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    Hiver 1950. Après le débarquement d'Inchon et la poussée victorieuse des troupes de l'ONU, menées par les Américains, en Corée du Nord, l'intervention chinoise renverse la situation. La 1st Infantry Division "Big Red One"prépare son repli et laisse une section de 48 hommes d'un de ses régiments pour faire croire à l'ennemi qu'elle ne quitte pas ses positions, alors qu'elle se replie vers un pont qui constitue la seule voie de passage. Parmi la section chargée de cette diversion risquée, le caporal Denno (Richard Baseheart) qui, plus que tout, craint de devoir assumer le commandement de la section si les autres cadres se font tuer...


    Fixed Bayonets ! est le premier d'une série de 7 films qui marquent la collaboration de la Fox avec Samuel Fuller. Il sort alors que la guerre de Corée n'est pas encore terminée, tout comme The Steel Helmet qui avait impressionné la Fox et attiré l'attention sur Fuller. L'US Army, qui avait vu d'un mauvais oeil The Steel Helmet, impose à Fuller un conseiller militaire, Raymond Harvey, détenteur de la Medal of Honor. Fuller se liera avec celui-ci qui tiendra le même rôle dans Ordres secrets aux espions nazis (1958). La 1st Infantry Division "Big Red One" n'a pas servi en Corée, mais Samuel Fuller se sert de sa propre expérience de vétéran de la Seconde Guerre mondiale pour dénommer les unités et les commandants d'unités de la division, dans son film, qui sont bien authentiques. Il réalisera bien plus tard, en 1980, un autre film consacré au parcours de cette division pendant le second conflit mondial, tiré de son parcours personnel.

    Source: http://www.k-libre.fr/klibre-bo/upload/illustration/baionnette-au-canon-detail-dvd.jpg


    Comme dans The Steel Helmet, on est loin du film de guerre conventionnel. L'action se déroule essentiellement dans une grotte où la section trouve refuge pour mener son jeu du chat et de la souris avec les Chinois. Fuller vise au réalisme et on retient cette scène surréaliste pour un film de guerre où le sergent en charge fait masser les pieds de ses soldats pour empêcher qu'ils gèlent (!). Tout le propos de Fuller tourne autour de la survie d'un groupe d'hommes isolés, face à des conditions climatiques difficiles et à un ennemi impitoyable et redoutable -cf l'autre scène fameuse où un avant-poste est emporté par les Chinois que les Américains ne voient même pas approcher. Le scénario est desservi par un budget limité (beaucoup de carton-pâte...) et quelques passages éculés (la marche dans un champ de mines...). Cependant, Fuller révolutionne à sa façon le genre du film de guerre : Fixed Bayonets !, plus que The Steel Helmet, se focalise sur la psychologie des personnages et non sur les combats. Aucune vision héroïque du combattant, bien au contraire, à l'instar d'autres films sur la guerre de Corée, comme Pork Chop Hill de Lewis Milestone (1953) : les soldats américains doutent et font face non pas pour le drapeau mais en raison de qualités humaines qui n'ont rien à voir avec un "sens du devoir" mythifié. Ce n'est pas le meilleur film de Fuller mais il est intéressant -en outre, dans la bataille finale, on aperçoit très furtivement James Dean, dans le rôle d'un soldat américain, pour son tout premier rôle...






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    Londres, 1940. Henry Faber (Donald Sutherland) travaille aux chemin de fer britanniques et coordonne l'expédition des troupes en France. En réalité, Faber est un espion allemand, surnommé l'Aiguille, en raison de la méthode qu'il affectionne pour tuer -un coup très violent de stylet, le poignard des assassins. Découvert fortuitement par sa logeuse alors qu'il transmet des informations par radio, il doit la supprimer avant de s'enfuir. Quatre ans plus tard, Faber, toujours actif, découvre que les troupes alliées concentrées dans le Pas-de-Calais où doit avoir lieu, selon les Allemands, le prochain débarquement, ne sont qu'un leurre géant. Poursuivis par les autorités alliées, Faber échoue finalement sur une île désolée, Storm Island...

    L'Arme à l'oeil est tiré du roman du même nom écrit part Ken Follett, paru en 1978 sous le titre original de Storm Island. Le titre révisé, Eye of the Needle, fait référence au célèbre aphorisme de la tradition juive que l'on retrouve aussi dans la Bible. Les scènes sur Storm Island ont été tournées sur l'île de Mull, dans l'archipel des Hébrides Intérieures, à l'ouest de l'Ecosse. Le film a été réalisé par Richard Marquand, plus célèbre par la suite pour son pilotage du Retour du Jedi de la saga Star Wars. Marquand a justement été repéré par Georges Lucas en raison de sa performance sur Eye of the Needle.


    Source : http://www.war-movies.info/warmovies/eye_of_the_needle-2.jpg


    L'Arme à l'oeil mélange suspense et facette romantique, mais pas forcément de manière très harmonieuse. J'ai de loin préféré la première partie du film qui montre la course-poursuite entre l'agent secret nazi, formé par Canaris, patron de l'Abwehr, et le contre-espionnage allié. Donald Sutherland trouve un rôle à sa mesure avec cet espion froid, méthodique, presque sociopathe, qui finit pourtant par briser la glace sur l'île tout en ne perdant jamais de vue l'importance de sa mission. La partie intermédiaire du film où se développe la romance de l'espion avec Kate Nelligan est moins intéressante. En revanche, à partir du moment où l'identité de l'espion est percée à jour, le final est haletant entre Sutherland, incapable de revenir à ses meurtres froids, et Nelligan, qui trouve une force nouvelle après s'être rendue compte qu'elle a été trompée. Marquand manque un peu de souffle dans la mise en scène et ce qui aurait pu être un grand film devient un simple divertissement. C'est également l'une dernières bandes originales de Miklos Rozsa. Finalement, L'Arme à l'oeil se présente plus comme un thriller que comme un film d'espionnage ; on est loin deL'Aigle s'est envolé, tourné quelques années plus tôt, et où Sutherland jouait déjà le rôle d'un Irlandais parachuté par les Allemands en Angleterre pour participer à une tentative d'assassinat de Churchill.




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    Friedrich von Mellenthin, mort en 1997, était un officier d'état-major allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il a servi sur nombre de fronts, dès la campagne de Pologne : à l'ouest, en Afrique du Nord, à l'est. Emprisonné deux ans et demi, après la fin de la guerre, il commence à rassembler des documents et témoignages auprès de ses anciens camarades pour écrire, en 1956, une fois parti dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, Panzerschlachten (batailles de Panzer). Ce récit de première main sur nombre d'opérations de l'armée allemande du conflit devient un classique à partir du moment où il est traduit en anglais, en 1956. Les Américains utilisent von Mellenthin et d'autres officiers allemands vétérans du front de l'est pour tenter de contrer au mieux, sur le papier, la menace des vagues blindées et mécanisées soviétiques qui pèse sur l'Europe centrale. Ses mémoires contribuent ainsi à forger une certaine vision du conflit, écrite par le vaincu allemand, avant la remise en cause tardive de l'historiographie, qui n'en a pas encore fini avec cette légende dorée. Pour autant, relire Panzerschlachten aujourd'hui permet aussi de ne pas succomber à l'exagération quant à la remise en cause du discours allemand (tout à fait fondée) et de voir précisément ce que l'on peut en tirer.

    Silésien, passé par la cavalerie avant d'atterrir dans des fonctions d'état-major à partir de 1937, von Mellenthin explique que l'émergence d'une arme blindée indépendante au sein de la Wehrmacht doit beaucoup à Guderian, vision dont on est revenu depuis. En revanche, il précise que les Allemands mettent en oeuvre assez tôt la combinaison des armes au sein de leurs formations blindés, contrairement à d'autres (les Britanniques par exemple), ce qui est sonne plus juste.



    Pendant la campagne de Pologne, von Mellenthin ne cache rien des faiblesses allemandes, le combat constituant un banc d'essai. Les chars montrent leurs limites (Panzer I et II) et seul Guderian, d'après lui, dirige correctement son corps  d'armée mécanisé. En ce qui concerne la campagne de France, qu'il n'a vue que de loin, il se repose sur les mémoires du général Balck, qui sert alors dans la 1. Panzerdivision. Il montre combien le succès à Sedan et sur la Meuse est dû à l'utilisation de l'aviation comme artillerie volante. Il discute aussi des mérites des généraux en ce qui concerne le moment critique de l'introduction des chars après la percée de l'infanterie, ou si les chars sont utilisés pour cette dernière tâche. Pour von Mellenthin, le succès allemand tient à la concentration des forces, à une supériorité de puissance de feu et à la surprise, et à l'utilisation d'armes offertes par les avancées technologiques (parachutistes, planeurs, etc). Pendant son court séjour en France, il prétend que nombre de Français sont prêts à collaborer, ce qui ne se fait pas en raison de la politique menée par Hitler. Après avoir participé aux campagnes de Yougoslavie et de Grèce, von Mellenthin rejoint, avec le général Gause et Siegfried Westphal, l'Afrique du Nord, en juin 1941.

    Pour l'officier allemand, le style de commandement de Rommel, dont il ne dissimule pas la rudesse à l'égard de ses propres officiers, est parfaitement adapté à la guerre du désert. Les succès allemands face aux Britanniques s'expliquent, selon lui, par la supériorité des canons antichars, la meilleure combinaison des armes, et des tactiques plus souples, comme l'emploi des 88 antiaériens en antichars. Ce qui n'empêche pas les Allemands de se heurter parfois à forte partie : pendant les batailles de Gazala, en mai-juin 1942, les Panzer III et IV à canons courts souffrent face aux nouveaux M3 Lee/Grant de la 8th Army. Von Mellenthin pense aussi que toute chance de percer à El-Alamein était perdue après le 1er juillet 1942. Il explique, en conclusion après son départ en septembre 1942 pour raison médicale, que les alliés italiens ne manquaient pas de qualités (officiers supérieurs et d'état-major bien formés notamment), mais que le matériel laissait  à désirer et que l'entraînement des officiers subalternes était insuffisant, et que ceux-ci n'avaient pas de contact avec la troupe. Il respecte la valeur des unités du Commonwealth ou britannique, craint particulièrement le LRDG, même si il estime l'armée britannique trop rigide. Enfin, il contribue à propager le mythe de la guerre "chevaleresque" en Afrique du Nord, dont on sait aujourd'hui qu'il est pour bonne partie une construction ultérieure.

    Après une convalescence due à la maladie qui l'a forcé à partir d'Afrique du Nord, von Mellenthin rejoint le front de l'est. Son exposé des succès allemands initiaux explique que la Wehrmacht échoue surtout, en 1941, à cause du manque de routes carrossables, de la supériorité des chars soviétiques qui joue à plein à partir de l'automne, et parce que l'aviation allemande s'essouffle déjà. Pour lui, la grande erreur de la campagne de 1942 est qu'Hitler a dispersé l'effort entre Stalingrad et le Caucase. Il faut noter d'ailleurs que von Mellenthin, probablement parce qu'il a fait des recherches pour ses mémoires, connaît parfaitement les noms des commandants de fronts soviétiques, ou des représentants spéciaux de la Stavka qui coordonne parfois l'activité de plusieurs fronts, comme Joukov. Le 29 novembre 1942, il rejoint le 48. Panzerkorps qui mène la tentative de dégagement de Stalingrad, conçue par Manstein. Dans les batailles sur le Tchir, et malgré son mépris pour les Soviétiques, il reconnaît à l'Armée Rouge certaines qualités : efficacité dans les infiltrations, ténacité pour tenir les têtes de pont, etc. Dans les batailles de chars sur l'Aksaï, il souligne même que les formations blindées soviétiques ont tiré leur épingle du jeu sur le plan tactique. Le succès de la contre-offensive de Manstein est d'après lui terni par des décisions politiques, notamment celle de ne pas épauler les mouvements de protestation contre le pouvoir soviétique dans les territoires conquis. A Koursk, il n'est plus question que d'une offensive limitée, et qui fait débat. La faute est selon lui de se jeter dans la gueule du loup. Le haut-commandement soviétique conduit la bataille de main de maître ; von Mellenthin rapelle que même sur le plan tactique, le combat a été indécis. Les Pakfronts ont désormais leurs pendants chez les Soviétiques et il faut changer les tactiques des blindés pour les neutraliser. Il décrit cependant les succès allemands dans la manoeuvre de contre-attaque au moment de l'opération Roumantsiev, et justifie aussi la politique de terre brûlée de la Wehrmacht pendant son repli (!). Lors des contre-attaques allemandes devant Kiev, en novembre-décembre 1943, il reconnaît aussi que les succès sont limités notamment parce que les encerclements ne sont pas étanches, et que de nombreux cadres soviétiques parviennnent à s'échapper. Von Mellenthin explique que même la défense élastique mise en oeuvre à l'ouest de l'Ukraine, fin 1943-début 1944, souffre du manque de matériel et du défaut logistique. Pour lui, l'année 1944 est la plus dramatique car elle concrétise réellement la menace d'une guerre à plein régime sur deux fronts. Le Prêt-Bail apporte à l'Armée Rouge, de son point de vue, deux éléments décisifs : les camions et les avions. Von Mellenthin reste au groupe d'Armées Nord-Ukraine, le plus puissant à l'est avant Bagration. Il faut se battre avec Model qui tient absolument à tenir les premières lignes le plus longtemps possible. Les contre-attaques blindées allemandes contre Koniev, qui attaque les 13-14 juillet, ne sont pas toutes couronnées de succès. Les Allemands ne peuvent réduire la tête de pont de Baranov sur la Vistule. Von Mellenthin suit, en septembre, Balck, qui prend la tête du groupe d'armées G à l'ouest. Le tableau de l'Armée Rouge qu'écrit l'auteur en conclusion de son expérience à l'est est plus qu'intéressant. En dehors des préjugés nazis et autres sur le Russe ou le Soviétique, von Mellenthin décrit l'endurance du Frontovik, sa capacité à vivre uniquement sur le terrain, les conséquences de l'industrialisation par Staline qui a fourni de nombreux techniciens à l'Armée Rouge et assure par exemple, au fil des ans, une supériorité dans le domaine de l'interception radio, le brouillage et les pièges. Il précise que le haut-commandement et les officiers supérieurs ont fait d'énormes progrès, alors que les officiers subalternes sont faibles et que la troupe n'est qu'une "masse" informe. Les Soviétiques sont, d'après lui, très habiles pour les mouvements de nuit et la concentration des forces dans l'attaque. Le soldat est bien armé, l'artillerie est puissante, à tel point que pour von Mellenthin, toute contre-attaque après une percée soviétique qui se déroule à portée de l'artillerie est condamnée à l'échec. En ce qui concerne les chars, il note une amélioration certaine. Si d'après lui les échecs allemands de 1943 doivent plus aux erreurs de son propre camp qu'aux Soviétiques, l'année suivante, les formations blindées soviétiques tiennent la dragée haute à l'adversaire, y compris sur le plan tactique avec des officiers subalternes pleins d'initiative et compétents. Il tient l'aviation en revanche pour inférieure, alors que l'arme blindée est clairement pour lui l'arme décisive des Soviétiques. Von Mellenthin signe en exemple la campagne de Mandchourie contre les Japonais, en août 1945, qui d'après lui est un modèle dans la progression de l'Armée Rouge (!).

    A l'ouest, von Mellenthin assiste aux contre-attaques allemandes infructueuses en Lorraine au mois de septembre 1944. Il est horrifié par la situation des troupes à l'ouest par rapport à son expérience au groupe d'armées Nord-Ukraine, la dernière à l'est : à l'ouest, les combats depuis le débarquement ont entraîné de lourdes pertes en matériel ; les divisions ne sont plus qu'un conglomérat de rescapés hétéroclites ; les nouvelles unités, y compris blindées, n'ont pas reçu d'entraînement suffisant. A noter qu'il n'est pas au courant avant la fin de la guerre de la raison véritable du suicide de Rommel et qu'il croit naïvement que d'autres officiers le sont tout autant, alors que ce n'est pas le cas, certains ayant participé à sa condamnation à mort. Von Mellenthin assiste à la chute de Metz, puis de Strasbourg. Il souligne que les Américains auraient obtenu plus de résultats s'ils avaient regroupé leurs divisions blindées -et même la 2ème DB de Leclerc- dans de véritables armées blindées, comme les Soviétiques. Limogé avec Balck en décembre 1944, von Mellenthin est ensuite affecté au groupe d'armées B de Model, pour la contre-offensive des Ardennes, un pari risqué, qui suscite d'ailleurs des débats parmi les commandants impliqués que l'auteur a pu interroger pendant sa période d'emprisonnement. Von Mellenthin sert avec la 9. Panzerdivision et met à profit son expérience du front de l'est contre les Américains. La supériorité aérienne alliée empêche selon lui toute contre-attaque blindée allemande d'envergure : c'est la leçon à tirer des Ardennes. Von Mellenthin finit encerclé dans la poche de la Ruhr, où Model se suicide après s'être rendu ; quant à l'auteur, il tente de s'échapper mais il est rattrapé plus tard par les Américains.

