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    670. Dans l'abbaye de Lios Mor, un moine érudit de retour de Terre Sainte est retrouvé poignardé dans sa cellule, fermée de l'intérieur. Les manuscrits qu'il avait ramenés avec lui ont été subtilisés. Soeur Fidelma et son époux, Eadulf, sont envoyés dans l'abbaye pour résoudre, à nouveau, une affaire criminelle plus complexe qu'il n'y paraît...

    Peter Tremayne est l'un des pseudonymes du romancier Peter Berresford Ellis, auteur de plus de 90 romans et 95 nouvelles. Sa série la plus fameuse est celle de soeur Fidelma, une religieuse irlandaise, avocate des cours de justice, qui travaille sur des affaires criminelles dans l'Irlande et l'Europe du VIIème siècle de notre ère. Ces enquêtes policières se situent dans la droite ligne du Nom de la Rose d'Umberto Ecco et surtout des enquêtes de Frère Cadfaël, le personnage créé par Ellis Peters et que l'on peut retrouver dans la même collection. La renommée de la série a dépassé les frontières, donnant même naissance à une société internationale de Soeur Fidelma basée à Charleston, en Caroline du Sud, avec son propre site internet.

    Le premier tome, Absolution par le meurtre, est sorti en 1994. La série en compte actuellement 23 (dont deux recueils de nouvelles). Si l'essentiel des intrigues a lieu en Irlande, soeur Fidelma voyage aussi dans le reste de l'Europe, à Rome, dans la Bretagne (pays de Galles, royaumes angles et saxons) et une des enquêtes a même lieu lors d'un trajet maritime vers l'Espagne. L'un des thèmes fétiches de l'auteur est de mettre en opposition l'Irlande des premiers siècles après la conversion chrétienne, dont la société et la pratique religieuse restent originales, avec les autres sociétés et la religion romaine. Ce thème général se décline en une multitude de sous-thèmes : différences entre les systèmes de gouvernement, entre les systèmes juridiques, place de l'esclavage ou des femmes, etc. Autre thème récurrent : celui des tensions internes à l'Irlande, les conflits entre le Haut Roi et les souverains des 5 royaumes, les guerres entre clans, différents aspects de la société irlandaise, etc. Par dessus cet ensemble se rajoute, quasiment à chaque fois, le conflit entre la chrétienté irlandaise et le pouvoir romain, décliné selon différentes thématiques (opposition pour la suprématie dans les îles britanniques, tolérance de l'héritage païen, application des principes chrétiens ou non au cadre juridique, célibat du clergé, valeur de l'astrologie, etc). Le succès de la série vient probablement du fait que ces thèmes renvoient, aussi, à certaines réalités contemporaines : en outre, la dimension historique est soignée, bien que les intrigues soient de qualité inégale, même si globalement, elles sont plutôt bien construites.

    Un calice de sang, qui est le 21ème tome paru en français, ne déroge pas à la tradition de soeur Fidelma. Cependant, le thème général abordé ici est traité quasiment pour la première fois, ce qui amène un petit souffle de fraîcheur. D'ailleurs l'auteur s'en explique par quelques pages en fin de volume. L'action se déroule en Irlande, comme souvent, mais l'enquête est bien menée et il est difficile de déterminer exactement toutes les responsabilités -souvent complexes dans les crimes traités par soeur Fidelma- avant la solution. En résumé, plutôt un bon tome dans la série, et je ne peux que recommander la lecture de l'ensembleà tout chacun. Pour ma part, au milieu des carnages du front de l'est, ça me change les idées.



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    Merci à Yann pour cet envoi.

    Le n°17 des hors-série du magazine Ligne de Front est consacré aux "légions maudites" du IIIème Reich. Comprenez les volontaires étrangers qui ont servi militairement dans la Heer (plus de 5 millions) et dans la Waffen-SS (325 000).

    Une première partie fait d'abord le tour des tenants et des aboutissants de cette collaboration. La Waffen-SS commence à recruter sur des critères aryens dès 1940, tandis que la Wehrmacht débauche elle des recrues sur un spectre plus large -Soviétiques compris. Cependant, les règles s'assouplissent y compris pour la Waffen-SS qui forme une division de musulmans bosniaques dès le printemps 1943, puis à recours aux Baltes, tandis que la Wehrmacht recrute de plus en plus de citoyens soviétiques. Mi-1944, le recrutement étranger représente 13% des effectifs. Les motivations tiennent principalement à l'anticommunisme (en particulier, par exemple, chez les Baltes ou les populations malmenées par le régime soviétique) et parfois à de simples intérêts matériels (solde attractive). Si la Waffen-SS joue de la propagande et de la fraude, aussi, pour mobiliser les Volksdeutsche, à partir de 1944, les volontaires sont de moins en moins nombreux face à des recrues parfois incorporées de force. Dans la Heer, les étrangers forment des unités au niveau du bataillon, jamais au-dessus. Dans la Waffen-SS se pose le problème de la langue, et celui du mépris des Allemands pour des recrues parfois jugées "inférieures", ce qui n'est pas sans conséquence sur l'efficacité des formations. Les volontaires peuvent être considérés comme des traîtres à leur patrie, même si l'URSS n'a pas ratifié la convention de Genève... en tout cas l'égalité des droits des volontaires avec les Allemands n'intervient pas avant 1944 dans la Heer. La valeur combattive des unités est très inégale. Si l'on regarde les chiffres, on est frappé de voir, dans la sphère "germanique", l'importante contribution néerlandaise, bien supérieure aux autres (50 000 contre 20 000 Flamands, qui arrivent en deuxième) ; le faible recrutement dans la sphère "neutre", à l'exception des Lettons (148 000) ; et l'énorme importance des citoyens soviétiques, qui constituent en fait l'essentiel du recrutement étranger (310 000 Russes, 250 000 Ukrainiens, etc). Les nazis peinent d'ailleurs à surmonter leurs préjugés racistes pour pleinement tirer parti de ce recrutement slave ou non-germanique, comme chacun sait.


    Les SS estoniens et lettons devant Narva, début 1944.


     

    La deuxième partie passe, en revue, par ordre alphabétique, les pays contributeurs. Mentionnons par exemple les Albanais ou les Arabes, rarement évoqués, le British Freikorps, les Caucasiens, les Cosaques, les Indiens, les Russes (avec des encadrés sur la brigade Kaminski et le cas biélorusse), les Ukrainiens...Les dernières pages reviennent rapidement sur les cas plus isolés, comme les volontaires du monde anglo-saxon ou les Suisses, et les Sud-Américains !


    La LVF en action sur le front de l'est.


     

    Un tableau large, donc, avec force illustrations et encadrés. Deux petites critiques cependant. La première est récurrente : c'est l'absence de sources, surtout avec un sujet comme celui-là, où l'on trouve des ouvrages assez facilement (par exemple sur les SS flamands, recension ici), et étant donné que l'ensemble fait près de 100 pages... la deuxième est un peu différente : personnellement, j'aurais aimé, en fin de volume, une seconde partie explicative comparant les pays contributeurs et déterminant les points communs entre certains, les différences, la performance au combat (qu'est-ce-qui la fait monter, ou au contraire qu'est-ce-qui la fragilise), et peut-être aussi un retour historiographique sur le devenir de ces volontaires dans l'après-guerre et la mémoire de leur participation à l'effort militaire du IIIème Reich. Ces éléments auraient permis d'apporter un peu de recul et d'analyser sur le fond, en plus de la description, le pourquoi du recrutement étranger dans la Wehrmacht et la Waffen-SS. Il me semble aussi, à la lecture de quelques numéros du magazine classique, que ce hors-série compile plusieurs articles (simplifiés) au moins parus au détail dans les numéros courants (à confirmer).


    Ci-dessous, à partir de 2:50, des images de l'armée de libération de la Russie (ROA) du général Vlassov, en 1945.


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  • 02/21/13--23:00: Surprise !
  • ... à suivre le 1er mars prochain, ici et ailleurs. Ci-dessous une petite vidéo pour vous mettre sur la voie...



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    Trevor Royle est un animateur de radio, qui s'intéresse à l'histoire militaire du Royaume-Uni et de son empire. Il est membre de la Royal Society d'Edimbourg. Il intervient comme spécialiste des questions de défense et affaires internationales sur la BBC.

    Le présent ouvrage traite de la guerre des Deux-Roses, une guerre civile larvée qui oppose, entre 1455 et 1485, deux familles ayant donné des souverains à l'Angleterre, les York (rose blanche) et les Lancastre (rose rouge). Cette guerre est assez peu traitée en français, car elle survient après la victoire de Castillon (1453) qui conclut pour ainsi dire la guerre de Cent Ans, alors que l'Angleterre, après cette défaite, s'enfonce justement dans la guerre civile, à l'image de ce qu'avait connu le royaume de France avec la lutte entre Armagnacs et Bourguignons.

    Trevor Royle aborde le sujet de manière très factuelle : il s'agit d'une trame des événements et l'analyse reste assez superficielle, sauf sur le plan politique. Les passionnés d'histoire militaire pourront être déçus car l'auteur ne s'intéresse pas vraiment à la dimension militaire du conflit. L'histoire de la guerre des Deux-Roses est donc développée en une série de courts chapitres (environ 20 pages chacun), dont la moitié est déjà consacrée aux racines du conflit, qui remontent à la succession du défunt roi anglais Edouard III, dont sont issues les deux branches royales qui vont s'affronter. Trevor Royle passe ainsi beaucoup de temps à discuter du règne de Richard II (1377-1399), renversé et probablement exécuté par le premier Lancastre, Henri IV. Il examine aussi en détails la personnalité du roi Henri VI, le souverain en place au début du conflit. Si l'on comprend la nécessité de revenir sur les causes de la guerre, on est par contre en droit de se demander en quoi le récit des campagnes d'Henri V en France a rapport avec le sujet. En réalité, l'auteur va trop loin et s'accorde trop de digressions.

    C'est donc bien une histoire politique de la guerre des Deux-Roses, avec des commentaires superficiels sur les dimensions militaire, sociale et culturelle. Il est dommage qu'une histoire d'une guerre n'aborde pas, cependant, l'histoire militaire à proprement parler. Saluons tout de même le portrait pondéré de Richard III, le vaincu de Bosworth (la bataille finale du conflit, en 1485), dont la postérité reste attachée au portrait plutôt sombre qu'en a dressé Shakespeare. En outre, Trevor Royle montre quand même que les premières batailles du conflit, qui semblent n'être rien de plus que des rixes décousues, surviennent, de manière étonnante, avant tout dans un cadre urbain. Par ailleurs, les différents prétendants à la couronne savent se servir de la propagande et en particulier de l'imprimé, qui commence à faire son apparition.

