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    Cet ouvrage collectif paru en 2003 rassemble un panel d'officiers américains (14) autour de l'étude d'exemples remarquables du combat urbain sur une période comprise entre 1938 et 1968. Le but est de présenter des cas précis de combats urbains et d'en tirer les leçons. Cela dans la perspective de guerres menées, de plus en plus, à l'intérieur des villes. Les deux auteurs qui ont assuré la direction de l'ouvrage rappellent d'ailleurs dans la préface que pendant la guerre froide, l'US Army avait prévu de mener nombre de combats urbains en cas d'invasion soviétique de la RFA. Et pourtant, la doctrine militaire américaine de cette époque peine à reconnaître le caractère parfois inévitable de tels affrontements, conseillant de l'éviter. Evidemment, la parution de cet ouvrage est liée aux attentats du 11 septembre 2001 et à la "guerre contre le terrorisme" menée par les Etats-Unis qui voient un renouveau des affrontements en ville. Le livre est d'ailleurs contemporain de l'invasion de l'Irak en 2003... le propos est donc américanocentré, et pas forcément dans le bon sens du terme.

    Comme souvent dans les ouvrages collectifs, les chapitres sont de qualité inégale. Le premier article consacré à la bataille de Tai-erh-Chuang, en Chine, en 1938, qui voit la défaite d'un corps japonais devant les nationalistes et qui met en lumière les failles de l'armée impériale, est desservi par l'absence de cartes. C'est dommage car le propos montre bien que les nationalistes chinois ont su faire preuve d'ingéniosité et de bravoure contrairement à une image trop répandue.




    L'article sur Stalingrad est très intéressant. L'auteur ne privilégie pas la dimension tactique uniquement et le côté allemand mais interroge aussi la performance soviétique et sa dimension opérative. La 62ème armée de Tchouïkov a parfaitement rempli le rôle qui était le sien en attirant les Allemands dans le combat de rues et en résistant jusqu'à la limite de céder, mais sans jamais rompre. Les Allemands ont sous-estimé la détermination de leur adversaire et n'ont pas compris que le facteur essentiel était le temps, non l'espace. Les Soviétiques ont mis en oeuvre des tactiques hors-normes par rapport à la guerre conventionnelle qu'ils pratiquaient. L'auteur montre le processus en trois phases : l'Armée Rouge fait preuve de sa détermination (exemple de la bataille du silo à grains), change ses tactiques pour passer à ce que les Allemands ont appelé la "Rattenkrieg", et gagne du temps en vue de la contre-offensive (combat dans l'usine Barricade). Trop confiante, la Wehrmacht n'a pas su comprendre qu'elle n'avait ni le temps ni les moyens de s'engluer dans la bataille urbaine de Stalingrad, et elle a failli. Malheureusement pas de cartes, là encore, même si la topographie de Stalingrad est plus familière, en général, pour le lecteur déjà intéressé. C'est tout de même l'article le plus percutant de l'ensemble, sans doute, sur un sujet pourtant éculé.

    L'article sur le soulèvement de Varsovie en août 1944 est mis en avant par l'auteur comme un exemple précoce d'affrontement entre une insurrection et une armée conventionnelle. La durée des combats malgré l'ampleur de la répression allemande s'explique selon lui par le moral très élevé des Polonais, la création d'une structure clandestine éprouvée et à l'incapacité initiale des Allemands à faire face au combat urbain, malgré l'expérience l'année précédente du ghetto de Varsovie. C'est ainsi que la Wehrmacht ne pense pas au départ que les insurgés puissent utiliser le réseau des égoûts. Elle y laisse au total quelques 20 000 hommes.

    L'article sur la bataille d'Arnhem est sans doute l'un des plus originaux de l'ensemble, en insistant sur la problématique du combat de rues mené par les forces aéroportées. Il met en lumière l'inadéquation entre ce type de combats et les carences en moyens blindés, en renseignement, en reconnaissance et en rapidité d'exécution rencontrées par les Britanniques. Le commandement et les communications sont également fondamentales, or ici ces deux aspects ont fait défaut, tout comme le ravitaillement et la présence d'armes antichars en nombre.
     
    L'article suivant porte sur la bataille de Troyes, en 1944, un épisode méconnu de la poursuite en France à l'été 1944 et qui implique la 4th US Armored Division,qui cherche à s'emparer des ponts sur la Seine. En fait, l'essentiel des combats a  lieu à l'extérieur de la ville, les Allemands n'ayant pas suffisamment organisé la défense à l'intérieur. En conséquence, les atouts américains jouent à plein.

    L'article sur la bataille de Budapest (1944-1945) est assez bon et parvient aussi à faire la part des choses entre Allemands et Soviétiques. A la fin, on trouve une conclusion qui fait un parallèle intéressant avec le soulèvement de 1956, dans lequel prennent part d'ailleurs des vétérans du siège de la Seconde Guerre mondiale des deux côtés.

    J'ai déjà utilisé l'article sur la bataille d'Aschaffenbourg dans un billet précédent, pour le supplément de mon propre écrit paru dans Batailles et Blindés n°53, je n'y reviens pas. En revanche il me semble que l'auteur surestime quelque peu la performance des Américains et sous-estime au contraire le caractère acharné de la résistance allemande. 

    L'article sur la bataille de Manille (1945) est manifestement trop court et dépourvu de cartes utiles. Il met en revanche l'accent sur le rôle central de l'infanterie, la combinaison des armes également employée par les Américains dans le Pacifique et l'importance du soutien de feu.

    De la même façon, l'article sur la bataille de Berlin (1945) laisse un goût d'inachevé, bien qu'il soit plus conséquent. On aurait souhaité davantage de considérations sur les tactiques utilisées, en particulier du côté soviétique, et moins le récit de la bataille elle-même. 

    La période post-Seconde Guerre mondiale commence par un article sur la bataille de Jaffa (1948) conduite par l'Irgoun contre les Arabes et l'armée britannique. Ou comment une force inférieure en nombre et en matériel domine le combat urbain grâce à la combinaison des armes, l'innovation tactique, le commandement fractionné en très petites unités, le tout conduit par un acteur non-étatique.

    L'article sur la bataille de Séoul (1950) est intéressant en ce sens qu'il évoque un affrontement complètement passé à la trappe au profit du débarquement à Inchon et de la poursuite menée en Corée du Nord. Elle met pourtant en exergue de nombreuses leçons toujours valables dans les conflits contemporains.

    L'étude sur la bataille de Hué (1968) est équilibrée entre récit et analyse, mais se focalise uniquement sur les Américains et négligent grandement les Sud-Viêtnamiens, vus de manière presque caricaturale, tandis que la deuxième partie n'inclue pas les Nord-Viêtnamiens et le Viêtcong. En revanche l'auteur souligne les problèmes liés au commandement, au renseignement, à la manoeuvre, à l'utilisation des feux et à la logistique, notamment, qu'ont rencontré les Américains.

    Le dernier article très court sur l'emploi de chars M48A3 Patton des Marines à Da Nang-Hoi An pendant l'offensive du Têt aurait mérité d'être regroupé avec celui sur Hué, car il n'apporte pas grand chose en soi.

    L'article de synthèse consacré à l'évolution de la doctrine du combat urbain dans l'armée américaine montre bien que le changement décisif a lieu en 1944 : c'est seulement à partir de cette année-là que les manuels de campagne commencent à donner des conseils sur ce type de combat, notamment pour l'utilisation des blindés et des appuis. La doctrine est certes révisée après la bataille de Séoul, en 1952, mais ne change pas fondamentalement jusqu'au Têt, dont les leçons sont intégrées dans un manuel de 1970, puis en 1976, en lien avec la nouvelle stratégie dite Active Defense en Europe.

    La conclusion tente de tirer des leçons générales de tous les exemples évoqués : combat facilité par la familiarité avec les villes, importance des chars et armes antichars portables, utilisation des armes antiaériennes en combat urbain, appui-feu de l'artillerie et de l'aviation, manoeuvre en trois dimensions, nécessité de pousser la combinaison des armes au plus petit échelon possible (section voir escouade), importance de la logistique et du commandement. Mais au final, les combats urbains ne se ressemblent pas vraiment, chacun gardant ses caractéristiques propres.

    Un ouvrage inégal, au final,desservi par le manque de cartes et d'illustrations (les bibliographies sont données dans les note à la fin de chaque article), où l'on prendra le meilleur pour négliger le reste.


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  • 02/04/13--12:03: Merci à Electrosphère
  • Merci à l'allié Electrosphère (alias Charles Bwele) qui a eu la gentillesse de reprendre mon dernier billet pour la chronique histoire de l'Alliance Géostratégique consacré aux guerres du Tchad (1978-1987).

    Et sous l'angle que j'attendais, à savoir en lien avec les conflits récents que sont la guerre civile en Libye (qui au départ m'avait inspiré ce sujet) et aujourd'hui l'opération Serval. Car le rezzou tchadien a certaines similitudes avec le conflit en cours, même si le contexte et les forces armées sont différents.

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    Et encore un des "oldies" de ma collection avec ce numéro des hors-série du Fana de l'aviation, consacré à l'opération Barbarossa, "victoire en trompe-l'oeil" comme le mentionne le sous-titre. Comme souvent avec ces hors-série, il s'agit de l'adaptation ou de la reprise d'un ouvrage, ici celui de Miroslav Morozov, traduit pour l'occasion, agrémenté de témoignages piochés sur le fameux site Iremember.ru.

    Même si cette traduction ne cite malheureusement pas ses sources, ce numéro est très intéressant, ne serait-ce que parce qu'il s'intéresse très largement au côté soviétique. L'auteur rappelle dès l'introduction que l'Allemagne n'avait pas les moyens de remporter la guerre d'attrition qu'elle avait engagée contre l'URSS. En outre, paradoxalement, la dimension aérienne de Barbarossa, hormis le carnage au sol des appareils russes, est généralement peu traitée (cf mon récent commentaire sur l'ouvrage de Glantz) tout simplement parce que la Luftwaffe et les VVS sont conçues comme des armes d'appui au sol, en appoint des forces terrestres, et que souvent elles ne font que se croiser au-dessus du champ de bataille. Pour son analyse, Morozov s'appuie sur les archives et les ouvrages officiels soviétiques et allemands.

