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    On apprend aujourd'hui le décès de Jacques Heers, médiéviste et spécialiste du monde urbain et de l'Italie, disparu le 10 janvier à 88 ans. Originaire de la Sarthe, titulaire de ses concours après la Seconde Guerre mondiale (CAPES en 1948, agrégation l'année suivante), il avait enseigné dans plusieurs établissements militaires.

    C'est la rencontre avec Fernand Braudel qui le lance dans l'histoire médiévale et dans la soutenance d'une thèse sur le monde urbain à Gênes, qui va dynamiser l'intérêt pour ces deux thématiques, les villes et l'Italie, parmi les historiens médiévistes de l'époque.

    Jacques Heers a également signé, bien plus tard, nombre de biographies : Louis XI, Jacques Coeur, Gilles de Rais... ces dernières années, bien que beaucoup lu car ces ouvrages demeurent très accessibles pour le grand public, il a été très contesté par d'autres historiens qui remettaient en cause ses positions.

    On ne peut nier que Jacques Heers avait des positions datées voire conservatrices, en particulier quand on lit ses ouvrages consacrés, par exemple, à la Première Croisade ou à la chute de l'empire byzantin (bibliographies anciennes, vision très approximative du monde musulman en particulier). Matei Cazacu, dans la biographie de Gilles de Raisque je commentais récemment, visait directement, mais sans le nommer (sic), Jacques Heers et son propre travail sur le personnage, qui n'était pour lui que de peu d'intérêt.
     
    Saluons néanmoins la mémoire d'un historien du Moyen Age qui savait, cependant, faire oeuvre de vulgarisation, même s'il fallait compléter ces lectures avec d'autres travaux plus récents.

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    Pierre Miquel, historien disparu en 2007, était devenu à partir des années 70 un des spécialistes de la Première Guerre mondiale en France : auteur prolifique, il lui avait consacré quantité d'ouvrages. Historien vulgarisateur, qui était apparu dans de nombreux documentaires et à la télévision de manière générale, d'aucuns le comparent à Michelet dans son souci de défendre les valeurs républicaines et de dresser, à travers la Première Guerre mondiale, une fresque de la France.

    Ce livre, sur les poilus de la Grande Guerre, est paru en 2000. Dans une longue introduction, Pierre Miquel fait la continuité entre la Première Guerre mondiale et la Seconde, où certains poilus ont combattu de nouveau... il crée aussi un parallèle entre l'occupation des territoires russes à l'est par l'armée allemande jusqu'en 1918 et ce qui se passera, plus tard, au moment de Barbarossa : il y trouve des similitudes. Il rappelle également le soutien de l'armée et de la grande industrie à la montée du nazisme. Pour Pierre Miquel, ces deux guerres mondiales ne sont finalement qu'une "guerre de trente ans". Pour l'historien, la guerre devient moderne dès 1914, les poilus n'apparaissant que plus tard, en 1915. On s'étonne de la citation d'un ouvrage d'Ernst Nolte en note de bas de page...

    Pour le reste, on a là un ouvrage bâti à coups de témoignages et de descriptions du quotidien des soldats français, ainsi qu'allemands, dans une moindre mesure, pendant les quatre années de guerre. Toutes les opérations sont passées en revue, avec force détails de la part des combattants. Dans la lignée de ses ouvrages précédents, Pierre Miquel pointe les erreurs du commandement -tous les grands chefs y passent : Joffre, Pétain, Foch...-, la supériorité de l'artillerie lourde allemande au début du conflit, la meilleure utilisation des mitrailleuses, les tranchées ou ouvrages allemands plus solides... et l'incroyable gâchis en vies humaines par des offensives stériles et incroyablement coûteuses. Pour autant, cette description manque parfois de recul et d'analyse : on ne s'élève que trop rarement au-dessus du simple récit. En outre, Pierre Miquel ne fait que mentionner les combattants des Dardanelles et du front d'Orient, et s'intéresse essentiellement aux combats au sol, pas à ceux dans les airs ou des blindés, par exemple. Tout cela laisse un goût d'inachevé et la lecture devient rapidement fastidieuse, au gré des attaques successives et des massacres qui vont avec.

    Si l'on ajoute au fil du texte une note renvoyant vers un ouvrage de Jean Mabire (sic), des cartes placées en fin d'ouvrage et donc de peu d'utilité pour se repérer dans la lecture, et une bibliographie assez datée, on comprendra que ce livre peut constituer une bonne introduction, mais qu'il est à compléter par d'autres lectures plus savantes.


     

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    Petit complément au n°13 du magazine Histoire et Stratégie que j'ai écrit et que vous pouvez trouver actuellement en maison de la presse, ce passage, coupé faute de place, sur les voilures tournantes du IIIème Reich. Bonne lecture.

    Les hélicoptères nazis : grandeur et misère des voilures tournantes du IIIème Reich


    Les Allemands sont les premiers, dès 1936, à concevoir un dessin d'hélicoptère viable et à faire voler un appareil stable. Les scientifiques du IIIème Reich ont mis au point, en 1945, des hélicoptères opérationnels, et ont montré leur potentiel au combat. Dès la fin des années 30, l'Allemagne est devenue, en fait, le centre de développement des hélicoptères. Lors de la capitulation de mai 1945, plus de 20 modèles différents ont été conçus dont des autogyres, des gyroplaneurs et des cerf-volants pilotés. Les travaux allemands ne peuvent être comparés qu'à l'oeuvre de Sikorsky qui opère alors aux Etats-Unis et qui est d'ailleurs fortement inspiré par les réalisations nazies.

    Au début des années 30, le professeur Heinrich Focke fabrique plusieurs exemplaires d'autogyres de Juan de la Cierva1 sous licence et commence à expérimenter ses propres hélicoptères. Focke travaille non pas avec son collègue Georg Wulf, mais avec Gerd Achgelis qui pilote alors un Fw 44 « Steiglitz » dessiné par Kurt Tank dans des shows acrobatiques -à l'instar d'un Ernst Udet2. Focke produit bientôt son propre modèle, le Fa-61, à deux rotors. Le Fa-61 réalise son premier vol le 26 juin 1936, qui dure 28 secondes, aux mains d'Ewald Rohlfs. La célèbre Hanna Reitsch effectue l'année suivante un vol de plus de 100 km entre Berlin et Brême aux commandes du Fa-61. En février 1938, l'hélicoptère, à nouveau piloté par Hanna Reitsch, reçoit un triomphe lors d'une exposition à l'intérieur de la Deutschlandhalle du palais des sports de Berlin.

     

    L'appareil n'est pas secret : au contraire, il sert à démontrer les prouesses du Reich dans la conception de nouvelles machines et il est souvent exposé en public. Un autre concepteur va bientôt oeuvre dans le même domaine que Focke-Achgelis, Anton Flettner. La Wehrmacht voit rapidement le potentiel militaire de telles machines : dès 1938, Focke-Achgelis travaille sur un premier hélicoptère de transport, le Fa 266 Hornisse, rebaptisé plus tard le Fa 223 « Drache ». C'est une version agrandie, en fait du Fa-61.

    Le Drache, birotor, peut transporter théoriquement 4 passagers dans sa soute, mais lors de manoeuvres en 1944, il embarque 12 soldats complètement équipés. Il peut au total transporter plus d'une tonne de fret, ayant même soulevé un appareil de reconnaissance Fieseler Storch et une Volkswagen durant des essais. Le prototype du Fa 266 est terminé dès 1939 et redésigné Fa 223. Il réalise ses trois premiers vols en août 1940. Le ministère de l'Air nazi en commande 30 pour réaliser d'autres tests sur différentes fonctions : lutte anti-sous-marine, reconnaissance, sauvetage, entraînement, transport.

    Le premier prototype est cependant perdu sur accident en février 1941. En juin 1942, les deuxième et troisième prototypes, ainsi que 7 machines de pré-série, sont détruites lors d'un raid aérien allié. La production est déplacée de Brême à Laupheim, dans le sud de l'Allemagne, mais ne reprend pas avant février 1943. D'autres appareils sont encore perdus lors d'un raid sur l'usine en juillet 1944 : au total, pas plus de 12 Fa 223 ont été assemblés. 3 sont encore opérationnels à la fin de la guerre : un est détruit par son pilote, les deux autres sont capturés par les Américains. L'un d'entre eux est convoyé en Angleterre par Helmut Gelsenhauer, le pilote allemand d'hélicoptère le plus expérimenté avec 170 heures de vol d'essai. La production du Fa 223 continue après la guerre en France (avec l'aide du professeur Focke) et en Tchécoslovaquie où deux exemplaires sont assemblés à l'aide de pièces détachées.

    Focke-Achgelis s'intéresse aussi aux appareils à un seul rotor. Hormis le Fa-225, la compagnie conçoit début 1942 un appareil destiné à être tracté derrière un sous-marin pour servir de plate-forme d'observation aérienne et éviter ainsi les attaques de l'aviation alliée. C'est le Fa-330 « Bachstelze ». De conception très sommaire, il est produit à 200 exemplaires par Weser-Flugzeugbau et déployés à bord des U-Boote type IX mais l'on sait peu de choses sur leur emploi opérationnel. Certains ont apparemment été utilisés par les U-Boote dans l'océan Indien en 1943, dans un secteur où les navires marchands n'opéraient pas forcément en convois.

    Focke-Achegelis travaille également sur des concepts originaux, comme le Fa 269, un appareil hybride entre l'avion et l'hélicoptère qui préfigure le V-22 Osprey américain. Le Fa 284 est une version agrandie du Fa-223 censée remplir le même rôle qu'un appareil postérieur lui aussi américain, le CH-54 « Flying Crane ». Le projet est cependant annulé en 1943. Le dessin le plus audacieux reste sans doute, cependant, celui du « Triebflügel », un appareil VTOL (Vertical Take-Off and Landing Aircraft, appareil à décollage et atterrisage verticaux) fonctionnant par la rotation de trois ailes le long du cockpit et du fuselage. Les Français et les Américains travailleront brièvement sur l'idée dans les années suivant la fin de la guerre, avant d'abandonner eux aussi le concept.

    L'autre créateur d'hélicoptères allemand est Anton Flettner, qui commence par construire des autogyres à destination de la Kriegsmarine. Le Fi-265 est opérationnel en 1937 et la Kriegsmarine en commande 6 exemplaires l'année suivante. Le prototype réalise son vol en 1939 avant d'être détruit par accident. D'autres exemplaires sont utilisés à bord de croiseurs ou de sous-marins dans la Baltique et en Méditerranée, prouvant la validité d'appareils VTOL basés sur des navires. Les Fi-265 apparaissent aussi dans certaines unités de l'armée pour des reconnaissances et des tâches logistiques. Des évaluations menées par la Luftwaffe avec un Bf 109 et un Fw 190 équipés de caméras montrent que l'hélicoptère est très difficile à abattre, les deux chasseurs ne plaçant aucun coup au but pendant vingt minutes d'engagement.

    Le Fi-282 « Kolibri », avec un rotor placé au-dessus du siège de pilote, est sans doute l'appareil le plus abouti d'Anton Flettner. Plus de 50 hommes sont formés par son pilote d'essai, Hans Fuisting. Très manoeuvrable, l'appareil peut dépasser les 60 km/h. En 1942, des tests ont lieu à bord du croiseur Köln, qui prouvent que l'hélicoptère peut voler même par mauvais temps. L'année suivante, 20 appareils sont en service au sein de la Kriesgmarine dans la Méditerranée et en mer Egée. En 1944, BMW reçoit commande de 1000 Kolibrisà fabriquer dans ses usines de Munich et Eisenach, mais celles-ci, ainsi que les ateliers de Flettner à Johannistal, sont victimes de bombardements alliés : seulement 24 exemplaires ont été produits. Une unité d'observation pour l'artillerie est cependant établie avec 3 Fi-282 et 3 Fa-223. Il est probable que certains appareils ont opéré dans ce rôle à partir du terrain d'aviation de Berlin-Rangsdorf pendant les derniers mois de la guerre. Flettner dessine aussi un appareil de transport à 20 places, le Fi 339, qui reste au stade du projet.


    Pour en savoir plus :


    Roger FORD, Germany Secret Weapons in World War II, Motorbooks International, Zenith Press, 2000.


    1Un inventeur espagnol qui a mis au point l'autogyre.
    2Udet est le deuxième as allemand de la Grande Guerre, derrière von Richthofen. Il devient ensuite ministre de l'Air du IIIème Reich.

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    Merci à Nicolas Pontic,à nouveau, de m'avoir envoyé ce numéro sorti il y a pile un an. Un numéro qui lui aussi, comme Ligne de front n°38 que je commentais récemment, mais avant la sortie du n°7 de Guerres et Histoire, revient sur la performance de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale... effet boule de neige ou d'imitation ? Le sujet intéresse, en tout cas.

    - dans un Focus, Raphaël Ramos revient sur la comparaison entre la campagne d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile libyenne déclenchée par le soulèvement contre Kadhafi. Intéressant.

    - Patrick Toussaint signe le premier article sur le 8,8 cm Pak. Très technique, il faut s'accrocher ! Un des canons antichars les plus efficaces du conflit, mais pas exempt de défauts (lourd, encombrant) et qui faute de production suffisante, ne détrône pas le vénérable Pak 40 de 75 mm.

    - dans la rubrique Ecrire l'histoire, François Kersaudy revient sur le thème "Biographies. Peut-on tout écrire ?", ou chronique d'un historien et de ses problèmes... je note que l'auteur envisage de se dispenser des sources pour des ouvrages grand public, comme il l'avait fait sur son ouvrage consacré à Hitler -échange houleux avec M. Kersaudy sur Amazon d'ailleurs,à l'époque... je ne suis pas persuadé que ce soit une bonne chose. Malheureusement, je sais aussi maintenant qu'il y a des contraintes d'édition, mais ça, c'est un autre problème.

    -Vincent Bernard, du blog Le Cliophage, signe le dossier sur la Wehrmacht et les raisons de son échec. Une bonne remise en cause de certaines idées reçues : la faute à Hitler, la faute au nombre, etc. J'aime bien la division en trois de l'armée allemande en termes d'efficacité, de même que l'idée des "guerres parallèles" menées par les différentes branches. Et sur les armes de pointe, Vincent Bernard rappelle combien elles interviennent trop tard. Clairement, la haute direction allemande a failli. L'auteur procède ensuite à une réévaluation de la troisième bataille de Kharkov, souvent citée en exemple pour illustrer la maîtrise tactique et opérative allemande après Stalingrad : or, en plus de pertes assez lourdes dans le corps SS, la victoire allemande n'est due qu'à un facteur de circonstances et les Soviétiques vont en tirer les leçons. Le dossier se complète par le témoignage du général allemand Mueller-Hildebrand, interrogé par l'US Army après la guerre : cette fois-ci, comme je le demandais pour le précédent numéro, il y a un encadré d'analyse, ce qui est une bonne chose.

    - dans la rubrique Ecrire l'histoire, Jean-François Muracciole continue d'envisager la question des pertes en se demandant si la Seconde Guerre mondiale a été moins meurtrière que la Première. En chiffres bruts, la réponse est clairement non, mais la réponse est plus compliquée pour les Anglo-Saxons, et l'exception soviétique est là. En outre, la violence de guerre est là : Pacifique, campagne de France (aussi meurtrière par jour que Verdun voire plus), traitement des prisonniers.

    - Frank Segrétain continue sa série avec la répression de la police de Vichy contre la résistance communiste. Une pratique qui remonte à l'avant-guerre mais qui devient prioritaire avec Barbarossa. La police française se montre efficace et les Allemands ne peuvent que s'en féliciter : Laval et Bousquet pousseront à son paroxysme la collaboration avec les autorités d'occupation en 1942.

    - Une fiche personnage de Benoît Rondeau sur Heinz Werner Schmidt, proche de Rommel. Toujours bien intéressantes, ces fiches.

    - Enfin, Christophe Prime revient sur les attentats contre Hitler. Sujet passionnant mais ici le manque de place fait que l'auteur est obligé de passer vite sur certains points (attentat du 20 juillet, préparatifs et conséquences en particulier).

    - et une fiche Uniforme sur le maquisard FFI par Jean-Patrick André.

    Au final, un bon numéro, avec des sources indiquées à peu près partout.

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    Un témoignage de première main en complément de l'article sur le raid de la Task Force Baum. Nat Frankel, ancien tankiste de la 4th US Armored Division, a livré en 1978 son vécu dans cette unité à travers un ouvrage intitulé Patton's Best. An Informal History of the 4th Armored Division. Le 26 mars 1945, il participe à l'ouverture du corridor nécessaire à l'introduction de la Task Force Baum à travers la petite ville de Schweinheim, au sud d'Aschaffenbourg :

    "Schweinheim est un enfer de tirs de bazookas [on imagine des Panzerfaüste ou Panzerschrecken, comme le montre la suite du récit]. Notre artillerie pilonne la zone à l'est de la ville, ce qui est à la fois bien et mal. Bien parce que la résistance à cet endroit sera pulvérisée, mais mal parce que cela donnera peu de motifs aux Allemands retranchés dans la ville d'en sortir... [...] Moins de trois heures après la prise de Schweinheim, les hommes de la 4th Armored Division lui donnent un surnom amené à durer : Bazooka City ! [...] A 100 mètres du premier bâtiment, un Panzerfaust pulvérise un char américain. Les hommes se dispersent et courent se mettre à l'abri : tous y parviennent sauf un. Mais les rues de Bazooka City sont étroites, si étroites qu'elles augmentent la puissance de feu des armes ennemies. Le char endommagé bloque toute progression. Heureusement, les flammes s'éteignent et un soldat parvient à ramper jusqu'à la machine en espérant qu'elle soit encore gouvernable. Ce qui est le cas : il la déplace et un deuxième char s'engage. Celui-ci est plus chanceux : il atteint le bout de la rue et commence à arroser les bâtiments à sa gauche et à sa droite. Mais le char juste derrière lui est touché. Cette fois nous ne pouvons pas le récupérer. Les soldats allemands l'encerclent et font feu de chaque côté pour tenir à distance notre infanterie. Comme si ce n'était pas déjà suffisant, deux Allemands particulièrement finauds grimpent dans le char et se servent du canon de 76. Pour la première fois à ma connaissance dans la 4th Armored Division, un canon américain est utilisé contre des soldats américains, et plutôt bien ! Notre infanterie contre-attaque mais est rejetée. Nous essayons encore une fois. Le bâtiment le plus proche de l'assaut prend complètement feu. La fumée et la chaleur sont intenses [...] Puis la radio crépite et une voix peu claire, inquiète et charitable nous ordonne de retraiter. Il semble que nous sommes battus, mais la victoire peut survenir par des voies quelque peu étranges. Nous avons déjà causé du dégât -au moins 35 prisonniers et un nombre considérable de tués et de blessés, sans doute. En retraitant, nous tirons sur la ville et visons en particulier les niches et les toits où les Allemands ont placé leurs bazookas. Les soldats ennemis se hâtent à bonne distance, et au moment où nous sortons de Bazooka City, la ville est en fait dégagée ! [...] La Task Force Baum peut ainsi passer sans mal dans la rue principale de Bazooka City - dans le sens où il faut deux à trois minutes pour être à portée d'un adversaire mortel. Ils disparaissent à distance, dans le noir. Le piège s'est refermé derrière eux".