    The Wars of the Roses est donc une bonne introduction pour un lecteur recherchant des données factuelles, mais décevra sans doute la personne qui en sait un peu plus et qui souhaite aller un peu plus loin dans l'analyse. La bibliographie fournie en fin d'ouvrage (très factuelle elle aussi, visiblement) a sans doute été sous-exploitée. L'absence de cartes pour se repérer dans un tel livre est également dommageable à plus d'un titre.


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    1976, quartier d'Anderson, Los Angeles. Les membres d'un gang multiethnique sont abattus par des policiers après être tombés dans une embuscade. Les chefs du gang décident de contre-attaquer en se servant des armes automatiques qu'ils viennent de dérober. De son côté, le lieutenant Ethan Bishop (Austin Stoker), pour son premier jour de service, doit rallier le Central 13, le commissariat du quartier d'Anderson sur le point d'être déménagé. Sur place, Bishop ne trouve qu'une équipe réduite : Leigh (Laurie Zimmer) et Julie (Nancy Kyes), deux secrétaires, et Chaney (Henry Brandon), un policier. Bientôt, cependant, un bus pénitentiaire mené par l'officier de police Starker (Charles Cypher) arrive au commissariat : il transporte notamment un criminel réputé dangereux, Napoléon Wilson (Darwin Joston). Starker fait placer les trois détenus, dont l'un malade, en cellule, pour appeler un médecin. Pendant ce temps, les chefs du gang rôdent en voiture dans le quartier d'Anderson. Ils abattent gratuitement un marchand de glaces ainsi qu'une petite fille venue chercher une glace dans son camion. Le père de celle-ci s'empare du revolver du marchand, que celui-ci n'a pu utiliser, poursuit les chefs du gang et réussit à abattre le meurtrier de sa petite fille. Complètement déboussolé, il se réfugie dans le commissariat d'Anderson : bientôt, le gang cerne le bâtiment et s'apprête à le prendre d'assaut...

    Assaut est le deuxième film de John Carpenter et l'un des long-métrages phares de sa génération. Au départ, il est plutôt mal reçu aux Etats-Unis mais rencontre un beau succès en Europe. Carpenter s'est inspiré de la trame du western Rio Bravo pour faire un film à sa propre sauce, où l'on sent aussi l'influence d'un Romero (les membres du gang, hormis les chefs, étant complètement déshumanisés, sont presque assimilables à des zombies). Jouant sur la peur du spectateur, Carpenter ne cherche d'ailleurs visiblement pas à reproduire le réalisme des gangs de LA à l'époque, mais bien plutôt à mixer les genres du western et du film d'horreur. On retrouve la patte du réalisateur dans la BO (au synthé, inspiré d'un morceau du film L'inspecteur Harry), le héros viril, à l'aise et cynique (Napoléon Wilson, qui préfigure Snake Plissken), et la critique implicite du système (détenus et policiers sont forcés de se battre ensemble pour leur survie). Le résultat donne un huis-clos efficacement mené pendant le siège (malgré un final un peu en-dessous, faute de moyens pour un film indépendant, vraisemblablement) précédé d'une mise en place efficace (avec une scène de violence assez crue quand l'un des chefs du gang abat froidement une petite fille). Sur le plan historique, on notera que Carpenter, avec Assaut, s'intègre dans une série de films mettant en lumière les contradictions et les faiblesses de l'Amérique àl'époque du reflux américain (défaite au Viêtnam, montée en puissance de l'URSS dans le Tiers-Monde, etc), aux côtés de L'inspecteur Harry ou du filmLes guerriers de la nuit. En outre, la peinture d'un siège mené par un gang en milieu urbain n'est pas sans intérêt.


    Ci-dessous, scène fameuse du siège du commissariat d'Anderson dans Assaut. Le film rappelle, indirectement, la difficulté de combattre dans un milieu urbain, y compris dans la dimension maintien de l'ordre. Ici, le gang est surarmé (fusils d'assaut M-16 capturés, avec silencieux) et en surnombre, face à une poignée de défenseurs. Ce qui n'empêche pas que, comme souvent dans le combat urbain, le siège est terriblement coûteux pour l'attaquant.
     




    Le film, devenu culte, a fait l'objet d'un remakeen 2005, réalisé d'ailleurs par un Français, Jean-François Richet. Il n'est pas inintéressant mais perd en touche d'originalité ce qu'il gagne dans les scènes d'action.


     

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    Jacques Delperrié de Bayac est un journaliste et écrivain français, auteur de plusieurs ouvrages à caractère historique sur la Seconde Guerre mondiale, en particulier. Ce livre consacré aux Brigades Internationales est le premier signé par cet auteur.

    Les Brigades Internationales sont passées au rang du mythe bien avant leur dissolution en 1938. Ce qui explique, sans doute, que leur mémoire soit si disputée. 35 000 volontaires, provenant d'une cinquantaine de pays différents, viennent ainsi se battre aux côtés de la République espagnole. Contre Franco soutenu par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste ; en raison du non-engagement des démocraties ; à cause de la forte immigration en Europe occidentale ; et de l'organisation de l'Internationale communiste. Les brigadistes sont majoritairement des ouvriers, d'un âge moyen autour de 29-30 ans : beaucoup sont des militants communistes mais s'engagent surtout par antifascisme. Les pertes sont telles cependant, que dès l'été 1937, les Espagnols intègrent en masse les Brigades Internationales : leur engagement dans la guerre d'Espagne n'a rien d'une épopée romantique mais a tout de l'enfer de Verdun, ou presque.

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la mémoire communiste des Brigades Internationales n'a pas été très vive. La brochure, en France, dédiée au sujet par le PCF gomme l'intervention du Komintern et tous les conflits propres au camp républicain et qui ont contribué à son effondrement. En France, le rôle des brigadistes est occulté par celui des résistants de la Seconde Guerre mondiale qui ont, eux, le bénéfice d'avoir remporté leur combat. En outre, avec la guerre froide, les anciens brigadistes sont suspectés par Moscou d'avoir collaboré à l'époque avec des Yougoslaves proches de Tito, ou des Américains qui ont servi, eux aussi, dans les Brigades Internationales. Le livre de Delperrié de Bayac s'inscrit dans ce contexte : paru en 1968, il s'avère bien plus sérieux que certains ouvrages d'historiens sur la guerre d'Espagne. Il faudra attendre, de fait, les années 1990 pour qu'un véritable travail de fond soit mené sur le sujet en France par les historiens universitaires. 


     


    Le journaliste décrit ainsi la formation, l'engagement et le retrait des Brigades Internationales, de 1936 à 1939, car certains brigadistes combattent cependant jusqu'à la chute de la République espagnole. Delperrié de Bayac traite son sujet avec modestie et sans compromis : il ne cache rien des affrontements au sein du camp républicain, ni des faiblesses structurelles des Brigades Internationales, sans les décrier. Des cartes placées au fil du texte permettent de se repérer quand l'auteur évoque les grandes offensives auxquelles participent les brigadistes ainsi que de saisir l'évolution globale du conflit. Le journaliste s'appuie essentiellement sur des témoignages écrits au moment des événements ou par la suite, et la lecture de l'ensemble est plutôt agréable. Sur le plan militaire, la faiblesse des Brigades Internationales tient au manque des appuis (artillerie,blindés, aviation) ou, parfois, à leur mauvaise utilisation. L'absence de formation ou d'expérience militaire ne peut aussi complètement suppléer à l'immense courage et à la volonté de certains brigadistes. En outre, la cohésion n'est pas toujours au rendez-vous, ne serait-ce qu'en raison de la barrière linguistique. Cela n'a pas empêché certains officiers de devenir de véritables meneurs d'hommes, et les Brigades d'être fréquemment utilisées comme troupes de choc sur les points chauds ou lors des grandes offensives républicaines. Les brigadistes connaissent aussi, bien évidemment, la terreur communiste propre à l'histoire de la République espagnole pendant le conflit. On est frappé en revanche de voir combien les prisonniers sont plutôt respectés, même si lors de certains combats, les affrontements sont sans pitié -au feu.


     


    Jacques Delperrié de Bayac propose, en annexes, le statut des Brigades Internationales du 27 septembre 1937, des extraits de discours sur les Brigades, la liste de celle-ci, une autre avec certains conseillers soviétiques, une chronologie des brigades, une analyse de leurs journaux et quelques pages sur la Centrale Sanitaire Internationale.


     



    A l'heure où certains préfèrent s'intéresser, au contraire, aux volontaires étrangers ayant servi aux côtés de Franco, il est bon parfois de revenir à des "classiques" comme cet ouvrage désormais ancien, sans doute dépassé par les travaux plus récents, tels ceux de Rémy Skoutelsky, mais qui permettent de démonter quelques lieux communs encore trop répandus sur les Brigades Internationales, parfois repris par les tenants d'un vieux fond anticommuniste. Rafraîchissant.

     

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    Andrew Nagorski est un journaliste américain, né en 1947, vice-président de l'Institut Est-Ouest, un think thank fondé en 1980. Il a aussi occupé des responsabilités dans le magazine Newsweek. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, de fiction ou plus sérieux, comme celui-ci, paru initialement en 2007 et traduit en poche l'année suivante, avant de sortir en poche dans la collection Tempus en 2011.

    C'est donc un ouvrage de journaliste, et on peut en sentir les limites dès l'introduction. Quand l'auteur annonce, par exemple, que la bataille de Moscou fut la plus importante de la Seconde Guerre mondiale et "de tous les temps" (sic). En revanche, Nagorski a raison de souligner que la bataille de Moscou, l'un des grands tournants sans aucun doute du conflit, a été relativement éclipsée par le siège de Léningrad ou les batailles de Stalingrad et de Koursk. Cet affrontement comporte pourtant une dimension dramatique, l'URSS semblant, par moment, au bord de l'effondrement. Staline commet certes des erreurs d'appréciation qui entraînent de lourdes pertes, mais sa volonté de rester dans la capitale galvanise aussi les défenseurs et enraie un début de panique. Nagorski cherche à montrer comment Staline a tenu, dans quelles conditions et avec quelles conséquences. Il le fait en se basant surtout sur des témoignages d'acteurs soviétiques de l'époque, qui reviennent sur les événements longtemps après les faits. L'ensemble ne peut espérer combler "le trou béant" qui, selon l'auteur, recouvre la bataille de Moscou -ce qui n'est pas très exact...

    On n'a donc pas à faire à une histoire militaire de la bataille de Moscou, mais plutôt à un examen politique, avec une insistance prononcée sur Hitler et Staline, et sur les témoignages de combattants ou d'exécutants des deux dictateurs. Malheureusement, les témoignages, s'ils montrent l'impréparation manifeste, par exemple, de l'Armée Rouge au déclenchement de Barbarossa, ne sont pas remis en contexte et critiqués, ce qui en limite singulièrement la portée. Car Nagorski commence d'abord par présenter les préparatifs et le déclenchement de Barbarossa, heureusement s'en trop s'étendre au-delà du raisonnable. Plus embêtant, on trouve assez rapidement des erreurs factuelles dans le texte : p.105, la directive n°227 "Plus un pas en arrière" est ainsi datée de 1941...au lieu de 1942.