    Dans un première partie, il montre comment la force aérienne soviétique, sans doute la plus importante du monde par les effectifs, est privée d'efficacité par les purges staliniennes et des carences techniques (manque de radios, de caméras). En outre, l'arme aérienne n'a pas l'autonomie de décision ; les régiments sont basés sur un même terrain au déclenchement de Barbarossa, offrant des cibles massives aux frappes allemandes ; enfin, les matériels sont en train d'être remplacés par une génération d'avions plus modernes, en particulier après le choc de la guerre contre la Finlande. Les bombes employées sont cependant trop petites et les VVS ne peuvent former suffisamment de pilotes pour manoeuvrer tous leurs appareils. Les contraintes politiques réduisent l'entraînement. Le plan soviétique est décalé pour rapport aux capacités réelles de l'aviation et Staline s'est laissé intoxiquer par les Allemands en ce qui concerne les possibilités de l'industrie aéronautique allemandes, que les nazis gonflent volontairement. Or la Luftwaffe, formidable arme d'appui tactique autonome, est adaptée à une guerre courte : bien que mieux armée et plus expérimentée au déclenchement de Barbarossa, elle met à peine plus d'avions en ligne que lors de la bataille d'Angleterre et moins que pendant la campagne de France. Elle bénéficie certes de l'appoint des alliés finlandais et roumains. Mais elle a sous-estimé d'une part l'effectif total des VVS, et la capacité de production de l'industrie soviétique ; d'autre part, elle ignore le rééquipement en cours, tout en partageant le préjugé raciste sur l'effondrement rapide d'un peuple slave dégénéré, sans parler du souvenir de l'armée tsariste de la Première Guerre mondiale.

    La deuxième partie expose la bataille aux frontières au début de Barbarossa. Si le succès est foudroyant au centre, au nord, la Luftflotte 1 a certes détruit les unités de première ligne mais se retrouve en infériorité numérique devant les réserves du front Nord et de la flotte de la Baltique. Même situation sur le flanc sud où la Luftflotte 4 se trouve temporairement inférieure en nombre aux VVS. Dans la région militaire d'Odessa, les VVS ont même moitié plus d'appareils. Mais leur utilisation n'est pas bonne, entraînant de lourdes pertes. Au 10 juillet, elles ont perdu 5 000 avions (la moitié des pertes de 1941) dont 60 à 65% détruits au sol. Et pourtant, avec les réserves, les VVS sont capables de mettre en ligne autant d'appareils à cette date, soit plus que les Allemands ! Et tous les équipages n'ont pas été perdus. La Luftwaffe perd dans le même temps un millier d'avions, ce qui n'est pas rien, dont 78 le premier jour, taux jamais atteint jusque là. 12 Experten tombent aussi entre le 22 juin et le 10 juillet.

    La troisième partie détaille la poussée sur Léningrad et Moscou. Au nord, l'aviation soviétique, au prix de terribles pertes, se jette littéralement sur les Allemands, dépassés en nombre, et qui sont obligés de prélever des unités à la Luftflotte2 au centre pour renforcer la Luftflotte 1. Au centre, les VVS se montrent moins efficaces notamment en raison d'énormes problèmes de coordination avec les forces terrestres. Même constat au sud où les pertes sont très lourdes, en particulier pendant la bataille d'encerclement titanesque autour de Kiev.


     


    La quatrième partie s'intéresse aux évolutions des deux forces aériennes pendant Barbarossa. Si les pertes soviétiques sont colossales, l'industrie parvient à compenser les pertes pour moitié. Et 4 830 appareils sur les 7 300 produits sont de la nouvelle génération (LaGG-3, MiG-3, Yak-1, Il-2, Pe-2). Point méconnu, les Soviétiques déploient de grands efforts dans la récupération et la remise en état des avions endommagés. A l'automne, le déménagement dans l'urgence des usines de production entraîne un tassement des livraisons, mais qui n'est que provisoire. En raison des pertes, les structures sont réorganisées et la taille des unités est réduite. Des groupes aériens de réserve sont formés pour être engagés dans les secteurs critiques. Côté allemand, l'industrie ne suit pas : paradoxalement, après avoir écrasé au sol une bonne partie de VVS, de nombreuses escadres allemandes doivent être retirées du front pour être reconstruites à l'arrière ! A la veille de l'offensive sur Moscou, les moyens manquent donc cruellement à la Luftwaffe.

    Les cinquième et sixième parties présentent justement l'ultime poussée allemande sur Moscou. Ce n'est pas seulement le froid qui arrête les Allemands : les VVS opèrent plus près de leurs bases en dur, certes, mais elles ont aussi acquis la supériorité aérienne. On retrouve la même situation sur le front nord au moment de la contre-offensive à Tikhvineet sur le front sud, pendant la contre-offensive de Rostov. 




    La septième et dernière partie examine les batailles périphériques. Dans la région de Mourmansket en Carélie, les VVS conservent la supériorité numérique mais ne sont pas forcément plus efficaces que la Luftwaffe ou son alliée finlandaise, malgré l'apport du Prêt-Bail et des Hurricanes britanniques. Les Allemands, en revanche, obtiennent facilement la supériorité aérienne au-dessus de la mer Baltique et interdisent les mouvements de la flotte de surface soviétique par la pose de mines. Au sud, les VVS montent des raids contre la Roumanie et sont constamment présentes au-dessus des Allemands à Odessa, en Crimée, à bastopol. La Luftwaffe attaque Moscou de manière trop décousue et dispersée pour être efficace et le constat est le même en ce qui concerne les raids soviétiques sur Berlin. 

    En conclusion, l'auteur évoque les pertes subies par les deux camps : près de 18 000 avions perdus côté soviétique contre 2 500 pour les Allemands et leurs alliés... mais pour les VVS, "seuls" 6 à 6 500 appareils sont détruits en l'air ,et pas seulement en combat aérien. La Luftwaffe n'a cependant pas été capable de venir à bout de l'énorme potentiel soviétique en raison de la faiblesse de ses moyens. La piètre performance russe est avant tout liée aux problèmes des transmissions, car les VVS sont très actives et la détermination ne manque pas, comme le montrent les abordages en l'air (taran). Dès octobre 1941, laLuftwaffe n'a tout simplement plus assez d'avions pour soutenir les trois axes de progression. Et les VVS entament une réorganisation qui va commencer à produire ses effets dès 1942 en termes d'efficacité. Six mois après le déclenchement de Barbarossa, on pourrait presque dire que l'Allemagne avait déjà perdu la guerre aérienne.

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    Relire un manuel universitaire de temps à autre ne peut pas faire de mal. Celui-ci, consacré à l'histoire de l'Allemagne de sa naissance jusqu'à nos jours (1999 en l'occurrence, date de cette édition) est de la plume de l'inséparable tandem Serge Bernstein-Pierre Milza, dont les manuels ont accompagné nombre d'étudiants en histoire contemporaine.

    Cette sixième édition (depuis la parution originale en 1971) est cependant très inégale. Si une première partie consacrée à la naissance de l'Allemagne, au IIème Reich jusqu'à la Première Guerre mondiale et à la République de Weimar (excellente synthèse à lire, qui recouvre 5 chapitres, sans doute la meilleure partie du livre), se signale par sa qualité, en revanche on peut constater certains manques dans les périodes ultérieures.

    Sur la période nazie, on regrette ainsi une bibliographie datée qui ne fait pas place à certains aspects (système concentrationnaire notamment). En outre, les quatre derniers chapitres (qui couvrent la période allant de 1970 à 1998) sont particulièrement denses et ne comprennent pas les documents et autres biographies qui complètent la lecture. On a donc l'impression, comme souvent avec ces deux auteurs, d'une réédition qui laisse quelque peu sur sa faim.

    L'ouvrage est donc utile pour s'initier à l'histoire de l'Allemagne contemporaine, mais il faudra le compléter avec des travaux plus récents et plus érudits.

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    ... et de deux ! Après l'allié Electrosphère, c'est au tour de Rémy Porte d'avoir eu la gentillesse de mentionner mon article sur les guerres au Tchad sur son blog Guerres et conflits. Merci à lui ! Cela fait toujours plaisir d'avoir des commentaires sur son travail, en bien comme ici, ou en mal pour s'améliorer si besoin.

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    Merci à Yann, encore une fois, pour cet envoi. Le numéro 3 du hors-série de Ligne de front, une fois n'est pas coutume, est consacré, début 2008, au pacte de Varsovie. Sujet à ranger malheureusement dans la catégorie de ceux qui ne font pas vendre et sont donc rarement traités dans la presse spécialisée.

    Le texte, signé dans sa quasi intégralité par Vincent Bernard, du blog Le Cliophage, commence par un historique de l'organisation et de son évolution. Avant d'aligner jusqu'à 180 000 (!) véhicules blindés et de représenter la première force militaire du monde à quelques années de sa disparition, le pacte de Varsovie est d'abord une réponse à la création de la RFA puis de l'OTAN dans le cadre de la guerre froide. Il faudra néanmoins une dizaine d'années, à partir de 1955, pour en faire un outil de combat viable pour la puissance continentale qu'est l'URSS -la supériorité navale étant plus ou moins abandonnée à l'US Navy. Le pacte de Varsovie connaît aussi les soubresauts du bloc de l'Est : après la répression en Hongrie en 1956 et celle à Prague en 1968, l'ère Brejnev marque cependant un assouplissement de la domination soviétique au sein de l'organisation, les pays frères ayant désormais un peu plus voix au chapitre. C'est ainsi que le pacte de Varsovie, paradoxalement, atteint son apogée entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, à la veille de l'effondrement du bloc de l'est.


     


    La deuxième partie détaille l'organisation et la stratégie du pacte de Varsovie. Côté soviétique, la guerre est alors vue comme une matière scientifique. Mais le pacte est avant tout un outil politique de domination de Moscou sur les pays satellites. Les exercices combinés ne commencent d'ailleurs que dans les années 1960. Chaque théâtre d'opérations est divisé en fronts, eux-mêmes comprenant des armées blindées. Les forces sont réparties en trois échelons successifs (RDA, frontières de l'URSS et intérieur de l'URSS) de façon à épuiser le dispositif adverse par l'engagement de réserves. Le déploiement en Europe de l'Est varie en fonction des aléas soviétiques et le matériel le plus moderne n'y est pas installé, par crainte de l'espionnage, avant les années 1960. La doctrine soviétique reste articulée autour de l'offensive, les exercices reprenant d'ailleurs souvent le thème de la "contre-offensive" après une attaque initiale de l'OTAN. Cette partie se conclue par des tableaux présentant les effectifs du pacte de Varsovie.


     


    La troisième partie s'intéresse au coeur du pacte de Varsovie, la force blindée et mécanisée. L'industrie soviétique, au prix d'immenses sacrifices dans d'autres domaines, atteint sous Brejnev des chiffres de production qui donnent le vertige : 10 000 véhicules blindés sortent chaque année des usines vers 1980. Parmi les véhicules, ceux de reconnaissance reçoivent une attention toute particulière. Le char reste cependant au coeur du dispositif soviétique : l'Armée Rouge en aligne 55 000 en 1991 ! Trois générations se succèdent pendant la guerre froide. La première est héritée des blindés de la Seconde Guerre mondiale, T-34/85, chars JS et KV. La deuxième marque une transition vers le Main Battle Tank, avec les T-54/55 puis le T-62. Le summum est atteint avec les T-72 et T-80, ce dernier étant considéré parfois comme supérieur aux premières versions du M-1 Abrams américain. Contrairement à ce qui s'était passé pendant la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques cherchent rapidement à mécaniser leur infanterie pour accompagner les chars. D'où les gammes massives de véhicules BTR puis BMP -plus de 60 000 véhicules de transport de troupes en 1980. L'Armée Rouge développe également à partir des années 1970 une artillerie automotrice de qualité avec les 2S1 et 2S3, notamment. Pour contrer la supériorité aérienne occidentale, la DCA est renforcée par des automoteurs comme les ZSU 23./4 et une pléthore de SAM lourds mobiles et de MANPADS. Enfin, les troupes aéroportées ne sont pas oubliés et reçoivent des véhicules blindés, ASU-57 puis ASU-85 avant les BMD. La partie se poursuit par une revue des pays satellites et de leurs forces armées. La NVA et l'armée polonaise sont sans doute les piliers les plus puissants du pacte de Varsovie, tout comme l'armée tchécoslovaque du moins jusqu'en 1968. Les autres contingents ne sont que des forces d'appoint : Roumanie, Hongrie, Bulgarie, Albanie (jusqu'à la rupture de 1968).





