chez l'EI. A Al-Anbar, il faut noter ce groupe de combat avec 2 tireurs PK, 2 tireurs RPG-7 et un homme portant un lance-roquettes monocoup sur 8 combattants. Pour un des assauts, il semble y avoir deux groupes de combat engagés (ou 3) avec une vingtaine d'hommes en tout. L'armement reste classique : AK-47 ou M-16, mitrailleuse PK et lance-roquettes antichars RPG-7, qui prend à parti les véhicules. A Homs, l'armement est standard mais on note que ce sont des inghimasiyyi qui sont transportés par BMP-1 pour un assaut sur une position fixe du régime (groupe d'une dizaine d'hommes au moins, bien armés). A Diyala, les escouades sont classiques avec 7 à 10 hommes armés de manière standard. On note toutefois la présence d'un M79 Osa lors de l'assaut d'une caserne et le transport d'une escouade par M113. L'EI a aussi des groupes de tueurs qui abattent leurs cibles de nuit avec des armes munies de silencieux (fusils d'assaut/mitraillettes ou pistolets).

    RPK à lunette - wilayat Kirkouk
    Tireur PK-wilayat Halab
    Tireur AK-47-wilayat al-Anbar
    Tireur AK-47-wilayat Kirkouk
    Tireur RPG-7-wilayat al-Anbar


    Groupe de combat-wilayat Diyala.

    Toutes les vidéos de l'échantillon montrent des destructions de véhicules adverses. A Kirkouk, peut-être 2 Humvees sont détruits de même qu'un ou deux véhicules de la police fédérale. A Halab, un bulldozer et un véhicule léger sont incendiés. A Al-Anbar, plusieurs véhicules de l'armée sont détruits dans un assaut, dont un BTR-80U ou 94 ; 2 Humvees sont également détruits dans une autre attaque, et dans une troisième ce sont un BAE Caiman et un Navistar MaxxPro ainsi que plusieurs Humvees qui sont incendiés. A Homs, l'EI détruit un char T-72 à coup de missile antichar, 2 autres chars, des T-62, sont également vus détruits. A Diyala, plusieurs pick-up de la police fédérale, 2 Humvees, un ILAV Badger sont à rayer des effectifs de l'armée ou de la police irakienne.

    BAE Caiman à droite, Navistar MaxxPro à gauche.-Wilayat al-Anbar
    T-72 incendié par un missile Konkurs - wilayat Homs.

    Char T-62 détruit - wilayat Homs.

    Le butin de l'échantillon est singulièrement limité par rapport au précédent. A Kirkouk, seuls un Humvee et un véhicule de la police fédérale sont pris. A Halab, ce sont quelques armes individuelles (7 AK) et collectives (2 mitrailleuses PK). A Al-Anbar, l'EI s'empare de plusieurs véhicules : Humvee avec arme de tourelle, technical avec KPV, pick-up, camion, un autre technical avec KPV et un Humvee avec KPV ; et d'un certain nombre d'armements : AT-4, roquettes de RPG-7, AK, obus de mortiers, mitrailleuse MG3, mitrailleuse DSHK sur affût. A Homs, l'EI s'empare d'un char T-55, d'armes légères et collectives et de nombreux lance-roquettes antichars (7 à 10). A Diyala, seul un véhicule est capturé, un technical avec KPV.

    Char T-55 capturé - wilayat Homs.
     

    Sur les 5 vidéos, seules 2 montrent un nombre important de morts adverses. 4 corps de soldats irakiens sont filmés à Kirkouk. A Halab, en combat urbain, 6 corps adverses en tout sont visibles. La vidéo d'al-Anbar ne montre que deux corps, ce qui est peu au vu du montage très long et des nombreuses opérations restituées. Comme toujours, c'est le régime syrien qui souffre le plus : la vidéo de Homs montre 16 corps de combattants du régime en tout et 5 prisonniers. La vidéo de Diyala montre 26 corps au moins et plusieurs prisonniers mais il ne faut pas oublier qu'elle montre des opérations probablement assez étalées dans le temps.

    Plusieurs vidéos de l'EI montrent des morts ou des blessés. La vidéo de la wilayat Kirkouk rend homme à Harit Al 'Alami (dont le nom est donné à un raid) à Abou Afrah Al Ansari et Abou Aisha Al Kurdi, combattants tués. A Al-Anbar, outre un blessé ramené vers un véhicule durant un assaut, la vidéo rend hommage à des cadres tués par la coalition : Omar al-Shishani, Abou Ali al-Anbari et surtout Khalid Khalaf, un cadre de la wilayat tué dans une frappe américaine et dont la biographie est retracée dans la vidéo. A Homs, on peut voir un servant de mitrailleuse PK tué d'une balle en plein combat.

    Les vidéos de l'EI utilisent fréquemment les séquences filmées avec caméras GoPro sur le front des combattants ou par drone. Dans la vidéo de Kirkouk, pour la première fois, à la fin d'un combat nocturne, un combattant de l'EI menace directement la France d'attaques sur son territoire. Cet échantillon utilise également beaucoup d'images d'archives, de l'EI ou de son prédécesseur l'Etat Islamique en Irak puis l'EIIL. Outre les discours des chefs incrustés dans les vidéos, seule la vidéo de Kirkouk insiste sur l'aspect religieux en montrant des combattants en prière.

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    Gordon Rottman est un vétéran des Special Forces américaines : il a servi au Viêtnam et a été confronté directement aux RPG, sujet de ce livre des éditions Osprey. Les RPG sont les armes antichars les plus utilisées dans le monde, et à peu près contre n'importe quelle cible : véhicules blindés, fortification, infanterie, avion, hélicoptère... La famille des RPG comprend des armes rechargeables comme le RPG-7, et des armes à un seul coup comme le RPG-26. Le RPG-7 apparaît dans toutes les vidéos de l'EI en Syrie ou en Irak que j'analyse ou presque, en plus d'autres modèles également utilisés plus ponctuellement. Techniquement, le RPG-2 est une arme sans recul ; les RPG-7 et 16 sont des armes sans recul assistées par une fusée ; et les RPG-18, 22, 26 de véritables lance-roquettes. En russe d'ailleurs le terme RPG s'applique aussi aux grenades antichars de la Seconde Guerre mondiale (40, 43 et 6).

    L'URSS dispose, lors de l'invasion allemande, de canons antichars classiques (37 et 45 mm notamment), de fusils antichars (PTRD et PTRS), de grenades à fusil antichars et de grenades à main antichars. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sont développées les armes antichars à charge creuse (HEAT) : un cône au bout de la munition permet de concentrer toute la charge à travers un trou minuscule percé dans le blindage, ce qui autorise à traverser une épaisseur beaucoup plus grande et ce quelle que soit la distance de tir. Les Soviétiques sont influencés par le Panzerfaüste allemands, mais surtout par le Panzerfaust 250, jamais en service, dont ils ont capturé les plans : il faut noter cependant qu'ils avaient tenté avant et pendant la guerre de développer leur propre lance-roquette antichar portable. De fait, ils s'inspirent des Panzerfaüste, Panzerschreck et Bazooka américain pour développer leur propre arme antichar : le RPG-1, dont le développement commence dès 1944, est abandonné en 1948. La même année, le RPG-2 voit le jour et entre en service en 1954. C'est un lance-roquettes de 40 mm, très simple d'utilisation, rapidement copié par la Chine (Type 56) et d'autres pays communistes. Le travail d'amélioration du RPG est un travail d'équipe, contrairement à la conception de l'AK-47par exemple. Le RPG-7, qui entre en service en 1961, a une meilleure munition et un système de visée. Le RPG-7V autorise le tir de nuit et la version D est démontable pour les troupes aéroportées. C'est surtout la munition du RPG-7 qui est plus efficace (toute une gamme est ensuite développée) : le tireur est assisté d'un pourvoyeur qui prépare aussi les roquettes en introduisant la charge de propulsion dans la roquette avant le tir. Le RPG-7 fait ses débuts pendant la guerre des Six Jours ; il apparaît au Viêtnam fin 1967-début 1968 et massivement pendant la guerre du Kippour de 1973. Le RPG-16, adopté en 1970, est conçu pour les forces spéciales et aéroportées et améliore les caractéristiques du RPG-7. Ce dernier est copié par la Chine (Type 69) et par d'autres pays comme l'Egypte, le Pakistan, l'Irak, l'Iran. Les Polonais, les Tchécoslovaques et l'Allemagne de l'Est produisent aussi leurs propres RPG-7 ; la RDA met au point une munition incendiaire, l'AGI. Le Nord-Viêtnam produit également une pâle copie ; plus récemment, une firme américaine a copié le RPG-7 (Airtronics USA, Inc).