    Nagorski s'attarde beaucoup sur les purges staliniennes, qui fragilisent une Armée Rouge en pleine croissance et qui vont dresser une partie des populations soviétiques contre le régime. Mais les Allemands n'en profitent pas et retournent au contraire ces populations contre eux. Le journaliste montre aussi comment les généraux allemands acquiescent facilement au projet de guerre sans pitié voulue par Hitler à l'est : ainsi Manstein argue des atrocités commises par les Soviétiques sur les soldats allemands pour excuser les massacres de prisonniers.  En revanche, sur la question de savoir si Moscou est devenue un objectif trop tard côté allemand, il fait la part belle à Guderian, qui n'est pas sans responsabilités dans l'échec final, et charge beaucoup Hitler.

    Nagorski a des pages intéressantes sur le rôle de Joukov dans le rôle de la capitale. De même, il peint assez bien l'observation par les Anglo-Américains de la bataille de Moscou et le rôle des ambassadeurs et des journalistes, selon qu'ils soient pro ou anti-URSS. L'un des meilleurs chapitres est sans doute celui consacré à l'amorce d'évacuation de Moscou à la fin octobre 1941, après les désastres de Vyazma-Bryansk : on voit que le NKVD avait soigneusement planifié la destruction des installations et un mouvement clandestin de guérilla en cas d'occupation allemande, et qu'un début de panique a heureusement été contenu, non sans mal. On retiendra cette troupe de music-hall embauchée par le NKVD pour conduire éventuellement une représentation devant des hauts gradés allemands et leur jeter des grenades au moment opportun ! Nagorski revient aussi sur le mythe de Zoïa Kosmodemianskaïa ou sur la figure de l'espion Richard Sorge. 

    L'auteur montre ensuite comment les soldats allemands eux-mêmes, aux côtés de leurs généraux, commencent à comprendre que la guerre à l'est ne sera pas courte et facile. La résistance des soldats soviétiques et le climat prélèvent leur dîme. Nagorski rappelle le rôle des divisions "sibériennes", même s'il a été exagéré. En revanche, il présente assez mal le déroulement de la contre-offensive soviétique, préférant s'intéresser à l'état de délabrement des troupes allemandes et à l'obstination d'Hitler de vouloir s'accrocher à tout prix au terrain, puis des désirs insensés de Staline de contre-attaque généralisée, qui se terminent par de sanglants échecs début 1942. Il montre ensuite comment le dictateur soviétique, au moment de la visite d'Anthony Eden en décembre 1941, a déjà des arrière-pensées pour l'après-guerre et louvoie avec le gouvernement polonais en exil. Nagorski revient aussi sur le rôle du général Vlassov, qui mène une partie de la contre-offensive soviétique, avant d'être capturé en juillet 1942 et de prendre la tête d'un mouvement de collaboration avec les Allemands. Il conclut son récit par la présentation du désastre devant Rjev.

    En conclusion -dans le dernier chapitre, Nagorski explique combien la politique de terreur de Staline a provoqué une bonne partie du désastre de 1941. Mais il rejette aussi la traditionnelle cause du climat comme expliquant la défaite allemande. Hitler ses généraux ont commis plusieurs erreurs, dont la principale reste pour lui de ne pas s'être concentré sur Moscou assez tôt. La bataille de Moscou est donc bien l'un des tournants de la Seconde Guerre mondiale : une défaite psychologique pour les Allemands, une victoire précaire pour les Soviétiques, remportée à un prix des plus élevés, le plus élevé du conflit (sic). 

    On a donc là un travail de journaliste, dont le côté le plus intéressant reste assurément les détails fournis par des témoignages inédits (comme l'évacuation de la momie de Lénine s le 3 juillet 1941). Malheureusement, l'ensemble manque quelque peu de recul et peine parfois à s'élever au-dessus de considérations simplistes, voire pèche par absence réelle de matière sur l'histoire militaire à proprement parler, en dépit d'intéressantes remarques sur le contexte diplomatique. De ce côté-là, la bibliographie, plutôt conséquente, a sans doute été insuffisamment exploitée. Il y a aussià l'oeuvre une vision très négative, finalement, de l'URSS et de Staline, certes en grande partie fondée, mais un peu trop omniprésente au fil des pages. Enfin, cette traduction française n'est pas forcément parfaite. Utile, mais pas indispensable.




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    Ce 1er mars 2013, j'ai l'honneur de vous présenter un nouveau blog : L'autre côté de la colline. Un blog collectif, réalisé avec David François, du blog Communisme, violences et conflits, et Adrien Fontanellaz, du blog militum Historia. L'objectif : mettre en commun notre intérêt pour l'histoire militaire, nos connaissances et notre méthode pour proposer des articles de vulgarisation, réalisés selon une démarche scientifique, sur des sujets à la fois rares ou originaux dans le sens qu'ils peuvent aborder des thèmes classiques mais avec une nouvelle approche. Initialement, nous comptons essayer de proposer 3 gros articles par mois (individuels pour commencer, mais peut-être aussi collectifs sous peu), car chacun doit aussi compter avec des impératifs. En ce qui me concerne, j'ai bien l'intention de revenir fréquemment, notamment, sur l'histoire militaire russe ou soviétique, en particulier. Bien entendu, nous sommes ouverts aux contributions extérieures, à condition qu'elles respectent grosso modo la petite charte insérée dans la présentation. Rejoignez-nous donc sur L'autre côté de la colline !





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    La bataille de Khalkhin-Gol(ou incident de Nomonhan du côté japonais) est l'une des victoires oubliées de l'Armée Rouge dans l'entre-deux-guerres. En français, hormis le livre de Jacques Sapirdont je parlais l'autre jour, aucun ouvrage ou presque ne s'y est vraiment intéressé. Et que dire de la dimension aérienne du conflit, jusqu'à récemment négligée y compris dans les publications anglo-saxonnes ! C'est ce vide que vient combler l'ouvrage de Dimitar Nedialkov, un chercheur bulgare.

    Dans le premier chapitre, il commence par dresser l'historique des tensions entre le Japon -l'armée du Kwantung plutôt- et l'URSS sur la frontière de la Mongolie et du Mandchoukouo. A noter que durant l'incident du lac Khasan, en juillet 1938, le succès final des Soviétiques est dû selon lui pour bonne partie à l'intervention de l'aviation, et en particulier des bombardiers lourds TB-3 et moyens SB-2 qui opèrent en masse. A ce moment-là, l'aviation japonaise, très engagée en Chine, n'est pas encore très présente. La situation se dégrade pourtant rapidement avec la signature d'un pacte mutuel entre Moscou et la République de Mongolie en 1936 et l'installation de troupes soviétiques sur place dès l'année suivante. Ce renfort encourage les revendications des Mongols, alors que l'état-major général japonais, lui, est surtout préoccupé par la guerre en Chine.



    En 1939, aux 766 appareils soviétiques, concentrés essentiellement dans un régiment mixte de bombardiers et un autre de chasse, font face 274 appareils japonais. Mais les pilotes nippons sont beaucoup plus expérimentés, et certains dépassent les 1 000 heures de vol. Les biplans sont encore présents de chaque côté (Ki-10 contre I-15, puis I-153), mais les monoplans (I-16 et surtout Ki-27) tiennent le haut du pavé. En revanche, les Soviétiques disposent de bien plus de bombardiers SB-2, R-5 biplans ou TB-3 que les Japonais et leurs Ki-21, BR-20 italiens, Ki-15, 30 ou 32.

    Les incidents se multiplient en mars et dégénèrent finalement en guerre ouverte au mois de mai 1939. Dans les premières semaines de combat aérien, les Japonais ont clairement le dessus. Les VVS transfèrent donc des unités supplémentaires et surtout un groupe d'une vingtaine de pilotes vétérans des combats en Espagne et en Chine. Les Japonais notent la réaction soviétique mais ne peuvent la contrer. Dès le 22 juin, la bataille aérienne voit un certain équilibre s'instaurer. Le Japon change alors de tactique et cherche à frapper les avions soviétiques au sol, mais un raid massif le 27 juin n'apporte que des résultats mitigés.

    Les 2 et 3 juillets, lors d'un renouveau de l'offensive japonaise au sol, Joukov, qui a pris le commandement des troupes soviétiques, fait un usage intensif des bombardiers et avions d'attaque au sol des VVS pour combler son manque d'infanterie, tout comme il le fait avec les chars pour briser les pointes japonaises. Les VVS commencent déjà à obtenir la supériorité aérienne pendant certains moments de la bataille. Des deux côtés, les revendications des victoires aériennes sont très exagérées.

    Mi-juillet, alors que se forme le 1er groupe d'armées soviétique, les VVS se renforcent par l'apport de 200 appareils supplémentaires, notamment les premiers I-153. Côté japonais, une réorganisation a lieu mais la force de frappe des bombardiers demeure toujours insuffisante. Les vagues de chasseurs soviétiques, accrues par leurs réserves, usent tout simplement le potentiel japonais. Après avoir lutté contre le problème des moustiques, abondants dans la région, qui minent l'efficacité des pilotes -en utilisant les moteurs des Po-2 pour les éradiquer !-, les VVS changent de tactique et décident de harceler en permanence les avions japonais sur leurs aérodromes. Les mitraillages au sont dévastateurs du 27 juillet au 3 août, avant que l'aviation nipponne ne s'adapte elle aussi. Cette période voit aussi les premiers cas d'abordage entre appareils soviétiques et japonais. Les unités japonaises fondent en perdant de nombreux pilotes expérimentés, tandis que les VVS favorisent le "hit and run" et améliorent leurs performances de vol en embarquant des équipements à oxygène, délaissés car jugés trop lourds auparavant. Les Japonais prévoient alors de lancer une nouvelle offensive le 24 août et d'attaquer les terrains soviétiques, mais ils sont devancés par Joukov, qui compte lancer une contre-offensive dès le 20. A ce moment-là, la composante aérienne aligne 3 régiments de chasse, une brigade de bombardiers rapides, des TB-3 et des appareils de liaison, plus de 600 appareils. Côté japonais, les pertes cumulées à celles en Chine dépassent déjà les capacités de l'industrie, et de nombreux cadres ont été tués.

    L'attaque de Joukov le 20 août est précédée d'un raid de 150 SB-2 tandis que les cieux sont patrouillés par plus de 140 chasseurs. Interviennent dans la bataille aérienne les premiers I-16 équipés de roquettes RS-82 sous les ailes, armes qui obtiennent plus un effet psychologique que destructeur. Les chasseurs soviétiques empêchent l'aviation japonaise de soutenir ses troupes au sol tandis que les bombardiers et avions d'appui des VVS s'en donnent à coeur joie. Les combats font rage jusqu'au 31 août. L'aviation soviétique est parvenue à obtenir la supériorité aérienne et à la conserver, tout en améliorant sa coordination. 

