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    - des troupes d'un régiment de la RAF semblent déployées au sol, à Bamako, pour protéger les appareils britanniques engagés. Ces mêmes éléments de protection avaient combattu aux côtés des Marines en Afghanistan pendant l'attaque de camp Bastion, en septembre 2012. Les Britanniques déploieraient aussi des drones pour le renseignement en soutien des Français (MQ-9 Reaper).

    - l'Allemagne annonce l'envoi de 2 C-160 pour acheminer les troupes de la CEDAO au Mali.

    - conséquence de l'intervention française, une installation pétrolière a été attaquée dans le sud algérien avec prise d'otages occidentaux. Malheureusement assez prévisible. Un Britannique et un Algérien ont déjà été tués. A Gao, le Mujao, en représailles des bombardements français, a procédé à la destruction des installations d'Orange : les habitants n'ont plus de communications via téléphone portable...

    - sur le terrain, les opérations se concentrent à l'ouest, à Diabali reprise par AQMI et son chef charismatique, Abou Zeid. Les forces spéciales françaises sont déjà engagées (reportage BFM TV en bas du billet). Le dispositif français devrait être porté à 2500 hommes. Côté malien, on signale régulièrement des pénuries de munitions et de carburant pour l'armée qui combat contre les groupes islamistes.

     - pénurie de munitions guidées dans l'armée de l'air ? C'est ce qu'avancent plusieurs spécialistes au vu des munitions classiques visibles sur les Mirage F1 ou Rafales engagés dans l'opération Serval. La consommation a été importante, il est vrai, pendant Harmattan.

    - enfin, on s'inquiète du climat tendu qui règne dans le camp malien. Les militaires maliens procèdent à des contrôles, peut-être à des enlèvements et des exécutions sommaires, en particulier à Mopti, selon le phénomène bien connu de la crainte d'infiltrations adverses. Il faut dire que les islamistes se seraient infiltrés à Konna, lors de la bataille, en se faisant passer pour des bergers et des marchands, ce qui alimente les fantasmes de l'armée malienne, probablement.  Sonia Le Gouriellec en parle ici.







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    Merci encore à Yann de m'avoir envoyé ce numéro de Ligne de front. Comme le précise l'éditorial, l'article central sur Stalingrad est venu de discussions internes à l'équipe sur l'opportunité de déterminer si Stalingrad avait eu un impact plus important que la capitulation en Tunisie de mai 1943. J'avoue être sceptique sur un courant qui met fréquemment en cause l'ampleur des victoires soviétiques (certes exagérées par la propagande de l'URSS), car je crois qu'on ne voit encore trop largement les choses que d'un seul bord...

    - le premier article est de Fabrice Delsahut et porte sur les radio-codeurs indiens de l'armée américaine. Les Navajos et leur engagement dans le Pacifique ont été popularisés par le film Windtalkers (2002). L'auteur s'attache plutôt à retracer leur intervention sur le théâtre européen, et ce dès la Première Guerre mondiale, ce que je ne savais pas. A noter l'erreur de la légende de la photo p.6 avec Peleliu en 1943 et pas en 1944. Seul regret : la participation des radio-codeurs en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe est trop peu détaillée.


    Le film Windtalkers (2002), réalisé par John Woo (sic), met à l'honneur les radio-codeurs navajos utilisés par les Américains dans le Pacifique.


     

    - Vincent Bernard, du blog Le Cliophage, signe un court article sur le mythe du réduit alpin allemand, l'Alpenfestung. Si des projets allemands ont bien existé, la presse alliée en a fait ses choux gras en amplifiant la menace et les Allemands ont su en jouer par la suite. Les Alliés, échaudés par la surprise des Ardennes, ont voulu jouer la prudence. L'auteur complète par une double page sur la course au nid d'aigle, fort intéressante...

    - Xavier Tracol offre un article sur les combats du XIXth Corps américain devant Saint-Lô. Des combats ardus dans un bocage qui force les Américains à s'adapter pour le meilleur, après le pire... Saint-Lô devient la "capitale des ruines".

    - le dossier porte donc sur Stalingrad, par Martin Benoist. Comme je le disais en préambule, le discours rejoint le courant historiographique qui relativise le succès soviétique (sans doute à raison quand même). Si les encadrés replacent quand même la portée de la bataille dans sa juste mesure, dans le cas des partisans, je me demande si leur nombre et leur organisation n'étaient pas déjà bien avancés en 1942 (?). Quant à l'état des pertes, les réflexions laissent songeur : l'armée allemande perd quand même plus de divisions en URSS qu'en Tunisie, même si dans ce dernier cas, ce sont des divisions mobiles en majorité... si je suis d'accord avec l'importance symbolique de la bataille, je doute néanmoins de plus en plus sur une bataille menée "au bord du gouffre" du côté soviétique, notamment parce que, encore une fois, on ne voit les choses que d'un seul  côté... et que des sources nouvelles ou le recours aux travaux russes fourniraient des surprises ou un utile contrepoint.

    - Christophe Dutrône propose un article sur la pacification en Algérie (1955-1959), sujet ô combien délicat au vu de l'historiographie récente du sujet. Globalement la trame est correcte mais je suis en désaccord avec certains points. Dire que le FLN prend en main les populations musulmanes par la terreur (p.53) me semble infiniment réducteur : le mouvement n'aurait jamais gagné sans le soutien d'une bonne partie de la population. Les conditions de vie dans les camps de regroupement (p.56) et la méthode même employée là font beaucoup plus débat que ce que semble dire l'auteur. Enfin, p.61, difficile d'être d'accord avec le constat établissant que la majorité de la population arabe se place dans le soutien au camp français... voir par exemple ma recension de l'ouvrage de Sylvie Thénault,ici. Bref, un sujet qui fait encore débat.

    - Xavier Tracol aborde ensuite l'opération Seelöwe, le projet allemand d'invasion de l'Angleterre. Les préparatifs sont insuffisants et marqués par une certaine inexpérience, mais les Allemands avaient pensé aux ports artificiels, aux chars amphibies et même à des véhicules spécialisés. L'invasion eut finalement lieu... lors d'un wargame en 1974 à Sandhurst, sous l'arbitrage de personnalités des deux camps de l'époque. Je vous laisse lire qui fut le vainqueur...

    - enfin, François Muratévoque les SS lettons. La Lettonie, qui avait été brutalement annexée par l'URSS en juin 1940, accueille à bras ouverts les Allemands en 1941 qui,pense-t-elle, va lui redonne l'indépendance. Lourde erreur d'appréciation mais par anticommunisme, de nombreux Lettons se jettent à corps perdu dans la collaboration, les massacres antisémites et la Waffen-SS. Ils ne battront avec acharnement que pour la défense du sol natal car la contrainte a parfois été employée par les Allemands, dans le recrutement... la conscription forcée permet à Nuremberg de passer l'éponge sur ce moment sombre de l'histoire lettonne, et en particulier les pogroms et autres exactions contre les Juifs. Cet article est le seulà citer une bibliographie.

    Au final, un numéro inégal selon les articles et le propos : à prendre pour les choses auxquelles on s'intéresse. 


    Ci-dessous, des SS estoniens devant Narva, en 1944. Narva est l'une des grandes batailles de la Waffen-SS, mettant en lumière le recrutement étranger de la branche de l'armée allemande.
     
     

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    - dans la nuit du 15 au 16, les frappes ont visé Diabali où se déroulent visiblement les combats les plus intenses. Une antenne chirurgicale avancée est opérationnelle.

    - un C-130J danois participe aux opérations logistiques.

    - l'armée algérienne a donné l'assaut sur le site d'In Amenas, la prise d'otages ayant été apparemment marquée par une grande confusion. Non sans casse, apparemment. Le coup d'éclat de Belmokhtar, chef en rupture de ban d'AQMI, pourrait-il se retourner contre lui ?

    - les troupes françaises au sol remontent vers Diabali et sont dans le secteur de Markala. 1700 militaires français sont déjà présents au Mali, ce qui en fait la première opération extérieure, devant l'Afghanistan. 2000 soldats tchadiens sont également annoncés pour la force africaine dont 200 hommes des forces spéciales.

    - des Mirage 2000 de N'Djamena sont apparemment venus rejoindre les Mirage F1 à Bamako. Des Caracal ont quitté Pau via des An-124, des Pumas sont déjà présents à Bamako. Deux drones Harfang français sont basés depuis hier à Niamey, au Niger (escadron 2/33 Belfort).


    - on annonce ici le déploiement de moyens infiniment plus lourds au Mali : 20 VBCI et une batterie de canons automoteurs Caesar de 155 mm. Probablement parce que la résistance est conséquente mais c'est aussi une démonstration de puissance de la part de la France... à ce sujet, Le Fauteuil de Colbert s'interroge sur l'envoi possible des Leclerc, par ici. Rappelons qu'on trouve sur place pour le moment des VBL, des VAB, des ERC-90 Sagaie.

    - en bas du billet, avec le blog Lignes de défense, réflexion du colonel Goya sur la formation d'un groupe aéromobile. Cela renvoie au numéro que j'avais signé pour Histoire et Stratégie... (vidéo ci-dessous).


     

    - n'oublions pas la Syrie, où la guerre continue elle aussi...
     


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    Yves Debay, bien connu des lecteurs de la presse spécialisée en histoire militaire pour avoir contribué à Raids puis avoir lancé son propre magazine, Assaut, en 2005, a été tué dans la nuit de jeudi à vendredi par un sniper à Alep, en Syrie. Il couvrait la guerre sur place pour son magazine et ses reportages photos, devenus une référence dans le milieur.

    Debay, né en 1954 au Congo belge, avait ensuite rejoint l'armée rhodésienne (blanche) qui combattait la guérilla marxiste du moment (noire). Evidemment, on ne s'engage pas là-dedans sans un anticommunisme certain et des idées qui confinent à l'extrême-droite (photo ci-contre).

    Depuis, il s'était reconverti dans le journalisme en menant des reportages de terrain pour des magazines spécialisés dans l'histoire militaire. Debay était sans doute un reporter de guerre hors-norme, couvrant tous les théâtres d'opérations en première ligne, faisant fi des règles et consignes de sécurité. A ses risques et périls : en 1991, la Garde Républicaine irakienne manque de l'exécuter, le prenant pour un espion américain. Rebelote en mars-avril 2003 pendant l'opération Iraqi Freedom. Il avait d'ailleurs livré son expérience dans un récit autobiographique paru en 2004, Wildcat.

    La guerre surtout semblait être au coeur de l'existence d'Yves Debay, ce qui explique sans doute qu'il était respecté par les militaires et honni par d'autres journalistes. Peut-on pour autant dire, comme certains qui font déjà sa rubrique nécrologique, qu'il était "vacciné contre le racisme" et qu'il avait vraiment abandonné l'idéologie qu'il avait servi ? Certains éditoriaux ou articles parus dans Assaut, comme ce numéro que j'avais commenté l'an passé et qui évoquait la guerre au Mali (tiens), permettent d'en douter. A défaut de l'avoir rencontré personnellement, difficile de se prononcer définitivement car ces propos outranciers pouvaient aussi être boutade ou façade, mais je ne le saurais jamais.