    En conclusion, von Mellenthin explique que l'Allemagne a profité de ses succès initiaux, en 1939-1940, pour s'imposer politiquement sur le continent européen, alors qu'elle était loin d'être prête à la guerre, comme le montre l'usure de la Luftwaffe dès la bataille d'Angleterre. 1941 anéantit toute chance de gagner la guerre : invasion de l'URSS, défaite devant Moscou, économie de guerre aux abois. Hitler s'immisce de plus en plus dans la conduite des opérations ce qui finit par entraver l'effort militaire. Mais pour von Mellenthin, l'Allemagne n'a plus la possibilité de combler ses pertes humaines dès la fin 1941. Si elle arrive à remplacer 69% des pertes à l'est entre octobre 1941 et septembre 1942, le chiffre tombe à 43% entre juillet et septembre 1943. L'industrie finit par tourner à plein régime en 1944 mais les pertes sont énormes et la destruction de la production d'essence handicape tout le système. La victoire des alliés est économique, et von Mellenthin se refuse, comme d'autres officiers vétérans, à faire porter le blâme sur les comploteurs du 20 juillet 1944.

    David Glantz, dans un article paru dès 1986, avait signalé les limites des mémoires de von Mellenthin, qui se concentrent surtout sur des études de cas tactiques sans envisager le contexte opératif, soit faute de connaissances de l'adversaire, soit parce que celui-ci est moins favorable aux Allemands. C'est notamment le cas pour la bataille sur la Tchir, au moment de la tentative de dégagement de Stalingrad, où le succès tactique allemand masque mal un échec opératif (5ème armée de chars contenue mais désastre sur le Don où le 48. Panzerkorps n'a pu se déplacer...). Von Mellenthin évoque les dimensions stratégique, opérative et tactique des différents théâtres mais se concentre il est vrai surtout sur le dernier niveau. La campagne des Balkans semble marquer le sommum de l'outil mécanisé allemand bien rôdé après les premières épreuves puis autres campagnes de 1939-1940. Les tactiques changent selon les théâtres d'opérations (on voit bien l'importance de l'aviation à l'ouest en 1944-1945). Son récit montre bien que les subordonnés prennent souvent des initiatives quand le commandant est absent (cas de Rommel dans le désert). Il faut dire aussi que le contenu laisse peu de place au doute : Panzerschlachten a été écrit, entre autres, à destination de l'OTAN dressé face au pacte de Varsovie. Et le livre souffre de défauts non négligeables : vue partiale des commandants allemands élevés au rang de légendes (Rommel), minimisation des crimes nazis et de l'implication de l'armée allemande dans ceux-ci, vision caricaturale de l'adversaire soviétique. On ne peut qu'aquiescer désormais aux limites présentes dans les mémoires de von Mellenthin. Pour autant, attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain : si Panzerschlachten en apprend probablement plus sur l'auteur et ses motivations d'écriture que sur les batailles de chars de la Seconde Guerre mondiale, il n'en demeure pas moins qu'en lisant entre les lignes, on glane des informations qui peuvent être intéressantes. Mellenthin n'accable pas les alliés comme les Italiens ni Hitler (en tout cas pas avant décembre 1943), ce qui est original dans ce type de littérature. Ne serait-ce que pour dresser, éventuellement un portait de la vision qu'ont les officiers allemands vétérans eux-mêmes de leur expérience.

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    Fang Gang (Jimmy Wang), le sabreur manchot, s'est retiré à la campagne avec son épouse, où il travaille comme un simple paysan. Mais 8 chefs de bandits, avec leurs propres styles de kung-fu et des armes originales, tentent d'imposer leur loi aux écoles d'arts martiaux du pays. Ils capturent les chefs des écoles et envoient un ultimatum à leurs élèves et à leurs parents : ceux-ci doivent se couper le bras droit et l'apporter à leur forteresse pour revoir leurs maîtres en vie. Fang Gang hésite d'abord à renoncer à sa retraite, mais devant la cruauté et la violence des bandits, il décroche à nouveau sa lame brisée pour rétablir la justice...

    Le Bras de la Vengeance est la suite du film Un seul bras les tua tous (1967), qui met en scène les exploits de Fang Gang, le sabreur manchot. C'est le deuxième volet d'une trilogie qui se termine avec La Rage du Tigre (1971), qui inspire à Tsui Hark, en 1995, un remake intitulé The Blade.

    Cette trilogie est importante dans l'histoire du genre wu xia pian (film de sabre chinois) : en effet celui-ci mettait souvent jusqu'alors en scène des héros féminins. Avec la trilogie du sabreur manchot, c'est l'inverse : de nobles guerriers masculins doivent se séparer de leurs femmes. Chang Cheh n'attribue guère le beau rôle aux femmes : dans Le Bras de la Vengeance, Fang Gang hésite à s'engager à cause de son épouse, qui constitue plus un poids pour lui qu'autre chose (même si la conclusion renverse ce postulat) ; en outre un des chefs des bandits est une femme qui joue de sa condition pour travestir son rôle d'assassin.

    Source : http://www.hkcinemagic.com/fr/images/docs/large/return-of-the-one-armed-swordsman-wang-yu40_af6cf3db036345071f80877b8f91f17c.jpg


    Manifestement, le premier volet, Un seul bras les tua tous (que je n'ai pas encore vu) est le plus élaboré quant au scénario. Le Bras de la Vengeance, lui, est très concentré sur l'action : le générique met d'ailleurs en scène les différentes armes des chefs bandits, qui ne dépareilleraient pas dans un James Bond comme On ne vit que deux fois, sorti quelques années plus tôt. Malgré tout, la chorégraphie des combats d'arts martiaux est plus que plaisante et le propos n'est pas dépourvu de considérations morales, notamment dans la scène finale. Fang, après avoir terrassé le chef des 8 bandits, laisse ce dernier être coupé en morceaux par ses alliés des écoles d'arts martiaux, et retourne avec son épouse à sa vie de paysan, tout en jetant la plaque commémorative que ces derniers lui ont offert peu avant -un critique faisait le parallèle avec la scène finale de L'inspecteur Harry (1971), où Dirty Harry fait exactement la même chose après avoir abattu Scorpio (avec sa plaque de policier).



    Le Bras de la Vengeance, avant La Rage du Tigre, incarne en quelque sorte la phase de sommet du wu xia pian, qui laissera ensuite la place au kung fu pian de Bruce Lee. Le film multiplie les affrontements engageant des dizaines de combattants et met en scène au moins une centaine de morts dans les duels, dans une sorte de préfiguration du dernier volet qui constitue, paraît-il (il me reste aussi à le voir), le chef d'oeuvre du réalisateur.





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    Avant d'être l'héroïne d'une série de romans policiers, Soeur Fidelma a été conçue pour des nouvelles, que Peter Tremayne a fait paraître en 1993. Le succès de ces cours récits l'a incité à passer à la dimension supérieure pour son personnage, qui au départ s'appelait Soeur Buan (!). L'auteur connaît bien la région de Cashel, dans le comté de Tipperary (Munster), en Irlande, qui sert de toile de fond pour nombre de romans policiers de la série. Les 9 premiers volumes nous emmènent de 664 à 666, puis s'insère ce volume de nouvelles qui suit le parcours de Fidelma avant le début de ses enquêtes, et dans les interstices entre les volumes. Frère Eadulf n'est pas présent dans ces nouvelles pour épauler Fidelma, qui mène les enquêtes seules.

    Comme souvent dans les recueils, la qualité des nouvelles est inégale. Celle qui donne son nom au volume, en tête, est facile à démonter. L'épée du haut roi, en revanche, est déjà plus intéressante, et d'autant plus qu'elle est citée dans les tomes précédents comme énigme résolue par Fidelma, ce qui donnait envie d'en savoir plus. Meutre au repos n'est pas très consistante, et on peut trouver assez facilement la solution. Un meurtre miraculeux, à nouveau, vaut le détour, Un cantique pour Wulftsan est attirant de par son contexte historique mais peu quant à l'énigme (trop d'indices donnés par l'auteur). Une sinistre abbaye et Le calice empoisonné (qui se déroule à Rome, juste avant la deuxième enquête) sont plus intéressants. Halo terni est en demi-teinte ; Un cheval mort de honte, par contre, est peut-être la meilleure nouvelle du tome, et dispute la place d'honneur à la suivante, Sous la tente d'Holopherne. Un cri est monté du sépulcre est très convenu (on peut là encore trouver la solution facilement) ; Invitation à un empoisonnement se distingue par l'originalité du thème. Aux trépassés, Le sang sacré et Notre-Dame de la Mort sont de qualité moyenne.

    L'avantage du recueil de nouvelles est qu'il coupe un peu la série des gros volumes d'enquêtes et fournit un moment de détente dans la lecture, avec des histoires plus courtes. 




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    Septembre 1943, pendant le débarquement à Salerne. Une section de 53 hommes de la 36th Infantry Division du Texas attend de débarquer dans le golfe de Salerne, en Italie, dans une barge au large de la côte. Le lieutenant Rand, qui commande la section, est blessé par un éclat d'obus allemand qui lui emporte la moitié du visage. Le sergent Halverson prend le commandement et ordonne au sergent Porter (Herbert Rudley) de faire débarquer les hommes tandis qu'il cherchera le capitaine pour confirmer les ordres. L'infirmer McWilliams reste avec le lieutenant Rand tandis que la section débarque et se retranche pour se protéger de l'artillerie et des mitrailleuses. Le sergent Tyne (Dana Andrews) s'interroge sur la marche à suivre si Halverson ne revient pas ; au matin, les sergents décident d'envoyer les hommes dans les bois pour les protéger des avions allemands qui commencent à attaquer la flotte. Tyne reste sur la plage pour attendre les nouvelles : McWilliams, qui arrive peu après, lui apprend que Rand et Halverson ont été tués. Bientôt l'infirmier est tué par un straffing de chasseur allemand. Tyne rejoint la section dans les bois qui a perdu un tué et deux blessés sous les coups du même chasseur, dont le sergent Hoskins, le plus gradé qui reste. Porter doit donc assumer le commandement et Tyne doit l'aider, alors que Hoskins lui conseiller de le surveiller car il pense que Porter peut flancher au feu...

    Source : http://www.cinema.ucla.edu/sites/default/files/imagecache/Large/images/pages/WalkInTheSun2.jpg


    A Walk in the Sun est basé sur un roman de Harry Brown, un auteur américain qui a travaillé pour le magazine Yank, en Angleterre, pendant la Seconde Guerre mondiale. Produit par la Fox, le film a bénéficié du conseil technique du colonel Drake, un soldat de 2ème classe devenu sergent pendant la Grande Guerre puis qui commande le 168th Infantry Regiment de la 34th Infantry Division en Afrique du Nord. Capturé à Kasserine, Drake est échangé en 1944 contre d'autres prisonniers allemands et retourne aux Etats-Unis. Tourné pendant la guerre, le film inclut des matériels américains pour simuler ceux de l'adversaire allemand : un half-track camouflé en Sdkfz 251, des P-51 pour reproduire les Bf 109, des P-38 qui poursuivent un T-6 jouant les Fw 190, sans parler des armes individuelles. L'US Army, qui a obtenu d'introduire Drake pour le tournage, a demandé à Milestone de rajouter deux scènes supplémentaires : l'une pour expliquer pourquoi les soldats américains n'utilisent pas de bazookas pendant l'attaque finale, et l'autre pour préciser la mission de la section, qui finalement n'apparaît pas au montage final.



     
    A Walk in the Sunpar FMO-Movies


    Car il faut dire que Lewis Milestone, déjà réalisateur d'A l'ouest rien de nouveau (1930), ne livre pas un film de guerre conventionnel pour l'époque. On comprend que l'US Army ait insisté pour rajouter une scène quant à la mission car celle-ci n'est pas vraiment au centre du scénario. On n'en sait d'ailleurs pas grand chose, alors que le film est pourtant l'un des rares à évoquer le débarquement de Salerne, au déroulement on ne peut plus chaotique et dramatique. En réalité, le film s'intéresse au parcours des hommes constituant cette section de la 36th Infantry Division, à travers un focus sur une bonne dizaine de personnages. C'est une réflexion sur l'homme face à la guerre, avec une intention plutôt pacifiste que l'on retrouve dans d'autres films du réalisateur. Pourquoi les hommes se battent, comment font-ils face à la peur, comment la surmontent-ils ou pas, quel est le rapport à l'ennemi (la rencontre surréaliste avec les deux soldats italiens en fuite)... à tel point que la guerre en devient secondaire, jusqu'à ce qu'elle se rappelle au bon souvenir des GI's en reconnaissance derrière les lignes ennemies. L'assaut final n'a ainsi rien d'héroïque ni de glorieux, mais vient rappeler aux soldats que de durs combats les attendent encore jusqu'à la fin de la guerre. A noter la présence d'une pléiade d'acteurs promis à un brillant avenir : Richard Conte, John Ireland, Lloyd Bridges notamment. Une réalisation originale qui est parfois considérée comme la meilleure oeuvre de Milestone, ce qui peut sans doute se discuter. A redécouvrir, en tout cas.




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    En janvier 2012, alors que je rencontrais Jean Lopez au siège des éditions Mondadori à Paris, pour l'encadré « blog » du n°5 de Guerres et Histoire, j'avais posé une question à propos de l'écriture d'un possible ouvrage traitant de l'opération Bagration. Jean Lopez m'avait répondu que l'ouvrage était dans l'ordre des possibles, mais pas encore à l'ordre du jour. Or à peine deux ans plus tard, voici venu Opération Bagration. La revanche de Staline (qui emprunte son sous-titre à un ouvrage anglo-saxon), paru six mois après le Joukov de Jean Lopez.

    Le Joukov, que j'avais commenté en détail ici, manifestait probablement l'ambition de Jean Lopez de sortir de son rôle réel : celui d'un vulgarisateur en français et d'un compilateur des meilleures sources anglo-saxonnes, allemandes, voire russes (avec l'aide précieuse de plusieurs traducteurs), de l'histoire militaire du front de l'est, ce qui se vérifie ici. Avec ce Bagration, Jean Lopez appuie sur la même ambition et poursuit sa série de volumes dans la collection Campagnes et Stratégies, chez Economica, quasiment au rythme d'un ouvrage par an, si l'on fait exception du Joukov, donc, et d'un autre ouvrage consacré à des témoignages soviétiques. J'avais commenté, avant le Joukov, certains ouvrages parus chez Economica, mais pas avec la distance critique nécessaire que j'ai maintenant. Pour le dire clairement, j'étais victime, moi aussi, d'une certaine « fascination » pour le travail de Jean Lopez, qui s'est dissipée depuis plus de deux ans et demi, à partir de mon propre travail, notamment pour les articles de magazines, de nombreuses lectures et d'un retour aux sources, pour ainsi dire, de la méthode historienne, le tout appliqué à l'histoire militaire. Cette fiche sera donc le premier ouvrage de la collection que je recense de manière critique, dans le bon sens du terme. Autant le dire tout de suite, Jean Lopez réalise encore, à nouveau, un bon travail de compilation/vulgarisation en français sur le sujet : rien de plus.



    A tout seigneur tout honneur : encore une fois, Jean Lopez est quasiment le premier à écrire en français sur le sujet, si l'on excepte l'édition reliée des hors-série Historica du magazine 39-45 sur le même thème, écrits par François de Lannoy, et qui proposent surtout une vision germanocentrée (et en relayant les biais allemands, aussi, il faut bien le dire) de la campagne. En dépit de l'énorme effort de rédaction (pas loin de 400 pages pour ce volume), le travail de Jean Lopez ne doit pas induire en erreur le lecteur, tout comme il ne surprend pas la personne qui connaît un tant soit peu la bibliographie et l'historiographie du front de l'est, en particulier sur le plan de l'histoire militaire. Car même si Jean Lopez, ici, fait davantage oeuvre d'histoire politique et diplomatique, je persiste et je signe : son propos se classe d'abord et avant tout dans une histoire militaire très classique et se présente comme une simple compilation/vulgarisation.

    Comme le dit l'auteur en introduction, Bagration a souffert de sa proximité avec le débarquement de Normandie et d'autres événements liés à ces deux opérations importantes du conflit à l'été 1944 : l'attentat contre Hitler, l'insurrection manquée de Varsovie en particulier. Côté soviétique, Bagration a peut-être été un peu moins oubliée par l'Armée Rouge que ne le prétend Jean Lopez, notamment comme forme de modèle pendant la guerre froide, pour certaines opérations (ce qu'il dit un peu plus loin, d'ailleurs). En revanche, côté allemand, on nuancera l'affirmation de l'auteur, car de nombreux officiers fait prisonniers, en particulier, et relâchés jusqu'en 1955, ont écrit sur Bagration et leur expérience dramatique ; seulement, ces publications se sont faites en allemand et sont restées pour bonne partie assez confidentielles. Il a fallu attendre les années 1980 et le renouveau historiographique sur l'histoire militaire du front de l'est, initié en particulier aux Etats-Unis, pour que les historiens occidentaux se penchent un peu plus sur ce qui fait figure de seconde catastrophe pour la Wehrmachtà l'été 1944. Jean Lopez se propose aussi d'étudier Bagration avec les autres opérations montées avec elles à l'été 1944. On peut déjà dire qu'il en oublie une ou deux, comme celle contre la Finlande, déclenchée avant Bagration. Surtout, il présente comme un « aperçu nouveau » (p.4) le fait de traiter ensemble Bagration et les opérations Kovel-Lublin et Lvov-Sandomir, ce qui est au mieux inexact. Cet aperçu « nouveau » est en fait tiré d'un article précis, qui n'est pas cité en introduction mais qui apparaît un peu plus loin dans le corps de texte : j'y reviendrai tout à l'heure. Comme à son habitude, Jean Lopez joue des questionnements « what if » (l'Armée Rouge a-t-elle donné le meilleur d'elle-même, n'y avait-il pas une autre solution pour remporter une victoire plus écrasante, etc). On note au passage que comme pour le Joukov, Jean Lopez a reçu l'aide précieuse d'auxiliaires pour disposer de sources russes, ce qui est plutôt intéressant.