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    La 4th Armored Division reste l'une des unités les plus connues de la 3rd US Army de Patton pendant la campagne d'Europe de l'ouest en 1944-1945. C'est notamment elle qui conduit le mouvement de Blood and Guts pour secourir Bastogne et les paras de la 101st Airborne Division assiégée. Nat Frankel a servi dans les chars du35th Tank Battalion de la 4th Armored Division. Trente ans après le conflit, il livre ses impressions sur son parcours au sein de cette division mythique à Larry Smith. On a donc à faire à un témoignage écrit bien après les faits, basé à la fois sur des souvenirs vivaces et des lectures et discussions avec d'autres vétérans de la division ou acteurs de l'époque.

    Frankel est un Juif mais cela ne l'empêche pas d'aduler Patton, bien connu pour son penchant antisémite. Il ouvre le livre sur la terreur qu'inspire aux Allemands le surnom de la division, les "bouchers de Roosevelt", qui amènent parfois des redditions spontanées. Il faut dire que la propagande allemande a fait croire aux Landsers que cette division blindée avait été recrutée avec des détenus de droit commun, un grand classique ! Frankel relate aussi des combats acharnés et relativement méconnus à partir de la percée américaine de l'opération Cobra : à Rennes, lorsque la 3rd Army fonce sur la Bretagne, et surtout à Troyes, lors de la poursuite, ville qui est défendue par des unités SS.

    Si Frankel se montre relativement indulgent avec Patton, il conserve une vision assez traditionnelle pour l'époque de l'adversaire : Rommel est ainsi montré comme le prototype du soldat-chevalier malheureux, antinazi, ainsi que la vulgate du temps de la guerre froide forgée en Occident le présentait. Le tankiste américain raconte aussi les difficultés de sa division lors du franchissement de la Moselle et de la Meuse, avec cette scène pittoresque où son Sherman tire trois obus sur un Tigre I qui rebondissent sur le blindage, le chef de char allemand sortant et passant un mouchoir sur les impacts pour se moquer de ses adversaires américains... de la même manière, Frankel signale les durs combats autour de Metz, véritable bête noire de Patton. Mais la bataille qui l'a particulièrement marquée, c'est celle de Singling, dans la trouée de Belfort.

    L'auteur revient aussi sur la percée de la 4th Armored Division en direction de Bastogne, et s'attache en particulier à l'adversaire, la 5. Fallschirmjäger Division, que les tankistes avaient déjà trouvé devant eux au moment de Cobra... lors de l'entrée sur le sol allemand, la Wehrmacht se défend parfois farouchement. A Kreuzberg, elle a même pratiqué la politique de la "terre brûlée" devant l'ennemi... tandis qu'à Worms, Frankel et ses camarades se font d'abord passer pour des Russes afin d'effrayer la population ! La 4th Armored Division découvre ensuite le camp de concentration d'Ohrdruf. On ne peut que rendre justice à Frankel qui consacre un long passage à décrire le raid de la Task ForceBaum, épisode alors peu connu, puisque relativement caché par Patton et les historiens de l'unité, le livre de référence sur le sujet ne paraissant qu'un peu plus tard (recension ici). La cohabitation avec l'Armée Rouge en Tchécoslovaquie n'est pas toujours simple non plus...

    Frankel termine son engagement en Europe en travaillant pour l'OSS dans la traque d'anciens nazis, SS, responsables des camps ou cadres importants du parti. L'ouvrage se conclut sur des considérations à propos des officiers généraux ayant commandé la division et sur les hommes de troupe que Frankel a côtoyé pendant son service. Un témoignage de première main, donc, mais écrit longtemps après les faits et qui n'offre qu'une vue partielle et partiale du parcours de la 4th Armored Division : à compléter avec des ouvrages sur l'historique de l'unité.



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    Une petite recension du dernier numéro de 2ème Guerre Mondiale auquel j'ai contribué... l'éditorial de Nicolas Pontic se place en porte-à-faux de la tendance à la culpabilisation historique, qui aurait pris le contrecoup d'une historiographie "positive".

    - Frank Ségretain signe à nouveau un article sur la politique des otages par les SS, avec l'exemple de la fusillade du 11 août 1942. Les SS prennent en main la répression des Juifs et de la Résistance et s'appuient sur le concours de la police française. Les représailles contre les otages connaissent ainsi un pic à l'été 1942 : on passe ensuite à la déportation.

    - Paul-Yanic Laquerre revient, dans une rubrique Ecrire l'histoire, sur le mythe de la bombe atomique japonaise... si des expérimentations ont eu lieu, le Japon était loin d'avoir une bombe atomique opérationnelle.

    - Benoît Rondeau se penche, dans une autre rubrique du même type, sur la question suivante : Peut-on tout remettre en cause ? Le révisionnisme historique, comme on l'appelle souvent, doit se garder de la recherche du "scoop" journalistique et des omissions qui en découlent. Enfin, il y a bien sûr le problème du révisionnisme ou du négationnisme au sens littéral, qui apparaît dans certains magazines. Prudence, donc avec cette posture...

    - Vincent Bernard revient sur les Justes, ces personnes honorées par l'Etat d'Israël pour avoir aidé des Juifs à échapper à la mort pendant la Seconde Guerre mondiale.

    - Benoît Rondeau dresse la fiche du général Auchinleck, commandant malheureux au Moyen-Orient éclipsé par Montgomery. Il finit ses jours au Maroc !

    - une fiche Uniforme de Jean-Patrick André sur un lieutenant-colonel de chars de la 1ère division blindée, 2ème armée hongroise, en Ukraine (1942).

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    Quelques blogs repérés ces derniers temps, notamment à l'occasion du point quotidien sur l'opération Serval :

    - Arme du train, un blog qui prend la suite d'un site disparu et qui est consacré à cette arme si particulière.

    - Le mamouth, que je regarde déjà depuis un certain temps, mais qui n'était pas dans les listes, de Jean-Marc Tanguy, bien connu des lecteurs de RAIDS et RAIDS Aviation. C'est chose faite.

    - Forces Opérations Blog, un blog collaboratif animé entre autres par Guillaume Belan et qui s'intéresse à la dimension terrestre des opérations contemporaines.

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    Le n°53 de Batailles et Blindés est ou sera bientôt disponible en maison de la presse ou kiosque. J'ai l'honneur d'y apporter une troisième contribution depuis juin 2012 avec un article assez dense consacré à la bataille d'Aschaffenbourg (mars-avril 1945).

    Ce combat urbain est sans doute l'un des plus intenses, et des plus méconnus aussi, de l'avance anglo-américaine à l'intérieur de l'Allemagne au cours des derniers mois de la guerre. Mais ce n'est pas le seul intérêt du propos, comme je vous laisse le découvrir dans la vidéo de présentation disponible ci-dessous.

    Un complément disponible en ligne sur ce blog suivra, comme de coutume.

    Bonne lecture et bon visionnage.




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    Orléans a connu plusieurs sièges ou batailles importantes durant l'histoire de France. On pense bien sûr à celui mis par Attila devant la ville en 451 pendant sa campagne en Gaule1. Le siège de 1428-1429, lui, est passé à la postérité grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc. La ville est d'ailleurs, dès l'époque, l'épicentre du culte de la Pucelle, bien que celle-ci n'y soit en définitive pas restée très longtemps. Le siège lui-même est souvent éclipsé par la présence de Jeanne, que d'aucuns voient comme celle qui a sauvé le royaume de France d'une chute prochaine aux mains des Anglais. S'il est vrai que l'apparition de Jeanne d'Arc a galvanisé les énergies et a été savamment orchestrée par le roi et son entourage, sur le plan militaire, le siège d'Orléans est intéressant à étudier car il recèle plusieurs caractéristiques importantes de l'art de la guerre à la fin du Moyen Age, alors en pleine transition. Retour sur un siège pas comme les autres.


    La « maudite guerre »


    « La pitié qui était au royaume de France » : c'est ce que répond Jeanne d'Arc à ses juges, à Rouen, le 15 mars 1431, quand ils lui demandent ce qui lui enseignait l'archange saint Michel. Il faut dire que le royaume de France est alors victime, comme l'Angleterre d'ailleurs, d'une dépression démographique, due non pas à une dénatalité mais à une surmortalité provoquée par les retours réguliers de l'épidémie de peste, apparue en 1347-1349. Une certaine paupérisation de la population se fait jour, mais ne concerne pas tout le monde : les princes, de grands seigneurs, vivent bien, non pas par leurs revenus propres mais par la confiscation d'une fiscalité d'ordinaire réservée au souverain.



    Le royaume de France est alors, c'est une banalité de le dire, un monde chrétien, où l'encadrement des populations par l'Eglise est étroit. Cependant, l'Eglise est déchirée, entre 1378 et 1418, par le schisme pontifical entre Rome et Avignon. L'élection de Martin V ne met pas fin immédiatement au schisme puisque le pape doit affronter un concile qui entend bien commencer une « réformation » qu'il estime nécessaire. Si l'on se trouve aussi dans une société d'ordres, c'est un monde relativement ouvert, comme le montre le parcours de Jeanne d'Arc.

    La guerre de Cent Ans, ainsi qu'on l'a baptisée au XIXème siècle, prend un nouveau cours à la fin du XIVème siècle. Après la phase de reconquête initiée par le roi français Charles V, mort en 1380, aucun traité ne vient changer la situation sous Charles VI, bien que des tentatives de rapprochement soient engagées avec le roi anglais Richard II. Mais, en 1392, Charles VI connaît sa première crise de démence. Le dauphin Louis, né ensuite en 1397, est trop jeune pour régner. Tout l'édifice monarchique français, monocratique, est ébranlé. De l'autre côté de la Manche, Richard II est renversé (1399) puis exécuté par Henri IV, petit-fils d'Edouard III, qui cherche d'abord à assurer son pouvoir en Angleterre mais qui n'est ni pacifiste, ni francophile.

    En France, le contrôle du pouvoir chancelant oppose deux oncles et le frère du roi : Jean, duc de Berry, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et Louis, duc d'Orléans. C'est surtout l'affrontement Orléans-Bourgogne qui est d'importance. A la mort du Hardi en 1404, son fils, le nouveau duc Jean Sans Peur, sentant la fragilité de sa position par rapport au frère du roi, n'hésite pas à faire assassiner Louis d'Orléans en plein Paris dans la nuit du 22 au 23 novembre 1407. Pour beaucoup de contemporains, c'est le début d'un cataclysme politique et militaire. De fait, le meurtre ouvre une véritable guerre civile entre Armagnacs (du nom du comte d'Armagnac, soutien des Orléans) et Bourguignons. Jean Sans Peur, vainqueur de ses sujets liégeois révoltés à Othée en 1408, justifie son acte par un éloge du tyrannicide. Dès 1411, dans sa lutte contre les Armagnacs, il fait appel à un contingent anglais. Les Armagnacs l'imitent dès l'année suivante.

    Jean Sans Peur ne peut faire cependant adopter son ordonnance de réformation (dans le sens de retour à la tradition) du royaume en 1413. La même année monte sur le trône anglais Henri V, fils d'Henri IV, qui entend bien récupérer son dû en France. Dès 1415, il débarque en Normandie, s'empare non sans mal de Harfleur puis cherche à gagner Calais en évitant l'armée française. Intercepté à Azincourt, Henri défait l'armée royale dans un des plus grands désastres, pour la France, de la guerre de Cent Ans. La conquête ne commence cependant qu'en 1417 par la Normandie, soumise après la chute de Rouen en 1419. Pendant ce temps, le duc de Bourgogne a installé un gouvernement parallèle à Troyes avec la reine française Isabeau de Bavière, et entre dans Paris en mai 1418. Les Armagnacs réussissent à faire sortir le dauphin Charles de la capitale ; devant la menace anglaise, le duc de Bourgogne accepte de rencontrer le dauphin à Montereau, le 10 septembre 1419. Son assassinat en forme de vengeance pour le meurtre du duc d'Orléans, entrepris à l'instigation d'anciens proches de ce dernier, jette son héritier Philippe le Bon dans les mains des Anglais.

    Henri V fait signer au roi Charles VI défaillant le traité de Troyes, en 1420, qui déshérite le dauphin Charles et fait de lui le souverain de France et d'Angleterre. Mais il faut l'appui des Bourguignons, réticents, et surtout écraser le dauphin qui n'a pas baissé les armes. Même s'il s'est brouillé avec un allié potentiel, le duc de Bretagne Jean V, Charles reprend le contrôle de la partie sud du royaume, tient des places dans le Bassin Parisien, remporte avec l'aide de renforts écossais des victoires notables contre les Anglais comme celle de Baugé (1421), où périt le propre frère d'Henri V, le duc de Clarence. La situation change brusquement avec le décès imprévu d'Henri V (31 août 1422) suivi dans la tombe, quelques mois plus tard, de Charles VI (21 octobre). Si le dauphin Charles devient Charles VII, il n'a pas été sacré et ses finances sont au plus mal, même s'il dispose de troupes expérimentées. L'année 1423 est équilibrée : succès anglais à Cravant, victoire française à La Gravelle.

    En 1424, Charles VII a rétabli son contrôle sur les finances et a reçu des renforts militaires : 2000 chevaliers et écuyers, 6000 bons archers et 2000 porteurs de haches des Highlands, des Ecossais commandés par le comte de Douglas et celui de Buchan. Teodoro di Valperga amène de Lombardie 600 lances et 1000 fantassins. Une taille d'un million de livres tournois doit servir à financer la reconquête de la Normandie, province riche et l'une des clés du royaume. Mais l'offensive française vient mourir à la bataille de Verneuil, le 17 août 1424, une des plus féroces batailles de la guerre de Cent Ans selon les chroniqueurs du temps, dont certains disent qu'elle fut encore plus acharnée qu'Azincourt. Bedford, frère d'Henri V devenu régent de France pour son jeune neveu Henri VI, doit lui-même se dégager à coups de hache. Si les pertes sont lourdes côté français, elles ne le sont pas moins du côté anglais. Charles VII n'a cependant plus d'armée ou presque après Verneuil.

    Yolande d'Aragon, la belle-mère de Charles VII, s'assure alors le soutien du frère du duc Jean V de Bretagne, Arthur de Richemont, qui est intrônisé connétable de France (mars 1425). C'est aussi un geste pour tenter une négociation avec les Bourguignons tout en écartant les anciens proches du duc d'Orléans, les Armagnacs qui sont insupportables au duc Philippe le Bon. Arthur de Richemont ne remporte pas malheureusement de succès militaire et n'hésite pas à faire assassiner les conseillers du roi qu'il juge trop gênants, comme Pierre de Giac. En juin 1427, Charles VII le remplace par Georges de la Trémoille, lui aussi ancien proche des Bourguignons. Cette année-là, La Hire et Dunois, Bâtard d'Orléans, deux grands capitaines de Charles VII, chasse les troupes anglaises qui assiégeaient Montargis et Louis d'Estouteville met en déroute une armée anglaise de 2000 hommes sous les murs du Mont-Saint-Michel. Mais aucun de ces succès n'est décisif. Une guerre civile larvée continue avec Arthur de Richemont et le régent Bedford s'attaque aux possessions de Yolande d'Aragon en Anjou. En juin 1428, Salisbury, frère de Bedford, débarque en France avec une nouvelle armée levée en Angleterre, tandis que les états du sud du royaume pressent Charles VII de négocier, ce que celui-ci veut éviter à tout prix. L'intervention de Jeanne d'Arc va rallumer, plutôt que susciter, une ferveur dynastique qui commençait à s'éteindre, et transcender les intrigues qui déchirent la cour de Charles VII.





    Jeanne d'Arc devient la Pucelle


    Jeanne d'Arc est née dans ce que l'on appelle le « Barrois mouvant », la partie du duché de Bar rattachée féodalement au royaume de France, à la lisière du Saint-Empire. Les seigneurs de Domrémy sont plutôt, cependant, dans l'orbite du duc de Lorraine. Le village est à l'écard de la grande route entre Boulogne et Strasbourg, qui passe par Toul et Grand. Charles II de Lorraine a été proche des Bourguignons mais se tient dans une prudente réserve dans les années 1420 : la ville de Neufchâteau, non loin de Domrémy, sert de refuge à tous ceux qui sont hostiles au traité de Troyes. Le duc de Bar étant mort à Azincourt, des prétendants tenant du roi Charles VII et des Bourguignons s'affrontent pour le titre. Une bataille a lieu ainsi à Maxey, en 1419, le village voisin de Domrémy. Les Anglais occupent Guise en 1424 pour menacer Vaucouleurs, la seule place qui dépend directement, dans la région, de Charles VII, dirigée par son capitaine Robert de Baudricourt. La guerre est donc bien présente dans l'enfance de Jeanne : en 1428, Domrémy est brûlée et ravagée.

    Jeanne, probablement née en 1412, porte le nom de son père, et non celui de sa mère comme c'est la coutume traditionnellement. Ce n'est pas une bergère, élément qui a été rajouté par la suite : elle reste à la maison où elle file la laine, et peut aller aux champs, comme toutes les jeunes filles de l'époque, mais c'est surtout la fille d'un notable. Jacques d'Arc est le doyen du village, cité dans les documents après l'échevin et le maire. Jeune paysanne plutôt aisée, Jeanne a un destin tout tracé : d'ailleurs son père la fiance sans lui demander son avis avec un homme de la région... alors qu'elle se fait remarquer par sa piété. Dès l'été 1424, elle entend les premières voix dans le jardin de son père. Les apparitions, régulières, se font plus pressantes à partir de l'arrivée en France de l'armée de Salisbury, à l'été 1428. Elle dit plus tard être visitée par saint Michel, puis par les saintes Catherine et Marguerite. Les habitants de Domrémy ont d'ailleurs probablement eu vent de ces apparitions avant son départ.


    Les Anglais devant Orléans


    On connaît assez bien les événements liés au siège d'Orléans, qui démarre en septembre 1428, notamment grâce au Journal du siège d'Orléans, notes prises dans les années 1460 par un témoin oculaire, complété par d'autres sources. Les Anglais et les Bourguignons sont plutôt avares de commentaires, surtout les premiers. Autres sources d'importance : les documents comptables des armées, qui ont été en partie conservés dans les deux camps et qui apportent de précieuses informations.