    Dès le 5 septembre, Tokyo suspend toute opération offensive. Il faut dire qu'en pleine attaque soviétique, le 23 août, le pacte germano-soviétique a été signé et que l'Allemagne fait pression sur son allié japonais pour suspendre les hostilités... les aviateurs nippons croient devoir gagner du temps pour négocier l'armistice en position favorable, estimant n'avoir pas démérité ! Le cessez-le-feu survient après quelques escarmouches finales le 15 septembre. 

    En conclusion, Dimitar Nedialkov explique bien que les Soviétiques l'ont emporté grâce àla mobilisation de leurs réserves, à l'expérience des deux premiers mois de combat et à l'exploitation des opportunités qui se sont présentées. Trois officiers supérieurs de la force aérienne japonaise se suicident, d'ailleurs, montrant indirectement qu'ils pensent avoir échoué ! La densité des combats aériens de Khalkhin-Gol ne sera pas atteinte avant la bataille d'Angleterre, en 1940. Les VVS l'emportent aussi car le camp soviétique a gardé une grande cohésion sur les objectifs à atteindre, contrairement au camp japonais. Ce dernier perd environ 150 pilotes, un peu moins que les Soviétiques, mais ces pertes sont catastrophiques : en 30 ans, la force aérienne nipponne a formé seulement 1700 pilotes. On mesure l'ampleur de la saignée d'autant que sur les 150 pilotes, 17 sont des chefs d'unités. Les Soviétiques perdent 250 appareils contre 164 aux Japonais. Les deux camps exagèrent dans un ratio de 8 à 9 pour 1 (!) les victoires remportées. Le conflit a vu de plus en plus d'arrivées simultanées de groupes aériens sur le champ de bataille, entraînant de grands engagements. Les VVS ont obtenu davantage de résultats dans leur matraquage au sol : 4% des missions pour 15% des pertes japonaises. Les bombes et armes de bord soviétiques se montrent plus efficaces. En revanche les I-15 et I-153 sont dépassés, et le Ki-27 japonais domine les airs. La victoire soviétique à Khalkhin-Gol marque un coup d'arrêt aux incidents frontaliers voulus par l'armée du Kwantung et qui cherchait l'affrontement avec l'URSS. En 1941, le Japon n'attaquera pas l'Extrême-Orient soviétique en dépit de Barbarossa. Malheureusement, les leçons de ce succès aérien ne sont pas transmises et les VVS devront passer par l'ordalie de la Finlande, et surtout de Barbarossa, pour suivre à nouveau le même chemin. C'est pourtant la première fois que la puissance aérienne a été utilisée massivement pour atteindre des objectifs décisifs dans un conflit. A noter le caractère féroces des combats : sans parler des abordages, on voit des pilotes japonais tirer sur les parachutes adverses, se suicider quand ils sont abattus pour ne pas être capturés, voire même se poserà côté des avions soviétiques descendus pour tuer à coups de sabre (!) ou de pistolet les pilotes des VVS et récupérer leurs montres ou autres objets personnels...

    Chaque chapitre est ouvert par un petit dessin, sans prétention, mais on appréciera. Les 50 dernières pages comprennent une présentation des principaux appareils des deux camps, des profils couleurs, les victoires revendiquées par les deux camps et les notes (malheureusement pas de bibliographie indicative. Un ouvrage solide sur un sujet peu traité : on en redemande !


     

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    Merci à Yann pour cet envoi.

    J'ai beaucoup aimé ce numéro de Trucks and Tanks, magazine que je n'avais pas lu depuis quelques temps (N°33 il me semble). Pourquoi ? Variété des sujets, mention fréquente des sources (eh oui ! Chez Caraktère, on note parfois quelques différences entre les magazines, bien que la différence ne soit pas toujours régulière, en l'occurence), notamment. Jugez un peu :

    - rapide présentation du CRAB (Combat Reconnaissance Armoured Buggy)de Panhard, une alternative apparemment crédible pour le futur programme du VBAE (Véhicule Blindé d'Aide à l'Engagement).

    - bel article de Dominique Renaud sur le Marder II, un montage dans l'urgence d'une pièce de 76,2 mm soviétique sur châssis de Panzer II. Ce bricolage aide les Allemands à tenir un peu sur le front de l'est face aux T-34 et aux KV-1, jusqu'à l'opération Zitadelle à Koursk en juillet 1943. En dépit d'une silhouette bien trop haute et de nombreux problèmes mécaniques...

    - autre article intéressant, signé Alexandre Ashuraliev, celui consacré au ZSU-23/4 Shilka, automoteur de DCA guidé par radar conçu pour remplacer le ZSU 57/2 à la fin des années 1950. Arme redoutable, il fut même adapté pour escorter les convois de l'Armée Rouge en Afghanistan contre les embuscades en surplomb. Laurent Tirone est allé aussi interroger Valeriy Pusnakov, ancien conducteur de Shilka entre 1982 et 1984.



     


    - le dossier, intitulé Les mécanos de l'extrême et signé Hugues Wenkin, est en fait une étude des équipes de maintenance des bataillons de chars lourds allemands Tigres I et II. C'est un excellent complément à mon article sur l'efficacité de ces  bataillons paru dans 2ème Guerre Mondiale n°47. L'efficacité des Tigres au combat tien en effet beaucoup à un entretien soigné, auquel participe l'équipage. Le commandant d'unité doit soigner les marches d'approche pour limiter les pannes. Si l'unité de soutien mécanique n'est pas opérationnelle, le taux de disponibilité des machines s'effondre. Sans maintenance, les bataillons de chars Tigres sont incapables de soutenir un combat prolongé et doivent fréquemment saborder des véhicules ou les abandonner.


    Ci-dessous, les Tiger II du s. Panzer-Abteilung 503 à la parade pour le Deutsche Wochenschau.



     


    - Philibert de Loisy présente les différentes tourelles qui sont montées sur l'automitrailleuse AMD 178 Panhard. Du service dans l'armée française jusqu'à l'armée d'armistice, en passant par les modèles récupérés par les Allemands, les versions n'ont pas manqué... dont les fameuses draisines pour la lutte antipartisans à l'est.


    1943, un train blindé allemand sur les arrières du Groupe d'Armées Centre. Une draisine AMD 178 française est utilisée comme moyen de reconnaissance.
     




    - Pierre Grasser raconte rapidement la mise au point pour l'Armée Rouge, par une firme allemande dans l'entre deux-guerres, du canon de 76 mm mod. 1931 pour la DCA... récupéré ensuite par les Allemands après Barbarossa, et rechambré plus tard au cours de la guerre en 88 mm. Retour à l'envoyer, pour ainsi dire... à noter aussi la double page sur les tentatives soviétiques d'automoteur avec ce canon. Et l'auteur utilise des sources russes, entre autres.

    - description efficace du Tigre par Luc Durand, naissance, déploiement au combat et différentes versions. Il semble que davantage de place ait été accordé à la rubrique hélicoptères de la revue, et c'est tant mieux car, de mémoire, les articles précédents de départ étaient un peu courts.

    - dernier article de Laurent Tirone sur les camouflages des Panzer IV du DAK.

    Au final, c'est bien illustré, le contenu est solide et pas mal d'articles citent leurs références. Un bon numéro, espérons que ça dure ! 

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    Les livres en français sur la guerre du Pacifique ou sur le Japon et sa politique expansionniste, Seconde Guerre mondiale incluse, ne sont pas légion. Il y a toutefois celui de Jean-Louis Margolin, dont j'ai déjà signalé les limites plusieurs fois, ici par exemple. Bruno Birolli (que je remercie de m'avoir envoyé son ouvrage), correspondant en Asie du Nouvel Observateur, fait donc oeuvre utile en consacrant ce livre à Ishiwara Kanji, un des officiers japonais turbulents qui a participé à la mise au point de l'incident de Moukden puis de l'invasion de la Mandchourie par le Japon (1931), une mécanique qui allait mener tout droit à Pearl Harbor -d'où le sous-titre du livre. La sortie de l'ouvrage se couple d'ailleurs à celle d'un documentaire récemment diffusé par Arte.

    Comme il le rappelle dans l'introduction, Bruno Birolli souligne que l'invasion de la Mandchourie n'est pas à négliger dans la perspective de la Seconde Guerre mondiale qui suivra. C'est en effet l'une des premières crises de la SDN, incapable de montrer de la fermeté face à l'agression japonaise, manifeste et connue très rapidement, ainsi que la mise en scène de l'incident. L'événement a marqué les contemporains : Hergé, d'ailleurs, en fait l'un des thèmes phares de l'album de Tintin  Le Lotus Bleu.Cerveau de cet incident : Ishiwara Kanji, qui, chose rare, a laissé beaucoup d'écrits, ce qui permet de tenter de comprendre pourquoi certains Japonais en sont venus à considérer l'expansion et la guerre comme inévitables et même nécessaires. Ishiwara est représentatif de son temps : il incarne la fuite en avant d'un Japon qui finit par lier son sort à l'Allemagne nazie et à l'Italie fasciste dans sa politique démesurée d'agression. Avec le résultat que l'on sait.



    Né en 1889 à Tsuruoka, dans la partie nord de l'île d'Honshu, sur la côte de la mer du Japon, Ishiwara est le fils d'un partisan du shogûn qui a combattu l'ouverture à l'Occident mis en avant par l'empereur Meiji, et qui a été défait. Un ancrage dans le passé, et une nostalgie, aussi, d'une défaite jamais véritablement acceptée. La région d'origine d'Ishiwara, isolée, est plutôt en retrait du décollage économique du Japon sous l'ère Meiji. Sous-lieutenant dans l'armée impériale par la volonté de son père, Ishiwara reflète ce monde des militaires qui doivent obéissance à l'empereur, à sa religion, au kokûtai, formés à obéir, épris de mystique, mais guère ouverts sur le monde et la société. Le Japon fait face, en 1918, à une contestation, "les émeutes du riz", bientôt écrasée par l'armée. Ishiwara, qui a visité la Mandchourie et la Corée, lieux des exploits de l'armée japonaise contre les Russes en 1904-1905, se prend à rêver, pour la première agrandie à toute la Chine, d'une conquête qui satisferait les besoins du Japon. Celui-ci a bien tenté d'y installer sa mainmise pendant la Grande Guerre, par le biais des 21 demandes, mais cette tentative a été rejetée unaniment par des Etats-Unis tenants de la fameuse politique de la "porte ouverte" en Chine.


    Ci-dessous, dans l'adaptation de la BD de Hergé, le Lotus Bleu, on trouve une référence évidente à l'incident de Moukden (vers 16:00).
     