    L'ouvrage se divise en trois grandes parties. La première (environ 150 pages) traite de la genèse politico-militaire de Bagration. Dès le premier chapitre, Jean Lopez reprend sa casquette de « chasseur de mythes » pour expliquer que les fameuses « 10 frappes » soviétiques de l'année 1944 ne sont qu'une construction postérieure de l'historiographie de l'Armée Rouge. Staline annonce aux alliés occidentaux à la conférence de Téhéran, en novembre 1943, qu'il appuiera l'ouverture du second front, prévue en mai 1944 initialement, par une offensive simultanée. Jean Lopez accorde beaucoup de crédit, p.17-18, à la vieille idée selon laquelle Churchill, en particulier, se réjouissait de laisser l'URSS et l'Allemagne s'entretuer à l'est, du moins jusqu'à la bataille de Koursk, où l'Armée Rouge prend définitivement l'ascendant. En revanche, l'idée selon laquelle Staline planifie des opérations ambitieuses pour l'été 1944, en raison du débarquement allié à l'ouest, séduit davantage : le débarquement est considéré par le Vojd comme une opportunité militaire et une pression politique (prendre le maximum de territoires avant de faire la jonction avec les Anglo-américains). A noter que, dès la p.20, un premier livre apparaît en note qui n'est pas cité dans la bibliographie finale. Ce n'est pas qu'un point de détail, j'y reviendrai plus loin. Sur la pression et l'opportunité fournies par le débarquement s'ajoute la question polonaise : il s'agit pour Staline d'arracher la Pologne, notamment au gouvernement en exil à Londres, car les Anglo-Américains sont déjà plus ou moins résignés, selon lui, à abandonner le territoire aux Soviétiques. Pour Jean Lopez, l'idée communément admise selon laquelle l'axe central aurait été privilégié très tôt par Staline est à revoir. L'URSS avance en effet ses pions en Bulgarie, suit de près les hésitations hongroises. Surtout, une première incursion ratée en Roumanie, en avril-mai 1944, laisserait penser que Staline envisageait aussi une stratégie balkanique. Ici Jean Lopez se sert bien sûr de l'ouvrage du colonel D. Glantz dédié à la question (paru en 2007), mais aussi, probablement, d'un article daté de 2008 de la revue créée par Glantz, The Journal of Slavic Military Studies, qu'il ne cite pas en note et en bibliographie (pour le côté allemand). La fin du premier chapitre revient sur la formation du balcon biélorusse et les opérations « ratées » du Front de l'Ouest contre ce balcon à l'hiver 1943-1944, qui pour Jean Lopez illustrent une Armée Rouge datée, telle qu'on pouvait la voir en 1941-1942. Une nouveauté par rapport à ses précédents ouvrages : un résumé de fin de chapitre, calqué sur ce que peuvent faire certains autres historiens militaires français, comme Yann Le Bohec sur l'histoire romaine. Pour conclure, Jean Lopez affirme que Bagration est issu d'un triple échec militaire soviétique (au nord, au sud, et au centre) qui a paradoxalement créé les conditions de l'opération en formant le « balcon biélorusse ».

    Dans le deuxième chapitre de la première partie, Jean Lopez s'interroge, à nouveau, sur la possibilité pour les Soviétiques de faire mieux que ce qu'ils ont fait. Ce qui introduit une autre question, en réalité liée : Bagration est-elle la plus importante des opérations successives déclenchées à l'été 1944 ? P.41 et 43, un même ouvrage apparaît en notes, mais là encore, pas dans la bibliographie récapitulative en fin d'ouvrage. Il s'agit d'un livre allemand de K.-H. Frieser, célèbre dans le milieu de l'histoire militaire pour avoir présenté l'idée selon laquelle la Blitzkrieg n'a été qu'une construction a posteriori, très exagérée. Cet ouvrage inspire l'idée de Jean Lopez selon laquelle les Allemands s'attendaient, eux, à une offensive contre Kovel, à la jonction entre le Groupe d'Armées Centre et le Groupe d'Armées Nord-Ukraine, pour encercler les Groupes d'Armée Nord et Centre en filant vers la Baltique. P.46, Jean Lopez cite enfin l'article, toujours issu du Journal of Slavic Military Studies, qui lui donne son idée maîtresse dans l'ouvrage, et qui n'a donc rien de neuf, puisqu'il n'y change pas une virgule (ce sera la seule fois qu'il est cité, même s'il apparaît aussi dans la bibliographie) : celui de Robert Watt, paru en 2008. Cette idée est simple : l'offensive principale de l'été 1944 n'est pas Bagration mais une opération associée dans la cascade d'opérations prévues par l'Armée Rouge, qui survient après celle-ci, Lvov-Sandomir. Comme Watt, Jean Lopez se base sur la composition des fronts concernés par les deux opérations pour appuyer l'hypothèse. Il s'agit donc de « trouver » une opération phare pour l'été 1944. Pour autant, deux éléments à sont à observer. Le premier est que, comme à son habitude, Jean Lopez se place encore une fois volontairement contre le colonel Glantz, ce qui, à force, semble relever d'une véritable posture, pour se démarquer. Ensuite, n'est-il pas un peu vain de vouloir déterminer une offensive principale par rapport aux autres, quand on songe que le fameux art opératif soviétique tant vanté par Jean Lopez réside justement dans la séquence d'opérations simultanées ou en cascade ? C'est ainsi que dès la p.51, l'auteur écarte l'offensive contre la Finlande, qui commence avant Bagration, le 9 juin 1944, et dont il ne parlera quasiment plus. Dommage, car il y aurait beaucoup à en dire, là aussi. Jean Lopez explique que Bagration n'est qu'un leurre géant, pour dégarnir le front allemand devant Lvov-Sandomir. Ici, on en est droit de s'interroger : Jean Lopez ne pousse-t-il pas le révisionnisme (au sens littéral du terme), inspiré de travaux anglo-saxons, un peu trop loin ? D'autant que l'hypothèse retenue entre en contradiction avec la présentation de l'art opératif par l'auteur... et c'est négliger que la planification soviétique prévoit justement une combinaison d'offensives, sur l'ensemble du front, de la Finlande à la Roumanie, échelonnées dans le temps, pour profiter de la situation qu'elle espère voir créée par Bagration. Selon Jean Lopez, Staline aurait hésité, tranchant finalement en faveur de Bagration pour protéger Moscou des raids aériens (et laver le désastre de la coopération aérienne stratégique soviéto-américaine), mais aussi pour enchaîner en cascade Bagration avec Lvov-Sandomir et Iassy-Kichinev, plus au sud, contre la Roumanie, dans une sorte de retournement de l'opération Barbarossa, même si la cascade d'opérations est conçue bien différemment de l'opération allemande. Les Soviétiques, a contrario des Allemands, n'envisagent pas d'encerclements géants mais des opérations planifiées, qui visent le système adverse, où l'encerclement est parfois utilisé (comme à Vitebsk). Le plan d'opération d'origine subit des modifications sur interventions de Rokossovsky, qui commande le 1er Front de Biélorussie, et Bagramian, qui commande le 1er Front de la Baltique. La géographie biélorusse pose en effet de nombreuses difficultés. Staline, qui ne veut prendre aucun risque, renforce d'ailleurs l'axe central, 3ème et 2ème Fronts de Biélorussie, en affectant au premier la seule armée de chars engagée dans Bagration, la 5ème de la Garde de Rotmistrov.

    Le chapitre 3 de la première partie est censée démêler les vrais et faux atouts soviétiques : aviation, partisans et maskirovka. Pour Jean Lopez, l'aviation reste le maillon faible du système militaire soviétique. Au niveau qualitatif cependant, il note un saut avec la reconquête de la Crimée (avril-mai 1944). L'aviation soviétique va pourtant participer à l'opération en profondeur que constitue Bagration avec d'incontestables qualités : équipée de radios et d'appareils efficaces, elle va y jouer un rôle non négligeable. Le vrai problème de ce passage n'est pas tant le contenu, que l'on peut probablement discuter, mais les sources. Aucun ouvrage n'est cité en note, et le passage n'est pas tiré de la fameuse synthèse de Von Hardesty rééditée et actualisée en 2012 (Jean Lopez utilise encore l'ancienne version de 1982, cf la bibliographie p.401), qui est une des références sur le sujet. On peut donc s'interroger : d'où viennent les hypothèses et les faits présentés par Jean Lopez (du Bersgtröm, quasiment la seule autre référence en anglais, mentionné en bibliographie mais pas en note ici ? Des sources russes?) ?... Même problème pour la courte présentation des groupes de cavalerie-mécanisée, ceux d'Oslikovsky et Pliev, engagés respectivement avec les 3ème et le 1er Fronts de Biélorussie. Sur les partisans soviétiques, en revanche, Jean Lopez cite ses sources, cette fois. Ici, en se basant seulement sur un ouvrage en presque (il cite p.83-84, seulement deux ouvrages jugés par lui intéressants, mais sans expliquer pourquoi : argument d'autorité...), il remet en question le rôle joué par les partisans, très valorisé par l'historiographie soviétique, mais en appuyant peut-être un peu trop. L'historien Bogdan Musal, un Germano-polonais que cite Jean Lopez, a certes fait un travail intéressant mais desservi par une hostilité marquée à l'encontre de l'URSS. En outre Jean Lopez néglige peut-être un peu trop, également, le rôle des partisans, après le déclenchement de Bagration, et surtout la confusion entre opérations anti-partisans allemandes et stratégie d'occupation du sol et d'élimination des populations (civiles) voulues par les nazis. Quelques références supplémentaires, comme celle du livre de Christian Ingrao sur la division Dirlewanger, lui auraient été profitables. Si Bagration réussit, selon Jean Lopez, cela tient aussi à l'excellence des chefs de fronts ou d'armées, comme Rokossovsky ou Tcherniakhovsky. Logistique, entraînement et maskirovka sont d'autres clés de réussite importantes pour Bagration. La logistique est surmenée, c'est d'ailleurs elle qui entraîne le report de Bagration aux 22-24 juin. Mais l'effort est considérable. L'Armée Rouge se dote enfin, grâce au Lend-Lease, de transmissions modernes. Les troupes s'entraînent à franchir les coupures, notamment les cours d'eau, nombreux en Biélorussie. La maskirovka joue à plein : non seulement le renseignement allemand ne croit pas à une offensive principale en Biélorussie, mais il n'identifie pas les armées les plus puissantes acheminées dans le plus grand secret pour renforcer les fronts concernés par l'attaque.

    Quelles sont les intentions allemandes, face aux ambitions soviétiques ? Hitler est relativement confiant car il croit que le débarquement à l'ouest, par une victoire allemande, va lui permettre de renverser le cours de la guerre. La directive n°51 donne priorité à ce front dès novembre 1943. Le renseignement allemand à l'est, dirigé par Gehlen, ne dispose plus des reconnaissances aériennes ni des interceptions radios nécessaires à une vision correcte, l'Armée Rouge ayant renforcé sa sécurité dans ce dernier domaine. Gehlen essaie de lire les intentions soviétiques à l'aune de ses propres conceptions (on remarque d'ailleurs que Jean Lopez a une vision un peu trop monolithique de l'art de la guerre allemand, dans la lignée d'un Citino ; il ne semble pas être à jour, par exemple, sur le plan Schlieffen, cf le récent ouvrage de Christophe Béchet que je fichais il y a peu) et envisage une percée dans le secteur de Kovel-Lvov pour foncer soit vers la Baltique (première hypothèse), soit vers le sud et les Balkans (deuxième hypothèse). Les armées du Groupe d'Armées Centre, ont identifié les préparatifs de Bagration mais ne réussissent pas à convaincre leur hiérarchie. Le maréchal Busch, patron du groupe d'armées, est avant tout aux ordres d'Hitler (p.115, Jean Lopez cite le travail d'un jeune historien militaire allemand, Johannes Hürter, sans indiquer l'ouvrage ou la référence en note). Or Hitler a instauré, en mars 1944, les fameuses festen Plätze (places fortes) pour tenir le terrain coûte que coûte. L'attaque est attendue devant le groupe d'armées Nord-Ukraine, auquel on confie, peu avant Bagration, le LVI. Panzerkorps, détaché du groupe d'armées Centre qui va la recevoir de plein fouet... dans ce chapitre, Jean Lopez a peut-être utilisé un autre article du Journal of Slavic Military Studies, celui-ci, qui n'est cité ni en notes ni en bibliographie. A la p.104 apparaît par contre, en note, un ouvrage fondamental pour l'écriture du livre de Jean Lopez, mais qui est mentionné en bibliographie p.400 : Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII, dirigé par K.-H. Frieser. Il faut s'arrêter sur cet ouvrage qui est l'une des sources principales pour la vision allemande de la campagne dans le livre de Jean Lopez et qui donne la matière de nombreuses pages. Ce pavé de 1 350 pages fait partie d'une somme énorme, un travail collectif de nombreux historiens militaires allemands issus de la Bundeswehr (dont Frieser), commencé en 1979 et achevé en 2008, pour la version allemande. L'ensemble représente 12 000 pages, en pas moins de 13 volumes : le volume VIII, consacré au front de l'est sur la période 1943-1944, est l'un des plus imposants. Le livre est en tout cité 5 à 10 fois au maximum dans le Bagration de Jean Lopez, en notes : or il est à l'origine de la plus grosse partie, probablement, du récit du côté allemand de la campagne, comme je le disais ; si on le couple avec le récit de G. Niepold, un ancien officier de la 12. Panzerdivision qui a couché par écrit sa propre vision de la bataille (et qui lui est souvent cité en notes, car c'est un classique), on a probablement les deux sources majeures de Jean Lopez de ce côté. Ce dernier aurait gagné à indiquer davantage dans les notes, qu'il doit beaucoup à cette somme imposante des historiens militaires allemands du Militärgeschichtlichen Forschungsamt de Fribourg. On observe ainsi que dès le début de ce chapitre, le texte de Jean Lopez reprend de nombreuses conclusions de l'article de Frieser au sein du volume consacré à Bagration (à partir de la p.499 : même citation tirée de Speer p.102 du livre de Jean Lopez, mêmes notes renvoyant à des ouvrages allemands...), ou que le passage sur l'évaluation double de Gehlen (p.108-113) est de la même façon inspiré de l'article de Frieser, pour bonne partie (p.501-506).

    Le dernier chapitre de la première partie est consacré aux ordres de bataille. Jean Lopez identifie le 3ème Front de Biélorussie comme le plus puissant, le 2ème Front de Biélorussie étant le plus faible et les 1er Front de la Baltique et 1er Front de Biélorussie dans une position intermédiaire. Le 3ème Front de Biélorussie est clairement le pivot de l'attaque avec le 1er Front de Biélorussie de Rokossovsky (dommage d'ailleurs qu'encore une fois, Jean Lopez ne s'attarde pas plus sur les commandants d'armées de chars, comme Rotmistrov, vite expédié p.138). L'auteur revient un peu plus, contrairement à son habitude, sur les Allemands. Le Groupe d'Armées Centre est pauvre : densité de moyens faible, peu de réserves, manque de munitions d'artillerie, d'avions et de mobilité pour son infanterie. Jean Lopez écrit beaucoup de lignes sur les officiers allemands commandants d'armée ou de corps (importantes digressions en notes) mais ce chapitre, lui aussi, comprend fort peu de notes pour indiquer les sources de ces remarques. On constate que la présentation générale du Groupe d'Armées Centre (p.142-147), s'inspire du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII (p.527-535) qui n'est pourtant jamais cité.

    La deuxième partie du livre de Jean Lopez, qui constitue le coeur de l'ouvrage avec environ 130 pages, est consacrée à l'opération Bagration elle-même. Cette partie se signale d'abord par la faible présence de notes, où seulement quelques ouvrages sont indiqués. Il est également manifeste que Jean Lopez s'inspire d'ouvrages non cités, ni en notes ni peut-être en bibliographie, mais dans ce dernier cas, à moins de les connaître précisément, il est difficile de les repérer. L'auteur divise Bagration en trois phases : la rupture, durant la première semaine, avec la prise des villes du balcon biélorusse ; l'exploitation du 29 juin au 4 juillet pour marcher sur Minsk et anéantir les forces allemandes prises au piège de la première phase ; l'avance à l'ouest, plus lente, jusqu'au 28 juillet. Jean Lopez choisit d'aborder les opérations secteur par secteur, sur toute la chronologie. Dans le récit des opérations menées par le 1er Front de la Baltique, on note un ouvrage cité en note et non en bibliographie, un témoignage allemand intéressant puisqu'il est cité également par un autre article du Journal of Slavic Military Studies, qui n'apparaît ni dans les notes ni dans la bibliographie du livre, mais dont on peut supposer que Jean Lopez l'a utilisé (c'est le même que celui que je citais plus haut). Le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII est là encore employé sans être cité, comme on peut le voir sur les opérations du 1er Front de la Baltique (mêmes notes de bas de page, p.162 du Jean Lopez et p.540 de ce volume par exemple), avant d'être finalement mentionné p.181, près de 30 pages après le début du chapitre, dans une seule note. Le livre inspire aussi nombre d'autres pages, comme l'assaut soviétique sur Moghilev. Une fois cela précisé, on peut résumer le chapitre ainsi : les Soviétiques parviennent initialement à réaliser les encerclements de Vitebsk et Bobruïsk, comme prévu. La 3. Panzerarmee et la 9. Armee sont détruites aux trois quarts dans la rupture, la 4. Armee doit se replier sur la Bérézina dans les pires conditions. Le Groupe d'Armées Centre explose dès le 28 juin, face la combinaison des armes mise en oeuvre par les Soviétiques : chez Rokossovky, le groupe Pliev a déjà progressé de 70 km vers l'ouest, et la 5ème armée de chars de la Garde de 40 km chez Tcherniakhovsky.