    Saluons néanmoins la mémoire d'un grand monsieur du journalisme de guerre.






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    - hier, le sous-groupement tactique ayant quitté Bamako s'est installé à Markala. Deux autres sous-groupements tactiques sont prêts au déploiement à Bamako. Une compagnie nigériane et des éléments togolais sont également arrivés sur place. Les sorties aériennes se sont limitées à une dizaine. 2300 militaires français sont désormais déployés.

    - un escadron blindé du RICM de Poitiers est sur le départ pour le Mali (une cinquantaine VAB, BVL et AMX-10RC, de cette unité de la 9ème BIMa). 80 hommes du 126ème RI sont également déployés. Le 92ème RI de Clermont-Ferrand se prépare également à partir : l'unité est équipée de VBCI.

    - la prise d'otages d'In Amenas n'a fait que confirmer ce que l'on pressentait déjà. Il y a une semaine, au début de l'intervention française, un groupe de 3 hommes avait été arrêté dans la zone frontalière Algérie-Mali-Niger, 5 fusils d'assaut et leurs véhicules capturés. L'attaque, tout sauf déclenchée sur un coup de tête, a été soigneusement préparée et son opportunité bien choisie. Le plan a dû être envisagé de longue date et le moment de lancer la prise d'otages décidé quand cela a paru favorable. La situation est encore très confuse sur le site.

    - au sol, au Mali, Konna aurait été reprise par l'armée malienne après le bombardement de l'aviation française. La situation à Diabali, pilonnée par l'aviation, semble plus confuse. Des sources mentionnent la prise de la ville, d'autre pas. Les Américains enverraient des équipes de formation pour l'armée malienne et la Russie a confirmé l'envoi d'un An 124 d'une escadrille habituée à intervenir en Afrique. Le Tchad pourrait aussi proposer ses 6 avions d'attaque au sol Su-25 Frogfoot.

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    Merci à Yann pour cet envoi.

    Le n°38 de Ligne de Front, sorti en septembre-octobre 2012, a cette particularité de proposer... un dossier sur l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, en lieu et place des articles habituels.  Ce dossier semble une réponse au numéro 7 de Guerres et Histoire, dont j'avais fait la recension ici, sorti en mai-juin 2012. La rédaction entend prendre le contre-pied de ce dossier du magazine animé par Jean Lopez, en se demandant quelles étaient les qualités mais aussi les défauts de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Une comparaison s'impose donc même si le dossier de Guerres et Histoire balaye plus large, le dossier revenant plus largement sur l'art militaire allemand depuis Frédéric II, en gros. Par certains côtés, ce n'est donc pas si pertinent, mais quand même, l'intention est là. Pour ce faire, j'ai également relu le dossier de Guerres et Histoire n°7.

    - cependant, un premier article de Xavier Tracol consiste en la deuxième partie d'une étude consacrée aux tactiques de combat en milieu urbain. Ici, le front de l'ouest et les Britanniques. Intéressant exposé sur les tactiques prévues par l'Angleterre en cas d'invasion en 1940, par contre on reste un peu sur sa faim, faute de place, sur les tactiques utilisées pendant la phase offensive, en 1943-1945.

    - le dossier commence par une présentation de l'art de la guerre allemand de Vincent Bernard, du blog Le Cliophage. Celui-ci insiste sur la Prusse, devenue au XVIIIème siècle "une armée avec un Etat" et sur la réforme consécutive aux premiers échecs devant Napoléon (1813). La réorganisation de 1860 montre déjà ses limites pendant la guerre contre l'Autriche (1866) et surtout contre la France (1870-1871). Vincent Bernard insiste aussi sur l'ambition impérialiste de Guillaume II. En 1914, l'armée allemande est une machine bien rôdée. Le plan initial échoue. Une culture de guerre des tranchées spécifique à l'armée allemande apparaît et l'Allemagne cherche à regagner l'initiative en misant sur l'infanterie et l'artillerie lourde.

    Dans le dossier de Guerres et Histoire, c'est ce point même de l'art militaire allemand (en existe-t-il un spécifique ?) qui est au coeur du propos. La revue des batailles menées par la Prusse puis l'Allemagne à partir de Frédéric II s'inspire ainsi fortement de l'ouvrage de Citino (cité d'ailleurs en bibliographie ; recension ici) sans en éliminer les limites. L'analyse du modèle de Cannes fait la part belle à la responsabilité de Schlieffen, qui a laissé son nom à un plan qui n'en était pas vraiment un.



    -  Xavier Tracol et Yann Mahé reviennent ensuite sur la supériorité tactique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour les deux auteurs, les Allemands sont restés sur une vision tactique, héritée de la reprise de la guerre de mouvements à la fin de la Première Guerre mondiale, etde concepts plus anciens. Il y a un passage intéressant sur l'oeuvre de von Seeckt (militarisation de la société, Auftragstaktik) et sur la mise en oeuvre de la guerre mécanisée, notamment grâce à Guderian. Les deux auteurs expliquent ensuite comment la défense élastique, concept appliqué pendant la Première Guerre mondiale, n'est pas repris correctement durant la Seconde, notamment en raison de l'entêtement d'Hitler qui veut tenir le terrain parfois à tout prix. Elle n'a vraiment été mise en oeuvre sur la durée qu'en Italie. L'efficacité tactique tient aussi à quelques unités d'élite. Je suis plus sceptique sur Rommel en parangon de la Bliztkrieg (il a ses défauts justement hérités de la façon dont sont façonnés les officiers allemands...) et sur une vision de l'ennemi soviétique qui reste très convenue, gagnant par la simple supériorité numérique... on sait que je pense qu'il n'en a rien été, et c'est un peu daté.

    Il n'y a pas d'article équivalent dans Guerres et Histoire, en revanche un lexique propose des termes qui sont aussi définis dans l'article de Ligne de front. L'historique est plus claire dans Ligne de Front que dans Guerres et Histoire pour le terme Blitzkrieg. En revanche, les forces et les faiblesses du Kampfgruppe sont mieux précisées dans Guerres et Histoire.

    - Yann Mahé présente ensuite la dimension technologique de la Heer. Le paradoxe tient à ce que l'Allemagne, comptant entrer en guerre en 1943 voire 1945, est moins bien équipée ou à niveau égal par rapport à ses adversaires du début de la guerre. La supériorité technologique n'est acquise qu'en 1943. Cela n'empêche pas les Allemands d'avoir innové, comme avec le jerrycan, présenté aussi dans un numéro de Guerres et Histoire. A la fin de la guerre, ils sont des pionniers dans le développement des automoteurs de DCA et du tir infrarouge... même si le génie blindé reste le parent pauvre de l'arme mécanisée. Les armes d'infanterie restent célèbres : MG 42, Panzerfaust, StG 44... mais comme le dit Yann Mahé en conclusion, l'armée allemande s'est surtout reposée sur le triptyque Panther, MG 42 et StG 44 à la fin de la guerre, le reste étant souvent à l'état du prototype. Yann Mahé offre aussi un tableau nuancé des armes V, présentant leur côté révolutionnaire tout en soulignant les limites de ces expériences face à celles menées sur la bombe atomique dans l'autre camp.

    Dans Guerres et Histoire, un passage de l'article des p.56-63 revient justement sur la technologie. Pour Benoist Bihan, la recherche allemande sous l'ère nazie est surtout plombée par son caractère désordonné et par un culte de la performance, de la technologie pour la technologie reposant entre autres sur le nazisme. L'encadré p.61 se termine sur l'idée que la supériorité technologique allemande est largement surfaite, les Alliés étant en avance dans des domaines clés (moteurs d'avion, électronique, nucléaire).

    - Yann Mahé liste ensuite une série d'erreurs stratégiques commises par les Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale. Elles tiennent aux décisions politiques, à la focalisation sur la tactique et aussi à l'idéologie nazie. On peut discuter l'impact réel de certains exemples mais c'est instructif.

    Il n'y a pas à proprement parler d'équivalent dans Guerres et Histoire.

    - Alexandre Thers revient alors sur l'économie de guerre allemande, réveillée tardivement. Il décrit une situation chaotique mais accorde peut-être un peu trop d'importance à Speer, qui certes a eu un rôle certain, mais le renversement de vapeur avait déjà été enclenchée avant son arrivée.

    Dans Guerres et Histoire, on retrouve des considérations sur l'économie de guerre dans l'article précité. Pour Benoist Bihan, le nazisme devient le boulet de l'économie de guerre par son chaos et son système "féodal". L'Etat nazi, paradoxalement, n'arrive pas à soumettre l'industrie à une planification cohérente !

    - les deux derniers articles du dossier sont parmi les plus intéressants. Alexandre Thers se penche sur la capacité combattive du Landser. L'alchimine tient au mélange entre le vieux fond prussien militariste et l'idéologie nazie. Outre l'endoctrinement, l'entraînement est valorisé dès la Reichswehr puis avec la Wehrmacht. Le soldat allemand est en général plus jeune et mieux équipé (paquetage, nourriture) que ses adversaires du début de la guerre, au moins. Quant à la Waffen-SS, son instruction dépend beaucoup de la Wehrmacht jusqu'en 1943 (ce qui annule la différence que l'on met souvent entre les deux...) et même si la dureté est là, les Waffen-SS ne se manifestent guère au-delà de succès tactiques. Fanatisés, les soldats allemands se battent globalement jusqu'au bout, malgré des redditions importantes lors de certaines phases du conflit.

    Dans le dossier de Guerres et Histoire, l'interview de Pierre Jardin revient, davantage sur le long terme, sur le corps des officiers (p.54-55). Les officiers se laissent séduire par le nazisme, et Hitler leur sacrifie les SA avant d'implanter des éléments nazis fidèles dans l'armée. Le vieux corps prussien qu'Hitler cherche à amoindrir suit pourtant dans sa majorité le régime jusqu'au bout, à l'exception de quelques conspirateurs.

    - enfin, Alexandre Thers s'intéresse dans un dernier article au poids de l'idéologie. L'auteur remonte assez loin dans le temps en évoquant aussi les massacres commis par les troupes du Kaiser contre les Hereros, que d'aucuns qualifient parfois comme le premier génocide. Il y aussi les représailles contre les populations opérées dès la guerre de 1870 et encore plus en 1914. A l'est, l'Allemagne mène à partir de 1941 une guerre raciste, d'extermination, qui gonfle le mouvement partisan dès 1942. Les Allemands cherchent à renverser la vapeur en 1943 mais il est trop tard : et l'armée Vlassov ne reste qu'un épouvantail... Hitler s'est mis à dos des populations qui auraient pu se retourner contre l'URSS : pour autant, en avait-il vraiment le désir ?