    Ishiwara se laisse donc prendre au panasiatisme, au nichirénisme (une sorte de "bouddhisme de guerre", comme le résume Bruno Birolli) dès 1920, époque à laquelle il arrive en Chine, dans la concession japonaise de Hankou. Il y rencontre Itagaki, un compagnon jusqu'à la fin de ses jours, et comprend que loin d'être une terre d'essai pour le panasiatisme, la Chine, plongée dans la guerre civile, sera à qui la prendra -au Japon, le plus fort, de préférence. Ishiwara part ensuite en Europe, passe par la France puis va en Allemagne, à Potsdam. Il suit la dispute entre Lüdendorff et Delbrück, et reste fasciné par la notion de guerre totale développée par le premier, qui rejoint d'ailleurs l'idée d'apocalypse formulée dès le XIIIème siècle par le nichirénisme.

    Revenu au Japon, Ishiwara enseigne au collège militaire, où il s'ennuie. Mais il écrit, et réfléchit à la guerre finale qui annoncera la domination sur le monde de l'Empire du Soleil Levant. Cette guerre verra l'intervention massive d'armes modernes, comme l'aviation. Elle nécessite pour le Japon de "faire le ménage" en politique intérieure pour éviter la trahison de l'arrière. Enfin, il faut conquérir la Mandchourie qui servira d'arsenal et de sanctuaire, au risque de déclencher une guerre avec l'Angleterre et les Etats-Unis. Ishiwara se lie avec un groupe de jeunes officiers qui partagent une partie de ses idées, emmené par Nagata, et parmi lesquels on trouve Tojo ou Yamashita. Au même moment, au tournant des années 20 et 30, l'influence des conseillers de l'empereur de l'ère Meiji diminue alors que s'affirme le Parlement. En réaction, les officiers subalternes de l'armée vont cultiver une posture de désobéissance pour marquer leur désaccord avec un jeu parlementaire qu'ils souhaitent éliminer.

    En 1928, le colonel Komoto entame le premier coup de sonde en éliminant le chef de guerre chinois Zhang Zuolin, qui régnait en Mandchourie. L'effet est désastreux car Zhang était plus proche des Japonais, et son fils,Zhang Zueliang, va rallier Tchang Kaï Chek. Ishiwara arrive sur place en 1929 etKomoto est remplacé par Itagaki. Les libéraux sont revenus au pouvoir, avec le Premier Ministre Hamaguchi, bientôt victime d'un attentat. Les comploteurs, rejoints par Nagata, ne sont pas d'accord sur les moyens d'agir et de provoquer un incident pour occuper la Mandchourie. Ishiwara met finalement au point le sabotage de la voie ferrée. Le 18 septembre 1931, tout est déclenché : l'incident sert de prétexte aux Japonais pour se ruer sur Changchun, occupée, tandis qu'une vraie guerre de l'information est menée pour convaincre le monde du bienfondé de l'intervention japonaise -bien que les premiers observateurs occidentaux ne soient pas dupes.

    Voyant que le gouvernement tergiverse, Ishiwara n'hésite pas à prendre la tête d'une escadrille d'avions pour bombarder Jinzhou et mettre le Japon devant le fait accompli. Ishiwara, qui jubile, veut foncer sur Qiqihar, pourquoi pas engager le combat contre les Soviétiques. L'état-major général finit par mettre le hola, de même que certains comploteurs qui comprennent que leur camarade va trop loin. D'autant que la conquête de la Mandchourie n'est pas la promenade de santé trop souvent décrite face aux hommes de Ma Zanshan, lieutenant de Zhang Zueliang. Cependant, ce n'est pas la nouvelle société voulue par Ishiwara qui s'installe en Mandchourie mais un Etat fantoche destiné à être pillé par les Japonais, le Mandchoukouo, dirigé pour la forme par Pu Yi, dernier empereur de Chine.

    Itagaki, le nouvel homme fort de l'armée japonaise en Chine, fait alors provoquer un incident à Shanghaï, en janvier 1932, dans l'espoir de capitaliser sur le premier succès. Mais la résistance chinoise est féroce, Tchang Kaï Chek jouant sa crédibilité. L'armée japonaise doit employer massivement son aviation et la marine s'investit déjà lourdement dans cette seule bataille. Au Japon, où la conquête de la Mandchourie a regonflé l'orgueil national, l'initiative des comploteurs de l'armée du Kwantung encourage le terrorisme de jeunes officiers prompts à imiter leurs camarades. Le 15 mai 1932, un groupe assassine entre autres le Premier Ministre Isukai. Ishiwara, revenu à Tokyo, est témoin des querelles qui opposent entre eux les bouillants officiers japonais. On l'envoie en Suisse, pour suivre les débats à la SDN. L'armée japonaise met ensuite la main sur le Jehol. 

    En février 1933, la SDN condamnant l'intervention japonaise, le délégué Matsuoka quitte l'assemblée et signifie que le Japon se retire de l'organisation. Revenu au Japon, Ishiwara prend la tête du 4ème régiment d'infanterie et prend soin de ses hommes, chose peu fréquente dans une armée japonaise où l'instruction est synonyme de véritable enfer pour les recrues. Pendant ce temps, Nagata, qui estime que l'armée japonaise n'est pas encore prête à la guerre et ne doit pas diriger sur le plan politique, s'oppose à Araki, le ministre de la Guerre, qui est lui d'un avis opposé. Le procès des assassins d'Inukai s'est transformé en triomphe pour les accusés. En août 1935, Nagata est tué d'un coup de sabre dans son bureau par un officier japonais.

    Le 26 février 1936, les officiers factieux tentent un coup d'Etat. Ishiwara tente de jouer les médiateurs, en vain. L'empereur craint maintenant pour son autorité, le reste de l'armée et la marine restent fidèles. Les conjurés, arrêtés, sont discrètement mis à mort pendant l'été. Ishiwara, pendant ce temps, manifeste son admiration pour l'Allemagne nazie et le totalitarisme stalinien. Dès 1936, il se fait l'avocat d'une alliance avec les nazis pour prendre en tenailles l'URSS et  occuper la Sibérie. Pour préparer le pays à une guerre contre l'URSS, il veut un seul parti, une économie planifiée, un Etat tout-puissant. C'est pourquoi il s'oppose avec force aux officiers qui veulent renouveler le coup de 1931 en Chine pour mettre la main sur le reste du pays. En vain. Devenu général, Ishiwara voit ses propositions rejetées à Tokyo. L'incident du pont Marco Polo en juillet 1937pousse le Japon à une intervention massive, et la bataille de Shanghaï montre déjà le potentiel de résistance des Chinois. L'armée japonaise commet, comme en 1932, de nombreuses atrocités, dont le massacre de Nankin.

    Devenu adjoint de Tojo en Mandchourie, Ishiwara devient la bête noire de celui-ci qui le renvoie au Japon dans un commandement sans envergure. C'est là qu'Ishiwara écrit son ouvrage maître, La guerre finale, dans la droite ligne du nichinérisme. Ishiwara, mis à la retraite d'officie en mai 1941,en résidence surveillée, assiste en spectateur à la guerre du Pacifique et apprend la capitulation du Japon par la voix d'Hiro-Hito le 15 août 1945. Il est interrogé lors des procès de Tokyo, pendant asiatique de Nuremberg. Converti au pacifisme intégral, vivant comme un bonze, Ishiwara, qui a appris la pendaison de son ami Itagaki condamné à mort à Tokyo, meurt en 1949. Fin d'un personnage romanesque, qui s'est voulu moralement supérieur mais n'a pas hésité à employer le mensonge et l'artifice pour détruire et non construire. 

    Un livre agréable à lire sérieux, auquel on pourra peut-être juste reprocher de ne pas regrouper les références citées en notes dans une bibliographie, et qui hésite sur la fin entre biographie d'Ishiwara et contextualisation pour mieux faire comprendre l'enchaînement des faits qui mène le Japon de la Mandchourie à Pearl Harbor. Mis à part ces quelques réserves, on a là un travail efficace sur un sujet peu traité en français, à partir de sources japonaises, ce qui n'est pas négligeable quand on se souvient de Jean-Louis Margolin.



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    Un empereur affaibli régnant sur un empire fragile, un demi-Elfe, sans nom, bientôt baptisé Wismerhill, qui rejoint Pile-ou-Face, un compagnon de rapine... avant que tous les deux n'atterrissent dans la bande de pillards du demi-ogre Ghorghor Bey. Wismerhill rencontre Feidreiva. La bande approche des marches de l'empire et prend Kendrhir, la cité des mages... Wismerhill découvre qu'il est doté de pouvoirs magiques. L'empereur envoie les Frères de la Lumière, menés par Frater Sinister, pour écraser Ghorghor Bey... tandis que dans l'ombre opère le mage noir Haazhel Thorn... ainsi commence les Chroniques de la Lune Noire.

    J'ai cette BD depuis longtemps, mais je n'ai pas encore complété la série. Chroniques de la Lune Noire appartient au genre médiéval-fantastique. D'ailleurs la BD, dont le premier tome sort en 1989, reflète la passion de son scénariste, Froideval, pour les jeux de rôle -qu'il a contribué à introduire en France. Le premier cycle s'est terminé en 2008 au bout de 14 tomes. Un deuxième cycle a débuté depuis. En 1999, la BD a même donné lieu à un jeu PC sous Windows.

    L'histoire se met en place dans ce premier tome, mais il y a parfois une certaine confusion, dans le placement des bulles par exemple.  Pour ma part j'ai toujours bien aimé le début de cette série, mais il faudrait que je complète pour avoir une vue d'ensemble, évidemment. Le scénario tire des ficelles classiques de l'heroïc fantasy et il semblerait que le dessin, tout comme l'histoire, aient en fait mal vieilli, d'autant que la série elle-même semble décliner au bout de quelques tomes -Froideval quittant le scénario dès le 5. A suivre quand j'aurais bouclé tout ça...


     

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    Merci à nouveau à Yann pour cet envoi.

    Comme l'annonce l'éditorial, la rédaction a choisi la qualité : auteurs reconnus, iconographie, annexes et ordres de bataille. Ainsi que cela est annoncé également, le sommaire est des plus variés. Mais tous les articles sont loin d'être "sourcés" malheureusement : j'insiste souvent et lourdement sur ce point, mais les éditions Caraktère produisent des magazines de bonne facture et cette dimension, systématiquement, serait un plus, d'autant que la concurrence est rude dans le secteur... le magazine hésite aussi fréquemment entre description factuelle, bien évidemment nécessaire, et analyse un peu plus poussée. Difficile de trouver l'équilibre et de satisfaire tout le monde...

    - Kevin Delaître entame le numéro par un bref article relatant le "vrai" parcours d'Albert Blithe, un des membres de la Easy Company, 2nd Battalion, 506th PIR de la 101st Airborne, et dont le personnage avait été quelque peu malmené par la série Band of Brothers. Ainsi Blithe n'est pas mort en 1948 mais...en 1967. A noter que comme je l'avais signalé dans ma recension de l'ouvrage d'Ambrose, la mise à jour n'a pas été faite depuis...


