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    Depuis les combats contre l'EIIL déclenchés le 3 janvier 2014, les annonces de décès de combattants azéris parmi les insurgés syriens se sont multipliées. Le 16 janvier, l'étudiant Tural Ahmadov est déclaré mort au combat. Deux autres Azéris, Rauf Khalilov et Najaf Karimov, âgé de 14 ans, avaient péri deux jours plus tôt. Deux autres sont morts le 4 janvier. Début août 2013, un combattant azéri appelait ses compatriotes à rejoindre le djihad. On estimait alors que 60 Azéris étaient déjà partis et que 20 avaient trouvé la mort en Syrie1. L'Azerbaïdjan, bien qu'il ait dénoncé la politique du régime syrien, n'a pas soutenu ouvertement les rebelles. Ses services de sécurité auraient déjoué plusieurs tentatives de djihadistes visant à commettre des attentats dans le pays. Les estimations varient de 100 à 400 Azéris, salafistes radicalisés, qui seraient partis pour le djihad. Le salafisme a pris pied en Azerbaïdjan, pays de tradition chiite, à Bakou et dans le nord du pays. Le 15 décembre 2013, la police a arrêté 15 personnes lors d'une rixe à Sumgaït, apparemment entre deux groupes salafistes qui discutaient des modalités du djihad en Syrie et qui en sont venus aux mains2...

    Les Azéris ont rejoint le front al-Nosra et l'EIIL, mais ils combattent visiblement surtout avec le groupe d'Omar ash-Shishani, composé de Tchétchènes et également de nombreux Caucasiens. Les Azéris du groupe sont commandés par Abou Yahya al-Azeri et viennent pour l'essentiel du nord de l'Azerbaïdjan, plus proche du Nord-Caucase. Mais les Azéris, contrairement aux Tchétchènes par exemple, ne voient pas le combat comme la continuation de celui contre la Russie (qui soutient Assad). D'ailleurs des Azéris combattent aussi, probablement, parmi les miliciens étrangers pro-régime -le pays comprend 65% de chiites. Le voyage se fait probablement via la Turquie3. L'imam de la mosquée Abou Bakr à Bakou, Haji Gamat Suleiman, a été approché par des jeunes souhaitant partir faire le djihad soit pour défendre la communauté sunnite de Syrie, soit pour résoudre des problèmes personnels. Les volontaires sont pour la plupart des adolescents ou des hommes jeunes d'une vingtaine d'années, venant souvent de familles pauvres et assez pieuses4.

     

    Au total, au moins 7 Azéris ont été tués les 3-4 janvier 2014 lors du déclenchement des combats contre l'EIIL, dont un jeune garçon de 14 ans originaire du Nakhitchevan5. Les Azéris ont une longue tradition de djihadisme, puisqu'un certain nombre d'entre eux avaient participé à la guerre en Afghanistan et à celles en Tchétchénie. Près de 70 Azéris ont été arrêtés entre 2001 et 2003 par le Ministère de la Sécurité Nationale en tentant de rejoindre la Tchétchénie. Entre 1999 et 2013, au moins 33 Azéris y ont trouvé la mort, surtout pendant la période la plus intense des combats (jusqu'en 2005). 23 Azéris ont péri en Afghanistan dont au moins un kamikaze. 200 à 250 Azéris seraient encore en Afghanistan et au Pakistan. En 2009, les autorités ont arrêté 13 hommes à la frontière avec l'Iran qui revenaient de ces pays. Azer Misirxanov, tué par une frappe aérienne américaine, était même l'un des membres importants de Taifetul Mansura. Il avait également combattu dans le Nord-Caucase.

    Dès la mi-août 2012, un journaliste français à Alep prétend avoir vu des combattants azéris, ce qu'un journaliste turc enlevé avait déjà affirmé en mai. A l'automne 2012, un premier combattant est identifié : Zaur Islamov, 37 ans, originaire de Qusar, province frontalière du Daghestan. Au moins un des membres du groupe afghan de Misirxanov a été tué en Syrie : Araz Kangarli, arrêté plusieurs fois par les autorités azéries, dont la mort est annoncée en novembre 2012. Un journal turc évoque la mort de 4 autres combattants et la présence de nombreux autres. Depuis la fin 2012, on comptabilise en tout 100 tués annoncés, mais l'auteur de North Caucasus Caucus a recensé, lui, 41 combattants dont 30 ont été tués, échantillon bien sûr incomplet.

    Les djihadistes azéris, sans surprise, viennent de régions connues pour avoir fourni des combattants en Tchétchénie ou en Afghanistan et sujettes aux opérations contre-terroristes des autorités. Sumgaït revient fréquemment. En 2007, les autorités annoncent avoir démantelé un groupe Abou Jafar, mené par un Saoudien, Naielm Abdul Kerim al-Bedevi, présent dans le pays depuis 2001 et qui a voyagé dans le Nord-Caucase. En 2008, Ilgar Mollachiyev aurait fait essaimer les « Frères de la forêt » du Daghestan en Azerbaïdjan en créant deux cellules à Sumgaït et Quba/Qusar. En juillet, l'un des membres aurait reçu pour mission d'attaquer la mosquée Abou Bakr, provoquant une réaction virulente du gouvernement contre la communauté sunnite pieuse. Le groupe de Sumgaït devait braquer des banques pour fournir des fonds aux opérations, afin d'acheter les armes et le matériel. En septembre-novembre, ses membres visitent un village du district de Balakan, à la frontière avec la Géorgie, où on leur donne des armes et des munitions à acheminer à Sumgaït. Quand la police intervient, en janvier 2009, deux caches d'armes sont trouvés avec 3 vestes explosives et 5 kg de plastic.

    Au nord de l'Azerbaïdjan, on trouve beaucoup de Nord-Caucasiens dont beaucoup sont sunnites. En 2001, des groupes liés à ceux du Nord-Caucase tuent 10 policiers dans les districts de Balakan et Zaqatala. En 2005, des caches d'armes sont découvertes près de la ville de Qusar. Vuqar Padarov, un Azéri de Zaqatala, combat dans le Nord-Caucase avant de revenir dans son pays en 2011 ; il est parrainé par la jamaat de Derbent, dans le sud du Daghestan. A partir de juillet 2011, il commence à recruter des militants et à rassembler des armes. Padarov est tué en avril 2012 lors d'un raid sur sa place forte à Gence, dans l'ouest du pays.

    Un des aspects intéressants pour les volontaires au djihad est le faible coût du transit pour la Syrie. Les volontaires prennent un billet d'avion sur Azerbaijan Arlines au départ de Bakou pour à peine 200 dollars. Mais la plupart prennent même le bus jusqu'en Géorgie puis jusqu'à la frontière turque, trajet qui peut revenir à seulement 96 dollars. Malgré les rumeurs selon lesquelles les Azéris seraient payés 5 000 dollars par mois, l'argent ne semble pas être le principal facteur de départ. Nijat Hacizade, tué en janvier 2014, était étudiant en première année à l'université de Méditerranée orientale de la république du nord de Chypre. Rahman Shikhaliyev était un ancien boxeur semiprofessionnel de Sumgaït. Najaf Karimov, 14 ans, était le fils d'un propriétaire de 3 magasins dans le district de Seler, au Nakhitchevan. Après s'être converti au salafisme, le père ferme ses magasins et emmène toute sa famille en Syrie en août 2013. Anar Mahmudov, un jeune volontaire revenu dans son village après six mois, prétend avoir été radicalisé par un Saoudien, Sheikh Saleh Al-Fawzan, un an plus tôt.

    A l'été 2013, une enquête montre que le groupe d'Omar ash-Shishani, avant la rupture suite à l'allégeance à l'EIIL, comprend un fort contingent d'Azéris entraîné par Salahuddin al-Shishani. Celui-ci prend les passeports, entraîne pendant deux mois les volontaires, puis les Azéris participent aux combats pendant six mois, après quoi ils peuvent retourner voir leurs familles. Au départ, à l'automne 2012, les volontaires azéris rejoignent plutôt, en effet, le groupe de Shishani ou al-Nosra. Les Azéris sont en bonne place dans la vidéo qui annonce la formation de Jaysh al-Muhajirin wa Ansar, en mars 2013. Abu Yahya al-Azeri, l'un des membres importants du groupe, est tué par un éclat d'obus en septembre 2013. Un autre Azéri, Ebu Muhammed, fait fonction d'adjoint de Seyfullakh, qui dirige une scission du groupe de Shishani depuis août 2013, et qui a fait allégeance à al-Nosra le 31 décembre 2013. On prétend que le chef du contingent azéri de Shishani serait Abu Usama, originaire de Zaqatala.

    Les Azéris qui partent ne reçoivent probablement pas de financement extérieur car le gouvernement a verrouillé beaucoup des possibilités dès 1996. En revanche, l'argent vient de collectes internes aux communautés et à la vente des biens avant le départ. Une page Facebook, fermée en janvier 2014, a même été créé dans ce but. Pourtant, la majorité de la communauté sunnite salafie d'Azerbaïdjan reste opposée au départ pour le djihad en Syrie. L'incident du 11 décembre dernier à Sumgaït est révélateur : un Azéri revenu de Syrie a provoqué une bagarre par des propos outranciers sur le djihad, deux hommes dont lui-même sont poignardés, et le fautif appelle des amis depuis l'hôpital qui font usage d'armes à feu et de grenades. Depuis le début 2013, Qamet Suleymanov, l'imam le plus écouté du pays, prêche contre le djihad. Puis, après le début des combats contre l'EIIL, il fait volte-face et annonce que son ancien bras droit, Alixan Musayev, et un autre membre de la mosquée Abou Bakr, Mubariz Qarayev, ont participé aux filières d'acheminement, ce que le premier a violemment démenti. Suleymanov cherche peut-être aussi à obtenir la réouverture de la mosquée, fermée depuis 2009.

    Fin janvier 2014, Rasim Badalov, un vétéran du djihad syrien, est arrêté à Sumgaït, où il était revenu depuis six mois. Il a été appréhendé avec Ilkin Bashirov, Elekber Zeynalov, Samir Mammedkerimov, Hamlet Talibov et Alinur Atayev dans la maison de thé « Champion » d'un faubourg de la ville. Rafael Aghayev, le propriétaire des lieux, quatre fois champion du monde de karaté, s'est converti au wahhabisme et l'endroit est devenu le lieu de rencontre de certaines personnes radicalisées. La fouille de l'appartement de Badalov livre un AK-74, deux grenades, 22 cartouches et du matériel de propagande. Visiblement, de nombreux Lezguiens du nord du pays, notamment à Sumgaït où le chômage est très important, sont facilement attirés par le radicalisme religieux. Les organisations en question ont l'avantage de bien payer -jusqu'à 384 dollars par mois6.

    En avril 2014, 12 djihadistes azéris sont déclarés morts au combat. Parmi eux, Nijat Ashurli, un chef d'unité du groupe d'Omar ash-Shishani. D'autres appartenaient au front al-Nosra et à l'EIIL à proprement parler7. En mai, un Azéri de la ville de Sumgaït livre son témoignage à propos de la mort de son frère, tué sur le front d'Alep en 2013. Zaur, 32 ans, travaillait précédemment dans une compagnie d'électricité publique de la ville. Il a commencé à se montrer plus religieux en 2009, puis disparaît brutalement fin 2012. Les médias locaux évoquent alors 200 à 400 Azéris partis se battre en Syrie, dont une centaine qui y auraient trouvé la mort. 40 viendraient de Sumgaït et 230 personnes seraient surveillées par la police locale. Sumgaït serait devenue l'un des bastions du salafisme, en particulier au sein de la communauté kharidjite. On appelle également les femmes à faire le djihad. Les autorités ont doublé, en mars, les peines pour le combat à l'étranger (11 ans de prison) et l'aide au recrutement (15 ans de prison). Ce qui encourage ceux qui reviennent de Syrie à se montrer particulièrement discrets8.

    Les Azéris recrutés pour se battre en Syrie toucheraient parfois 2 à 5 000 dollars, reversés à leurs familles le plus souvent. Parmi les principaux motifs de départ invoqués, les mauvais traitements subis de la part des autorités. La plupart des Azéris présents en Syrie se trouveraient dans le bastion de l'EIIL à Raqqa, d'où Muhammad Azeri, qui dirige une Jamaat azérie, met en ligne des vidéos appelant au djihad9. Le 21 juin, Ilgar Chingiz Aliyev, un Azéri de 33 ans, est tué lors d'un raid aérien du régime syrien sur Raqqa, le bastion de l'EIIL, alors que le mouvement progresse en Irak. Il était arrivé pour combattre avec l'EIIL un mois auparavant10. Le 27 juin 2014, la police arrête Ruslan Abdullayev et Sabuhi Jafarov. Le frère du premier a combattu aux côtés de l'EIIL en Syrie. Le second a également fait le djihad et il est revenu dans son pays natal en février 201411.





    2ZAUR SHIRIYEV, « Who are Syria's Azerbaijani fighters? (1) », Today's Zayman, 15 janvier 2014.
    3ZAUR SHIRIYEV, « Who are Syria's Azerbaijani fighters? (2) », Today's Zayman, 23 janvier 2014.
    5North Caucasus Caucus, « Azerbaijani Foreign Fighters in Syria », Jihadology.net, 28 janvier 2014.
    6Glen E. Howard, Leyla Aslanova, « Azerbaijani City of Sumgait Emerges as Recruitment Center for Syrian Fighters », Eurasia Daily Monitor Volume: 11 Issue: 23, 5 février 2014.

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    Décembre 666. Fidelma et Eadulf, désormais liés par une union d'essai d'un an et d'un jour, atteignent le royaume des Angles de l'Est, où se trouve la terre natale d'Eadulf, Seaxmund's Ham. Le royaume a été évangélisé quelques dizaines d'années plus tôt par des missionnaires et les traditions païennes y restent encore bien présentes. Appelé en urgence par un ami, Botulf, moine à l'abbaye d'Aldred, Eadulf apprend à leur arrivée sur place que son ami vient d'être assassiné. Face à l'abbé Cild, qui dirige l'abbaye sans aucune forme de compassion, Eadulf aura fort à faire pour démêler les fils de la mort de son ami mais aussi sauver leurs propres existences...

    La onzième enquête du tandem soeur Fidelma/frère Eadulf, comme la précédente, se déroule en dehors de l'Irlande. Ici, nous ne sommes plus dans les royaumes bretons de l'actuel pays de Galles mais dans celui des Angles de l'Est, région natale d'Eadulf. C'est la première fois dans la série que l'on retrouve les terres anglo-saxonnes, après le tout premier tome qui se déroulait pendant le concile de Whitby. Peter Tremayne fait malgré tout usage des thèmes classiques employés dans les enquêtes en Irlande, mais combine habilement intrigue politico-militaire-religieuse et enquête policière. Malheureusement, si le suspense est assez bien maintenu pour la première jusqu'à la fin du livre, il n'en est pas de même pour la seconde, l'auteur glissant encore une fois un indice qui permet en grande partie de deviner la solution de l'énigme avant les dernières pages.

    Le tome vaut surtout par la place beaucoup plus prononcée que d'ordinaire pour Eadulf, qui mène une bonne partie de l'enquête seule, Fidelma étant confinée dans sa cellule de l'abbaye, malade. Il est également important pour ses dernières lignes, dans le contexte de la série. On regrette toujours qu'il n'y ait pas de carte locale, à défaut d'avoir une carte générale qui est absente ici.




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    Biélorussie, été 1944, près de la frontière polonaise, pendant l'opération Bagration. L'Armée Rouge, après une courte pause, se prépare à avancer de nouveau. Sur une partie du front toutefois, les Soviétiques se heurtent à deux obstacles : une colline sans nom tenue par les Allemands, dont ils ignorent les défenses, et un sniper particulièrement redouté qui abat les officiers de l'Armée Rouge mais aussi les prisonniers récupérés par les éclaireurs soviétiques. Le commandant local, le major Inozemtsev (Andrey Golubev), suspecte à cause de cela que la colline dissimule un piège allemand. Les Soviétiques font appel à un de leurs tireurs d'élité d'exception, qui n'est autre qu'une femme, Olga Pozdneyeva (Viktoriya Tolstoganova), pour abattre son homologue allemand. Celle-ci arrive en même temps que des renforts soviétiques qui comprennent l'ancien détenu de droit commun Kolya Malakhov (Alexey Chadov), un nouveau lieutenant pour commander la section d'éclaireurs, Alexey Malyutin (Vladimir Yaglych), et un sergent de cette section de retour de convalescence, Ivan Bessonov (Alexander Pashutin).