    Thomas de Salisbury débarque en France en juin 1428. Avec lui, 450 hommes d'armes, 2250 archers. C'est l'un des chefs de guerre les plus expérimentés du côté anglais : il a été à Azincourt, à Verneuil, il a participé à la conquête de la Normandie. C'est lui, aussi, qui a été chassé devant Montargis en septembre 1427 par des capitaines français tout aussi brillants : le Bâtard d'Orléans, Raoul de Gaucourt, gouverneur d'Orléans, qui avait dirigé la défense de Harfleur en 1415 face à Henri V ; le seigneur de Villars, des capitaines gascons comme La Hire et Xaintrailles. Salisbury, lui, compte bien faire sauter le verrou d'Orléans et prendre ensuite toutes les places françaises sur la Loire, afin de protéger définitivement Paris et d'entamer l'offensive contre le « royaume de Bourges ». Bedford, le régent, aurait préféré achever la conquête de l'Anjou. Concentrée à Chartres, l'armée anglaise progresse rapidement et s'empare, le 5 septembre, de Meung-sur-Loire, à une dizaine de kilomètres d'Orléans. Elle met ensuite le siège devant Beaugency, tandis que les soudards pillent la collégiale royale de Notre-Dame-de-Cléry. Le 8 septembre, Salisbury paraît pour la première fois sous les murs d'Orléans. Pour priver la ville de secours, il procède à un encerclement méthodique sur 10 à 20 km de rayon. Beaugency tombe le 25 septembre ; à la fin du mois, le nord et l'ouest d'Orléans sont bloqués. John de la Pole, lieutenant de Salisbury, s'occupe de l'est : il prend Jargeau le 5 octobre, Châteauneuf le lendemain. Le 7, Olivet, au sud d'Orléans, est investie, et une reconnaissance est lancée sur les défenses de la ville le soir-même. Orléans est désormais assiégée.

    Orléans, située sur la rive droite de la Loire, est alors une grosse ville pour l'époque, peut-être 30 000 habitants avec les faubourgs. Protégée par un rempart et une trentaine de tours, ainsi que par le donjon de la Tour Neuve construit sous Philippe Auguste, Orléans dispose d'un pont de 350 m à 19 arches qui la relie à la rive sud de la Loire. Au milieu, l'île Saint-Antoine, où un fortin a été construit en 1417 après une incursion anglaise -la bastille Saint-Antoine. Au niveau de la 18ème arche, on trouve deux tours solidaires qui protègent l'accès au pont, la bastille des Tourelles. Ville royale par excellence jusqu'à Philippe Auguste, Orléans compte aussi une prestigieuse université de droit civil et c'est le coeur des terres des Orléans . Charles, le fils du duc assassiné par Jean Sans Peur, a été capturé à Azincourt et il est prisonnier en Angleterre.



    Charles VII connaît l'importance de la place. Dès juin 1428, il autorise les habitants à prélever des taxes sur des marchandises et le sel pour financer le renforcement des remparts. Le 7 septembre, plusieurs centaines d'hommes arrivent à Orléans, commandés par le Bâtard, La Hire et Xaintrailles. Dunois, Bâtard d'Orléans, prend en charge la défense avec Raoul de Gaucourt. La garde est doublée. Chaque porte est munie d'une cloche pour sonner l'alerte. Au débouché du pont, après les Tourelles, les habitants construisent une levée de terre et un fossé pour en défendre l'accès. Mais l'atout de la ville, c'est son artillerie. Orléans entretient 12 canonniers principaux qui ont la responsabilité de 70 pièces, de la couleuvrine aux gros canons. Montargis en a envoyé un qui porte le nom de cette ville ; un autre canon est baptisé « Rifflart », ou celui qui érafle. Les bourgeois d'Orléans ont fait faire une bombarde. L'artillerie joue un rôle considérable pendant le siège : elle tue plusieurs chefs anglais, dont Salisbury et son neveu Richard Grey. Elle a même ses héros : Jean de Monteclair, dit le Lorrain, est un expert de la couleuvrine. Lorrain installé à Angers, Charles VII l'envoie à Orléans. C'est en quelque sorte un ancêtre des snipers modernes : il tue à distance avec sa couleuvrine, use de malice en faisant croire aux Anglais qu'il a été touché avant de se relever. Jean d'Aulon raconte qu'il lui désigne, pendant l'assaut sur la bastille des Augustins, un Anglais qui anime la défense, que Jean Monteclair abat immédiatement, ce qui permet d'emporter la place.

    Raoul de Gaucourt dispose, en septembre, de 5000 hommes pour la défense, plus les quelques centaines entrés à la dernière minute. Mais les effectifs fluctuent tout au long du siège. En mars 1429, il y a par exemple 500 hommes d'armes et 400 hommes de trait. Cependant, les troupes envoyées régulièrement par Charles VII permettent non seulement de tenir la place mais aussi de mener des sorties contre l'assiégeant. La cohabitation entre soudards et bourgeois n'est pas facile au départ, mais le siège soude les volontés. Même les femmes de la ville participent à la défense, une caractéristique que l'on retrouve fréquemment lors des sièges de la fin du Moyen Age.

    Côté anglais, les effectifs ne sont pas très nombreux, mais correspondent aux capacités financières et logistiques de l'époque. Aux 2 700 hommes initiaux de Salisbury s'ajoutent les 400 hommes d'armes et 1 200 archers fournis par Bedford, la levée féodale en Normandie disponible au printemps 1429 (200 hommes d'armes, 600 archers) et le contingent bourguignon dont on ignore le nombre. En novembre, moment où les opérations stagnent, il n'y a que quelques centaines d'Anglais devant Orléans. Le contingent bourguignon se retire en avril 1429. Au maximum, il n'y a pas eu plus de 5 à 6 000 Anglais en face de la ville. Et en réalité, on y trouve beaucoup de Français : sujets du duc de Bourgogne et Normands en particulier. Outre Salisbury et son neveu, il y a parmi les chefs les frères La Pole, Talbot, Thomas de Scales, William Neville, William Glasdale, tous expérimentés par les combats en France. Bien préparés, les Anglais disposent eux aussi d'une abondante artillerie. Une pièce de gros calibre, baptisée Passe, envoie des projectiles de plusieurs dizaines de kilos. Le ravitaillement avec Paris est solidement tenu.

    Le 12 octobre, Salisbury lance une première attaque sur la ville elle-même. Les Anglais arrivent avant la fin des travaux du boulevard au-delà du fort des Tourelles : les habitants incendient un faubourg et le couvent des Augustins. Mais les assaillants s'y installent et le couvent devient le quartier général anglais. Le 17 octobre, l'artillerie anglaise installée à cet endroit bombarde les Tourelles. D'autres canons, placés sur la levée de Saint-Jean-le-Blanc, bombarde les murailles de la ville. En une journée, ils tirent pas moins de 124 boulets ! Le 21 octobre, une première attaque anglaise sur le boulevard des Tourelles échoue, avec de lourdes pertes (120 tués selon les Français). Les Anglais entreprennent alors de creuser une mine sous le boulevard, mais les Français la détectent et évacuent l'ouvrage en l'incendiant. Abandonnant les Tourelles qu'ils jugent en mauvais état, les Français construisent alors un nouveau boulevard devant la bastille Saint-Antoine, le boulevard de Belle-Croix. Les Tourelles sont évacuées le 23 octobre et les Anglais y entrent le lendemain. William Glasdale prend la tête des hommes placés là.

    Salisbury, qui observe la ville depuis une fenêtre des Tourelles le 24 octobre, est atteint par un boulet de canon ou une balle de couleuvrine tirée depuis Orléans. Transporté à Meung-sur-Loire, il y meurt trois jours plus tard. Décontenancés par la mort de leurs chefs, les Anglais, peut-être aussi en prévision de l'hiver, replient dès le 8 novembre une partie de leurs troupes dans les villes proches. Si Glasdale garde le commandement sur la rive sud, au nord, celui-ci est collectif, Talbot semblant dominer. Bedford, qui s'est rapproché à Chartres depuis la mort de Salisbury, n'intervient cependant pas outre mesure, preuve qu'il était opposé au siège. En novembre, le siège se limite au pilonnage de l'artillerie anglaise. Le 25 octobre, des renforts français sont arrivés : plusieurs centaines d'hommes d'armes et d'arbalétriers, des fantassins italiens commandés par Jean de Brosse, seigneur de Boussac et de Saint-Sévère, maréchal de France, Jean de Bueil, Jacques de Chabannes, Pierre d'Amboise, La Hire. Venue de Blois, l'armée a suivi la rive en évitant les places tenues par les Anglais. Le siège n'est pas établi au sens strict.

    Début décembre, la situation évolue. Le 1er, la garnison anglaise des Tourelles reçoit le renfort de 300 hommes commandés par Thomas de Scales et Talbot. Le 7, avec de l'artillerie supplémentaire, ils tentent un coup de main sur le boulevard Saint-Antoine, qui échoue, notamment parce que les préparatifs anglais sont visibles depuis le beffroi de la ville, qui signale toutes les attaques. Les Orléanais placent ensuite une grosse bombarde pour pilonner les Tourelles. Noël voit une trève entre les deux camps. Quelques jours plus tard, une joute oppose deux chevaliers gascons de la compagnie de La Hire à deux Anglais. Le 29 janvier 1429, La Hire rencontre même Lancelot de Lisle, le maréchal anglais, mais on ne sait pas ce qu'il en sort ; en revanche de Lisle est tué par un boulet de canon en revenant vers ses lignes... Car le 30 décembre, une armée anglaise de 2 500 hommes apparaît sur la rive nord, pour commencer l'investissement de la place. Les Orléanais l'ont bien compris et tentent une sortie, pendant laquelle Jacques de Chabannes est blessé. Les Anglais, encore insuffisamment nombreux pour entreprendre un véritable blocus, s'installent d'abord à l'ouest, sur la route de Blois d'où peuvent provenir les renforts français, dans les ruines de l'église Saint-Laurent. Le 1er janvier, ils attaquent la porte Renard, celle de la route vers l'ouest. Les assiégés font une sortie mais ils ont le dessous. Les Anglais reviennent le lendemain et le 4 janvier, ils attaquent à la fois la porte Renard et le pont à partir des Tourelles, mais sont rejetés. Les pertes sont légères mais les combats deviennent quotidiens : le siège commence réellement.

    Le ravitaillement et les renforts arrivent cependant à pénétrer assez faciilement dans la ville. Le 3 janvier, 950 cochons et 400 moutons y sont entrés. Le 5, Louis de Culant, amiral de France, entre par le même chemin : par Blois, sur la Sologne et le port Saint-Loup. Le 10, c'est un convoi de poudre et de vivres qui arrive de Bourges. Les 8 et 9 février, 1500 combattants arrivent à Orléans avec Raoul de Gaucourt, Guillaume d'Albret, William Stuart, frère du connétable d'Ecosse, Gilbert Motier de la Fayette, maréchal de France. Mais ces voyages ne sont pas sans risques : le 9 février, le Bâtard de Bar, qui veut aller à Blois, est capturé par les Anglais. Ceux-ci n'ont cependant jamais pu complètement isoler Orléans. Ils prennent même des vignerons de la ville qui tentent d'entretenir leurs parcelles ! Pire, certains de leurs convois sont capturés, comme celui du 3 avril. Pour prendre Orléans, les Anglais n'ont que deux solutions : l'assaut ou le blocus. Faute d'effectifs ou en raison de la solidité des défenses, ils commencent par la deuxième option.

    Ils construisent d'abord un boulevard en aval du fleuve, sur l'île « Charlemagne », puis un autre sur la grève de la rive sud, pour circuler tranquillement entre leurs positions. Lancelot de Lisle, qui commance ces ouvrages, est cependant tué le 29 janvier. Puis ils construisent un autre boulevard pour compléter l'encerclement. Le 15 janvier, les chefs français tentent une sortie, pour gêner les travaux, contre le camp principal de Saint-Laurent : c'est l'échec. Le lendemain, John Falstolf amène 1200 hommes, du ravitaillement et des munitions. Plus nombreux, les Anglais cherchent à empêcher les convois de passer : le 18, ils saisissent près de Jargeau l'un d'entre eux et le bateau qui servait à franchir le fleuve, renseignés par des villageois. Les défenseurs cherchent à reprendre le bateau mais perdent 22 tués et le tireur d'élite Jean de Monteclair manque d'être pris.

    Charles VII n'est pas resté inactif depuis le début du siège : tous les grands capitaines ou presque de l'armée fançaise y sont. Le roi envoi en octobre un chirurgien pour soigner les blessés. Surtout, il cherche à rassembler de l'argent et à obtenir l'alliance des Ecossais. Des messagers ou des capitaines font fréquemment l'aller-retour pour le tenir informé du déroulement du siège. Le roi confie enfin une armée de plusieurs milliers d'hommes au comte de Clermont, venu d'Auvergne. Le 10 février, les Orléanais apprennent qu'un important convoi de ravitaillement doit rejoindre l'armée anglaise venant de Paris, avec plus de 300 chariots. Dunois veut s'en emparer et soumet l'idée au comte de Clermont, au connétable John Stuart d'Ecosse et à Louis d'Amboise, qui donnent leur accord. L'opération est périlleuse car il faut prélever les meilleurs défenseurs de la ville pour faire la jonction avec le comte de Clermont, avant d'attaquer le convoi.

    Le 11 février, la plupart des chefs français, menant 1500 hommes, quittent Orléans. Au même moment, le comte de Clermont part de Blois avec 2500 hommes. Les deux groupes doivent faire leur jonction à Rouvray-Saint-Denis, à 40 km au nord d'Orléans. Le groupe orléanais y arrive en premier et campe sur place. Le 12 février, dans l'après-midi, Dunois apprend l'approche imminente du convoi, escorté par John Falstolf, le prévôt de Paris Simon Morhier, 1600 hommes d'armes et les arbalétriers des milices parisiennes. La Hire veut attaquer immédiatement pour conserver l'effet de surprise mais Dunois demande d'attendre le comte de Clermont, qui l'a exigé par courrier. Or les Anglais repèrent les Français, installent leurs chariots en cercle et plantent des pieux dans le sol pour se protéger. Arbalétriers et archers anglais sont placés chacuns sur un flanc, les hommes d'armes étant au centre. En face, les mercenaires gascons sont contre les Parisiens, les Ecossais contre les archers anglais et les hommes d'armes face à leurs homologues. L'armée française n'arrive pas à conserver sa discipline et le connétable d'Ecosse entraîne le reste des troupes à l'attaque. C'est un massacre : les archers anglais s'en donnent à coeur joie et les survivants sont cueillis par une sortie des hommes d'armes anglais. Le comte de Clermont, arrivé trop tard, refuse de prendre part aux combats. Les Français perdent 3 à 600 tués dont le connétable d'Ecosse, son frère et d'autres grands seigneurs. Les survivants, conduits par La Hire et Xaintrailles, se replient sur Orléans. Cette journée reste connue sous le nom de « détrousse des Harengs », les vivres du convoi étant constituées de poisson en ce temps de carême. Le convoi arrive d'ailleurs dans le camp anglais le 17 février.

    Le comte de Clermont, qui vient dans la ville assiégée, en repart dès le 18 février. Beaucoup de personnages importants, et 2000 hommes, la moitié de la garnison, partent avec lui : Louis de Culant, et même La Hire. Le Bâtard, Poton de Xaintrailles et le maréchal de Saint-Sévère, qui restent, semblent abattus : ils proposent aux habitants la reddition, ceux-ci refusent et mandent à la place une ambassade au duc de Bourgogne. Début mars, un trou assez large pour laisser passer un homme est découvert dans le rempart. Le lendemain, Dunois doit faire pendre deux hommes qui n'ont pas respecté le sauf-conduit, preuve que la discipline se relâche et que le moral flannche. Des Anglais se déguisent même en femmes pour pénétrer dans la ville ! La situation est pourtant loin d'être désespérée. Pour échapper à la surveillance du beffroi et finir le siège, les Anglais cherchent à creuser un profond fossé. Le 3 mars, les assiégés réussissent à interrompre les travaux par une sortie : Jean de Monteclair tue 5 Anglais avec sa couleuvrine dont Richard Grey, le neveu de Salisbury. Le 8, plusieurs centaines d'Anglais arrivent de Jargeau et de la Beauce. Le 10, ils occupent l'ancien monastère Saint-Loup, à l'est de la ville, qui domine le fleuve, et en font une bastille avec parapet et fossé. Le 20, un nouveau fortin, « Londres », est construit. Manifestement les Anglais cherchent à asphyxier Orléans par une ceinture de bastilles. Au début du mois d'avril, ils en construisent une autre, « Rouen », qu'une sortie des assiégés le 9 ne parvient pas à détruire. Un convoi d'argent pénètre pourtant dans la ville le 13. Les Anglais répliquent en construisant un nouvel ouvrage, « Paris », entre les 15 et 20 avril, mais une sortie parvient à faire rentrer un nouveau convoi le 16.

    Les escarmouches continuent en parallèle. Début avril, les Orléanais lancent un raid sur Meung : le capitaine anglais est tué et du bétail ramené. Le 12 avril, 20 Anglais sont capturés dans l'église Saint-Marcel. Le 16, 50 hommes d'armes français venus de Sologne lancent un coup de main sur les Tourelles : ils font 15 prisonniers, et les assiégés tuent 3 sentinelles lors d'une sortie. La détermination des défenseurs semble alors renforcée : il faut dire que dès la fin février, comme le rappelle Dunois lors du procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc de 1456, ils ont eu vent de l'arrivée d'une Pucelle qui doit lever le siège et faire sacrer le roi à Reims. Partie de Vaucouleurs le 13 février, Jeanne est en effet passée à Gien le 18 ou le 19, ce qui confirme le témoignage de Dunois.


    De Vaucouleurs à Orléans


    Jeanne cherche alors par tous les moyens à quitter Domrémy pour mener à bien sa mission. Elle saute sur la première occasion pour aller rencontrer le capitaine de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, qui l'éconduit. Puis elle va voir le duc Charles II de Lorraine, intrigué par la Pucelle, qui lui donne sa bénédiction. Baudricourt s'incline, suivant aussi les habitants de Domrémy, et Jeanne part le 12 février, journée de la « détrousse des Harengs », accompagnée d'une escorte conduite par Jean de Metz et Bertrand Poulengy. L'expédition n'a rien d'une mission commando derrière les lignes ennemies, mais le voyage reste périlleux. Jeanne arrive à Chinon le 23 février. On prend quelques précautions, probablement, avant de lui faire rencontrer Charles VII, qui est convaincu. Après confirmation de sa virginité, elle passe devant une commission de théologiens à Poitiers. Ceux-ci finissent par accepter ses dires, même si elle inverse l'attendu en déclarant que le signe montrant la pertinence de ses paroles sera la reconquête d'Orléans... mais d'ailleurs en quoi consiste exactement sa mission ? Deux points sont sûrs : lever le siège d'Orléans et faire sacrer le roi. Ce sont les deux objectifs premiers. Mais Jeanne aurait aussi évoqué la reprise de Paris et la libération du duc d'Orléans, captif en Angleterre.