    Il n'y a pas d'équivalent à cet article dans Guerres et Histoire. C'est d'ailleurs peut-être un manque, que je n'avais pas relevé au moment de la recension : le magazine évacue un peu la dimension idéologique de l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, même si un article traite de la naissance du mythe de la supériorité militaire pendant la guerre froide (avec un encadré sur Mabire, peut-être pas assez incisif à mon goût).

    Pour terminer, un point sur la bibliographie. Dans Ligne de Front, seul Vincent Bernard rappelle la sienne dans un encadré (avec uniquement des titres français, ce qui étonnant au vu du sujet traité ?). Quelques ouvrages apparaissent ensuite furtivement dans les notes, dont certains communs avec Guerres et Histoire. Dans ce dernier magazine, la bibliographie est présente p.67. On n'y trouve que des titres anglophones sauf l'ouvrage de Wette, lui-même une traduction. Comme cela a déjà été dit, dans le cas du Citino, le magazine colle peut-être d'un peu trop près à certaines idées sans en voir les limites ou les nuances à apporter.

    S'il fallait donner un avis tranché, je dirais que le propos de Ligne de front me semble un peu plus équilibré, même s'il n'est pas exempt d'absences ou de faiblesses. La performance de l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale est bien décrite et ses limites soulignées. La dimension idéologique est amenée correctement. Reste peut-être un manque de recul sur la stratégie allemande et l'héritage sur le long terme que l'on trouve dans Guerres et Histoire, plus fin sur ces aspects. Mais aussi un peu outrancier : en voulant à tout crin montrer qu'un art allemand de la guerre spécifique existe depuis Frédéric II et se périme largement au XXème siècle, Guerres et Histoire ne voit peut-être pas assez que le modèle fluctue aussi selon d'autres considérations. Ainsi, le magazine se focalise sur les campagnes et n'évoque pas assez, peut-être, des éléments relevant de l'histoire-bataille totale : influences étrangères sur l'art de la guerre allemand, dimension économique initiale dans la Prusse, nationalisme et idéologie... etc.

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    1556, Chine, sous la dynastie Ming. Les pirates japonais écument les côtes, rançonnent les villes et tuent à volonté. Dans la petite ville de Ly, un mystérieux étranger met en déroute un groupe de pirates qui réclamait 20 000 taëls de rançon aux pauvres habitants restés dans la localité. Hsiao Feng, c'est son nom, est en fait le fils du gouverneur chinois de Hanghzou, qui vient juste de tomber entre les mains du chef des pirates, Shinobu Hashimoto. Constatant qu'il est trop tard pour rejoindre son oncle, Hsiao Feng décide d'arrêter les pirates à Ly. Pour cela, il recrute les meilleurs guerriers de la région et entraîne les villageois tout en préparant la défense de la ville...

    Le film s'inspire fortement de Kurosawa et des Sept Samouraïs pour l'intrigue, sur fond nationaliste : les Japonais sont clairement présentés comme des ennemis sans pitié. Autre source d'inspiration : le western spaghetti auquel fait immanquablement penser le héros, incarné par Wang Yu, qui rappelle Clint Eastwood dans la trilogie de Sergio Leone. Et comment ne pas voir dans le guerrier lanceur de couteaux un émule de James Coburn dans les Sept Mercenaires ?

    Ceux qui aiment l'action seront servis puisque le film, qui dure 1h35, est pour près de la moitié consacré à l'assaut de la ville de Ly, suivi du duel à mort entre le héros chinois et le chef japonais. Les scènes de combat impliquent des dizaines de figurants. Le film est aussi l'occasion d'une rencontre entre le katana et l'épée chinoise... même si on reste dans le genre wu xa pian. La violence est bien présente avec un acharnement dans le corps-à-corps -scène fameuse où un milicien chinois, blessé à mort, se jette littéralement les dents devant sur un Japonais- et des guerriers d'élite qui trucident la moitié des armées respectives à eux seuls.

    Au final, un film sans prétention, qui ravira les amateurs d'action pure.





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    - en plus des appareils déjà déployés, un C-17 canadien est lui aussi mobilisé pour le transport tactique.

    - les forces spéciales algériennes auraient mené l'assaut final sur le site d'In Amenas,éliminant les 11 derniers terroristes, mais 7 otages étrangers ont été tués aussi.

    - réaction très variée des Etats africains à l'intervention française au Mali, voir ici. A noter la position de l'Afrique du Sud, plus préoccupée par la situation en Centrafrique et en RDC.

    - le contingent tchadien, sans doute le plus expérimenté parmi les troupes africaines dépêchées au Mali, devrait foncer sur Gao. Dans cette même ville, les habitants auraient tué un chef islamiste après le meurtre d'un journaliste local. Enfin, les "bérets rouges" du 33ème bataillon de commandos-parachutistes, l'ancienne garde présidentielle malienne, commenceraient à être libérés, signe que les autorités maliennes sentent le besoin urgent d'hommes au front...

    - selon un officier malien (témoignage dans la vidéo ci-dessous), les islamistes opèreraient désormais plutôt à pied dans les combats autour de Konna, en raison de l'appui-feu français. Sur la vidéo, on voit aussi 8 technicals apparemment capturés par l'armée malienne devant Konna : ces technicals sont armés de pièces antiaériennes russes de 14,5 mm ZPU-1 et de 23 mm (ZSU 23/2).


     

    - l'opération Serval mobilise de plus en plus d'effectifs puisqu'on approche des 2000 hommes sur le terrain. Le nombre d'unités impliquées ne cesse de croître. Des C-17 américains vont bientôt arriver à Istres pour renforcer la composante transport de l'opération. Sur le théâtre, les commandos de montagne de la 27ème BIM vont embarquer sur les hélicoptères chargés de la récupération des personnels. Rappelons qu'on compte déjà 15 hélicoptères dans le Groupement Aéromobile à Bamako (1er et 5ème RHC) dont des Tigres.

    - les forces spéciales du COS, mises à l'honneur aujourd'hui par Jean-Yves Le Drian, sont en première ligne de l'intervention française. Plus de 200 seraient sur le terrain, un déploiement conséquent pour ce type de troupes. Equipées de VLRA et VPS, les forces spéciales sont avant tout présentes pour localiser l'adversaire et effectuer du renseignement, pas pour engager frontalement les groupes islamistes, qui comptent sans doute plus sur l'effet de surprise que sur le choc contre les Français.

    - on lira aussi l'analyse d'Olivier Kempf sur EGEA, instructive. 




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    1976. La France est plongée dans la guerre civile depuis la mort, 8 ans auparavant, en mai 1968, du général De Gaulle, tué par une émeute populaire à l'Elysée. Depuis, les forces de gauche et de droite s'affrontent dans une véritable guerre civile. Paris, assiégée à l'hiver 1968-1969 par un corps d'armée gaulliste, est "délivrée" par un commando maoïste qui s'empare du plateau d'Albion et tire deux missiles Hadès sur les positions gaullistes autour de Paris. Un débarquement anglo-américain dans le Pas-de-Calaiséchoue tandis que les Soviétiques larguent deux brigades de parachutistes à Strasbourg. La situation finit par se stabiliser. Oliver Nooman, l'un des grands reporters anglo-saxons des années 60, débarque en Normandie. Il se rend à Paris où une force d'interposition de l'ONU et les Américains regardent de loin les affrontements entre milices de gauche et de droite et groupes mafieux. Mais sous prétexte de reportage photo, sa mission est en fait tout autre...

    Voilà bien longtemps que je n'avais pas commenté un tome de la série des uchronies Jour J, m'arrêtant au tome 7. Un tome 7 qui rafraîchissait un peu la série tout en l'emmenant peut-être un peu trop loin, du côté de la science-fiction. Le tome 8 (merci à Aurore !), lui,se veut le pendant négatif du tome 6, qui est peut-être l'un des meilleurs de la série : L'imagination au pouvoir. Là où le tome 6 réglait rapidement les événements de 1968 et plaçait l'histoire quelques années après dans une France (presque) pacifiée, le tome 8, lui, table au contraire sur l'idée que la guerre civile se prolonge.



      


    Le scénario repose beaucoup sur un Paris en ruines, dévasté par les frappes nucléaires (pour la périphérie) et dont le contrôle est disputé entre des bandes de punks/marchands de drogue armés jusqu'aux dents et des intégristes catholiques affublés du coeur vendéen mené par un Mgr Lefebvre sorti des oubliettes de l'histoire. On aime ou on aime pas. Personnellement j'ai plutôt apprécié la trame uchronique, alors que le scénario est un peu plus faible, un air de déjà vu dans cette série. On pourrait aussi reprocher à Jour J de ne traiter que la France et des Etats-Unis... mais avec ce huitième tome, les auteurs de la série reviennent sur l'hypothèse d'une guerre civile déclenchée par les événements de mai 1968 que beaucoup redoutaient, d'ailleurs, à l'époque. On retourneà du plus classique que le tome 7 mais ce n'est pas pour autant moins efficace. Même si la fin est un peu un pétard mouillé... encore une fois, les références historiques abondent et c'est toujours un plaisir de les dénicher. A noter par contre, dès la première page, qu'Arromanches est mise à la même place que la Pointe du Hoc (?).

    Bref, on en redemande.


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    Toujours un petit point de situation quotidien. Je rappelle que pour le moment, l'opération étant en cours, je me dispense d'analyses plus précises, en allant chercher à gauche et à droite, notamment parce que je suis pris par d'autres travaux d'écriture et que je n'ai pas le loisir pour le moment de pouvoir développer sur le sujet. D'ailleurs vous en verrez le produit bientôt puisque je travaille sur un article pour l'Alliance Géostratégique indirectement lié au conflit en cours au Mali. Il n'est pas dit aussi que je poursuive ce point quotidien qui ne fait que "relayer" l'information, pour ainsi dire. Et notamment, pour ceux qui veulent en savoir plus, un petit récapitulatif des liens dont je me suis servi et quej'ai toujours indiqués jusqu'ici :


    - la chaîne Youtube officielle de l'armée française.

    - de nombreuses photos sont disponibles sur ce post du forum Militaryphotos.net.

    - pour la dimension aérienne, bien sûr, le blog de Jean-Marc Tanguy, Le mamouth, qui rejoindra bientôt les listes de blogs et qui apparaissait d'ailleurs dans une vidéo de BFM TV identifiant les véhicules des forces spéciales françaises que je postais l'autre jour.

    - les sites Afrik.com , Slate Afrique et Jeuneafrique.com, avec des informations toujours utiles.

    - le blog Forces Opérations, qui ne tardera pas non plus à rejoindre les listes.

    - des sites d'informations maliens, également : Maliweb et Malijet.

    - plus les grands quotidiens francophones ou anglophones.


    1) Plus de 2000 soldats français sur le terrain, avec plusieurs centaines de soldats des pays africains environnants. Le groupe aéromobile français (GAM) a entamé ses premiers vols. Jean-Marc Tanguy a listé les unités engagées ici ; j'ai vu que de nombreux arrivants sur le blog l'étaient par des requêtes sur les régiments déployés ou en passe de l'être, c'est là qu'il faut aller voir.