    Sur une colline sans nom n'est en réalité pas un film mais un téléfilm russo-biélorusse, de 4 parties d'environ 50 minutes chacune. Dans l'esprit, le téléfilm est en quelque sorte la continuation d'un film comme L'Etoile (Zvezda) de Lebedev (2002), bien que ce dernier soit sans doute plus réussi. Le téléfilm s'intéresse à l'offensive soviétique de l'été 1944, tout comme l'Etoile, et se focalise en particulier sur deux aspects : les éclaireurs, thème déjà choisi pour l'Etoile (avec la présence d'un acteur commun aux deux productions, Anatoliy Gushchin, qui joue à chaque fois un éclaireur), et les tireurs d'élite (influence du Stalingrad de Jean-Jacques Annaud ou prolongation de choix faits sous le cinéma soviétique ? Difficile à dire). Le jeu des acteurs est inégal. Si la plupart s'en sortent assez bien, notamment Tolstoganova qui campe à la perfection le sniper féminin froid et méthodique, Alexey Chadov, qui incarne l'ancien détenu, Kolya, est peut-être un peu trop exubérant par rapport à l'ensemble et a du mal à trouver sa place. On le préfère sans doute dans 9 Rota sorti l'année suivante, et qui traite de l'engagement soviétique en Afghanistan. Mention spéciale cependant aux officiers, bien campés, notamment A. Kot qui joue l'officier du SMERSH fatalement suspicieux de tout.

    Un éclaireur soviétique avec l'incontournable PPSh-41.-Source : http://www.imfdb.org/images/1/1d/Soviet_soldier-bv-PPSh-41.jpg


    Le téléfilm vise assez nettement au réalisme, mais l'effort de reconstitution assez impressionnant est cependant parfois gâché des raccourcis ou des erreurs un peu trop visibles. Si le premier épisode commence sur les chapeaux de roue avec un raid de Stukas, l'embuscade montée par des Allemands pris au piège sur les arrières des Soviétiques qui survient peu après, elle, n'est pas très réaliste dans le contexte -tout comme la réaction des soldats de l'Armée Rouge après les premiers tirs, d'ailleurs. Difficile aussi de croire qu'une section d'éclaireurs soviétiques, qui généralement est formée de l'élite de l'unité où elle sert, accepte sans sourciller des anciens détenus de droit commun. L'incorporation, plus tard, d'autres détenus relâchés des prisons militaires, en vue d'une offensive, sonne déjà un peu mieux. Tout comme la présence d'agents allemands infiltrés sur les arrières soviétiques, une obsession des films de guerre russes et soviétiques, mais qui, dans les faits, a réellement existé (bien qu'avec des résultats peu probants). Si les passages concernant les éclaireurs sont bien menés, on est plus sceptique également sur ceux concernant les snipers. Olga opère en effet seule, ce qui est contraire à la pratique de l'époque et qui reste valable aujourd'hui, où les snipers opèrent généralement par paire. En outre, ici, Kolya, qui n'a rien d'un sniper ni du compagnon idéal pour un tireur d'élite chevronné, n'est pas le choix le plus indiqué pour l'accompagner... comme un autre commentateur du téléfilm le notait aussi, l'offensive finale sur la colline est un peu ratée. Les moyens du téléfilm, probablement limités, n'ont pas permis de donner à l'ensemble un final réussi. Les officiers du régiment suivi envoient ainsi une simple section de reconnaissance renforcée dans une attaque frontale (!) sur la colline, alors même que deux Russes servant sous l'uniforme allemand ont fait défection et seraient donc capables de renseigner les Soviétiques sur le dispositif adverse. En outre, il est dit dans le téléfilm que cette attaque doit recevoir un soutien d'artillerie au niveau du corps d'armée pour convaincre les Allemands qu'il s'agit de l'attaque principale et leur faire engager leurs réserves blindées ; or, on voit à peine le tir des mortiers d'un bataillon. Mention spéciale également aux chars allemands et soviétiques bricolés à partir de T-54/55 (!), qui ne trompent personne, contrairement à d'autres films y compris de l'époque soviétique.




    Bref, pas une production transcendante du téléfilm de guerre russe, mais qui vaut le coup d'oeil, ne serait-ce que pour l'effort de reconstitution.  Pour ceux qui sont intéressés, vous pouvez voir le téléfilm, sous-titré en anglais (mauvaise qualité, mais c'est mieux que rien) ici.



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    Le conflit syrien est la première manifestation d'un départ massif de combattants indonésiens pour prendre part à un djihad, et pas seulement s'entraîner ou assurer un soutien logistique. Au moins 50 personnes sont parties en Syrie jusqu'en décembre 2013, selon les autorités. Les volontaires sont attirés par l'eschatologie de l'islam, qui place le combat final au Levant, par la traduction d'un livre, La Stratégie des Deux Bras (qui affirme que les printemps arabes peuvent être exploités pour instaurer un califat islamique), par les atrocités commises par le régime contre les sunnites et relayées dans les médias et enfin, comme de nombreux autres contingents, par les facilités d'accès au champ de bataille via la Turquie1.


     

    Historiquement, les combattants partant pour le djihad ont fortement contribué au développement d'un djihadisme en Indonésie2. Bashir et Abdullah Sungkar (le fondateur et chef de la Jemaah Islamiya -JI- jusqu'en 1999) ont organisé le départ de volontaires pour l'Afghanistan dans les années 1980. Quelques-uns ont combattu aux côtés de Ben Laden lors de la bataille de Jaji en 1987. D'autres ont été entraînés dans les camps d'Afghanistan et du Pakistan. Cette filière afghane a contribué à la JI et aux attentats de Bali en 2002. Mais ici, le conflit syrien propose non seulement un contexte classique de défense d'une population musulmane, mais aussi un contexte sectaire (un régime alaouite appuyé par les chiites de l'Iran et du Hezbollah) et « socio-révolutionnaire » (établir un califat islamique à la place d'un régime laïc). Les djihadistes indonésiens reproduisent un discours sectaire contre les chiites dans leur pays, voire attaquent les personnes de cette confession, mais cela les décrébidilisent aux yeux de nombre de musulmans. Par ailleurs, historiquement, la JI, issue de Darul Islam, tire son origine d'une lutte contre un Etat séculier, celui de Sukarno. Les attentats de Bali, contre des intérêts occidentaux, constituent une exception. En 2010 par exemple, Dulmatin, ancien membre de la JI, crée un camp d'entraînement à Aceh pour lancer une insurrection. Entre 2010 et 2013, 24 policiers ont été tués, ce qui montre l'influence de certains penseurs moyen-orientaux qui recommandement de cibler les autorités locales.

    Source : http://binaryapi.ap.org/1d30f9fb83ca4ebc8b3810d4a3273deb/460x.jpg


    Le gros des personnes radicalisées qui partent en Syrie vient de la Jemaah Islamiya, qui avait commis les attentats de Bali en 2002, puis avait abandonné l'action violente en 2007. La branche humanitaire de l'organisation a cependant effectué plusieurs voyages en Syrie, entre fin 2012 et janvier 2014, probablement pour établir des contacts en plus de fournir du matériel médical et des fonds. D'autres salafistes djihadistes indonésiens, comme certaines factions de Darul Islam, font aussi partie des volontaires, et même des salafistes de la communauté non-violente. Les différends entre l'EIIL et le front al-Nosra se retrouvent aussi parmi le contingent indonésien.

    La Stratégie des Deux Bras, publiée en juin 2013 en Indonésie, l'a été sous les auspices de Bambang Sukirno, l'un des penseurs influents de la JI. Il a d'ailleurs dirigé plusieurs des missions humanitaires vers la Syrie. Les prêcheurs de la JI réussissent à collecter des sommes allant de 1 000 à plus de 10 000 dollars lors de discussions publiques (60 de 2012 à la fin 2013, dans 20 provinces3), sans compter les donations en ligne. L'argent est converti en aide médicale : docteurs et infirmières partent un mois à l'hôpital de campagne de Salma dans la province de Lattaquié. Nourriture et vêtements sont distribués dans le Jabal al-Akrad, dans la province d'Idlib, et une clinique mobile fait le tour des campagnes.

    Bambang Sukirno.-Source : http://i1.ytimg.com/vi/ntkrGl8A7f0/maxresdefault.jpg


    Les groupes radicaux mettent en avant, en Indonésie, les massacres sectaires commis par le régime ou ses alliés chiites, comme ceux de Banias ou d'al-Bayda en mai 2013, et les attaques chimiques du 21 août suivant. Le magazine An-Najah de la JI se focalise souvent sur la Syrie. Sur les 50 Indonésiens déjà partis en Syrie, 5 des 7 hommes identifiés en 2013 étaient liés à la JI. Ils ne partent pas directement d'Indonésie mais plutôt du Pakistan ou du Yémen où ils font leurs études. Au moins un membre de l'ex-réseau Abou Omar est supposé être en Syrie. La plupart des Indonésiens ont pris contact avec Ahrar al-Sham (aujourd'hui composante du Front Islamique), mais certains rejoignent l'EIIL.

    Le cas le plus emblématique est celui de Riza Fardi, dont la mort a été annoncée le 28 novembre 2013 par la brigade Suqqor al-Izz. Riza venait du Kalimantan de l'ouest : diplômé de Ngruki (l'école fondée par Abu Bakar Bashir, l'ancien leader de la JI), il est parti au Yémen en 2007 pour l'université al-Iman de Sanaa. On pense qu'il a rejoint la Syrie en 2012, au sein de la brigade Suqqor al-Izz, commandée par un Saoudien, Sheikh Abdul Wahed, alias Saqr al-Jihad (le Faucon du Djihad). Le groupe s'est distingué comme étant parmi ceux ayant commis des massacres sectaires en août 2013, lors de l'offensive rebelle dans la province de Lattaquié. Riza aurait été tué dans le district Sheick Saïd à Alep, le 25 novembre. Encerclé depuis une semaine, le district, contrôlé par le régime, tenait bon ; les djihadistes se replient mais Riza reste en arrière avec 7 autres pour ouvrir le feu sur les soldats du régime une fois ceux-ci passés. Après un jet de grenade, il est abattu4. C'est la seule mort confirmée même si 4 autres Indonésiens eux aussi diplômés de Ngruki sont supposés être arrivés d'Islamabad en août 2013, via la Turquie. Deux autres Indonésiens seraient avec l'EIIL : Muhammad Ayub, le fils de l'ancien chef de la branche australienne du JI, et Abdul Rauf. En janvier 2014, une opération contre-terroriste tue 6 membres du Mujahidin Indonesia Barat, qui manifestement projetaient de gagner la Syrie. Ils avaient braqué une banque à Tangerand le 12 décembre 2013 pour financer leur voyage -environ 833 dollars pour un faux passeport et deux fois plus pour le voyage. Un autre membre du groupe serait déjà sur place.

    Riza Fardi.-Source : http://cdn.ar.com/images/stories/2013/11/abu-muhammad-riza-fardi.jpg


    Cependant, il faut noter que certains groupes radicaux indonésiens se sont également opposés au djihad syrien, comme celui mené par Ustad Muzakir. Plus importante peut-être est la fracture entre le front al-Nosra et l'EIIL à partir d'avril 2013, qui se reflète parmi les Indonésiens. Abu Muhammad al-Maqdisi, un clerc très écouté en Indonésie, a affirmé que l'EIIL n'était qu'un groupe djihadiste comme un autre. Abu Bashir ath-Thurtusi a proclamé une fatwa contre l'EIIL. Le 5 janvier 2014, des volontaires indonésiens de Misi Medis Suriah, accompagné par des djihadistes locaux, refusent de prêter allégeance à l'émir de l'EIIL alors qu'ils sont arrêtés à un checkpointà la frontière turque, pour aller chercher une ambulance. Un échange de tirs s'ensuit. En Indonésie, Aman Abdurrahman, un clerc emprisonné, a pris fait et cause pour l'EIIL. Le front al-Nosra a aussi ses partisans comme Iwan Darmawan, condamné à mort pour son rôle dans l'attentat de 2004 contre l'ambassade australienne. La JI, pour sa part, tente de rester la plus neutre possible entre les deux camps. La tension est telle que les salafistes djihadistes radicaux en viennent à reprocher leur attitude aux salafistes trop critiques de l'EIIL, voire à les menacer de mort.

    Abou Bakar Bashir, emprisonné en Indonésie.-Source : http://resources1.news.com.au/images/2011/06/16/1226076/330697-indonesia-militant-cleric.jpg


    On se retrouve dans une situation où la plupart des Indonésiens partis en Syrie sont plutôt du côté du front al-Nosra alors que les djihadistes restés en Indonésie et leurs soutiens prennent plutôt fait et cause pour l'EIIL (!). En janvier 2014, les autorités estimaient qu'au moins 50 Indonésiens étaient déjà partis faire le djihad en Syrie. Elles craignent que ces vétérans ne viennent renforcer le Mujahideen Indonesia Timor (MIT), le groupe terroriste le plus actif dans le pays. Abu Bakar Bashir, bien qu'emprisonné, continue de publier des livres. Dans l'un d'entre eux, il a déclaré que la Syrie était comparable au djihad en Afghanistan. Un des 6 hommes tués en janvier 2014 par les services de sécurité étaient visiblement membre du MIT. Santoso, le chef de ce dernier mouvement, semble d'ailleurs incliner du côté de l'EIIL -il a pris le nom de guerre de « Abu Mus’ab al-Zarqawi al-Indonesi ».

    Dernièrement, en juin 2014, le chef de la police a indiqué que 56 Indonésiens étaient partis en Syrie. Mais les spécialistes pensent que le chiffre est bien supérieur. La proclamation du califat par l'EIIL a dopé les groupes djihadistes locaux et leurs supporters qui se revendiquent de ce mouvement. Elle met l'accent sur le contrôle territorial (qital tamkin) au lieu du simple affrontement avec l'ennemi (qital nikayah) et elle contribue aussi à élargir le recrutement en Indonésie au-delà des cercles islamistes. C'est pourquoi Bashir appuie cette stratégie de contrôle territorial qui permettrait au djihadisme indonésien de disposer d'une base d'opérations sûre avant toute attaque. Des groupes se sont formés récemment, pro-EIIL, qui ont soit annoncé leur intention d'envoyer des combattants en Syrie (Anshorullah), soit de faire de la propagande pour le mouvement à travers, notamment, des oeuvres de charité (Anshar Al-Daulah)5.



    1INDONESIANS AND THE SYRIAN CONFLICT, IPAC Report No.6, 30 janvier 2014.
    2Andrew Zammit, « The impact of Syria alumni on Indonesian jihadism », The Strategist, 31 janvier 2014.
    4D'autres sources indiquent qu'il aurait été membre du front al-Nosra. Ceci étant dit, Suqqur al-Izz a fusionné avec ce dernier groupe suite au déclenchement du combat anti-EIIL en janvier 2014, quelques semaines plus tard. Cf http://www.jamestown.org/single/?tx_ttnews[tt_news]=42183&tx_ttnews[backPid]=7&cHash=e9843b0e91652b26f83f7d41cdae8038#.U8ujqaPzl-h

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    1503. 50 ans après la prise de Constantinople par les Ottomans, la citadelle de Smyrne est assaillie par une flotte mamelouke venue d'Egypte et qui utilise de mystérieuses machines de guerre. Les assaillants laissent partir les commerçants génois et vénitiens qui colportent la nouvelle en Occident. A Alexandrie, sur l'emplacement de l'ancien phare, dans le fort Qaitbay, l'ingénieur al Asad, alias Léonard de Vinci, réclame son dû : son jeune ami Salaï, resté en Occident. Pendant ce temps, le pape Alexandre VI Borgia, qui se doute de l'origine de ces machines, fait emprisonner Salaï dans les geôles de Venise pour attirer le maître d'oeuvre des armes extraordinaires des mamelouks...

    Dans la série des Jour J, chez Delcourt, je m'étais arrêté dernièrement au tome 9 ; je saute donc deux épisodes, ce qui n'a pas grande importance car chaque épisode étant le plus souvent indépendant, nul besoin d'avoir les autres pour suivre l'histoire. Avantage et défaut aussi de la série, car il est difficile de mener en profondeur un scénario sur un seul tome...

    Source : http://www.bedetheque.com/media/Planches/PlancheA_181798.jpg


    Ici le problème ne se pose pas : l'intrigue tient tout à fait dans ce seul volume. L'idée de départ est originale, avec un Léonard de Vinci en quête de financement pour mener à bien ses projets, et qui déserte l'Europe pour aller chercher fortune chez les Mamelouks (après avoir échoué chez les Ottomans). Cependant, les auteurs prennent bien soin de montrer la face plus sombre du personnage, à la fois ambitieux et terriblement cynique (la fameuse scène où un esclave noir s'écrase sur les rochers en testant une de ses machines volantes, ce qui ne lui arrache pas une larme mais des récriminations contre le "maladroit"...). L'intérêt du volume est aussi de ne pas trop accabler le lecteur sous les références historiques, puisqu'un minimum de connaissances est nécessaire pour comprendre l'uchronie (avec comme d'habitude un utile rappel en début de volume). Autre avantage : la série sort enfin des XIXème-XXème siècles qui avaient focalisé l'attention des scénaristes jusqu'ici. C'est donc une très bonne chose et les tomes suivants confirment d'ailleurs la tendance. Pour ce qu'il est, un "one shot" d'une série basée sur ce principe, ce volume n'est pas loin d'être un des meilleurs de la série. Peut-être en tout un de ceux qui l'incarne le mieux.