    On ne sait pas grand chose sur les préparatifs de Jeanne pour la guerre. En revanche, le royaume de Bourges met en oeuvre une formidable campagne de communication, comme on dirait aujourd'hui, pour faire connaître cette Pucelle qui prend la tête de l'armée afin de délivrer Orléans. On ressort de vieilles prophéties qui annonçaient la venue d'une vierge chargée de mettre fin aux maux du royaume. On la qualifie de prophétesse et, à ce moment-là, de bergère, tout en évitant soigneusement la question des voix, qui dérange le clergé y compris dans le camp de Charles VII. Jeanne est de plus dotée d'une « maison militaire » : un écuyer, Jean d'Aulon, deux hommes d'armes, Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, deux pages, dont Louis de Coutes. Il y a aussi deux hérauts, D'Ambleville et Guyenne, et sans doute deux frères de Jeanne, Jean et Pierre, ainsi que son confesseur, Jean Pasquerel, et le clerc Mathelin Raoul, qui tient les comptes. Jeanne reçoit une armure mais, surtout, se fait confectionner des drapeaux : un pennon avec une Annonciation et un étendard qui devait probablement porter une représentation de l'Apocalypse avec l'héraldique royale et les mots « Jhesu Maria », selon le culte du Saint Nom alors diffusé par des franciscains comme Bernardin de Sienne. Dès le 22 mars, à Poitiers, elle a adressé une lettre aux Anglais, en forme de défi, qui se termine en appel à la croisade après la libération du royaume -une mission supplémentaire dont elle s'investit aussi.


    Le siège d'Orléans est levé


    Dès la fin du mois de février, donc, les défenseurs d'Orléans ont connaissance de la Pucelle. Deux envoyés reviennent fin mars-début avril avec les informations récentes. Bedford commet alors une erreur en humiliant le duc de Bourgogne, venu lui soumettre l'offre de négociation des Orléanais. Le 17 avril, le contingent bourguignon se retire. Dans la nuit, les défenseurs saluent le départ en menant une sortie qui aboutit à des combats sanglants. Les Anglais reçoivent cependant des renforts et construisent un nouveau boulevard. Bedford n'a plus de réserves et doit demander des troupes en Angleterre, qui mettront du temps à arriver. Côté français, des hommes entrent encore : le 24 avril, le Bâtard de Masqueran avec 40 hommes d'armes ; le 25, Alain Giron, un Breton, avec 100 combattants ; le 28, Florent d'Illiers, capitaine de Châteaudun assiégé, se jette dans Orléans avec les 400 défenseurs, dont le frère de La Hire. Les Anglais interceptent pourtant un convoi destiné à la ville. La situation est dans l'impasse : les assiégeants ne peuvent emporter la décision, mais les assiégés ne peuvent pas lever le blocus.

    Jeanne arrive à Blois le 25 avril. Un gros convoi doit parvenir à Orléans sous escorte, avec Gilles de Rais, le maréchal de Saint-Sévère et la Pucelle : 3000 hommes, 60 chariots de vivres et 435 de bétail. L'armée longe la rive de la Sologne, presque à l'image d'une croisade : on chante le Veni Creator Spiritus, Jeanne a chassé les prostituées et fait confesser les hommes, et a interdit la rapine. Dans la nuit du 28 au 29 avril, le convoi approche du sud d'Orléans. Dunois vient à sa rencontre avec La Hire. L'entrevue est orageuse. Jeanne accepte d'embarquer cependant avec le ravitaillement et quelques troupes pour rentrer plus vite dans la ville, au lieu d'attaquer tout de suite comme elle le voudrait. Son entrée dans la ville a un effet certain sur le plan psychologique. Le lendemain 30 avril, les chefs décident d'attendre le reste de l'armée avant de passer à l'assaut. La Hire et Florent d'Illiers tentent pourtant une sortie infructueuse contre l'ouvrage « Paris ». Jeanne envoie encore des sommations aux Anglais, qui l'insultent copieusement sur les remparts.

    A ce moment-là le dispositif anglais est achevé. Autour de la ville, d'ouest en est, le camp Saint-Laurent puis les bastilles Londres, Rouen, Paris, à l'est la bastille Saint-Loup ; au milieu du fleuve, sur l'île Charlemagne, un boulevard ; plus au sud, sur l'autre rive et la grève, la bastille du Champ-Saint-Pryvé ; le fort des Tourelles et le couvent des Augustins, et plus à l'est, la levée de Saint-Jean-le-Blanc. Les Anglais, trop peu nombreux, sont dispersés dans ces bastilles et n'ont pas de réserves. Le 3 mai, 2 000 hommes partent de Blois et arrivent le lendemain dans Orléans par la rive nord, couverts par une sortie des assiégés. Mais Jeanne n'est pas tenue informée des opérations par les chefs français. Des combats éclatent ce jour-là près de la bastille Saint-Loup, un peu isolée dans le dispositif anglais. Les Français sont d'abord victorieux puis ont le dessous. Jeanne, qui se réveille en sursaut, accourt sur les lieux et galvanise les assiégés, qui finissent par emporter la bastille. Beaucoup d'Anglais périssent et il n'y a quasiment pas de prisonniers. Ce n'est pas en soi un miracle : la bastille était peu défendue, puisque les sources évoquent 110 à 190 Anglais tués et 10 à 40 capturés, les Français perdant 2 morts. Talbot a bien fait une sortie depuis la bastille Paris pour aider Saint-Loup mais, averti par le beffroi, le maréchal de Saint-Sévère est lui aussi sorti pour le contrer.

    Le 5 mai est jour de trêve car jour de l'Ascension. Un conseil de guerre à Orléans réunit tous les chefs français... sauf Jeanne, encore une fois tenue à l'écart. Les Français décident d'attaquer simultanément le camp de Saint-Laurent et les Tourelles. Jeanne finit par se faire révéler le plan : elle envoie une dernière missive aux Anglais sur une flèche tirée dans leurs positions. Dans la nuit du 6 mai, elle traverse le fleuve avec les soldats qui s'emparent sans combats de la levée de Saint-Jean-le-Blanc, abandonnée par les Anglais qui se sont réfugiés aux Augustins. Un premier assaut sur cet ouvrage échoue : Jean d'Aulon et Raoul de Gaucourt couvrent la retraite.  Surviennent alors Jeanne et La Hire qui repoussent une sortie des défenseurs des Augustins, avant de s'emparer de haute lutte de l'ouvrage. Les survivants se réfugient aux Tourelles.

    Le 7 mai, Jeanne, blessée la veille par une chausse-trappe, veut prendre les Tourelles. Les capitaines sont contre : selon certaines sources, ils demandent même à Raoul de Gaucourt de fermer les portes pour empêcher Jeanne de sortir de la ville ! Mais celle-ci les fait fléchir. L'assaut initial sur les Tourelles est repoussé, les Anglais luttant pied à pied. Jeanne, toujours au premier rang, est blessé au cou. Au soir, Dunois veut sonner la retraite. Mais Jeanne s'entête, son étendard est porté en avant, les défenseurs du pont sortent du boulevard Belle-Croix jettent des planches et attaquent les Tourelles de ce côté, menés par un chevalier de l'Hôpîtal, frère Nicolas de Giresme. Les Anglais fléchissent, évacuent le boulevard, tandis qu'une partie du pont-levis s'effondre, emportant plusieurs chefs anglais dont Glasdale, qui périt noyé. On ne sait pas si cette destruction est provoquée par le tir d'une bombarde ou par un bateau rempli de matières inflammables qui a bien été jeté sur les Tourelles. Les pertes anglaises sont lourdes, 3 à 600 morts, et la bastille est finalement tombée.

    Le lendemain, 8 mai, les Anglais se déploient en ordre de bataille devant la ville. Les assiégés font de même : tous les chefs sont là. C'est un dimanche. Les deux armées s'observent pendant une heure. Jeanne refuse d'engager le combat le Jour du Seigneur. Finalement, les Anglais abandonnent et se replient sur Meung, poursuivis par La Hire et Ambroise de Loré qui, avec 120 lances, s'emparent des bagages et d'une partie de l'artillerie. Le Bâtard de Bar en profite pour s'échapper. Les Orléanais démantèlent les ouvrages anglais. Les 8 et 9 mai, des processions ont lieu dans toute la ville. Jean Gerson, fameux théologien, achève quelques jours plus tard le traité qu'il consacre à Jeanne par cette phrase : « Cela a été fait par le Seigneur » . Thomas Basin, lui, conclut ainsi sur l'épisode : « Dès lors la pointe de fer de la flèche anglaise fut émoussé et ne pénétré plus comme auparavant , dès lors le cours de la Fortune fut changé... » .

    Conclusion


    Charles VII va faire de Jeanne d'Arc, contrairement à ce qui s'est sans doute passé, la figure centrale de la reconquête d'Orléans. L'issue brutale du siège, décidée en quelque jours, combinée à l'effort de propagande royal, suscite un véritable choc dans le royaume. Le duc de Bretagne, spécialiste des louvoiements entre les deux camps, revient vers Charles VII. Mais les Anglais ne sont pas encore défaits : Jeanne, cependant, au côté des chefs de guerre du roi, reconquiert les villes au fur et à mesure, Jargeau, Meung, Beaugency, avant la victoire de Patay, le 18 juin 1429. La victoire est totale et ouvre la voie à l'expédition du sacre. L'impulsion décisive est ainsi donnée à la phase finale de la guerre de Cent Ans. Charles VII, sacré roi à Reims, a désormais l'initiative, et ne la lâchera plus. Sur le plan militaire, outre le rôle de l'artillerie, le siège d'Orléans montre combien les deux armées en présence restent encore profondément médiévales, malgré des germes de modernité.


    Pour en savoir plus :


    Philippe CONTAMINE, Olivier BOUZY, Xavier HELARY, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Bouquins, Paris, Robert Laffont, 2012.

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    Hubert Védrine a toujours été un proche de François Mitterrand, de par son père d'abord et ensuite directement, dans l'opposition puis au pouvoir après 1981. On se souvient de lui comme le ministre des Affaires Etrangères du gouvernement Jospin pendant la troisième cohabitation de la Vème République. Il préside l'Institut François Mitterrand depuis 2003. Difficile, au vu de ce parcours, de présenter un récit objectif d'un des grands personnages de la Vème République. Mais Hubert Védrine s'en sort relativement bien, malgré quelques silences significatifs...

    Enfant de la Saintonge et de l'Aquitaine, François Mitterrand vit une enfance heureuse, pour l'époque, dans un milieu plutôt rural auquel il restera toujours profondément attaché par nostalgie. Elevé dans un milieu catholique conservateur, il reste fidèle à cette tradition pendant longtemps, et ce dès sa montée sur Paris comme étudiant en 1934. Ce qui ne l'empêche pas de déplorer la montée du nazisme en Allemagne. Mobilisé, fait prisonnier pendant la campagne de France, Mitterrand réussit à s'évader au bout de trois tentatives en décembre 1941. Encore maréchaliste, comme bon nombre de Français, il gagne ensuite Vichy pour avoir une situation. Mais il finit par rejoindre la Résistance dès 1942, tout en menant un double-jeu délicat qui lui vaut d'être décoré de la francisque par Pétain. Obligé de partir en Angleterre en novembre 1943, il rencontre De Gaulleà Alger -moment houleux- puis regagne la France occupée en février 1944. Il participe à la fusion des mouvements de résistance des anciens prisonniers de guerre. A la Libération, pourtant, il refuse les fonctions qu'on lui propose : il n'entre véritablement en politique qu'en 1946. En janvier 1947, après avoir rejoint l'UDSR, il est choisi comme ministre des Anciens Combattants par le président du Conseil Paul Ramadier.



    Dès 1954-1955, il est pressenti comme possible président du Conseil lui-même, mais cela n'arrivera pas en raison de l'expérience algérienne. Il occupe néanmoins des fonctions importantes, notamment à l'Outre-Mer, où il préfigure la loi-cadre de Defferre adoptée en 1956. C'est aussi à ce moment-là qu'il s'implante dans la Nièvre, son territoire d'élection, en tirant sur la gauche après s'y être présenté, au début, plutôt à droite. Ministre de l'Intérieur de Pierre Mendès-France en 1954, et alors que commence la crise algérienne, Mitterrand semble se rallier au discours classique de la classe politique de la IVème République, contrairement à ce qu'avance Hubert Védrine -peut-être une des seules faiblesses du propos. On le voit bien en 1956 quand, garde des Sceaux de Guy Mollet, il signe le décret sur la justice militaire en Algérie. En 1958, avec l'avènement de la Vème République, il s'engage dans l'opposition à De Gaulle. Mis en difficulté dans la Nièvre, il parvient à rebondir. C'est en 1965, en mettant en ballotage le général à l'élection présidentielle, que Mitterrand crée la surprise et incarne la direction de la gauche française.

    Mitterrand doit alors réussir son pari, l'union de la gauche, des centristes aux communistes. Entouré d'un groupe d'amis, sa stratégie semble fonctionner aux législatives de 1967. L'ouragan de mai 1968 balaye cette progression et, logiquement, Mitterrand choisit de ne pas se présenter en 1969. Pour accomplir son oeuvre, il réussit, au congrès d'Epinay de 1972, à prendre le contrôle du parti alors qu'il n'en était même pas membre auparavant ! La SFIO devient le PS. C'est lui qui fait adopter l'emblème de la rose et du poing et le slogan "Changer la vie" pour les élections de 1973. Il cherche ensuite à établir un programme commun avec les communistes. Battu une nouvelle en 1974 par Giscard, Mitterrand ne désarme pas et devient la figure de ralliement de la gauche aux élections de 1981. Année où le 10 mai, il est enfin élu président de la République.

    Mitterrand veut réformer, et vite. Mais la crise économique rattrape les socialistes au pouvoir. Le président se sait aussi, cette année-là, atteint d'un cancer qu'il va dissimuler pendant dix ans. Pourtant, dès 1982, Mitterrand doit  abandonner ses ambitions de changement pour la rigueur et afin de maintenir la France dans la CEE : la sociale-démocratie s'impose. Fabius a remplacé Mauroy comme Premier Ministre en 1984. Deux ans plus tard, la droite remporte les législatives : c'est la première cohabitation, et le FN réalise une première percée qui le fait entrer à l'Assemblée. Pour désamorcer les tensions, Mitterrand se rapproche d'Helmut Kohl, de Thatcher, de Reagan, s'aligne sur l'OTAN contre la menace des SS-20 mais apprécie déjà Gorbatchev. Bien que souhaitant maintenir un lien privilégie avec les pays arabes, il est en bons termes avec Israël et plus souple avec les Anglo-Saxons que ne l'était De Gaulle. En 1988, il remporte à nouveau l'élection présidentielle contre Jacques Chirac. 




    Mitterrand lance un nouveau train de réformes avec son Premier Ministre Michel Rocard, sérieux opposant du PS. Il règle aussi la question de la Nouvelle-Calédonie, éminemment complexe. Mais le parti se déchire en 1990 au congrès de Rennes, devant les ambitions de Michel Rocard et celles, déçues, de Lionel Jospin, face au dauphin désigné, Laurent Fabius. Mitterrand gère cependant très bien la chute de l'URSS et la réunification de l'Allemagne, tout comme la guerre du Golfe : échaudé par les reculades des années 30, il a toujours réagi vivement aux invasions militaires. En revanche, il doit suivre contraint et forcé la dislocation de l'ex-Yougoslavie à laquelle il n'était pas favorable, contrairement au voisin allemand. Son voyage éclair à Sarajevo en juin 1992, en plein milieu du siège, a marqué les esprits. Il a moins de réussite avec ses Premiers Ministres : Edith Cresson, première femme à ce poste, rapidement mise hors-jeu, et Pierre Bérégovoy, dont le suicide reste un épisode sombre de la geste mitterrandienne. La seconde cohabitation, à partir de 1993, est marquée par la révélation du passé vychistes de Mitterrand à la publication du livre écrit  par Pierre Péan. Un passé dont tout le monde avait connaissance sous la IVème République et qui était fréquemment utilisé par ses adversaires, mais que tout le monde avait oublié depuis. Survient également l'épisode tragique du Rwanda, où le rôle du gouvernement français est au mieux ambigu -ce qu'Hubert Védrine ne met pas beaucoup en lumière... Cette même année 1994, le public prend connaissance de l'existence de sa fille Mazarine. Avant l'élection de 1995, il faut inaugurer, déjà bien diminué par la maladie, la BNF. Jacques Chirac est élu président.

    Mitterrand succombe le 8 janvier 1996. Lionel Jospin, dont la relation à l'ancien président est compliquée, prend la suite au PS. Celui-ci est devenu un grand parti de gouvernement mais manque, après Mitterrand, d'une vision aussi inspirée et de l'habileté manoeuvrière qui étaient le génie du personnage pour les temps nouveaux. Il a laissé un souvenir vivace à ses partisans comme à ses adversaires, et chez les chefs d'Etat étrangers qu'il a côtoyés. Son rôle pendant la guerre d'Algérie et le génocide rwandais restent sans doute les deux seules polémiques encore vives aujourd'hui. Aujourd'hui, les Français placent Mitterrand parmi les grands personnages de la Vème République, juste après De Gaulle : un roi républicain dont la vie a épousé celle des Français.

    Les textes fournis en annexe sont plutôt élogieux à l'égard de Mitterrand, même si l'auteur insère les remarques de ses adversaires. Si l'ensemble est correct, il demeure le fait que le livre est écrit par un ancien proche du président, ce qui se voit immédiatement. Hubert Védrine a pris soin, à tort ou à raison, de ne pas trop insister sur les sujets qui fâchent, du moins les plus contestés.



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    1139, Angleterre.Etienne de Blois et l'impératrice Mathilde se dispute le trône lors d'une sanglante guerre civile. Après le débarquement de Mathilde sur l'île, ses troupes mettent à sac la ville de Worcester. La population des environs prend la fuite dans l'espoir d'échapper aux exactions de la soldatesque. Deux jeunes nobles, neveu et nièce d'un partisan de l'impératrice, sont confiés à la garde des bénédictins, accompagnés d'une religieuse et d'un moine. Mais ils n'arrivent pas à destination. Un frère éploré vient alors à l'abbaye de Shrewsbury solliciter l'aide de l'abbé. Celui-ci envoie frère Cafdaël pour soigner le moine, recueilli blessé par les bénédictins, et faire la lumière sur cette disparition...