    Le chapitre 2 de la deuxième partie, sur l'exploitation de la rupture initiale, contient le même manque concernant les sources, déjà évoqué précédemment. Le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII fournit à nouveau une bonne partie de la matière sur les opérations et leurs résultats côté allemand (p.538-547 de l'article de Frieser). Le chapitre vaut surtout par le long passage que Jean Lopez consacre à Model, le Feldmarschall qui remplace Busch à la tête du Groupe d'Armées Centre le 28 juin 1944, à la fin de la première phase soviétique, donc. L'auteur a déclaré dès que l'introduction que Model est l'un des deux meilleurs officiers allemands de la Seconde Guerre mondiale (pour la défense, son équivalent offensif étant Manstein, selon Jean Lopez). Encore une fois, on retrouve, comme dans le Joukov (cf la conclusion), cette tentation de décerner les lauriers à tel ou tel capitaine, ce qui semble un peu futile au regard des problématiques plus importantes parfois soulevées par l'auteur. Model, pour Jean Lopez, se révèle sur le front de l'est, notamment quand il commande la 9. Armee du Groupe d'Armées Centre, de janvier 1942 à novembre 1943. Mis en repos à cette dernière date, il est appelé d'urgence en 1944 pour redresser des situations catastrophiques, à l'est comme à l'ouest. Jean Lopez dresse un portrait-robot de la « méthode Model » : il glane ses propres renseignements, privilégie la défense linéaire, concentre l'artillerie en un seul groupe pour l'avoir à disposition sur les points chauds, bâtit une défense en profondeur, ne montre aucun scrupule pour favoriser ses ambitions, en réfère directement à Hitler, parle avec ce dernier comme à un « soldat du front » tout en cultivant les liens avec le parti et la SS. Model commande, en 1944, successivement le groupe d'armées Nord, puis le nouveau groupe d'armées Nord-Ukraine à partir de la fin mars, enfin le Groupe d'Armées Centre à partir de la fin juin. C'est lui qui va en partie rétablir une situation calamiteuse. Tout ce passage est extrêmement intéressant, et l'on regrette d'autant plus que Jean Lopez ne se fasse pas plus précis sur l'historiographie de Model. P.215, il affirme de but en blanc en note que la biographie de M. Stein est la meilleure (sans préciser pourquoi d'ailleurs : argument d'autorité, à nouveau), mais il cite aussi les autres, celles de Newton ou de Görlitz. Pourquoi ne pas s'être arrêté un peu plus sur la question ? On est obligé de le croire sur parole. Or la biographie de Marcel Stein n'est peut-être pas suffisante, à elle seule, pour cerner complètement le personnage. D'ailleurs le passage sur le style de Model emprunte aussi au Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII (p.558-560). Quand Jean Lopez évoque la fameuse opération d'intoxication Scherhorn (p.236-238), montée par le NKVD et le Smersh pour récupérer les agents allemands, il ne mentionne pas non plus que les Allemands ont continué à croire au succès de l'opération bien après la fin de la guerre, ainsi que l'indiquent, par exemple, les mémoires de Skorzeny (il a fallu attendre la publication de documents soviétiques, bien plus tard, pour lever le secret sur cette opération). Au final, dans cette deuxième phase d'exploitation, l'Armée Rouge progresse sur Minsk, anéantit quasiment intégralement la 4. Armee qui a retraité de 200 km vers l'ouest et qui est tronçonnée en poches à l'est de la capitale biélorusse. Model privilégie une défense en profondeur tandis que Staline réoriente le 1er Front de la Baltique vers la Prusse-Orientale et non vers Riga comme le voulait son commandant, Bagramian. Les 2ème et 3ème Front de Biélorussie doivent pousser vers le Niémen et le 1er Front de Biélorussie jusqu'à Brest-Litovsk. Hitler s'entête à vouloir conserver les pays baltes et le contrôle de la Baltique orientale pour une hypothétique contre-offensive en 1945. La discussion sur les pays baltes et leur conservation par les Allemands, ainsi que sur le « plan » Zeitzler, s'appuie d'ailleurs sur le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII, pour une fois cité en note par J. Lopez, p.247.

    Rien à dire de particulier sur le troisième chapitre de la deuxième partie, qui se caractérise lui aussi par un récit très détaillé des opérations, et confirme les hypothèses formulées ci-dessus concernant les sources : l'ouvrage de G. Niepold est le plus cité dans les notes présentes. Au mois de juillet 1944, Model parvient à débloquer des divisions blindées et d'infanterie aux groupes d'armées Nord et Nord-Ukraine pour mener des combats retardateurs, ce qui n'empêche pas l'Armée Rouge de se propulser 250 km plus à l'ouest, aux portes de Bialystok et de Kaunas. Les Soviétiques atteignent les limites de l'exploitation de la percée en raison de problèmes logistiques et des pertes en chars subies depuis le début de l'opération. Cependant, Bagramian atteint le 30 juillet la mer Baltique à l'ouest de Riga, profitant de l'attaque des 2ème et 3ème Fronts de la Baltique qui fixe le Groupe d'Armées Nord, qui se retrouve ainsi lui-même coupé du Reich. Deux jours plus tôt, les 2ème et 3ème Fronts de Biélorussie se sont vus attribuer comme objectif la Prusse-Orientale.

    Dans la troisième et dernière partie du livre (un peu moins de 100 pages), Jean Lopez aborde les offensives soviétiques vers la Vistule, Kovel-Lublin et surtout Lvov-Sandomir, dont on a dit l'importance dans le cadre de l'hypothèse retenue par l'auteur et tirée de l'article de Watt. Pour Jean Lopez, le choix de Staline de diriger l'effort sur la Vistule, et donc la Pologne, doit se lire à l'aune du succès du débarquement en Normandie. Il s'agit d'installer au plus vite un régime communiste « ami » en Pologne (Jean Lopez évoque, sans les citer précisément, les travaux de Lev Bezymenski, journaliste soviétique/russe qui a beaucoup écrit sur les questions sensibles de l'histoire de l'URSS). Le groupe d'armées Nord-Ukraine est passé en revue, sans que l'on sache trop quelles sont les sources (les mémoires de Raus sont citées une fois en note) et en dépit de formules chères à Jean Lopez et répétées à l'envie (tel général allemand « connaît le Russe par coeur », qui apparaît au moins deux fois en peu de pages). Les informations viennent en partie, encore une fois, du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII, d'autant que le côté allemand est là encore mieux servi que le côté soviétique (Jean Lopez expédie encore très vite les commandants d'armées de chars soviétiques, pourtant des plus importants pour cette opération, p.300-301 : Katoukov et Rybalko sont jugés meilleurs que Lelyoushenko, qui vient tout juste de reprendre la 4ème armée de chars, ce qui peut se défendre, mais pas en si peu de mots...). L'hypothèse se confirme puisque l'ouvrage allemand est de nouveau cité p.313 dans une note, les autres références étant à nouveau les mémoires de Raus et celles de von Mellenthin, un autre officier allemand de Panzer. L'attaque du 1er Front d'Ukraine démarre entre les 12 et 15 juillet 1944. Le succès est rapide au nord de Brody, lieu choisi pour l'attaque, moins évident au sud de la ville. La 1ère armée de chars de Katoukov franchit le Boug le 18 juillet puis la Vistule le 1er août. Rybalko et sa 3ème armée de chars piétinent devant Lvov, qui ne tombe que le 27 juillet. Le Groupe d'Armées Nord-Ukraine est tronçonné en deux morceaux : la 4. Panzerarmee se replie derrière la Vistule tandis que la 1. Panzerarmee s'adosse aux Carpathes. Une tête de pont solide est créée sur la rive ouest de la Vistule.

    L'opération Kovel-Lublin est menée par l'aile gauche du 1er Front de Biélorussie de Rokossovsky, qui n'a pas bougé pendant Bagration puisque seule son aile droite a été impliquée. Cette opération attaque à la jonction du Groupe d'Armées Centre et du Groupe d'Armées Nord-Ukraine, un endroit idéal vu les circonstances. Elle relance Bagration, en perte de vitesse, et couvre l'opération Lvov-Sandomir à sa gauche (ce qui d'ailleurs plaide pour la faiblesse de l'hypothèse de Watt : les opérations soviétiques cumulent leurs effets les unes aux autres et elles ont été conçues pour profiter d'une dynamique initiée principalement par Bagration). Son intérêt, selon Jean Lopez, tient à ce qu'elle se déroule en parallèle de l'insurrection de Varsovie, déclenchée le 1er août, et du changement d'objectifs décrété par Staline, le 28 juillet, car l'opération vise à établir une tête de pont sur la rive ouest de la Vistule, au sud de Varsovie. L'attaque démarre le 18 juillet vise au premier chef Lublin, transformée en Fester Platz. Une semaine plus tard, la 2ème armée de chars est maîtresse de la ville et découvre le premier camp d'extermination, Maïdanek. Les Soviétiques, qui prennent consicence progressivement de l'ampleur des crimes commis par les Allemands en libérant leur territoire puis en entrant en Pologne, font une intense publicité sur cette découverte, mais les Occidentaux la rejettent comme une fausse propagande. Or les premiers récits soulignent la particularité de l'extermination des Juifs ; quand les Anglo-Américains découvrent à leur tour les camps de concentration, en avril 1945, les Soviétiques auront largement procédé à la « déjudaïsation » des camps, et le caractère particulier de l'extermination en est oblitéré pour longtemps dans l'historiographie occidentale. Après avoir franchi le Boug, Rokossovsky voit ses objectifs modifiés par Staline : établir une tête de pont sur la Vistule, au sud de Varsovie, mais surtout la reprise du grand projet craint par les Allemands avant Bagration, à savoir une poussée vers le nord pour isoler complètement le Groupe d'Armées Centre, ou ce qu'il en reste, et le Groupe d'Armées Nord, ainsi que la Prusse Orientale. En réalité, la mission est bien trop ambitieuse pour le front de Rokossovsky, qui ne dispose que de la 2ème armée de chars pour s'installer, dans un premier temps, correctement sur la rive est du fleuve, près de Varsovie. Cette armée de chars, déjà fatiguée, et dont le chef, Bogdanov, a été blessé à Lublin (son chef d'état-major Radzievsky le remplace), se fait étriller par une savante contre-attaque montée par Model, à l'est de Varsovie, avec quelques Panzerdivisionen d'élite rameutées à la hâte. Jean Lopez, dans une note de la p.344, se permet de critiquer les excès de Frieser sur le sujet (celui-ci exagère les mérites de Model), alors que les ouvrages écrits par ce dernier ou auxquels il a participé sont pourtant une de ses sources majeures, parmi lesquels l'article du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, utilisé d'ailleurs ici et qui n'est pas cité (p.570-572 et 581-584 pour la bataille de chars devant Varsovie), tout comme deux articles du Journal of Slavic Military Studies, celui-ci, dont on a déjà parlé plus haut, et un autre de David Glantz qui figure pourtant dans la bibliographie de Jean Lopez mais qui n'est pas cité dans ce passage. Sans évoquer les ouvrages spécialisés sur le sujet, en particulier du côté allemand, sortis ces dernières années que l'auteur n'a pas employés ici. En ce qui concerne l'insurrection de Varsovie, déclenchée le 1er août, les conséquences sont importantes. Varsovie n'est pas l'objectif de Bagration ; Staline a espéré pouvoir s'emparer rapidement de la ville entre la modification des objectifs le 28 juillet et le 4 août, mais la correction infligée à la 2ème armée de chars fait s'envoler cet espoir. En outre, le Premier Ministre polonais du gouvernement en exil séjourne à Londres depuis le 27 juillet et refuse de plier devant les exigences de Staline. Celui-ci n'a donc guère de scrupules à laisser l'insurrection se faire écraser par les Allemands. Le problème est que les insurgés vont tenir deux mois, bien au-delà de ce que Staline avait prévu. En septembre, au vu de la réaction des Occidentaux, qui tentent eux-mêmes d'aider les insurgés, il fait plusieurs gestes en accentuant les largages de matériels et en envoyant des éléments de l'armée polonaise formée par les Soviétiques pour soutenir les insurgés au-delà la Vistule, opération mal préparée qui échoue. L'insurrection dépose les armes le 2 octobre. En réalité, Staline n'avait aucun intérêt politique à intervenir, et ce d'autant plus que militairement, il dispose déjà de têtes de pont sur la Vistule. Mais le fait est que son attitude achève de ruiner une possible entente entre Polonais et Soviétiques, et rajoute au passif déjà très chargé entre les deux peuples depuis 1939. Là encore cependant, une des faiblesses du chapitre tient au manque de sources, dans les notes, pour étayer les arguments de Jean Lopez, qui d'ailleurs n'apportent pas grand chose de neuf à ce que l'on savait déjà sur le sujet. Notons encore l'utilisation du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg (p.584-587) pour les considérations sur l'insurrection de Varsovie et notamment les références à Joukov et Besymenski. Ce qui renforce l'impression que je répétais dès le début de cette fiche, selon laquelle l'auteur ferait davantage oeuvre d'histoire militaire que d'histoire politique, diplomatique ou sociale, et plutôt dans le sens d'une compilation et d'une vulgarisation en français qu'autre chose.

    Le dernier chapitre de la troisième partie évoque le redressement allemand du mois d'août 1944. Malgré les énormes succès de l'été 1944 pour les Alliés, dont Bagration, la guerre n'est pas terminée à la fin de l'année. Fin août, Model réussit à rétablir le contact terrestre avec le Groupe d'Armées Nord, coupé par Bagramian un mois plus tôt (le passage est notamment inspiré du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, p.587-591, qui n'est pas cité) et le 29 août, les Soviétiques mettent officiellement fin à Bagration. L'Armée Rouge arrête de progresser, sauf au sud avec l'opération Iassy-Kichinev. Les Allemands, plus proches désormais de leur base arrière, reçoivent un matériel important fourni par une industrie qui tourne à plein régime. Les hommes sont plus difficiles à trouver, et la qualité de l'armée allemande continue de décliner. Le passage sur les opérations dans les pays baltes manque à nouveau de sources en nombre suffisant (il est probablement inspiré d'ouvrages ou d'articles, mais lesquels ? Ceux en russe?). En ce qui concerne le redressement allemand, Jean Lopez ressort en partie le tableau qui ouvre son Berlin et fait appel, ici de manière explicite car cité pour un tableau et en note, au Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg. Au niveau des conséquences de l'opération Bagration, Jean Lopez attribue me semble-t-il trop d'importance à cette offensive dans l'action de la résistance militaire qui commet l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Les conjurés sont en effet surtout focalisés sur la situation à l'ouest, issue du débarquement en Normandie. Là encore, l'absence de sources en quantité suffisante montre que Jean Lopez peut encore mieux faire en dehors de l'histoire militaire pure. Plus intéressantes sont les pages consacrées au général Müller, qui commandait le XII. Armee Korps de la 4. Armee, qui est fait prisonnier et récupéré par les Soviétiques pour leur propagande. Par contre, la reprise en main suite à l'attentat du 20 juillet et le sursaut moral provoqué par l'attentat n'ont qu'un temps, contrairement à ce qu'affirme Jean Lopez qui reste encore une fois très proche de ce qu'il avait écrit dans son Berlin en 2010. Un historien comme Ian Kershaw a bien montré que cet effet avait été temporaire, la mécanique se grippant dès la fin de l'année 1944 et surtout dans les premiers mois de 1945.