    Source : http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/9782756035482_pl04.jpg


    Quelques défauts pourtant : d'abord le dessin, inégal, avec de bonnes planches, d'autres qui plaisent moins, notamment sur les personnages (Kordey a notamment à son actif L'Histoire Secrète, que je n'ai pas encore lue, et Keltos, dont j'ai lu le premier tome, mais ça date). Une ou deux petites erreurs aussi : Vinci ne travaille pas à Rome en 1498 avec les Borgia, mais à Milan, pour les Sforza. Et puis on sent des choses, faute de place, qui restent inexploitées, comme l'histoire de la Joconde ou le personnage de Machiavel. Un peu dommage, mais ça n'enlève pas trop aux qualités du volume. Pour autant, on peut comprendre que seuls les fans et amateurs d'histoire puissent être intéressés par ce tome-là, un peu plus exotique que les précédents, notamment de par l'époque traitée, qui sera moins connue que certains grands événements du XIXème ou XXème siècle abordés précédemment.

    Source : http://img600.imageshack.us/img600/6569/rscp.jpg





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    Depuis trois décennies, des Turcs participent aux conflits extérieurs impliquant des combattants étrangers. Ils ont combattu en Afghanistan (contre les Soviétiques puis les Occidentaux), en Irak, en Bosnie, et dans le Nord-Caucase, certains ayant même occupé de hautes fonctions dans les groupes armés. Cevdet Doger, alias Emir Abdullah Kurd, était le commandant en second des combattants du Nord-Caucase avant sa mort en mai 2011. En août 2012, un journaliste turc rapportait la mort de 4 combattants turcs près d'Alep, où opérait alors au moins 50 hommes de même nationalité1.

    Les djihadistes proposent un large éventail de données en ligne en langue turque, comme le font les pages Facebook d'al-Nosra ou de l'EIIL. Des vidéos de combattants turcs, justifiant leur action et appelant les volontaires au djihad, sont mises en ligne régulièrement. L'émir Seyfullah, un Tchétchéne qui a vécu en Turquie et qui dirige une fraction dissidente du groupe Jaysh al-Muhajirin wa Ansar, groupe désormais rallié à l'EIIL, s'est directement adressé aux Turcs dans une vidéo datée de juillet 2013. De nombreux combattants du Nord-Caucase vivaient encore en Turquie ces dernières années. Une vidéo postée également en juillet 2013 dresse la liste de 27 « martyrs » turcs tombés en Syrie, la plupart venant de l'est du pays : Gazianatep, Diyarbakir, Adana. L'âge des martyrs va de 17 ans à des personnes beaucoup plus âgées.



    Ahmet Zorlu, 30 ans, alias Emir Ahmed Seyyaf, a été tué avec 4 autres Turcs lors d'une opération à Han el-Asel, près d'Alep. Arrivé en Syrie quelques mois plus tôt, Zorlu dirigeait vraisemblablement un groupe composé de combattants turcs. Abdurrahman Koc, originaire de la province d'Adiyaman, était un homme âgé chef d'une association religieuse. Il est arrivé en Syrie en janvier 2013 et a été tué par un sniper lors du siège de la base aérienne de Minagh, en juillet. Un de ses associés, Yakup Senatas, d'origine kurde, a également été tué le 25 juillet au même endroit. Metin Ekinci a été tué un an plus tôt, en juillet 2012, à Alep. Membre d'une organisation religieuse plutôt modérée, il est surtout le frère d'Azaz Ekinci, impliqué dans l'attentat contre l'immeuble d'HSBC à Istanbul le 20 novembre 2003, une des attaques organisées par al-Qaïda dans la ville qui ont coûté la vie à 57 personnes.

    Ahmet Zorlu.-Source : http://3.bp.blogspot.com/-QDrR38zf8Ug/UUZQJfEJpqI/AAAAAAAAL-s/jNJk1PGb8KM/s1600/208698_323349947767433_583799344_n%5B1%5D.jpg


    En septembre 2013, les services de renseignement turcs estiment que 500 citoyens de leurs pays se battent en Syrie du côté des insurgés. Des Kurdes turcs ont également rejoint la milice de l'YPG, qui a adopté jusqu'à la fin 2013 une prudente neutralité, combattant parfois les rebelles, en particulier des formations djihadistes. A côté des volontaires pour le djihad, il y a également des mercenaires qui seraient recrutés pour 1 500 dollars par mois pour protéger les biens de riches Syriens2. Selon l'enquête d'un quotidien turc, 200 Turcs au moins auraient été recrutés dans la ville d'Adiyaman, au sud-est du pays. Le père de jumeaux explique aux journalistes que le processus de radicalisation a duré environ un an avant que ses fils ne disparaissent le 2 septembre 2013. Le père part chercher ces deux fils à Alep, croise de nombreux autres Turcs dans les rangs des insurgés, finit par les trouver dans un camp d'entraînement mais ne peut les ramener. Le recrutement s'effectue discrètement en marge des mosquées, pour éviter la surveillance de la police, qui affirme qu'Urfa et Diyarbarkir sont d'autres plaques tournantes du djihad. Les Turcs qui partent pour la Syrie reçoivent une formation militaire accélérée de 45 jours, selon la police3. Abu Huseyin, un des recruteurs, se vante d'avoir fait partir des douzaines de Turcs pour le djihad en Syrie. D'après l'association islamiste Ozgur-Der, qui opère en Syrie, au moins 50 Turcs étaient morts en novembre 20134.





    1North Caucasus Caucus, « Turkish Fighters in Syria, Online and Off », Jihadology.net, 20 août 2013.

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    De nombreux commandants du Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) ont précisé avoir envoyé des militants en Syrie pour combattre le régime de Bachar el-Assad1. Mohammed Amin, le coordinateur du TTP pour la Syrie, a ainsi affirmé que son organisation avait établi une base en Syrie avec l'aide de vétérans de l'Afghanistan. Un commandant de rang intermédiaire du TTP justifie l'envoi de militants par le fait que des chiites seraient également recrutés par l'Iran au Pakistan pour aller combattre aux côtés du régime de Bachar el-Assad. Le réseau qui se charge d'acheminer les volontaires en Syrie est tenu conjointement par le TTP et par le Laschkar-i-Jangvi (LJ), deux groupes affiliés à al-Qaïda. Il aurait envoyé de 100 à 150 hommes. Abdul Rashid Abbasi, un proche du chef du TTP, Hakimullah Mehsud, a précisé que 120 combattants pakistanais se trouvaient en Syrie et qu'ils étaient sous les ordres du commandement local d'al-Qaïda. Le réseau est dirigé par Usman Ghani, un ancien commandant du LJ, et Alimullah Umry, un commandant du TTP de la province de Khyber Pakhtunkhwa. Selon al-Jazeera, les Pakistanais se trouvent dans la Katibat Mujahiroon, un groupe djihadiste composé de volontaires étrangers qui combat à Lattaquié et qui est commandé par un Libyen, Abu Jaafar il Libi. Le TTP, le LJ et un autre groupe sectaire, le Hafiz Gul Bahadur, ont envoyé des combattants. Le TTP a également demandé à ses commandants de Mohmand, Bajaur, Khyber, Orakzai et des agences tribales du Waziristan de procéder à des recrutements.

    Une première vidéo, le 31 juillet 2013, confirme la présence de combattants du TTP en Syrie. Elle montre un groupe de 10 à 20 Pakistanais et a été mise en ligne par l'EIIL. En septembre, les médias annoncent que les corps de 30 Pakistanais ont déjà été rapatriés au pays, la plupart appartenant au LJ ou à la faction du Punjab du TTP. Cette participation du TTP à l'insurrection syrienne ne doit pas surprendre : elle fait partie de la stratégie d'internationalisation promue par Mehsud, qui veut participer aux djihads à l'étranger en lien avec al-Qaïda. Il y en a eu d'autres exemples : en juin 2012, le président du Niger affirmait que des Afghans et des Pakistanais entraînaient des hommes au nord du Mali. Au Yémen, des Pakistanais convoyés par al-Qaïda formeraient des militants aux explosifs, l'un d'entre eux, Ragaa Bin Ali, étant même tué par un drone américain en 2013. Faisal Shahzad, un jeune Pakistanais résidant aux Etats-Unis et qui avait tenté de placer une bombe à Times Square en mai 2010, était lié au TTP. L'envoi de combattants en Syrie a aussi eu pour effet de raviver les tensions sectaires au Pakistan entre sunnites et chiites.

    En juillet 2014, Tehreek-e-Khilafat, un groupe responsable d'attentats à Karachi, a annoncé qu'il se ralliait sous la bannière de l'Etat Islamique. C'est le premier groupe hors du Moyen-Orient à prendre cette position, ce qui renforce l'idée de djihad global de l'Etat Islamique, non son influence régionale, encore limitée. Ce groupe pakistanais est lié aux talibans du même Etat2. Il faut rappeler que Zarqawi, qui a dirigé al-Qaïda en Irak, a séjourné au Pakistan, dans le cadre du djihad afghan, à Hayatabad (Peshawar), qui est vite devenue l'une des villes phares de l'organisation. C'est là qu'il s'est radicalisé et qu'il a dirigé un camp d'entraînement sous la frontière, grâce à l'aide logistique du mouvement Lashkar-e-Jhangvi (LeJ). Il s'est également rendu régulièrement à Karachi avant de quitter le Pakistan en 1999. Son attitude très dure à l'égard des chiites se retrouve d'ailleurs au sein des mouvements radicaux sunnites pakistanais qui s'en prennent particulièrement à cette communauté3.


    1Zia Ur Rehman, « Pakistani Fighters Joining the War in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 9, septembre 2013, p.9-11.

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    Le numéro 55 de 2ème Guerre Mondiale est disponible à la vente depuis maintenant quelques jours. J'y contribue avec deux articles et deux petites chroniques.

    Dans la rubrique Ecrire l'histoire, je propose une interview de Stéphane François, spécialiste français du mythe de l'occultisme et de l'ésotérisme nazi, que j'avais abondamment utilisé pour écrire le dossier du n°53. Cette lecture permettra sans doute à certains de ne pas hurler "au gag"à la vue du dossier concerné. A noter une coquille dans ma biographie personnelle p.20 qui n'est pas la bonne mais celle de mon collègue B. Rondeau.

    P.58, je continue la chronique cinéma avec le film L'Etoile (2002) de N. Lebedev, un grand classique du film de guerre russeà découvrir. Autre coquille, la date de début d'article qui mentionne 1941 au lieu de 1944.

    En ce qui concerne les articles, j'en signe un premier sur l'opération Bagration, anniversaire oblige, que je résume rapidement, car il est impossible d'être exhaustif et complet en si peu de place. J'en profite pour signaler que la recension du livre sur l'opération Bagration de Jean Lopez (.5) n'est pas de moi. Ceux qui sont intéressés pourront en revanche lire la fiche détaillée que j'ai mise en ligne il y a quelques semaines (avec déjà 600 vues en moins de trois semaines...). En revanche la recension du livre Invasion ! est de mon fait, même si cela n'est pas mentionné, autre coquille.

    Enfin, le dernier article que j'ai écrit traite du fameux comparatif StG 44-AK 47, en l'honneur de la mort de M. Kalachnikov en décembre dernier. Ce n'est pas un comparatif technique mais plutôt d'histoire militaire et des armes à feu, pour comprendre comment Allemands et Soviétiques se sont mutuellement influencés dans la quête du fusil d'assaut, initiée pendant la Grande Guerre.

    Bonne lecture.

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    Article publié simultanément sur l'Alliance Géostratégique.

    N.B. :  les derniers ajouts apparaissent désormais en gras, pour ceux qui suivent le billet et ses mises à jour régulières.

    Merci à Timothy Holman et à Yves Trotignon pour leur aide dans la rédaction de cet article.


    Le cas des Français partis se battre en Syrie pose un problème particulier. Il n'est devenu vraiment visible (grâce aux médias, en particulier) qu'en 2013, année où le nombre de volontaires croît de manière importante. A l'image d'autres contingents européens, le djihad en Syrie est le plus grand mouvement du genre depuis la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. Pour autant, rapporté à la population totale de la France ou même à la population musulmane de la tranche d'âge concernée, le mouvement n'a rien d'une lame de fond ou d'un exode massif1 ; on peut cependant noter qu'il s'accélère depuis l'été 2013, ce qui inquiète les autorités, et certains spécialistes, quant au retour des djihadistes. Mais il faut dire que jusqu'ici, les informations ont été très éparses. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a multiplié les déclarations, à partir de mai 2013, au sujet du chiffre des Français impliqués dans le djihad en Syrie, pour arriver, en janvier 2014, à un total de 700, en tout, impliqués à un titre ou à un autre, depuis 2011. Chiffre difficile à vérifier, mais qui semble pourtant crédible, en tout cas pas forcément très exagéré. La dernière étude de l'ICSR, un institut britannique spécialisé sur la problématique des djihadistes étrangers, datée du 17 décembre 2013, plaçait l'estimation maximum, pour la France, à 413 individus2. Les Israëliens pensent que le dernier chiffre donné par Manuel Valls et F. Hollande est exagéré3. Ce que l'on peut savoir des cas bien identifiés montre pourtant que l'exemple français ne se distingue pas fondamentalement des autres contingents de volontaires européens, à quelques différences près4. Le recrutement, plutôt large au niveau de l'âge et des motivations au début, semble depuis s'être resserré vers des hommes jeunes, de 20 à 35 ans, plus déterminés et plus radicaux dans leurs choix sur le terrain. Il implique à la fois des personnes connues pour leur engagement antérieur, et souvent surveillées, mais aussi beaucoup d'hommes ou d'adolescents qui ont succombé au message radical, notamment délivré sur le web, sans que le phénomène se limite à des gens marginalisés sur le plan social. Comme pour l'ensemble des autres contingents, la majorité des volontaires français rejoint les deux formations djihadistes, le front al-Nosra (branche officielle d'al-Qaïda en Syrie depuis novembre 2013) et l'EIIL, en butte depuis janvier 2014 aux assauts des autres formations rebelles, parmi lesquelles le front al-Nosra lui-même. Les zones de départ sont assez bien identifiées : des grandes villes, Paris, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille-Roubaix-Tourcoing (ce qui correspond là encore à d'autres pays), avec une majorité de départs spontanés ou organisés en solitaire, sans forcément qu'il y ait recours à des réseaux organisés, la seule exception semblant être le sud-est (ce qui est une différence notoire cette fois avec d'autres Etats, comme la Belgique, où des réseaux plus structurés interviennent dans l'acheminement des volontaires, voire leur radicalisation). Les djihadistes français sont également, une fois arrivés, assez présents sur les réseaux sociaux, à des fins de recrutement, de propagande ou pour garder le contact avec les familles, comme on le verra à la fin de cet article.




    Un début de publicité pour un recrutement varié ? (2012-été 2013)


    En France, la question des candidats au djihad commence à inquiéter, dans la presse, à partir du second semestre 2012. Pourtant, dès le mois de mai 2012, 3 jeunes gens sont interpellés à l'aéroport de Saint-Etienne alors qu'ils s'apprêtent à partir pour la Turquie... avec des étuis à pistolet, des talkie-walkies et des lunettes de vision nocturne5. Le Figaroévoque « quelques dizaines de départ » au mois d'octobre 2012 et mentionne le docteur Jacques Bérès, qui a soigné plusieurs Français dans un hôpital rebelle à Alep, ville que les insurgés ont investi à l'été 20126. Certains d'ailleurs ne cachent pas leur admiration pour Mohamed Merah. Le même quotidien avait également parlé, au printemps 2012, de 6 Français arrêtés par la sécurité libanaise à l'aéroport de Beyrouth, et qui cherchaient manifestement à passer en Syrie. Pourtant, les services de renseignement intérieurs avaient commencé à tirer la sonnette d'alarme dès le printemps 2011.

    Les informations et les articles de presse se font plus nombreux au printemps et à l'été 2013, moment qui connaît effectivement, d'après les recherches des spécialistes, un accroissement sensible du départ des volontaires européens, et donc français, vers la Syrie, accroissement qui se confirme tout au long de l'année7. Non seulement les volontaires français, comme les autres, bénéficient du fait que l'accès au territoire syrien est beaucoup plus facile que pour d'autres terres de djihad dans le passé, mais, en outre, ils peuvent compter, parfois, sur les restes des réseaux organisés pour les djihads précédents, comme ceux qui avaient opéré pour l'Irak entre 2004 et 20068. Dès le printemps 2013 et l'émergence des premiers exemples précis de volontaires français, on constate que les motifs de départ sont très différents. Djamel Amer Al-Khedoud, 50 ans, originaire de Marseille et depuis prisonnier du régime, s'en va ainsi pour défendre les sunnites de Syrie, une motivation qui correspond au « djihad défensif » que l'on retrouve chez nombre de volontaires étrangers, en particulier ceux des débuts, de la période 2011-2012. Abdel Rahmane Ayachi, au contraire, Franco-Syrien de 33 ans, lui, a rejoint le groupe Suqur al-Sham, membre du Front Islamique depuis novembre 2013, et qui vise depuis expréssement à l'installation d'un califat islamique et à l'application stricte et rigoureuse de la charia. Il serait monté dans la hiérarchie jusqu'à commander un effectif de 600 combattants9. Ayachi, finalement tué en juin 2013, avait profité d'un entraînement militaire dans la réserve belge, qu'il a mis à profit, probablement, sur le champ de bataille syrien10. Raphaël Gendron, un Français de 38 ans, faisait lui aussi partie de Suqur al-Sham : il a été tué le 14 avril 2013. Résidant à Bruxelles, il était proche des milieux radicaux qui ont fourni, dans ce pays, un certain nombre de volontaires pour le djihad syrien.