    2) Sur le terrain, l'armée française prend à la fois position à Niono, à 60 km au sud de Diabali, et à Sévaré, non loin de Konna. La situation à Diabali est toujours un peu confuse : il semblerait bien que les groupes adverses l'aient évacuée, ou soit en train de le faire, laissant derrière eux les épaves détruites de nombreux technicals, dont certains armés de pièces KPV-1 de 14,5 mm, et même des véhicules blindés, un BRDM-2  et un BTR-60 de construction soviétique (capturés sur l'armée malienne dans les premiers combats ? ou laissé sur place par l'armée malienne ? En novembre, Bamako avait acquis des pièces détachées pour remettre en état 16 BRDM-2, et avait acheté 19 BTR-60PB par la même occasion), ainsi qu'on peut le voir sur certains reportages de télévision tournés sur place. Selon certaines sources, les islamistes seraient en train de se réfugier dans la région montagneuse de Kidal, au nord du Mali, là où avait commencé l'offensive du MNLA en mars 2012. 


      




















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    1782. Les insurgés américains sont sur le point de gagner leur guerre contre l'Angleterre et d'obtenir l'indépendance. Le tsarévitch Paul, héritier du trône russe, séjourne en toute discrétion à Paris dans le cadre d'un tour d'Europe commun aux élites du temps. La France espérant se concilier les faveurs de l'héritier, le commissaire Le Floch reçoit l'ordre de Vergennes et de Sartine de monter une opération secrète pour s'immiscer dans les bonnes grâces du prince. Au même moment, le comte Rovski, ancien favori de l'impératrice Catherine II, est assassiné dans la capitale. Nicolas Le Floch devra surmonter bien des embûches pour démêler les fils de cette intrigue compliquée...

    L'enquête russe est le dixième volet des enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire de police au Châtelet mis en scène par Jean-François Parot et qui officie sous l'Ancien Régime, au service de Louis XV et maintenant de Louis XVI. Les volumes initiaux, parus chez J.C. Lattès, sont ensuite republiés en poche chez 10/18. Actuellement la série compte 11 tomes, celui-ci est donc l'avant-dernier. Depuis 2008, la série fait l'objet d'une adaptation télévisée diffusée sur France 2, j'avais d'ailleurs commenté la première saison ici, je n'ai pas vu la suite depuis.

    La grande force des romans de M. Parot tient à la minutie attachée au contexte historique, aux description de la ville de Paris et à l'utilisation d'un langage d'époque, toutes choses très travaillées. En revanche, les intrigues ne sont pas toujours bien amenées : trop complexes, ou prenant des tours bizarres, difficiles à suivre. Ici on est clairement dans la complexité... panachée d'un portrait du prince héritier russe Paul qui confine un peu à l'atavisme, ce qui est dommage. Par ailleurs, ce livre est l'un des plus longs de la série, il me semble, et l'utilisation de ficelles un peu identiques commence à lasser un peu. Comme toute série policière de ce type, au bout d'un certain temps, l'essouflement se fait jour.

    Ceci étant dit, je prends beaucoup de plaisir à lire les aventures de Nicolas Le Floch, qui m'offrent parfois un peu de répit au milieu des ouvrages d'histoire militaire français, anglais ou autres -même si on reste toujours avec l'histoire non loin...





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    - la ville de Diabali, évacuée par les groupes rebelles, a été occupée aujourd'hui par les soldats maliens et français (photo ci-contre, un technical détruit avec une pièce ZPU-1 en 14,5 mm). 2 150 soldats français sont déployés sur le terrain et 3 150 engagés. L'aviation française a frappé cette nuit la ville de Tombouctou. Deux compagnies du 92ème RI ont embarqué, le 19 janvier, avec leurs VBCI, sur le BPC Dixmude.

    - le Sénégal craint la contagionà ses frontières, en raison de leur porosité.

    - signe que l'information est toujours sujette à caution et confuse, le journaliste donné pour mort à Gao serait... bien vivant. De la précarité des sources... 





    - la Misma (Mission Internationale de Soutien au Mali) se renforce progressivement. Une centaine de soldats togolais sont arrivés le 17 janvier ; 55 Béninois sont arrivés hier soir. Une centaine de soldats nigérians sont également déjà sur place (plusieurs auraient été tués en cours de transit par Boko Haram...). 60 soldats sénégalais sont également dans le secteur. Le Tchad, quant à lui, a déjà envoyé 200 hommes des forces spéciales à Niamey, au Niger : ils seront placés le long de la frontière avec le Mali.




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    27 avril 1521, île de Mactan. Magellan succombe sous les coups des Philippins (?), après avoir voulu aidé un chef local christianisé contre un adversaire païen. 8 septembre 1522 : la Victoria, seul navire à flot de son expédition, avec 18 survivants, rentre à Séville. L'expédition de Magellan vient d'effectuer le premier tour du monde. Sébastien del Cano, l'officier qui a ramené la Victoria, vient faire son rapport à Charles Quint. Mais Antonio Pigafetta, confident de Magellan jusqu'à sa mort, compte bien donner au souverain espagnol sa propre version des événements survenus pendant le voyage...

    La collection Explorade Glénat, qui compte déjà plusieurs titres, cherche à présenter, de façon romancée et adaptée à la BD, le destin des grands explorateurs qui ont marqué la découverte du monde pour les Occidentaux. Elle est dirigée par Christian Clot, vice-président de la société des Explorateurs français.

    Quoi de plus naturel qu'un tome sur Magellan, dont le voyage représente la première circumnavigation "officielle". En outre, on ne sait que très peu de choses de l'explorateur quant à ses origines et à son parcours avant l'expédition, alors que le voyage, par contre, est bien connu par la relation d'Antonio Pigafetta, que l'on voit apparaître dans la bande dessinée. La postérité de Magellan, bien que son voyage soit rapporté par des chroniqueurs, s'efface dès la fin du XVIème siècle pour renaître au XIXème siècle et surtout au XXème, après la biographie de Stefan Zweig en 1938, qui lance les Portugais sur la voie de la réappropriation du personnage, contrairement au désintérêt marqué des Espagnols (Magellan, Portugais de naissance, s'était mis au service de l'Espagne).



    La préface de Christian Clot montre clairement, dès le départ, que le scénario se basera sur ce que l'auteur croit qu'était la figure de Magellan, et non sur les documents laissés à notre disposition par les siècles. Avec une touche de fantastique et des convenances un peu fortes -les femmes de Moluques accueillent à bras ouverts les marins espagnols...-, Christian Clot se permet des écarts avec ce que l'on sait du périple et son interprétation du voyage de Magellan laisse quelque peu songeur, et sceptique. Disons que ça semble un peu trop beau et un peu trop construit pour être vrai. Cela n'enlève rien au charme du dessin qui est parfois magnifique, particulièrement sur les grandes planches.


      

    Deux points positifs, cependant, pour terminer : l'aventure se résume à un seul tome, ce qui est fort commode pour les bourses maigres, comme la mienne ; en outre, Christian Clot a rajouté en fin de volume un petit dossier de 8 pages sur Magellan, son expédition et le contexte des Grandes Découvertes, qui se paie même le luxe de citer ses sources dans une rubrique "Pour en savoir plus", ce qui mérite d'être signalé, même si on regrette, justement, qu'il n'y ait pas quelque chose sur l'historiographie du sujet. Du coup, cela fait de cette bande dessinée un outil pratique dans le cadre du programme de 5ème, où un chapitre est justement consacré aux Grandes Découvertes, ou pour d'autres enseignements.






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    Le Tchad a décidé d'envoyer 2 000 hommes pour soutenir la MISMA au Mali. 200 hommes des forces spéciales sont déjà déployés à Niamey, au Niger, pour verrouiller la frontière avec le Mali. Pour autant, on s'interroge beaucoup sur le net sur l'efficacité supposée des forces tchadiennes, qui fournissent le contingent africain le plus important jusqu'ici.

    L'armée tchadienne est l'héritière de la colonisation française, à l'indépendance, en 1960. Les Forces Armées Tchadiennes gardent cette dénomination sous la présidence de Tombalbaye (1960-1975) puis du général Malloum (1975-1979). Lorsqu'Hissène Habré s'empare du pouvoir en 1982 contre son rival Goukouni Oueddei, ses troupes, les Forces Armées du Nord (FAN), servent de noyau à une nouvelle armée nationale, baptisée FANT (Forces Armées Nationales du Tchad). Sous le régime d'Hissène Habré, les FANT comprennent des soldats de plusieurs ethnies, en particulier des Toubous, des Zaghawas et des Hadjerai. Lorsqu'Idriss Déby chasse Hissène Habré du pouvoir en décembre 1990 et devient le nouveau président du Tchad, et malgré une tentative de réorganisation de l'armée sous l'égide de la France afin qu'elle soit plus représentative du pays, les forces tchadiennes, devenues l'Armée Nationale Tchadienne, sont de plus en plus dominées par l'ethnie Zaghawa. Depuis fin 2011, après quelques coupes, l'ANT comprendrait un peu plus de 30 000 hommes (18 000 dans l'armée de terre, 7 à 10 000 dans la gendarmerie, 2à  5 000 dans la Garde nationale et nomade du Tchad).

    Depuis la prise du pouvoir par Idriss Déby, en 1990, l'armée tchadienne est surtout dédiée à la lutte contre les différents mouvements rebelles opposés au pouvoir central. En février 2008, des mouvements rebelles, sans doute appuyés en sous-main par le Soudan qui reste leur sanctuaire, et qui a un lourd contentieux avec le président tchadien, avaient réussi une offensive éclair sur N'Djamena, l'assaut n'étant brisé que par des chars T-55 et des hélicoptères de combat Mi-24 dans les rues mêmes de la capitale. L'armée tchadienne a une certaine expérience de la contre-insurrection mais aussi de combats de plus grande intensité : il ne faut pas oublier que la guerre civile couplée à l'intervention libyenne entre 1978 et 1987, contrebalancée par l'intervention française (à trois reprises), a été largement remportée, au sol, par des tactiques mises en oeuvre par l'armée d'Hissène Habré (à suivre ici, un article sur le sujet, dans les prochaines semaines, quand je l'aurais fignolé).