    Ellis Peters, alias Edith Pargehter, est morte en 1995. Spécialiste de la langue et de la littérature tchèque, elle écrit ensuite des romans qui lui valent d'être décorée de l'Ordre de l'Empire Britannique. Elle avait déjà reçu une médaille pour son engagement dans le Women's Royal Naval Service pendant la Seconde Guerre mondiale. Après une trilogie sur l'Angleterre du XIIIème siècle et d'autres fictions se déroulant dans l'Angleterre contemporaine, elle accède à la notoriété en créant, en 1977, le personnage de frère Cadfaël, un moine bénédictin d'une abbaye à la frontière du Pays de Galles dans l'Angleterre du XIIème siècle, qui mène des enquêtes policières. Au total, Ellis Peters écrit une vingtaine de livres dans la série, dont la moitié est ensuite adaptée dans une série télévisée diffusée entre 1994 et 1998, et tournée en Hongrie. Les romans attirent d'ailleurs nombre de touristes à Shrewsbury, où se trouve l'abbaye bénédictine de Cafdaël.


     


    La vierge dans la glace (merci Aurore !) est le sixième tome des aventures de frère Cadfaël. J'avais lu le premier tome qui ne m'avait qu'à demi-convaincu. Le quatrième était déjà meilleur (je sais, je les prends dans le désordre...). Ce sixième tome confirme mon intérêt pour la série. Il fait d'ailleurs partie de ceux adaptés pour la série télévisée. Il joue en particulier sur la notion des liens familiaux mis à l'épreuve par un contexte de guerre civile, en l'occurrence celle qui déchire alors l'Angleterre entre Etienne de Blois et l'impératrice Mathilde. En anglais d'ailleurs, cette période de consécutive provoquée par la mort d'Henri I, qui s'étale de 1135 à 1153, est baptisée "the Anarchy". Le contexte est donc parfaitement retranscrit : siège et prise de Worcester, violence commise sur les civils par les combattants ou les brigands parfois dirigés par des seigneurs renégats. Bref, c'est un bon volume de frère Cadfaël. A ne pas manquer ! 







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    Retour des oldies avec la recension, aujourd'hui, d'un vieux numéro de la revue Air Mag-hors-série. La revue classique et son hors-série existent toujours, ayant été repris en 2010 par le groupe Artipress. Ce numéro-là est ancien puisqu'il date vraisemblablement de fin 2005-début 2006 (ce n'est pas marqué dans le magazine donc j'ai cherché un peu).

    Ce numéro est vraisemblablement la traduction d'un travail réalisé par un spécialiste russe, Dimitriy Karlenko. Il a l'avantage de revenir sur un affrontement aérien relativement méconnu : les combats dans les airs pendant la contre-offensive soviétique à Kharkov, en mai 1942, vus essentiellement ici du côté des VVS. Or depuis les travaux de David Glantz, qui a remis à l'honneur l'Armée Rouge au sein de l'étude du conflit germano-soviétique, beaucoup d'auteurs, dans les magazines actuels, se servent à tout crin de cet exemple pour montrer que les Soviétiques ne font pas encore le poids face à la Wehrmacht en mai 1942 (il y a sans doute une part de vérité) et insister sur les faiblesses, les défauts de l'Armée Rouge.

    Mais, et c'est bien là le point à retenir de ce numéro, assez court au demeurant pour le texte mais fortement illustré, dans les airs, les VVS ne déméritent pas, loin de là, face à la Luftwaffe. En dépit d'une flotte dépareillée et peu nombreuse, où les survivants de Barbarossa côtoient les nouveaux appareils entrés en lice, les VVS obtiennent au début de la bataille une supériorité aérienne locale, abattent de nombreux appareils allemands et se paient même le luxe de capturer plusieurs Bf 109. Des réorganisations de structure, conséquence des expériences malheureuses de l'année précédente et qui seront efficaces sur le long terme, entravent cependant l'efficacité des VVS.

    La Luftwaffe n'obtient la supériorité aérienne qu'en transférant des unités depuis la Crimée, en particulier, et joue il est vrai un rôle certain dans le succès final des Allemands. Les Soviétiques constatent que la qualité des pilotes de chasse allemands de la JG 3, par contre, diminuent avec le temps. Mais ils ont eux-mêmes perdu beaucoup de pilotes expérimentés. Au final, le front du Sud-Ouest revendique pendant la bataille un peu plus de 200 victoires aériennes, ce qui n'est pas très éloigné des pertes réelles de la Luftwaffe. Celle-ci, avec ses 600 victoires (!), réclame en fait le triple des pertes véritables des VVS, ce qui en dit long sur les revendications allemandes.

    Cette bataille de Kharkov est donc bien, peut-être, l'un des exemples du renouveau de l'Armée Rouge, qui donnera sa mesure dès la fin de l'année 1942 et surtout en 1943-1945. A ne pas négliger et ne pas voir que les aspects négatifs de la performance soviétique quand on en parle...


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    Merci à Jean-Pascal Soudagne pour cet envoi.

    Les dossiers de la 2ème Guerre Mondiale est un magazine ressuscité de ses cendres et édité par le groupe Hommell, bien connu pour d'autres publications dans le même secteur (Napoléon Ier et Napoléon III,Légion Etrangère, commentés ici même, 14-18, Combats et Opérations, etc). Batailles, stratégies, sociétés en guerre : une vision diversifiée est au menu. Mais ce magazine arrive dans un secteur déjà bien chargé. Voyons voir de plus près le contenu.

    - Patrick Facon signe un gros dossier sur la bataille de Midway. Le titre est trompeur car il s'agit aussi d'une réflexion sur la stratégie japonaise, et le dossier évoque aussi la bataille de la mer de Corail. Si l'auteur présente Pearl Harbor comme un succès relatif des Japonais, il reste en revanche sur l'idée que Midway constitue une bataille décisive et force les Japonais à se retrancher sur la défensive. On peut se demander si ce n'est pas la campagne de Guadalcanal dans laquelle réside le véritable tournant. Bien illustré avec des ordres de bataille, encadrés, etc.

    - Jean-Pascal Soudagne revient sur l'anéantissement de la garnison de l'ouvrage de La Ferté, seul ensemble de la ligne Maginot où toute la garnison est anéantie, le 19 mai 1940.

    - Valérie Elevnaévoque ensuite les combattants de l'Armée Rouge. Le sujet est vaste, trop sans doute pour les quelques pages qui y sont consacrées et qui auraient mérité des petites soeurs.

    - première mention spéciale à l'article de Frédéric Le Moal qui revient sur les relations entre Tito et Churchill. L'auteur parvient à présenter de manière beaucoup plus efficace, par exemple, que le livre de Buisson (recension ici), les liens complexes entre les communistes yougoslaves et les Britanniques, et offre une vision sans complexe de Mihailovic. Une saine lecture pour un sujet difficile, pour le coup.

    - deuxième mention spéciale à l'article de Charles Desailly sur les bombardements de Dresde. L'auteur ne tombe pas dans l'écueil de la déploration et le dernier paragraphe, "Le fantôme de Dresde", est utilement consacré à l'historiographie de l'épisode, où la propagande nazie est récupérée par des auteurs nostalgiques du IIIème Reich pour accréditer des pertes humaines sans aucun rapport avec la réalité. Malheureusement cet héritage, aussi inspiré des déclarations de l'URSS et de la RDA après la Seconde Guerre mondiale, perdure parfois encore dans des manuels scolaires.


    Au final, le magazine n'est pas sans qualités : propos généraliste, auteurs plutôt pertinents, contenu assez intéressant, maquette agréable (des photos seraient à retoucher, par contre). Au chapitre des défauts, on regrette certains articles trop courts (ici les combattants de l'Armée Rouge), l'absence totale de bibliographie indicative (alors que le propos mériterait qu'il y en eut) et le prix (9,90 euros) peut-être un peu élevé, même pour un trimestriel. Pourrait-on suggérer de gonfler le nombre de pages ?

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    David Glantz est sans conteste l'un des grands spécialistes de l'Armée Rouge et du front de l'est pendant la Seconde Guerre mondiale. J'ai déjà eu l'occasion de commenter ici-même son ouvrage sur le siège de Léningrad. Glantz est l'un de ceux qui ont remis à l'honneur l'étude de l'Armée Rouge et retrouvé comment celle-ci avait trouvé le moyen de battre la Wehrmacht. Il fait en particulier autorité sur les travaux qui concernent l'état de l'armée soviétique avant le déclenchement de Barbarossa. Ce livre sur cette dernière opération est une réédition de celui initialement paru en 2001 et qui est l'un des premiers que Glantz consacre à une campagne, après ceux sur Kharkov (1942) et Koursk (1943). Comme il le rappelle dans la préface, l'intérêt majeur de son ouvrage est de présenter, pour une fois, la dimension soviétique de Barbarossa grâce à l'accès aux sources russes.

    Dans le premier chapitre consacré aux préparatifs allemands et aux dispositions soviétiques, l'historien américain rappelle combien Hitler et ses généraux sous-estiment grandement le degré de concentration sur les frontières de l'Armée Rouge et négligent l'importance des réserves soviétiques. La multiplication des objectifs disperse une Wehrmacht déjà bien inférieure numériquement. L'Armée Rouge, quant à elle, prévoit de contre-attaquer en cas d'offensive allemande, d'où le degré de concentration important aux frontières. Mais les réserves ne sont pas toutes en place et surtout, le gros des forces est au sud, en Ukraine, alors que l'effort allemand principale porte au centre et dans une moindre mesure au nord. L'armée allemande compte à nouveau sur des encerclements massifs, en oubliant un peu vite qu'elle a souvent manqué d'infanterie pour les "boucler" correctement. La Luftwaffe reste une arme d'appui au sol et ne peut mener de bombardements stratégiques. La logistique allemande est défaillante et la production de guerre n'est pas à plein régime. Quant à l'Armée Rouge, elle est en pleine transition et l'attaque allemande survient donc au pire moment. Sur le long terme cependant, elle a déjà le potentiel qui va lui permettre de renverser la vapeur. Staline refuse de voir les signes avant-coureurs de Barbarossa


     



    La bataille des frontières s'étend du 22 juin au 9 juillet 1941. Les Allemands s'enfoncent de 600 km à l'intérieur de l'URSS et détruisent le premier échelon stratégique de l'Armée Rouge. Les pertes soviétiques sont énormes. Pourtant, la progression n'est pas la même partout, le Groupe d'Armées Sud étant en retard sur le programme. En outre, les généraux allemands constatent que le renseignement a gravement sous-estimé l'ampleur des forces soviétiques. Enfin, le frontovik se bat avec beaucoup plus de ténacité que ne l'escomptait Hitler.

    L'attaque allemande entraîne des changements importants côté soviétique qui vont s'avérer, à terme, décisifs. Le commandement est rationalisé : Commissariat du Peuple à la Défense, Stavka, état-major général de l'Armée Rouge, mais aussi commandants de théâtres quelque peu trop importants et rôle renforcé des commissaires politiques, pour le meilleur et pour le pire. En raison des pertes subies en hommes et en matériels, les grandes unités typiques de l'Armée Rouge au déclenchement de Barbarossa sont supprimées et remplacées par des structures plus petites et plus souples. Le système de mobilisation soviétique joue à plein et permet à l'Armée Rouge de tenir malgré la perte de plus de 4 millions d'hommes en 1941. 1 360 usines militaires sont évacuées à temps hors de portée de l'aviation allemande, même si la production mettra un an avant de revenir à des niveaux acceptables. En revanche, les Soviétiques ne peuvent appliquer partout la politique de la terre brûlée, et une bonne partie du potentiel industriel et agricole tombe entre les mains des Allemands.

    Du 10 juillet au 10 septembre 1941, l'Armée Rouge freine l'avance allemande devant et autour de Smolensk. La Stavka lance contre-attaque sur contre-attaque mais assigne à des forces heurtées et encore fragiles des objectifs sans proportion avec leurs capacités réelles. Les cadres de l'Armée Rouge n'ont pas encore suffisamment d'expérience pour mener de telles opérations et la Stavka n'a pas l'infrastucture ni la logistique pour appuyer des opérations mobiles. Celle-ci ne le comprendra qu'à la mi-1942. D'où le silence de l'historiographie soviétique sur ces opérations. En revanche, la bataille devant Smolensk, qui semble bloquer la progression sur Moscou, pousse Hitler à rechercher la décision sur les ailes.

    Du 10 juillet au 30 septembre 1941, l'avance reprend sur Léningrad, au nord. L'Armée Rouge ne cesse de lancer des contre-attaques concentriques sur les pointes allemandes et l'avance quotidienne de la Wehrmacht, d'ailleurs, diminue au fil des mois. Elle arrête les Allemands aux portes de Léningrad, alors que ceux-ci ont encore tendance à disperser leurs attaques dans de multiples directions. Ce qui n'empêche pas Hitler de vouloir raser la ville avec son artillerie après avoir établi le siège.


     


    Durant la même période se déroule, au sud, la bataille pour Kiev. Deux encerclements massifs à Uman en juillet et surtout à Kiev en septembre éliminent un million de soldats soviétiques de l'ordre de bataille de l'Armée Rouge. Est-ce pour autant un succès pour l'Armée Rouge que d'avoir retardé la poussée au centre, sur Moscou ? Glantz semble penser que l'avance sur les ailes a anéanti des effectifs qui auraient pu servir à bloquer le renouveau de la progression allemande sur la capitale. En outre, la Stavka a lancé des offensives coûteuses devant Smolensk, ce qui réduit encore les effectifs disponible pour le déclenchement de Taifun.

    Au 30 septembre, la Wehrmacht a avancé de 800 km sur un front de 1 650 km. Pourtant, les objectifs prévus -capturer Moscou le 15 août et terminer la guerre le 1er octobre- sont loin d'être atteints. Hitler est cependant confiant lorsqu'il lance, à partir du 3 octobre, la Wehrmachtà l'assaut de Moscou. De gigantesques encerclements à Viazma et Briansk privent encore l'Armée Rouge d'un million d'hommes supplémentaires, l'URSS ayant déjà perdu aussi la moitié de sa capacité de production et une bonne partie du territoire européen. Et pourtant les germes de la défaite sont déjà là. Pour réduire les encerclements, le Groupe d'Armées Centre a dû déployer l'essentiel de son effectif et n'a pas exploité le succès par une percée sur Moscou. Le temps se dégrade rapidement et les premières réserves soviétiques arrivent autour de Moscou.


     


    Au 1er novembre, les Allemands ont déjà perdu près de 700 000 hommes, 20% de l'effectif initial. Un tiers des véhicules seulement est en état de marche et la logistique est cauchemardesque. La Wehrmacht doit absolument prendre Moscou avant l'hiver pour l'emporter. Or, le 4 décembre, l'avance allemande est bloquée devant Moscou. L'Armée Rouge tient également Léningrad et Rostov, deux objectifs importants pour Hitler. Mais le coût est terrible : deux millions d'hommes perdus depuis le 1er octobre, sans doute pas loin de 6 millions depuis le 22 juin, soit l'intégralité de l'Armée Rouge du temps de paix. Mais les restes expérimentés de cette débâcle contribuent à freiner l'avance allemande tandis que de nouvelles formations sont levées.

    Les Allemands ont avancé de 900 à 1 200 km à l'intérieur du territoire soviétique et mis la main sur 77 millions d'habitants. Ils ont capturé la moitié du potentiel économique et le tiers de l'agriculture de l'URSS. Et pourtant, la Stavka a réuni suffisamment de réserves pour freiner l'avance allemande puis passer à la contre-attaque. Celle-ci, déclenchée dès le 5 décembre, renverse en dix jours la situation : le mythe de l'invincibilité allemande est fracassée, l'initiative stratégique repasse aux Soviétiques même si les ambitions démesurées de Staline vont faire échouer l'offensive consécutive.


     


    Colosse aux pieds d'argile en juin 1941, l'Armée Rouge l'était certainement. En pleine transition après l'expérience désastreuse de la guerre contre la Finlande, stratégiquement minée par les conquêtes de 1939-1940, l'Armée Rouge reste une armée de temps de paix au déclenchement de Barbarossa. Lorsqu'elle est détruite dans les six premiers mois de l'offensive, ses survivants sont forgés par le feu. Axée sur l'offensive, cette armée a dû mener d'abord des opérations défensives pour lesquelles elle était mal préparée. Incapable d'organiser une défense en profondeur, elle a pourtant exercé une terrible attrition sur l'armée allemande. Reprenant l'offensive devant Moscou, l'Armée Rouge profite des erreurs stratégiques allemands et met un point final à Barbarossa, qui se termine en échec stratégique. L'art de la guerre soviétique commence à s'exprimer avec cette contre-attaque qui voit l'engagement judicieux de réserves, la surprise et le choix correct de l'effort sur l'ennemi. La débâcle soviétique dans Barbarossa est d'abord liée à des problèmes de structure : ainsi les armes du génie, des communications et même de l'artillerie ont été négligées. Les pertes humaines et matérielles sont conséquentes : au moins 4,5 millions d'hommes dont plus de 3 millions de tués, 20 000 chars, 100 000 pièces d'artillerie, près de 18 000 avions. Et pourtant le comportement brutal des Allemands donne naissance aux premiers mouvements de partisans ; la propagande soviétique met en avant la "Grande Guerre Patriotique". Côté allemand, Barbarossa se termine par la perte de près d'un million d'hommes, un niveau encore jamais atteint. Plus grave, une crise du commandement se fait jour, entre Hitler et ses généraux, car l'armée allemande, tout simplement, n'a pas été conçue pour mener cette guerre à l'est. Pour Glantz, le facteur décisif est bien l'organisation des réserves par l'Armée Rouge qui, sur le long terme, émousse définitivement les forces de la Blitzkrieg. En outre, l'URSS est engagée dans une mobilisation totale dès décembre 1941, ce qui n'est pas le cas de l'Allemagne. Il ne faut pas chercher plus loin les causes de l'échec de Barbarossa.

    On pourra reprocher à Glantz quelques erreurs de détail (invasion du Danemark et de la Norvège en février-mars 1940 dans les premières pages...), l'absence de cartes en parallèle du texte (elles sont à la fin) et comme souvent, le manque de considérations sur la dimension aérienne surtout, navale dans une moindre mesure. Il n'en demeure pas moins que son ouvrage est indispensable à qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de Barbarossa et de son échec final. A déguster sans modération, avec le livret photo central, la bibliographie et les annexes fort utiles en fin de volume.




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    Merci à M. Yves Cadiou, ancien commandant de la 1ère compagnie, 3ème RIMa, pour son éclairage personnel sur le conflit.