    En conclusion, Jean Lopez souligne que le succès de Bagration illustre d'abord les progrès de l'Armée Rouge, et d'abord dans la planification militaire (état-major général). L'exécution, au niveau stratégique et opératif, est brillante. La combinaison des armes, soutenue par les fournitures du Lend-Lease, fait merveille. Les objectifs sont raisonnables, le corps des officiers compétent, les troupes mobiles. Les VVS jouent un rôle jamais vu jusque là, de l'aveu des Allemands eux-mêmes. Malheureusement, p.386, Jean Lopez retombe à nouveau dans ses vieux travers des préjugés sur l'URSS, en affirmant que « la peur motive plus encore que l'ethos professsionnel » dans l'Armée Rouge (à noter toutefois que cette affirmation est quasiment la seule de cet ordre dans le livre, contrairement aux ouvrages précédents comme le Joukov). Bagration se distingue dans la Grande Guerre Patriotique par deux caractéristiques : l'ampleur de la progression en kilomètres et surtout le nombre de pertes infligées aux Allemands (400 000 au moins), les Soviétiques perdant deux fois moins d'hommes au regard des pertes définitives. L'Ostheer ne se remettra pas de la saignée, et perd aussi par la même occasion un certain ascendant moral, même si on pourrait discuter de ce point (il y a eu de sérieux coups portés avant Bagration). Les gains stratégiques sont immenses. Pour Jean Lopez, les Allemands ont commis cinq erreurs : faillite du renseignement sur les objectifs adverses, sous-estimation de l'ennemi, impossibilité de céder du terrain, non-prise en compte gravissime de l'efficacité des VVS, et rejet d'une option qui aurait permis, peut-être, de briser une partie de l'offensive soviétique. Le soldat allemand ne s'est pas toujours montré à la hauteur de sa réputation supposée. Bagration tient donc bien son rang aux côtés d'Overlord, même si l'absence de stratégie commune précise permet pour partie le redressement allemand de la fin de l'été-début de l'automne 1944. D'après Jean Lopez, Staline, en choisissant la solution la plus prudente, a déjà un pied dans la guerre froide, pour constituer un glacis stratégique en avant de l'URSS. Au final, ce Bagration se présente, une fois de plus, comme un ouvrage de vulgarisation des travaux étrangers en la matière, même s'il est bien écrit, reconnaissons-le (le style de J. Lopez est efficace) et abondamment illustré par de nombreuses cartes, ce qui est plus qu'appréciable. L'hypothèse de Watt, reprise par Jean Lopez et qui constitue l'argument principal de l'ouvrage, n'est pas originale, et elle est plus que contestable : elle entre même en contradiction avec la présentation de l'art opératif que présente l'auteur depuis son Berlin. En outre, comme de coutume, le livre reste centré sur l'histoire militaire, et les hypothèses de Jean Lopez en dehors de ce domaine sont moins appuyées (partisans soviétiques, question polonaise, etc). Il y a aussi le problème de ces ouvrages et articles pour le moins importants et qui n'apparaissent que trop peu souvent en notes, et parfois pas dans la bibliographie, notamment le Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII, qui, bien que cité quelques fois en notes, sert en fait de base à une bonne partie du texte pour le côté allemand (cela se compte en dizaines de pages). L'auteur n'apporte rien de véritablement nouveau à la connaissance du lecteur averti. Malgré la mention de l'utilisation de documents d'archives et de sources russes traduites, le travail de Jean Lopez reste avant tout une compilation de sources secondaires et une vulgarisation des acquis récents de la recherche étrangère en français.





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    Berlin, Checkpoint Charlie, pendant la guerre froide. Alec Leamas (Richard Burton), qui dirige la section Berlin-ouest du MI6, attend un de ses agents qui doit franchir le mur. Celui-ci est abattu peu après avoir passé les contrôles de sécurité. Rappelé à Londres, Leamas est affecté à la section bancaire, sous couverture d'emploi dans une bibliothèque. C'est en fait une diversion organisée par Control (Cyril Cusack), le chef de Leamas. Considéré comme dépressif, mécontent, alcoolique, Leamas est bientôt contacté par les services est-allemands qui voient en lui une recrue potentielle...

    L'espion qui venait du froid est inspiré du roman du même nom écrit par John Le Carré, paru en 1963. Il a été tourné essentiellement en Irlande (reconstitution du checkpoint Charlie, etc).

    Le film est particulièrement bien construit et très original dans le genre espionnage, surtout quand on le compare à certaines séries grand public de l'époque qui naissent au même moment, comme James Bond. Le héros, britannique, certes anticommuniste, n'est pas motivé par le sens du devoir patrotique poussé jusqu'à la caricature. Bien au contraire, on distingue davantage de points communs avec les agents du bloc de l'est, qui eux non plus ne sont pas dépeints sous des traits horrifiques. Le personnage de Claire Bloom, sympathisante anglaise communiste dont Leamas tombe amoureux, fait d'ailleurs un contraste total avec le milieu des services secrets. L'espion qui venait du froid, tourné en noir et blanc, à la musique sobre, a un ton froid, amer, désabusé même, qui reflète probablement mieux que beaucoup d'autres le monde de l'espionnage, où les héros n'en sont pas vraiment, comme Leamas dans le film, dépassé par les machinations orchestrées par ses supérieurs. La scène finale démonte complètement les films d'espionnage outranciers et la figure de l'agent secret. Le roman de John Le Carré, qui à sa sortie avait révolutionné le genre, a trouvé un film à sa mesure ; il n'est pas ironique de noter que l'on trouve dans le casting certains acteurs de la série James Bond, comme Bernard Lee (!). Le film tend davantage au réalisme et veut montrer les actions parfois sordides des services secrets, sans prendre parti ni pour l'ouest, ni pour l'est.


    Source : http://www.cinemotions.com/data/films/0038/76/2/photo-L-Espion-qui-venait-du-froid-The-Spy-Who-Came-In-from-the-Cold-1965-1.jpg





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    Claude Delesse est à la fois professeur chercheur à la BEM Management School de Bordeaux, docteur en sciences de l'information, et ancienne auditrice de l'IHEDN, entre autres titres. Ce petit volume édité par Ouest-France est publié par le label Cf2R, abréviation de Centre Français de Recherche sur le Renseignement, un think tank fondé en 2000. D'ordinaire les publications de ce think tank ne m'inspirent pas beaucoup, j'ai d'ailleurs relu récemment un autre ouvrage écrit par un membre de ce même groupe qui m'a également laissé sur ma faim.

    Ce petit volume, lui, s'attaque au réseau Echelon, le fameux réseau de surveillance électronique dévoilé dans les années 1980 et piloté par la NSA. Pour l'auteur, Echelon comble, pour les Américains, durant la guerre froide, les carences du renseignement humain et aérien sur l'adversaire de l'est. Les Etats-Unis ont associé les Anglais et les membres du Commonwealth (Australie, Nouvelle-Zélande) à leurs moyens SIGINT puis à Echelon. L'outil a aussi servi à espionner des citoyens américains ou même les alliés des Etats-Unis.

    Echelon trouve son origine dans les efforts alliés de la Seconde Guerre mondiale, notamment pour casser le code de la machine allemande Enigma. Dès après la fin de la guerre, les Etats-Unis et leurs alliés s'associent pour mettre en commun les interceptions électroniques. Mais l'alliance est asymétrique, car les Américains ne se privent pas d'espionner leurs alliés ou d'autres pays proches, comme la France sous De Gaulle.


     

    Pour Claude Delesse, le réseau Echelon trouve sa justification dans la guerre froide, pour intercepter les communications nationales et internationales. D'autant que les Soviétiques avaient créé des réseaux sur le territoire américain dès la Seconde Guerre mondiale. Echelon a parfois servi à manipuler les opinions, et pour surveiller les dispositifs nucléaires adverses ou bien les alliés. Quelques affaires célèbres illustrent le rôle du renseignement électronique, comme le bombardement de l'USS Liberty par les Israëliens durant la guerre des Six Jours ou la capture de l'USS Pueblo par les Nord-Coréens l'année suivante. Dès les années 1980, le réseau est en partie réorienté dans la lutte contre le terrorisme. L'attentat du 11 septembre 2001 provoque un choc : blocage organisationnel, disfonctionnements, cloisonnements, absence de concertation entre les services ont été pointés du doigt. La création de l'Office of Homeland Security par G.W. Bush est contrasté par l'annonce, en 2005-2006, de l'espionnage par la NSA de nombreux citoyens américains.

    La NSA a longtemps été une des agences les plus secrètes du renseignement américain. Deux mathématiciens qui font défection à l'est en 1960 apportent les premières informations sur l'agence. Les révélations, par d'anciens membres ou des journalistes, se multiplient durant les années 1970-1980. Le réseau Echelon est révélé pour la première fois en 1988. La première étude approfondie est l'oeuvre d'un Néo-Zélandais, Nicky Hager, en 1996. En France, le réseau Echelon fait particulièrement débat en 1998. Mais malgré toutes les révélations, on en sait en réalité bien peu sur les évolutions du réseau.

    Pour l'auteur, Echelon n'est qu'une partie d'un réseau plus vaste, qui capte les renseignements ELINT (électroniques), RADINT (radars) et COMINT (communications, les plus importants en quantité). La NSA est l'agence la plus puissante dans le domaine mais elle collabore aussi avec la CIA et d'autres instances : Governement Communication Headquarter, Communications Security Etablishment Canada, Defense Signals Directorate, Government Communications Security Bureau. La NSA a d'abord construit des stations sur le sol américain, puis dans les pays alliés, qui sont intégrés au réseau.

    Echelon est mis à contribution pour le renseignement et l'espionnage économique, au moins dès les années 1990, par exemple pour les négociations du GATT. C'est particulièrement vrai dans les secteurs stratégiques comme la défense. Les partisans du système expliquent que tout le monde fait de même. L'UE a beaucoup discuté d'Echelon jusqu'en 2001, beaucoup moins depuis. Aux Etats-Unis, les citoyens ont parfois pu obtenir un certain contrôle parlementaire, comme la commission Church en 1976 qui mit à jour l'espionnage de militants des droits civiques ou contre la guerre du Viêtnam. Mais la NSA continue d'espionner parfois ses propres citoyens, et nombre d'associations internationales comme Greenpeace.

    Selon Claude Delesse, appliquant les idées de John Nye, les Etats-Unis font tout pour conserver la "dominance" (...) informationnelle. Les développements de l'informatique et la nécessité d'être équipé de manière correcte pressent fortement le budget. La NSA doit par ailleurs développer des systèmes de défense et de chiffre (cryptologie). Dans ce domaine, elle travaille aussi avec le secteur privé. Elle s'efforce aussi d'intégrer la doctrine de "guerre de l'information" en profitant des orientations choisies par G.W. Bush. Le cybermonde devient un cinquième "espace géostratégique". Historiquement, les Etats-Unis bénéficient d'une position dominante sur Internet, mais le centre de gravité commence à se déplacer.

    Né de la "guerre de l'ombre" de la Seconde Guerre mondiale, Echelon sert les intérêts américains, avec une certaine demésure dans la protection contre la "globalisation", sans pouvoir empêcher les attentats du 11 septembre. Il s'intègre aujourd'hui dans une stratégie nouvelle, mais on n'en connaît encore qu'une petite partie.

    Quelque part, l'ouvrage laisse un peu songeur. Non pas en raison de sa taille, réduite, mais aussi parce que l'appareil de notes est réduit au minimum, tout comme la bibliographie, qui compte moins de 20 titres, dont certains auteurs n'inspirent d'ailleurs pas forcément confiance. Je regrette en particulier que certains épisodes historiques évoqués n'aient pas reçu un meilleur traitement (l'attaque du Liberty, la capture du Pueblo, etc). Nul doute que le livre représente une petite introduction correcte, y compris pour des gens comme quoi qui n'y connaissent pas grand chose, mais dès qu'on a refermé le livre, on se dit qu'il faudrait quelque chose de plus consistant. D'autant que le langage employé par Claude Delesse est parfois un peu obscur et tend par moment à employer un jargon peut-être un peu trop recherché (dominance...), qui laisse penser qu'elle veut impressionner, comme on peut le faire dans certains magazines. Mais ça ne prend pas trop, à vrai dire.





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    L'expérience de l'Alliance Géostratégique a pris fin, mais une nouvelle aventure commence avec U235. Ce rassemblement de personnes complémentaires va essayer de vous proposer une réflexion rigoureuse sur tout un panel de sujets, comme l'explique l'éditorial.

    A suivre dans les prochains jours, prochaines semaines, prochains moins.

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    La série d'ouvrages Panzerwrecks (épaves de Panzer, littéralement) se présente comme une collection photo commentée de carcasses de véhicules blindés allemands détruits sur tous les fronts pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est donc d'un intérêt limité pour le profane mais beaucoup plus intéressante évidemment pour le passionné ou le chercheur qui s'intéresse à la Seconde Guerre mondiale et à sa dimension militaire.

    Les deux auteurs ont collecté les photos de ce tome 7 dans des conditions dignes des romans d'espionnage de John Le Carré (!), comme le précise Auerbach en introduction, via des intermédiaires faisant la navette entre les archives russes et les auteurs, récupérant les photos sur des quais de gares en Europe de l'est. Elles ne sont pas forcément de la meilleure qualité mais compensent par leur originalité.

    Il y a d'abord toute une série de clichés pris par les Soviétiques dans la poche d'Ouman, formée en mars 1944 et où l'Armée Rouge met la main sur nombre de matériels pris au piège. Des Panzer IV, StuG et Panther qui n'ont pu être évacués par les Allemands, avec cette photo p.4 où deux enfants jouent au soldat près de la carcasse d'un Panzer IV. On observe p.7 un Panther de la Totenkopf avec un rare insigne de l'unité apposé sur la caisse. Autre photo originale, celle de ce chasseur de char allemand équipé d'une pièce de 76,2 mm russe de prise (!), abandonné à Odessa en mars 1944, ou bien encore celle de ce Hummel et de cette Wespe (automoteurs d'artillerie) abandonnés dans le Brandenbourg en 1945. On note également la présence, en 1945, de Panzer III capturés par les Soviétiques lors des combats du lac Balaton, en Hongrie.

    13 mars 1944 : un Panther Ausf. A abandonné à Uman, un cimetière de chars allemands très prisé des propagandistes soviétiques.


    Autre cliché intéressant, celui de ces Panzer IV et StuG III capturés car bloqués sur une voie ferrée à Chernivtsi, à 40 km à l'est des Carpathes, en Ukraine. P.23, on observe d'ailleurs que les photographes soviétiques n'hésitent pas à réaliser des montages pour la propagande, en déclenchant les pots fumigènes d'un Panzer IV afin d'obtenir un meilleur effet. On remarque aussi p.34 un Tigre I mis hors de combat par un coup de 76 mm dans le côté gauche de la caisse, selon la légende soviétique, mais probablement par un calibre plus important en réalité, peut-être du 122 mm ou plus gros, comme on le voit sur la photo prise de face. Le StuG IV détruit en Prusse-Orientale en janvier 1945 dispose de Schürzen (plaques latérales de protection) modifiés pour pouvoir pivoter (p.36). Le Panzer IV Ausf. H des p.37-38, de la 24. Panzerdivision, abandonné en Hongrie à l'hiver 1944, a quant à lui été touché par deux tirs heureux qui ont traversé son canon. Le champ de bataille hongrois fournit d'autres véhicules plus originaux comme ces automoteurs de Flak Möbelwagen. Intéressante aussi, p.52, cette photo d'un Hummel détruit à Lvov en juillet 1944 par un coup au but de l'artillerie (8.Panzerdivision).


    Un StuG III G détruit sur le front de Nikopol, Ukraine, 1944.

    Un Hummel de la 8. Panzerdivision détruit à Lvov, juillet 1944.



    Toute une série de clichés montre également un convoi de chars hongrois Turan capturés sur voie ferrée en mars 1945. On voit aussi un autre Hummel de la 16. Panzerdivision détruit par un coup au but en Pologne en février 1945 (p.62). Très originaux également ce Jagdpanzer IV, ce Jagdpanzer 38 (t) et ces Panzer IV allemands capturés par l'Armée Rouge et cédés à la Bulgarie en mars 1945, et repeints avec une étoile ! Ou ce Tigre I détruit dans le port de Pillau, sur la Baltique, en avril 1945. Il arrive aussi que les Soviétiques prennent certains de leurs véhicules remis en service par les Allemands (Beutepanzer), comme ce T-26 à la Balkenkreuz (p.80). On observe également une vieille automitrailleuse ADGZ (déjà présente en Pologne !) détruite par des partisans ukrainiens en janvier 1944 (p.81).

    Mais le clou du volume, ce sont peut-être ces images de la reddition des forces allemandes en Courlande, en mai 1945. Outre les rangées de Panzer IV, on observe nombre de Beutepanzer -T-34, un Sherman, un SU-85. Sans parler des automitrailleuses et autres transports de troupes allemands.

    Sur cette photo du matériel rendu par les Allemands en Courlande, en mai 1945, on distingue nombre de Beutepanzer : un Sherman à gauche, un Su-85 au centre, au moins un T-34 à l'arrière-plan à droite.


    Le volume se concentre certes sur la période 1944-1945 -celle où l'Armée Rouge a probablement le plus capturé de véhicules allemands-, mais il vaut le détour rien que pour l'originalité des photographies. Une autre façon de voir la guerre à l'est.





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    1940, peu de temps après Dunkerque. Trois hommes s'engagent dans l'armée britannique : l'Anglais Philip Hamilton, l'Américain David Morgan et l'Irlandais Smoke O'Connor. Affectés à la division des Gardes, il s'entraîne à la caserne de Caterham, dans le Surrey. Après avoir complété leur instruction, Hamilton et Morgan sont promus lieutenants, O'Connor caporal, au sein des Welsh Guards, les deux officiers commandant chacun un char et O'Connor servant dans l'équipage de Morgan. Après plusieurs années à s'entraîner et à attendre en vain d'être engagés au feu, les trois hommes débarquement finalement en Normandie quelques semaines après le 6 juin 1944. Le film suit alors le parcours des trois hommes durant la campagne d'Europe de l'ouest, ainsi que les relations avec leurs proches restés à l'arrière...