    Dans une quatrième partie, Vincent Bernard revient sur les plans d'opérations du pacte de Varsovie. Ces plans sont en fait encore mal connus, les archives n'ayant guère livré leurs secrets. Cependant, le pacte de Varsovie reste axé sur l'offensive, en prenant l'initiative (et en la gardant), en préparant soigneusement l'attaque, bâtie sur une percée mécanisée foudroyante reposant sur la concentration massives des forces sur quelques points clés, et en particulier sur le Groupe de Forces Ouest basé en RDA. Vincent Bernard fournit à nouveau le fameux plan tchécoslovaque de 1964 qui avait déjà été présenté dans un numéro de Batailles et Blindés (8).

    La cinquième partie présente l'insurrection hongroise de 1956 et sa répression, une année à peine après la création du pacte de Varsovie. On ne peut que regretter d'ailleurs la brièveté du propos qui tient en quelques pages. Le chapitre est suivi d'un album photo avec des illlustrations en couleur de matériels du pacte de Varsovie.

    Jean-Jacques Cécile conclut ce hors-série par une courte présentation des Spetsnaz, sur lesquels planent encore beaucoup d'ombre malgré la fin de la guerre froide. Ils ont été conçus pour mener des actions directes et pour le renseignement. L'auteur reconnaît d'ailleurs lui-même que beaucoup reste à écrire sur le sujet. 

    Au final, un travail imposant et très intéressant, qui n'épuise pas le sujet mais qui est une bonne entame sur la question. On peut déplorer peut-être que les sources, qui apparaissent au détour des notes ou des tableaux statistiques présentés, n'aient pas été regroupées dans un encadré en fin de volume. 

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    Daniel Hervouët, contrôleur général des armées et auteur de thrillers, est l'invité du 22ème numéro des Cafés Stratégiques. Ce sera jeudi prochain, 14 février, au Concorde, de 19h à 21h. Venez nombreux !

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    ...eh oui, ce petit effort a été reconnu puisque les éditions Caraktère m'ont fait le plaisir d'intégrer le supplément que je mets régulièrement en ligne ici-même gratuitement en plus de l'article publié sur le site de Batailles et Blindés ! Pour le n°53 et la bataille d'Aschaffenbourg, on peut le voir ici.

    Merci à Adrien, des éditions Caraktère !

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    Edward G. Longacre est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages et d'une centaine d'articles sur la guerre de Sécession. Il est devenu l'un des spécialistes du rôle de la cavalerie et en particulier de celle de l'Union pendant le conflit. Il a notamment conseillé l'acteur Sam Elliott qui interprète le rôle du général Buford -dont il a écrit une biographie- dans le film Gettysburg (1993).

    Ce livre-ci évoque la brigade de cavalerie du Michigan, une composante de l'armée nordiste formée à l'été 1863 par regroupement des 1st, 5th, 6th et 7th Michigan Volunteer Cavalry Regiments. La brigade se couvre de gloire pendant les deux dernières années de la guerre de Sécession mais cette gloire a un prix : avec 425 tués au combat, l'unité a l'insigne privilège d'être la formation de cavalerie ayant le plus souffert des deux camps durant le conflit. Cette brigade utilise des fusils ou carabines à répétition, notamment les Spencer; toujours en pointe des combats sur le théâtre des opérations de l'est, elle est commandée la plupart du temps par Custer, le cavalier le plus flamboyant du conflit après JEB Stuart. Le 1st Michigan a déjà fait ses preuves avant la formation de la brigade, dès les débuts de la guerre, et il est renommé en particulier pour ses charges sabre au clair. Les 5th et 6th Michigan, créés à l'automne 1862 et équipés d'armes à répétition, complètent le 1st en combattant à pied. Le 7th Michigan, l'élément le plus jeune, formé pendant l'hiver 1862-1863 et en sous-effectifs jusqu'à Gettysburg, est employé quant à lui dans les charges montées mais peut aussi combattre à pied. Prenant part à toutes les batailles de la guerre de 1863 à 1865 à l'est, la brigade du Michigan n'est pas démobilisée à la fin de la guerre de Sécession : elle est envoyée jusqu'en mars 1866 combattre les Indiens dans les territoires du Nebraska, du Colorado, du Dakota et de l'Utah


     


    Le récit de Longacre se concentre véritablement sur le parcours des différents régiments de la brigade du Michigan et ne fait pas la part trop belle à Custer. L'historien montre ainsi comment le 1st Michigan tient la dragée haute àStonewall Jackson dans la vallée de la Shenandoah dès l'été 1862, subissant aussi des revers. L'unité manque même, à une reprise, de capturer JEB Stuart ! Avec ses quatre régiments, la brigade doit aussi affronter un jeu de cache-cache mortel imposé par les partisans Rangers de Mosby. Pendant la campagne de Gettysburg, Custer et sa brigade se distinguent en se montrant aussi efficaces que la cavalerie confédérée, qui jusque là bénéficiait d'une réputation de supériorité contre son homologue nordiste. On le voit déjà lors de l'engagement d'Hanover du 30 juin 1863. Le 3 juillet, pendant la charge de Pickett, Custer bloque la progression de Stuart en parallèle du combat d'infanterie. Avec Grant à la tête de l'armée du Potomac et Sheridan menant la cavalerie, la brigade du Michigan devient le fer de lance de l'offensive nordiste de 1864-1865 à l'est. C'est un cavalier du Michigan qui abat JEB Stuart lors d'un engagement de grande envergure avec la cavalerie confédérée à Yellow Tavern, le 11 mai 1864. Progressivement surclassée, la cavalerie confédérée n'en reste pas moins mordante et parvient même à encercle -déjà- la brigade de Custer à Trevilian Station, le 11 juin 1864, bien que la situation se rétablisse vite pour les Nordistes. La brigade revient aussi dans la vallée de la Shenandoah pour affronter l'armée confédérée du général Jubal Early. Elle mène une politique de terreur et de terre brûlée pour briser la base des Sudistes dans cette vallée ce qui entraîne par contrecoup une guerre inexpiable avec les partisans de Mosby, vieil adversaire des tuniques bleues. La brigade participe aussi aux dernières manoeuvres de la guerre et contribue à acculer Lee à la reddition à Appomatox, recevant d'ailleurs le plénipotentiaire sudiste porteur de la demande. Enfin, elle est envoyée combattre les Indiens dans les Grandes Plaines jusqu'à sa dissolution.




    Le livre est intéressant pour quelqu'un comme moi qui découvre le sujet, mais l'on peut souligner que le propos est très descriptif et manque peut-être un peu d'analyse (pourquoi et comment la cavalerie nordiste prend-elle l'ascendant sur son adversaire confédérée). Le discours est aussi desservi par l'absence de cartes utiles : il y en a, mais soit ce sont des cartes générales sur une région particulière (Shenandoah), soit elles ne montrent pas réellement les mouvements de troupes, les manoeuvres et leurs résultats lors des principaux engagement (carte de la bataille d'Hanover, par exemple, p.136 : les forces en présence au début de la bataille et c'est tout).

    A noter, parallèlement, l'interview de David Cornut, auteur du livre français de référence sur Little Big Horn et Custer, par Rémy Porte, ce même jour, sur Guerres et conflits : coïncidence bienvenue !

     

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    Pierre Briant, historien français, est le spécialiste incontournable de l'empire perse achéménide, mis à genoux par Alexandre le Grand, qu'il a remis à l'honneur, notamment par une Histoire de l'empire perse et par une biographie du dernier empereur, Darius III. Ce petit volume de la collection Découvertes Gallimard s'attache quant à lui à présenter l'adversaire, Alexandre le Grand. Il s'agit d'une réédition d'un ouvrage initialement paru en 1987.

    La démarche est clairement celle de la vulgarisation, ainsi que le veut la collection. Le premier chapitre rappelle ainsi les jalons de l'affrontement entre la Grèce et la Perse jusqu'à l'expédition du conquérant macédonien. On peut toutefois regretter que les hypothèses sur l'assassinat de Philippe II de Macédoine ne soient pas évoquées. En outre, dans la présentation de l'empire perse, l'une des cartes (p.29) comprend encore la mention de l'URSS (sic)...

    Dans le deuxième chapitre, Pierre Briant évoque les débuts de la conquête jusqu'à l'entrée en Egypte. Le troisième chapitre revient quant à lui sur la conquête des grandes capitales de l'empire perse. Bizarrement, l'incendie de Persépolis est passé à la trappe. Dans le quatrième chapitre, l'historien passe en revue la mort de Darius, formidable aubaine politique pour Alexandre, puis l'entrée en Bactriane et en Sogdiane à la poursuite des meurtriers du Grand Roi, ainsi que la mort de Kleitos des mains mêmes du conquérant macédonien. 


     


    Le cinquième chapitre s'intéresse à la poussée jusqu'en Inde et au golfe Persique, de la bataille contre le Poros jusqu'au refus des soldats d'Alexandre de continuer plus loin. Pierre Briant insiste en particulier sur les difficultés du retour, la résistance des Malliens (Alexandre étant gravement blessé) et les problèmes logistiques qui aboutissent au désastre du désert de Gédrosie, tandis que Néarque mène sa mission d'exploration, non sans mal d'ailleurs. Le sixième et dernier chapitre traite des dernières années d'Alexandre, qui reprend en main les conquêtes et renforce la politique de collaboration avec les élites perses, ce qui ne présuppose pas une volonté de fusion ou de mise sur un pied d'égalité pour Pierre Briant. Avant sa mort, Alexandre semble préparer une expédition contre l'Arabie. Il meurt de la malaria en juin 323 sans avoir eu le temps de mener ce projet à bien. Dernier des Achéménides, selon l'historien, Alexandre a bâti un empire fragile. Ses successeurs se déchirent et restent essentiellement des souverains grecs, tandis qu'en Iran et au-delà, le vernis héllène se fracture rapidement.

    Dans la section Témoignages et Documents, on lira en particulier ceux consacrés à Alexandre au moment de l'époque coloniale, ainsi que ceux dédiés aux débats provoqués par les questions politiques (autour du film d'Oliver Stone, par exemple). Au final, on a là une introduction sur le conquérant macédonien qui souffre visiblement de n'avoir pas été suffisamment mise à jour pour le corps de texte (ce qui n'est pas vrai dans la section Témoignages et Documents) et dont la bibliographie indicative, déjà courte, comprend surtout des ouvrages de... Pierre Briant. Certes, l'historien est spécialiste de l'empire perse, mais l'on aurait souhaité plus de de références sur la Macédoine, sur Alexandre et la conquête. A compléter par de savantes lectures, donc.