    Abdel Rahmane Ayachi, tué en juin 2013, dirigeait des combattants de Suqur al-Sham.-Source : http://www.globalpost.com/sites/default/files/imagecache/gp3_full_article/photos/2013-March/suquar-al-sham-syria-leader.jpg


    Raphaël Gendron était bien connu des services français. Condamné à plusieurs reprises par la justice belge, il est arrêté par les autorités italiennes fin 2009 avec Bassam Ayachi, imam franco-syrien installé en Belgique et célèbre, lui aussi, pour ses opinions radicales. Ils auraient voulu organiser une filière de recrutement djihadiste pour al-Qaïda dans le sud de l'Italie. Relâchés, ils regagnent la Belgique où ils continuent d'animer le Centre islamique Assabyle, sur le site duquel Gendron se livre à une active propagande. Cas très différent, celui de ce jeune djihadiste français de 17 ans, originaire de Sartrouville, arrêté par la police grecque le 25 mai 2013 alors qu'il tentait de gagner la Syrie11. Il avait prévenu ses parents de son départ le 16 mai, après avoir acheté son billet d'avion pour Athènes et s'être muni d'un passeport. La famille prévient la police, qui parvient à joindre les autorités grecques : le jeune homme est arrêté dans un bus au nord du pays, alors qu'il se dirigeait vers la Turquie.


    Raphaël Gendron.-Source : http://static0.7sur7.be/static/photo/2013/2/5/9/20130415180823/media_xll_5734734.jpg


    Au mois de juin 2013, un diplomate français haut placé évoque déjà le chiffre de 270 Français partis se battre en Syrie12. Un mois plus tard, un djihadiste français présent en Syrie lance un appel vidéo à ses compatriotes et au président F. Hollande, lui demandant de se convertir à l'islam13. L'homme, qui se fait appeler Abou Abdelrahmane, annonce s'être converti il y a trois ans à l'islam, et avoir des parents français et athées. Il demande aux Français de rejoindre le djihad. Il s'agit en fait de deux demi-frères. Jean-Daniel Pons, un Toulousain de 22 ans, est finalement tué le 11 août. Agé de 22 ans, ce dernier avait été entraîné par son frère aîné, Nicolas, 30 ans, que l'on voit parler sur la vidéo. Titulaire d'un BEP, Nicolas était tombé dans la petite délinquance avant de se convertir en 2009 puis de faire du prosélytisme. Son frère Jean-Daniel l'avait rejoint en 2011 à Toulouse pour entamer un BTS de comptabilité, après avoir vécu avec leur père en Guyane ; il se convertit à son tour. Ils avaient gagné la Syrie tous les deux en mars 201314. Ils ont rejoint la Syrie via l'Espagne et la Turquie, faisant croire à leurs proches qu'ils allaient en Thaïlande, avant de leur dévoiler la vérité en avril15. La mère des deux jeunes gens, retraitée de l'armée, avait signalé la dérive inquiétante de ses fils aux autorités dès le mois d'avril. Quelques jours plus tard, un homme de 47 ans, originaire du territoire de Belfort, est interpellé par la DCRI : habitant à Toulouse, il était venu rendre visite à sa famille, et aurait eu des liens avec les deux Toulousains16 de la fameuse vidéo. Jacques Abu Abdallah al-Faransi, un Français venant de Marseille, est également vu en juillet 2013 sur une vidéo postée sur Youtube17.


    Abou Hajjar, un informaticien de la région parisienne parti en avril 2013 pour faire le djihad en Syrie, interrogé par Le Figaro, est en réalité Ayachi fils, évoqué plus haut18. Cet homme combat dans le Djebel al-Zawiya, dans la province d'Idlib, au sein du groupe Suqur al-Sham. D'après son témoignage, recueilli par Le Figaro, il effectue des missions de reconnaissance sur l'autoroute entre Lattaquié et Alep, pour signaler les mouvements de troupes et de convois du régime. Il se définit lui-même comme un « activiste islamiste » et non comme un djihadiste proche d'al-Qaïda. Son groupe comprend, selon lui, des Saoudiens et des Jordaniens. Il manifeste, dans ses déclarations, une certaine ouverture dans le traitement des minorités syriennes, et explique que son groupe cherche à convaincre, en ouvrant des bureaux de prédication, par exemple, mais pas par la force, comme certains djihadistes. Il ne compte pas revenir en France, où il a laissé femme et enfants19.


    Vers une accélération du recrutement, puis un resserrement des profils ? (automne 2013-février 2014)


    Le 1er septembre 2013, Manuel Valls annonce que plus d'une centaine de Français combattent actuellement en Syrie, qu'une dizaine y sont morts, et que certains sont déjà revenus20. D'autres informations parlent à la même époque de 9 Français tués au combat dans le pays21. En septembre, 4 hommes sont interpellés après avoir braqué un restaurant Quick dans les Yvelines, puis un cinquième un peu après à Châteauroux, dans l'Indre. Agés de 23 à 34 ans, ces 5 hommes étaient en fait surveillés depuis un moment par la DCRI et la DRPP ; ils appartiennent à un groupe dont l'un des membres, au moins, originaire de Trappes, se trouve déjà en Syrie. Ce sont des personnes « autoradicalisées », dont deux frères, des convertis parfois de fraîche date à l'islam. Ils avaient été repérés lors de manifestations anti-américaines à Paris en 2012 (rassemblement place de la Concorde, le 16 septembre, contre le film L'Innocence des musulmans), puis lors « d'entraînements collectifs » dans le sud de Paris22. Le braquage du Quick de Coignières devait servir à payer leur voyage vers la Syrie : munis d'une arme factice, ils avaient embarqué 2 500 euros... sous les yeux de la DCRI, qui les interpellent dès le lendemain. Ils étaient inconnus de la justice, sauf un seul d'entre eux condamné en 2005 pour vol aggravé23. L'intention de financer leur voyage par un simple braquage confirme que l'expédition pour gagner la Syrie est relativement facile, comme on peut le constater pour d'autres contingents européens24, et qu'elle n'implique pas forcément le recours à des réseaux organisés (le voyage revient à 300-500 euros, en passant par la Turquie). Ce même mois de septembre, un jeune Roubaisien trouve la mort en Syrie. Sofiane D., 20 ans, est tué le 20 septembre à Alep. Ses parents, inquiets, avaient prévenu les autorités en juillet 2013 : il était censé être parti en Algérie. Musulman pratiquant classique, selon un magistrat, « fusionnel » avec sa mère, il n'avait pratiquement jamais quitté Roubaix. Il aurait apparemment combattu dans les rangs du front al-Nosra25. Deux autres jeunes hommes de l'endroit auraient également gagné la Syrie26. Romain L., 26 ans, du Calvados, est quant à lui arrêté pour apologie du terrorisme sur Internet27. Il était l'administrateur du site Ansar al-Haqq, traducteur de la revue Inspire, éditée par Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique. Il utilisait le pseudonyme de Abou Siyad Al-Normandy. Fin septembre, les réseaux sociaux djihadistes mettent en avant la figure de Abu Suhaib al-Faransi, un commerçant de 63 ans converti à l'islam, et qui fait partie des volontaires français de l'insurrection28.


    A gauche, Abu Suhaib al-Faransi -Source : http://www.memrijttm.org/image/6170.JPG


    Les autorités française ont déjà, précédemment, arrêté Flavien Moreau, né à Ulsan, en Corée du Sud, avant d'être adopté en France29. Ce Nantais de 27 ans s'était imprudemment confié, à Antioche, en Turquie, à un journaliste suisse, en novembre 2012, ce qui l'avait immédiatement fait repérer par la DCRI. Il est arrêté quelques semaines plus tard à son retour en France, début 2013, et mis en examen. Le Nantais, qui enchaînait petits boulots et peines de prisons, s'était converti il y a cinq ans, et cherchait depuis sa dernière sortie, en 2012, à intégrer un réseau combattant. Ayant amassé quelques milliers d'euros grâce à divers trafics, il gagne Zurich, puis Istanbul et finalement Antioche, avec l'intention de rejoindre le groupe Ahrar al-Sham, aujourd'hui composante du Front Islamique, créé le 22 novembre 2013. Sans aucune expérience du combat, son engagement ne tient que quelques semaines, à l'issue desquelles il regagne la France. D'autres engagements sont tout aussi idéologiques, comme ces deux disciples de Jérémie Louis-Sydney, le leader de la "cellule de Cannes-Torcy", soupçonné de la tentative d'attentat contre une épicerie kasher de Sarcelles, en 2012 ; ces deux jeunes Français d'origine tunisienne sont depuis partis en Syrie.

    Début octobre, un Français aurait mené une attaque kamikaze dans la province d'Alep30. Surnommé Abou al-Qaaqaa, ce Français se serait fait exploser le 9 octobre dans le village de Al-Hamam, au sud-est de la ville. Cette attaque kamikaze ouvrait la voie à des combattants de l'EIIL (dont il aurait fait partie) et du front al-Nosra. Le 24 septembre, Abou Mohammad al-Fransi, un Français converti à l'islam, avait déjà été tué dans le même secteur. C'est également ce mois-là que commencent à remonter des informations sur une filière d'acheminement des volontaires tchétchènes via l'importante diaspora tchétchène établie dans le sud-est de la France (plus de 10 000 personnes)31. Les estimations officielles portent alors le nombre de Français impliqués dans les combats en Syrie à au moins 40032. Le 14 octobre, 3 suspects de la fameuse cellule terroriste Cannes-Torcy sont arrêtés dans les Alpes-Maritimes. Sont notamment saisis un pistolet-mitrailleur UZI et un pistolet semi-automatique, ainsi qu'une grande quantité d'argent en liquide. En novembre, 4 hommes de 22 à 35 ans sont interpellés dans le Val-de-Marne : ils appartiendraient à une filière djihadiste qui acheminerait des combattants vers la Syrie. 2 ou 3 d'entre eux auraient combattu avec le front al-Nosra. Les chiffres passent alors à plus de 440 Français partis pour la Syrie : la moitié est encore sur place, une douzaine sont morts, un ou deux sont prisonniers du régime, et 50 à 60 sont revenus en France. Sur la vingtaine de procédures déclenchées contre les volontaires de retour, seules trois ont alors abouti à des mises en examen33. Le 20 novembre, Abu Malik al-Faransi, un Français de 17 ans, est tué à Raqqa34. Le 27 novembre, c'est un homme habitant près de Lens qui est interpellé, faisant suite à l'arrestation, le 15 octobre, de deux autres personnes à Tourcoing et Roubaix. Ces deux personnes auraient gagné la Syrie puis seraient revenues en France35.



    Photo présumée d'Abou Malik al-Faransi.-Source : https://fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn2/p480x480/1472883_317021681772971_875519586_n.jpg


    A partir de la fin septembre 2013, le recrutement dans le sud-est de la France semble s'intensifier, et en particulier à Nice et sa région. Une dizaine de départs au moins est recensée à Vallauris, Saint-Laurent et à Nice, ainsi que du côté de l'Ariane et de la cité des Moulins, la plupart pour rejoindre le front al-Nosra. La majorité des jeunes concernés semblent s'être radicalisés très rapidement, avant de quitter leurs familles du jour au lendemain. En 2011, un réseau recrutait déjà, manifestement, pour le djihad en Afghanistan dans cette région36. Une filière pour le recrutement en Irak avait été démantelé, également, en 2005. Une mère de la région lyonnaise signale aussi, en décembre 2013, que son ex-mari, dont elle est séparée depuis juillet 2012, a visiblement enlevé sa fille pour gagner la Syrie via la Turquie, afin de rejoindre le front al-Nosra ; il s'était radicalisé après un séjour à La Mecque37. Il s'était également rapproché de Forzane Alizza, un groupuscule salafiste djihadiste dissous par les autorités françaises en février 2012.


    Le 22 décembre 2013, Nicolas, le frère de Jean-Daniel Pons (les deux Français issus de la région toulousaine), trouve la mort dans une attaque kamikaze près de Homs38. Les deux demi-frères auraient rejoint, depuis leur départ en Syrie, les rangs de l'EIIL39. Leur mère, Dominique Pons, avait signalé aux autorités la radicalisation de ses fils, puis créé en décembre 2013, avec son ex-mari, l'association Syrien ne bouge… Agissons ! D'après elle, Nicolas avait également retrouvé en Syrie un autre Toulousain qu'il connaissait40. En janvier 2014, les services de renseignement français évaluent à 500-600 le nombre de Français partis en Syrie, dont 220 encore sur place, 70 qui sont revenus et 18 tués, soit un effectif qui a quadruplé par rapport au mois de mai 2013. Sur ce total, 20% seraient des Français convertis, mais la majorité reste des jeunes gens d'origine maghrébine, pas forcément musulmans pratiquants, mais qui se radicalisent très rapidement. Outre la facilité d'accès au territoire syrien, les services de renseignement signalent qu'un des grands facteurs de motivation des volontaires est qu'ils ont l'impression de se battre pour une cause juste41. 10 à 14 jeunes gens originaires de Strasbourg auraient également quitté leur ville pour l'Allemagne, afin de rejoindre la Syrie, à la fin de l'année 201342. Un jeune homme issu du quartier d'Elsau, à Strasbourg, serait d'ailleurs mort dans une attaque kamikaze en Syrie au mois de novembre43.

    L'attention en France sur le phénomène des volontaires candidats au djihad syrien, qui avait cru un peu en 2013 avant de s'éclipser devant les attaques chimiques du mois d'août 2013 et ses suites, rebondit avec l'annonce du départ, en janvier 2014, de deux jeunes adolescents de 15 ans, originaires de la région toulousaine, très relayée dans les médias. Tous les deux scolarisés au lycée des Arènes, les deux adolescents sont partis le 6 janvier pour gagner la Turquie. L'un des deux adolescents, Yasine, était réputé brillant élève, un des meilleurs de sa classe. L'autre, Ayoub, le plus âgé, en revanche, est connu des services de police, et appartient à une famille qui pouvait avoir des convictions religieuses rigoristes. Yacine achète les billets d'avion pour la somme de 417 euros et les deux jeunes gens embarquent sur un vol de la Turkish Airlinesà destination Istanbul. Ils arrivent ensuite à Antioche. Mais difficile de dire, dans leur itinéraire, s'ils ont bénéficié de l'assistance d'un réseau organisé ou non44. Rattrapés et ramenés en France, les deux adolescents sont finalement mis en examen45. Il s'avère ensuite que les deux adolescents sont entrés en contact avec les insurgés via les réseaux sociaux, et sans doute un intermédiaire français, qui les aurait guidés à la frontière turque. Les deux jeunes gens auraient voulu rallier le front al-Nosra. Ils ont un rejoint un camp d'entraînement près d'Idlib ; c'est parce que celui-ci prenait du retard et parce qu'ils ne combattaient pas que les deux adolescents ont finalement quitté le pays46. L'événement confirme à la fois l'accélération du recrutement en France, mais aussi sa diversification. Si la majorité des recrues continue à venir des grands centres urbains (Lille-Roubaix, Strasbourg, Toulouse, Paris, le sud-est et Nice), les profils semblent moins correspondre à des jeunes en pertes de repères ou désocialisés, mais au contraire à des jeunes parfois plus intégrés47. Le père d'un deux adolescents a d'ailleurs rapidement prévenu les autorités et lancé un appel public : selon lui, son fils a notamment été radicalisé par le biais d'échanges sur le web, notamment par Facebook48. Dans le sud-est, à Nice et ses alentours, ce serait déjà une quarantaine de jeunes gens qui seraient partis pour le djihad syrien, avec de plus en plus d'adolescents -16, voire 15 ans49. Dans le quartier populaire de Saint Roch, à l'est de Nice, il y aurait eu 7 à 8 départs rien qu'entre septembre et décembre 201350. Fin décembre, c'est une famille de dix personnes toute entière qui part pour la Syrie51. Au début du mois de décembre, la DCRI avait procédé à l'interpellation d'un recruteur présumé du milieu niçois52.