    L'affrontement latent avec le Soudan et l'offensive des rebelles en 2008, brisée de justesse, ont par ailleurs conduit à de nombreux achats de matériel. L'Ukraine avait vendu au Tchad 2 hélicoptères Mi-24 en 2007, deux autres Mi-24 et 3 avions d'attaque au sol Su-25 Frogfooten 2008, et la même année, 80 véhicules de combat BMP-1 et 8 véhicules de transport de troupes BTR-3E, ainsi que 12 000 armes légères en 2006-2007. Aujourd'hui, l'armée de l'air tchadienne alignerait 6 Su-25 Frogfoot, une escadrille complète, dont certains avaient été utilisés en mai 2009 pour bombarder, sans doute, des positions rebelles au Soudan. En 2008, la France, toujours présente au Tchad avec le dispositif Epervier remontant à l'intervention libyenne (1986), avait cédé 25 VAB à l'armée de terre. Le colonel Kadhafi avait aussi, avant sa chute, soutenu le renforcement de l'armée d'Idriss Déby, qui avait pris le pouvoir en 1990 avec son appui. En 2006, 2 Aermacchi SF 260, avions légers utilisés pour des attaques au sol contre les rebelles, ont été réparés par la Libye. En février 2008, celle-ci aurait également fourni des munitions pour les chars T-55 et les hélicoptères Mi-24 au moment de la bataille de N'Djamena. En 2007-2008, le Tchad a également touché pas moins de 82 AML-90 Eland Mk 7, des véhicules blindés armés d'un canon de 90 mm fournis par la Belgique (et rachetés précédemment à l'Afrique du Sud) via la France. Israël a livré également un certain nombre de véhicules blindés légers RAM-2000 depuis 2006. La Bulgarie a vendu deux automoteurs d'artillerie 2S1au Tchad en 2008 et un autre pays d'Europe de l'Est avait déjà fourni deux hélicoptères Mi-171 en 2006. Le poing blindé tchadien repose encore sur les vénérables T-55, mais probablement une vingtaine sur les 60 disponibles en 2008 ont été détruits par les rebelles lors de leur offensive. Un Mi-24 avait sans doute été également perdu. L'armée de terre dispose également d'autres véhicules blindés, en particulier de construction française : ERC-90, des plus anciennes AML-60/90, des VLRA...

    L'une des meilleures unités actuelles de l'armée tchadienne serait celle, antiterroriste, créée en juin 2004, entraînée par  des unités américaines MARSOC lors de la Pan Sahel Initiative, avec un régiment à trois bataillons, en tout au moins 450 hommes (sic) depuis 2005. Mais on dispose de peu d'informations sur cette unité.


    A lire :


    - Guillaume Belan, sur Forces Opérations Blog.
    - RFI, sur les limites de l'armée nationale tchadienne.  


    Défilé de l'armée nationale tchadienne en 2010. On note le nombre important de véhicules blindés légers (VAB français, 2:42) et de technicals (1:55, 2:22) caractéristiques de l'art de la guerre mené par l'armée tchadienne pendant la guerre civile et l'intervention libyenne. A noter la présence d'un unique Mi-24 (0:40), de véhicules israëliens RAM-2000 (2:28), des BMP-1 (3:06), des BTR-3 (2:55) des chars T-55 (3:10), de pièces d'artillerie M-46 de 130 mm (2:03), de SAM SA-6 (3:36).

     

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    - les forces françaises et maliennes ont donc sécurisé à la fois les approches de Bamako du côté de Diabali et de de Konna-Sévaré (ci-contre, un technical customisé avec tourelle de BRDM-2 détruit à Diabali : peut-être d'ailleurs un véhicule de l'armée malienne retourné par les rebelles...). 150 hommes du 3ème RIMa de Vannes s'apprête à partir pour le Mali.

    - l'armée française préfère d'ailleurs laisser le contrôle des villes à l'armée malienne. Les frappes visent désormais Tombouctou, place forte d'AQMI, le mouvement qui s'est fait le plus menaçant à l'égard de la France depuis 2007.

    - une aide logistique venue de Libye pour le groupe qui a procédé à l'attaque d'In Amenas ? Pour l'instant, on est dans l'expectative...

    -et puis Serval, ce n'est pas seulement une guerre au sol ou dans les airs, mais aussi sur le web. Les services français du ministère de la Défense ont été victimes d'attaques pirates ces derniers jours.

    - Jean-François Bayart, directeur de recherches au CNRS, émet un avis très critique sur la responsabilité de la France quant à la faillite de l'Etat et de l'armée au Mali.

    - je signale aussi l'état des lieux de l'armée nationale tchadienne, qui a envoyé un contingent au Mali, que j'ai dressé aujourd'hui.Les soldats tchadiens des forces spéciales arrivés au Nigerseraient en train de se déplacer vers la frontière avec le Mali.






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    L'offensive japonaise de juillet 1939


    Les principaux combats de Nomonhan peuvent être divisés en deux phases. En juillet, l'armée impériale japonaise lance deux offensives successives mais n'arrive pas à déloger les Soviétiques de leurs positions. Les pertes subies par les Japonais les forcent à rester sur la défensive jusqu'à la fin des combats. Sur les conseils du major Masanobu et du lieutenant-colonel Takushiro, le général Komatsubara opte pour un enveloppement. La force principale (71ème et 72ème régiments d'infanterie de la 23ème division, 13ème régiment d'artillerie de campagne, 23ème régiment du génie avec le 26ème régiment de la 7ème division en réserve) doit éliminer les troupes soviétiques près de la colline 721, traverser la rivière Halha puis obliquer au sud vers le pont de Kawamata, afin de détruire l'artillerie et les dépôts soviétiques sur la rive ouest. Parallèlement, le groupe de Yasuoka (64ème régiment d'infanterie, 2ème bataillon du 28ème régiment d'infanterie, 3ème et 4ème régiments de chars, 1ère régiment d'artillerie de campagne indépendant et 24ème régiment du génie indépendant) doit attaquer les forces soviétiques sur la rive est, au nord de la rivière Holsten. La jonction entre les deux pinces doit permettre d'encercler les unités soviétiques et de les anéantir. Les Japonais pensent que leur attaque de flanc forcera les troupes de l'Armée Rouge à évacuer la rive est ; en outre, ils franchissent pour la première fois la frontière entre le Mandchoukouo et la Mongolie extérieure soviétique.

    La force nord s'empare comme prévu de la colline 721 le 2 juillet et traverse la Halha dans la nuit. Les Japonais montent sur la colline Baintsagan et avancent sur 6 km au sud. Un peu plus loin, ils sont bloqués par le tir de l'artillerie soviétique qui ouvre le feu depuis la colline Dungar-Obo. L'Armée Rouge contre-attaque ensuite sur trois côtés avec 450 chars ou automitrailleuses, réduisant à néant la pointe japonaise. Les combats exercent rapidement une attrition sévère sur les troupes nippones. Le seul ponton transportable que celles-ci ont amené avec elles ne peut être recomplété sur la rive ouest. Les Japonais doivent finalement se replier sur la rive est le 5 juillet, alors que Yasuoka a dû lui aussi faire face à forte partie dans ce secteur. Celui-ci envoie le 2ème bataillon, 28ème régiment couvrir le flanc droit pendant que les deux régiments de chars attaquent un ennemi que sur la foi de renseignements erronés, Yasuoka croit en pleine retraite. Il sacrifie donc la planification à la vitesse d'exécution. Les chars japonais sont conçus pour le soutien d'infanterie : dans les opérations de poursuite, ils doivent traquer l'ennemi désorganisé. Ici la situation est différente car l'artillerie soviétique de la rive ouest peut viser à loisir les blindés nippons. Yasuoka opte donc pour une attaque nocturne, mais ceci accroît la difficulté de coordonner l'action des chars avec l'infanterie, d'autant plus que les Japonais manquent de moyens de tranmission, de fusées éclairantes, etc. Les tankistes ne connaissent pas la position exacte de l'ennemi, ni sa force et le terrain. Ils pensent qu'une pression continue sur un ennemi en déroute suffira à l'achever. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, les blindés japonais commencent une charge hasardeuse sous une pluie battante qui se termine en multiples actions indépendantes où la moitié des véhicules va finalement être perdue.




    Combat de rencontre


    A l'aube du 3 juillet, les hommes du 2ème bataillon, 28ème régiment se préparent au combat tout en entendant les bruits de la bataille dans laquelle est engagée le détachement Yasuoka. L'unité s'est déplacée sur la colline 726 la nuit précédente : elle doit couvrir le flanc droit de Yasuoka et sonder le dispositif ennemi sur la rive est de la Halha. Il s'agit aussi de reconnaître le terrain en raison du manque de cartes. Pour le protéger des blindés soviétiques, le régiment a attribué au bataillon une compagnie de canons antichars de 37 mm. A 6h00, le bataillon avance sur deux compagnies de front et une en réserve. A gauche, la 6ème compagnie du capitaine Tsuji, avec deux mitrailleuses lourdes, fait route au sud-est. La 5ème compagnie du capitaine Aoyagi, avec également deux mitrailleuses lourdes, suit une route parallèle. Une section de cette compagnie protège le flanc droit. Le lieutenant Saito dirige la 7ème compagnie en réserve. Les pièces d'artillerie et antichars suivent de près les unités de tête pour pouvoir se déployer rapidement si besoin.

    Au-dessus d'eux, les fantassins japonais peuvent voir une vingtaine de chasseurs disloquer une formation d'appareils soviétiques, dont un avion est abattu ce qui provoque le repli des autres. L'infanterie reprend sa progression, harcelée par quelques tirs, 12 heures après l'entrée en scène des chars. Or le détachement Yasuoka a besoin des reconnaissances du bataillon sur son flanc gauche pour savoir quoi faire. La coordination est mauvaise entre le 64ème régiment d'infanterie et le 2ème bataillon, aussi Yasuoka ne peut obtenir les renseignements nécessaires. Quelques nids de mitrailleuses ou fantassins sont rapidement éliminés par les mitrailleuses lourdes et canons du bataillon. A la tombée de la nuit, celui-ci forme un périmètre défensif avec ses trois compagnies en arc de cercle. Il s'attend à trouver à l'aube en face de lui deux compagnies soviétiques avec 5 ou 6 chars. Le major Kajikawa envoie des éclaireurs qui font la jonction avec la 8ème compagnie du 64ème régiment. Le bataillon progresse d'un kilomètre vers le sud au matin du 4 juillet et subit sans conséquence le straffing d'un appareil soviétique isolé.

    La chaleur torride pose davantage de difficulté aux fantassins nippons que la résistance soviétique, éparse. Les Japonais collectent 8 corps et 1 prisonnier, et découvrent 5 camions et un canon antichar de 45 mm détruit. Le major Kajikawa et son adjoint, le lieutenant Muranaka, pensent que les Soviétiques ont fort à faire face à la 23ème division. La nuit même, le major envoie des éléments sur les arrières de l'ennemi pour détruire l'important pont de Kawamata. Cette patrouille comprend deux équipes de trois hommes chacune, l'une menée par le capitaine Aoyagi et l'autre par le sergent Hirai. Près du pont, Hirai repère une section de mitralleuses lourdes soviétiques et l'autre groupe découvre des chars et des véhicules blindés. Incapable de s'approcher, Hirai pose des mines sur la route à l'est du pont. Un char saute bientôt sur l'une d'elles, entraînant le tir des mitrailleuses. Hirai et ses hommes se cachent toute la journée dans la rivière et regagnent leurs lignes à la nuit tombée. Pendant la nuit du 4 au 5 juillet, d'autres patrouilles signalent au bataillon que le pont semble peu défendu, les Soviétiques se reposant sur un montage de barbelé « en piano » que les Japonais ont déjà rencontré mais contre lequel ils n'ont pas adopté de contre-mesures.