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    Le n°11 de Guerres et Histoire sera disponible en maison de la presse et kiosque vendredi prochain, 15 février. Après un détour par le Moyen Age lors du numéro 10, le magazine revient à la Seconde Guerre mondiale pour le dossier consacré à la bataille de Stalingrad, intitulé "nouvelle vision d'une bataille mythique". Plus précisément, ce dossier semble se focaliser sur la contre-offensive soviétique et le renouveau de l'Armée Rouge, avec ses forces et ses faiblesses, tout en englobant la bataille dans l'ensemble des contre-offensives prévues pendant l'hiver 1942-1943 -et l'opération Mars en particulier. On attend de voir pour juger sur pièce.

    Egalement au menu de ce numéro 11, l'interview d'un chirurgien présent à Dien Bien Phu, un article sur les janissaires, des photos sur le conflit pakistanais de 1971, un article sur l'invasion manquée du Japon par les Mongols en 1281, un article sur les chants militaires, un autre sur la bataille d'Hydaspes d'Alexandre le Grand, et les chroniques habituelles.


     






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    Petit tour d'horizon du dernier numéro de Batailles et Blindés auquel j'ai à nouveau contribué par l'article sur la bataille d'Aschaffenbourg. Encore une fois, la qualité est au rendez-vous. La revue-mère des éditions Caraktère maintient un niveau assez élevé depuis un certain temps maintenant (au moins depuis les n°47-48, de mémoire).

    - le blindorama d'Alexandre Thers est consacré aux blindés en Yougoslavie, entre 1930 et 1945. A noter l'évocation des blindés récupérés par les Allemands ou les partisans et des tankistes de Tito formés par les Britanniques ou l'URSS. A noter que sur le forum Des colleurs de plastique, un lecteur signale qu'il n'y aurait pas eu de NC1 en Yougoslavie ( profil p.5) et apporte des précisions sur les engagements de 1941 en citant deux ouvrages. D'où l'intérêt de citer ses sources !







    - Albert Grandolini, spécialiste des blindés de la guerre du Viêtnam, offre la deuxième partie de l'étude de la campagne finale du Nord contre le Sud, en 1974-1975. Le récit est ici consacré à l'offensive sur les Hauts-Plateaux (Ban Me Thuot) et à la progression dans la zone tactique du Ier corps, qui mène à la chute de Hué et Da Nang. Outre le luxe de détails et de précisions, en particulier sur le côté nord-viêtnamien, on retrouve avec intérêt l'épisode du "convoi des larmes". Le tout muni d'une solide bibliographie, dont une partie en viêtnamien, que j'aimerai lire moi-même !




    - le dossier de Jean-Philippe Mavournelqui fait la couverture est consacré au baptême du feu de la Hitlerjugend en Normandie. Sujet classique, mais heureusement correctement traité : la bibliographie indicative présente en fin d'article ne peut laisser aucun doute là-dessus. L'auteur rappelle d'ailleurs les crimes commis par la 12. SS-Panzerdivision en Belgique, puis à Ascq. Enfin, si les jeunes SS parviennent à bloquer la progression des Canadiens dans les premiers jours consécutifs au débarquement en Normandie, les combats prennent rapidement un caractère inexpiable, aucun camp ne faisant de prisonniers, après un premier massacre qui, notons-le quand même, est commis par les Allemands. 





    - les chroniques africaines reviennent sur la période de février-mars 1943, marquée en particulier par les premiers engagements malheureux des Américains contre la Wehrmacht, à Kasserine et dans la région. Des encadrés intéressants à lire sur El Guettar et la légion arabe. Et comme de coutume, des photos de véhicules atypiques.

    - on a droit ensuite à un témoignage d'un Wikinger, Ralf Eggers, qui sert dans une batterie de Flak de la 5. SS-Panzerdivision et qui sort vivant du chaudron de Tcherkassy. Outre que, personnellement, je me lasse un peu de ces témoignages d'anciens SS, il me semble que cette section du magazine gagnerait à les remettre en contexte, à chaque fois, par une introduction générale en début d'article et par un commentaire critique à la fin. Un peu à la sauce Guerres et Histoire qui, pour le coup, fait oeuvre utile, mais 2ème Guerre Mondiale l'a aussi fait dans certains dossiers. Car ici le témoignage commence de but en blanc et il faut savoir d'entrée de quoi on parle, par exemple. 



     


    - Xavier Tracol revient en quelques pages sur le programme "Scorpion".

    - la rubrique Actualités des livres mériterait d'être plus longue, ici deux ouvrages seulement sont présentés.

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    Amérique du Sud, dans les années 1980. Dans un pays où la dictature vient juste d'être renversée et la démocratie instaurée, le nouveau président a décidé de mettre en place une commission d'enquête pour faire la lumière sur les crimes perpétrés par l'ancien régime. Cette commission doit être dirigée par l'avocat Gerardo Escobar (Stuart Wilson), ancien opposant à la dictature et mariée à Paulina (Sigourney Weaver), une ancienne estafette tombée entre les mains de la police secrète du régime et qui a subi les pires torturespour avoir refusé de donner des informations à ses tortionnaires. Le soir de sa nomination à la tête de la commission, sous un temps épouvantable, Escobar crève un pneu en rentrant chez lui en voiture. Un homme qui habite non loin de là, le docteur Roberto Miranda (Ben Kingsley), le récupère et le ramène chez lui. Paulina, qui entend la voix du docteur depuis la chambre à coucher, croit alors reconnaître dans le docteur Miranda le tortionnaire qui l'a violée à de nombreuses reprises pendant sa détention...

    Le film est une allusion à peine déguisée aux événements dramatiques ayant pris place au Chili, pendant et après la dictature de Pinochet. Il est d'ailleurs adapté d'une pièce d'Ariel Dorfman, un rescapé du régime. Polanski joue habilement sur le choix des acteurs : Kingsley, plutôt sympathique d'ordinaire, campe le tortionnaire alors que Stuart Wilson, plus connu pour ses rôles discrets de méchant (L'Arme Fatale 3 face à Mel Gibson, par exemple), incarne l'avocat des droits de l'homme. Le huis-clos autour des 3 personnages souligne ainsi l'ambigüité entre le bien et le mal. D'ailleurs si Polanski ouvre la porte à de nombreuses questions autour du sujet évoqué, il n'apporte que peu de réponses et le dénouement, assez terrifiant, sonne pourtant assez juste.

    Considéré comme un film plutôt mineur dans la carrière de Polanski, La Jeune Fille et la Mort (du nom d'une pièce de Schubert) est pourtant une réalisation efficace qui mérite d'être vue. Polanski interroge le statut de victime tout en posant la question phare, comment construire une vraie démocratie tout en intégrant les bourreaux d'une dictature disparue. Il met en place une ambiance malsaine dès le départ puis pilote le propos vers les explications qui arrivent au fil des minutes. Décapant.






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  • 02/14/13--09:02: Guerres et Histoire n°11
  • Un numéro 11 de Guerres et Histoire encore bien rempli, avec du bon et du moins bon.

    - le témoignage est celui de Jacques Guindrey, chirurgien à Dien Bien Phu. Guindrey est parfois intervenu, d'ailleurs, dans des documentaires consacrés à la bataille ces dernières années. A noter que c'est le deuxième témoignage, en 11 numéros, sur la guerre d'Indochine. Le récit offre un aperçu instructif sur un aspect méconnu de la bataille (la dimension médicale). Dans l'encadré critique, la rédaction souligne quand même que le sort des prisonniers français capturés par le Viêtminh n'a pas été forcément délibéré (comme souvent dans les régimes communistes -qu'on pense à l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale-, rien n'avait été prévu pour les prisonniers dans des conditions d'existence déjà difficiles...).

    - dans la rubrique Actualités, j'ai noté la mention de la chasse aux Spitfires en Birmanie (p.18). Or il semblerait que la chasse ne soit pas si fructueuse qu'escompté (merci à Nicolas Pontic pour le lien).

    - intéressante rubrique Caméra au Poing sur la guerre au Pakistan oriental (futur Bangladesh) en 1971. Pas d'ouvrages cités pour aller plus loin malheureusement, sur un sujet où ils ne doivent pas être très nombreux.

    - on arrive au dossier, Stalingrad. Nouvelle vision d'une bataille mythique. Son intérêt principal est de replacer la contre-offensive soviétique à Stalingrad dans la planification stratégique soviétique qui prévoit le plan des 4 planètes (Mars et Jupiter contre le saillant de Rjev, Uranus et Saturne au sud autour de Stalingrad). L'ambition du dossier est de montrer comment naît cette supériorité stratégique soviétique, qui s'exprime à Stalingrad grâce, entre autres, à Rjev, selon la rédaction. Premier hic dans la présentation du dossier de Jean Lopez : je ne suis pas d'accord avec l'idée formulée p.39, mineure ici dans le propos, selon laquelle l'Armée Rouge reste inférieure tactiquement aux Allemands jusqu'en 1945. C'est vrai dans certains cas, mais l'analyse d'engagements précis -je pense par exemple à ceux que j'ai faits pour le n°47 de 2ème Guerre Mondiale avec le s. Panzer-Abteilung 501à Sandomiercz et Lissow-, en confrontant à la fois les sources russes et allemandes, élément important, me laisse croire que ce n'est pas le cas. Tactiquement, l'Armée Rouge parvient souvent à faire jeu égal avec les Allemands dès 1944 si ce n'est en 1945.

    Le dossier comprend, excellente initiative, une interview d'Alexeï Isaïev, un des historiens russes les plus prolifiques actuellement (en russe) sur la Grande Guerre Patriotique. Celui-ci confirme ce que l'on savait déjà, à avoir que Mars n'a pas été une diversion mais bien une offensive aussi importante voire plus que celle de Stalingrad et qui échoué, mais cet échec a indirectement servi le succès d'Uranus et n'a pas empêché Joukov, qui reste un stratège hors pair, de continuer sa brillante carrière. Mais pourquoi mettre cet encadré critique qui commence de but en blanc par nous affirmer que les historiens militaires russes ont enfin progressé ? C'est vrai, mais depuis un certain temps maintenant. Et cela revient à traiter l'intervention d'un historien comme le témoignage du début du magazine. En outre l'interview d'Isaïev se suffit à elle-même, et l'encadré critique disparaît quand Guerres et Histoire interroge le colonel Glantz... bref, cela laisse sceptique, d'autant qu'aucun ouvrage d'Isaïev n'est cité dans la bibliographie, contrairement aux travaux de Glantz (dont pour ma part j'ai lu quelques-uns, fiches de lecture disponibles sur ce blog, mais pas encore ceux sur Stalingrad, malheureusement) et à celui de Jean Lopez. On en aurait attendu un ou deux, pourtant.