    Ci-dessous, extrait de l'épisode 3 de la mini-série Band of Brothers,centré autour du personnage d'Albert Blithe, au moment du combat de rues dans Carentan et des combats aux alentours de la ville. L'épisode de la "cécité nerveuse" n'est pas avéré.





    - Philippe Richardot, bien connu pour ses nombreux ouvrages et articles sur l'histoire militaire, dresse les portraits respectifs d'Hitler et de Staline : lequel était le meilleur chef de guerre ? Un comparatif d'ailleurs bien à la mode ces temps-ci. En fait, il s'agit plus d'ailleurs d'une étude des relations des dictateurs avec leur entourage, chefs militaires et autres figures importantes durant le conflit. La partie sur Hitler est plus conséquente. L'essentiel est dit : contrairement à Hitler, Staline ne se croit pas grand chef militaire -du moins au début...-ce qui peut expliquer qu'il ait appris -après beaucoup d'erreurs- à faire davantage confiance aux généraux et maréchaux soviétiques plus à même de conduire les opérations.

    - le gros dossier du numéro, c'est le projet allemand d'armée coloniale en Afrique subsaharienne, envisagé dès l'été 1940 après la victoire contre la France. Yann Mahé sort de l'ombre ce pan oublié de la machine de guerre nazie à partir des archives américaines. Le lobby africain n'est jamais véritablement mort depuis la Première Guerre mondiale et conserve des tremplins sous le IIIème Reich. La planification est d'ailleurs allée assez loin avant d'être jeté aux orties, faute du succès de la Wehrmacht... à noter la dizaine de pages d'organigrammes des unités prévues, c'est beaucoup ! 

    - Guy François, général et spécialiste de l'artillerie française sur voie ferrée, relate l'engagement de ces monstrueuses pièces dans la campagne de 1940, après être brièvement revenu sur la doctrine d'emploi de ces mastodontes pendant l'entre-deux-guerres. L'article vaut surtout pour ses magnifiques photos.

    - Didier Laugier décrit la percée fulgurante de la division SS Das Reich en direction de Belgrade, prise au final par un coup de bluff d'une dizaine d'hommes, pendant l'opération Marita, en mai 1941. Sujet classique, traité de manière factuelle : on regrette qu'il n'y ait pas de développements un peu plus analytiques, car le cas présente, par exemple, une bonne illustration des forces et faiblesses de l'Auftragstaktik.

    - Alexandre Thers présente en quelques pages les tactiques du Werwolf, ce mouvement de guérilla allemand voulu par la SS en même temps que la Volkssturm, à l'automne 1944, et composé d'adolescents de la Hitlerjugend... mais qui ne donna pratiquement rien. Quelques actes isolés seulement, y compris après la fin de la guerre cependant. J'ai été étonné par contre de l'absence de mention d'un des actes les plus connus, l'assassinat du nouveau maire d'Aix-la-Chapelle, en mars 1945. 

    - enfin, Gautier Lamy revient sur les perspectives de délitement de l'armée afghane dans le cadre du retrait des forces occidentales. Le problème tient à la formation des forces militaires et de sécurité afghanes, à l'échec de la stratégie américaine et occidentale depuis 2001 et à la question régionale, avec de nombreux acteurs qui ont un rôle important en Afghanistan. Les perspectives ne sont tout de même pas très bonnes...





    - à noter aussi une rubrique Recensions plutôt développée, avec livres et bandes dessinées.



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    La série télévisée Les Têtes Brûlées (1976-1978), qui a connu un grand succès en France, a fait passer à la postérité l'escadrille VMF-214 du corps des Marines, "The Black Sheeps", qui combat les Japonais sur ses Corsairs dans les îles Salomons et au-delà pendant la guerre du Pacifique. Or la série, qui s'inspire assez lâchement d'ailleurs de l'autobiographie de Gregory "Pappy" Boyington, l'un des commandants de l'escadrille, non seulement véhicule toute une série de lieux communs et d'inexactitudes, mais à en plus le tort de réduire la VMF-214 pendant la guerre du Pacifique au seul commandement de Boyington. C'est pour montrer que les choses sont un peu plus compliquées, et pour en quelque sorte rétablir un semblant de vérité, que Bruce Gamble, le spécialiste américain de l'escadrille (on lui doit aussi une biographie de Boyington, notamment) a écrit cet ouvrage, sorti en format poche dès 2003.

    L'un des mérites du propos est de retracer l'intégralité du parcours de la VMF-214 entre 1942 et 1945. Ou plutôt des VMF-214 puisque trois escadrilles se succèdent : avant les Black Sheeps, il y eut les Swashbucklers, qui volent sur F4F Wildcatavant de passer sur Corsair. Et la deuxième escadrille des Black Sheeps, après celle de Boyington, n'opéra qu'un seul jour au combat (!), basée sur le porte-avions Franklin, réduit à l'état d'épave fumante après avoir été touché par deux bombes larguées par un appareil japonais en mars 1945. Dans la partie finale de l'ouvrage, Gamble montre aussi rapidement comment Boyington, qui finit la guerre prisonnier des Japonais mais pas dans les pires conditions, a entretenu et construit la légende de son temps de commandement tout en arrondissant frauduleusement son palmarès en combat aérien, donnant naissance au mythe. Il relativise aussi le nombre de victoires aériennes remportées par les Marines, qui sont d'ailleurs difficiles à confirmer faute d'archives japonaises survivantes après la guerre. Mais les Corsairs n'ont pas toujours eu la partie facile, au-dessus de Rabaul en particulier. Aufinal, un tiers des victoires revendiquées est sans doute authentique...




    Si les annexes sont fournies, avec aussi la présence d'un livret photo central, on regrette comme souvent l'absence de cartes pour se situer. Pour qui n'est pas familier du théâtre des opérations, il y a intérêt à avoir une carte de la campagne des îles Salomons sous la main. De plus, le récit est très factuel, peut-être trop. Le texte est particulièrement dense et la description au jour le jour des opérations de combat de la VMF-214, sans analyse ou presque, peut finir par lasser. Mais les amateurs seront ravis. On peut aussi regretter que l'adversaire, le Japonais et ses machines, ses unités, ses tactiques, ne soit pas davantage présent : il aurait été intéressant de faire une comparaison plus poussée. Mais, là encore, l'ouvrage de Gamble est avant tout factuel, il ne faut pas y chercher une réflexion sur la guerre aérienne dans le Pacifique Sud. Pour ceux qui s'intéressent au sujet, surtout, ou qui veulent connaître l'histoire derrière le mythe de la série Les Têtes Brûlées.

     

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    Septembre 1946. Le nouveau lieutenant-colonel Murnau, as de l'escadre WW52, a miraculeusement survécu au crash de son Fw 189 de liaison. Il est alors affecté par Göring à l'escadre SG 00 d'Hans-Ulrich Rudel, en Roumanie, après un passage au-dessus des terribles champs pétrolifères de Ploesti. Il a appris que ce sont les hauts dignitaires nazis qui ont voulu l'éliminer ; mais, dans le même temps, son extraordinaire faculté de survie et des visions étranges attirent sur lui l'attention de l'Ahnenerbe d'Himmler. Pendant ce temps, à Londres, Jacques Bergier trouve enfin le moyen d'infiltrer la zone spéciale d'Auschwitz...

    Wunderwaffen est une uchronie jouant surtout sur l'aspect aérien des Wunderwaffen, et sur la dimension espionnage, dont j'avais commenté le premier tome qui m'avait bien plu ici. La chronologie factice s'est d'ailleurs étoffée : on apprend ainsi qu'en décembre 1942, la 6. Armee de Paulus s'échappe de Stalingrad, que le débarquement du 6 juin 1944 échoue pour des causes mystérieuses, qu'un nouveau code de l'Enigma brouille le renseignement allié en août 1944... bref, l'univers se complète.

    Pour ce tome 2, on s'oriente vers le front de l'est avec l'entrée en scène d'un personnage secondaire parfaitement authentique, Hans-Ulrich Rudel, pilote nazi bon teint héros des Stukas, qui sert ici sur Blohm und Voss P-194, un appareil conçu mais jamais réalisé par les nazis, comme la plupart des Wunderwaffen montrées dans la série, destiné à l'attaque au sol et qui fut supplanté, dans la réalité, par la version chasseur-bombardier du Me-262.

    On note à nouveau le sens du détail de l'auteur dans les nombreuses références implicites : outre Jacques Bergier, on note l'hôpital nazi en forme de croix gammée p.11, baptisé Reinhardt Heydrich, du nom de l'organisateur de la Solution Finale. L'album voit également l'entrée en scène en combat aérien du Focke Wulf 183 Huckebein, entraperçu dans le premier tome, et qui en réalité est resté au stade du prototype. Les Soviétiques, quant à eux, se contentent pour l'essentiel de vénérables appareils à hélice, bombardiers Pe-2 et Il-2 améliorés et chasseurs Yak... quoique (je ne vais pas tout révéler non plus !). Côté allemand, on voit également opérer des Me-262 HG III, une version améliorée qui n'a jamais été construite. On notera également l'entrée en scène de l'Ahnenerbe, authentique institut de recherches ésotérique nazi basé au château de Wewelsburg, en Westphalie, et non en Prusse comme l'indique la p.38. Les auteurs font également prendre l'air, dans ce tome, pour des essais, au Triebflügel, un des projets aériens nazis les plus originaux, puisqu'il s'agissait d'un avion à décollage et atterrissage vertical, lui aussi déjà croisé dans le premier tome.

    Au niveau du contenu, on ne peut que constater que le risque de dérive sur la dimension matérielle et les Wunderwaffen a été prévenu dans ce deuxième tome. Les auteurs ont su se recentrer sur l'histoire et créer un suspense autour de Murnau et ses visions de "pilote du diable", ainsi que de la zone spéciale d'Auschwitz. On sent qu'on va être amené vers le paranormal, mais c'est conduit en douceur. Les scènes de combat aérien sont toujours aussi spectaculaires. Seuls petits bémols, des visages de personnages parfois mal travaillés, qui se ressemblent, et des ficelles déjà utilisées dans d'autres séries comme Le Grand Jeu (où apparaissait déjà Jacques Bergier). Pour le reste, c'est un vrai régal pour les yeux et la tête -à la fin de la BD, on trouve les plans et une présentation succincte des principaux appareils uchroniques. On attend la suite avec impatience !



      


     

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    Yann Le Bohec, historien français, est l'un des spécialistes hexagonaux de l'histoire militaire romaine. Dans cette même collection l'Art de la guerre des éditions du Rocher, il avait signé une Histoire militaire des guerres puniques et un César, chef de guerre. Chez d'autres éditeurs, il a aussi écrit un ouvrage sur l'armée romaine du Haut-Empire et un autre sur celle du Bas-Empire. Ce livre-ci, consacré à la fameuse "crise" du IIIème siècle, est l'un des derniers en date.