    Si la partie technique, comme souvent chez Osprey, est satisfaisante, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la partie sur l'utilisation opérationnelle de l'arme. Rottman rappelle que de nombreux véhicules en Irak et en Afghanistan ont été détruits à coups de RPG-7 : il souligne que la meilleure tactique contre les chars modernes, beaucoup mieux protégés, est le barrage utilisant au moins 3 RPG à différentes positions autour du véhicule visé. Le RPG-7 a été utilisé contre les hélicoptères dès la guerre du Viêtnam : on se souvient du choc causé par la perte de 2 UH-60 en Somalie, en octobre 1993, abattus par cette même arme, qui a donné lieu à un film célèbre. En Afghanistan, presque tous les hélicoptères américains abattus l'ont été par cette arme, chose visiblement moins vraie en Irak. Le RPG-7 a souvent été utilisé contre les fortifications de campagne : les munitions thermobariques ont été conçues spécialement pour cet emploi dans les années 1990. L'utilisation antipersonnelle n'est pas la plus adaptée mais des munitions ont été développées pour ce faire. Rottman rappelle que dans l'armée soviétique, on trouvait un ou deux RPG-7 par escouade. Le tireur et le pourvoyeur portaient normalement une arme individuelle en plus, pratique que l'on retrouve chez l'EI. L'armée irakienne de Saddam concentrait les RPG-7 dans la compagnie d'armes lourdes (12). Le problème est différent dans le cas des insurrections et autres mouvements armés : chez l'EI par exemple, non évoqué par Rottman (le livre date de 2010 : une édition mise à jour tenant compte des conflits récents serait bienvenue), l'escouade a au minimum un RPG-7 mais le chiffre monte facilement à 2 ou 3, sans parler des groupes complets de RPG-7 (jusqu'à 3 tireurs) manoeuvrant indépendamment. La doctrine soviétique prévoyait l'emploi des RPG-7 en dernière ligne pour la défense antichar, après les missiles guidés, les armes des chars et véhicules blindés et canons sans recul. Au Viêtnam, le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens utilisent les RPG dans leur rôle antichar contre les blindés sud-viêtnamiens et américains : quand ceux-ci deviennent plus lourds et que des parades sont mises en place, les RPG sont utilisés pour des barrages avant les attaques de positions fixes ou les embuscades. Les Israëliens sont surpris par l'emploi des RPG-7 par les Egyptiens, et les Syriens dans une moindre mesure, en 1973. Les mujahidin afghans emploient de nombreux tireurs RPG-7 contre les convois soviétiques, et contre les hélicoptères avant les Stinger. Les Tchétchènes organisent leurs escouades à Grozny autour du tireur RPG-7 (un ou deux par escouade) en 1994-1995. Malheureusement trop peu de place est consacré à chaque exemple et l'auteur ne peut se permettre une analyse détaillée d'un cas particulier ce qui est bien dommage, les études de cas sont trop superficielle - les pages dédiées aux contre-mesures dans le dernier chapitre auraient été peut-être mieux employées à cela.

    Bien illustré (même si les dessins cette fois ne sont pas les meilleurs d'Osprey), le volume, bien qu'insuffisant sur la partie opérationnelle, constitue toutefois une bonne entrée en matière sur la catégorie des RPG. L'auteur a listé quelques sources p.79.

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    Katibat al Tawhid wal Jihad est révélateur de l'importance d'un groupe souvent négligé au regard de l'EI pour ce qui est de la guerre en Syrie : Jaysh Fateh al-Cham, l'ex-front al-Nosra1. Formation aux origines assez obscures, issue des rangs de l'ex-front al-Nosra et peut-être d'une autre formation ouzbèke qui lui est liée, Imam Bukhari Jamaat, Katibat al Tawhid wal Jihad rassemble à la fois des combattants d'Asie Centrale et des Syriens. Cette formation a gagné en effectifs, en matériel et en expérience au fil des années 2015 et 2016, ainsi qu'en visibilité, depuis son ralliement à l'ex-front al-Nosra en septembre 2015. Bien que focalisée sur le combat en Syrie, à terme, son discours djihadiste transnational pourrait se révéler dangereux pour les pays dont ses combattants sont originaires, en Asie Centrale.




    Historique


    Katibat al Tawhid wal Jihad (KTJ) est un groupe djihadiste constitué essentiellement d'Ouzbeks et qui opère dans le nord-ouest de la Syrie (provinces d'Idlib et d'Alep au départ). Il apparaît le 28 décembre 2014 à travers une vidéo montrant l'un de ses camps d'entraînement en Syrie. La formation semble plus petite qu'une autre, plus ancienne, et également composée d'Ouzbeks, Imam Bukhari Jamaat. D'ailleurs KTJ est sans doute issu, au départ, des rangs d'al-Nosra et collabore étroitement avec cette dernière formation2. Dirigé par Abou Saloh, KTJ comprend, outre des Ouzbeks, d'autres combattants issus d'Asie Centrale mais aussi des Syriens. En avril 2015, KTJ entre avec le front al-Nosra et de nombreux autres groupes djihadistes reliés à al-Qaïda dans Jisr al Shughur3. Cette dernière bataille donne aux groupes djihadistes dominés par des combattants d'Asie Centrale une certaine visibilité. A l'inverse d'autres formations plus anciennes, KTJ n'a aucun lien avec le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan, désormais rallié à l'EI (et pour bonne part éradiqué par les talibans en représailles de leur "trahison") et qui combat avec lui en Afghanistan et au Pakistan, et qui avait organisé des départs de volontaires vers la Syrie. L'EI n'arrive pas semble-t-il à se rallier ces groupes désormais pourvus d'une expérience opérationnelle, d'un certain équipement et d'une visibilité médiatique4. A Jisr al Shughur KTJ a combattu aux côtés de Jund al-Sham, le groupe de Muslim Shisani, et du Parti Islamique du Turkestan, autre formation djihadiste organisée autour de combattants ouïghours. En juillet 2015, KTJ fait partie de la coalition créée par le front al-Nosra pour la bataille à Alep, Ansar al-Charia5. KTJ opère alors depuis quelques temps contre les enclaves chiites de Zahra et Nubl près d'Alep. A ce moment-là, le groupe semble s'être étoffé et comporte davantage de combattants que dans la première vidéo, et il apparaît qu'il a deux camps d'entraînement en Syrie et non un seul6. Le 29 septembre 2015, le groupe prête allégeance au front al-Nosra, ancienne branche officielle d'al-Qaïda en Syrie. Il avait depuis sa création toujours été proche de la formation djihadiste, que ce soit par sa propagande en ligne ou ses interventions sur le champ de bataille. Dans une de ses vidéos, on pouvait voir Abdullah al Muhaysini, un religieux proche d'al-Nosra, aux côtés de l'Ouzbek Abu Ubayda al Madani, l'émir de la brigade Sayfullah Shishani du front al-Nosra, à dominante tchétchène7. KTJ avait participé ce même mois à la prise de la base aérienne d'Abu Duhur, et à un nouvel assaut sur les enclaves de Fuha et Kafraya. Dès le lendemain de son allégeance à al-Nosra, KTJ revendique un tir de roquettes sur la base aérienne de Hmeymin à Lattaquié, où stationnent les appareils russes qui interviennent alors pour frapper les rebelles syriens8. D'ailleurs les frappes aériennes russes visent, au début, KTJ, avec d'autres groupes issus d'ex-républiques soviétiques ou du territoire russe9.