    Le major Kajikawa ordonne donc une attaque au matin du 5 juillet. Les 5ème et 7ème compagnie mènent l'assaut et font la jonction avec le 64ème régiment. Kajikawa, monté sur un cheval pour mieux diriger les opérations, prend la tête de la 7ème compagnie. A 2 km au nord du pont, cependant, la 5ème compagnie est bientôt prise à partie par l'artillerie lourde soviétique puis par des chars. La 7ème compagnie perce deux lignes de défense mais est aussi stoppée par l'artillerie. Les tirs de la rive ouest qui prennent en enfilade le bataillon le bloquent à 1 800 mètres du pont. De fait, la doctrine tactique japonaise se heurte à un système défensif soviétique bâti en profondeur : les premières lignes sont évacuées, le retrait est couvert par des armes automatiques placées en arrière et l'artillerie a des réglages pré-enregistrées sur ces zones pour frapper l'ennemi qui survient. Des renforts soviétiques commencent à arriver : 149ème régiment de fusiliers motorisés, 36ème division de fusiliers motorisés. 15 chars attaquent la 5ème compagnie mais les canons antichars de 37 mm en pulvérisent un : la chaleur, le caractère volatile du carburant et les compartiments moteurs exposés vont faire monter, au départ, les pertes en blindés des Soviétiques. Mais les chars se regroupent hors de portée des canons de 37 japonais et continuent à ravager les rangs de l'infanterie.

    En outre, le 2ème bataillon commence à manquer de munitions (il n'avait que la moitié de la ration normale de 5 jours), de nourriture et d'eau. Pour conserver les munitions antichars, les canons de 70 mm tirent sur les chars soviétiques, sans grand résultat. Les fantassins mettent baïonnette au canon car le sable a enrayé certains fusils et une mitrailleuse légère sur 5. Les chars BT, placés en défilement partiel à environ 1500 mètres de distance, continuent à déverser un feu meurtrier sur les Japonais en combinaison avec l'artillerie. Le contact est perdu avec le 64ème régiment. Yasuoka ordonne au bataillon de se replier à la faveur de la nuit. Mais la contre-attaque survient : 500 fantassins appuyés par des chars s'en prennent à la 5ème compagnie, renforcée par une section de la 6ème compagnie, les combats se terminant au corps-à-corps. Les 4 canons antichars de 37 mettent hors de combat 3 chars soviétiques mais d'autres arrivent sur les positions japonaises. Une escouade tentent de jeter sur les blindés des cocktails Molotov ou des mines mais elle est anéantie par les mitrailleuses. Sur le point d'être débordée, la 7ème compagnie est sauvée par l'apparition d'avions nippons qui attaquent les chars et provoquent leur retraite, suivie de celle de l'infanterie. La 5ème compagnie doit toujours faire face à la pression soviétique et son commandant, le capitaine Aoyagi, est tué. L'unité emmène ses morts et ses blessés sous le couvert des obus explosifs des canons de 37 et des mitrailleuses lourdes, et le bataillon regagne sa base de départ du 3 juillet, au nord de la colline 731.

    A 23h30, la pluie commence à tomber et les soldats japonais récoltent de l'eau avec leurs casques. De temps à autres, les fusées éclairantes tirées par les Soviétiques révèlent un champ de bataille désolé, rempli de carcasses de chars et de corps dévorés par les mouches. A 1h30, le 6 juillet, le major Kajikawa tient un discours à la troupe pour lui faire comprendre que le repli tactique n'est que temporaire : il opère dans la tradition du 28ème régiment et selon ce que les tacticiens attendent de tout officier. En trois jours, le bataillon estime avoir éliminé 300 soldats ennemis, détruit 4 chars (2 autres seront ajoutés par les éclaireurs le lendemain) et 5 mitrailleuses. Les Japonais ont retrouvé les tactiques soviétiques du manuel de 1936, qu'ils avaient traduit : les chars opèrent en soutien de l'infanterie, ouvrant la marche et manoeuvrant rapidement pour éviter le feu. L'artillerie soviétique a été efficace mais les Japonais savaient qu'elle était centrale dans le dispositif de l'Armée Rouge. Le soldat soviétique a montré de la ténacité mais peu d'initiative, confirmant les stéréotypes japonais. Pourtant, l'échec du 2ème bataillon est avant tout lié à des faiblesses intrinsèques.

    La coordination entre le bataillon et l'artillerie du régiment a été inexistante. Les unités d'infanterie ont combattu isolément sans se soutenir. Le 2ème bataillon, en perdant la jonction avec le 64ème régiment, a failli être détruit par une attaque de chars. Les communications sont mauvaises tout comme l'est la logistique : le soldat japonais souffre rapidement de la soif, de la faim et du manque de munitions. La 23ème division ordonne, cependant, de reprendre l'attaque le 6 juillet. L'armée du Kwantung, mal renseignée, pense que les Soviétiques ne pourront alimenter indéfininement leur artillerie. L'attaque du bataillon vers le pont de Kawamata, le 6 juillet, est à nouveau stoppée par les obus soviétiques. Les Japonais réalisent alors qu'un avion ennemi règle le tir de l'artillerie... tout un symbole. Après avoir avancé d'un kilomètre, l'escouade de tête constate que l'ennemi se retranche. Malgré la présence d'une ligne de téléphone maintenant les communications avec l'artillerie, les Japonais ne peuvent déboucher. Le bataillon est pilonné par l'artillerie et les chars à longue distance. Le 7 juillet, dans l'après-midi, les avant-postes signalent que 150 Soviétiques avec deux mitrailleuses et des pièces d'artillerie tentent d'infiltrer les arrières du bataillon après avoir passé la Halha. Le lieutenant Saito prend deux sections de la 7ème compagnie pour contrer la menace avec une autre en réserve.

    Saito coordonne le tir de l'artillerie régimentaire et des mitrailleuses lourdes grâce au téléphone de campagne et jette la confusion parmi les assaillants. Les Japonais chargent à la baïonnette et laissent 102 cadavres adverses sur le terrain, récupérant 20 fusils, deux mitrailleuses et deux canons. Les Soviétiques reçoivent cependant des renforts et réparent leurs barbelés. Les pluies diluviennes gonflent le niveau de la Halha mais n'empêche pas son passage à gué par les chars : aussi les Japonais laissent-ils des avant-postes pour surveiller le cours d'eau. Kajikawa, sur la foi des déclarations d'un prisonnier qui annonce une attaque imminente, veut attaquer lui-même puis se ravise, ordonnant de renforcer les défenses. La nuit se passe sans incident. A 10h00, le 8 juillet, Yasuoka avertit Kajikawa que les Soviétiques retraitent par le pont et lui ordonne d'attaquer. Le lieutenant Sawada, qui commande la section d'armes lourdes de la 5ème compagnie, mène la poursuite avec 2 mitrailleuses lourdes, 2 canons de 37 mm et 2 de 70 mm en soutien. A 11h00, Sawada découvre que l'ennemi, loin de retraiter, a au contraire reçu des renforts. Il s'empare d'un avant-poste et estime que 300 soldats, 5 chars et une douzaine de canons lui font face.


    Attaque de nuit et contre-attaque soviétique


    Sawada et ses hommes passent un après-midi entier pilonnés par l'artillerie soviétique. Cependant, Sawada estime être en bonne position pour une attaque de nuit et le fait savoir au major Kajikawa, qui décide à son tour d'engager tout le bataillon dans une attaque de flanc. Vers 22h30 cependant, les hommes de Sawada repèrent 2 compagnies soviétiques qui avancent dans leur direction. Sawada place ses hommes en embuscade, dont une partie pour un tir en enfilade, et surprend les Soviétiques par ses feux avant de charger à la baïonnette. Cependant les Japonais ne sont pas capables d'exploiter le désarroi des assaillants. En poussant jusqu'aux lignes ennemies, ils sont victimes de nombreux jets de grenades à main. Les tirs de fusils forcent les fantassins nippons à s'abriter, malgré l'exploit du sergent Iwakoshi qui élimine 12 adversaires à la baïonnette. Les Japonais, sans objectifs précis, perdus dans le noir, butent sur des retranchements et certains se cassent même jambes ou poignets en tombant dans des tranchées. Ils perdent un tiers de leur effectif pour nombre estimé de 150 ennemis tués. Sawada, de son côté, regagne sa position avec plus de 30 morts et blessés au matin du 9 juillet. Les fantassins nippons fortifient les hauteurs de Hinomaru.

    Les Soviétiques, mécontents des pertes subies durant la nuit, lancent au matin 300 hommes appuyés par 5 chars et un barrage roulant d'artillerie contre les positions japonaises. Les fusiliers stoppent au pied des hauteurs et commencent à creuser des retranchements pendant que les chars avec des groupes de 5 à 6 fantassins, dont une paire de snipers, avancent un peu plus loin pour couvrir les travaux. Une fois les trous individuels et positions de mitrailleuses lourdes creusées, la moitié des fantassins soviétiques charge sur les hauteurs avec les chars. Les Japonais les repoussant à coups de grenades et de mortiers Knee, malgré la présence d'officiers du GRU qui surveillent l'infanterie soviétique. Plus de 100 cadavres et 2 épaves de blindés restent sur le terrain. Mais les Japonais ont repoussé plusieurs assauts à la limite de la rupture.


    Redéploiement


    Kajikawa, quant à lui, a reçu nouvelle du désastre de Yasuoka : il dépend désormais du colonel Sumi Shinichiro, commandant le 26ème régiment d'infanterie de la 7ème division, qui a remplacé Yasuoka sur son flanc gauche. Cette première défaite a par ailleurs fortement entamé l'allant du général Komatsubara, dont le pessimisme se reflète jusque dans la troupe : désormais les Japonais ne rechercheront plus le contact avec les Soviétiques. Tout la journée du 10 juillet, le 2ème bataillon repousse des attaques soviétiques avec ses mitrailleuses et ses canons. De fait, les Soviétiques tiennent un saillant depuis le pont jusqu'aux positions du 2ème bataillon : la prise des hauteurs tenues par celui-ci permettrait à l'Armée Rouge de couper en deux le dispositif japonais et d'acculer l'unité contre la rivière Halha. Pour améliorer sa position, Kajikawa ordonne une attaque nocturne dans la nuit du 10 juillet contre les troupes soviétiques stationnées à proximité. La 7ème compagnie parvient à faire passer du ravitaillement et des munitions à l'unité stationnée sur les hauteurs d'Hinomaru.