    En février 2014, Salahudine, un djihadiste français de 27 ans originaire de la région parisienne, parti combattre en juillet 2013, livre un ultime témoignage après avoir été gravement blessé à Alep. Il avait emmené femme et enfants avec lui, et manifestement n'a pas bénéficié du concours d'un réseau : il a organisé son voyage via la Turquie tout seul. Après avoir gagné Alep, il rejoint l'EIIL, est formé dans un camp d'entraînement puis est expédié rapidement sur le front. En novembre 2013, visiblement dégoûté par l'EIIL, il rallie le front al-Nosra (qui ce même mois est reconnu comme branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, au détriment de l'EIIL). Il combat à Alep, Damas et Homs. Il touche chaque mois 50 dollars, mais s'est acheté lui-même son AK-47 pour 1 300 dollars53. Un autre combattant français appartenant à l'EIIL, Abou Shaheed, qui se trouve au nord d'Alep, a également livré son témoignage en février 2014. C'est un volontaire déterminé, qui ne pense pas revenir en France mais qui n'en est pas moins partisan d'un djihad transnational54. Néanmoins, selon les services de renseignement français, le profil des volontaires se serait désormais resserré. Il comprendrait désormais majoritairement des hommes de 20 à 35 ans, plus déterminés. Un tiers des 250 Français encore présents en Syrie seraient des Caucasiens, des Tchétchènes ayant transité par la région de Nice (qui sert de hub pour les Caucasiens et en particulier pour les Tchétchènes, avec Vienne, en Autriche). Sur le reste, on compterait une moitié de convertis et une autre moitié de jeunes issus de l'immigration maghrébine, ainsi que quelques femmes. Fait notable, des groupes radicaux comme l'EIIL n'hésitent pas à utiliser les volontaires étrangers, comme les Français, pour des attaques kamikazes. On signale en outre plusieurs cas de départ où les personnes s'installent à la frontière turque ou dans le nord de la Syrie mais ne prennent pas part au combat, attendant l'installation d'un califat islamique55. Le 20 février, un jeune Niçois de 18 ans, parti en Syrie en septembre 2013, est arrêté à son retour en France. Farid avait combattu dans la région d'Alep. Jeune lycéen, il était parti avec trois autres amis d'une cité de l'est ce Nice, après s'être radicalisé en quelques semaines. Il a été emprisonné après son arrestation, dans l'attente de son jugement56.


    A droite, Abou Shaheed.-Source : http://www.memri.org/image/16983.JPG




    Les djihadistes français sur les réseaux sociaux


    Les djihadistes français sont très présents sur les réseaux sociaux, surtout Twitter et Facebook57. Ils donnent des informations sur leur parcours, sur les combats et les conditions pratiques du djihad. Majoritairement, ceux qu'on y voit font partie de l'EIIL. Les volontaires étrangers ont tendance, en Syrie, à se regrouper, par affinité culturelle et linguistique, mais il n'est pas dit que ce soit systématiquement le cas pour les Français, même si certains combattent bien dans les mêmes formations. Certains arrivent ensemble et se connaissent avant le djihad. On note aussi la présence d'épouses de combattants. Les réseaux sociaux servent au recrutement, à la diffusion de la propagande, et pour maintenir le contact avec les familles. La propagande joue sur l'analogie avec les jeux vidéos, dans les illustrations qui peuvent être diffusées. Evidemment, les conflits internes aux insurgés, comme celui qui oppose depuis avril 2013 l'EIIL au front al-Nosra, sont relativement peu présents. Abou Shaheed, arrivé en Syrie en mai 2013, fait ainsi partie de l'EIIL, et évoque souvent la poursuite du djihad après la chute du régime Assad. Un autre djihadiste francophone, lui aussi membre de l'EIIL et arrivé à la même date, qui opère sous le pseudo Si tu veux mon avis, donne beaucoup de détails sur les combats et affirme avoir participé à ceux de la base 80, à Alep. Abou Mohammed Muhajir, un autre Français, est également incorporé dans l'EIIL : arrivé à l'été 2013, il combat autour d'Azaz. Il est marié à Umtawwab zawjetu abu’’mohamed, une femme originaire de Lorient, qui collecte des fonds à des fins soi-disant humanitaires via Facebook, et qui prétend avoir fait l'aller-retour en France entre octobre-novembre 2013. Mourad Ibn Amar, lui aussi arrivé en Syrie à l'été, fait également partie de l'EIIL. Il apparaît sur de nombreuses photographies de groupes. Sous le pseudo Selim Det-R, un Roubaisien est également inclus dans l'effectif de l'EIIL. Abdullah Wade, un Français, s'efforce quant à lui de collecter des fonds pour rénover des habitations en Syrie au profit des djihadistes français. Abou Tasnim est probablement un Français originaire d'Haïti. Ses parents sont chrétiens ; il habitait en Seine-Saint-Denis, son père est entrepreneur, de classe moyenne ; lui-même produisait de la musique électronique. Il a rejoint la Syrie le 17 octobre 2013 après être passé par Istanbul puis Ghaziantiep, et il combat, lui, au sein du front al-Nosra. Blessé à l'entraînement, il répond beaucoup sur les réseaux sociaux aux questions pratiques pour le voyage jusqu'en Syrie, et livre son expérience de la guerre. Il participe à de nombreuses escarmouches, combat même des Kurdes en janvier 2014. Il quitte al-Nosra qu'il juge « trop inactif » et rejoint l'EIIL d'Atmeh ; le 14 février, il est à Azzaz58.



    Abou Tasnim.-Source : http://www.memri.org/image/16984.JPG




    Le djihad familial : femmes, enfants, mais aussi jeunes filles en Syrie


    Autre phénomène inquiétant et lié au djihad en Syrie : le départ de jeunes filles en direction de ce même pays. Anissa, 22 ans, se convertit sous l'influence d'une amie de son lycée de Bordeaux. Elle se marie avec un jeune musulman présenté par un imam rencontré sur Skype et laisse une lettre d'adieu à sa mère. Des dizaines de Françaises sont concernées par ce phénomène : Ly, 19 ans, une étudiante d'origine sénégalaise, est partie avec son bébé de 15 mois. Elle est accompagnée d'une lycéenne de 17 ans d'Epinay, qui a piraté la carte bancaire de son père pour financer le voyage59. A la même époque, fin février 2014, c'est une adolescente grenobloise de 14 ans qui est arrêtée à l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry alors qu'elle s'apprêtait à prendre l'avion pour Istanbul. Placée dans un foyer, elle s'enfuit avant d'être de nouveau rattrapée le lendemain. C'est le troisième mineur au moins qui tente de rejoindre la Syrie depuis janvier 2014, après une adolescente de 15 ans qui a elle réussi à gagner le pays60. Nora, 16 ans, est partie le 23 janvier ; son frère assure qu'elle a été manipulée par d'autres personnes et que, dès la mi-mars, elle regrette son départ en Syrie61. Il est parti une première fois pour la ramener en février ; refoulé à la frontière turque, il réussit lors d'une deuxième tentative, en avril 2014, à passer en Syrie et à voir sa soeur par deux fois62. Fin mars, Barbara Marie Rigolaud, une Française de 35 ans originaire de Nanterre, est arrêtée par le PYD (parti kurde qui contrôle des zones au nord-nord-est de la Syrie) près d'Alep. Cette Française aurait rallié le front al-Nosra après avoir appartenu à l'EIIL. Elle est arrivée en Syrie en mai 2013 avec son mari et ses quatre enfants63. C'est également en mars 2014 que la mère d'Assia, la fillette de 23 mois emmenée par son père depuis octobre 2013 en Syrie, lance de nombreux appels pour être entendue64. Sahra, une adolescente de 17 ans originaire de Lézignan-Corbières (Aude), aurait fugué et rejoint la Syrie à partir du 11 mars. Elle aurait embarqué à Marignane dans un vol pour la Turquie. Le 14 mars, elle confirme à son frère qu'elle est dans la région d'Alep. Sahra, qui pratiquait l'islam depuis au moins un an, avait apparemment bien préparé son départ65. Sur le même modèle, une jeune lycéenne de 16 ans, à la double nationalité française et algérienne, habitant à Troyes, est signalée probablement partie en Syrie par ses parents le 8 avril 2014. Radicalisée en quelques mois, elle aurait reçu, comme Sahra, une somme d'argent en liquide d'un intermédiaire pour payer son voyage66. Elle est finalement arrêtée en Allemagne avant d'avoir pu rejoindre la Syrie.








    Un recrutement continu dans les premiers mois de 2014


    France Info interroge, en février 2014, deux Français partis se battre en Syrie : Abou Chaak, 24 ans, et Abou Dahouk, 26 ans. Ils se disent originaires de la région parisienne, combattent alors dans la région d'Alep et appartiennent à l'EIIL. Dahouk fait partie des premiers Français arrivés en Syrie, dès le début 2013 ; il envisage non pas de revenir en France pour commettre des attentats mais de mourir en « martyr » sur la terre syrienne67. En mars, Seif al-Qalam, un jeune homme de 27 ans lui aussi originaire de la région parisienne, qui a combattu pour l'EIIL avant de rallier le front al-Nosra (il est arrivé sur place en juillet 2013 avec femme et enfants), prétend que ce dernier groupe comprend une brigade entièrement composée de Français (une centaine d'hommes ?) dont il ferait partie. Ce seraient les Français qui auraient imposé cette solution pour des raisons de compréhension linguistique. Ces hommes souhaitent avant tout combattre en Syrie et ne s'en prendraient à la France que si celle-ci menait des opérations contre eux68. Mi-février, Bilel, un licencié en économie et sapeur-pompier volontaire de Grenoble, est tué dans les combats à Homs. Il était parti en Syrie en juillet 2013 avec son frère et plusieurs autres volontaires français pour le djihad ; il s'était manifestement radicalisé après une rupture amoureuse. Sur place, il rejoint le front al-Nosra et prend le nom de guerre de Abou Siddiq Al-Tounsi69. Le 22 mars 2014, un Français, Sylvain Decker, est arrêté par la police marocaine à Rabat. Il faisait partie d'un réseau de recrutement pour le djihad, notamment en Syrie, qui oeuvrait à la fois en Espagne et au Maroc70. Un projet d'attentat terroriste dû à un vétéran du djihad syrien est probablement déjoué dans le sud-est de la France. La DCRI avait découvert, le 17 février 2014, 900 grammes d'explosifs dans un immeuble près de Cannes, point de chute d'un membre de la cellule Cannes-Torcy arrêté quelques jours plus tôt. Le jeune homme, Ibrahim B., était parti pour la Syrie en septembre 2012, avec deux autres personnes, échappant ainsi au coup de filet de la DCRI sur la cellule. Abdelkader T., un des deux compagnons d'Ibrahim, est arrêté en Italie le 16 janvier 2014. Ibrahim B. serait revenu ce même fois en France, après avoir combattu comme les autres au sein du front al-Nosra. Le 11 février, il est arrêté dans l'immeuble où sont découverts plus tard les explosifs71. Fin avril 2014, un jeune homme âgé d'une vingtaine d'années, qui se prétend ancien militaire français dans un régiment d'infanterie parachutiste, est vu dans une vidéo postée sur Youtube72. Le 30 avril, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve indique que 285 Français se trouvent actuellement en Syrie, et s'inquiète d'une augmentation de 75% de ce total en quelques mois. Une centaine de djihadistes seraient revenus en France et 5 auraient été tués73. Le lendemain, un Algérien de 37 ans, résident régulier en France, est expulsé car soupçonné de recruter dans l'Hexagone pour le djihad en Syrie. Il a été arrêté par la Turquie à bord d'un bus emmenant un groupe de Français vers la Syrie. Il était proche de deux autres hommes habitant en Savoie, comme lui, connus pour avoir participé aux filières d'acheminement de volontaires en Afghanistan et condamnés en février 201174.






    Le plan du gouvernement français : une opération de communication ?


    Le 23 avril 2014, le gouvernement français dévoile un plan pour lutter contre le départ de jeunes gens en Syrie, notamment pour tenter d'assurer une détection précoce de potentiels candidats au djihad. Ce plan prévoit enfin une cellule de crise pour les parents, accueillis par des professionnels, et envisagerait la réintroduction de l'autorisation de sortie du territoire pour les mineurs (mesure finalement écartée). Le renseignement humain et la cybersécurité seront mises à contribution pour détecter les personnes susceptibles de se radicaliser75. Cependant, Wassim Nasr, journaliste spécialiste des djihadistes, ces mesures interviennent dix ans trop tard. Il ne croit pas à l'efficacité de la plateforme de signalement mise en place pour les parents. Il plaide aussi pour ne plus traiter le phénomène comme un problème criminel ; et en effet, les profils sont très variés, trop pour être réduits à ce postulat, d'autant que comme il le souligne, tous les candidats au départ ne comptent pas forcément revenir en France pour commettre des attentats. Le problème est aussi politique, et lié à la position de l'Etat français sur le conflit syrien76. David Thomson, journaliste à RFI et auteur d'un ouvrage sur les djihadistes français parus en mars 201477, confirme que les profils sont très divers. Si les motivations de départ sont tout aussi variées, le djihad en Syrie est sans précédent dans l'histoire contemporaine, pour la France, en raison de la facilité d'accès à ce champ de bataille et à l'emploi des réseaux sociaux. Il explique comment un premier contingent d'une vingtaine de Français, arrivés à partir de fin 2011 et en 2012, a réalisé un appel d'air via les réseaux sociaux et entraîné cet afflux massif que l'on constate en particulier depuis l'an passé. Il confirme également qu'il existe une brigade de Français au sein du front al-Nosra. Le rapport des djihadistes aux réseaux sociaux et à des biais différents de ceux des djihads précédents fait toute la difficulté de la prévention du phénomène et même de son suivi en cas de retour du djihadistes sur le sol français. La seule ligne jaune à ne pas franchir, selon lui, ce sont les menaces d'attaques sur le territoire national : à ce moment-là, le gouvernement intervient mais préfère autrement surveiller ces réseaux sociaux, ces forums ou ces sites qui sont aussi des sources de renseignement. D'ailleurs le net des djihadistes, qui passent par de nombreux réseaux sociaux, est quasiment impossible à contrôler. Le seul effet positif qu'il voit dans le plan du gouvernement est la création d'une cellule à destination des parents, qui il est vrai, arrive bien tard78. Le plan du gouvernement ferait donc surtout état d'une stratégie de communication, après que celui-ci ait sous-estimé le problème en 2011 et ait préféré peut-être voir les jeunes volontaires partir se battre en Syrie plutôt que de commettre des attentats sur le sol français79. D'après RTL, la plateforme de signalement du gouvernement a enregistré 24 candidats au départ en Syrie, en dix jours, dans 16 départements : 8 femmes et 16 hommes, âgés de 14 à 34 ans. 5 de ces 16 personnes sont effectivement parties80.


    Pour David Thomson, les djihadistes français partent pour assumer un djihad défensif, contre le régime de Bachar el-Assad, mais aussi parce qu'ils croient à la prophétie musulmane de la fin du monde, l'apocalypse, qui doit se dérouler en Syrie (pays de Cham). Il n'y a pas de portrait type du djihadiste français puisque si certains sont issus des quartiers défavorisés des grandes villes, d'autres viennent de la campagne et n'ont jamais rencontré un musulman. Beaucoup sont délinquants, mais pas tous, certains étant parfaitement insérés dans le tissu social. Le seul dénominateur commun est le rôle d'Internet et des réseaux sociaux. Ceux-ci ont permis de banaliser le message du djihad et de l'étendre à un public plus large, plus jeune, pas forcément musulman. La plupart des djihadistes le deviennent en autodidacte, via le net81. Les premiers Français partis en 2011-2012 sont passés par le Maghreb, notamment la Tunisie, à un moment où il n'y avait pas encore de « réseau » organisé. Aujourd'hui le trajet est plus direct, via un vol vers la Turquie et une prise en charge à la frontière par les rebelles, sans qu'il y ait de réseaux d'acheminement forcément organisés. Sur place, ils retrouvent des Français, souvent des convertis récents comme eux, et peuvent s'intégrer par exemple à la brigade française au sein du front al-Nosra où l'on trouve plusieurs figures importantes du djihad médiatique sur les réseaux sociaux. Les Français qui partent cherchent avant tout à vivre dans une terre d'islam « authentique » ou à mourir en martyr. Mais certains, déçus, peuvent repartir, comme cela est arrivé pour les deux adolescents toulousains en janvier 2014. Les femmes partent pour les mêmes raisons, elles ne combattent pas même si elles apprennent à se servir d'armes comme l'AK-47 pour se défendre. Ces femmes peuvent épouser un aspirant djihadiste avant de partir, partir en famille si elles sont mariées de longue date avec l'un d'entre eux, ou obtenir une promesse de mariage en Syrie. Contrairement aux nombreuses rumeurs qui ont circulé sur la toile, il n'y a pas de « djihad sexuel », mais un djihad matrimonial. Pour David Thomson, il y a une différence entre les Français qui combattent avec le front al-Nosra, et qui privilégieraient pour l'instant le combat contre le régime syrien et la mort en martyr, et ceux de l'EIIL, qui envisagent pour certains des attentats sur le sol français82. Pour Gilles Keppel, le salafisme présent en France dans certaines cités, comme à Roubaix et d'autres villes, témoigne d'un « djihad du pauvre », avec des personnes faisant souvent la confusion entre monde virtuel et monde réel. Souvent, un environnement familial ou local à tendance salafiste préexiste à l'incarcération en prison. Enfin, la cause du djihad syrien attire à elle un public beaucoup plus large, parfois au-delà du groupe musulman, comme le disait aussi David Thomson83.