    Au centre, Abou Saloh, le chef de KTJ, qui apparaît souvent dans les vidéos et les photos mises en ligne par le groupe (août 2016). Il semble disposer d'une AK-103 camouflée.
    En avril 2016, KTJ diffuse une vidéo montrant l'entraînement de "commandos" pour le combat urbain : 15 hommes avec AK-47, mitrailleuses PK et lance-roquettes RPG-710. Jacob Zenn, spécialiste des djihadistes d'Asie Centrale, estime en mai 2016 que 80% des 3 000 combattants d'Asie Centrale présents en Syrie appartiennent à l'Imam Bukhari Jamaat, à KTJ, au Parti Islamique du Turkestan ou autres groupes liés à al-Qaïda11. En juin, KTJ combat avec al-Nosra et d'autres groupes djihadistes près de Khan Touman, au sud d'Alep. En juillet, KTJ participe aux affrontements dans les montagnes au nord-ouest de la province de Lattaquié. Début août 2016, KTJ est engagé dans l'opération Colère d'Alep pour lever le blocus de la ville. Il combat notamment à Maarata au sud d'Alep. Le 7 août 2016, KTJ publie des photos du butin récupéré dans l'académie d'artillerie prise par les rebelles : on y voit notamment un automoteur d'artillerie 2S1 Gvozdika (122 mm).


    2S1 Gvozdika dans l'académie d'artillerie d'Alep (août 2016).
     

    Armements et tactiques


    KTJ subit une évolution assez notable entre sa naissance en décembre 2014 et aujourd'hui (août 2016). Petite troupe d'infanterie capable d'aligner des technicals et quelques mortiers et canons artisanaux, il se retrouve pendant l'opération Colère d'Alepà opérer avec un BMP-1, appuyé par un T-72 de Jaysh Fateh al-Cham, avec des combattants casqués, bien protégés, armés d'AK-47 à lunette, d'un lance-grenades RBG-6, de fusil de sniper SVD Dragunov, des hommes de toute évidence bien entraînés.

    Abou Saloh sur les hauteurs entourant la plaine d'al-Ghab (automne 2015).

    Dès 2015, on remarque la couleur ocre appliquée au technical de KTJ, caractéristique semble-t-il de la formation.













    Sur le front d'Ariha (printemps 2015).





    Autour de l'enclave de Fuah (automne 2015).

    Abou Saloh au milieu de ses combattants.
















    Front sud d'Alep, avril 2016. Abou Saloh est toujours présent.
















    Une vidéo de début juillet 2016 montre un groupe de combattants de 20 hommes au minimum, relativement bien armés, avec AK-47 et SVD Dragunov. On distingue aussi un groupe d'une quinzaine d'hommes à l'entraînement derrière le drapeau du groupe. KTJ semble disposer de plusieurs technicals, ZPU-2 ou 4 montés sur Toyota Land Cruiser notamment. On peut voir également un ZU-23 bitube monté sur ce même véhicule. Un groupe d'attaque comprend au moins une vingtaine d'hommes avec SVD, PK et RPG-7 (avec un pourvoyeur). Outre les technicals, KTJ semble avoir récupéré un Safir iranien avec canon sans recul de 106. Il y a aussi un canon M1939 de 37 mm AA monté sur camion. Les combattants sont transportés en camion léger, pick-up, vans et motos. 2 autres camions portent également un 37 mm AA et un autre un canon S-60 de 57 mm. KTB semble également en mesure de lancer ses propres roquettes artisanales Elephant. Une scène de groupe montre un ensemble d'au moins 50 à 100 hommes. Sur le front de Kinsabba, dans la province de Lattaquié, en juillet 2016 également, montrent des combattants bien équipés : casques, RPG 22 ou 26, véhicule blindé BMP-1. Un groupe de combat de 9 hommes comprend le tireur RPG-7 avec pourvoyeur. Parmi les armes capturées, on note des lance-roquettes monocoups RPG et un reste de fusil iranien AM 50 anti-matériel. Le tireur d'un bitube ZU-23 sur Land Cruiser est lui aussi casqué. Il faut noter qu'une vidéo du front de Lattaquié emploie un nasheedégalement utilisé par l'EI dans ses vidéos de propagande militaire, et ce n'est pas l'exception. Sur le front au sud d'Alep, Abou Saloh tient un discours au milieu d'une vingtaine de combattants. Plusieurs sont casqués ; l'un porte un fusil de sniper ; un autre tireur d'élite est sur SVD Dragunov.

    Front d'Alep, juillet 2016.






    Front de Lattaquié, juillet 2016.








    Pour l'opération Colère d'Alep, Abou Saloh pose au milieu de ses hommes muni d'un AK-47 au camouflage élaboré. Un groupe de combat de 10 hommes comprend un tireur d'élite sur SVD Dragunov. Un autre groupe embarquant dans un BMP-1 comprend 2 hommes masqués et les combattants portent des brassards d'identification bleus, comme ceux de Jaysh Fateh al-Sham. Un ZU-23 bitube sur véhicule est employé en tir tendu ; KTJ tire aussi des roquettes artisanales Eléphant. Une photo de groupe montre entre 20 et 30 hommes. Une photo du 2 août, au début de l'opération Colère d'Alep, montre deux missiles Metis-M capturés. Le groupe d'assaut utilisé dans la phase finale de l'opération Colère d'Alep, en août 2016, est particulièrement bien équipé. Une escouade de 7 hommes comprend un tireur PK, un tireur RPG-7 avec un pourvoyeur ; 2 des 7 hommes sont casqués. Un combattant casqué porte aussi une caméra GoPro sur le front. Une autre escouade de 7 hommes comprend également la même configuration : 7 hommes, 1 tireur PK, 1 tireur RPG-7 avec pourvoyeur et 3 hommes casqués. Un lance-grenades RBG-6 croate de 40 mm fait partie de l'arsenal du groupe. KTJ engage aussi deux technicals en tir antiaérien : un ZPU-2 et un ZU-23 bitube monté sur Land Cruiser. D'après les vidéos de KTJ, il semble que les technicals sur Land Cruiser se voient souvent appliqués un camouflage ocre à dominante rouge qui les rend aisément reconnaissables. Lors des assauts, KTJ aligne parfois plusieurs tireurs RPG-7 par escouade ; Abou Saloh, le chef du groupe, est protégé dans une vidéo par 2 tireurs PK.

    Opération colère d'Alep, août 2016.
















    Propagande


    KTJ dispose d'un site internet12, d'une page Facebook13, et, chose intéressante, de deux comptes Twitter : l'un en russe14, plus ancien, l'autre en arabe15. La page Facebook et les comptes Twitter relaient les mêmes photos et vidéos de KTJ, mais les comptes Twitter proposent parfois d'autres documents comme cette carte de situation de l'opération Colère d'Alep le 1er août. Les photos sont plus nombreuses que sur la page Facebook. Le groupe multiplie les chaînes Youtube car ses vidéos sont régulièrement effacées.