    Entre 1978 et 1987, la Libye du colonel Kadhafi, récemment disparu1 au terme du soulèvement qui précipite la chute de son régime, intervient par quatre fois au Tchad. Si la Libye s'est impliquée dans la guerre civile au Tchad avant même la révolution qui porte au pouvoir Kadhafi en septembre 1969, les interventions militaires du dictateur visent avant tout à mettre la main sur le territoire contesté du nord du Tchad, la fameuse bande d'Aouzou. Kadhafi cherche sans doute à faire du Tchad une « république islamique », à l'image de la Libye, un état-client qui pourrait servir de tremplin à ses ambitions en Afrique centrale2. Pour ce faire, Kadhafi s'appuie sur des mouvements rebelles tchadiens qui fournissent plus ou moins grâcieusement une infanterie d'appoint et une force de reconnaissance bien utiles pour une armée libyenne construite selon un schéma conventionnel. La France, de son côté, vient à trois reprises au secours des différents gouvernements tchadiens menacés par des rebelles soutenus par Kadhafi -en 1978, en 1983 et enfin en 1986. Au final, l'armée libyenne, privée de ses alliés tchadiens, est vaincue par les tactiques mises en oeuvre par l'armée d'Hissène Habré, utilisant de nouveaux matériels (automitrailleuses, pick-ups Toyota, missiles antichars MILAN, missiles sol-air Redeyes). Mobilité stratégique, manoeuvres tactiques, attaques « en essaim », effet de surprise, raids en profondeur dans le dispositif adverse, tels ont été les moyens qui ont permis aux Tchadiens de l'emporter dans ce que l'on a parfois baptisé la « guerre en Toyota ». A l'heure de l'intervention française au Mali (opération Serval), il n'est pas ininteréssant de revenir sur ces opérations qui rappellent, par certains côtés, celles se déroulant actuellement aux lisières du Sahel, dans la tradition du rezzou3.


    La Libye, Kadhafi et le Tchad


    L'implication libyenne au Tchad remonte bien avant 1969, année du coup d'Etat de Kadhafi. En 1965, des rebelles tchadiens créent le FROLINAT4 contre la présidence autoritaire et de plus en plus isolée de François Tombalbaye5. En août 1968, les Toubous de la Garde Nationale et Nomade se mutinent dans l'Aouzou. Les relations entre la Libye et le Tchad sont anciennes en raison des migrations nomades entre les deux pays, et la sénoussiya, confrérie de Muhammad al-Sénoussi née au XIXème siècle en Cyrénaïque, creuset du nationalisme libyen, avait essaimé au sud, dans le Tibesti, près du lac Tchad et jusqu'au Darfour pour contrer la conquête de l'Algérie française et étendre son influence. En outre la Libye a des revendications non satisfaites sur la partie nord du Tchad qui remontent au temps de la colonisation italienne. Cependant, le roi Idris Ier6 ne veut pas d'une confrontation avec le pouvoir tchadien soutenu par la France, et ne fournit pas d'armes aux rebelles, simplement une aide logistique et un sanctuaire.



    Tout change avec l'arrivée au pouvoir de Kadhafi. Celui-ci revendique rapidement la bande d'Aouzou, au nord, soit un sixième du Tchad, en se référant à un traité non ratifié conclu en 1935 entre l'Italie, qui tient alors la Libye, et la France qui occupe le Tchad. Kadhafi ne s'embarrasse pas des précautions d'Idris7 et fournit un armement aux rebelles du FROLINAT8. En 1971, celui-ci lance un coup d'Etat contre Tombalbaye qui manque de peu de réussir. Le président tchadien, voyant sa position s'affaiblir, convient alors qu'il doit négocier avec Kadhafi. En décembre 1972, il accepte l'occupation de la bande d'Aouzou par la Libye en échange de l'arrêt du soutien au FROLINAT. Six mois plus tard, les troupes libyennes investissent la région et ses principales villes, et créent une base aérienne près de l'oasis d'Aouzou. Pour Kadhafi, l'occupation de la bande d'Aouzou (qui recèle des richesses supposées en uranium) est aussi le moyen de placer la Libye comme pôle de puissance régionale, tout en se protégeant au sud contre l'Egypte avec lesquelles les relations sont au plus mal depuis 19739. Un vrai test de puissance pour la Libye, face à la France, l'ancien colonisateur, qui tente de modérer Kadhafi en augmentant les échanges commerciaux, y compris militaires, tout en restant très circonspecte sur l'intervention libyenne au Tchad.

    Le 13 avril 1975, Tombalbaye est renversé et tué par l'armée qui porte au pouvoir le général Félix Malloum. L'un des motifs du coup d'Etat est la reculade devant la Libye : Malloum dénonce aussitôt le traité signé par son prédécesseur et reprend le soutien aux rebelles libyens opérant depuis le Tchad. Kadhafi fait de même de son côté : les rebelles sont organisés désormais au sein de la 1ère armée de libération dirigée par Ahmed Acyl, surtout composée d'Arabes du Tchad, et de la 2ème armée de libération menée par Goukouni Oueddei et Hissène Habré (comprenant des Toubous, mais de différents clans, du nord du Tchad). Cette dernière armée va bientôt se scinder sur la question du soutien libyen : Habré, qui y est hostile, se dégage du FROLINAT et opère seul, tandis que Oueddei crée les Forces Armées Populaires avec le soutien de Tripoli. Kadhafi entame une campagne de communication laissant entendre qu'il pourrait annexer la bande d'Aouzou : à la fin de l'année, l'armée libyenne, aux côtés du FROLINAT, occupe déjà, de fait, le tiers nord du Tchad.


    La première intervention libyenne (1978)


    En 1978, l'armée libyenne aide le FROLINAT à passer à une guerre conventionnelle contre le régime de Malloum et internationalise, en quelque sorte, le conflit tchadien. En janvier, les forces de Goukouni, bien ravitaillées en AK-47, en bazookas, en mortiers de 81 et 82 mm et en canons sans recul, occupent le Tibesti, au nord-ouest du Tchad. Puis le FROLINAT se tourne vers le sud avec le soutien libyen. Les rebelles fournissent la reconnaissance du terrain et l'infanterie, Kadhafi les blindés, l'artillerie et l'aviation. En février, 2 500 rebelles, soutenus par 4 000 Libyens, attaquent la ville de Faya Largeau, au centre-nord du Tchad. Les 5 000 hommes de l'armée tchadienne sont rapidement dépassés par la puissance de feu des chars et des avions libyens : 1 500 défenseurs sont capturés. Les rebelles tchadiens déploient un armement de plus en plus sophistiqué, puisqu'ils sont déjà équipés de missiles sol-air portables SA-7 et de LRM10 BM-16 qui ont joué un rôle important dans la victoire au sol.


    Une force de 800 Libyens reste à Faya Largeau et l'offensive reprend en avril vers N'Djamena. Malloum demande alors l'aide de la France, qui dépêche au total 2 200 hommes et des chasseurs-bombardiers Jaguar11 : c'est l'opération Tacaud12. Les Jaguars opèrent en toute impunité car les MiG et Mirage libyens ont reçu l'ordre de ne pas les affronter directement. Le régime de Malloum bénéficie donc de la supériorité aérienne. En outre, les forces françaises reçoivent l'autorisation d'être engagées dans les combats au sol dès la bataille à Salal (15-25 avril). Dans une série de batailles près de N'Djamena et Ati en mai et devant Djedaa en juin, les troupes gouvernementales soutenues par la France repoussent le FROLINAT, qui a perdu 2 000 hommes et un important matériel, jusque dans la bande d'Aouzou. Les troupes françaises jouent un rôle important lors des batailles d'Ati13 et de Djedaa : s'ouvre d'ailleurs pour la France, et pour une armée dont le rôle des unités professionnelles s'amplifie, l'ère des opérations dites extérieures, et en particulier celles en milieu désertique.

    Malloum s'entend ensuite, fin 1978, avec Hissène Habré, rapidement nommé Premier Ministre, qui a bâti une force solide de 2 000 soldats Toubous. Au sein du FROLINAT, l'échec de 1978 ravive la querelle à propos du soutien libyen. La 1ère armée de libération (appelée aussi armée Volcan) y reste favorable, mais n'est pas très efficace sur le plan militaire. Goukouni, méfiant envers les intentions des Libyens, ne veut s'allier à ces derniers que de manière temporaire. En février 1979, Habré chasse Malloum de N'Djamena et défait l'armée gouvernementale. Goukouni arrive immédiatement vers la capitale pour contester la prise du pouvoir par Habré. Finalement, Habré, Goukouni et le colonel Wadal Kamougue, qui commande les restes de l'armée régulière, s'accordent sur le souhait de chasser les Libyens du Tchad et forment le GUNT14.


    La deuxième intervention libyenne (1979)


    Kadhafi réagit en ordonnant l'invasion du nord du Tchad en 1979. Plusieurs milliers d'hommes appuyés par des blindés et un soutien aérien, ainsi que l'armée Volcan, marchent sur Faya Largeau. Mais les Libyens ne disposent plus de l'habileté tactique des Toubous et Goukouni repousse l'assaillant avec le soutien aérien français autour de Faya Largeau entre avril et août 1979.

    Habré prend cependant l'ascendant sur ses partenaires et chasse le GUNT de N'Djamena le 16 mars 1980, rebaptisant son armée les FAN15. D'abord battues par Goukouni au nord de N'Djamena, Habré parvient à chasser les forces du GUNT au nord, reprenant Faya Largeau et Ounianga Kebir ainsi que les plaines septentrionales des Toubous. Le 1er avril, Habré écrase le colonel Kamougue au sud de N'Djamena, privant Goukouni de son seul allié possible. Celui-ci doit donc demander, à nouveau, l'appui libyen.

    Kadhafi souhaite retourner au Tchad, mais a compris que Goukouni n'est pas un allié fiable et qu'il doit accroître son engagement. Le GUNT est regroupé et encadré au sud de la Libye. Goukouni doit accepter qu'un officier libyen, Mansur Abd al-Aziz, prenne la tête des forces du GUNT. En août 1980, Kadhafi concentre des unités régulières et d'autres de la Légion Islamique16à Sabha, au sud de la Libye. En octobre 1980, avant qu'Habré ait pu consolider davantage sa mainmise sur le pouvoir, l'armée libyenne, le GUNT et l'armée Volcan passent à l'offensive au Tchad. Kadhafi engage 7 000 soldats réguliers avec 300 chars T-55, plusieurs batteries de LRM BM-21 Grad, une bonne partie de la Libyan Air Force et 7 000 hommes de la Légion Islamique. Pour maintenir à distance l'aviation française, une imposante DCA comprenant des SAM mobiles SA-6 et des canons automoteurs ZSU-23/4 fournit un parapluie antiaérien. Le GUNT et l'armée Volcan rajoutent 6 à 7000 combattants au total. En face, Habré ne dispose que de 4 000 soldats à peine, sans armement lourd.


    La troisième intervention libyenne (1980-1981)


    Les Libyens commencent leur offensive en aérotransportant des troupes dans la bande d'Aouzou et foncent sur Faya Largeau. Fin octobre, l'attaque se développe et les FAN sont terrifiées par la puissance de feu libyenne. Les hommes du GUNT détectent les positions adverses, puis les Libyens arrivent sur zone, se retranchent et font donner les chars, l'artillerie et l'aviation devant lesquels les FAN sont totalement dépourvues. Les raids aériens libyens, en particulier, sèment souvent la panique parmi les soldats tchadiens ; s'ils ne s'enfuient pas, les chars, ou en dernier recours les hommes du GUNT, achèvent le travail.

    Début novembre, les Libyens sont maîtres de Faya Largeau et en font une base logistique. A la fin du mois, ils sont à 60 km au nord de N'Djamena, à Dougia, où Habré a replié ses troupes pour un ultime combat. L'assaut sur la capitale, coordonné par des conseillers soviétiques et est-allemands, commence le 8 décembre et il est d'abord mené par le GUNT. Les Libyens dépêchent cependant en soutien de 3 à 5 000 hommes, 200 chars T-55 et toute leur artillerie, LMR compris. Les combats sont acharnés et les Libyens expédient pas moins de 10 000 obus pendant les trois derniers jours de la bataille. La ville tombe le 15 décembre. Kadhafi a réalisé son objectif : Goukouni est maître de N'Djamena mais doit sa position à la Libye, et aux 15 000 soldats libyens présents au Tchad. La campagne représente un véritable succès logistique pour l'armée libyenne mais s'est révélée coûteuse : 1 500 tués et probablement de 4 à 6 000 blessés dans le camp de Kadhafi.

    En janvier 1981, celui-ci tente de forcer la main à Goukouni venu à Tripoli en lui proposant une fusion entre le Tchad et la Libye. Goukouni, rentré à N'Djamena, rejette violemment les offres de Kadhafi et les troupes du GUNT affrontent les Libyens près d'Abéché en avril 1981. Réalisant qu'il est allé trop loin, Kadhafi retire ses troupes dans la bande d'Aouzou en octobre – un autre exploit logistique de la part des Libyens. Mais Habré, lui, a reconstruit les FAN au Soudan17, soutenu par plusieurs Etats occidentaux et arabes (France, Etats-Unis, Egypte) qui voient d'un mauvais oeil la mainmise libyenne sur le Tchad. En mai 1982, les FAN reviennent au Tchad et le 5 juin, à Massaguet, au nord de N'Djamena, Habré écrase les troupes du GUNT. Celles-ci se replient vers leur place forte du Tibesti tandis que Oueddei se réfugie au Cameroun. Le 7 juin, Habré entre dans N'Djamena et se proclame président du Tchad. Kadhafi recueille les troupes du GUNT mais ne contre-attaque pas tout de suite : il veut se préserver le soutien de l'Afrique et hésite à investir tant d'efforts pour un gain politique jusque là assez faible. Il préfère consolider ses troupes dans la bande d'Aouzou.


    La quatrième intervention libyenne (1983-1986)


    C'est en 1983 seulement que Kadhafi se sent prêt pour une nouvelle offensive au Tchad. 11 000 hommes sont déployés dans la bande d'Aouzou, surtout des réguliers car la Légion Islamique n'a pas donné satisfaction en 1981. Mais Kadhafi n'envoie que quelques milliers d'hommes, surtout des unités l'artillerie et de logistique, et cherche à faire porter le gros des combats sur le GUNT. En avril 1983, les Libyens et le GUNT défont la garnison de Dirbali : 142 hommes des FAN sont tués et 252 capturés sur 1 700 au total. Le 25 juin, le GUNT prend Faya Largeau, puis Abéché et marche sur N'Djamena. Habré rallie le reste de son armée, désormais baptisée FANT18, et affronte le GUNT près d'Abéché en juillet. Il écrase les troupes du GUNT, reprend Abéché puis Faya Largeau et menace d'entrer dans la bande d'Aouzou.

    La défaite de Goukouni pousse Kadhafi à intervenir, cette fois-ci en force. Sans l'appui des chars et de l'aviation libyenne, le GUNT est condamné à l'échec face aux FANT. Or Kadhafi ne peut se permettre de laisser Habré l'emporter : outre la perte de prestige que cela occasionnerait, Habré soutiendrait aussitôt les mouvements rebelles libyens pour le déstabiliser. Ainsi, en août 1983, une autre invasion du Tchad a lieu, éclairée par les hommes du GUNT. Les Libyens engagent 11 000 hommes, presque tous réguliers, des chars, des véhicules blindés, de l'artillerie, 80 avions de combat, mais qui restent encore dans un rôle de soutien derrière le GUNT. Habré, de son côté, a concentré ses 5 000 hommes autour de Faya Largeau, le long de la route traditionnelle d'invasion. Le 10 août, les Libyens et le GUNT passent à l'assaut précédés d'un déluge d'artillerie, de LRM et de chars, et d'un pilonnage effectués par les Su-2219 et les Mirages opérant depuis la bande d'Aouzou et par les Tu-16 décollant de Sabha. Les FANT sont rapidement débordées par les attaques du GUNT appuyées par les chars libyens. Habré ordonne la retraite après avoir perdu 700 tués, mais parvient à s'échapper sur N'Djamena.

    Habré, à l'image de Malloum en 1978, demande alors l'appui français, d'autant plus facilement accordé que les Etats-Unis eux-mêmes sont alors aux prises avec Kadhafi, et poussent Paris dans ce sens. L'opération Manta, lancée le 10 août, déploie rapidement 3 500 hommes20 et plusieurs escadrilles de Jaguars au Tchad. Quand les Libyens et le GUNT se remettent en marche, les Français ont établiune ligne défensive le long du 16ème parallèle, de Salal à Abéché d'ouest en est. Habré se sert de la protection française pour contre-attaquer : début septembre, à Oum Chalouba, au centre du Tchad, au sud-est de Faya Largeau. Assuré du parapluie aérienfrançais, les FANT reprennent Oum Chalouba le 6 septembre et Faya Largeau quelques semaines plus tard. Kadhafi répond en envoyant ses appareils larguer du napalm et du phosphore blanc, qui tuent de nombreux civils dans les deux localités. Habré lance une incursion dans la bande d'Aouzou, mais la France refuse de mener des opérations aériennes offensives en soutien. En outre les FANT s'essoufflent : Habré s'est assuré le concours de 2 000 soldats zaïrois, mais la force réunie ainsi manque de cohésion. Et les Libyens défendent davantage la bande d'Aouzou qu'ils considèrent maintenant comme faisant partie du territoire national.

    En avril 1984, la guerre étant dans l'impasse21, la France propose à la Libye un retrait mutuel des troupes au Tchad. Un accord est signé en septembre et les troupes françaises partent en novembre22. Les Libyens maintiennent cependant secrètement 6 000 de leurs soldats dans le nord du Tchad. Loin de se retirer, ils améliorent les routes entre leur territoire et la bande d'Aouzou et construisent une nouvelle base aérienne à Wadi Doum, au nord-est de Faya Largeau, pour mieux appuyer les opérations au-delà de la bande d'Aouzou. Dès décembre 1984, les Libyens reprenent l'offensive au Tchad. Ils demeurent cependant prudemment au nord du 16ème parallèle. A la mi-1985, les Libyens alignent 7 000 hommes, 300 chars et 60 avions de combat. Le GUNT, qui a supporté l'essentiel des pertes dans les dernières années de guerre, ne compte plus que 2 à 3 000 combattants. Les Libyens doivent donc assumer davantage les opérations militaires et se reposent sur leur puissance de feu pour l'emporter.