    Trois des chars d'assaut, réalisé seulement cinq ans après la fin du conflit, a parfois un côté quasi documentaire en raison de l'authenticité du matériel ou des hommes engagés. Le réalisateur Terence Young a lui-même combattu durant les campagnes évoquées dans le film. Le film mobilise peu d'acteurs connus mais beaucoup de vétérans de la Seconde Guerre mondiale. On note toutefois l'apparition de Christopher Lee qui joue le rôle d'un commandant de char et de Desmond Llewelyn, le futur "Q" des James Bond, en tant que canonnier. Outre les matériels américains et britanniques (Sherman notamment, au moins 7), on note la présence, beaucoup plus rare, d'un char allemand Tigre I capturé et même d'un Jagdpanther et de plusieurs autres chars (un Panzer IV à canon court de 75 au moins). Parmi les instructeurs de la période de formation dans le film, il y a un authentique vétéran des Coldstream Guards. A noter la petite erreur dans le texte quand il est question du débarquement à Anzio, qui intervient en janvier 1944 et non en 1943.

    Source : http://www.notrecinema.com/images/filmsi/trois-des-chars-d-assaut_467458_49964.jpg

    Source :http://www.parkcircus.com/assets/0004/8479/ti104557_large.jpg?1341621222




    Par son aspect documentaire (près de la moitié du film est consacrée à l'entraînement initial et à celui sur les chars, entrecoupé par les relations avec sa famille pour Hamilton et la rencontre avec une Anglaise pour Morgan), l'ensemble manque parfois de rythme. Après le débarquement en Normandie et les premiers combats, on passe rapidement à Market-Garden puis à la bataille des Ardennes. Un film que l'on peut oublier facilement mais qui marque néanmoins par la dimension "réaliste" du propos, en dépit des limites propres à l'époque.




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    One of the last pro-regime militias of Iraqi origin who has appeared in Syria is Liwa al-Assad Allah Ghaleb (LAAG)1. LAAG was officially born in December 2013 when its leader, Abu Fatima al-Mussawi, makes the announcement in a video filmed at Damascus International Airport. Abu Fatima al-Mussawi served in Liwa Abu Fadl al-Abbas (LAFA), the oldest and probably the largest Iraqi Shiite militia that fought alongside the Syrian regime, since the second half of 2012, and which was then gradually fueled by pro-Iranian Iraqi militias as Asaib Ahl al-Haqq or Kata'ib Hezbollah. Came back in Iraq, where he gained a moral and financial support, Abu Fatima al-Mussawi began recruiting to form his own militia.

    Qassim al-Tai'i is the spiritual leader of LAAG but also of the Iraqi branch of LAFA recently established in January 2014. He is a Shiite cleric in Najaf which is one of the founders of the Sadrist movement. He has participated in several failed uprising against Saddam Hussein and was imprisoned by the Iraqi regime. He also has ties with Iran which he adopted the concept of f velayat-e faqih (rule by the jurisprudent)2. Prey to the hostility of Moqtada al-Sadr, he returns to the front of the stage with the war in Syria, militanting early to encourage voluntary departures of Shiites in Damascus. Thus he sponsors the formation of LAFA. He also traveled several times to Syria to meet the leaders of this militia. He opens an office the December 23, 2012 in al-Sayyida Zaynab neighborhood, south of Damascus, where is the famous Shiite shrine whose defense is a pretext for sending Iraqi Shiite militiamen. This office is headed by Ibrahim Dawa. Dawa, the secretary of al-Ta'i, is the link between the religious leaders and fighters. It was he who distributes financial assistance to the families of killed fighters. Al-Tai'i used his influence to Shiite Iraqis from pro-Iranian militias take control of LAFA, which initially was a spontaneous creation in Syria, not necessarily organized from outside. Foreign involvement has also created internal armed clashes inside LAFA in summer 2013. Creating an Iraqi branch of LAFA in January is the last phase of the process3.




    Qassim al-Tai'i, far left, with turban.

    Aqil al-Mussawi, better known in Syria under the « nom de guerre » of Abu Fatima al-Mussawi, is the founder and chief of LAAG. He is an Iraqi activist who was present in Syria since the beginning of LAFA. After the death of Ahmad Kabara, Abu Fatima tries to create his own militia in Syria by separating from LAFA but fails. He then returned to Iraq. This is where he gets logistical and financial support to al-Tai'i, allowing him to return to Syria and to announce the formation of LAAG December 7, 2013. He becomes fast as prominent as others Iraqi's militias chieftains.

    Abou Fatima al-Mussawi (screenshot).



    Ma'amouri-Qassim is the right arm of Mussawi. He appears in many photos and insurgents accuse him of committing massacres in the southern districts of Damascus and in Jobar, east of the capital. He can also be seen on a photo observing the field in binocular next to a DShK 12.7 mm machine gun. Muhammad Ali Mohyeddine (aka Dhu al-Faqar), another leader LAAG, is a Syrian Shiite village Nubbol in the province of Aleppo. He was killed May 11, 2014 during the fighting in Mleha in eastern Ghouta. Formed by the Republican Guard of the Syrian regime, he fought around Damascus, in western and eastern Ghouta. On the pictures of the group, he is often seen with his cousin, Makaren. Hassan Mohyeddine is a Shi'a cleric from the village of Nubbol, who officers Syrian Shiite militia volunteers who come from two Shiite villages near Aleppo, Nubbol and al-Zahra'a, besieged by insurgents4. LAAG has expanded its recruitment effect with Shiite and Druze Syrians, some of which, for these, come from the town of Jaramana, near Mleha5.



    Qassim a-Maamouri, le bras droit d'Abou Fatima.


    Dhul al-Faqar.


    The emblem chosen by LAAG is very interesting6. Instantly we can see recognizable affiliation with LAFA, noting the presence in the background of the golden dome of Zaynab. The two swords on both sides are probably Zulfiqar, the sword of Ali, with two points. The central figure is probably Abbas ibn Ali, the companion of Husayn in Karbala, a central battle for Shiite memory, which gives its name to LAFA. In addition to the group name on the banner at the bottom, of course we recognize the Syrian flag. One can note the similarity with the recent emblem of the Iraqi branch of LAFA. A video dated from May 1, 2014 and probably filmed in Mleha, shows a patch on the back of a militiaman, which is that of the Syrian regime, evidence of close links between the Iraqi volunteers to it. Fighters from LAAG also feature in several videos a shoulder patch, different from the symbol of the group, which allows easy identification.



    LAAG's emblem.


    Emblem of the Iraqi branch of LAFA.


    A militiaman of LAAG with Syrian coat of arms in the back.

    We can see on this LAAG's fighter the shoulder patch, different from the emblem.

    Fighters of LAAG who listen tactical advises from their leader before entering in Mleha. Note the shoulder patch on the soldiers at far left and far right.


    A Syrian rebel shows the shoulder patch taken from a body of a militiaman of LAAG, in Mleha.

    Two fighters of LAAG with each carries a flag of the group on the back.


    Since its beginning, LAAG was first engaged in the district of Daraya, south of Damascus, then in the rest of the Ghouta. The militia also fought along the Damascus-Deraa highway and in the al-Qadam area which is close. Currently, the brigade participated in the attempt of the regime to regain Mleha in eastern Ghouta. It received her training from Syrian Republican Guard in the camp near Qatana, and also in those of the 4th Armored Division, in the al-Mazzeh mountain, not far from the presidential palace in Damascus. The training was provided by Iranian Pasdaran advisors. It is difficult to assess the number of LAAG but they should not be significant. We know it has suffered fairly heavy losses in its first commitments before accumulating some expérience7. The fighting in Mleha are also particularly hard (the battle lasted several months), as many videos and photos of insurgents show LAAG militiamen killed, which we can recognize with their patchs on sleeves. It can be estimated, based on videos of the group, there are several dozen men at least, maybe a hundred, but probably not much more. LAAG is certainly not the most extensive foreign pro-regime militia, especially since it is still recent.

    A map from a pro-regime blog about the battle in Mleha (June 9, 2014).


    The videos8 posted by LAAG confirm fairly well the representations of other older Iraqi Shiite militias involved in Syria, alongside regime, since the second half of 20129. We can distinguish several recurring themes. The first is the justification for the intervention of Iraqi Shiites in Syria, including the defense of Zaynab shrine in southern Damascus. The first video posted by the group on January 16, 2014, shows the golden dome of Zaynab, illuminated, on a rainy night. Another video, which is a montage of several sequences, is including the famous scene shows where a combatttant of LAFA mounted on the dome of Zaynab, which figures itself on the emblems of this militia. Finally, a recent online video, dated from May 23, 2014, is filming Shiite pilgrims coming to the shrine of Zaynab, symbolizing a sort of "mission accomplished" for LAAG and justifying the sacrifices.



    The Sayyida Zaynab holy shrine, the first video posted by LAAG.



    A pick-up used by LAAG's fighters.


    The second dominant theme is that of the military activity of the militia, in broad meaning. The second video, still on line January 16, shows the militia leader addressing his men. The third, also posted on January 16, is the first to show the group in operation. The faces are blurred (which strangely is not always the case, it is usually key members clearly or who wish to remain discreet for security reasons), and Iraqi militiamen defending positions in a building in an urban context, including fireholes places in the middle of stacks of sandbags to windows or other openings in the building. The following videos show militia patrols ; one in particular, film leaders heading back toward what appears to be the headquarters of the group. LAAG leaders are often present in the videos, and highlighted : the founder, Abu Fatima, but also his right arm Qassim and Muhammad Ali Mohyeddine. The first videos showing fights or crossfires, like other Iraqi militias, insist on certain weapons : PK machine guns have been used from buildings and barricades on the ground, sniper rifles (SVD Dragunov), RPG-7 rocket launchers.. Snipers, here armed with Dragunov, are particularly popular, as in others Iraqi pro-regime militias. A video a bit longer, posted on February 25, shows the group patrol and fight night. Wounded militiamen are treated in a hospital from the regime. LAAG do not forget to celebrate its "martyrs" in the Shiite tradition. A video posted on April 8 mentions several militiamen killed in combat. Another video posted the same day shows the militia operate in urban terrain, and then pose with their flag in front of a ZSU 23/4 Shilka which leads itself a column of armored vehicles, which shows the close links to between Iraqi militiamen and the forces of the Syrian regime. Although militiamen fight sometimes with the support of armored vehicles of the Syrian regime, LAAG also have their own pick-ups. On May 6, the first video shows the use from LAAG, on the front Mleha, of Volcano rockets provided by the Syrian regime. This is the first time that the Iranian rockets Falaj, shaped in Syria, which served to chemical attack of August 21, 2013, are assigned to a foreign pro-regime militia. A video posted on May 8 shows longer the fire of Volcano rockets10.



    A LAAG's fighter with A RPG-7 in Mleha.


    A PK machine gun used by a LAAG militiaman.



    Fighters of LAAG in front of their flag, in front of a ZSU 23/4 Shilka from the Syrian regime forces.

    The Shilka is leading a column of armored vehicles.




    Below, 5 screenshots of LAAG's fighters with SVD Dragunov.










    Poster who shows "martyrs" of LAAG in Syria.

    A truck with a two-Volcano rockets launcher used by LAAG in Mleha.

    Fire of a Volcano Rocket by LAAG, Mleha.




    Like other Iraqi militias, LAAG insists, finally, in its videos, on the bodies of fallen enemies, which are a last theme in itself. Several sequences linger on carcasses of Syrian insurgents who where killed during its operations, sometimes literally bathing in their blood. In one of them, you can even see some militiamen put the foot on their victims, in the classic approach of "trophy hunting" as we have already seen for other Iraqi militias11. One of the sequences, particularly hard, also shows the interrogation of a man (an insurgent ?) captured, thrown to the ground and threatened with a knife by an Iraqi militiaman.



    A militiaman from LAAG put the feet on the corpse of a Syrian rebel.

    Another corpse of Syria rebel filmed by LAAG.

    Body of a killed Syrian insurgent filmed by LAAG.

    A man (an insurgent ?) is wrestled to the ground and threatened with a knife by a LAAG militiamen.



    4Presentation of important members of LAAG in this video : https://www.youtube.com/watch?v=6tpIHHUGAK4#t=74
    6Thanks to Yalla Souriya for the help to recognize parts of this emblem.
    8Work made from the official Youtube channel of LAAG : https://www.youtube.com/channel/UCirgRdfpPBf3hr4kSwliSOw
    9See the impressive work of Philip Smyth on Hizbollah Cavalcade : http://jihadology.net/hizballah-cavalcade/

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    666 ap. J.-C. . Après avoir innocenté frère Eadulf injustement accusé du meurtre et du viol d'une jeune fille dans le royaume irlandais de Laigin, soeur Fidelma accepte de l'accompagner à Canterbury et vers son village natal de Seaxmund's Ham. Mais une tempête contraint le bateau à faire escale dans le royaume de Dyfedn au sud-est du Pays de Galles actuel. A l'abbaye de Dewi Sant, où ils sont recueillis, Fidelma et Eadulf sont sollicités par le roi en personne, Gwlyddien, pour résoudre un nouveau mystère. La communauté de Llanpadern est en effet déserte : tous les moines semblent avoir disparu, sans explication, dont le fils aîné du roi, entré en religion. Fidelma accepte, d'autant que le système juridique de Dyfed, historiquement, a été influencé par les royaums irlandais...

    Le dixième tome des enquêtes de soeur Fidelma -si l'on excepte le recueil de nouvelles intercalé que je fichais précédemment- nous emmène pour un bol d'air frais en dehors des royaumes irlandais, dans l'Angleterre encore disputée entre royaumes "bretons", tel celui de Dyfed, et Anglo-Saxons. L'avantage du tome est qu'il fait sortir des thèmes éculés utilisés par l'auteur et qui commençaient à lasser un peu. Ici, on entre en contact avec le fond historique des royaumes bretons du Pays de Galles, mais aussi avec les Anglo-Saxons, ce qui n'est pas un mal. L'absence de cartes en correspondance avec l'histoire est toujours un problème, pour pouvoir se repérer à minima. Et encore une fois, malgré deux enquêtes parallèles qui finissent par se recouper, Tremayne glisse trop tôt un indice qui permet de deviner avant la fin l'essentiel de l'intrigue. Dommage, même si le tome permet de souffler un peu. Et d'autant plus qu'à la fin intervient un moment important : Fidelma et Eadulf s'unissent enfin, moment que l'on attendait depuis le début.




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    Hiver 1950. Après le débarquement d'Inchon et la poussée victorieuse des troupes de l'ONU, menées par les Américains, en Corée du Nord, l'intervention chinoise renverse la situation. La 1st Infantry Division "Big Red One"prépare son repli et laisse une section de 48 hommes d'un de ses régiments pour faire croire à l'ennemi qu'elle ne quitte pas ses positions, alors qu'elle se replie vers un pont qui constitue la seule voie de passage. Parmi la section chargée de cette diversion risquée, le caporal Denno (Richard Baseheart) qui, plus que tout, craint de devoir assumer le commandement de la section si les autres cadres se font tuer...


    Fixed Bayonets ! est le premier d'une série de 7 films qui marquent la collaboration de la Fox avec Samuel Fuller. Il sort alors que la guerre de Corée n'est pas encore terminée, tout comme The Steel Helmet qui avait impressionné la Fox et attiré l'attention sur Fuller. L'US Army, qui avait vu d'un mauvais oeil The Steel Helmet, impose à Fuller un conseiller militaire, Raymond Harvey, détenteur de la Medal of Honor. Fuller se liera avec celui-ci qui tiendra le même rôle dans Ordres secrets aux espions nazis (1958). La 1st Infantry Division "Big Red One" n'a pas servi en Corée, mais Samuel Fuller se sert de sa propre expérience de vétéran de la Seconde Guerre mondiale pour dénommer les unités et les commandants d'unités de la division, dans son film, qui sont bien authentiques. Il réalisera bien plus tard, en 1980, un autre film consacré au parcours de cette division pendant le second conflit mondial, tiré de son parcours personnel.

    Source: http://www.k-libre.fr/klibre-bo/upload/illustration/baionnette-au-canon-detail-dvd.jpg


    Comme dans The Steel Helmet, on est loin du film de guerre conventionnel. L'action se déroule essentiellement dans une grotte où la section trouve refuge pour mener son jeu du chat et de la souris avec les Chinois. Fuller vise au réalisme et on retient cette scène surréaliste pour un film de guerre où le sergent en charge fait masser les pieds de ses soldats pour empêcher qu'ils gèlent (!). Tout le propos de Fuller tourne autour de la survie d'un groupe d'hommes isolés, face à des conditions climatiques difficiles et à un ennemi impitoyable et redoutable -cf l'autre scène fameuse où un avant-poste est emporté par les Chinois que les Américains ne voient même pas approcher. Le scénario est desservi par un budget limité (beaucoup de carton-pâte...) et quelques passages éculés (la marche dans un champ de mines...). Cependant, Fuller révolutionne à sa façon le genre du film de guerre : Fixed Bayonets !, plus que The Steel Helmet, se focalise sur la psychologie des personnages et non sur les combats. Aucune vision héroïque du combattant, bien au contraire, à l'instar d'autres films sur la guerre de Corée, comme Pork Chop Hill de Lewis Milestone (1953) : les soldats américains doutent et font face non pas pour le drapeau mais en raison de qualités humaines qui n'ont rien à voir avec un "sens du devoir" mythifié. Ce n'est pas le meilleur film de Fuller mais il est intéressant -en outre, dans la bataille finale, on aperçoit très furtivement James Dean, dans le rôle d'un soldat américain, pour son tout premier rôle...