    Photo de couverture sur Facebook et Twitter.


    L'emblème du groupe, qui n'est pas apparu immédiatement à sa naissance, rassemble une AK-74 disposée à l'horizontale, le drapeau arborant le Tawhid, et le nom du groupe à l'arrière-plan.










    1https://www.ctc.usma.edu/posts/al-qaida-plays-a-long-game-in-syria
    2http://thelineofsteel.weebly.com/news/katibat-al-tawhid-wal-jihad
    3http://www.longwarjournal.org/archives/2015/04/jihadists-celebrate-in-key-idlib-city-after-defeating-syrian-regime.php
    4http://www.jamestown.org/single/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=43968&no_cache=1#.V7hGwvQUHZg
    5http://www.longwarjournal.org/archives/2015/07/al-nusrah-front-new-coalition-aleppo.php
    6http://thelineofsteel.weebly.com/news/an-update-on-katibat-al-tawhid-wal-jihad
    7http://www.longwarjournal.org/archives/2015/09/uzbek-group-pledges-allegiance-to-al-nusrah-front.php
    8http://www.longwarjournal.org/archives/2015/09/al-qaeda-brigade-claims-attack-on-russian-forces.php
    9http://www.silkroadreporters.com/2015/12/02/islamic-state-sees-surge-of-caucasus-recruits/
    10http://www.longwarjournal.org/archives/2016/04/uzbek-al-qaeda-battalion-trains-commandos-in-aleppo.php
    11http://www.cacianalyst.org/publications/analytical-articles/item/13357-the-imu-is-extinct-what-new-for-central-asias-jihadis?.html
    12http://tavhidvajihod.com/
    13https://www.facebook.com/tawhid.va.jihad/
    14https://twitter.com/tavhidvajihod1
    15https://twitter.com/AljihadWa

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    Le major Stringer (José Ferrer), un civil promu officier chez les Royal Marines, est chargé de concevoir un raid audacieux contre le port de Bordeaux en canoé pour poser des charges explosives sur des forceurs de blocus allemands. Il se heurte au capitaine Thomson (Trevor Howard), son adjoint, un vieil officier des Royal Marines, ancien de la Grande Guerre, qui ne jure que par les vieilles méthodes d'entraînement du corps...

    Commando sur la Gironde est une version romancée de l'opération Frankton, le raid sur Bordeaux du Royal Marines Boom Patrol Detachment. Le raid comprend 6 canoés déposés par un sous-marin devant l'estuaire de la Gironde et qui doivent remonter le fleuve pour finir par poser leurs charges Limpet sur les navires allemands, en décembre 1942. Des 10 hommes engagés sur 5 canoés (l'un est perdu au déchargement du sous-marin), seuls 2 survivront, le chef du détachement, Hasler, et son équipier ; 6 autres Royal Marines seront fusillés après leur capture par les Allemands et 2 autres meurent de froid.


    C'est le premier film de la Warwick (qui a réalisé d'autres films de guerre, notamment Red Beret en 1953) tourné en Cinemascope. De fait, la Warwick, compagnie basée en Angleterre mais dirigée par des Américains, veut capitaliser sur le succès de Red Beret avec une nouvelle production. La production envisage de reprendre la star de Red Beret, Alan Ladd, puis Richard Widmark. Finalement, c'est José Ferrer qui réalise le film et tient à la fois le rôle principal.


    Le tournage a lieu à la fois en Angleterre, notamment au musée des Royal Marines, et au Portugal. Des corvettes britanniques de classe Castle construites pendant la Seconde Guerre mondiale servent pour représenter un chasseur de sous-marin allemand. Hasler et Sparks, les deux survivants du véritable raid, ont servi de conseillers techniques sur le film. Trevor Howard et David Lodge manquent de se noyer dans la scène où leur canoé se retourne. On note la présence de Christopher Lee dans un rôle secondaire, comme commandant du sous-marin qui dépose les Royal Marines.


    Film de guerre classique, peut-être un peu trop, avec des personnages qui se cherchent plus qu'autre chose, et pas d'acteur charismatique. Trevor Howard semble un perdu, Ferrer pas très à l'aise.

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    Afghanistan. L'équipe canadienne de snipers du Warrant Officer Ryan Sanders (Rossif Sutherland), qui vient d'éliminer un poseur d'IED sur la route Hyena, que les Canadiens cherchent à prolonger pour enfoncer un coin en secteur taliban, tombe dans une embuscade en faisant sauter un autre IED à longue distance. Cerné dans un village, le groupe est sauvé par l'intervention du "Fantôme"(Neamat Arghandabi), un ancien mujahidin du combat contre l'URSS qui avait disparu et qui est manifestement revenu en Afghanistan. Le capitaine Pete Mitchell (Paul Gross), des renseignements, interroge Sanders : il veut être certain qu'il a rencontré le fantôme, qui pourrait être un allié de poids dans le combat contre les talibans pour finir la route...

    Difficile d'être à la fois réalisateur et acteur du même film. Paul Gross s'y essaie pourtant, mais le résultat est décevant. Il hésite entre fiction documentaire sur l'engagement des Canadiens en Afghanistan, qui finit par prendre le pas sur le reste, le scénario et les personnages, peu consistants. Il ne se démarque pas d'autres films cherchant à la fois le réalisme et interrogeant le spectateur sur les mêmes sujets, comme Démineurs que je revoyais il y a peu, en dépit des superbes paysages de la Jordanie et du Canada où a été tourné le film. Mention particulière à l'intrigue amoureuse entre le sniper chef d'équipe et son officier traitant, qui tombe complètement à plat et tombe même à la fin du film dans l'érotisme complètement superflu.


    M134D Minigun montée sur hélicoptère CH-46 Griffon.


    Fusil de sniper MacMillan TAC-50.


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    Le film raconte la bataille de la Sutjeska, dans le sud-est de la Bosnie, en mai-juin 1943. Les forces de l'Axe lancent, pour les historiens yougoslaves, la 5ème offensive (d'où le titre du film) pour tenter d'annihiler les partisans de Tito (après la quatrième offensive en janvier-mars 1943, qui a donné lieu à un autre film, La bataille de la Neretva, en 1969). Les partisans, comptant environ 20 000 hommes, sont encerclés par plus de 120 000 Allemands, Italiens, Bulgares et Croates. Pilonnés par l'aviation, les partisans arrivent pourtant à se frayer un passage à travers l'encerclement via la Sutjeska jusqu'à l'est de la Bosnie. Tito est blessé au bras pendant les combats ; un capitaine du SOE britannique, parachuté auprès des partisans pendant la bataille, est tué. L'exploit des partisans malgré leurs lourdes pertes (plus d'un tiers de l'effectif) renforce leur réputation au combat et leur amène de nouvelles recrues : pour les historiens yougoslaves, c'est un tournant qui prend une coloration particulière dans l'histoire nationale.

    Le film appartient au genre du "film de partisans", très classique dans la Yougoslavie de Tito. Comme La bataille de la Neretva, il inclut des stars occidentales : Richard Burton, Irène Papas, mais on trouve aussi les acteurs allemands Anton Diffring, habité aux rôles de nazis, et Günther Meisner, lui aussi abonné aux rôles de méchants généraux allemands. Il a été réalisé pour le 30ème anniversaire de la bataille, sur les lieux mêmes de l'affrontement, alors "sanctuarisés" dans un parc national. Burton, qui est alors entre le faîte de sa carrière et l'amorce du déclin, accepte de jouer le rôle de Tito ; admirateur du chef partisan yougoslave, il s'est déjà fait remarqué par ses prises de position socialistes par le passé. Son séjour en Yougoslavie avec Elizabeth Taylor ne passera pas inaperçu. Irène Papas n'a qu'un rôle très limité, de même qu'Anton Diffring qui n'apparaît que dans une seule séquence. Günther Meisner est plus visible au cour du film.