    Le reste du dossier montre pourquoi Mars échoue et Uranus réussit et l'emploi efficace par les Soviétiques d'une nouvelle dimension de l'art de la guerre qu'ils ont formulé dès les années 20, l'art opératif. A ce propos Benoist Bihan souligne, utilement, que les Soviétiques ont l'initiative au printemps 1943 malgré la contre-offensive de Manstein et choisissent prudemment la défensive à Koursk, tirant les leçons des échecs des offensives de l'hiver, justement. L'interview de Glantz permet de rappeler les responsabilités d'Hitler mais aussi des généraux allemands dans le désastre de Stalingrad et se conclut sur l'idée que le vrai tournant de la guerre à l'est n'est pas Stalingrad mais bien plutôt Moscou, ce qui est assez logique, effectivement. Quand Jean Lopez explique les raisons du succès soviétique, il me semble qu'il insiste un peu trop sur les contraintes politiques (grandes purges staliniennes, etc, dans la tradition d'une certaine historiographie) qui conditionneraient les problèmes d'encadrement : il y a aussi la naissance et le développement de l'Armée Rouge, sans doute trop ambitieux pour les penseurs comme Toukhatchevksy qui ont créé, en fait, un outil sans adéquation avec les possibilités réelles de l'URSS, il ne faut pas l'oublier.

    Au final, un bon dossier qui remet en perspective la contre-offensive soviétique de Stalingrad dans le contexte plus large de la stratégie de l'Armée Rouge, et fait oeuvre utile de vulgarisation à partir des derniers ouvrages anglo-saxons. Mais rien de bien nouveau pour les connaisseurs hormis quelques prises de position tranchées de Jean Lopez (qui a conçu Uranus, rôle de Mars, etc). Et quelques points de désaccord que j'ai soulignés.Le dossier est quand même meilleur, je trouve, que le précédent, ne serait-ce que, parce que ça se voit tout de suite, les auteurs sont plus familiers du sujet.

    - Julien Peltier revient sur l'invasion mongole ratée du Japon en 1281, que l'on associe souvent au vent divin, "Kamikaze", pour montrer que les typhons ne sont pas les seuls responsables de la déroute mongole.

    - Jean-Baptiste Murez revient un peu trop rapidement, faute de place pour un tel sujet, sur le chant militaire. Même si j'apprécie les chants militaires comme j'ai pu le montrer dans certains billets (trop courts) que je leur ai dédié, je ne sais pas si l'on peut dire que Ein heller und ein Batzen et le Panzerlied ne sont pas des chants politiques (sic). Ils ont quand même été repris ou créés par le régime nazi et son armée, ce n'est pas négligeable...

    - Eric Tréguier, qui fait tous les articles sur l'Antiquité depuis le début du magazine, évoque la bataille d'Hydaspe, menée par Alexandre contre le souverain indien Poros. J'avais pointé les limites du précédent article sur les Champs Catalauniques. On remarque d'entrée en erreur de date : l'auteur fait mourir Héphaestion, le compagnon d'Alexandre, en 327... alors que celui-ci décède en fait trois ans plus tard, en 324, et prend d'ailleurs une part importante à la charge de cavalerie macédonienne à la bataille d'Hydaspe que présente l'auteur ! Plutôt bien pour le reste, heureusement, avec un encadré sur l'Inde avant et après Alexandre.

    - suit une très bonne présentation des F-15 et des F-16 par Benoist Bihan. Un tandem d'appareils directement inspiré de la dure et inefficace expérience viêtnamienne pour l'USAF et qui reste encore d'actualité aujourd'hui.

    - Laurent Henninger offre ensuite un article de synthèse sur les janissaires. Utile et efficace.

    - l'allié Michel Goya revient sur David Galula, un des chantres français de la contre-insurrection, méconnu jusqu'à sa redécouverte par les Américains enlisés en Irak bien que Gérard Chaliand l'évoquait, tout de même, dans ses travaux. Les idées de Galula sont cependant à adapter à un contexte nouveau aujourd'hui qui n'est plus celui des guerres de décolonisation.

    - évocation de la bataille de Smolensk, avant Borodino, pendant la campagne de 1812.

    - très intéressant article de Charles Turquin sur les combats lacustres en Afrique orientale allemande pendant la Première Guerre mondiale. Pour le coup, c'est original.

    - les chroniques habituelles, dont celle de J.-D. Merchet consacrée au fondateur des US Special Forces, Aaron Bank.

    - L'oeil du cinéma revient sur la deuxième guerre d'Irak. Manque peut-être quelques références comme Battle for Haditha, mais la rubrique est coutumière de ce raccourci.

    - à noter que Nicolas Mioque, qui m'a déjà gentiment offert une fiche de lecture, a droit aux honneurs de l'encadré blog pour Trois-Ponts.

    - dans la rubrique A Lire,je note sans surprise qu'un ouvrage sur l'histoire de l'Algérie coloniale, une somme collective entre autres dirigée par Sylvie Thénault, donne lieu à une féroce critique par Daniel Lefeuvre. Le débat historiographique sur la guerre d'Algérie étant particulièrement houleux, il aurait été bon d'offrir un droit de réponse à ceux qui ont dirigé ledit ouvrage. Car de la sorte, Guerres et Histoire se positionne clairement plutôt dans une historiographie de droite qui cherche entre autres à montrer absolument les "côtés positifs" de la colonisation en Algérie (mots par lesquels se termine la recension, d'ailleurs). Sur le fond, ça ne me gêne pas : mais alors on l'assume et on présente aussi la vision d'en face.

    - Quiz sur les guerres médiques : 18/20. Par contre, dire que Miltiade commande à Marathon (question 4) mériterait une petite correction.         

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  • 02/14/13--11:24: 1000...
  • ... c'est le nombre de billets atteint par mon blog. Nombre symbolique s'il en est (!). Il est vrai que le rythme de publication s'est considérablement accéléré depuis ma mise en disponibilité, et ce malgré le travail d'écriture qui me prend beaucoup de temps. Au niveau de la qualité, je suis aussi assez satisfait de l'évolution : mes fiches de lecture sont plus denses, parfois plus réussies, même si sur certaines je voudrais encore faire mieux. Quant aux articles, même s'ils sont parfois un peu long pour un blog (!), ils sont très suivis, comme le montre encore le dernier réalisé pour la chronique histoire de l'Alliance Géostratégique consacré à la guerre au Tchad (1978-1987).

    1000, c'est aussi le nombre de pages vues par jour sur ce blog, un chiffre qui se maintient assez depuis maintenant un certain temps. Les visiteurs sont pour deux tiers des nouveaux venus, le dernier tiers étant constitué d'habitués. Pour rester dans le domaine des statistiques, je vois avec plaisir de plus en plus de visiteurs américains passer par ici depuis quelques temps : la tendance existait déjà mais s'est renforcée. Pour satisfaire tout le monde, je vais essayer de maintenir la cadence !

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    1340. Les hostilités ont commencé entre le roi de France Philippe VI de Valois et le roi d'Angleterre Edouard III, qui convoite le trône du premier. A L'Ecluse, la flotte française clouée à l'ancre est anéantie par des navires anglais qui ont conservé leur liberté de manoeuvre. Le chevalier Godefroy D'Argouges, qui a pris part au combat, soupçonne avec plusieurs amis l'un des favoris du roi Philippe VI de trahison. Mais celui-ci parvient à le faire accuser et humilier à sa place. Godefroy préserve néanmoins son fils, Ogier, le seul témoin de la félonie, en l'envoyant chez son oncle Guillaume de Rechignac, lui aussi survivant de l'Ecluse, dans le Périgord. Ogier doit y apprendre le métier de chevalier et ainsi pouvoir restaurer l'honneur de sa famille...

    Pierre Naudin (1923-2011), féru de sport et en particulier de cyclisme, était aussi journaliste. Passionné par la guerre de Cent Ans et la fin du Moyen Age, il entreprend en tout l'écriture de quatre sagas consacrées à la période. Le cycle d'Ogier d'Argouges (7 volumes) est la première d'entre elles, qui débute en 1978. Ce livre (merci Aurore !) est le premier de la série.

    Naudin s'inspire manifestement des chroniques du temps, et on pense immédiatement à Jean Froissart. Il y a des longueurs -le début est prenant, la fin le redevient, mais tout le milieu est long, trop long à partir du moment où Ogier est envoyé chez son oncle- mais en temps qu'historien de formation et passionné par l'histoire militaire, je n'ai pu rester insensible à la description de la bataille de l'Ecluse, un engagement trop méconnu comme toutes les batailles navales de la guerre de Cent Ans et du Moyen Age, d'ailleurs, et à l'intervention, dans la dernière partie, de Robert Knowles, un des personnages phares du phénomène des Grandes Compagnies à la même époque. L'auteur prend soin d'inclure à la fin du roman des annexes sur L'Ecluse, sur le vavasseur et même une représentation d'un chevalier du XIVème siècle.

    Pour ceux qui aiment la période, à lire dans un moment perdu, même si sur la guerre de Cent Ans, on a sans doute fait mieux. 

     

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    Voici un ouvrage fondamental du renouveau de l'histoire-bataille -et plus généralement de l'histoire événementielle- au sein de l'historiographie française. A ranger aux côtés de celui de J.-P. Bertaud,consacré à Valmy, et sorti d'ailleurs à peu près en même temps. Georges Duby (1919-1996), professeur au Collège de France, membre de l'Académie française, a beaucoup fait pour le renouvellement des études médiévales en s'intéressant aux réalités économiques, aux structures sociales et aux systèmes de représentation.

    Dans l'avant-propos de cette édition de 1985, soit douze ans après la parution initiale, l'historien rappelle combien participer à la collection "Les trente journées qui ont fait la France", en traitant l'événement, n'allait pas de soi à cette époque. Il l'a fait d'abord par plaisir, ensuite pour replacer la bataille de Bouvines dans une histoire longue, en suivant les traces de Fernand Braudel. Une histoire à trois niveaux : l'ethnographie de la pratique militaire au XIIIème siècle (Evénement) ; l'appréhension de ce que signifie au XIIIème siècle la guerre, la paix, la trêve, dans le champ du politique et du sacré (Commentaire) ; enfin, la mémoire de Bouvines jusqu'au XXème siècle (Légendaire). Au final, c'est cet ouvrage qui a donné à Duby l'envie de travailler sur un des personnages célèbres contemporains de la bataille, Guillaume le Maréchal, dont il écrivit ensuite une biographie.

    Duby ne renie pas cependant l'héritage de l'école française de son époque (les Annales et leurs successeurs) en replaçant Bouvines dans l'histoire des structures et des mentalités. Il a des pages très intéressantes sur la paix au XIIIème siècle, de même que sur les tournois -sans doute parmi les meilleures du travail. La bataille, qui n'est pas la guerre, devient une sorte de tournoi, une liturgie, un Jugement de Dieu où l'on ne tue que rarement. La dernière partie, sur la postérité de Bouvines, est amenée à faire des émules, bien que Duby se concentre en fait sur certaines périodes, sautant plusieurs siècles entre la fin du Moyen Age et 1800. D'ailleurs, l'historien se laisse quelque peu emporter à la fin de cette dernière partie "Légendaire" en posant des réflexions sur le XXème siècle qui nous éloignent quelque peu du sujet médiéval. Qui pourrait s'intéresser à Bouvines, dit-il, dans le cadre d'une Europe unie, alors qu'on en avait fait l'une des premières victoires françaises contre les Allemands ? Eh bien il est frappant de constater que le nouveau programme d'histoire en 5ème consacre une étude de cas entière à Bouvines, mais pas forcément dans le sens qu'aurait probablement souhaité Georgies Duby...