    L'équilibre des forces se renverse


    Alors que l'armée libyenne est engagée au Tchad, Kadhafi continue d'être lui-même victime de tentatives de coups d'Etat. En janvier 1983, une tentative ratée conduit à l'exécution de 5 officiers supérieurs dont le commandant adjoint de la milice populaire. En mai 1984, un autre soulèvement mène à des combats à Tripoli devant une caserne où Kadhafi avait l'habitude de passer la nuit. 5 000 personnes sont arrêtées, torturées et plus d'une centaine exécutée. En mars 1985, un nouveau complot est déjoué au sein de l'armée et 60 officiers supérieurs sont arrêtés. Finalement, en novembre, le colonel Ishkal, gouverneur de la province de Syrte, celle d'où vient Kadhafi, est passé par les armes sous motif de s'être opposé à la politique étrangère et militaire du dictateur.

    En conséquence, celui-ci sépare plus étroitement les fonctions militaires de celles de sécurité en multipliant les services de renseignement et autres organismes de surveillance. Il étend les « comités révolutionnaires » similaires aux « cellules » du parti communiste à l'armée. Il crée ensuite la Jamahiriyyah, une véritable garde prétorienne de plusieurs milliers d'hommes de sa tribu d'origine équipée des meilleurs armements dont des missiles sol-air SA-8. Kadhafi n'autorise pas la création de divisions au sein de son armée et tout commandement au-dessus de la brigade doit être constitué pour ainsi dire ad hoc. La milice et les unités de réserve sont fréquemment attachées aux unités régulières pour renforcer la loyauté à sa personne. Kadhafi multiplie les chaînes de commandement, restreint la taille des exercices et interdit de se servir de munitions réelles, de peur qu'elles ne soient retournées contre lui ! Au Tchad, en revanche, il laisse des officiers compétents sur le terrain, se sentant peu menacé en raison de la distance. Mais les garnisons sont parfois alimentées avec des bataillons venant de différentes brigades, chacun obéissant à son unité-mère, ce qui rend difficile une défense coordonnée...

    L'équilibre des forces en présence se renverse, pourtant, et pas en raison des changements propres à l'armée libyenne. Les tactiques qu'elles emploient -utilisation massive de la puissance de feu, éventuellement assauts frontaux, plutôt lents- peuvent être menées à bien par l'armée même après les choix faits par Kadhafi. Le changement majeur intervient dans les FANT.

    Les Etats-Unis, en effet, sous le président Reagan, deviennent de plus en plus hostiles à la Libye et s'apprêtent à soutenir activement Hissène Habré. En 1985, ils fournissent armes, renseignement, financement et soutien diplomatique. Avec la France, ils offrent aussi des équipements plus modernes, un entraînement et un soutien logistique. Habré et ses lieutenants ont l'intelligence de choisir ce qui peut les servir au mieux : ils déclinent les chars, véhicules blindés et l'artillerie lourde et optent pour des automitrailleuses, des pick-ups, des armes automatiques, des lance-grenades, des fusils sans recul, des mortiers, des missiles antichars et des armes antiaériennes. Les FANT demandent en particulier des missiles sol-air FIM-43 Redeye et des missiles antichars MILAN.

    Les forces de Hissène Habré vont pouvoir ainsi mettre au point de nouvelles tactiques et contrer l'emploi des chars et des avions libyens. Une des grandes difficultés des FANT était, de fait, de passer des tactiques de guerre du désert à celle d'une infanterie classique opérant en masse. Le nouvel équipement, et en particulier les pick-ups Toyota combinés à des armes collectives, permet aux hommes des FANT de revenir à leurs tactiques traditionnelles tout en y ajoutant la mobilité et la puissance de feu. Mouvements rapides, puis concentration des forces redeviennent le credo des guerriers Toubous. Ces véhicules redonnent une mobilité stratégique et une manoeuvrabilité tactique qu'avaient perdu les Tchadiens lorsqu'ils avaient adopté un armement moderne. Désormais, dans les combats, ils opèrent selon la tactique de « l'essaim », frappant les véhicules libyens de flanc et sur plusieurs directions simultanément. Ils maintiennent un rythme soutenu dans leurs opérations, pour dépasser les Libyens trop lents à réagir, pour isoler leurs petites unités et les détruire par des attaques multidirectionnelles. Les FANT se déplacent sans cesse, empêchant le recours à la puissance de feu, attaquant les blindés et les fortifications de flanc ou sur l'arrière. Des conseillers militaires occidentaux se chargent aussi de la logistique d'Hissène Habré qui entravait beaucoup jusque là les opérations. Enfin, Habré peut compter sur des cadres rompus au combat contre le GUNT et les Libyens : Idriss Déby23, Ahmed Gorou, Muhammad Nouri et surtout Hassan Djamous, qui commande l'armée principale des FANT en 1986 et que certains observateurs occidentaux comparent alors à Rommel ! Ces chefs organisent les FANT en compagnies de 150 hommes avec une douzaine de pick-ups : avec les appuis, des unités plus grandes sont formés de la taille du bataillon, voire de la brigade.


    La défaite libyenne (1986-1987)


    Pour les Libyens, ces changements passent inaperçus. Kadhafi pense qu'une nouvelle offensive en 1986 suffira à obtenir la décision comme les années précédentes. Le choc face aux tactiques du FANT, qui ne sont pas soutenues au départ par un appui aérien ou une intervention étrangère, n'en sera que plus dur. Début février 1986, les Libyens et le GUNT passent à l'attaque en direction du sud. L'ampleur de l'offensive est sans précédent : les Libyens engagent 5 000 hommes avec des chars et de l'artillerie, de l'aviation, appuyés par 5 000 hommes du GUNT ou de l'armée Volcan. Le 10 février, ils attaquent Kouba, Olonga, Kalait et Oum Chalouba et s'emparent des deux dernières localités. Mais le 13 février, les FANT, utilisant leurs nouveaux équipements et leurs nouvelles tactiques, contre-attaquent et chassent le GUNT et les Libyens. Ceux-ci sont forcés de se replier jusqu'à la bande d'Aouzou et incapables de reprendre l'offensive jusqu'en mars. Habré persuade aussi la France, humiliée par le retrait inutile de 1984, d'engager à nouveau 1 500 hommes et des Jaguars au Tchad : c'est opération Epervier24. Dès le 16 février 1986, les avions français attaquent les bases aériennes libyennes et en particulier celle de Wadi Doum25. Le lendemain, un bombardier Tupolev Tu-22 libyen attaque N'Djamena en représailles, mais s'écrase au retour, peut-être victime de la DCA tchadienne au-dessus de la capitale ; le 18 février, un MiG-25R libyen fait une passe d'intimidation au-dessus de N'Djamena. Le dispositif français s'articule surtout autour de sa composanteaérienne et antiaérienne, mais les Libyens, sur le plan aérien, ne sont pas immédiatement surclassés.

    Kadhafi réagit en renforçant son dispositif pour le porter au même niveau que lors de l'invasion de 1983. Cette fois-ci les Libyens disposent même d'armes plus modernes : des chars T-62, des véhicules blindés BMP-1. Mais au lieu de s'adapter face aux nouvelles tactiques des FANT, ils privilégient le nombre et la puissance de feu : Kadhafi double l'effectif et expédie chars, artillerie et avions pour renforcer le corps expéditionnaire. Avant que l'armée libyenne ne soit prête, pourtant, le GUNT, qui ne compte plus que 2 000 combattants, déserte le camp de Kadhafi et se réfugie dans sa place forte du Tibesti, chassant les garnisons libyennes de Bardai, Wour et Zouar. Début décembre, les Libyens envoient un détachement de 2 000 hommes avec des chars T-62 et de l'aviation pour déloger le GUNT. Les Libyens reprennent les trois localités ; Hissène Habré envoie rapidement 2 000 hommes des FANT pour appuyer Goukouni. Les opérations sont difficiles dans un terrain montagneux qui prive les FANT de leur capacité manoeuvrière, les Libyens se montrant plus efficaces en défense statique. Les Tchadiens réussissent malgré tout à reprendre Zouar et Wour en janvier 1987, mais les Libyens ne sont chassés de la région qu'en mars, après la victoire tchadienne à l'est. Ceux-ci sont néanmoins privés de leur infanterie d'appoint des Toubous et surtout de sa capacité de reconnaissance, et vont devoir engager directement les FANT, qui vont exceller dans la mise en oeuvre des tactiques « en essaim » .

    Au début 1987, Kadhafi aligne au nord du Tchad 8 000 hommes, 300 chars, plusieurs centaines de pièces d'artillerie et de LRM, des hélicoptères de combat Mi-24 Hind et 60 avions de combat. 2 500 hommes sont engagés dans le Tibesti (Groupe opérationnel sud), le reste étant concentré dans le Groupe opérationnel Est basé à Faya Largeau. Le QG de théâtre est à Wadi Doum. En face, Habré a bâti une force régulière de 10 000 combattants soutenus par 20 000 irréguliers locaux. La force principale des FANT, 4 à 5 000 hommes, est conduite par Hassan Djamous et Ahmed Gorou. Elle dispose de 70 automitrailleuses Panhard ou V-150 américaines et de plus de 400 pick-ups Toyota armés de mitrailleuses, de canons sans recul, de mortiers, de lance-grenades et de missiles antichars MILAN.

    Le 2 janvier 1987, Habré prévient l'offensive libyenne en attaquant Fada, défendue par 1 200 Libyens, des chars et de l'artillerie. Utilisant les tactiques « en essaim », les FANT emportent la place en 8 heures, tuent 784 Libyens et en capturent 81 tout en détruisant 92 chars T-55 et 33 BMP-1 (29 véhicules capturés), perdant de leur côté de 18 à 50 tués et de 50 à 100 blessés, et 3 véhicules. La défaite à Fada surprend les Libyens, qui croyaient leurs positions fixes invulnérables. En outre, pour gêner l'action de leur aviation, les appareils français attaquent à nouveau les pistes de Wadi Doum le 7 janvier et détruisent également les installations radars avec des missiles appropriés. En conséquence, Kadhafi dépêche plusieurs bataillons de renfort, dont des unités de la Jamahiriyyah, pour appuyer Faya Largeau et Wadi Doum. En mars, 11 000 soldats libyens sont installés au nord du Tchad. Habré vise ensuite Faya Largeau, mais comprend que s'il prend d'abord Wadi Doum, les Libyens seront forcés d'abandonner la première ville, faute de pouvoir assurer son ravitaillement.

    Wadi Doum est tenue par une garnison de 6 à 7 000 Libyens équipés de 200 à 300 chars ou véhicules blindés. Les défenses s'étalent sur 6 km autour de la base, qui comprend une piste aérienne avec plusieurs escadrilles de chasseurs-bombardiers et d'hélicoptères. Les Libyens la considèrent comme imprenable : les FANT vont donc chercher à affaiblir psychologiquement et numériquement l'adversaire avant d'attaquer la place directement. Elles harcèlent la garnison pour l'inciter à conduire une contre-attaque sur Fada. Mi-mars, la garnison tombe dans le panneau et envoi un détachement de 1 500 hommes avec des blindés pour relever le gant. Des éclaireurs tchadiens suivent la colonne. Le soir du 18 mars, les Libyens forment un camp en cercle autour de B'ir Kora. Djamous encercle de nuit la position libyenne avec les FANT. Le 19 mars, à l'aube, celles-ci passent à l'attaque. Un diversion lancée d'un côté du camp libyen provoque la panique du commandant de l'unité qui dépêche ses réserves sur ce point. Les FANT lancent ensuite l'assaut principal de l'autre côté du camp et pénètre le périmètre, semant la confusion chez les Libyens en les attaquant sur leurs arrières, tandis que la force de diversion continue ses attaques frontales. Les Libyens demandent des renforts à Wadi Doum, finalement expédiés trop tard et qui sont anéantis par les FANT dans la nuit du 19 mars, au nord de B'ir Kora. Au total, les Libyens déplorent 800 morts et comptent 86 chars T-55 détruits et 13 capturés.

    Wadi Doum est mûre pour la curée. Les 4 à 5 000 hommes restants sont démoralisés par la perte de leurs camarades à B'ir Kora. Fin mars, les FANT, 2 à 3 000 hommes menés par Djamous encerclent la base. Contrairement aux Libyens qui ignorent tout de leurs positions, les Tchadiens reconnaissent soigneusement les approches de Wadi Doum et en particulier les avenues praticables dans les champs de mines. Le 22 mars, l'attaque commence. Les combats les plus durs sont menés pour percer le périmètre défensif extérieur, mais les FANT attaquent sur deux points ce qui leur facilitent la tâche. Les Libyens engagent leur réserve trop tardivement et par la brèche qu'elles ont créée, les FANT se répandent dans la base. L'artillerie libyenne, prise de cours, ne peut tirer un seul obus ! Quatre heures après le début de l'attaque, la défaite est consommée. Les Libyens tentent de contre-attaquer pendant la nuit mais échoue. L'aviation n'est que de peu d'utilité contre les colonnes de pick-ups tchadiens roulant vite et se dispersant aisément, car elle doit voler au-dessus de 3 000 m en raison de la menace des Redeyes. Les Libyens laissent dans l'affaire 1 269 tués, 438 prisonniers dont le colonel Haftar, commandant le Groupe Opérationnel Est, 89 chars T-55, 120 BMP-1, 11 avions légers L-39, deux bombardiers Tu-22B, deux SF-260W, 4 Mi-24 et plusieurs batteries de SA-6 et de SA-13. Les unités de la Jamahiryyah ont partculièrement souffert. Les Tchadiens ne comptent que 29 tués et 58 blessés !

    La perte de Wadi Doum est un coup terrible pour les Libyens, forcés d'évacuer le centre du Tchad et la base de Faya Largeau, devenue intenable. Kadhafi envoie des renforts pour gonfler la défense dans la bande d'Aouzou. 12 à 13 000 hommes, un tiers de l'armée libyenne, s'y trouvent finalement stationnés. Pour relancer leur appui aérien, les Libyens remettent en chantier la base de Maatan as-Sarrah dans le sud du pays. Mais, fin juillet 1987, les FANT prennent des positions dans le Tibesti pour sécuriser leur flanc ouest en vue de l'attaque sur la bande d'Aouzou. Début août, une brigade libyenne contre-attaque dans le Tibesti. Le 8, elle reprend Bardai mais est interceptée à Oumchi par une force équivalente des FANT, à 80 km au sud de la bande d'Aouzou. Utilisant les mêmes tactiques que précédemment, les Tchadiens pulvérisent la force libyenne et la défaite se transforme en véritable déroute : Djamous entre bientôt dans la ville d'Aouzou, tuant 650 Lybiens, en capturant 147, ainsi que 111 véhicules, sans compter les 30 chars et véhicules blindés détruits durant les combats.

    Kadhafi ne se laisse pas démonter pour autant et porte les effectifs libyens à 15 000 hommes. Il envoie aussi le meilleur général de l'armée libyenne, Ali ash-Sharif, pour organiser la contre-attaque afin de reprendre Aouzou. Précédées par un bombardement d'artillerie et d'aviation26, la contre-offensive libyenne échoue le 14 août avec 200 tués et blessés. Ash-Sharif renouvelle l'assaut, en vain : il faut dire qu'il ne fait pas beaucoup preuve d'imagination tactique, multipliant les attaques frontales, en pure perte. Le général libyen soumet la ville à un pilonnage encore plus violent et place des unités de commandos et de la Jamahiriyyah dans le dispositif. Utilisées comme troupes de choc, ces forces chassent finalement les Tchadiens d'Aouzou le 28 août. Le succès libyen est malheureusement dû pour eux au fait que les commandants expérimentés des FANT ont été retirés du front pour préparer une autre offensive... la Libye a néanmoins perdu 1 225 tués et 262 blessés en août dans les combats autour d'Aouzou.

    Habré, qui tient absolument à reprendre la bande d'Aouzou, projette de renverser la situation en attaquant les bases de Kadhafi dans le sud libyen. Il a déterminé avec ses officiers que le principal atout des Libyens était leur aviation : bien que relativement inefficace, elle effraie encore les FANT et conduit à disperser fréquemment les effectifs pour éviter les projectiles. Pour éliminer cette menace, Habré prévoit d'attaquer la grande base de Maatan as-Sarrah. Les Libyens, pendant ce temps, souhaitent capitaliser sur leur succès à Aouzou : début septembre, une brigade attaque Ounianga Kebir. Djamous, de son côté, mène plusieurs milliers d'hommes des FANT dans un raid à 200 km à l'intérieur de la Libye vers Maatan as-Sarrah. Les Libyens sont défaits devant Ounianga Kebir dès le 5 septembre. Le même jour, Djamous, qui s'est approché de la base libyenne sans être repéré, lance l'assaut. Les Tchadiens, renseignés par les photos satellites américaines, ont progressé jusqu'au nord de Maatan as-Sarrah pour faire croire à la garnison qu'il s'agit d'un renfort arrivant sur place. Celle-ci compte 2 500 hommes, une brigade de chars, de l'artillerie et des fortifications, ce qui ne l'empêche pas de succomber rapidement. Les Tchadiens détruisent les installations, les pistes et emportent tout le matériel possible avec eux, repartant dès le 6 septembre. Ils ont tué 1 700 défenseurs, en ont capturé 300, ont détruit 26 avions ou hélicoptères (dont 3 MiG-23, 4 Mirages et 1 Mi-24), 70 chars, 30 véhicules blindés, des batteries de SAM, des radars et de l'équipement électronique, au prix de 65 tués et 112 blessés. Kadhafi envoie alors, le 7 septembre 1987, deux bombardiers Tu-22 sur les aérodromes d'Abéché et N'Djamena, en représailles de la destruction de sa base aérienne. L'un des deux bombardiers est abattu au-dessus de N'Djamena par un missile antiaérien Hawk tirée par une batterie du 403ème régiment d'artillerie français27et l'autre fait demi-tour.

    Fort heureusement pour Kadhafi, Paris commence à s'inquiéter des ambitions tchadiennes et force Habré à accepter un cessez-le-feu avant que celui-ci n'ait pu lancer sa contre-attaque sur la bande d'Aouzou, de crainte que les Tchadiens ne transportent la guerre en Libye. Pour l'année 1987, les Libyens ont perdu au moins 7 500 tués, 1 000 prisonniers, 28 avions de combat et plus de 800 chars et véhicules blindés détruits, tout en n'éliminant qu'à peine un millier d'hommes des FANT.