    La cinquième offensive s'intègre au discours du genre du "film de partisans". Tito est montré comme le promoteur du socialisme pendant la guerre. Il y a un discours intéressant, en revanche, sur la religion, avec le personnage du prêtre chez les partisans : il porte à la fois la croix et l'étoile rouge. Les dialogues du film tendent à vouloir incorporer la religion dans le socialisme yougoslave. De la même façon, la relation égalitaire entre Tito et ses partisans est soulignée, alors même que Burton, par sa présence, écrase le casting yougoslave. Le discours ne tient pas compte des différences ethniques chez les partisans. D'ailleurs, certains acteurs ne jouent pas forcément des personnages en accord avec leur origine. L'armée et l'aviation yougoslave ont fortement collaboré à la réalisation du film : on voit des P-47 qui figurent les avions allemands, et comme souvent, des matériels allemands d'époque qui sont ressortis pour l'occasion (Flakvierling, MG 42, canons de 105, etc). En soi le film n'est sans doute pas un des meilleurs du genre, mais certaines scènes valent tout de même le détour.

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    Nicolas Pontic est le rédacteur-en-chef du magazine 2ème Guerre mondiale, pour lequel j'ai travaillé comme pigiste pendant quelques années. Je connais donc l'auteur du livre, que je sais intéressé par le front de l'est ; j'apparais d'ailleurs dans les remerciements p.293 car j'ai fourni quelques références qui sont présentes dans la bibliographie. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir aucun parti pris : je fais une fiche de lecture, point barre.

    Nicolas Pontic consacre ce volume de la collection L'histoire en batailles de Tallandier à Koursk. Mais il n'est pas le premier à écrire en français sur ce sujet puisque Jean Lopez est passé par là, d'abord avec son premier ouvrage en 2008 qui a lancé sa carrière éditoriale puis une réédition en 2011 -que j'ai relue pour l'occasion. La comparaison s'impose donc inévitablement.

    L'introduction de Jean Lopez (qui n'a pas changé d'une édition à l'autre) était fort peu modeste, prétendant démonter les "légendes" autour de la bataille de Koursk, légendes déjà déconstruites de 5 à 15 ans avant la parution de son ouvrage, notamment par des historiens et auteurs anglo-saxons. Celle de Nicolas Pontic est plus humble puisque l'auteur rappelle que le terrain a été défriché avant lui -y compris par Jean Lopez, qu'il cite. La présentation historiographique de la bataille est dans l'introduction chez Nicolas Pontic alors qu'elle est reportée en fin d'ouvrage chez Jean Lopez. Elle est plus rapide, vu la différence de taille entre les deux ouvrages, mais pas forcément inefficace. A noter d'ailleurs que l'auteur cite V. Zamulin, historien russe spécialiste de la bataille de Koursk et traduit en anglais depuis quelques années, et le deuxième ouvrage de George Nipe, ancien membre du courant révisionniste sur la bataille. Curieusement, Jean Lopez n'a pas utilisé dans sa réédition parue en 2011 le deuxième ouvrage de G. Nipe paru en 2010, et n'a pas pu utiliser celui de Zamulin dont l'ouvrage a été traduit juste après la réédition du Koursk. Ce faisant Jean Lopez ne peut pas jouer son rôle de compilateur jusqu'au bout, puisqu'il manque des références secondaires.




    Le premier chapitre du livre est consacré au contexte militaire, politique et diplomatique qui conduit les Allemands à déclencher l'opération Zitadelle et à la réaction des Soviétiques, qui de leur côté font le choix de la défensive suivie de la contre-offensive. Nicolas Pontic évoque aussi dans ce chapitre les sources du renseignement soviétique, que Jean Lopez reportait là aussi en fin d'ouvrage. Il est plus court mais plus efficace aussi car il a lu l'ouvrage de Wilhelm von Schramm, paru dès 1967 et traduit en français deux ans plus tard : dès 1969, cet ancien officier allemand de l'OKW démonte le mythe du traître Werther, invention de l'espion Rössler. Comme quoi tout n'est pas à jeter dans les écrits des mémorialistes allemands de l'après-guerre, ou assimilés. Jean Lopez, qui ne tranche pas définitivement sur Werther, n'a manifestement pas lu cet ouvrage. Globalement donc la question du renseignement est mieux traitée chez N. Pontic, bien que de manière plus concise. Il faut relever toutefois que N. Pontic ne consacre que 40 pages à l'ensemble, là où Jean Lopez en a 75. Ce dernier est aussi mieux servi par des cartes plus nombreuses ; son texte est plus dense, plus fouillé. C'est qu'il pioche dans des sources secondaires qu'il ne cite qu'assez peu, par exemple sur la renaissance de l'aviation soviétique ou l'action de celle-ci et des partisans pour gêner l'opération Zitadelle (je précise que le livre de Jean Lopez inclut des notes de bas de page, alors que celui de Nicolas Pontic non).

    Sur la présentation des forces, qui occupe pourtant 100 pages environ dans le livre de Nicolas Pontic, l'avantage est sans doute au livre de Jean Lopez, plus détaillé sauf sur certains aspects (Nicolas Pontic explique davantage les évolutions de l'artillerie soviétique ou la création des points antichars dans la défense de l'Armée Rouge). Il manque chez Nicolas Pontic l'épisode des combats aériens de Taman pour expliquer le renouveau des VVS, et des pages que Jean Lopez consacre aux questions débattues sur les dispositifs allemand et soviétique (dissymétrie nord/sud de chaque côté). Notons toutefois que du côté soviétique, Jean Lopez, qui n'a pas eu accès aux derniers travaux de V. Zamulin, ne peut pas prendre en compte l'hypothèse de ce dernier sur le dispositif conçu par Vatoutine, qui explique peut-être en partie le déroulement de la bataille, de même que les réflexions du même historien (qui travaille à partir d'archives russes déclassifiées) sur les troupes à disposition de Vatoutine, qui n'étaient pas sans lacune (encadrement, emploi des blindés, personnalité même de Vatoutine et son style de commandement). Les deux auteurs par contre se rejoignent dans leur description de l'art opératif soviétique, mais aucun n'en voit les limites, par rapport déjà aux conceptions des années 30, soulignées par certains historiens depuis les années 1990. Jean Lopez est encore une fois mieux servi par les cartes, mais là encore son texte, dense, ne cite pas toutes ses sources secondaires où il puise abondamment.