    L'une des forces de cette dernière partie est aussi de montrer comment les chroniques contemporaines présentent Bouvines comme la victoire du Bien contre le Mal, dans une perspective éminemment chrétienne, ce qu'il est difficile de saisir à notre époque. Duby expose ainsi l'un des premiers efforts de "propagande" royale en France, qu'elle ait été consciente ou non. Cette propagande réunit en fait l'adhésion de bon nombre de milieux du royaume : les clercs bien sûr, mais aussi les seigneurs et le peuple. Bouvines, c'est aussi le début d'un certain sentiment national, bien que très circonscrit géographiquement, comme le rappelle Georges Duby : c'est la victoire du peuple de la région parisienne, de la Normandie, d'une partie nord de la France. Le sud de la Loire reste encore un autre monde, peu concernée, où les structures ne sont pas les mêmes.

    Mais c'est assurément la deuxième partie (Commentaire) qui est au coeur du propos, comme on l'a déjà évoqué, celle où manifestement l'historien a pris le plus de plaisir à écrire. Duby y décrit comment l'idéal de la paix, avancé par l'Eglise, transforme profondément la guerre au Moyen Age. Or la guerre, c'est l'argent pour une aristocratie prodigue de ses revenus. On s'y prépare dans les tournois. D'où la volonté de conduire "une bonne guerre", où la bataille devient en quelque sorte un Jugement de Dieu, où les Bons triomphent des Méchants.

    Outre que le style en fait un ouvrage évident de vulgarisation par un médiéviste phare de se génération, Le dimanche de Bouvines a cette vertu de montrer que même un historien des Annales -école que l'on réduit volontiers comme s'intéressant à la longue durée, aux structures économiques et sociales, aux statistiques- peut renouveler l'histoire-bataille, et de manière générale, l'histoire militaire, en partant d'un événement martial pour éclairer toute une époque. Il cherche à concilier l'histoire événementielle avec celle promue par les Annales. En ce sens, le pari est indéniablement réussi et fait de l'ouvrage de Georges Duby un modèle pour les historiens du fait militaire jusqu'à aujourd'hui. Duby n'a d'ailleurs pas été le seul, dans l'école des Annales, à s'intéresser à l'histoire militaire ou événementielle, ce que l'on a trop tendance à oublier. L'histoire militaire et la "nouvelle histoire bataille" telle qu'on la promeut actuellement doivent beaucoup à Georges Duby, sans que certains en soient forcément conscients.


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    Note : cette fiche compare, dans son dernier paragraphe, le travail de Jacques Sapir à celui de Jean Lopez. La comparaison s'impose en raison des éléments que je mentionne dès le départ, et n'est pas propre, d'ailleurs, qu'à ce blog, puisqu'elle a déjà été faite ailleurs (ici par exemple, voir aussi les commentaires du même billet). Je ne nie pas aux ouvrages de Jean Lopez leur caractère utile de vulgarisation (sur des sujets parfois délaissés comme les grandes offensives soviétiques de 1945) mais je ne considère pas qu'ils soient indépassables ni exempts de critiques, car ils ont des limites. Ce sont ces limites que je précise dans le dernier paragraphe. Avis aux thuriféraires de Jean Lopez : ce billet risque de les décevoir... mais ne soyez pas trop hargneux dans les commentaires anonymes (qui sinon seront censurés).


    Après Le dimanche de Bouvines de Duby, un autre livre incontournable du renouveau de l'histoire militaire francophone : La Mandchourie oubliée de Jacques Sapir, que j'avais déjà commenté sur mon ancien blog, Ifriqiya, alors que j'étais étudiant et que je passais l'agrégation d'histoire. C'était d'ailleurs plus une note de lecture, résumant les principaux points, qu'une véritable fiche, car je manquais alors de connaissances pour véritablement évaluer la portée du livre. Aujourd'hui, j'ai un peu rattrapé mon retard, même s'il me reste encore beaucoup à écrire et à lire. Mais je suis plus en mesure de critiquer correctement l'ouvrage.

    Un rendez-vous manqué, c'est peut-être comme ça que l'on pourrait résumer le mieux cet ouvrage de Jacques Sapir, plus connu pour être un théoricien de l'économie mais qui est aussi spécialiste des questions stratégiques. Je dis rendez-vous manqué car en publiant ce livre en 1996, Jacques Sapir précède de plus d'une dizaine d'années Jean Lopez et ses ouvrages sur le front de l'est. Or beaucoup de choses avancées par Jean Lopez depuis sont déjà présentes dans l'ouvrage de Sapir, mais celui-ci n'a pas obtenu la reconnaissance et la publicité qu'il aurait dû manifestement récolter. Pourquoi ? Peut-être parce que le public français n'était pas prêt alors, à quelques années de l'effondrement de l'URSS, à accepter de s'intéresser à l'art de la guerre soviétique -la prégnance de l'historiographie de guerre froide et de la supériorité de la Wehrmacht n'étant pas encore beaucoup entamées. Peut-être aussi parce que Jacques Sapir a choisi des exemples sur un théâtre périphérique (la Mandchourie) en lieu et place de la guerre face aux Allemands.





    Sapir, qui à l'inverse de Jean Lopez utilise des sources secondaires russes en plus de celles anglo-saxonnes (ce qui n'est pas négligeable), cherche d'abord à travers son propos à rendre sa place au front germano-soviétique. Et cela en évoquant un art de la guerre soviétique qui s'exprime notamment sur un théâtre périphérique, la Mandchourie, dans deux campagnes se déroulant aux bornes de la Seconde Guerre mondiale : 1939 et 1945. Khalkhyn-Gol annonce l'Armée Rouge qui va donner la pleine mesure de ses possibilités dès 1942. La campagne de Mandchourie de 1945 devient un modèle pour les penseurs militaires soviétiques de la guerre froide. Surtout, Jacques Sapir tente d'articuler cet art de la guerre avec la société soviétique, c'est à dire montrer comment cet art de la guerre original naît suite à des réflexions qui commencent dès l'après-guerre russo-japonaise de 1904-1905, et aussi comment la société soviétique envisage la guerre. A partir de ces deux campagnes oubliées (d'où le titre), Jacques Sapir cherche également à faire oeuvre de vulgarisation.

    Le premier chapitre est sans doute celui qui apporte le plusà un public francophone. L'auteur y décrit la naissance de l'art de la guerre soviétique, et en particulier de ce niveau intermédiaire que l'on appelle maintenant l'art opératif et que Jacques Sapir appelait l'art opérationnel (j'avoue utiliser par commodité le premier terme, maintenant communément accepté : mais peut-être pourrait-on revenir sur la sémantique...), que Jean Lopez n'évoquera vraiment, lui, que dans son troisième livre sur les grandes offensives soviétiques de 1945. Il explique les débats doctrinaux de l'entre-deux-guerres, le contrecoup des purges des Staline, et aussi comment Toukhatchevsky a envisagé une doctrine qui ne correspondait pas véritablement aux moyens de l'URSS : hybris, et démesure, pour rejoindre là encore le titre, de l'art de la guerre soviétique. On regrette qu'à la fin de ce chapitre, comme le rappelle le blog Ma pile de livres, la comparaison avec l'Allemagne ne soit pas plus poussée.

    Le deuxième chapitre revient sur l'expérience de la Grande Guerre Patriotique. Il est aussi intéressant car il résume déjà que ce que l'on reprend maintenant, notamment à partir des ouvrages de Glantz et de Lopez, sur la façon dont l'Armée Rouge, surprise en pleine transition et en pleine croissance par Barbarossa, réussit à relever le gant face à l'Allemagne, d'abord par des effets de masse et des tactiques d'attrition, puis en spécialisant son économie et en redécouvrant l'art opératif et les autres avancées réalisées par les penseurs de l'entre-deux-guerres. L'Armée Rouge a su innover, s'est adaptée pour triompher, tout simplement.

    Dans un troisième chapitre, on passe à l'étude de cas à proprement parler puisque Jacques Sapir présente à la fois la géographie de la zone de combats (la Mandchourie) et la découpe en plusieurs "compartiments", et la guerre russo-japonaise de 1904-1905, premier affrontement entre les deux puissances dans la région et qui déclenche, in fine, les premières réflexions chez les penseurs russes qui vont aboutir à la naissance d'un art de la guerre spécifique. L'auteur explique comment les deux puissances ont une vision différente de l'importance du théâtre des opérations. En outre, la victoire japonaise est moins brillante qu'on ne le croit souvent, puisqu'on se limite fréquemment à la dimension navale de la guerre. Or, sur terre, les forces du Mikado profitent surtout des erreurs russes, mettent en oeuvre un meilleur niveau opérationnel de la guerre tout en étant plus défaillantes sur le plan tactique. Outre que cela déclenche des réflexions chez les théoriciens russes, la guerre met déjà en lumière la puissance de feu des armes modernes et la question logistique. Côté japonais, la victoire façonne aussi une certaine vision de l'adversaire, amenée à perdurer.

    Le quatrième chapitre revient sur Khalkhyn-Gol, une bataille méconnue qui révèle déjà le potentiel en devenir de l'Armée Rouge et qui est malheureusement éclipsée par la piètre performance pendant l'invasion de la Pologne et surtout par la guerre d'Hiver contre la Finlande. Le coup de poker de l'armée du Kwantung, qui tablait sur une guerre courte au niveau opératif et sur la poigne de fer de l'infanterie au niveau tactique, se termine en désastre. Le Japon est incapable de supporter une guerre d'attrition contre l'URSS. En outre, l'Armée Rouge, malmenée par les purges et par une croissance phénoménale, apprend et peut monter par le biais de Joukov les premières opérations en profondeur telles que pensées dans l'entre-deux-guerres. L'art de la guerre japonais, lui est complètement mis en défaut. Dans ce chapitre, Sapir parvient à présenter une vision relativement équilibrée entre les deux camps, et se sert beaucoup du travail d'E. Drea pour le côté japonais. Peut-être que le manque de sources japonaises (toujours ce même problème des sources, mais Jacques Sapir ne maîtrise pas le japonais, contrairement au russe) se fait sentir. On regrette aussi l'absence de considérations sur le voletaérien, mieux connu aujourd'hui par la publication de certains ouvrages, et qui par bien des côtés annonce que ce sera la prestation des VVS durant Barbarossa.