    Conclusion


    Les relations entre le Tchad et la Libye vont progressivement revenir à la normale. Kadhafi reconnaît Hissène Habré comme chef d'Etat du Tchad en mai 1988. Les négociations sur la bande d'Aouzou, en revanche, se terminent par une impasse à partir d'août 1989. Les relations s'améliorent lorsqu'Idriss Déby, ancien lieutenant d'Hissène Habré soutenu par la Libye, chasse celui-ci du pouvoir en décembre 1990. Déby conserve cependant la position de son prédécesseur sur la bande d'Aouzou. Finalement, en février 1994, la Cour de Justice Internationale proclame à une écrasante majorité que le territoire doit revenir au Tchad. En conséquence, les troupes libyennes quittent la bande d'Aouzou en mai 1994. Les rêves d'expansion de Kadhafi ont été définitivement brisés dans les sables du Tchad. Quant à Idriss Déby, devenu président du Tchad, il s'emploie à favoriser les Zaghawa du Darfour qui l'ont aidé à évincer Hissène Habré. Inamovible, ayant fait modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir, Déby provoque l'entrée en rébellion de Zaghawas déçus par son attitude et qui s'organisent au Darfour, depuis toujours le sanctuaire des mouvements de rébellion tchadiens. Soutenu par la France, Déby a jusqu'ici repoussé toutes les offensives lancées par les mouvements rebelles -en 2005, en 2006, en 2008- et a conclu un accord avec le Soudan, qui soutenait officieusement l'opposition tchadienne, en janvier 2010. Et par-dessus la guerre civile tchadienne et le conflit avec le Soudan s'est ajouté le drame du Darfour.


    Pour en savoir plus :


    R. BUIJTENHUIS, « Le FROLINAT à l'épreuve du pouvoir. L'échec d'une révolution africaine », in Politique Africaine n°16, 1984, p.15-29.

    Colonel SPARTACUS, Opération Manta 1983-1984. Les documents secrets, Paris, Plon, 1985.

    Tom COOPER, « 45 Years of Wars and Insurgencies in Chad », in Truppendienst n°312, 6-2009 (merci à Adrien Fontanellaz de me l'avoir signalé).

    Kenneth M. POLLACK, Arabs at War. Military Effectiveness, 1948-1991, University of Nebraska Press, 2002.

    R. OTAYEK, « La Libye face à la France : qui perd gagne », in Politique Africaine n°16, 1984, p.66-85.

    Répertoire typologique des opérations, tome 2 Afrique, CDEF/DREX.


    1Il est capturé puis tué dans les environs de Syrte, le 20 octobre 2011.
    2Le Tchad est clairement, pour Kadhafi, l'enjeu d'une stratégie de puissance.
    3Terme emprunté à l'arabe et qui désigne une bande armée constituée pour des raids de pillage, des incursions rapides et brusquées : par extension, désigne le raid lui-même.
    4Front de Libération Nationale du Tchad.
    5Premier président de la République du Tchad, à partir de l'indépendance en 1960.
    6Souverain de la Libye depuis l'indépendance, en 1951.
    7Dont il a d'ailleurs renvoyé la garde, composée de Toubous, avec armes et bagages, au Tchad, dès 1969.
    8La France intervient dès 1969, et jusqu'en 1972 (opération Limousin), pour soutenir le régime de Tombalbaye, avec plus de 2 500 hommes à l'effectif maximum. L'armée française perd 39 tués et 102 blessés. C'est la première intervention majeure dans une ex-colonie depuis la fin de la guerre d'Algérie, en 1962.
    9Une courte guerre frontalière, qui voit la défaite de la Libye, éclate d'ailleurs en juillet 1977, alors que Kadhafi s'engage de plus en plus au Tchad.
    10Lance-Roquettes Multiples.
    11230 hommes et 54 véhicules arrivent dès le 28 février. 10 Jaguars sont déployés le 27 avril.
    12Du nom d'un poisson de l'Atlantique. Elle dure de mars 1978 à mai 1980. Les Français perdent 18 tués au combat et 2 Jaguars abattus pendant l'opération Tacaud. Pour en savoir plus sur l'opération : http://operationtacaud.wordpress.com/
    13Le 19 mai 1978, la 3ème compagnie du 3ème RIMa déloge le FROLINAT d'Ati : 80 ennemis tués, 7 véhicules détruits, 2 canons bitubes de 14,5 mm, un canon sans recul de 75 mm, un mortier de 120 mm et un mortier de 81 mm, 6 mitrailleuses, 2 RPG-7 et 70 AK-47 sont capturés. Au prix de 2 tués et plusieurs blessés.
    14Gouvernement d'Union Nationale de Transition.
    15Forces Armées du Nord.
    16Force paramilitaire panarabe créée par Kadhafi pour servir ses ambitions en 1972.
    17L'aviation libyenne bombarde les camps des troupes d'Hissène Habré, puis la ville d'El-Geneina, au Darfour, le 16 septembre 1981, avec 2 SF-160. Puis un bombardier Tu-22B attaque une station de télévision à Ondourman.
    18Forces Armées Nationales du Tchad.
    19La seule perte aérienne libyenne pendant cette période est un Su-22.
    20En janvier 1984. Les pertes se montent au total à 13 morts, 8 blessés et 2 Jaguars perdus.
    21L'intervention française n'est pas conçue par le pouvoir politique -socialiste- de l'époque comme devant chasser Kadhafi et le GUNT du nord du Tchad. Le 24 janvier 1984, un raid du GUNT et des Libyens sur un avant-poste des FANT à Ziguey aboutit à la capture de deux otages occidentaux. Des Jaguars sont envoyés intercepter la colonne mais en raison de lenteurs entre le commandement de Manta et Paris, l'ordre d'attaquer n'intervient qu'une bonne heure plus tard : le Jaguar du capitaine Michel Croci, touché par un obus de 23 mm, s'écrase, tuant son pilote.
    22L'opération de retrait est baptisée Silure côté français.
    23Qui s'est distingué en 1984 et qui a suivi ensuite les cours de l'Ecole de Guerre à Paris, avant de revenir au Tchad en 1986.
    24Dont le dispositif, toujours en place actuellement, a alimenté une partie de l'opération Serval.
    258 Jaguars largent des bombes antipistes BAT-100 sur la base de Wadi Doum/
    26L'aviation libyenne doit faire face à une défense antiaérienne tchadienne intense. 9 avions ou hélicoptères sont perdus entre les 17 et 24 août, dont un Tu-22B au-dessus d'Aouzou et un Mirage V dans la région d'Ounianga Kebir.

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    David François, qui cite régulièrement mes articles de fond (ici ou ), vient de signer une bonne trilogie sur les guerres menées par la Hongrie communiste en 1919, ici, ici et ici. Il m'avait en outre apporté son éclairage sur la Lettonie pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que je faisais la recension du Ligne de front n°36. Merci à lui.

    Merci également à l'allié Charles Bwele, qui m'avait fait ma bannière et qui l'a redimensionnée correctement.

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    Comme de coutume, un petit supplément gratuit à l'article paru dans le n°53 de Batailles et Blindés sur la bataille d'Aschaffenbourg.

    La bataille est la conséquence directe de la politique de Hitler consistant à déclarer les villes "forteresses" (Festungen) et à vouloir les défendre jusqu'à la dernière cartouche. La 7th US Army ne peut laisser la garnison derrière elle alors que les Américains viennent tout juste de prendre des ponts sur le Main. C'est bien ce qu'espère les Allemands : attirer les GI's dans un combat de rues et leur infliger de lourdes pertes. Les défenseurs se reposent largement sur les caractéristiques de l'espace urbain pour l'emporter mais ce faisant négligent d'autres aspects, et se confrontent à une doctrine assez éprouvée du combat urbain côté américain et à la combinaison des forces mise en oeuvre par l'armée des Etats-Unis.


    Lamberth, le commandant de la forteresse Aschaffenbourg, a ainsi prévu des lignes de défense successives : ligne Wetterau-Main-Taube, bourgs environnants, casernes et vieille ville, dans l'ordre. Deux divisions du groupe d'armées G se placent au sud de la ville et une autre au nord, dans l'espoir d'empêcher le franchissement du Main et de transformer le secteur en "piège à blindés" pour les Américains. Mais les défenseurs n'ont pas les moyens de leurs ambitions.


    Le commandant de la 45th ID américaine, qui relève la 4th Armored Division qui a conquis la tête de pont initiale, va chercher à encercler Aschaffenbourg et le terrain dominant la ville avec deux régiments, pendant que le troisième commence à prendre pied dans les faubourgs. Pour cette dernière tâche, c'est le 157th IR qui est choisi.

    Au départ, le 26 mars 1945, la 4th AD parvient à conquérir une tête de pont au sud d'Aschaffenbourg en prenant un pont de chemin de fer laissé intact. Mais les chars américains ne parviennent pas à prendre Schweinheim, important localité située au sud de la ville, perdant 2 Shermans sous les coups des Panzerfaüste. Quand le 157th IR prend la relève, le colonel O'Brien décide d'utiliser son 3rd Battalion pour prendre Schweinheim et encercler la ville par l'est, tandis que le 2nd Battalion mènera une attaque frontale sur Aschaffenbourg, le 1st Battalionétant tenu en réserve.

    Lors de l'assaut sur Schweinheim, le 3rd Battalion fait face, au départ, à la résistance de miliciens. Les blindés qui appuient le combat de rues sont particulièrement visés : un M-36 Jackson déchenille après avoir voulu éviter des obus d'artillerie et le commandant de la 3rd Platoon, A Company du 191st Tank Battalion est tué lorsqu'un obus détruit la tourelle de son Sherman. O'Brien doit renforcer le 3rd Battalion avec des éléments du 1st Battalion. Le lieutenant-colonel Sparks, qui commande le 3rd Battalion, envoie une compagnie encercler Schweinheim par l'est, soutenue par une section des nouveaux chars M-24 Chaffee arrivés dans la D Company, 191st Tank Battalion. Les défenseurs envoient alors des équipes de Panzerknackers armées de Panzerfaüste pour viser les blindés américains opérant en soutien de l'infanterie : trois équipes sont hachées par les tirs de mitrailleuses des chars mais l'une d'elles parvient à détruire un Sherman.


    O'Brien engage finalement ses trois bataillons pour encercler et réduire Schweinheim, point clé de la défense extérieure d'Aschaffenbourg. Les Allemands lancent de leur côté des contre-attaques contre le régiment américain avec leur 36. Volksgrenadier Division, qui échouent sous le feu de l'artillerie, des mitrailleuses et des blindés. La résistance dans Schweinheim commence à diminuer et le 1st Battalion peut être envoyé au nord-est. Le 2nd Battalion, qui combat déjà dans les faubourgs sud d'Aschaffenbourg, voit son poste de commandement recevoir deux obus de mortier, dont l'un n'explose pas : un observateur d'artillerie américain fait alors tirer à l'obusier de 8 inches sur le Schloss Johannisburg, réduisant en ruines une bonne partie de l'édifice ! Le 3rd Battalion, qui reprend l'avance dans Schweinheim, constate alors que les Allemands ont bâti un réseau de tunnels reliant les caves des habitations, qui leur permet de réoccuper les bâtiments déjà nettoyés. En conséquence, il laisse des gardes dans chaque cave pour solutionner le problème. Les Allemands pilonnent au mortier le bataillon américain qui perd sous les éclats plusieurs officiers.

    Le 3rd Battalion procède bientôt à l'attaque de l'Artillerie Kaserne, au sud-est d'Aschaffenbourg. Mais le char de tête saute sur une mine et les canons antichars de 57 mm amenés sur une route réalisée au bulldozer dans Schweinheim ne sont que de peu d'utilité. Le 2nd Battalion, qui attaque les faubourgs sud, doit faire face aux jets de grenades depuis les fenêtres et à des embuscades où les Allemands laissent sciemment passer les éléments de tête avant d'ouvrir le feu. L'attaque du 3rd Battalion reprend sur l'Artillerie Kaserne mais la résistance est acharnée : les Allemands parviennent même, un temps, à isoler la section de tête qui a pénétré dans l'édifice. Il faut le renfort d'une autre compagnie pour emporter le bâtiment. Le 3rd Battalion se tourne ensuite contre la caserne Bois-Brûlé, qui est bientôt prise. La K Company a particulièrement souffert dans ces combats.


    Le 2nd Battalion s'attaque à la caserne des sapeurs pendant que le 1st Battalion, avec le 179th IR de la 45th ID, finit d'encercler Aschaffenburg par l'est, jusqu'au nord. Le 3rd Battalion prend pied dans la zone industrielle au nord-est : un canon de Flak 20 mm qui entravait la progression est détruit par les TD. Le 2nd Battalion, avec les automoteurs M12 de 155 mm et les TD, s'empare de la moitié de la caserne des sapeurs et nettoie la partie sud-ouest de la ville. Les tirs des M12 sont dévastateurs et finissent par faire la décision contre la caserne, brisant la ligne de résistance principale des Allemands. D'ailleurs la reddition survient dès le lendemain, le 3 avril.

    Américains et Allemands ont fait le choix d'un combat de rues, mais les premiers ont su nier le désavantage que cela représentait par une excellente tactique de combinaison des armes. La coopération chars-infanterie est remarquable de même que l'emploi des automoteurs M12 en soutien. Sur le plan opératif, Hitler s'est trompé : la garnison n'a pas bloqué considérablement la progression américaine, malgré une résistance assez exceptionnelle pour les dernières semaines de la guerre à l'ouest.


    Pour en savoir plus :


    Mark J. REARDON, "Aschaffenburg, 1945 : Cassino on the Main River", in Col. John ANTAL et Maj. Bradley GERICKE, City Fights. Selected Histories of Urban Combat from World War II to Vietnam, Ballantine Books, 2003, p.196-229.

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    1959. Quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe d'anciens résistants se retrouvent pour dîner dans l'ancienne demeure du chef de leur réseau, Castille, récupérée par l'un d'entre eux. Ces hommes se sont perdus de de vue depuis la guerre. La soirée a été organisée par l'ancienne estafette du réseau, surnommée Marie-Octobre (Danielle Darrieux), et par le résistant propriétaire des lieux, François-Renaud Picart(Paul Meurisse). En réalité, Marie-Octobre a appris de la bouche d'un ancien policier allemand, qu'elle a rencontré dans le cadre de son activité professionnelle, que la mort de Castille, abattu par les Allemands lors d'un raid surprise dans cette demeure, a été entraînée par la dénonciation d'un des membres du réseau. Elle veut donc profiter de la réunion pour percer à jour le traître...

    Le film, quinze après Le Corbeau tourné sous l'Occupation, met en avant le phénomène de la délation survenue pendant cette période sombre de l'histoire de France. La première partie s'organise ainsi autour de la présentation des convives, dont les traits se retourneront plus ou moins contre eux lorsque l'objet véritable de la réunion est mis sur la table. Difficile d'ailleurs de trouver le coupable avant le dénouement, tant le casting est impressionnant : Bernard Blier, Lino Ventura, Serge Reggiani, Paul Meurisse, Noël Rocquevert, Paul Frankeur, Paul Guers, avec la touche féminine apportée par Danielle Darieux. La tension est palpable jusqu'à la fin, entrecoupée des scènes du match de catch à la télévision qui se déroule en parallèle de l'inquisition dans la maison.

    Un classique du cinéma français à redécouvrir.



    Marie octobrepar titou78800



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    Histoire et Images Médiévales, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog, est sans doute le magazine de référence en terme de vulgarisation de l'histoire médiévale. Traitant des sujets les plus variés, il dispose d'un conseil scientifique regroupant des universitaires, certains connus pour leurs ouvrages, tels Damien Carraz ou Patrick Périn, en ce qui me concerne. Le magazine est édité par Astrolabe, le même groupe qui publie aussi 2ème Guerre Mondiale.

    Outre les rubriques Lectures et Actualités, faisons un peu le tour des articles :

    - présentation d'une exposition sur la demeure médiévale à Paris. Contrairement à une image assez répandue, la capitale n'a rien du bouge sordide, étouffant et livré à lui-même que l'on peut trouver dans certaines descriptions. Il reste bien peu de traces du Paris médiéval qui a été la première cité d'Occident. Progressivement couverte d'hôtels, la ville a développé un art de vivre bien à elle et reste médiévale pendant très longtemps, ce dont se plaignent les habitants du XVIIème siècle... tout en continuant à faire rêver.

    - Sylvain Gouguenheim signe l'enquête sur les terreurs de l'An Mil, le dossier étant singulièrement raccourci par rapport à ce dont je me souvenais des premiers numéros du magazine sous sa nouvelle forme. L'historien tente de démontrer, parallèle évident avec la psychose récente autour du calendrier maya, que ces terreurs de l'An Mil ne sont nées que dans l'esprit des romantiques et de certains historiens mal inspirés. J'avoue n'être qu'à demi-convaincu (sans pourtant croire aux prédictions des Mayas... ou du moins à l'interprétation qu'en font certains) et je vais me pencher sur certaines lectures pour en savoir plus...

    - Guillaume Levillain raconte le siège de Compiègne, du 20 mai au 25 octobre 1430, qui ne retient généralement l'attention qu'en raison de la capture de Jeanne d'Arc. Pourtant le siège, essentiellement mené par les Bourguignons, est intéressant pour appréhender l'art de la guerre de la fin du Moyen Age. Un excellent complément à la présentation que j'avais récemment faite du siège d'Orléans, contemporain, auquel l'auteur fait aussi souvent référence.

    - Claudine Brunon présente le broyeur de couleurs et son apprenti, métier essentiel du Moyen Age mais aussi fort dangereux en raison de la toxicité des substances manipulées.

    - Edina Bozoky revient sur la légende noire d'Attila, contraste frappant avec le seul témoignage direct évoquant le roi des Huns sans parti pris très négatif. La cruauté des Huns n'apparaît que dans des sources hagiographiques postérieures et la monstruosité, s'inspirant d'Ammien Marcellin, apparaît en Italie au Moyen-Age. L'image est contrastée dans la littérature germanique alors qu'Attila devient un héros national en Hongrie. La question est aujourd'hui renouvelée par l'intérêt qui porte les historiens en raison des problèmes d'immigration et d'intégration.

    - un article un peu trop court, peut-être, de Bérangère Bienfait sur les mariages d'enfants au Moyen-Age.

    - Cyrille Castelant propose ensuite une nouvelle visite de Château-Gaillard grâce à la reconstitution en 3D.

    - Maer Taveira raconte la construction du donjon de Rochester, lieu emblématique du pouvoir et de la fortification en Occident dès le XIIème siècle. Dommage que la partie consacrée au siège de 1215, récemment évoqué dans le film Le sang des Templiers, ne soit pas plus développée.

    - Fabrice Guillou, président de l'association Drekar et pratiquant les AMHE (Arts Martiaux Historiques Européens), expose une approche historique du combat viking. Basé sur les sources, ce travail montre que le combat viking est infiniment plus complexe que les stéréotypes éculés véhiculés par certains média.

    - enfin Elinor Lafoit décrit l'âge d'or de l'Andalousie médiévale autour de la splendeur de Cordoue, du VIIIème à la fin du Xème siècle, la mise en place du pouvoir arabo-berbère bientôt indépendant du califat musulman permettant l'éclosion d'une civilisation originale. Jusqu'à l'éclatment du califat de Cordoue.

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