    Le livre de Nicolas Pontic ne consacre que 80 pages environ à la phase offensive allemande de la bataille (40 pages pour la pince nord, 35 environ pour la pince sud, ce qui peut sembler curieux). L'auteur aurait peut-être gagné à sacrifier des pages dans la présentation des forces. Faute de place, il propose des analyses parfois différentes de Jean Lopez, par exemple en insistant davantage sur le déroulement de la bataille de Ponyri. Chez Jean Lopez, le récit de la bataille occupe également 80 pages, mais plus denses. Cependant le texte est moins descriptif et mieux servi par les cartes (du moins pour la pince sud) : l'auteur prend le temps d'expliquer certains points débattus (effets de la contre-préparation d'artillerie soviétique au début de la bataille, emploi de l'aviation qui chez lui avait été un peu oublié en 2008 et a donc été rajouté en 2011, etc). Mais là encore les sources sont peu citées. C'est surtout sur la pince sud que l'écart et le plus important car Jean Lopez y consacre 50 pages, bien servies par de nombreuses cartes. On suit beaucoup mieux les intentions et les mouvements des deux acteurs. Jean Lopez, qui n'a pas lu Zamulin, pense cependant comme lui que Hoth avait anticipé le combat de rencontre de Prokhorovka avant Zitadelle (le seul témoignage qui semble valider cette théorie est cependant d'après-guerre, de Fangohr, le chef d'état-major de Hoth, ce qui le fragilise un peu, d'autant qu'il n'est pas recoupé) mais ne sent pas que c'est aussi le plan de Vatoutine, dont Zamulin a proposé tout récemment une nouvelle interprétation, qui a peut-être conduit à l'affrontement de Prokhorovka. De la même façon, Jean Lopez ne reste que superficiel dans son récit de la construction du mythe de Prokhorovka par les Soviétiques (là encore Zamulin a commis un excellent article il y a quelques années dans la revue de Glantz) et n'a pas connaissance des dernières évaluations chiffrées sur le nombre de chars alignés par l'Armée Rouge durant la bataille -sans compter qu'il s'en tient toujours au premier livre de Nipe, et pas au second (Nipe y explique sa sortie du courant dit "révisionniste", en arguant qu'au vu des réserves soviétiques, il était impossible pour les Allemands de l'emporter).

    Les deux auteurs ne consacrent que 20 pages chacun, environ, à la contre-offensive soviétique (Koutouzov et Roumantsiev). Côté Nicolas Pontic, cela confirme le sous-titre du livre qui avec les dates indiquées englobait la définition soviétique de la bataille, jusqu'à la reprise de Kharkov (comme chez J.Lopez). N. Pontic ne peut malheureusement que survoler les deux opérations, là où Jean Lopez, dès la fin du chapitre sur la pince sud, évoquait les diversions soviétiques sur le Mious et à Izyum. Par ailleurs, à partir de ce moment-là, il n'y a plus de cartes chez Nicolas Pontic, alors qu'il y en a chez Jean Lopez, qui peut se permettre, vu la place, d'être plus fouillé -sans beaucoup citer ses sources, de nouveau.

    En conclusion, Nicolas Pontic estime que le bilan des pertes ne permet pas de différencier vraiment vainqueur et vaincu. Au niveau stratégique, il pense qu'elle fait bien partie des batailles ayant grandement affaibli l'Allemagne. Sur le plan tactique et opératif, on constate davantage les progrès soviétiques, qui sans être définitifs, empêchent les Allemands de passer. La Wehrmacht reste un adversaire redoutable, mais l'Armée Rouge la rattrape petit à petit : telle semble être la conclusion de N. Pontic. Dans son livre, J. Lopez consacre près de 50 pages au débat et à l'historiographie. Sur les pertes, il est plus détaillé et plus tranché : pour lui, les pertes allemandes subies durant l'ensemble de la bataille (phase défense + contre-offensives soviétiques) ont brisé l'équilibre restauré péniblement avant Zitadelle. Sur les idées reçues, Jean Lopez ne fait que reprendre ce qui a déjà été dit par d'autres -et encore pas complètement, puisque la compilation de sources secondaires n'est pas parfaite, comme le montre l'exemple du renseignement. Sur la place de la bataille dans le conflit, Lopez ne tranche pas immédiatement puisqu'il doit aligner 5 facteurs pour tenter de trouver celle-ci. Il conclut toutefois que la bataille est bien l'une des 3 ou 4 qui ont compté dans la défaite de l'Allemagne nazie : peut-être ne réfléchit-il pas assez (mais on peut le dire aussi du travail de Nicolas Pontic) sur la question de l'initiative. Les Allemands ont-ils vraiment reconquis l'initiative stratégique après le succès à Kharkov (où les pertes ont parfois été lourdes, notamment chez les Waffen-SS) ? Il ne faut pas oublier que l'Armée Rouge fait le choix de la défensive, et non de l'offensive : les choses auraient pu être bien différentes sinon.

    Nous sommes donc en présence de deux ouvrages bien différents : d'un côté, un compilateur qui prétend résumer pour le lecteur français les acquis de la recherche étrangère sur le sujet, mais qui n'est pas exhaustif sur les sources secondaires à défaut d'avoir consulté les sources primaires, et qui se place rapidement dans une posture de journaliste "briseur de mythes" déjà démontés par d'autres. De l'autre côté, une synthèse honnête, sans prétention, sans doute moins exhaustive, et qui a le mérite dans ses dernières lignes d'appeler à ce qui nous semble être la solution indispensable : qu'un historien fasse enfin une "histoire totale" de la bataille de Koursk. Car celle-ci attend plus que jamais son historien. Au néophyte, je conseillerai donc l'ouvrage de N. Pontic ; à ceux qui connaissent déjà un peu le sujet, l'ouvrage de J. Lopez ; mais quand on commence à connaître par soi-même le sujet, en épluchant la littérature secondaire et spécialisée, on aura vite fait de cerner les limites du propos de ce dernier.

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    Août 1945, entre l'attaque soviétique sur la Mandchourie déclenchée le 9 et la capitulation japonaise du 15. Dans le nord de la Chine, le sergent Yosugi (Toshiro Mifune) arrive dans une garnison isolée dirigée par le brutal capitaine Sakuma. Yosugi arrive alors que Sakuma fait fusiller un jeune lieutenant, accusé d'être le seul survivant de la garnison d'un petit fortin avancé dont tous les hommes auraient été tués. Yosugi s'élève contre l'exécution et frappe le capitaine. Jeté en prison, il en est sorti pour se voir confier une mission périlleuse : prendre la tête d'un détachement de 17 hommes, parmi lesquels les 14 membres de la fanfare, de jeunes recrues sans aucune expérience arrivées en même temps que lui, et 3 hommes jetés en prison, pour reprendre à la guérilla communiste le fortin perdu. Yosugi va devoir transformer ses hommes en soldat pour accomplir un tâche qui s'annonce suicidaire...

    Chi to suna est assurément un film à voir dans le cinéma de guerre japonais. Okamoto est lui-même un vétéran japonais de la Seconde Guerre mondiale, où il a servi dans l'aviation. Un tiers de sa filmographie ou presque est ainsi consacrée aux films de guerre. Il a connu son apogée dans les années 1960.





    Ce film est produit par Toshiro Mifune, l'acteur qui joue le rôle du sergent Yosugi. Le choix du lieu, le nord de la Chine (Mandchourie ?), indiqué dès le début du film, met déjà le spectateur dans l'ambiance, ainsi que la première séquence : on est parmi les troupes japonaises à la toute fin du conflit, harcelées par la guérilla communiste chinoise, aux confins de la "sphère de coprospérité"... Ce n'est que bien plus tard qu'un personnage annonce que l'on se trouve "2 ou 3 jours après l'invasion soviétique de la Mandchourie", soit autour du 11-12 août 1945.



    Le réalisateur parvient à un tour de force, certes centré sur Mifune, mais qui ne laisse aucun des personnages trop caricatural. Le sergent Yogusi est le sous-officier charismatique, qui transforme en soldats des novices : mais un lourd secret le motive dans sa tâche, qu'on ne découvre qu'à la toute fin du film. Sakuma, présenté de prime abord comme l'officier impitoyable, se révèle en fait plus partagé. Mais le fil de l'action repose sur la fanfare : les 14 jeunes Japonais passionnés de musique et qui n'ont jamais tiré un coup de feu, comme le montre la première séquence où ils jouent du jazz de Louis Armstrong en arrivant au fort, avant de se disperser au premier coup de feu de la guérilla. Okamoto, passionné de musique, joue sur les hommes de la fanfare, dont la camaraderie en musique, entretenue par le sergent Yosugi, va en faire de redoutables combattants.