    Historiographiquement, le sujet est de taille, car la crise du IIIème siècle est vue comme l'un des éléments ayant entraîné, in fine, la chute de l'Empire romain. Comme Yann Le Bohec le rappelle dans l'avant-propos, malgré la prospérité et la pax romana du Haut-Empire, une première alerte sérieuse était apparue sous le règne de Marc-Aurèle (161-180), qui avait dû faire face à une série d'invasions. L'historien se place sur le terrain du comment, qui reste d'après lui mal considéré : comment l'armée romaine a-t-elle cédé, alors que certains historiens, d'après lui, cherchent au contraire à relativiser la crise du IIIème siècle. Au tableau déjà bien travaillé de la crise politique, économique, sociale et morale, Yann Le Bohec rajoute une crise d'adaptation et une autre conjoncturelle. Il s'agit de démonter, selon lui, certaines idées reçues : défaillance du "limes", supériorité en cavalerie des Barbares, création d'une armée "mobile" par l'empereur Gallien, méconnaissance des adversaires de Rome... et il en profite pour sonner la charge contre les Annales et leur "mépris" pour l'histoire militaire... avant de reconnaître que celui-ci est déjà bien entamé. L'hypothèse de Yann Le Bohec, c'est le déclin de l'armée romaine : il veut montrer comment elle était avant la crise, comment l'outil s'est détraqué, et comment cette évolution s'est produite.



    Un premier bloc présente donc l'armée romaine avant la crise. Le premier chapitre, comme les autres, commence par un argument affirmé d'emblée. Un peu curieux comme manière de procéder, mais l'intention didactique est là. C'est  tiré en grande partie de l'ouvrage du même nom écrit par l'historien précédemment. Pas grand chose de neuf : c'est une machine bien rôdée. Un seul regret toutefois : on peut se demander quelles sont les évolutions chronologiques dans la période, car le Haut-Empire, c'est long, et hormis le recrutement (et encore), Yann Le Bohec ne s'y attarde pas trop. Le deuxième chapitre complète le premier en évoquant l'efficacité de l'armée romaine à la guerre : on notera en particulier qu'il n'y a pas un limes, mais des défenses adaptés aux secteurs géographiques de l'Empire, et qu'il est déjà difficile de connaître avec précision l'armement du soldat romain.

    Le troisième chapitre entre dans le vif du sujet. Après la mort de Commode, et une succession de règnes tout aussi brefs les uns que les autres, Septime Sévère s'impose comme le nouvel empereur. Pour Yann Le Bohec, l'armée romaine connaît alors une sorte d'apogée. Il faut dire que l'empereur a pris de nombreuses mesures concernant le fait militaire : revalorisation des soldats dans la société, avantages matériels, changement certain de "stratégie", un terme qui fait débat pour l'Antiquité en raison des travaux de Luttwak, en concentrant une réserve près de Rome et en augmentant le nombre des légions. Pour l'historien, Septime Sévère est le véritable réformateur de l'armée romaine entre Auguste et Dioclétien. Yann Le Bohec poursuit ensuite la chronologie jusqu'au dernier des Sévères, Alexandre. Sous Caracalla, les ennemis sont déjà beaucoup plus agressifs aux frontières ; en outre Macrin, qui assassine cet empereur, est le premier préfet du prétoire à accéder à la pourpre, et à négocier avec des adversaires en cas de défaite.

    On entre ensuite dans une partie thématique. Le quatrième chapitre coupe la chronologie et s'intéresse à un premier adversaire, les Germains. Un terme romain un peu fourre-tout qui englobe en fait de nombreux peuples. Bien que redoutés, les Germains ne sont pas une menace formidable sous le Haut-Empire. Mais, à partir du IIIème siècle, des ligues regroupant plusieurs peuples se forment régulièrement, la population s'accroît (Yann Le Bohec n'étaie pas beaucoup cet argument d'ailleurs), et les modes de combat et les tactiques changent sous l'influence de certains peuples comme les Goths. L'historien pense que les Goths ont été les plus dangereux, suivis par les Alamans et les Francs. C'est surtout la naissance de ces confédérations qui est l'élément déterminant pour expliquer le surcroît de menace à l'encontre de l'Empire. Le cinquième chapitre présente l'adversaire perse, le seul Empire alors en mesure de rivaliser avec Rome. Le changement de dynastie et l'émergence des Sassanides expliquent le renouveau d'agressivité, d'autant que l'armée romaine est déjà bien occupée plus à l'ouest et que les Iraniens ont les moyens de leurs ambitions (là encore, Yann Le Bohec n'explique pas pourquoi la population augmente...). La présentation de l'armée sassanide, en plus d'insister évidemment sur la cavalerie, montre bien que l'infanterie, elle aussi, s'améliore dans la durée. Après quelques défaites initiales, les Sassanides, sous Sapor Ier, infligent toute une série de défaites aux Romains, avant d'être moins à l'aise à la fin du IIIème siècle. Il est en tout cas clair que l'armée sassanide n'a plus rien à voir avec celle des Parthes.  Yann Le Bohec rajoute quelques pages sur la situation compliquée de l'Arménie. Un sixième chapitre évoque les ennemis "mineurs" : Bretons, autres Germains, tribus iranophones, etc. Sur le flanc sud de l'Empire, si les menaces sont plus faibles, l'historien constate toutefois que la situation s'est dégradée, ce qui rajoute aux difficultés de l'armée romaine. Un septième chapitre traite d'un "ennemi invisible" (sic) : l'inflation, provoquée par les empereurs qui augmentent les soldes de la troupe. Il prend deux exemples de provinces, la Gaule Lyonnaise (qu'il a traitée dans un autre ouvrage) et l'Afrique (qu'il connaît bien aussi) pour montrer que la guerre a fortement perturbé l'activité économique. Crise économique dès le début du IIIème siècle, crise des finances publiques ont contribué à l'affaiblissement de l'armée romaine.

    Dans le huitième chapitre, Yann Le Bohec revient sur les deux tentatives de sécession de l'empire romain pendant la crise, Postumus en Gaule et Palmyre en Orient. Pour lui, c'est moins une tentative de défense face à un pouvoir central fragile qu'un signe de déclin. En réalité les deux cas, souvent présentés en parallèle, sont assez différents ; mais c'est bien le déclin militaire qui pousse les provinciaux à vouloir se protéger par leurs propres moyens. Le chapitre neuf revient sur le coeur du sujet, la crise de l'armée romaine entre 235 et 284. Yann Le Bohec propose une nouvelle chronologie de celle-ci : l'aggravation entre 249 et 258 produit un acmé sous le règne de Gallien, pourtant traditionnellement vu comme un empereur ayant pris des mesures pour rétablir la situation militaire. Celle-ci, d'après l'historien, n'est en fait remise sur pied qu'après 275 et la mort d'Aurélien, jusqu'à l'avènement de Dioclétien en 284. La période 235-248 connaît la crise : la guerre est permanente, mais rarement sur deux fronts à la fois et les coups d'Etats sont espacés. Ensuite, entre 249 et 258, les fronts sont multiples et l'instabilité politique chronique. Le creux de la vague est atteint entre 259 et 268. Yann Le Bohec ne prête à Gallien que des réformes modestes, voire néfates, quand il supprime peut-être le rôle des sénateurs dans l'armée. Le règne d'Aurélien, pour lui, n'est qu'en demi-teinte, malgré la fin des sécessions. Dans toute la période, l'historien insiste sur la vigueur des ennemis et les problèmes de politique intérieure qui affaiblissent l'armée romaine.

    Le dixième et dernier chapitre revient sur l'évolution de l'armée pour surmonter la crise et son état à la fin du IIIème siècle. Si la structure ne change guère, en revanche on utilise de plus en plus de petits détachements, les vexillations, et les auxiliaires prennent le pas sur les légionnaires. Les Romains combattent moins au corps-à-corps et les unités commencent à être nommées par des surnoms. Le corps des officiers a beaucoup changé, investi par des chevaliers. La discipline s'est relâchée alors que les soldes augmentaient, résultat de l'importance politique prise par les soldats. La logistique se dégrade. L'épée longue, la lance, les armes de jets remplacent le glaive et le pilum. L'architecture militaire change elle aussi. Surtout, deux secteurs sont désormais prioritaires : le Danube et l'Orient, où sont concentrées les légions. L'armée romaine est clairement sur la défensive et ne mène plus que des contre-offensives, et plus d'attaque préventive comme c'était le cas précédemment. 

    En conclusion, Yann Le Bohec expliquent la crise par plusieurs facteurs : des ennemis plus forts, la crise économique et financière et la faiblesse de l'armée romaine. Celle-ci s'explique par la multiplicité des fronts, un problème d'adaptation aux adversaires, un affaiblissement du moral et de la qualité des recrues. En outre, les guerres civiles minent aussi la défense de l'Empire. Yann Le Bohec termine sur l'idée que Dioclétien n'a pas enclenché toutes les réformes qu'on lui a prêté. Il rénove certes la marine, complètement délaissée au IIIème siècle, mais change surtout le commandement et privilégie la quantité sur la qualité, avec des légions ramenées à 1 000 hommes, tout en construisant de nombreuses fortifications. Rien de révolutionnaire pour l'historien, bien au contraire.

    On ressort de cette lecture avec un goût d'inachevé. Car Yann Le Bohec néglige quelque peu l'événementiel (certes très mal connu pour l'essentiel du IIIème siècle, mais pas intégralement), en plus du tronçonnage chronologique entrecoupé de chapitres plus thématiques. En outre, l'historien ne replace pas la crise militaire dans les causes plus profondes pourtant évoquées en introduction et qui sont des signes avant-coureurs de la chute de l'Empire romain. Manque aussi, peut-être, l'illustration par ou plusieurs exemples concrets véritablement décortiqués de la faiblesse de l'armée romaine au IIIème siècle face à des ennemis plus vigoureux. Peut-être faute de place, plusieurs aspects ne sont pas suffisamment traités, il y a des répétitions, et l'on est un peu frustré de ne pas en savoir plus. L'ouvrage, comportant une bibliographie solide et de nombreuses illustrations, reste pourtant une bonne synthèse sur la crise du IIIème siècle. Mais ce n'est peut-être pas le meilleur ouvrage de Yann Le Bohec, et cela m'encourage à aller voir le livre sur l'armée romaine du Bas-Empiren un des rares ouvrages de cet historien que je n'ai pas encore lu.

     

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    Dans un billet paru hier, Rémy Porte s'insurge, sur Guerres et conflits, sur la mise en oeuvre du centenaire de la Grande Guerre, qui ressemble de plus en plus à un beau cafouillage.

    Le problème tient d'abordà la commémoration voulue simultanée du déclenchement de la Première Guerre mondiale et de la Libération en 1944. Une mise en parallèle que certains historiens n'ont pas apprécié, défendant leurs chapelles particulières -on parle même parfois de "lobby" de la Première Guerre mondiale, par exemple.