    Le 11 juillet, l'artillerie japonais met hors de combat une mitrailleuse lourde soviétique et s'attire le feu de l'artillerie soviétique qu'elle fait taire par une contre-batterie efficace. Les deux camps renforcent leur défense, les Japonais ajoutant un camouflage à leurs positions. De 9h00 à 10h00, les Soviétiques bombardent intensément le bataillon, en partie avec des canons de 45 mm amenés au plus près. Le scénario se répète le lendemain 13 juillet et les fantassins échangent aussi des tirs. Kajikawa reçoit bientôt l'ordre de Sumi, venant de Komatsubara, de se replier au nord-est vers la colline 731 pour évacuer les hauteurs d'Hinomaru. Le 64ème régiment a perdu 77 tués, 29 disparus et 160 blessés, et selon le général, son esprit combattif. Le repli commence au crépuscule et il est facilité par les pluies. Le lendemain 14 juillet, Sumi envoie un messager annonçant une contre-attaque sur le pont car les Soviétiques se replierait en ne laissant qu'une arrière-garde. En fait, le 603ème régiment de fusiliers de la 82ème division, fraîchement arrivé à l'est de la Halha le 12, a été pris de panique sous le feu de l'artillerie japonaise avant d'être repris en main par l'officier politique et le commandant de régiment. Dans la nuit, le régiment est replié à l'ouest de la Halha. Sumi veut profiter de la confusion pour reprendre le terrain. Le bataillon fait demi-tour mais ne peut occuper à temps les hauteurs d'Hinomaru. Finalement, le 26ème régiment de Sumi constate que les Soviétiques ne se replient pas et le général Komatsubara arrête à nouveau l'offensive. Le 16 juillet, le 2ème bataillon est mis en réserve. Les 17-18 juillet, il occupe la colline 731 et fortifie la position sous le feu de l'artillerie soviétique, avant de revenir en réserve de la 23ème division du 20 au 27 juillet.


    Impasse et attrition


    Les 64ème et 72ème régiments d'infanterie japonais sont en pointe de l'attaque sur le pont de Kawamata, le 23 juillet 1939. De l'artillerie supplémentaire a été expédiée du Japon : 15 000 obus seront tirés le premier jour en soutien mais l'Armée Rouge réplique par un contre-barrage et une contre-batterie encore plus puissants. En deux jours, les canons de campagne japonais consomment la moitié du stock de munitions, ce qui n'est pas pour rien dans la décision d'arrêter l'assaut dès le 25 juillet. Le général Komatsubara a ordonné aux unités sur la rive est de la Halha de se retrancher pour briser l'attaque ennemie, après quoi une contre-attaque suivra. Les deux régiments se retranchent au sud de la rivière Holsten. Le terrain surplombe la rive est de la Halha ce qui permet aux Japonais d'observer les positions adverses. Pour couvrir le flanc sud, le général Komatsubara envoie le 71ème régiment d'infanterie. Le 2ème bataillon, 28ème régiment, est envoyé là le 28 juillet pour fortifier les environs de la colline 742. Face à lui, la 82ème division de fusiliers qui attaque le détachement Nagano, que le bataillon est venu renforcer. L'attaque est repoussée.

    La colline 742 est la clé du secteur mais le 2ème bataillon doit défendre 4 km de front soit le double de ce qui est prescrit dans le manuel. Pour boucher les trous, les armes lourdes couvrent les espaces dans la journée et des patrouilles les parcourent de nuit. Dans la nuit du 1er au 2 août, une cinquantaine de Soviétiques attaquent de nuit l'une des sections japonaises de la colline, mais sont repoussés et laissent 30 morts sur le terrain. Les Soviétiques ont compris l'importance de la colline et sondent à nouveau la place le 2 août. Dans les jours suivants, ils expédient 2 000 obus par jour sur la hauteur, contraignant les Japonais à une guerre d'attrition que ceux-ci ne peuvent remporter. Les Japonais renforcent leurs défenses, de même que les Soviétiques, qui tentent encore une attaque le 4 août. Le 7 août, à 4h00, après un violent bombardement d'artillerie, les fantassins de l'Armée Rouge passent à nouveau à l'assaut. L'attaque s'arrête cependant vite. Un nouveau bombardement, encore plus violent, reprend à 18h30 jusqu'à 20h30. Les Soviétiques utilisent aussi des canons de 45 mm en tir direct. Puis 500 fantassins et 5 chars montent à l'assaut. Après des combats au corps-à-corps, les mortiers Knee et les canons de 70 mm utilisés en tir tendu contraignent les Soviétiques à se replier, en ordre, emportant 300 tués et blessés. Les Japonais ne sont cependant guère en meilleur état : privés d'eau et de nourriture, ils doivent en outre faire leurs besoins dans leurs trous individuels, et sont parfois contraints de manger de l'herbe. Les cas de dysenterie et même de typhus déciment la troupe. Le moral reste cependant élevé : le système régimentaire japonais fait que chaque unité est recrutée dans le même secteur, la même ville, le même village.

    Le ravitaillement s'effectue de nuit mais il est dangereux car les Soviétiques sont attentifs : il faut veiller en particulier à contrôler le hennissement des chevaux ou autres animaux de trait. A la fin de la bataille, un homme sur quatre des services arrière japonais aura été tué ou blessé. L'infanterie japonaise conserve aussi du mordant : le lieutenant Saito anéantit lors d'une charge à la baïonnette une équipe d'observation d'artillerie soviétique escortée d'un détachement de protection qui tentait de s'infiltrer au plus près des lignes nipponnes. Le 9 août, tandis que l'Armée Rouge renforce son dispositif face au 71ème régiment, 200 recrues arrivent au bataillon pour combler les pertes. Le 10 août, du bois est collecté pour renforcer les fortifications. Mais le 11, on retire au bataillon ses canons de 37 mm pour les expédier au 71ème régiment, alors que les canons soviétiques de 45 mm se manifestent de plus en plus. La moitié des pertes japonaise est en fait provoquée par l'artillerie, contre 37% en 1938. L'attrition se poursuit aussi en raison des patrouilles soviétiques comme celles du 13 août. Le 14, l'artillerie bombarde les positions japonaises méthodiquement. Des mouvements de camions et de chars sont observés qui font partie d'une tromperie organisée par les Soviétiques pour leurrer les Japonais. Le lendemain, ceux-ci emploient pour la première fois des mortiers.


    Deuxième attaque de nuit


    Des éclaireurs observent les lignes soviétiques et constatent des bruits de travaux de fortification. En fait, c'est là encore une opération de tromperie de la part des Soviétiques qui ont placé des émetteurs répandant de tels sons ; en outre les Japonais constatent à nouveau que l'Armée Rouge laisse peu garnie la première ligne et déploie une défense en profondeur avec des feux d'artillerie préétablis. Le capitaine Tsuji obtient le 18 août la permission de Kijikawa de conduire une attaque préventive. Les fantassins s'enveloppent pour être plus silencieux, Tsuji arbore une croix blanche sur l'épaule pour guider ses fantassins dans l'obscurité. Il bute sur un avant-poste soviétique non décelé et le combat s'engage. Les Japonais éliminent les fantassins disposés dans les premières tranchées mais sont bloqués par les tirs d'armes lourdes postées plus en arrière. Les mortiers Knee tentent de réduire ces positions mais progressivement, tous les officiers sauf Tsuji sont tués ou blessés. A 2h30, quatre heures après le départ du raid, Tsuji ordonne le repli en emportant ses 7 tués et 22 blessés. Tsuji pense avoir éliminé 80 soldats ennemis mais en fragmentant ses sections pour éliminer des positions fortifiées, il a manqué de l'ampleur d'un assaut de la taille de la compagnie. La guerre de positions se poursuit jusqu'au 20 août. Incapable de déloger l'adversaire, l'armée du Kwantung, pour sauver la face, a dû se résoudre à une coûteuse lutte d'attrition, dont le parcours du 2ème bataillon est un bon exemple.


    L'offensive soviétique



    A 6h30, le 20 août, une large formation d'appareils soviétiques bombarde les positions du 2ème bataillon. Elle fait partie des 250 appareils -dont 150 bombardiers- engagés par l'Armée Rouge en préparation de l'offensive tant attendue. Les Japonais interceptent depuis juillet des messages allant dans ce sens. En premier échelon, l'Armée Rouge a en fait déployé 2 divisions de fusiliers, 2 brigades de chars ou motorisées, 7 régiments d'artillerie et 3 divisions de cavalerie. En deuxième échelon, on trouve une autre division de fusiliers et 5 brigades de chars ou motorisées. Ces forces sont étalées sur 50 km et représentent le double de l'estimation du renseignement japonais. Celui-ci a également gravement sous-estimé l'effort logistique soviétique pour alimenter les combats autour de Nomonhan. L'Armée Rouge a mis en ligne 2 600 camions dont 1 000 pour le transport d'essence. Pour ravitailler les troupes à 750 km de distance, il faut cependant 5 000 véhicules. Mi-août, Joukov reçoit 1 625 camions supplémentaires de Russie d'Europe ce qui lui permet de mettre au point son offensive pour le 20 août. Des reconnaissances aériennes nippones détectent des concentrations de véhicules sur la rive ouest de la Halha mais les Japonais pensent pouvoir briser l'offensive soviétique et contre-attaquer ensuite...

    Après le bombardement aérien, le 2ème bataillon subit encore 45 minutes de pilonnage de l'artillerie soviétique. 12 chars commencent à manoeuvrer autour de la colline 742. L'infanterie et les blindés soviétiques testent les positions japonaises : lors d'une attaque de 4 chars vers 17h00, l'un d'entre eux est incendié par une équipe antichar japonaise. En fait, ces coups de sonde servent à fixer les défenseurs nippons pendant qu'ils sont enveloppés par les chars des 6ème et 11ème brigades de chars et la 8ème brigade motorisée qui ont progressé du sud-est au nord-est pour couper les arrières des Japonais. Kajikawa comprend la manoeuvre et envoie des éclaireurs qui rapportent la présence de 1 000 camions et 500 chars ou automitrailleuses sur le flanc gauche du bataillon. Le 71ème est régiment est attaqué par les fusiliers des 80ème et 127ème régiments soutenus par les chars de la 6ème brigade de chars, à l'essence moins volatile et dont les compartiments moteurs sont désormais protégés contre des jets de cocktail Molotov. Le 21 août, à 8h00, le barrage d'artillerie reprend et les canons ciblent désormais les positions repérées la veille. Les fantassins soviétiques s'infiltrent dans les positions japonaises mais les Nippons les surclassent au corps-à-corps. Les Japonais notent cependant la bonne coordination ennemie entre infanterie et artillerie. Le lendemain, 22 août, le bombardement reprend et les premiers signes de désintégration dans le bataillon apparaissent suite aux assauts d'infanterie répétés des Soviétiques. Les Japonais manquent désespérement d'eau et de munitions. Dans la nuit du 23 au 24 août, des chars arrivent à passer à travers le dispositif nippon lors de violents combats.