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    A l'occasion du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, le dernier thématique de 2ème Guerre Mondiale donne la plume à Benoît Rondeau, auteur du récent Invasion ! que je commentais récemment. L'auteur revient sur des points négligés de la réaction allemande au débarquement et à la bataille de Normandie, à travers quatre chapitres.

    Dans le premier, il est question des 48 premières heures du débarquement. Les forces allemandes ne réagissent que timidement, avec des attaques trop faibles et pas assez coordonnées, face à un adversaire encore fragile. La Wehrmacht ne se montre pas capable de monter une contre-attaque d'envergure pour éliminer ne serait-ce qu'une seule des têtes de pont du débarquement. Les 352. et 716. I.D., décimées sur les plages, ont certes joué leur rôle mais ne sont plus en mesure de mener des contre-attaques. L'armée allemande, victime de problèmes de communications, de la supériorité aérienne alliée, de fausses rumeurs et aussi d'un trop-plein d'optimisme, est obligée de faire feu de tout bois.

    Les Panzerdivisionen ne peuvent monter une contre-attaque immédiate, contre le montre la tentative malheureuse de la 21. Panzer le 6 juin. La destruction du QG du Panzergruppe West quelques jours après le débarquement par l'aviation alliée anéantit toute possibilité de le faire. De fait, les Panzerdivisionen doivent être engagées devant Caen, secteur le plus favorable aux mouvements de chars mais qui est aussi le plus critique pour les Allemands. Les divisions blindées allemandes sont loin d'être homogènes et toutes à plein effectif mais elles doivent sans cesse parer les assauts alliés, notamment devant Caen. Il est donc impossible à la Wehrmacht de constituer une réserve stratégique. Les contre-attaques lancées dans le secteur américain manquent singulièrement de poids. Lüttich n'est qu'un coup d'épée dans l'eau. En outre, les Alliés jouent de la propension des Allemands à contre-attaquer systématiquement après la perte d'une position. Outre le problème dans la concentration des forces, il y a aussi le problème d'une vision très nazie du matériel et des hommes mis en ligne, censés l'emporter en raison de la puissance technologique et du triomphe de la volonté. Or ce ne sera pas le cas. On constate ainsi la permanence de défaillances présentes depuis au moins l'année précédente.

    Les renforts allemands ne sont pas arrivés en quantité suffisante. Certaines unités rejoignent d'ailleurs leurs unités-mère à l'est, où la situation est tout aussi critique après le déclenchement de Bagration. Il n'y a que la première semaine après le débarquement et au début août que les renforts arrivent en quantité importante. Outre la difficulté à faire relever les Panzerdivisionen sur le front par des divisions d'infanterie, l'acheminement est compliqué par la sous-motorisation de l'armée allemande, la congestion des lignes de communication en raison de l'acheminement logistique et l'intervention massive de l'aviation alliée. Les réserves n'arrivent que fractionnées, les remplacements sont insuffisants, le carburant fait défaut.

    La chaîne de commandement allemande à l'ouest est complexe et divisée, en raison du système nazi lui-même, où tout dépend d'Hitler. Le Führer commet des erreurs, mais ses généraux aussi. Rommel n'a pas la liberté de manoeuvre qu'il avait en Afrique du Nord. Kluge se rend vite aux raisons de Rommel, tandis que Model doit assurer la retraite, comme il l'a fait précédemment à l'est. Le commandement allemand, du corps d'armée à la division, se montre inégal face à la tâche. Faute de place, problème fréquent dans le magazine, Benoît Rondeau ne peut pas aller jusqu'au bout de la démonstration : les officiers allemands n'ont manifestement pas tiré toutes les leçons de la guerre à l'ouest, en particulier en 1943, comme le montre la sous-estimation des Américains. On retrouve là une problématiquement générale présente aussi à l'est.

    L'artillerie allemande, hétéroclite, est pourtant dotée de bons matériels. Mais elle souffre de l'absence de motorisation. Les Nebelwerfer, en particulier, se montrent pourtant redoutables. Mais la puissance de l'artillerie britannique ou américaine défie la comparaison. L'artillerie allemande peut se montrer efficace, utilise des pièces de campagne en antichars, mais elle doit souvent abandonner ses pièces et manque de munitions. L'armée allemande n'a tout simplement pas les moyens de mener la guerre d'usure imposée par les Alliés.

    En conclusion, l'auteur souligne que la Wehrmacht reste, à parité, le meilleur outil tactique en 1944. Pour ma part, je n'en suis pas persuadé. Sans tomber dans le travers qui consiste à dénigrer la performance de l'armée allemande pour en valoriser d'autres, je crois que l'armée allemande montre de plus en plus de limites, y compris sur le plan tactique, à partir de 1943. Et comme le souligne Benoît Rondeau, elle est étirée entre une lutte sur plusieurs fronts qui prend tout son sens à l'été 1944. Le succès du débarquement n'était pas écrit à l'avance mais à ce moment-là, la Wehrmacht est déjà sur le déclin. Les succès alliés de l'été 1944 vont contribuer à le précipiter. On trouvera p.79 les 7 titres qui ont servi à l'auteur pour monter ce thématique.

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    Il y a quelques mois, je publiais un articleà propos de la présence des troupes américaines dans l'Yonne, en particulier à Joigny, en 1945; sous le label "Au fil de Joigny", un site qui sous l'apparence d'une valorisation du patrimoine jovinien, masque mal certaines finalités politiques, comme l'a montré la récente campagne électorale pour les élections municipales -le site prenant assez nettement parti, sans l'avouer franchement, pour le candidat de l'opposition, classé à droite. Ne voulant pas continuer à travailler pour un site faisant trop ouvertement part de ses préférences politiques, y compris dans un contenu qui n'y est pas directement lié, j'ai mis fin à ma collaboration avec cette plate-forme.

    Récemment, le site en question a lancé un petit magazine papier que l'on peut trouver dans certains commerces du vieux centre-ville. En feuilletant ce magazine, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir, p.4 (illustration ci-dessous) la reproduction d'un billet paru sur ce site en décembre dernier et qui m'avait justement poussé à échanger avec ses responsables.




    Source : http://fr.calameo.com/read/003650584963e1cbbce3d


    Outre les fautes de français, qui ne nous intéressent pas ici, je note surtout que pas un changement n'a été apporté aux erreurs plus historiques que j'avais signalées dans le billet en ligne correspondant, daté de décembre dernier (capture d'écran ci-dessous). Quand on regarde le billet d'origine (ici), deux questions viennent rapidement à l'esprit : d'où viennent la vingtaine de photographies présentées, et pourquoi l'auteur du billet, qui évoque dans le texte une "506th Company" met-il en lien, en bas du même billet, le site créé par les vétérans du 517th PRCT (qui ne comprend aucune 506th Company) et la page Wikipédia en anglais sur la même unité ? (deuxième image ci-dessous).


    Source : http://blog.aufildejoigny.com/


    Source : http://blog.aufildejoigny.com/


    Procédons dans l'ordre. D'abord quant à l'origine des photos. Celle qui figure en tête du billet, tout comme du mien, est l'emblème non pas d'une "506th Company" mais du 506th Parachute Infantry Regiment, un des régiments d'infanterie parachutiste de la fameuse 101st Airborne Division "Screaming Eagles", toujours en activité au sein de l'armée américaine de nos jours. Une fois ceci déterminé, une rapide recherche en ligne permet de retrouver l'origine de la série de photos montrant ces parachutistes américains à l'entraînement dans le secteur de Joigny, en septembre 1945. Ces photos viennent d'une collection privée, celle de M. Richard Urban, qui a numérisé un album photo de son grand-père, Andrew M. Urban (image ci-dessous, cliquez dessus pour y accéder), qui a servi avec la non moins fameuse Easy Company (E Company) du 506th PIR, celle-là même qui a été l'objet de la série télévisée Band of Brothersde HBO (extrait du troisième épisode ci-dessous), inspirée du livre éponyme de l'historien Stephen Ambrose.



    https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/
    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/





    Une fois l'origine des photos déterminée, et les unités identifiées, on peut en reconstituer sommairement l'histoire et relever, à nouveau, les erreurs qui n'ont pas été corrigées sur le magazine d'Au fil de Joigny. Le 506th PIR, contrairement à ce qui est dit, n'a jamais combattu ni en Italie, ni en Provence. Ici l'auteur fait une confusion, que j'avais relevée précédemment, avec le 517th PRCT, une autre unité parachutiste américaine qui a elle aussi séjourné à Joigny et qui a effectivement combattu en Italie puis en Provence. Le 517th PRCT a stationné à Joigny entre le 21 février 1945, date où il arrive dans la ville, jusqu'en juillet 1945. Il ne peut donc être concerné par ses photographies qui sont pour certaines sont datées du mois de septembre. En réalité, le régiment a été mobilisé, plusieurs fois, pour d'éventuelles ou d'authentiques opérations aéroportées, sans être finalement engagé. Le 12 mars par exemple, le 517th PRCT est requis pour participer à l'opération Varsity, ordre qui est finalement annulé. Au passage, transporté par camion jusqu'à Montargis, les paras américains avaient commencé à convoler avec les jeunes filles du cru puis avaient pris d'assaut le bordel local, avant de repartir vers Joigny au milieu de la nuit. De retour à Joigny, les paras profitent aussi du train pour visiter la capitale -l'histoire officielle du régiment souligne d'ailleurs que si certains visitent le Louvre, d'autres s'égarent à Pigalle ou à Montmartre...

    Quant au 506th PIR, il arrive, comme l'ensemble de la 101st Airborne Division, au mois d'août 1945, dans l'Yonne, et plus particulièrement à Joigny où il est cantonné (les autres composantes de la division sont à Auxerre et à Sens). Il y restera jusqu'au 30 novembre. Je ne reviens pas sur la cohabitation délicate entre les paras américains et les habitants du cru, que j'avais évoquée, justement, en détails, dans l'article pour Au fil de Joigny. Je vais en revanche revenir rapidement sur ces photographies, pour montrer ce qu'il est possible d'en tirer, tout comme pour chaque analyse de document historique, plutôt que simplement de les mentionner sans citer la source d'origine et de les affubler d'un commentaire superflu. Elles ont donc été prises en septembre 1945. On peut s'étonner que les paras de la Easy Company, 506th PIR, continuent à s'entraîner au saut alors même que l'Allemagne a capitulé et que le Japon l'a peut-être fait ou est sur le point de le faire (on ne connaît pas précisément la date des photographies, seulement le mois ; le Japon capitule officiellement le 2 septembre). La raison en est simple : chaque mois, les paras touchent une prime de 50 dollars, en plus de leur solde, pour les sauts effectués. Pour continuer d'obtenir cette prime, il faut donc maintenir les sauts d'entraînement (!).


    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/

    On distingue sur la photo ci-dessus un des avions de transport C-47/DC-3 Dakota, la bête de somme de l'armée américaine pour l'emploi des parachutistes. L'appareil présente des traces évidentes d'usure. Les marquages de l'avion (le code du Squadron, ou d'escadrille, à côté du cockpit) nous apprend que ce C-47 appartient au IXth Troop Carrier Command, la flotte d'avions de transport basée en Angleterre (et en France libérée en 1945) qui était fréquemment mobilisée pour transporter les parachutistes lors des opérations aéroportées en 1944-1945. Plus précisément, ce C-47 appartient au 52nd Troop Carrier Wing, 314th Troop Carrier Group, 50th Squadron (code 2R).

    https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/

    Sur la photo ci-dessus, si l'on suit la légende d'A. Urban, les paras de la Easy Company sont en train de s'aligner par "stick" pour monter dans les C-47. Le "stick" est généralement composé de 18 parachutistes par C-47, mais le nombre peut varier, pour différentes raisons.


    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/


    La photo ci-dessus est également très intéressante car elle montre que les entraînements impliquent aussi, probablement, non seulement des parachutistes, mais aussi des planeurs CG-4 Waco, comme cet exemplaire baptisé "Ruby". Le Waco a accompagné toutes les opérations aéroportées américaines depuis 1942 jusqu'à 1945.


    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/

    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/

    Source : https://www.flickr.com/photos/musebrarian/sets/72157624262801173/


    Un NC-900, le Fw 190 aux couleurs françaises.-Source : http://3.bp.blogspot.com/_lYXnKTBVB6s/S8dMO4dWL9I/AAAAAAAAAPw/fNin98q3ZU0/s1600/NC900.jpg


    Mais la véritable "perle" de cet album photo, ce sont trois clichés où Andrew Urban se fait photographier ou photographie des camarades en tenue de saut. Il ne pensait probablement pas à cela en réalisant ces clichés, mais ces documents sont pour l'historien militaire tout à fait exceptionnels. En effet, il faut regarder, à l'arrière-plan ce curieux appareil aux couleurs françaises, dont on distingue en tout 3 ou 4 exemplaires sur les différents clichés, qui m'avait d'ailleurs échappé la première fois où j'avais parcouru cet album photo, lors de l'écriture de mon article pour Au fil de Joigny. Ces avions sont la version française de l'avion de chasse allemand Focke Wulf 190, baptisée NC 900. Comment les Français ont-il pu mettre la main sur ces appareils et les remettre en service pour leur compte ? Il se trouve que les Allemands avaient installé, depuis octobre 1943, un atelier de réparation des Fw 190 dans les carrières de Palotte, près de Cravant, dans l'Yonne. Le site est achevé en février 1944. Les Fw 190 sont ainsi remis en état dans ces installations souterraines, ce qui n'empêche pas les sabotages par la main d'oeuvre réquisitionnée, en particulier sur les moteurs des avions. L'atelier continue les réparations jusqu'au 19 août 1944. Le lendemain, les Allemands évacuent le site, en faisant procéder à la destruction d'une partie des installations. Mais les résistants qui investissent les lieux trouvent de nombreux appareils en cours de réparation, des cellules, des fuselages et des pièces détachées (un inventaire réalisé par les Alliés en octobre 1944 décompte 120 fuselages et 156 voilures en bon état, de Fw 190A-4, A-5, A-7 et A-8). Des moteurs de Fw 190 et des épaves sont saisis ailleurs en France. C'est pourquoi Charles Tillon, ministre de l'Air, décide de relancer la production du chasseur à Cravant, pour des raisons d'économie, comme appareil de transition, avant que l'armée de l'air ait les moyens de s'équiper de façon plus moderne. Le site rouvre le 13 novembre 1944 et le premier Fw 190 monté sur place prend son envol au terrain d'Auxerre-Monéteau, qui accueillait déjà les Fw 190 allemands, le 16 mars 1945. La Société Nationale de Construction Aéronautique du Centre (SNCAC), créée le 14 avril, emploie alors plus de 800 personnes sur le site. Le Fw 190 est alors rebaptisé NC 900. Il est certifié bon pour le service le 11 mai 1945, trois jours à peine après la capitulation allemande ! Les appareils doivent notamment remplacer, par une certaine ironie du sort, les Yak-3 soviétiques du GC III/5 "Normandie Niémen", qui ont combattu les Fw 190 allemands sur le front de l'est... faute de crédits, l'usine est cependant fermée en février 1946, après avoir remonté 70 NC 900. Les clichés de ces appareils, hors régiment Normandie-Niémen, sont assez rares et les photos d'A. Urban, où l'on distingue certes assez mal l'appareil, constituent des documents tout à fait exceptionnels : ils montrent que des NC 900 ont stationné sur le terrain de Joigny en septembre 1945, probablement pour des vols d'essai, peut-être parce que les terrains proches de l'usine étaient saturés.


    Pour conclure, il est donc regrettable qu'un site qui affiche comme ambition d'être "au service des Joviniens" et à l'écoute de la population, et qui emploie d'ailleurs volontiers l'histoire comme instrument de valorisation du "local" (contre qui ou quoi d'ailleurs, on peut s'interroger...), ne tienne pas compte des remarques ou avis grâcieux fournis par un Jovinien... certes, on m'objectera que ce billet d'Au fil de Joigny ne fait part que d'un morceau d'histoire locale qui relève en plus d'un domaine bien particulier, l'histoire militaire. Il n'empêche : quelle crédibilité accorder à un site qui se fixe de tels objectifs mais qui ne prend pas la peine de citer ses sources quand il présente des photographies, et qui maintient dans ses publications des erreurs pourtant signalées il y a plus de six mois... Comme le disait Paul Valéry, à qui j'emprunte la citation qui donne le titre du billet, "La plus grande liberté naît de la plus grande rigueur.".



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    On estimait, en septembre 2013, qu'une centaine de Canadiens avait rejoint le djihad syrien, soit beaucoup plus que leurs homologues américains. Certains médias parlent de 3 Canadiens qui aurait déjà été tués en Syrie, sans que les autorités aient confirmé le chiffre. Un cinéaste américain, Bilal Abdul Kareen, qui a vécu au milieu d'un groupe islamiste pendant un an, prétend avoir croisé 20 à 30 Canadiens. D'après lui, l'un d'entre eux, Abou Muslim, aurait participé aux combats autour de l'aéroport de Damas en août 20131.