    Là-dessus se greffent des considérations purement économiques : de nombreux élus locaux ont déjà investi pour un "tourisme de mémoire" et redoutent de pâtir de la confusion entre les deux commémorations. Il faut dire que certains lieux de mémoire ne sont plus entretenus et certains menacent de tomber en ruines.

    Autre point qui fait débat, l'instrumentalisation de l'histoire par le politique. En 1964 déjà, De Gaulle faisait célébrer en parallèle le 50ème anniversaire de la Grande Guerre et les 20 ans de la Libération.... dans la logique d'une "guerre de Trente Ans" européenne. La polémique à ce sujet ne fait d'ailleurs pas l'unanimité chez les historiens, y compris de la Grande Guerre. 

    Dernier problème : le conseil scientifique de la mission pour le centenaire a été fondée dans les derniers jours de la présidence Sarkozy... or, depuis, la couleur politique a changé. Les enjeux seraient donc essentiellement, en fait, politiques. Mais quand il s'agit de mémoire, on ne saurait en être surpris.

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    Etats-Unis, pendant la guerre froide. Les membres d'une famille immigrée d'origine italienne, les Bardone, sont tour à tour froidement éliminés par deux tueurs à gages. Mais pourquoi une femme de la famille est-elle épargnée puis enlevée en Italie ? C'est la question que se pose le Commander Serge Kovask, de l'ONI, tombé sur l'affaire suite à une maladresse des criminelles. Pour comprendre ce qui se trame, pas d'autre choix que de faire passer sa collaboratrice, Cesca Pepini, pour une Bardone, afin de prendre au piège les deux tueurs à gages...

    Georges-Jean Arnaud, qui a écrit sous de nombreux pseudonymes, est l'un des auteurs de romans français les plus prolifiques. Son oeuvre la plus connue reste La Compagnie des Glaces, mais il a également signé de nombreux romans policiers ou d'espionnage, catégorie à laquelle appartient ce livre-ci.

    Ce n'est pas le premier tome de la collection "Espionnage" de la série, mais on le prend en cours de route et il n'y a aucun problème à se raccrocher aux personnages ou à l'intrigue -très classique. Pas transcendant, mais c'est un petit moment de détente au milieu de lectures plus sérieuses.


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    Je signale la parution du deuxième article mensuel -je rappelle que l'objectif initial est de 3 articles par mois : 1er, 10 et 20 de chaque, normalement- du blog collectif L'autre côté de la colline, écrit par Adrien Fontanellaz, sur la bataille de Kinshasa (1998), après celui de David François consacré à la guerre soviéto-polonaise (1920). Le mien suivra à la fin du mois. Merci aussi à tous ceux qui ont déjà participé au sondage pour l'article que je compte écrire en avril (encore ouvert jusqu'au 20 mars).

    Par ailleurs, Rémy Porte, de Guerres et conflits, a eu la gentillesse de nous contacter pour nous interroger sur la démarche à l'origine de ce projet. Il a mis l'interview en ligne aujourd'hui, je vous invite à la lire si vous voulez en savoir un peu plus. Merci à lui.

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    "Ils ont tout fait sauf en tirer des leçons". C'est ainsi que David M. Toczek, ancien professeur assistant d'histoire à l'académie militaire de West Point et diplômé de Fort Leavenworth, résume la bataille d'Ap Bac, en janvier 1963, pensant aux Américains qui conseillent alors l'armée sud-viêtnamienne dans son combat contre le Viêtcong. Si en français la guerre du Viêtnam n'est pas très connue, les ouvrages sur le sujet n'étant pas légion malgré quelques traductions de travaux américains, la période précédant le conflit, entre la fin de la guerre d'Indochine et l'intervention américaine (1954-1964), l'est encore moins. C'est donc un des mérites de l'ouvrage de revenir sur un des engagements importants de cette période.

    Le général Rosson, commandant adjoint du MACV en 1969-1970, a préfacé le livre. Il souligne que l'auteur met en lumière l'optimisme des conseillers américains sous le régime de Diêm, qui ont bâti une armée conventionnelle mal préparée à affronter une insurrection. L'ARVN est une force avant tout politique à l'encadrement souvent défaillant. En outre, elle est entravée par la confusion de chaînes de commandement et le président Diêm a insisté pour limiter les pertes (l'obsession du "zéro mort", déjà). A l'inverse, le Viêtcong mène une guerre révolutionnaire où dimensions militaire et politique vont de pair. C'est pourquoi, à partir du 2 janvier 1963, le Viêtcong parvient à résister, à Ap Bac, à l'assaut de 1 200 adversaires avec seulement 340 hommes. 3 Américains et 63 Sud-Viêtnamiens sont tués pour 100 pertes estimées chez l'ennemi -mais le décompte est rendu difficile par le fait que l'adversaire emporte déjà les corps... et pourtant les dirigeants américains ne virent pas ce signe avant-coureur et pensaient pouvoir évacuer entièrement le contingent de conseillers américains dès 1965 !

    Dans sa propre préface, Toczek compare la posture du général Stilwell, qui reconnaît avoir pris une râclée en Birmanie dès mai 1942 avant de vouloir y retourner pour chasser les Japonais, contre l'avis des politiques américains, et celle du général Harkins, qui commande le MACV au moment d'Ap Bac, et qui clame haut et fort que l'ARVN a remporté une victoire. Tombée dans l'oubli après le conflit, la bataille d'Ap Bac est remise à l'honneur depuis quelques années, en particulier parce que certains historiens y voient le début de la fin pour Diêm, assassiné en novembre 1963, neuf mois après.

    Le plan est classique et commence par une présentation des forces en présence, l'ARVN et le Viêtcong. Deux forces qui n'ont rien à voir. L'ARVN est modelée sur l'armée américaine et reproduit sa stratégie, ses tactiques, sa doctrine : elle recherche une victoire conventionnelle, même si la contre-insurrection est effleurée. Au contraire, le Viêtcong envisage un succès politique autant que militaire, ce qui induit d'autres moyens. L'ARVN bénéficie du soutien des conseillers américains, mais ceux-ci, ne parlant pas la langue, souvent forgés par leur expérience de la Corée ou de la Seconde Guerre mondiale, sont surtout des multiplicateurs de puissance en permettant un accès à l'appui-feu. L'utilisation de Special Forces et le programme des hameaux stratégiques ne changent rien, mais retournent une partie des villageois contre le régime. Le temps aidant, l'ARVN se repose de plus en plus sur la puissance de feu. Pour renforcer la mobilité de l'ARVN, les Américains introduisent des hélicoptères H-21 dès 1961, puis des véhicules blindés M113 l'année suivante ainsi que les premiers hélicoptères gunships. Le contrôle politique de Diêm sur l'armée a des conséquences sur l'efficacité des officiers qui sont souvent issus des classes moyennes et supérieures et donc, aussi, distants de leurs hommes qui eux proviennent fréquemment des classes populaires. Le système de santé n'est pas au point et l'ARVN, organisée sur un système géographique, connaît une importante désertion quand les unités se déplacent dans le pays. A l'inverse, le Viêtcong voit le conflit comme un combat (dau tranh) à la fois politique et militaire. Le concept reprend la guerre révolutionnaire de Mao mais les étapes ne sont pas tout à fait les mêmes. L'insurrection ne doit jamais cesser jusqu'à la victoire. Le Viêtcong cherche à affaiblir l'ARVN par des embuscades et des raids. Il apprend à contrer l'emploi des hélicoptères et des véhicules blindés. L'endoctrinement politique, entre autres, fait que le combattant est plus motivé, en général, que son homologue sud-viêtnamien.


    Ci-dessous, dans l'épisode 2 de la remarquable série Battlefield Vietnam, la bataille d'Ap Bac est présentée à partir de 11:00.





    Le 2 janvier 1963, la bataille a lieu près d'Ap Bac, une localité à 20 km au nord-ouest de My Tho, dans le delta du Mékong. On y trouve une station radio du Viêtcong. Celui-ci dispose de deux compagnies renforcées pour protéger le site. En face, la 7ème division de l'ARVN engage plusieurs bataillons, renforcés de compagnies de la Garde Civile et d'un squadron d'Armored Cavalry, puis d'un bataillon aéroporté, le tout appuyé par 15 hélicoptères américains et un important soutien d'artillerie. Le Viêtcong résiste pendant deux jours aux assauts de l'ARVN conseillée par les Américains. D'abord parce que le commandement de l'ARVN n'arrive pas à monter d'attaque coordonnée et à utiliser correctement l'appui-feu en raison de la concurrence des chaînes de commandement, provoquant même des tirs fratricides... l'opération ne repose pas sur la surprise, puisque le Viêtcong a deviné l'intention adverse et s'est retranché en conséquence. L'ARVN souffre d'un commandement fragile et d'un manque d'agressivité. Pour le Viêtcong, la victoire à Ap Bac ne fait que confirmer le choix d'une lutte prolongée reposant sur la guérilla. Côté sud-viêtnamien, vu l'inefficacité des M113, on renforce les mitrailleuses avec des boucliers protecteurs. 5 hélicoptères ont été abattus : les Américains revoient les procédures pour récupérer les équipages, jusque là un peu anarchiques, et prévoient également des PC volants pour mieux coordonner les opérations héliportées. Certains défauts de l'ARVN comme le problème médical ont bien été sentis par les conseillers américains, mais malgré les critiques, le rôle du MACV ne change pas fondamentalement. Les problèmes de fond de l'ARVN et en particulier sa nature éminemment politique ne sont pas revus. Westmoreland, en 1965, ira jusqu'à proposer de payer les officiers de l'ARVN chaque mois pour qu'ils ne complotent pas ! L'ARVN reste focalisée sur la guerre conventionnelle et accentue même le rôle des feux préparatoires. Les Américains restent confiants sur l'issue du conflit malgré quelques voix discordantes. La guérilla a confirmé la pertinence de ses choix, pas l'ARVN et les Américains, mais ceux-ci refusent de le voir.

    Ap Bac n'est qu'un engagement somme toute mineur (de la taille du bataillon) mais montre déjà que la copie miniature de l'armée américaine, l'ARVN, ne peut compenser ses faiblesses par la technologie et la puissance de feu. Les conseillers mènent une guerre d'attrition et séparent les objectifs militaires de ceux politiques, une tendance que l'on retrouve jusqu'au sommet de la hiérarchie politique et militaire américaine. Pour le Viêtcong, c'est la confirmation que la guérilla sait comment faire face aux hélicoptères et aux véhicules blindés. L'importance de la bataille réside dans la non prise en compte par les autorités américaines de l'échec de leur stratégie. C'est en ce sens que Toczek cite la formule du journaliste David Halberstam en sous-titre : "Ils ont tout fait sauf en tirer des leçons".

    Un ouvrage très intéressant, servi par de nombreuses cartes (que l'on aurait toutefois aimé un peu plus travaillées), de pas moins nombreux annexes et une bibliographie de référence.

     

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