    Le 13 mai 2014, 6 djihadistes de retour de Syrie sont interpellés dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg (un des lieux de recrutement éminents du djihad syrien et une place historique du djihad en France) par la DGSI, avec le soutien du RAID et du GIPN. Ces arrestations visent des jeunes gens d'origine maghrébine ou turque qui avaient prétendu partir en vacances à Dubaï, via l'Allemagne, alors qu'en réalité ils avaient rejoint des camps d'entraînement dans le sud de la Turquie84. Cette opération est probablement un signal donné par les autorités françaises aux djihadistes et, selon un spécialiste du renseignement et du terrorisme85, elle vise à décourager les vocations d'apprentis-djihadistes pas encore radicalisés, et probablement aussi à faire du renseignement sur lesdits djihadistes, pour mettre à jour les informations disponibles, cerner les profils, etc. Ces personnes faisaient partie d'un groupe d'une douzaine parti en Syrie au mois de décembre 2013. Deux frères sont morts sur place86. A la fin mai 2014, la presse française révèle que Souad Merah, la soeur de Mohamed Merah, s'est envolée pour la Turquie avec ses quatre enfants, pour rejoindre son compagnon présent sur place87.

    Début juin 2014, François Hollande annonce que plus de 30 Français partis se battre en Syrie ont été tués88. C'est également début juin qu'est annoncée la mort de Chaquir Maaroufi89, alias Abou Shaheeed, un jeune Français de 30 ans membre de l'EIIL. Originaire des Pyrénées-Atlantiques, il avait rejoint la Syrie dans la seconde moitié de 2013, probablement via le Maroc, où il était parti en 2011 après avoir été condamné en France pour des faits de délinquance90. Abou Shaheed était une figure du recrutement pour le djihad syrien sur les réseaux sociaux. Mi-juin, le gouvernement français expulse un nouveau recruteur pour le djihad en Syrie, un Tunisien de 28 ans qui opérait dans la région de Grenoble. Ahmed B., basé dans un quartier sensible de Grenoble, le Village Olympique, salafiste bien connu, envoyait les jeunes gens en Tunisie, où ceux-ci étaient formés avant de partir en Syrie91. A la même période, une adolescente d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, âgée d'à peine 14 ans, est soupçonnée de s'être rendue en Syrie, après un processus de radicalisation récent qui n'a pas éveillé l'attention de ses parents92. Fin juin, la DGSI interpelle deux Nîmois et une femme à Avignon -un autre, peut-être en Syrie, a échappé au coup de filet- impliqués dans une filière d'acheminement des Français dans le pays. Deux des hommes visés sont par ailleurs impliqués dans une affaire criminelle, le meurtre d'un jeune homosexuel dont le corps avait été retrouvé en juillet 2011. Cette filière aurait envoyé une vingtaine de Nîmois en Syrie rien que pour l'année 201393.


    Le 28 juin, un jeune Niçois de 17 ans, qui a combattu au sein du front al-Nosra avant de revenir en France, est arrêté et mis en examen pour «homicide volontaire et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » . Après qu'il soit parti avec son frère de 23 ans, son père, Abderazak Cherif, était parti le chercher à la frontière turco-syrienne après l'avoir convaincu, via Facebook, de renoncer au djihad. Il est arrêté sur l'accusation d'un autre djihadiste revenu en France qui précise qu'il a participé à une exécution, en Syrie94. Le 9 juillet, le ministre de l'Intérieur français, Bernard Cazeneuve, présente un nouveau projet de loi pour renforcer l'arsenal juridique antiterroriste, et fournit de nouveaux chiffres officiels sur la participation des Français au djihad syrien. Le phénomène concernerait désormais 870 personnes, dont deux tiers inconnus des services de police avant leur départ. La moyenne d'âge serait de 26 ans. Mais le total comprend aussi 140 femmes, dont 54 présentes en Syrie et 30 en Turquie. Ces femmes partent parfois avec leurs enfants (7 mineurs, tandis que 8 autres sont partis en Syrie par leurs propres moyens). Deux tiers des volontaires sont des Français, le dernier tiers étant constitué de résidents, des étrangers munis d'une carte de séjour. Sur le total, 20% des hommes sont des convertis récents à l'islam, tout comme un tiers des femmes. Il n'y aurait que 15 vétérans des djihads précédents95.



    Pour David Thomson, la moitié des Français qui combattent au sein de l'Etat Islamique (nouveau nom de l'EIIL depuis le 29 juin dernier) sont d'abord chargés de recruter d'autres volontaires via les réseaux sociaux. Cette propagande est efficace et elle a fait ses preuves, permettant d'attirer les premiers contingents français sur place. Contrairement à d'autres djihadistes comme les Britanniques, qui utilisent d'autres plate-formes pour fotidiurnir de véritables « guide du djihadiste », les Français restent surtout cantonnés à Facebook. Ils fournissent des conseils pratiques pour se rendre en Syrie et d'autres précisions sur la vie quotidienne sur le champ de bataille. D'après Thomson, le resserrement de la position des autorités français oblige désormais les djihadistes à un peu plus de discrétion. Les Français ne servent pas seulement de « vitrine » à l'Etat Islamique, comme les autres combattants étrangers, mais participent bien aux opérations militaires (progressivement), aux attentats-suicides (en Irak) et même à la police des territoires conquis96.



    On en sait aussi désormais un peu plus sur le jeune Cannais arrêté en février dernier, Ibrahim Boudina, qui aurait préparé un attentat sur le sol français. Boudina, membre de la cellule Cannes-Torcy, avait gagné la Turquie avant l'opération des autorités françaises. Il a combattu dans le front al-Nosra puis est passé à l'EIIL. Sa radicalisation, assez évidente, a pourtant laissé de marbre sa famille, alors que les enquêteurs le considèrent comme l'un des plus déterminés du groupe97. A la fin juin, et en dépit de l'affrontement entre l'Etat Islamique et les autres groupes rebelles, le recrutement pour le djihad syrien en France n'a en rien perdu de sa vigueur. Le numéro vert mis en place pour signaler les cas potentiels de départ a enregistré 192 appels depuis avril, dont 36 personnes qui sont probablement parties en Syrie. 84 de ces appels (44%) concernent des femmes98. Le 19 juillet, le Franco-Marocain Abu Abdallah Guitone, alias Abou Tamima, membre de l'Etat Islamique, exhorte dans une vidéo d'Al-Hayat (le média officiel de l'Etat Islamique) en français les Occidentaux à venir combattre pour l'EI et de prêter allégeance à son calife99. Le 22 juillet 2014, deux hommes et une femme sont arrêtés à Albi, dans le Tarn. Deux d'entre eux auraient séjourné en Syrie entre avril et mai 2014 et l'un d'entre eux serait un possible recruteur pour le djihad. La cellule évoluait entre Albi et Toulouse et était suivie depuis septembre 2013.




    Conclusion


    Il est difficile de formuler des hypothèses quant à l'avenir du recrutement français pour le djihad syrien, notamment parce que les chiffres sont incertains, peut-être plus encore que pour d'autres contingents, en particulier européens. La situation plus difficile de l'insurrection face au régime, depuis l'accord sur les armes chimiques de septembre 2013, et les affrontements entre rebelles, notamment ceux dirigés contre l'EIIL, ne semblent pas avoir tari le recrutement. Les Français, comme d'autres, se dirigent majoritairement vers les groupes les plus radicaux, liés à al-Qaïda, comme le front al-Nosra et surtout l'EIIL, qui bien que marginalisé dans le dispositif d'al-Qaïda par les affrontements récents, n'en demeure pas moins un acteur important sur le terrain. On peut donc s'inquiéter à la fois de la difficulté à suivre des départs souvent spontanés, délicats à anticiper, et du retour de personnes aguerries sur les champs de bataille syriens et qui souhaiteraient prolonger leur combat en France. Néanmoins, il faut aussi noter qu'une partie des volontaires, comme dans d'autres pays, était impliquée de longue date dans les réseaux djihadistes, et qu'elle était surveillée préalablement, d'où, d'ailleurs, certaines arrestations, à terme. Pour cette catégorie, il est manifeste que les services de renseignement pourraient procéder, si besoin, à des coups de filet de plus grande ampleur. Aller en Syrie ne constitue pas un délit, et il faut accumuler des preuves pour procéder aux interpellations. Ce qui est inquiétant, c'est la forte proportion de personnes parfois seules qui s'autoradicalisent par différents moyens, notamment le web, et qui partent de manière parfois imprévisible en direction de la Syrie -un voyage qui, comme on l'a dit, par son caractère aisé, notamment via la Turquie, est une aubaine pour le djihad. Le défi majeur, c'est que l'évolution de la nature même du terrorisme islamiste fait que le retour d'une dizaine de combattants fanatisés seulement pourrait avoir un impact démesuré, par la création de réseaux, ou même par une action en solitaire, comme celle de Mohamed Merah. C'est tout l'enjeu, pour les services de renseignement, d'arriver à dissoudre au mieux ce phénomène, tâche des plus ardues. Le phénomène des volontaires français est donc plus complexe qu'il n'y paraît, et il faudra bien évidemment continuer d'en analyser les évolutions.





    Tableau récapitulatif des estimations officielles fournies par le ministre de l'Intérieur français, Manuel Valls, puis par son successeur Bernard Cazeneuve à propos des Français partis se battre en Syrie (mai 2013-mai 2014).



    Nombre de volontaires partis depuis 2011
    Encore sur place
    Revenus
    Tués
    En transit
    Candidats au départ
    Femmes
    Mai 2013
    120
    50
    30

    40


    Septembre 2013

    130
    50
    10
    40
    100

    Octobre 2013

    184
    80
    14



    Décembre 2013
    +400
    184
    80
    14

    100

    Janvier 2014
    700
    250
    76
    26

    150

    Avril 2014

    285
    100
    25
    120


    Juillet 2014
    870





    140



    1Thomas Hegghammer, « Number of foreign fighters from Europe in Syria is historically unprecedented. Who should be worried? », The Monkey Cage, 27 novembre 2013.
    2Aaron Y. Zelin, Sami David, « Up to 11,000 foreign fighters in Syria; steep rise among Western Europeans », The International Centre for the Study of Radicalisation, 17 décembre 2013.
    3Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    17Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    18Précision apportée par Babak Khabazan, que je remercie.
    25Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    28Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    34Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    58Merci à L.G. de m'avoir fourni ces informations sur ce djihadiste, à partir de son compte Twitter.
    77David THOMSON, Les Français jihadistes, Paris, Editions des Arènes, 2014.
    85Merci à lui.

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    En janvier 2012, alors que je rencontrais Jean Lopez au siège des éditions Mondadori à Paris, pour l'encadré « blog » du n°5 de Guerres et Histoire, j'avais posé une question à propos de l'écriture d'un possible ouvrage traitant de l'opération Bagration. Jean Lopez m'avait répondu que l'ouvrage était dans l'ordre des possibles, mais pas encore à l'ordre du jour. Or à peine deux ans plus tard, voici venu Opération Bagration. La revanche de Staline (qui emprunte son sous-titre à un ouvrage anglo-saxon), paru six mois après le Joukov de Jean Lopez.

    Le Joukov, que j'avais commenté en détail ici, manifestait probablement l'ambition de Jean Lopez de sortir de son rôle réel : celui d'un vulgarisateur en français et d'un compilateur des meilleures sources anglo-saxonnes, allemandes, voire russes (avec l'aide précieuse de plusieurs traducteurs), de l'histoire militaire du front de l'est, ce qui se vérifie ici. Avec ce Bagration, Jean Lopez appuie sur la même ambition et poursuit sa série de volumes dans la collection Campagnes et Stratégies, chez Economica, quasiment au rythme d'un ouvrage par an, si l'on fait exception du Joukov, donc, et d'un autre ouvrage consacré à des témoignages soviétiques. J'avais commenté, avant le Joukov, certains ouvrages parus chez Economica, mais pas avec la distance critique nécessaire que j'ai maintenant. Pour le dire clairement, j'étais victime, moi aussi, d'une certaine « fascination » pour le travail de Jean Lopez, qui s'est dissipée depuis plus de deux ans et demi, à partir de mon propre travail, notamment pour les articles de magazines, de nombreuses lectures et d'un retour aux sources, pour ainsi dire, de la méthode historienne, le tout appliqué à l'histoire militaire. Cette fiche sera donc le premier ouvrage de la collection que je recense de manière critique, dans le bon sens du terme. Autant le dire tout de suite, Jean Lopez réalise encore, à nouveau, un bon travail de compilation/vulgarisation en français sur le sujet : rien de plus.



    A tout seigneur tout honneur : encore une fois, Jean Lopez est quasiment le premier à écrire en français sur le sujet, si l'on excepte l'édition reliée des hors-série Historica du magazine 39-45 sur le même thème, écrits par François de Lannoy, et qui proposent surtout une vision germanocentrée (et en relayant les biais allemands, aussi, il faut bien le dire) de la campagne. En dépit de l'énorme effort de rédaction (pas loin de 400 pages pour ce volume), le travail de Jean Lopez ne doit pas induire en erreur le lecteur, tout comme il ne surprend pas la personne qui connaît un tant soit peu la bibliographie et l'historiographie du front de l'est, en particulier sur le plan de l'histoire militaire. Car même si Jean Lopez, ici, fait davantage oeuvre d'histoire politique et diplomatique, je persiste et je signe : son propos se classe d'abord et avant tout dans une histoire militaire très classique et se présente comme une simple compilation/vulgarisation.

    Comme le dit l'auteur en introduction, Bagration a souffert de sa proximité avec le débarquement de Normandie et d'autres événements liés à ces deux opérations importantes du conflit à l'été 1944 : l'attentat contre Hitler, l'insurrection manquée de Varsovie en particulier. Côté soviétique, Bagration a peut-être été un peu moins oubliée par l'Armée Rouge que ne le prétend Jean Lopez, notamment comme forme de modèle pendant la guerre froide, pour certaines opérations (ce qu'il dit un peu plus loin, d'ailleurs). En revanche, côté allemand, on nuancera l'affirmation de l'auteur, car de nombreux officiers fait prisonniers, en particulier, et relâchés jusqu'en 1955, ont écrit sur Bagration et leur expérience dramatique ; seulement, ces publications se sont faites en allemand et sont restées pour bonne partie assez confidentielles. Il a fallu attendre les années 1980 et le renouveau historiographique sur l'histoire militaire du front de l'est, initié en particulier aux Etats-Unis, pour que les historiens occidentaux se penchent un peu plus sur ce qui fait figure de seconde catastrophe pour la Wehrmachtà l'été 1944. Jean Lopez se propose aussi d'étudier Bagration avec les autres opérations montées avec elles à l'été 1944. On peut déjà dire qu'il en oublie une ou deux, comme celle contre la Finlande, déclenchée avant Bagration. Surtout, il présente comme un « aperçu nouveau » (p.4) le fait de traiter ensemble Bagration et les opérations Kovel-Lublin et Lvov-Sandomir, ce qui est au mieux inexact. Cet aperçu « nouveau » est en fait tiré d'un article précis, qui n'est pas cité en introduction mais qui apparaît un peu plus loin dans le corps de texte : j'y reviendrai tout à l'heure. Comme à son habitude, Jean Lopez joue des questionnements « what if » (l'Armée Rouge a-t-elle donné le meilleur d'elle-même, n'y avait-il pas une autre solution pour remporter une victoire plus écrasante, etc). On note au passage que comme pour le Joukov, Jean Lopez a reçu l'aide précieuse d'auxiliaires pour disposer de sources russes, ce qui est plutôt intéressant.