    En décembre, le gouvernement canadien évoquait « des douzaines » de citoyens partis en Syrie, sans être plus précis. Le Canada a mis sur sa liste d'organisations terroristes le front al-Nosra en novembre 2013, et depuis avril 2014, la législation s'est renforcée pour empêcher les candidats au djihad de quitter le sol canadien. Ali Dirie, membre du groupe terroriste Toronto 18 (qui avait été démantelé en 2006 au milieu de la préparation d'attentats), a pourtant gagné la Syrie après avoir purgé une peine de prison : relâché en 2011, il y est mort en septembre 2013. D'origine somalienne, né en 1983, Dirie a joué visiblement un rôle important dans la radicalisation de certains détenus en prison, mettant en lumière l'absence de structure canadienne pour éviter ce processus2. Un autre Canadien, le fameux Abou Muslim, est apparu dans un documentaire britannique tourné en Syrie au milieu d'un groupe armé composé essentiellement de combattants étrangers3.

    Ali Dirie, vu ici en 2000.-Source : http://www.thestar.com/content/dam/thestar/news/gta/2013/09/25/toronto_18_ali_mohamed_dirie_convicted_in_plot_dies_in_syria/dirie.jpg.size.xxlarge.promo.jpg


    Le premier Canadien à périr en Syrie est probablement Jamal Mohamed Abd al-Kader, né et élevé au Canada, mais dont la famille, d'origine kurde, vient du nord-est de la Syrie4. Devenu étudiant, il choisit de rejoindre le djihad et arrive en Turquie en juillet 2012. Il franchit la frontière et rallie la brigade Asifat a-Shimal de l'Armée Syrienne Libre, avant de rejoindre Ahrar al-Sham. Il combat d'abord à Alep durant l'été et l'automne 2012, puis rejoint Damas en décembre jusqu'à sa mort le 26 février 2013. Etudiant au parcours normal, il avait cependant été arrêté par la police en décembre 2010 avec deux amis en possession d'une arme sans avoir de permis5. Dès juillet 2011, Thwiba Kanafani, avait rejoint les rebelles syriens, puis, après plusieurs mois, était revenu au Canada pour rallier de l'aide pour le djihad.

    Jamal Mohamed Abd al-Kader.-Source : http://4.bp.blogspot.com/-b6Nu8F5Mslc/UhFvrrkdzjI/AAAAAAAAFV4/0GoBTw1Rf9M/s1600/jamal+abd+qader.jpg


    Récemment, un djihadiste américain, Abu Turab Al-Muhajir, a annoncé la mort d'Abou Muslim l'an passé lors de l'assaut de la base aérienne de Minnagh6. Abou Mouslim, alias André Poulin, est utilisé dans une vidéo de recrutement de l'EIIL, bien après sa mort au combat, en juillet 20147. D'après lui, il y aurait peut-être 100 Canadiens en Syrie, ce qui correspond à l'estimation haute de l'ISCR. Andre Poulin, c'était son vrai nom, venait de l'Ontario, et s'était converti à l'islam en 2009. Il était passé devant la justice pour avoir menacé son hôte, un musulman, car il avait une liaison avec la femme de ce dernier. Un autre Canadien, Damian Clairmont, alias Abu Talha al-Canadi, a également été tué à Alep. Il s'était converti à l'islam après une tentative de suicide. En novembre 2012, il avait annoncé à sa mère qu'il se rendait en Egypte pour apprendre l'arabe, mais les services de sécurité canadiens pensaient qu'il a rejoint la Syrie. Il était surveillé car il faisait partie d'un groupe extrêmiste à Calgary : il n'aurait pas gagné Le Caire mais Istanbul. Il appelle sa mère depuis la Syrie en février 20138. Il avait porté plusieurs noms et selon certaines sources, il aurait rejoint le front al-Nosra : il aurait d'ailleurs été blessé puis exécuté par des combattants de l'ASL9.



    Damian Clairmont.-Source : http://i.cbc.ca/1.2497627.1389806171!/fileImage/httpImage/image.jpg_gen/derivatives/16x9_620/mustafa-al-gharib-damien-clairmont.jpg


    En avril 2014, un autre Canadien apparaît dans une vidéo de propagande de l'EIIL : Farah Mohamed Shirdon, âgé de 20 ans, originaire de Calgary dans l'Alberta. Il étudiait jusqu'en 2012 au moins au Southern Alberta Institute of Technology. Dans la vidéo, il brûle son passeport canadien et menace le Canada et les Etats-Unis. Shirdon vient d'une famille d'origine somalienne tout à fait aisée : son père, Abdi Farah Shirdon, est un ancien Premier Ministre de la Somalie qui a survécu à plusieurs attentats des Shebaab. La soeur et la mère de Shirdon habitent à Calgary et sont très impliquées dans les affaires religieuses de la communauté10. Shirdon est l'un des derniers Canadiens identifiés comme étant parti se battre en Syrie, mais il n'est pas le seul. Umm Haritha, une jeune femme de 20 ans, quitte le Canada en décembre 2013 avec une valise à moitié vide et 1 500 dollars, contre l'avis de ses parents, et se rend en Turquie. Une semaine plus tard, elle est en Syrie et épouse Abu Ibrahim al-Suedi, un combattant suédois d'origine palestinienne qui combat pour l'EIIL. Le 5 mai dernier, le Suédois périt dans une attaque kamikaze menée par un combattant de la faction rivale de l'EIIL, le front al-Nosra. Umm Haritha, sur son compte Twitter, prétend avoir rejoint la Syrie par conviction. Sa radicalisation date de quatre mois à peine avant son départ, moment où elle commence à porter le niqab. Depuis qu'elle est veuve, elle réside à Manbij, une ville proche de la frontière turque contrôlée par l'EIIL. Elle publie beaucoup de photos de la vie quotidienne de la ville, et baptise même Raqqa, le bastion de l'EIIL, le « New York de la Syrie ». Elle ne compte pas revenir au Canada11.



    Des femmes portant le niqab photographiées par Umm Haritha à Manjib, en Syrie.-Source : http://pbs.twimg.com/media/BmW-sDSIQAA3PB-.jpg:medium




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    En 2013, la police danoise enquête sur Abou Ahmed, la mosquée Quba d'Amagen et l'organisation charitable Hjælp4Syrien1. Le lieu et l'organisation serviraient en effet de base de recrutement et de collecte de fonds pour le djihad syrien. Copenhague surveille en fait depuis le mois de mars l'activité de cette organisation qui semble appuyer le front al-Nosra. Ahmed est bien connu des services de police pour avoir parrainé spirituellement deux jeunes Danois qui avaient voulu organiser des attentats à Copenhague. Le groupe aurait apporté un soutien financier à un ancien détenu danois de Guantanamo tué en Syrie en février 2013, Slimane Hadj Abderrahmane. En août, un autre Danois, Abu Omar Altunes, trouve également la mort en Syrie. A ce moment-là, la police estime que 65 Danois au moins sont partis pour le djihad syrien, dont 6 ont déjà trouvé la mort. Le 16 août 2013, un djihadiste, Abu Khattab, poste une vidéo où il appelle des Danois à se joindre au djihad2. Quelques jours plus tard, une autre vidéo montre Khattab et trois autres combattants tirer sur 6 photos de personnes perçues comme « ennemies de l'islam » (un agent de police, des ministres, un avocat, un dessinateur de caricatures, l'imam Ahmed Akkari, qui s'était violemment impliqué dans l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006, avant de dire qu'il le regrettait)3


    Abou Khattab.-Source : http://cphpost.dk/image/box/25351/1920/1080.jpg
     

    En mai, la brigade des Muhajireen annonce la mort, deux mois plus tôt, d'un djihadiste danois, Sørensen. Celui-ci aurait voyagé en Egypte, au Yémen, au Liban et en Libye avant de rejoindre le groupe armé. Il a été emprisonné au Yémen et au Liban et, selon ses dires, torturé dans le premier pays. Il suit au Yémen les cours de l'université Imam de Sanaa, avec l'imam Abdulmajid al Zindani, lié à Ben Laden. Sørensen a ensuite vécu trois ans en Egypte avant de partir faire la guerre en Libye, puis de rejoindre la Syrie. Il trouve la mort dans la province de Lattaquié4. En octobre 2013, les salafistes danois de Kaldet til Islam intensifient leur effort de propagande dans les prisons après la mort de leur chef, Shiraz Tariq, en Syrie. Tariq serait mort le 25 septembre dans la province de Lattaquié : lui aussi faisait partie du groupe d'Omar ash-Shishani, lié à l'EIIL. Tariq commandait probablement le contingent danois du groupe5. Le 17 novembre 2013 survient l'annonce de la mort de deux Danois supplémentaires, dont un jeune de 17 ans, tués à Alep6. Le 13 janvier 2014, les insurgés confirment que Abou Khattab, dont le sort était en suspens depuis plusieurs mois, a bien été tué en novembre dans les combats, pendant que deux autres Danois étaient blessés. Depuis l'été 2012, ce serait plus de 80 Danois, selon les autorités, qui seraient partis en Syrie, dont 7 au moins, jusqu'ici, ont été tués7.


    Kenneth Sorensen.-Source : http://www.longwarjournal.org/images/Kenneth-S%C3%B8rensen-Muhajireen-Brigade.png


    Les motivations des volontaires danois semblent assez variées. Certains partent pour aider des frères sunnites, d'autres pour renverser une dictature jugée ignoble. D'autres partent pour établir la charia, voire un califat islamique, ou tout simplement pour subir le martyre. Enfin, des volontaires recherchent tout simplement l'aventure. La plupart sont des hommes de 16 à 25 ans, majoritairement issus de l'immigration musulmane, mais il y a aussi des convertis danois. Le groupe est donc plus jeune et diversifié que les contingents précédents (Afghanistan, Somalie, Irak). Parmi les immigrés, certains sont liés aux milieux criminels. Le recrutement se fait notamment par la sensibilisation via les vidéos et les réseaux sociaux. Il semble, encore une fois, que certains criminels partent pour le « rachat des fautes ». La majorité des volontaires a rejoint le front al-Nosra ou l'EIIL. La moitié des personnes est déjà retournée au Danemark, et plusieurs ont effectué des aller-retour8.

    Big A est l'un des chefs de gangs les plus connus du Danemark, à Copenhague. De son vrai nom Abderozzak Benarabe, il a rejoint le djihad en Syrie et a été approché par un journaliste du Guardian, qui a suivi son parcours en 2012. Big A franchit la frontière en rampant sous les barbelés turcs, puis une voiture le conduit dans la province d'Idlib, à Sarjeh. Avec un autre Danois avec lequel il a fait le voyage, il intègre une brigade d'Ahrar al-Sham qui comprend 25 hommes, dont un Canadien d'origine irakienne et 4 Ouzbeks -les autres sont des Syriens. Il n'est pas engagé dans le combat près de la ville d'Ariha : au contraire, son commandant de brigade le renvoie au Danemark pour collecter des fonds, tâche où il estime qu'il sera plus utile. Il retourne en Syrie après avoir collecté de l'argent et du matériel, puis retourne à Copenhague où la guerre des gangs fait rage. Après s'être exilé au Maroc car recherché par les autorités danoises, il est arrêté et emprisonné à Copenhague9.







    Fin juin 2014, une étude du Centre d'Analyse Terroriste danois estime que plus de 100 personnes sont parties pour la Syrie, que 15 au moins y ont été tuées et que de plus en plus de femmes gagnent également ce pays. Certains Danois combattent aussi avec l'Etat Islamique en Irak. La plupart des Danois qui font le djihad en Syrie proviennent des cercles islamistes de Copenhague, Aarhus et Odense. Quelques-uns sont liés aux milieux criminels. Le recrutement se fait surtout par la propagande menée par les islamistes. La moitié des personnes concernées est revenue au Danemark et, selon le centre, la plupart tentent de tracer un trait sur leur expérience combattante en Syrie et de reprendre leur vie d'avant10.

    Le Danemark est le pays scandinave où se trouve les cercles islamistes radicaux les plus établis historiquement parlant. Hizb-ut-Tahrir y est bien implanté et des prêcheurs radicaux opèrent dans certaines mosquées. De nombreux candidats au djihad syrien sont cependant proches d'une autre organisation, Kaldet til Islam, calquée sur Sharia4UK et qui est en contact avec le fondateur de celle-ci, Omar Bakri, réfugié au Liban. En 2012, les sympathisants de Kaldet til Islam s'étaient rassemblés sur Kongens Nytorv, la grande place de Copenhague, pour écouter les slogans de Bakri au téléphone, depuis le Liban. Ces manifestations peuvent sembler contre-productives mais en réalité, les vides dans la législation danoise permettent au mouvement de se faire connaître et de recruter plus facilement11.


    8Truslen mod Danmark fra personer udrejst til Syrien, PET, Center for Terroranalyse, 24 novembre 2013.

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    La série d'ouvrages Panzerwrecks (épaves de Panzer, littéralement) se présente comme une collection photo commentée de carcasses de véhicules blindés allemands détruits sur tous les fronts pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est donc d'un intérêt limité pour le profane mais beaucoup plus intéressante évidemment pour le passionné ou le chercheur qui s'intéresse à la Seconde Guerre mondiale et à sa dimension militaire.

    Les deux auteurs ont collecté les photos de ce tome 7 dans des conditions dignes des romans d'espionnage de John Le Carré (!), comme le précise Auerbach en introduction, via des intermédiaires faisant la navette entre les archives russes et les auteurs, récupérant les photos sur des quais de gares en Europe de l'est. Elles ne sont pas forcément de la meilleure qualité mais compensent par leur originalité.

    Il y a d'abord toute une série de clichés pris par les Soviétiques dans la poche d'Ouman, formée en mars 1944 et où l'Armée Rouge met la main sur nombre de matériels pris au piège. Des Panzer IV, StuG et Panther qui n'ont pu être évacués par les Allemands, avec cette photo p.4 où deux enfants jouent au soldat près de la carcasse d'un Panzer IV. On observe p.7 un Panther de la Totenkopf avec un rare insigne de l'unité apposé sur la caisse. Autre photo originale, celle de ce chasseur de char allemand équipé d'une pièce de 76,2 mm russe de prise (!), abandonné à Odessa en mars 1944, ou bien encore celle de ce Hummel et de cette Wespe (automoteurs d'artillerie) abandonnés dans le Brandenbourg en 1945. On note également la présence, en 1945, de Panzer III capturés par les Soviétiques lors des combats du lac Balaton, en Hongrie.

    13 mars 1944 : un Panther Ausf. A abandonné à Uman, un cimetière de chars allemands très prisé des propagandistes soviétiques.


    Autre cliché intéressant, celui de ces Panzer IV et StuG III capturés car bloqués sur une voie ferrée à Chernivtsi, à 40 km à l'est des Carpathes, en Ukraine. P.23, on observe d'ailleurs que les photographes soviétiques n'hésitent pas à réaliser des montages pour la propagande, en déclenchant les pots fumigènes d'un Panzer IV afin d'obtenir un meilleur effet. On remarque aussi p.34 un Tigre I mis hors de combat par un coup de 76 mm dans le côté gauche de la caisse, selon la légende soviétique, mais probablement par un calibre plus important en réalité, peut-être du 122 mm ou plus gros, comme on le voit sur la photo prise de face. Le StuG IV détruit en Prusse-Orientale en janvier 1945 dispose de Schürzen (plaques latérales de protection) modifiés pour pouvoir pivoter (p.36). Le Panzer IV Ausf. H des p.37-38, de la 24. Panzerdivision, abandonné en Hongrie à l'hiver 1944, a quant à lui été touché par deux tirs heureux qui ont traversé son canon. Le champ de bataille hongrois fournit d'autres véhicules plus originaux comme ces automoteurs de Flak Möbelwagen. Intéressante aussi, p.52, cette photo d'un Hummel détruit à Lvov en juillet 1944 par un coup au but de l'artillerie (8.Panzerdivision).


    Un StuG III G détruit sur le front de Nikopol, Ukraine, 1944.

    Un Hummel de la 8. Panzerdivision détruit à Lvov, juillet 1944.



    Toute une série de clichés montre également un convoi de chars hongrois Turan capturés sur voie ferrée en mars 1945. On voit aussi un autre Hummel de la 16. Panzerdivision détruit par un coup au but en Pologne en février 1945 (p.62). Très originaux également ce Jagdpanzer IV, ce Jagdpanzer 38 (t) et ces Panzer IV allemands capturés par l'Armée Rouge et cédés à la Bulgarie en mars 1945, et repeints avec une étoile ! Ou ce Tigre I détruit dans le port de Pillau, sur la Baltique, en avril 1945. Il arrive aussi que les Soviétiques prennent certains de leurs véhicules remis en service par les Allemands (Beutepanzer), comme ce T-26 à la Balkenkreuz (p.80). On observe également une vieille automitrailleuse ADGZ (déjà présente en Pologne !) détruite par des partisans ukrainiens en janvier 1944 (p.81).

    Mais le clou du volume, ce sont peut-être ces images de la reddition des forces allemandes en Courlande, en mai 1945. Outre les rangées de Panzer IV, on observe nombre de Beutepanzer -T-34, un Sherman, un SU-85. Sans parler des automitrailleuses et autres transports de troupes allemands.

    Sur cette photo du matériel rendu par les Allemands en Courlande, en mai 1945, on distingue nombre de Beutepanzer : un Sherman à gauche, un Su-85 au centre, au moins un T-34 à l'arrière-plan à droite.


    Le volume se concentre certes sur la période 1944-1945 -celle où l'Armée Rouge a probablement le plus capturé de véhicules allemands-, mais il vaut le détour rien que pour l'originalité des photographies. Une autre façon de voir la guerre à l'est.





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