    Le cinquième chapitre est dédié à l'offensive de 1945 en Mandchourie, chef d'oeuvre de l'art militaire soviétique pour l'auteur, à tel point qu'elle en devient un modèle pendant la guerre froide, sans parler du fait qu'elle a d'importantes conséquences géopolitiques pour cette dernière période. Soigneusement planifiée, cette offensive engage 3 fronts d'une Armée Rouge aguerrie et au summum de sa puissance après la victoire contre l'Allemagne. Sapir décrit bien les combats différents que mènent les trois fronts et évoquent aussi des aspects tout à fait méconnus de la campagne (offensive en Corée, prise des îles Kouriles, utilisations des parachutistes et des troupes spéciales, ancêtres des Spetsnaz). La campagne, qui n'a pas été une simple promenade militaire, a bénéficié de la surprise stratégique, d'une attaque sur un seul échelon opérationnel et d'un tempo très élevé des opérations à grand renfort de détachements avancés, une des caractéristiques majeurs de l'art opérationnel soviétique. La dimension "commandement et contrôle" et la logistique sont maîtrisées. Seules faiblesses relevées par Jacques Sapir : la dimension verticale, sous-exploitée, et des initiatives parfois trop téméraires dans les détachements avancés. En revanche, rien n'est dit cette fois-ci du côté japonais, à part la présentation initiale des forces et la stratégie adoptée, ce qui dénote l'absence de sources nippones. Mais l'auteur a pris le parti de se concentrer sur l'art de la guerre soviétique, donc cela peut se comprendre. 

    Les deux derniers chapitres sont peut-être ceux qui ont le plus mal vieilli, car le livre, faute de reconnaissance, n'a jamais été réédité à ce jour. Le début est pourtant intéressant avec le démontage de certaines idées reçues sur l'Union Soviétique. Jacques Sapir tente de montrer comment le système de la pensée militaire soviétique est caractérisé par sa démesure, au milieu de réflexions sur une pathologie du système, mais le style compliqué et touffu de l'auteur conduit à décrocher quelque peu, je trouve. Tout du moins comprend-on que ce qui a vicié la doctrine soviétique vient directement des tensions et contradictions de la société soviétique dont elle est issue. Enfin, la conclusion, à propos du premier conflit en Tchétchénie, est maintenant datée, et Jacques Sapir manque d'ailleurs, au passage, la façon dont l'armée russe a su réapprendre le combat urbain à Groznyavant de perdre cette expérience -et la guerre- en 1996, un autre aspect très intéressant de l'histoire militaire russe.

    La comparaison avec Jean Lopez, que j'ai initiée dès le début de la fiche, s'impose en filigrane. La démarche semble la même : vulgariser, à partir de sources secondaires, un pan toutà fait méconnu en France. Si je reproche pour ma part à J. Lopez de ne pas utiliser les sources russes, on peut dire la même chose pour Jacques Sapir à propos des sources japonaises. Il y a une différence de taille cependant : pour Sapir, le côté japonais n'est pas examiné en tant que tel puisqu'il s'intéresse avant tout l'art de la guerre soviétique. Ce n'est pas le cas chez Jean Lopez qui fait une étude comparée : or, pour le coup, l'absence des sources russes est plus dommageable, à mon sens. Un débat de haute tenue avait pris place sur  cette question dans les commentaires du blog Ma pile de livres. Personnellement, je crois que j'ai été moi-même insuffisamment critique à l'égard des ouvrages de Jean Lopez, du moins au départ, faute de lectures appropriées et donc de distance critique. Il semblerait queJ. Lopez s'inspire beaucoup de l'ouvrage du général israëlien Shimon Naveh, que malheureusement je n'ai pas encore lu, mais ça viendra. L'avantage de l'ouvrage de Sapir, à mon avis, est de montrer que l'art opérationnel (est-il vraiment l'oeuvre des Soviétiques ? La question fait débat. Pour ma part, je crois que oui), a été mis en oeuvre par certains penseurs, comme Toukhatchevsky, dans un pays qui économiquement et socialement n'était pas à la dimension de cette ambition : la notion de démesure me paraît très intéressante. Elle a l'avantage d'éviter les travers d'une historiographie qui explique le colosse aux pieds d'argile qu'est l'Armée Rouge en 1941, par exemple, uniquement en raison des événements politiques propres à l'URSS de Staline (purges, surveillance politique, etc), ce qui me semble un peu limité : or, Jean Lopez se rapproche plus de ce courant-là. Je suis assez d'accord avec le commentaire de Nicolas Bernardsur le blog cité précédemment à propos du caractère central d'un extrait p.56, qui résume assez bien ce que je viens de dire. Pour ma part, je commence à croire que Jean Lopez, qui fait de la remise à l'honneur de l'art opératif soviétique son fond de commerce, est peut-être fasciné par son sujet mais le méprise par certains côtés en ne tenant pas compte, justement, des sources russes, ce que fait Sapir. D'où la comparaison entre les deux. Si Jean Lopez fait oeuvre utile de vulgarisation à partir de sources secondaires, l'argument porte moins pour des gens avertis qui ont déjà lu les sources en question. De mon côté, pour avoir travailléà partir de sources secondaires russes sur des articles reprenant des points de détails de ouvrages de Jean Lopez (certains engagements précis en particulier), je constate qu'il y a des erreurs y compris dans celui sur les offensives de 1945, qui est pourtant, à mon sens, le meilleur. Il ne s'agit pas, bien sûr, de prendre les sources russes au pied de la lettre, mais de faire une véritable histoire comparée, en ayant les deux points de vue. On ne peut parler de l'Armée Rouge pendant la Grande Guerre Patriotique sans essayer de voir ce que nous disent les Russes eux-mêmes, tout en gardant le recul nécessaire. C'estdonc une différence de démarche qui sépare, peut-être, le plus les ouvrages de Jean Lopez et Jacques Sapir : pour ma part, dans mon propre travail, j'ai tendance désormais à davantage me reconnaître dans le second.



     

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    Le 2 avril 1972, au troisième jour de l'offensive de Pâques déclenchée par les Nord-Viêtnamiens contre le Sud-Viêtnam, le lieutenant-colonel Hambleton, navigateur sur un appareil EB-66 de guerre électronique qui protège une "cellule" de 3 B-52, s'éjecte en parachute après que l'avion ait été abattu par un missile sol-air SA-2 et tombe en plein milieu des troupes nord-viêtnamiennes lancées dans leur offensive. L'opération search and rescue (SAR) mise en oeuvre pour le récupérer sera la plus grande, la plus longue et sans doute la plus complexe de toute la guerre du Viêtnam.

    L'ouvrage est préfacé par le colonel Harry Summers, de l'école révisionniste. Il précise l'apport de Whitcomb par rapport à l'ouvrage de William C. Anderson, une version romancée de l'histoire parue en 1985 qui a servi de base au film Bat*21, avec Gene Hackmann dans le rôle d'Hambleton. Whitcomb, lui-même ancien FAC (Forward Air Controller) en Asie sud Sud-Est entre 1972 et 1974, a eu accès à des documents déclassifiés. Selon Summers, l'intérêt de son travail réside d'abord dans la description de l'offensive de Pâques et dans celle de l'odyssée du lieutenant Noris, un SEAL, et de ses auxiliaires sud-viêtnamiens, pour secourir Hambleton et le lieutenant Clark, un FAC abattu lors d'une tentative de sauvetage précédente. Whitcomb revient aussi sur la controverse liée à l'opération elle-même : au vu des pertes et de ses conséquences, en valait-elle la peine ? Ce faisant, l'auteur met le doigt sur le malaise de l'USAF, frustrée par des frappes inefficaces sur la piste Hô Chi Minh et pour laquelle les missions SAR représentent un objectif plus concret.


    Le film Bat 21 (1988), avec Gene Hackmann et Danny Glover, est une version romancée du sauvetage du lieutenant-colonel Hambleton basée sur l'ouvrage d'Anderson paru en 1985 (lui-même romancé). Le film, qui évacue d'ailleurs tous les aspects controversés ou presque, a été tourné en Malaisie, avec le matériel fourni par les autorités locales.


      


    Effectivement, les premiers chapitres sur l'offensive de Pâques 1972 sont intéressants, bien que vus principalement du côté sud-viêtnamien et surtout américain. Les Etats-Unis sont alors en plein retrait, ce qui n'est pas sans conséquence sur le moral du personnel de l'USAF qui reste présent. En revanche Whitcomb attribue à la 3ème division de l'ARVN, tout juste formée et placée sur la zone démilitarisée, un potentiel de combat peut-être un peu trop optimiste, comme va le montrer l'offensive nord-viêtnamienne.

    En revanche, on peut regretter qu'à partir du moment où entre en scène Hambleton, principal personnage de cette histoire et seul survivant de l'EB-66, on n'ait pas une présentation de cet officier. Pourquoi était-il si important de le récupérer ? On en saura rien, ce qui affaiblit un peu le propos. Whitcomb passe directement ensuite à la phase "sauvetage". Une première tentative avec des UH-1 escortés par des Cobras échouent devant le feu d'enfer de la DCA nord-viêtnamienne. On est également frappé de voir que le personnel de l'USAF n'est pas informé tout de suite du déclenchement d'une offensive de grande envergure, ce qui explique une partie des pertes et de la surprise des personnels devant la réaction ennemie : cela paraît tout à fait incroyable, et pourtant cela semble bien être le cas.

    Le 3 avril, un OV-10 modifié participant à la mission SAR est abattu à son tour : l'un des pilotes, Henderson, est bientôt capturé, tandis que l'autre, Clark, réussit à se cacher. Le 6 avril, une autre tentative conduit à la perte d'un hélicoptère HH-53 dont tout l'équipage est tué dans le crash, là encore en raison de la DCA. Le lendemain, un autre OV-10 est lui aussi descendu par un SA-2 et l'un des pilotes, Walker, se retrouve également au sol.

    Devant les dangers posés par la DCA nord-viêtnamienne au sauvetage par voie aérienne, les Américains décident de recourir à l'option terrestre. Le lieutenant-colonel Anderson, du MACSOG, met au point une opération Bright Light pour récupérer les aviateurs abattus. Le lieutenant Noris, des SEAL, s'enfonce dans un territoire où les combats font rage, la 3ème division d'infanterie de l'ARVN soutenue par des brigades de Marines tentant désespérement de repousser les Nord-Viêtnamiens, sous les tirs de l'artillerie. Finalement, Noris parvient à récupérer le lieutenant Clark, puis Hambleton. Mais le lieutenant Walker, lui, a été débusqué et abattu par le Viêtcong.

    Dans un gros chapitre, Whitcomb revient ensuite sur la controverse autour de la mission SAR pour récupérer Hambleton (nom de code Bat 21 Bravo dans les conversations échangées, d'où le titre du film réalisé sur l'histoire). Le premier problème est qu'une no-fire-zone a été établie autour d'Hambleton pendant l'opération. Or, celle-ci a gêné la défense de la 3ème division sud-viêtnamienne, pressée par les Nord-Viêtnamiens. Comme le montre l'auteur, la 7th Air Force et l'ARVN semblent mener deux guerres parallèles plutôt qu'une guerre en commun. Le deuxième problème est le pont de Cam Lo, qui n'a pas été détruit en raison de l'opération alors qu'il aurait dû l'être pour empêcher la progression de l'adversaire, qui finit par mettre la main sur la ville de Quang Tri. Encore une fois, l'auteur montre que l'USAF ne coordonne pas vraiment son effort avec les Sud-Viêtnamiens au sol. Dernier problème : cette opération en valait-elle la peine ? Pour sauver deux hommes, les Américains n'ont-ils pas détourné des moyens qui auraient été plus utiles pour les combats en cours au sol ?