    Le scénario suit un schéma assez classique, mais Okamoto, là encore, parvient à faire un grand film dans la réalisation. Le sergent teigneux prend la tête d'un groupe a priori incapable de remplir sa mission : mais avec un minimum d'entraînement (réaliste, cela se sent dans les scènes concernées) et une tactique bien pensée, le fortin est enlevé. L'astuce d'Okamoto est de se focaliser sur un petit groupe de soldats japonais, ce qui permet de bien travailler les séquences de combat, assez réalistes pour l'époque : la prise du fortin est un modèle du genre. Les vainqueurs ont ensuite à tenir leur prise contre la contre-offensive de la guérilla communiste, même si l'issue ne laisse pas de doute au fur et à mesure que passent les minutes. A noter que l'on devine plutôt qu'autre chose la qualité de l'adversaire : Okamoto mélange d'ailleurs guérilla et véritables troupes régulières, avec uniforme, côté chinois. Le traitement de l'ennemi peut paraître assez hors de propos avec ce que l'on sait désormais du comportement de la troupe japonaise pendant la guerre : le réalisateur ne montre ainsi qu'un seul prisonnier, non maltraité. De même, le bordel du fort et la prostituée qui suit en permanence Yosugi sont japonais, ce qui permet d'éviter les questions sensibles des "femmes de réconfort"étrangères... et pourtant, en présentant des soldats japonais qui ont déserté pour rejoindre la guérilla communiste, par la dose d'humour introduite avec le jazz et le comportement burlesque de certains soldats japonais, et par la désobéissance des hommes à la stricte discipline militaire, Okamoto semble vouloir réhabiliter quelque part les oubliés du conflit sino-japonais, les simples soldats et les Chinois eux-mêmes. D'ailleurs, ce combat pour un fortin perdu à la veille de la capitulation (cf la dernière scène), les Japonais subissant un siège alors que le gros de la garnison se replie sans eux, traduit une vision très négative de la guerre chez le réalisateur, probablement liée à son expérience du conflit.







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    Patrick Galliou est docteur en anglais et en histoire ancienne. Spécialiste du monde celte, en retraite depuis 2007 après avoir été professeur émérite de l'université de Bretagne-Ouest, il signe chez Lemme Edit/Illustoria ce court volume, comme toujours, sur les Bretons et Saxons des siècles obscurs.

    Le titre est trompeur car les trois quarts du livre, ou peu s'en faut, sont plutôt consacrés à l'évolution de la Bretagne romaine et ce qui peut expliquer l'abandon de l'île par Rome et l'apparition de nouvelles entités. Le recrutement de mercenaires saxons, leur soulèvement, l'arrivée de nouvelles vagues d'envahisseurs sur l'est de la Bretagne n'aboutit qu'à assimiler les Bretons à la culture des immigrants saxons, donnant naissance à une civilisation originale : telle est l'idée phare de l'auteur dans l'introduction.

    Le premier chapitre dresse le portrait de la Bretagne, conquête inachevée à la fin du IVème siècle. Conquise entre 43 et 83, la partie de la Bretagne dominée par Rome est prospère, et a des échanges avec les provinces continentales -Gaule surtout-, notamment en raison des besoins de l'armée. Mais le nord de la Bretagne, au-delà et même en-deçà du mur d'Hadrien, et même le pays de Galles, à l'ouest, n'ont jamais été vraiment romanisés. La Bretagne ne connaît pas de troubles sérieux jusqu'en 367 : la Tétrarchie et la première moitié du IVème siècle voient la richesse s'exprimer dans les villes, et les villas du sud et de l'ouest. La religion païenne est encore présente, le christianisme ne semble s'implanter que dans les villes et l'aristocratie rurale.

    Mais la Bretagne est progressivement abandonnée par Rome entre 380 et 420. La grande invasion, certes rebattue, de 367, a laissé des traces : le mur d'Hadrien n'est plus tenu par des garnisons, les Romains tentent d'installer des Etats tampons entre le mur et le sud-est. En 383, Maxime est le premier usurpateur à soulever les troupes de Bretagne et à passer sur le continent : une situation qui se répète jusqu'en 406, où Constantin III prend les troupes avec lui. En 410, c'est le fameux rescrit d'Honorius enjoignant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense. Les villes se contractent, les échanges deviennent locaux, le système monétaire romain disparaît, le christianisme continue sa progression.

    Peu de sources écrites, jusqu'à la victoire de Chester (615-616) évoquent la Bretagne privée de l'influence romaine. Les stèles constituent une source appréciable. On devine que les anciennes civitates se chargent de gouverner des territoires qui progressivement deviennent royaumes à la fin du Vème siècle. Ceux-ci apparaissent plutôt dans les régions les moins romanisées et une hiérarchie semble s'installer assez rapidement. Les villas romaines se transforment en résidences fortifiées : les petits dynastes locaux mènent leur guerre pour leur propre compte. Etonnament, ces sites, avec une activité artisanale réduite, témoignent de contacts avec l'Aquitaine et jusqu'à l'empire byzantin grâce à des traces archéologiques que l'on retrouve au sud et à l'ouest mais aussi en Irlande. Jusqu'à la fin du VIème siècle, la Bretagne est en contact avec le commerce méditerranéen. A la société romaine succède donc une société aristocratique, renforcée par l'Eglise.

    L'arrivée des Saxons change la donne. Pour P. Galliou, les Bretons se sont chargés dans un premier temps des Pictes et des Scots, déboulant de l'ouest et à travers le murs d'Hadrien. Vers 450, un dynaste breton, Vortigern, aurait fait appel à des Saxons, mercenaires, qui décident finalement de se tailler leur propre royaume. Cette migration, contrairement à ce que l'on a dit ensuite, reste limitée : quelques dizaines de milliers de personnes au plus, à partir de 450. Il est difficile, sauf à travers l'archéologie, de saisir les rapports entre Bretons et Saxons. Les Saxons restent longtemps païens, et les conflits Bretons-Saxons comme les guerres intesines sont multiples - pour P.Galliou, la figure d'Arthur n'est d'ailleurs qu'une création légendaire renvoyant à cette époque du "Dark Age" britannique.

    L'ensemble est complété par un lexique, une chronologie, une liste de lieux à visiter et une bibliographie. On n'oublie pas bien sûr le livret centrale de 16 pages en couleur, même si des cartes de situation sur la deuxième moitié du Vème siècle et le VIème siècle auraient été utiles. C'est que, comme je l'ai dit au début, l'auteur ne passe que peu de temps à évoquer l'arrivée des Saxons et leur installation en Bretagne, seul regret pour ce volume, lié aussi à un problème de taille, tout simplement.

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    Le major Thomas Egan (Ethan Hawke) est un ancien pilote de F-16 en Irak, mis au sol et reconverti dans le pilotage de drones MQ-9 Reaper à partir d'une base aérienne près de Las Vegas, au Nevada. Les Reaper sont utilisés pour frapper des cibles en Afghanistan et ailleurs dans le monde, là où les Etats-Unis mènent la "guerre contre la terreur". Respecté pour son calme et son sang-froid, Egan, en réalité, déteste sa nouvelle fonction ce qui n'est pas sans poser problème lorsqu'il revient à la maison, dans une banlieue suburbaine, pour retrouver sa femme et ses deux enfants...