    L'encerclement du 2ème bataillon et la retraite


    Au matin du 24 août, le major Kajikawa découvre avec stupeur que le 71ème régiment s'est finalement replié s'en l'en aviser, alors même que le tir d'enfilade des obusiers soviétiques provoque de plus en plus de pertes. Plus de 30 chars apparaissent en bas des positions japonaises et l'infanterie suit un officier portant un drapeau rouge. Les Soviétiques sont repoussés au sabre et à la baïonnette. Les blindés détruisent un dépôt de munitions sur les arrières du bataillon et leur infanterie débarquée attaquent les Japonais par l'arrière. Le pilonnage d'artillerie est particulièrement intense entre 12h00 et 14h00. Les Soviétiques infiltrent les position nippones et tirent au fusil et à la grenade : l'état-major de Kajikawa et le major lui-même prennent part au combat, avant d'être contraints de décrocher. A 17h00, les survivants reçoivent le renfort du colonel Morita et de 40 hommes. Kajikawa reçoit pourtant l'ordre de tenir à tout prix. Le lendemain, l'artillerie soviétique reprend son pilonnage, puis l'infanterie suit derrière un drapeau rouge. Les Japonais n'ont plus de munitions pour leur artillerie. Le lieutenant Tahara, de la 5ème compagnie, tue trois adversaire au sabre : blessé par un coup d'arme automatique, il se tire une balle dans la tête pour éviter d'être capturé en criant « Longue vie à l'empereur ! ».

    A 15h00, les Japonais n'ont plus de munitions et sont pilonnés par les mortiers, les chars complètant l'encerclement. Les Soviétiques ont emporté les positions d'artillerie et de mitrailleuses. Les blessés ne peuvent plus être soignés et les docteurs leur confient des grenades. Dans la nuit, Kajikawa ordonne une percée avec tous les éléments valides. A 2h00 le 26 août, il n'y a plus que 55 hommes en état de se battre avec un ou deux mitrailleuses légères et une mitrailleuse lourde. Mais il faut encore traverser la rivière Holsten, ce que les survivants ne font qu'au prix d'une véritable anabase. Sur 28 officiers et 854 hommes, 13 officiers et 264 soldats sont morts, 11 officiers et 367 hommes sont blessés et 47 sont portés disparus. Mis en réserve, le bataillon doit encore se déplacer dans la nuit du 30 au 31 août en raison du tir d'artillerie qui le vise encore à 10 km des lignes.


    Conclusion


    L'attaque blindée de Joukov tourne par le sud les positions de la 23ème division d'infanterie japonaise. Au nord, la progression est plus lente mais les chars lance-flammes soviétiques viennent à bout de la résistance et les deux pinces se rejoignent à Nomonhan, encerclant la 23ème division. Les Soviétiques se contentent ensuite de se retrancher à la frontière. Un cessez-le-feu est conclu le 16 septembre. La doctrine de combinaison des armes soviétique a fait ses preuves alors que la doctrine japonaise d'infanterie a failli, ce qui ne va pourtant pas entraîner un changement radical côté nippon.

    Les Japonais ont privilégié leur infanterie en connaissance de cause de leur infériorité matérielle et technologique. Sous-estimant l'ennemi, ils pensaient que les qualités intrinsèques du combattant japonais permettraient de venir facilement à bout du fantassin soviétique. Pourtant, dès le mois de juillet, là où la doctrine valorise l'initiative, le commandement japonais s'enferme dans une posture défensive et joue le jeu de la guerre d'attrition des Soviétiques, montrant peu de souplesse. Mais les Japonais manquent tout simplement d'artillerie et de blindés et les fantassins ne peuvent souvent pas atteindre leur véritable objectif, l'infanterie ennemie. En sous-estimant l'Armée Rouge, les Japonais ont précipité leur défaite, étant incapables de voir que les Soviétiques apprenaient à leur contact et s'adaptaient.

    Les Japonais ne savent pas bâtir des positions défensives aménagées correctement car ils pensent bientôt être à nouveau sur l'offensive. Le renseignement fait également défaut car presque jusqu'au bout, l'état-major de l'armée du Kwantung croit avoir à faire à un ennemi démoralisé et qui retraite. L'infanterie japonaise excelle dans les attaques nocturnes au niveau de la section ou de la compagnie, mais elle affronte des divisions de fusiliers de seconde ligne qui ne représentent pas l'ensemble du système de combat soviétique, malgré des assauts frontaux coûteux et des tactiques peu originales. Contre les chars et l'artillerie, la doctrine japonaise est de peu d'utilité. Aussi courageux que soient les officiers, ils ne peuvent rien faire contre les blindés.

    Le 2ème bataillon du 28ème régiment en paie le prix : 86% de pertes contre 73% en moyenne pour les unités japonaises engagées. Bien que dépourvus de l'apport logistique, les fantassins tiennent en raison de la valeur du commandant d'unité et des officiers subalternes. Cependant, après la bataille, le commandement de la 7ème division lui-même reconnaît qu'il sera difficile de restaurer le moral qui existait précédemment. Or le moral est central dans la doctrine japonaise, et paradoxalement, il a accentué les pertes, qui atteignent des taux records à Nomonhan.

    L'armée impériale japonaise ne change pourtant rien à la suprématie de l'infanterie, et ne développe pas les chars, mais plutôt les avions. Elle conclut que la bravoure de l'infanterie reste la qualité suprême du combattant japonais sur le champ de bataille. L'infanterie nipponne reste un adversaire formidable mais dans la guerre devenue moderne, elle tourne à l'anachronisme, comme le montrera bientôt la guerre du Pacifique.


    Pour en savoir plus :


    Edward J. DREA, Nomonhan : Soviet-Japanese Tactical Combat, 1939, Leavenworth Papers n°2, 1981.

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    Un peu en retard (j'attendais la livraison du magazine), je signale la publication de deux ensembles différents de ma plume dans le n°47 de la revue 2ème Guerre Mondiale, actuellement en vente.

    J'ai signé le dossier du numéro intitulé "Tigres de papier ? Le schwere Panzer-Abteilungen au combat". Il s'agit d'une analyse, à partir d'un travail américain notamment, de l'efficacité supposée des bataillons indépendants de chars lourds Tigres allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. J'en profite pour développer, à partir de l'exemple du s. Panzer-Abteilung 501, deux récits d'engagements particulièrement méconnus, en m'appuyant également sur des sources russes, ce qui permet un utile rééquilibrage de la perspective.

    L'autre article que j'ai également écrit pour ce numéro est l'histoire de la Task Force Baum, le raid mené sur un le camp de prisonniers allemands d'Hammelburg, entre les 26 et 28 mars 1945, par des éléments de la 4th Armored Division, sous les auspices de Patton. Objectif : libérer les prisonniers américains mais surtout le lieutenant-colonel Waters, le propre gendre de Bloods and Guts détenu dans le camp... et l'histoire se finit mal pour la Task Force Baum,à quelques semaines de la capitulation allemande.

    Une vidéo de présentation de tout ça suivra dans peu de temps.

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    Comme convenu, voici une petite vidéo de présentation du dossier du n°47 de 2ème Guerre mondiale, et de l'article sur la Task Force Baum, assortie d'un extrait du Deutsche Wochenschau. Bon visionnage.



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    1941. Heydrich (Anton Diffring), chef de l'appareil de sécurité tentaculaire du IIIème Reich, le RSHA, devient protecteur général de Bohême-Moravie, afin de renforcer la mainmise allemande sur l'ancienne Tchécoslovaquie considérée à la fois comme trop improductive et trop rétive à l'égard de l'Allemagne. Avec l'accord du gouvernement tchécoslovaque en exil, Londres monte une opération commando pour assassiner Heydrich afin de regonfler la résistance locale et de montrer aux nazis qu'aucun de leurs dirigeants n'est intouchable dans l'Europe occupée. En décembre, trois parachutistes tchécoslovaques, Josef Gabcik (Anthony Andrews), Jan Kubis (Timothy Bottoms) et Karel Svoboda sont parachutés dans leur pays d'origine. Leur mission : entrer en contact avec la résistance et planifier un attentat pour assassiner Heydrich...

    Le film est basé sur l'ouvrage d'Alan Burgess (recension ici), lui-même une version romancée de l'opération Anthropoïd, parfaitement authentique. Il pâtit pourtant de la faiblesse du scénario et d'un jeu d'acteurs assez moyen : Anton Diffring, qui ressemble certes à Heydrich et est accoutumé aux rôles de méchants Allemands de la Seconde Guerre mondiale, n'arrive guère à camper efficacement un personnage qui devait en imposer davantage. La scène de l'attentat elle-même manque un peu de panache, contrairement à l'assaut final dans l'église de Prague où se sont retranchés les parachutistes, comme dans le roman d'ailleurs. Mention spéciale également au rendu de la destruction de Lidice, petit village tchèque rasé en représailles de l'assassinat de Heydrich. Malgré tout, Lewis Gilbert est loin, avec de film, des réalisations plus conséquentes qu'il a pu faire sur certains James Bond (On ne vit que deux fois, etc). A voir cependant pour se rappeler un épisode fameux de la Seconde Guerre mondiale, et pour les plans filmés dans la Prague de la Tchécoslovaquie communiste, 7 ans à peine après le printemps de Prague...


    Le générique de 7 hommes à l'aube met tout de suite dans l'ambiance (!). En dessous, la scène de l'attentat.






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    - Sévaré et Diabali sont consolidés, côté français, tandis qu'à Bamako, une compagnie du 3ème RIMa de Vannes sécurise l'aéroport. Les frappes continuent sur le nord (notamment à Gao et Ansongo, à 80 km plus au nord) et le Groupe aéromobile déploie des éléments à Mopti et Diabali. Le transport de nouvelles unités continue via la Marine Nationale et les avions de transport tactique, dont désormais un C-17 américain. Plus de 2300 soldats français sont engagés sur le terrain dans l'opération Serval.

    - le Groupement Tactique Interarmes (GTIA) français se divise désormais en trois sous-groupements. Les deux premiers sont engagés à Sévaré et Diabali, respectivement, mais n'ont pas rencontré d'opposition pour le moment. Quelques éléments stationnent aussi à Markala. Le dernier sous-groupement est à Bamako mais est désormais libéré par l'arrivée de la compagnie du 3ème RIMa.

    - manoeuvre tactique d'Ansar Eddine que la formation d'un Mouvement Islamique de l'Azawad soi-disant prêt à ouvrir des négociations ? Il semblerait.


    - André Bourgeot, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du Sahel, est pessimiste, pour le moment, sur la dimension politique du conflit au Mali, qui reste éclipsée par l'intervention militaire française. Tout est à reconstruire...

    - enfin, on avait prévenu, l'armée malienne semble commettre de plus en plus d'exécutions sommaires, particulièrementà Sévaré. Le climat est particulièrement malsain, d'autant plus qu'aujourd'hui encore, l'armée malienne annonce avoir arrêté des combattants adverses.
     


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