    L'ouvrage se divise en trois grandes parties. La première (environ 150 pages) traite de la genèse politico-militaire de Bagration. Dès le premier chapitre, Jean Lopez reprend sa casquette de « chasseur de mythes » pour expliquer que les fameuses « 10 frappes » soviétiques de l'année 1944 ne sont qu'une construction postérieure de l'historiographie de l'Armée Rouge. Staline annonce aux alliés occidentaux à la conférence de Téhéran, en novembre 1943, qu'il appuiera l'ouverture du second front, prévue en mai 1944 initialement, par une offensive simultanée. Jean Lopez accorde beaucoup de crédit, p.17-18, à la vieille idée selon laquelle Churchill, en particulier, se réjouissait de laisser l'URSS et l'Allemagne s'entretuer à l'est, du moins jusqu'à la bataille de Koursk, où l'Armée Rouge prend définitivement l'ascendant. En revanche, l'idée selon laquelle Staline planifie des opérations ambitieuses pour l'été 1944, en raison du débarquement allié à l'ouest, séduit davantage : le débarquement est considéré par le Vojd comme une opportunité militaire et une pression politique (prendre le maximum de territoires avant de faire la jonction avec les Anglo-américains). A noter que, dès la p.20, un premier livre apparaît en note qui n'est pas cité dans la bibliographie finale. Ce n'est pas qu'un point de détail, j'y reviendrai plus loin. Sur la pression et l'opportunité fournies par le débarquement s'ajoute la question polonaise : il s'agit pour Staline d'arracher la Pologne, notamment au gouvernement en exil à Londres, car les Anglo-Américains sont déjà plus ou moins résignés, selon lui, à abandonner le territoire aux Soviétiques. Pour Jean Lopez, l'idée communément admise selon laquelle l'axe central aurait été privilégié très tôt par Staline est à revoir. L'URSS avance en effet ses pions en Bulgarie, suit de près les hésitations hongroises. Surtout, une première incursion ratée en Roumanie, en avril-mai 1944, laisserait penser que Staline envisageait aussi une stratégie balkanique. Ici Jean Lopez se sert bien sûr de l'ouvrage du colonel D. Glantz dédié à la question (paru en 2007), mais aussi, probablement, d'un article daté de 2008 de la revue créée par Glantz, The Journal of Slavic Military Studies, qu'il ne cite pas en note et en bibliographie (pour le côté allemand). La fin du premier chapitre revient sur la formation du balcon biélorusse et les opérations « ratées » du Front de l'Ouest contre ce balcon à l'hiver 1943-1944, qui pour Jean Lopez illustrent une Armée Rouge datée, telle qu'on pouvait la voir en 1941-1942. Une nouveauté par rapport à ses précédents ouvrages : un résumé de fin de chapitre, calqué sur ce que peuvent faire certains autres historiens militaires français, comme Yann Le Bohec sur l'histoire romaine. Pour conclure, Jean Lopez affirme que Bagration est issu d'un triple échec militaire soviétique (au nord, au sud, et au centre) qui a paradoxalement créé les conditions de l'opération en formant le « balcon biélorusse ». C'est cependant oublier que la Stavka a longtemps regardé sur l'axe central du front de l'est, et pas seulement en 1944. P.35, quand il évoque les opérations « ratées » du front de l'Ouest, Jean Lopez cite comme source les travaux du général Gareev, écrits après la chute de l'URSS, mais on ne les retrouve pas en bibliographie ; or ils apparaissent, au contraire, dans Forgotten Battles of the german-soviet war 1941-1945 – Vol VI tome 2 the western axis, un volume de David Glantz qui lui cite les pages qui lui ont servi.

    Dans le deuxième chapitre de la première partie, Jean Lopez s'interroge, à nouveau, sur la possibilité pour les Soviétiques de faire mieux que ce qu'ils ont fait. Ce qui introduit une autre question, en réalité liée : Bagration est-elle la plus importante des opérations successives déclenchées à l'été 1944 ? P.41 et 43, un même ouvrage apparaît en notes, mais là encore, pas dans la bibliographie récapitulative en fin d'ouvrage. Il s'agit d'un livre allemand de K.-H. Frieser, célèbre dans le milieu de l'histoire militaire pour avoir présenté l'idée selon laquelle la Blitzkrieg n'a été qu'une construction a posteriori, très exagérée. Cet ouvrage inspire l'idée de Jean Lopez selon laquelle les Allemands s'attendaient, eux, à une offensive contre Kovel, à la jonction entre le Groupe d'Armées Centre et le Groupe d'Armées Nord-Ukraine, pour encercler les Groupes d'Armée Nord et Centre en filant vers la Baltique. P.46, Jean Lopez cite enfin l'article, toujours issu du Journal of Slavic Military Studies, qui lui donne son idée maîtresse dans l'ouvrage, et qui n'a donc rien de neuf, puisqu'il n'y change pas une virgule (ce sera la seule fois qu'il est cité, même s'il apparaît aussi dans la bibliographie) : celui de Robert Watt, paru en 2008. Cette idée est simple : l'offensive principale de l'été 1944 n'est pas Bagration mais une opération associée dans la cascade d'opérations prévues par l'Armée Rouge, qui survient après celle-ci, Lvov-Sandomir. Comme Watt, Jean Lopez se base sur la composition des fronts concernés par les deux opérations pour appuyer l'hypothèse. Il s'agit donc de « trouver » une opération phare pour l'été 1944. Pour autant, deux éléments à sont à observer. Le premier est que, comme à son habitude, Jean Lopez se place encore une fois volontairement contre le colonel Glantz, ce qui, à force, semble relever d'une véritable posture, pour se démarquer. Ensuite, n'est-il pas un peu vain de vouloir déterminer une offensive principale par rapport aux autres, quand on songe que le fameux art opératif soviétique tant vanté par Jean Lopez réside justement dans la séquence d'opérations simultanées ou en cascade ? C'est ainsi que dès la p.51, l'auteur écarte l'offensive contre la Finlande, qui commence avant Bagration, le 9 juin 1944, et dont il ne parlera quasiment plus. Dommage, car il y aurait beaucoup à en dire, là aussi. Jean Lopez explique que Bagration n'est qu'un leurre géant, pour dégarnir le front allemand devant Lvov-Sandomir. Ici, on en est droit de s'interroger : Jean Lopez ne pousse-t-il pas le révisionnisme (au sens littéral du terme), inspiré de travaux anglo-saxons, un peu trop loin ? D'autant que l'hypothèse retenue entre en contradiction avec la présentation de l'art opératif par l'auteur... et c'est négliger que la planification soviétique prévoit justement une combinaison d'offensives, sur l'ensemble du front, de la Finlande à la Roumanie, échelonnées dans le temps, pour profiter de la situation qu'elle espère voir créée par Bagration. Par ailleurs, une analyse un peu plus fine des ordres de bataille soviétiques, en particulier, montre que le renforcement supposé du 1er front d'Ukraine n'est pas si flagrant, et que l'on veille surtout à s'assurer qu'il puisse correctement exploiter sa percée, rien de plus. Comme le souligne un autre critique du livre, une remarque de Jean Lopez, p.94, sur l'opération Mars laisse penser que l'auteur ne croit pas à la théorie du « front large » notamment défendue par Glantz. Jean Lopez pense qu'il y a un axe stratégique principal, ce qui explique peut-être aussi qu'il choisisse une opération parmi d'autres, ici Lvov-Sandomir. Cela revient aussi à dire que les deux grandes opérations sur l'axe central, Mars en novembre 1942 et Bagration en juin 1944, qui disposent du plus grand nombre d'hommes et de matériels, ne sont finalement que des diversions ou des entreprises de désinformation stratégique (!). Seulement, les arguments avancés à l'appui de cette théorie ne tiennent pas (ordre de bataille du 1er front d'Ukraine, etc). Selon Jean Lopez, Staline aurait hésité, tranchant finalement en faveur de Bagration pour protéger Moscou des raids aériens (et laver le désastre de la coopération aérienne stratégique soviéto-américaine), mais aussi pour enchaîner en cascade Bagration avec Lvov-Sandomir et Iassy-Kichinev, plus au sud, contre la Roumanie, dans une sorte de retournement de l'opération Barbarossa, même si la cascade d'opérations est conçue bien différemment de l'opération allemande. Les Soviétiques, a contrario des Allemands, n'envisagent pas d'encerclements géants mais des opérations planifiées, qui visent le système adverse, où l'encerclement est parfois utilisé (comme à Vitebsk). Le plan d'opération d'origine subit des modifications sur interventions de Rokossovsky, qui commande le 1er Front de Biélorussie, et Bagramian, qui commande le 1er Front de la Baltique. La géographie biélorusse pose en effet de nombreuses difficultés. Staline, qui ne veut prendre aucun risque, renforce d'ailleurs l'axe central, 3ème et 2ème Fronts de Biélorussie, en affectant au premier la seule armée de chars engagée dans Bagration, la 5ème de la Garde de Rotmistrov.

    Le chapitre 3 de la première partie est censée démêler les vrais et faux atouts soviétiques : aviation, partisans et maskirovka. Pour Jean Lopez, l'aviation reste le maillon faible du système militaire soviétique. Au niveau qualitatif cependant, il note un saut avec la reconquête de la Crimée (avril-mai 1944). L'aviation soviétique va pourtant participer à l'opération en profondeur que constitue Bagration avec d'incontestables qualités : équipée de radios et d'appareils efficaces, elle va y jouer un rôle non négligeable. Le vrai problème de ce passage n'est pas tant le contenu, que l'on peut probablement discuter, mais les sources. Aucun ouvrage n'est cité en note, et le passage n'est pas tiré de la fameuse synthèse de Von Hardesty rééditée et actualisée en 2012 (Jean Lopez utilise encore l'ancienne version de 1982, cf la bibliographie p.401), qui est une des références sur le sujet. On peut donc s'interroger : d'où viennent les hypothèses et les faits présentés par Jean Lopez (du Bersgtröm, quasiment la seule autre référence en anglais, mentionné en bibliographie mais pas en note ici ? Des sources russes?) ?... Même problème pour la courte présentation des groupes de cavalerie-mécanisée, ceux d'Oslikovsky et Pliev, engagés respectivement avec les 3ème et le 1er Fronts de Biélorussie. Sur les partisans soviétiques, en revanche, Jean Lopez cite ses sources, cette fois. Ici, en se basant seulement sur un ouvrage en presque (il cite p.83-84, seulement deux ouvrages jugés par lui intéressants, mais sans expliquer pourquoi : argument d'autorité...), il remet en question le rôle joué par les partisans, très valorisé par l'historiographie soviétique, mais en appuyant peut-être un peu trop. L'historien Bogdan Musal, un Germano-polonais que cite Jean Lopez, a certes fait un travail intéressant mais desservi par une hostilité marquée à l'encontre de l'URSS. En outre Jean Lopez néglige peut-être un peu trop, également, le rôle des partisans, après le déclenchement de Bagration, et surtout la confusion entre opérations anti-partisans allemandes et stratégie d'occupation du sol et d'élimination des populations (civiles) voulues par les nazis. Quelques références supplémentaires, comme celle du livre de Christian Ingrao sur la division Dirlewanger, lui auraient été profitables. Si Bagration réussit, selon Jean Lopez, cela tient aussi à l'excellence des chefs de fronts ou d'armées, comme Rokossovsky ou Tcherniakhovsky. Logistique, entraînement et maskirovka sont d'autres clés de réussite importantes pour Bagration. La logistique est surmenée, c'est d'ailleurs elle qui entraîne le report de Bagration aux 22-24 juin. Mais l'effort est considérable. L'Armée Rouge se dote enfin, grâce au Lend-Lease, de transmissions modernes. Les troupes s'entraînent à franchir les coupures, notamment les cours d'eau, nombreux en Biélorussie. La maskirovka joue à plein : non seulement le renseignement allemand ne croit pas à une offensive principale en Biélorussie, mais il n'identifie pas les armées les plus puissantes acheminées dans le plus grand secret pour renforcer les fronts concernés par l'attaque.

    Quelles sont les intentions allemandes, face aux ambitions soviétiques ? Hitler est relativement confiant car il croit que le débarquement à l'ouest, par une victoire allemande, va lui permettre de renverser le cours de la guerre. La directive n°51 donne priorité à ce front dès novembre 1943. Le renseignement allemand à l'est, dirigé par Gehlen, ne dispose plus des reconnaissances aériennes ni des interceptions radios nécessaires à une vision correcte, l'Armée Rouge ayant renforcé sa sécurité dans ce dernier domaine. Gehlen essaie de lire les intentions soviétiques à l'aune de ses propres conceptions (on remarque d'ailleurs que Jean Lopez a une vision un peu trop monolithique de l'art de la guerre allemand, dans la lignée d'un Citino ; il ne semble pas être à jour, par exemple, sur le plan Schlieffen, cf le récent ouvrage de Christophe Béchet que je fichais il y a peu) et envisage une percée dans le secteur de Kovel-Lvov pour foncer soit vers la Baltique (première hypothèse), soit vers le sud et les Balkans (deuxième hypothèse). Les armées du Groupe d'Armées Centre, ont identifié les préparatifs de Bagration mais ne réussissent pas à convaincre leur hiérarchie. Le maréchal Busch, patron du groupe d'armées, est avant tout aux ordres d'Hitler (p.115, Jean Lopez cite le travail d'un jeune historien militaire allemand, Johannes Hürter, sans indiquer l'ouvrage ou la référence en note). Or Hitler a instauré, en mars 1944, les fameuses festen Plätze (places fortes) pour tenir le terrain coûte que coûte. L'attaque est attendue devant le groupe d'armées Nord-Ukraine, auquel on confie, peu avant Bagration, le LVI. Panzerkorps, détaché du groupe d'armées Centre qui va la recevoir de plein fouet... dans ce chapitre, Jean Lopez a peut-être utilisé un autre article du Journal of Slavic Military Studies, celui-ci, qui n'est cité ni en notes ni en bibliographie. A la p.104 apparaît par contre, en note, un ouvrage fondamental pour l'écriture du livre de Jean Lopez, mais qui est mentionné en bibliographie p.400 : Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII, dirigé par K.-H. Frieser. Il faut s'arrêter sur cet ouvrage qui est l'une des sources principales pour la vision allemande de la campagne dans le livre de Jean Lopez et qui donne la matière de nombreuses pages. Ce pavé de 1 350 pages fait partie d'une somme énorme, un travail collectif de nombreux historiens militaires allemands issus de la Bundeswehr (dont Frieser), commencé en 1979 et achevé en 2008, pour la version allemande. L'ensemble représente 12 000 pages, en pas moins de 13 volumes : le volume VIII, consacré au front de l'est sur la période 1943-1944, est l'un des plus imposants. Le livre est en tout cité 5 à 10 fois au maximum dans le Bagration de Jean Lopez, en notes : or il est à l'origine de la plus grosse partie, probablement, du récit du côté allemand de la campagne, comme je le disais ; si on le couple avec le récit de G. Niepold, un ancien officier de la 12. Panzerdivision qui a couché par écrit sa propre vision de la bataille (et qui lui est souvent cité en notes, car c'est un classique), on a probablement les deux sources majeures de Jean Lopez de ce côté. Ce dernier aurait gagné à indiquer davantage dans les notes, qu'il doit beaucoup à cette somme imposante des historiens militaires allemands du Militärgeschichtlichen Forschungsamt de Fribourg. On observe ainsi que dès le début de ce chapitre, le texte de Jean Lopez reprend de nombreuses conclusions de l'article de Frieser au sein du volume consacré à Bagration (à partir de la p.499 : même citation tirée de Speer p.102 du livre de Jean Lopez, mêmes notes renvoyant à des ouvrages allemands...), ou que le passage sur l'évaluation double de Gehlen (p.108-113) est de la même façon inspiré de l'article de Frieser, pour bonne partie (p.501-506).

    Le dernier chapitre de la première partie est consacré aux ordres de bataille. Jean Lopez identifie le 3ème Front de Biélorussie comme le plus puissant, le 2ème Front de Biélorussie étant le plus faible et les 1er Front de la Baltique et 1er Front de Biélorussie dans une position intermédiaire. Le 3ème Front de Biélorussie est clairement le pivot de l'attaque avec le 1er Front de Biélorussie de Rokossovsky (dommage d'ailleurs qu'encore une fois, Jean Lopez ne s'attarde pas plus sur les commandants d'armées de chars, comme Rotmistrov, vite expédié p.138). D'ailleurs, cela confirme l'importance de Bagration comme opération principale puisque deux ailes fortes doivent encercler et anéantir le gros des forces allemandes avancés dans le « balcon biélorusse ». L'auteur revient un peu plus, contrairement à son habitude, sur les Allemands. Le Groupe d'Armées Centre est pauvre : densité de moyens faible, peu de réserves, manque de munitions d'artillerie, d'avions et de mobilité pour son infanterie. Jean Lopez écrit beaucoup de lignes sur les officiers allemands commandants d'armée ou de corps (importantes digressions en notes) mais ce chapitre, lui aussi, comprend fort peu de notes pour indiquer les sources de ces remarques. On constate que la présentation générale du Groupe d'Armées Centre (p.142-147), s'inspire du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII (p.527-535) qui n'est pourtant jamais cité.

    La deuxième partie du livre de Jean Lopez, qui constitue le coeur de l'ouvrage avec environ 130 pages, est consacrée à l'opération Bagration elle-même. Cette partie se signale d'abord par la faible présence de notes, où seulement quelques ouvrages sont indiqués. Il est également manifeste que Jean Lopez s'inspire d'ouvrages non cités, ni en notes ni peut-être en bibliographie, mais dans ce dernier cas, à moins de les connaître précisément, il est difficile de les repérer. L'auteur divise Bagration en trois phases : la rupture, durant la première semaine, avec la prise des villes du balcon biélorusse ; l'exploitation du 29 juin au 4 juillet pour marcher sur Minsk et anéantir les forces allemandes prises au piège de la première phase ; l'avance à l'ouest, plus lente, jusqu'au 28 juillet. Jean Lopez choisit d'aborder les opérations secteur par secteur, sur toute la chronologie. Dans le récit des opérations menées par le 1er Front de la Baltique, on note un ouvrage cité en note et non en bibliographie, un témoignage allemand intéressant puisqu'il est cité également par un autre article du Journal of Slavic Military Studies, qui n'apparaît ni dans les notes ni dans la bibliographie du livre, mais dont on peut supposer que Jean Lopez l'a utilisé (c'est le même que celui que je citais plus haut). Le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII est là encore employé sans être cité, comme on peut le voir sur les opérations du 1er Front de la Baltique (mêmes notes de bas de page, p.162 du Jean Lopez et p.540 de ce volume par exemple), avant d'être finalement mentionné p.181, près de 30 pages après le début du chapitre, dans une seule note. Le livre inspire aussi nombre d'autres pages, comme l'assaut soviétique sur Moghilev. Une fois cela précisé, on peut résumer le chapitre ainsi : les Soviétiques parviennent initialement à réaliser les encerclements de Vitebsk et Bobruïsk, comme prévu. La 3. Panzerarmee et la 9. Armee sont détruites aux trois quarts dans la rupture, la 4. Armee doit se replier sur la Bérézina dans les pires conditions. Le Groupe d'Armées Centre explose dès le 28 juin, face la combinaison des armes mise en oeuvre par les Soviétiques : chez Rokossovky, le groupe Pliev a déjà progressé de 70 km vers l'ouest, et la 5ème armée de chars de la Garde de 40 km chez Tcherniakhovsky.