    Whitcomb prend un chapitre pour répondre à ce dernier point. La guerre aérienne que mène l'USAF depuis 1968 se concentre alors sur la piste Hô Chi Minh. Malgré une véritable débauchede technologie, utilisateur de senseurs, de bombes à guidage laser, développement des gunships, l'USAF n'arrive pas à stopper le flot des camions sur la piste. Le général Abrams, le commandant en chef du MACV, acquiesce à l'invasion du nord-Laos en 1971 par l'ARVN, l'opération Lam Son 719, pour tenter de couper la piste, et qui se termine en désastre. Début 1972, la piste reste garnie de DCA et les premiers missiles sol-air SA-2 installés au Laos abattent un AC-130 en janvier. Le général Lavelle, commandant la 7th Air Force, autorise de plus en plus d'incursions au-delà des limites autorisées face à la réaction très violente de la DCA nord-viêtnamienne, avant que son stratagème ne soit mis à jour et qu'il ne soit forcé d'abandonner ses fonctions. En conséquence, les équipages de l'USAF font des missions SAR un objectif qui en vaut la peine : sauver des compatriotes, et plusieurs autres opérations d'envergure sont menées dès 1969 avant la récupération d'Hambleton. Dans un autre chapitre, Whitcomb explique aussi combien les aviateurs sont déconnectés des combats au sol. Cela est lié à l'histoire institutionnelle de l'USAF mais également à un mépris certain de l'allié sud-viêtnamien, qui en 1972 se charge des combats terrestres. Ce n'est pas systématique mais c'est la tendance qui domine assurément. Ce sont donc deux guerres, au sol et dans les airs, qui sont menées, et pas une seule. La coalition Etats-Unis/Sud-Viêtnam ne fonctionne pas bien alors que l'USAF conduit pour ainsi dire une mission d'arrière-garde, pendant que l'armée américaine se retire.

    Whitcomb termine son livre par une postface qui compare la mission SAR de 1972 à l'opération Gothic Serpentà Mogadischio en octobre 1993, mais la comparaison laisse quelque peu dubitative. Dommage également que toutes les cartes soient situées dans le livre photo central, car il faut s'y reporter pour suivre correctement toutes les manoeuvres et tous les événements décrits. Il n'y a malheureusement pas de bibliographie récapitulative après les notes mais la plupart des ouvrages renvoie à des sources secondaires anglo-saxonnes, bien évidemment. L'ouvrage de Whitcomb est donc incontournable sur le sujet, mais reste à compléter sur plusieurs points.


     

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    Patrice Brun est professeur d'histoire ancienne à l'université Michel-de-Montaigne à Bordeaux. C'est un spécialiste de la Grèce antique et de l'épigraphie, la science des inscriptions. Comme il le rappelle dans l'introduction, en Grèce, la bataille de Marathon reste élevée au rang du mythe. Pour les Grecs antiques, la différence entre mythe et histoire est beaucoup moins pertinente : le temps les sépare, le mythe étant la tradition orale conservée d'événements s'étant déroulés il y a des lustres. D'où la facilité de passer de l'un à l'autre, l'histoire devenant facilement le mythe. Entre ces deux niveaux, Patrice Brun intercale aussi le très actuel "devoir de mémoire", dont les Grecs cernaient déjà les dérives : ainsi Thucydide évoquant les "héros" Harmodios et Aristogiton, censés avoir éliminé le tyran Hipparque au nom de la démocratie, alors qu'en fait ils agissaient probablement pour des motifs privés. En Grèce, si Marathon reste un mythe, c'est bien parce que la mémoire l'a emporté sur l'histoire que la bataille est devenue un événement fondateur. C'est l'objet de ce livre : replacer la bataille dans son contexte historique, en comprendre les enjeux immédiats et à long terme, pour saisir les déformations qui se sont opérées.

    Le premier chapitre revient sur la bataille elle-même, qui s'est sans doute déroulée le 17 septembre 490 av. J.-C. . La plaine a aujourd'hui considérablement changé d'aspect. L'historien revient largement sur l'épisode de Philippidès, l'hémérodrome (héraut capable de courir une journée) qui va solliciter l'aide de Sparte. Aux 9 000 hoplites athéniens et aux 1 000 hoplites platéens organisés en phalange, renforcés probablement d'esclaves affranchis fournissant une infanterie légère, s'oppose un nombre supérieur mais indéterminé de Perses. A noter que les deux armées s'observent pendant plus d'une semaine : côté grec, l'archonte polémarque Callimachos est censé commander, mais au vu du nouveau rôle des stratèges, les choses sont plus compliquées, et Miltiade se voit attribuer un rôle qui n'est probablement dû qu'à une tradition historiographique favorable à son fils Cimon. Voyant les Perses rembarquer, peut-être pour attaquer directement Athènes, les Athéniens avancent finalement dans la plaine, et non au pas de course comme le veut la tradition, sauf avant le choc. On ignore tout de la disposition de l'armée perse qui est alors en train d'embarquer. Le centre athénien plie mais les deux ailes enfoncent leurs homologues et se rabattent au centre : c'est la déroute. La légende naît déjà peu de temps après la bataille avec l'histoire du frère d'Eschyle, Kynégeiros, qui a la main droite tranchée par une hache en prenant la poupe d'un navire perse -l'historien Justin dira plus tard qu'il eut aussi la main gauche tranchée et qu'il agrippa le navire avec ses dents ! Quant aux pertes, si les Grecs comptent 192 tués, pour les Perses, difficile là encore d'être définitif, bien qu'elles aient dû être supérieures. Mais la défaite n'a rien d'un désastre : Darius a remis la main sur le littoral septentrional de la Grèce et sur les îles de l'Egée. Cependant, dès la bataille achevée, elle passe rapidement au rang du mythe.



    Dans le deuxième chapitre, Patrice Brun montre comment la bataille de Marathon est devenue la plus célèbre des guerres médiques, y compris pour le grand public. La victoire de Marathon conforte la jeune démocratie athénienne, ce que les citoyens eux-mêmes mettent à l'honneur. Mais c'est aussi le succès d'une petite paysannerie renforcée par les législateurs athéniens et qui alimente les rangs des hoplites, ceux que l'on appellent volontiers les Marathonomaques. Et on préfère se souvenir de Marathon que de Salamine, victoire navale où les trières sont manoeuvrées par des citoyens pauvres, qui pour certains sontà l'origine de l'impérialisme athénien consécutif aux guerres médiques... d'autant qu'Athènes avait été abandonnée à l'envahisseur pour remporter la victoire sur mer. Cette concurrence idéologique des mémoires se poursuit durant tout le Vème siècle et au-delà. Les aristocrates et les oligarques privilégient Marathon pour nier la démocratie ; les démocrates associent Marathon et Salamine pour insérer le combat hoplitique dans l'histoire du nouveau régime, à raison selon l'historien.

    Le troisième chapitre revient sur le recueillement propre à Marathon. Non seulement les 192 tués ont droit à un tumulus près du champ de bataille, mais l'affrontement donne lieu à la pratique bien connue ensuite de l'oraison funèbre. Pas d'honneurs individuels, même si Miltiade, l'un des stratèges, est plus tard considéré comme l'inspirateur de la victoire, surtout en raison de la carrière de son fils Cimon dans la cité. On construit un trophée sur le champ de bataille, on rend hommage aux dieux, comme Pan, qui serait intervenu dans le combat, les historiens listant les prodiges qui montrent le caractère exceptionnel de la bataille.

    Dans un quatrième temps, Patrice Brun décrit la récupération de Marathon par les Athéniens à des fins politiques : ils s'en servent dès la bataille de Platées pendant l'organisation du dispositif grec face aux Perses, en 479, puis contre Sparte pendant la guerre du Péloponnèse. La propagande passe aussi par l'image, avec un portique peint sur l'agora. Pausanias décrit une véritable Marathonomachie représentée dessus et qui a aujourd'hui disparu. Cependant, dès l'époque d'Aristophane, le souvenir de la bataille s'est déjà estompé. En dehors d'Athènes, d'ailleurs, les rares témoins ne sont pas dupes de la mystification opérée par les Athéniens. Au final, on ne peut que constater l'importance des guerres médiques pour la société grecque et la distorsion qui s'est opérée, consciente ou non.

    Le cinquième chapitre examine la naissance du mythe, qui survient dès le lendemain de la bataille. Le mythe est en fait plus grec qu'athénien. Il est récupéré par Alexandre le Grand, par le roi héllénistique Attale II de Pergame contre les Galates, et par deux auteurs grecs de l'époque romaine, dans Aélius Aristide. Le merveilleux des interventions divines prend le pas sur la bataille. Philippidès devient le coureur qui prévient Athènes de la victoire et meurt au terme de l'effort. Marathon devient le mythe dramatique valorisant un monde héllène soumis à la tutelle de l'Empire romain. 

    Dans le dernier chapitre, Patrice Brun décortique la légende contemporaine attachée à Marathon. L'affrontement devient le symbole de la lutte de la civilisation contre les Barbares dès la fin du XVIIIème siècle. La Révolution française, friande de références antiques, le compare évidemment à Valmy. Les nationalistes s'emparent de la bataille, y compris ceux d'extrême-droite, quand ce ne sont pas les historiens au service d'un roman national. Le régime des colonels, en Grèce, instrumentalise Marathon pour les besoins de l'affrontement avec les Turcs. L'art, en revanche, ne lui accorde que peu de place. Le film de 1958 réalisé par Jacques Tourneur prend beaucoup de libertés avec l'histoire, mais finalement pas beaucoup plus que les historiens de l'époque romaine. C'est parce que cette version, plus manichéenne, correspond davantage aux attentes du public. L'épreuve du marathon n'est officiellement intégrée, avec la distance symbolique, qu'en 1908. Lors des Jeux de 2004 à Athènes, l'épreuve est d'ailleurs partie du site de la bataille. Et puis, sur Marathon, on a aussi bâti le Téléthon, mais l'analogie trouve ses limites.




    La conclusion consiste en un rappel par Patrice Brun de sa visite du site, en 2008. Le paysage est évidemment différent : la légende de Marathon, en revanche, pour les touristes, demeure.

    On trouvera une brève indication bibliographique en fin d'ouvrage. Deux cartes sont présentes au début mais malheureusement, aucune illustration. Le propos s'intéresse surtout aux enjeux mémoriels de la bataille, ce qui le rend très stimulant, mais fait un peu figure d'exception dans cette collection chez Larousse où des historiens sérieux remettent en perspective de grands événements de l'histoire sur le mode du récit : ici il s'agit plus d'un travail historiographique, finalement. 



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