    On a connu le réalisateur Andrew Niccol mieux inspiré (The Truman Show, en 1997 ; Lord of War en 2005). Le sujet promettait pourtant : l'utilisation des drones en situation de guerre et toutes les questions relatives à leur emploi.

    Malheureusement tout cela passe à la trappe. Le réalisateur préfère se concentrer sur le mal d'un vivre d'un pilote de chasse frustré de ne pas pouvoir voler et de piloter des drones, qui préfère se saoûler sur la route et chez lui plutôt que de s'occuper de sa femme et de ses enfants (qui font d'ailleurs plus décoration qu'autre chose dans le film). Le réalisateur n'échappe pas non plus à des poncifs quant à l'emploi des drones : la CIA est un modèle de cynisme face à l'exemplarité éthique de l'US Air Force ; les dialogues sont franchement mauvais ; le débat sur l'emploi des drones est réduit à sa plus simple expression. Plus gênant, l'emploi des drones est uniquement justifié par la barbarie de l'ennemi (résumée par la scène finale, en définitive) et le réalisateur a confondu les problèmes psychologiques de l'emploi des drones (qu'il a privilégiés) avec la question de leur emploi tout court (finalement peu et mal traité).







     Good Kill se cherche, du début à la fin. Le discours du colonel aux nouvelles recrues à propos des drones, au commencement du film, est aussi plat que le reste. Il n'apportera malheureusement pas grand chose au débat et aux questions sur l'emploi des drones...







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    Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

    Titre : La vérité avec le convoi.

    Durée : 16 minutes 9 secondes.

    Lieu(x) : aucun lieu n'est mentionné.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : dans la séquence 1, on reconnaît une pièce et des combattants vus dans la vidéo montrant la contre-offensive ratée de début mai au nord de Mossoul de la wilayat Ninive.

    La séquence 3 est composée d'images d'archives remontant à 2012-2013.

    Les 3 dernières séquences se déroulent en 2016.

    Type de vidéo : c'est une vidéo de pure propagande, l'EI utilise de vieilles archives et évoque surtout ses kamikazes.

    Découpage (séquences) :

    1 : 15" - 3'45", discours de Zarqawi, images de tirs.
    2 : 3'45" - 5'01", images de combats.
    3 : 5'01" - 11'45", camp au désert de 2012-2013.
    4 : 11'45" - 13'15", entraînement.
    5 : 13'15" - 13'49", discours d'un kamikaze.
    6 : 13'49" - 16'09"; kamikaze et images diverses.

    Forces attaquées/adversaires : armée irakienne.



    Effectifs engagés : une scène de groupe dans le camp du désert de la séquence 3 montre au moins 40 hommes. On en compte 25 dans une autre scène de la même séquence.




    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : la séquence 1 montre une mitrailleuse lourde KPV et une autre DSHK sur affût fixe dans des positions défensives. On voit aussi un tube de 23 mm AA modifié en arme de sniping. Un canon artisanal de gros calibre apparaît aussi. L'EI expédie aussi des roquettes de 122 mm avec des lance-roquettes artisanaux.











    Dans la séquence 2, on voit encore des lance-roquettes artisanaux (pour roquettes de 122). 

     

    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la séquence 1, on peut voir de nombreux technicals dont un avec KPV et un autre avec DSHK. Ce sont probablement des images d'archives. L'EI tire avec le fameux montage canon D-30 de 122 mm sur camion. Un char T-55 camouflé sous un filet est aussi utilisé. Un canon M198 Howitzer de 155mm est également utilisé. 








     

    Dans la séquence 2, une flotte de 5 technicals flambant neuf (4 Toyota Hilux avec DSHK, 1 avec KPV) est visible derrière une dizaine de combattants qui s'entraînent au tir.



    Kamikazes (identité) :

    1 : Abu Al Manzar al Jazrawi (Saoudien).

    2 : Abu Mas'ab al Maghrebi (Afrique du Nord ?).

    3 : Abu Al ali al Halabi (Syrien).

    4 : Abu Sayaf al Qassimi (Emirats Arabes Unis ?)

    5 : Abu Dajana al Jazrawi (Saoudien).

    6 : Abu Sa'ad al Danmarki (Danois).

    7 : Abu Naser Al Muhajir

    8 : Abu Abad Al Rahman Al Tunisi (Tunisien).

    9 : Abu Suleiman Al Jazrawi (Saoudien).

    10 : Abu Abad Al Rahman al Misri (Egyptien).

    11 : Abu Anas Al Ansari (Irakien). Il est dit dans le bandeau qu'il a réalisé son opération dans la wilayat al-Anbar.



    12 : Abu Hamin Al Basrai (Irakien). Il est précisé dans le bandeau qu'il a effectué son attaque dans la wilayat Kirkouk (peut-être sur le camion-citerne vu au début, avec blindage SLAT). C'est un homme âgé qui a d'ailleurs un texte à la main quand il parle pour la caméra.



    Véhicules kamikazes (types, impact) :

    1 : dans la séquence 1, camion-citerne avec blindage SLAT sur l'avant et les côtés (sans doute images d'archives).



    2 : Abu Dajana al Jazrawi pilote un mini-van Kia Motors. Il se jette contre un convoi de l'armée irakienne.

    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) - groupes de combat et leurs tactiques : dans la séquence 1, on peut voir un tireur sur PK et un autre sur SVD Dragunov.




    Dans la séquence 2, un groupe de combat d'une dizaine d'hommes, avec tireur RPG-7 (roquette antipersonnelle OG-7V) et pourvoyeur, et un tireur sur M-16 à lunette, est visible.

    Dans le camp au désert de la séquence 3, on voit une dizaine d'hommes à l'instruction sur PK et AK-47. Ce camp d'entraînement était dirigé d'après les bandeaux par Qurban Al Russi (Russe ?).



    Dans la séquence 4, un instructeur forme 15 hommes à l'emploi du M-16 (dont un à lunette ; tous les hommes en sont équipés). Des hommes démontent une mitrailleuse lourde KPV et chargent une DSHK. Ils s'entraînent au combat au corps-à-corps.





    Destructions de véhicules adverses : néant.

    Butin matériel : néant.

    Morts/prisonniers/blessés adverses : néant.

    Morts/blessés de l'EI : dans la séquence 2, un homme du groupe de combat est visiblement tué.

    Dans la séquence 6, l'EI montre 5 corps de ses combattants.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la wilayat suit la louange à Allah, sous-titré en anglais. Un nouvel effet visuel en 3D est appliqué.

    Dans la séquence 1, quand Zarqawi parle, on voit une classe de combattants à l'entraînement dans une salle. Ils regardent une vidéo et on aperçoit un écorché de M-4 et un autre d'AK-47 de part et d'autre de la pièce.



    Religion : au début de la séquence 1, Abou Musab al-Zarqawi prononce un discours audio. A noter que comme déjà vu dans certaines vidéos récentes, un portrait de lui s'affiche en bas à droite de l'écran quand un de ses discours audio est inséré.



    Dans la séquence 2, un combattant est filmé en prière.

    Dans la séquence 3 du camp au désert de 2012-2013, on entend Abu Muhamad Al Adnani. 2 des kamikazes (Syrien et Saoudien) sont filmés en train de parler à côté du Coran.



    Zarqawi parle encore dans la séquence 4.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo :

    1 : 2'31" - 3'27"Adajah
    2 : ?
    3 : ?
    4 : ?

    Commentaires particuliers : l'utilisation d'images d'archives anciennes, le peu d'images récentes à part les entraînements, et l'absence quasi totale de scènes de combat prouvent sans aucun doute que la wilayat Ninive est en difficulté, et n'a pas d'images d'opérations couronnées de succès à montrer.

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