    Le chapitre 2 de la deuxième partie, sur l'exploitation de la rupture initiale, contient le même manque concernant les sources, déjà évoqué précédemment. Le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII fournit à nouveau une bonne partie de la matière sur les opérations et leurs résultats côté allemand (p.538-547 de l'article de Frieser). Le chapitre vaut surtout par le long passage que Jean Lopez consacre à Model, le Feldmarschall qui remplace Busch à la tête du Groupe d'Armées Centre le 28 juin 1944, à la fin de la première phase soviétique, donc. L'auteur a déclaré dès que l'introduction que Model est l'un des deux meilleurs officiers allemands de la Seconde Guerre mondiale (pour la défense, son équivalent offensif étant Manstein, selon Jean Lopez). Encore une fois, on retrouve, comme dans le Joukov (cf la conclusion), cette tentation de décerner les lauriers à tel ou tel capitaine, ce qui semble un peu futile au regard des problématiques plus importantes parfois soulevées par l'auteur. Model, pour Jean Lopez, se révèle sur le front de l'est, notamment quand il commande la 9. Armee du Groupe d'Armées Centre, de janvier 1942 à novembre 1943. Mis en repos à cette dernière date, il est appelé d'urgence en 1944 pour redresser des situations catastrophiques, à l'est comme à l'ouest. Jean Lopez dresse un portrait-robot de la « méthode Model » : il glane ses propres renseignements, privilégie la défense linéaire, concentre l'artillerie en un seul groupe pour l'avoir à disposition sur les points chauds, bâtit une défense en profondeur, ne montre aucun scrupule pour favoriser ses ambitions, en réfère directement à Hitler, parle avec ce dernier comme à un « soldat du front » tout en cultivant les liens avec le parti et la SS. Model commande, en 1944, successivement le groupe d'armées Nord, puis le nouveau groupe d'armées Nord-Ukraine à partir de la fin mars, enfin le Groupe d'Armées Centre à partir de la fin juin. C'est lui qui va en partie rétablir une situation calamiteuse. Tout ce passage est extrêmement intéressant, et l'on regrette d'autant plus que Jean Lopez ne se fasse pas plus précis sur l'historiographie de Model. P.215, il affirme de but en blanc en note que la biographie de M. Stein est la meilleure (sans préciser pourquoi d'ailleurs : argument d'autorité, à nouveau), mais il cite aussi les autres, celles de Newton ou de Görlitz. Pourquoi ne pas s'être arrêté un peu plus sur la question ? On est obligé de le croire sur parole. Or la biographie de Marcel Stein n'est peut-être pas suffisante, à elle seule, pour cerner complètement le personnage. D'ailleurs le passage sur le style de Model emprunte aussi au Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII (p.558-560). Quand Jean Lopez évoque la fameuse opération d'intoxication Scherhorn (p.236-238), montée par le NKVD et le Smersh pour récupérer les agents allemands, il ne mentionne pas non plus que les Allemands ont continué à croire au succès de l'opération bien après la fin de la guerre, ainsi que l'indiquent, par exemple, les mémoires de Skorzeny (il a fallu attendre la publication de documents soviétiques, bien plus tard, pour lever le secret sur cette opération). Au final, dans cette deuxième phase d'exploitation, l'Armée Rouge progresse sur Minsk, anéantit quasiment intégralement la 4. Armee qui a retraité de 200 km vers l'ouest et qui est tronçonnée en poches à l'est de la capitale biélorusse. Model privilégie une défense en profondeur tandis que Staline réoriente le 1er Front de la Baltique vers la Prusse-Orientale et non vers Riga comme le voulait son commandant, Bagramian. Les 2ème et 3ème Front de Biélorussie doivent pousser vers le Niémen et le 1er Front de Biélorussie jusqu'à Brest-Litovsk. Hitler s'entête à vouloir conserver les pays baltes et le contrôle de la Baltique orientale pour une hypothétique contre-offensive en 1945. La discussion sur les pays baltes et leur conservation par les Allemands, ainsi que sur le « plan » Zeitzler, s'appuie d'ailleurs sur le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII, pour une fois cité en note par J. Lopez, p.247.

    Rien à dire de particulier sur le troisième chapitre de la deuxième partie, qui se caractérise lui aussi par un récit très détaillé des opérations, et confirme les hypothèses formulées ci-dessus concernant les sources : l'ouvrage de G. Niepold est le plus cité dans les notes présentes. Au mois de juillet 1944, Model parvient à débloquer des divisions blindées et d'infanterie aux groupes d'armées Nord et Nord-Ukraine pour mener des combats retardateurs, ce qui n'empêche pas l'Armée Rouge de se propulser 250 km plus à l'ouest, aux portes de Bialystok et de Kaunas. Les Soviétiques atteignent les limites de l'exploitation de la percée en raison de problèmes logistiques et des pertes en chars subies depuis le début de l'opération. Cependant, Bagramian atteint le 30 juillet la mer Baltique à l'ouest de Riga, profitant de l'attaque des 2ème et 3ème Fronts de la Baltique qui fixe le Groupe d'Armées Nord, qui se retrouve ainsi lui-même coupé du Reich. Deux jours plus tôt, les 2ème et 3ème Fronts de Biélorussie se sont vus attribuer comme objectif la Prusse-Orientale.

    Dans la troisième et dernière partie du livre (un peu moins de 100 pages), Jean Lopez aborde les offensives soviétiques vers la Vistule, Kovel-Lublin et surtout Lvov-Sandomir, dont on a dit l'importance dans le cadre de l'hypothèse retenue par l'auteur et tirée de l'article de Watt. Pour Jean Lopez, le choix de Staline de diriger l'effort sur la Vistule, et donc la Pologne, doit se lire à l'aune du succès du débarquement en Normandie. Il s'agit d'installer au plus vite un régime communiste « ami » en Pologne (Jean Lopez évoque, sans les citer précisément, les travaux de Lev Bezymenski, journaliste soviétique/russe qui a beaucoup écrit sur les questions sensibles de l'histoire de l'URSS). Le groupe d'armées Nord-Ukraine est passé en revue, sans que l'on sache trop quelles sont les sources (les mémoires de Raus sont citées une fois en note) et en dépit de formules chères à Jean Lopez et répétées à l'envie (tel général allemand « connaît le Russe par coeur », qui apparaît au moins deux fois en peu de pages). Les informations viennent en partie, encore une fois, du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg volume VIII, d'autant que le côté allemand est là encore mieux servi que le côté soviétique (Jean Lopez expédie encore très vite les commandants d'armées de chars soviétiques, pourtant des plus importants pour cette opération, p.300-301 : Katoukov et Rybalko sont jugés meilleurs que Lelyoushenko, qui vient tout juste de reprendre la 4ème armée de chars, ce qui peut se défendre, mais pas en si peu de mots...). L'hypothèse se confirme puisque l'ouvrage allemand est de nouveau cité p.313 dans une note, les autres références étant à nouveau les mémoires de Raus et celles de von Mellenthin, un autre officier allemand de Panzer. L'attaque du 1er Front d'Ukraine démarre entre les 12 et 15 juillet 1944. Le succès est rapide au nord de Brody, lieu choisi pour l'attaque, moins évident au sud de la ville. La 1ère armée de chars de Katoukov franchit le Boug le 18 juillet puis la Vistule le 1er août. Rybalko et sa 3ème armée de chars piétinent devant Lvov, qui ne tombe que le 27 juillet. Le Groupe d'Armées Nord-Ukraine est tronçonné en deux morceaux : la 4. Panzerarmee se replie derrière la Vistule tandis que la 1. Panzerarmee s'adosse aux Carpathes. Une tête de pont solide est créée sur la rive ouest de la Vistule.

    L'opération Kovel-Lublin est menée par l'aile gauche du 1er Front de Biélorussie de Rokossovsky, qui n'a pas bougé pendant Bagration puisque seule son aile droite a été impliquée. Cette opération attaque à la jonction du Groupe d'Armées Centre et du Groupe d'Armées Nord-Ukraine, un endroit idéal vu les circonstances. Elle relance Bagration, en perte de vitesse, et couvre l'opération Lvov-Sandomir à sa gauche (ce qui d'ailleurs plaide pour la faiblesse de l'hypothèse de Watt : les opérations soviétiques cumulent leurs effets les unes aux autres et elles ont été conçues pour profiter d'une dynamique initiée principalement par Bagration). Comme le fait remarquer un autre critique du livre, cette opération Kovel-Lublin a sa logique propre, et la présenter comme couplée à Lvov-Sandomierz n'est pas tout à fait rigoureux. Son intérêt, selon Jean Lopez, tient à ce qu'elle se déroule en parallèle de l'insurrection de Varsovie, déclenchée le 1er août, et du changement d'objectifs décrété par Staline, le 28 juillet, car l'opération vise à établir une tête de pont sur la rive ouest de la Vistule, au sud de Varsovie. L'attaque démarre le 18 juillet vise au premier chef Lublin, transformée en Fester Platz. Une semaine plus tard, la 2ème armée de chars est maîtresse de la ville et découvre le premier camp d'extermination, Maïdanek. Les Soviétiques, qui prennent consicence progressivement de l'ampleur des crimes commis par les Allemands en libérant leur territoire puis en entrant en Pologne, font une intense publicité sur cette découverte, mais les Occidentaux la rejettent comme une fausse propagande. Or les premiers récits soulignent la particularité de l'extermination des Juifs ; quand les Anglo-Américains découvrent à leur tour les camps de concentration, en avril 1945, les Soviétiques auront largement procédé à la « déjudaïsation » des camps, et le caractère particulier de l'extermination en est oblitéré pour longtemps dans l'historiographie occidentale. Après avoir franchi le Boug, Rokossovsky voit ses objectifs modifiés par Staline : établir une tête de pont sur la Vistule, au sud de Varsovie, mais surtout la reprise du grand projet craint par les Allemands avant Bagration, à savoir une poussée vers le nord pour isoler complètement le Groupe d'Armées Centre, ou ce qu'il en reste, et le Groupe d'Armées Nord, ainsi que la Prusse Orientale. En réalité, la mission est bien trop ambitieuse pour le front de Rokossovsky, qui ne dispose que de la 2ème armée de chars pour s'installer, dans un premier temps, correctement sur la rive est du fleuve, près de Varsovie. Cette armée de chars, déjà fatiguée, et dont le chef, Bogdanov, a été blessé à Lublin (son chef d'état-major Radzievsky le remplace), se fait étriller par une savante contre-attaque montée par Model, à l'est de Varsovie, avec quelques Panzerdivisionen d'élite rameutées à la hâte. Jean Lopez, dans une note de la p.344, se permet de critiquer les excès de Frieser sur le sujet (celui-ci exagère les mérites de Model), alors que les ouvrages écrits par ce dernier ou auxquels il a participé sont pourtant une de ses sources majeures, parmi lesquels l'article du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, utilisé d'ailleurs ici et qui n'est pas cité (p.570-572 et 581-584 pour la bataille de chars devant Varsovie), tout comme deux articles du Journal of Slavic Military Studies, celui-ci, dont on a déjà parlé plus haut, et un autre de David Glantz qui figure pourtant dans la bibliographie de Jean Lopez mais qui n'est pas cité dans ce passage. Sans évoquer les ouvrages spécialisés sur le sujet, en particulier du côté allemand, sortis ces dernières années que l'auteur n'a pas employés ici. En ce qui concerne l'insurrection de Varsovie, déclenchée le 1er août, les conséquences sont importantes. Varsovie n'est pas l'objectif de Bagration ; Staline a espéré pouvoir s'emparer rapidement de la ville entre la modification des objectifs le 28 juillet et le 4 août, mais la correction infligée à la 2ème armée de chars fait s'envoler cet espoir. En outre, le Premier Ministre polonais du gouvernement en exil séjourne à Londres depuis le 27 juillet et refuse de plier devant les exigences de Staline. Celui-ci n'a donc guère de scrupules à laisser l'insurrection se faire écraser par les Allemands. Le problème est que les insurgés vont tenir deux mois, bien au-delà de ce que Staline avait prévu. En septembre, au vu de la réaction des Occidentaux, qui tentent eux-mêmes d'aider les insurgés, il fait plusieurs gestes en accentuant les largages de matériels et en envoyant des éléments de l'armée polonaise formée par les Soviétiques pour soutenir les insurgés au-delà la Vistule, opération mal préparée qui échoue. L'insurrection dépose les armes le 2 octobre. En réalité, Staline n'avait aucun intérêt politique à intervenir, et ce d'autant plus que militairement, il dispose déjà de têtes de pont sur la Vistule. Mais le fait est que son attitude achève de ruiner une possible entente entre Polonais et Soviétiques, et rajoute au passif déjà très chargé entre les deux peuples depuis 1939. Là encore cependant, une des faiblesses du chapitre tient au manque de sources, dans les notes, pour étayer les arguments de Jean Lopez, qui d'ailleurs n'apportent pas grand chose de neuf à ce que l'on savait déjà sur le sujet. Notons encore l'utilisation du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg (p.584-587) pour les considérations sur l'insurrection de Varsovie et notamment les références à Joukov et Besymenski. Ce qui renforce l'impression que je répétais dès le début de cette fiche, selon laquelle l'auteur ferait davantage oeuvre d'histoire militaire que d'histoire politique, diplomatique ou sociale, et plutôt dans le sens d'une compilation et d'une vulgarisation en français qu'autre chose.

    Le dernier chapitre de la troisième partie évoque le redressement allemand du mois d'août 1944. Malgré les énormes succès de l'été 1944 pour les Alliés, dont Bagration, la guerre n'est pas terminée à la fin de l'année. Fin août, Model réussit à rétablir le contact terrestre avec le Groupe d'Armées Nord, coupé par Bagramian un mois plus tôt (le passage est notamment inspiré du Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, p.587-591, qui n'est pas cité) et le 29 août, les Soviétiques mettent officiellement fin à Bagration. L'Armée Rouge arrête de progresser, sauf au sud avec l'opération Iassy-Kichinev. Les Allemands, plus proches désormais de leur base arrière, reçoivent un matériel important fourni par une industrie qui tourne à plein régime. Les hommes sont plus difficiles à trouver, et la qualité de l'armée allemande continue de décliner. Le passage sur les opérations dans les pays baltes manque à nouveau de sources en nombre suffisant (il est probablement inspiré d'ouvrages ou d'articles, mais lesquels ? Ceux en russe?). En ce qui concerne le redressement allemand, Jean Lopez ressort en partie le tableau qui ouvre son Berlin et fait appel, ici de manière explicite car cité pour un tableau et en note, au Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg. Au niveau des conséquences de l'opération Bagration, Jean Lopez attribue me semble-t-il trop d'importance à cette offensive dans l'action de la résistance militaire qui commet l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Les conjurés sont en effet surtout focalisés sur la situation à l'ouest, issue du débarquement en Normandie. Là encore, l'absence de sources en quantité suffisante montre que Jean Lopez peut encore mieux faire en dehors de l'histoire militaire pure. Plus intéressantes sont les pages consacrées au général Müller, qui commandait le XII. Armee Korps de la 4. Armee, qui est fait prisonnier et récupéré par les Soviétiques pour leur propagande. Par contre, la reprise en main suite à l'attentat du 20 juillet et le sursaut moral provoqué par l'attentat n'ont qu'un temps, contrairement à ce qu'affirme Jean Lopez qui reste encore une fois très proche de ce qu'il avait écrit dans son Berlin en 2010. Un historien comme Ian Kershaw a bien montré que cet effet avait été temporaire, la mécanique se grippant dès la fin de l'année 1944 et surtout dans les premiers mois de 1945.

    En conclusion, Jean Lopez souligne que le succès de Bagration illustre d'abord les progrès de l'Armée Rouge, et d'abord dans la planification militaire (état-major général). L'exécution, au niveau stratégique et opératif, est brillante. La combinaison des armes, soutenue par les fournitures du Lend-Lease, fait merveille. Les objectifs sont raisonnables, le corps des officiers compétent, les troupes mobiles. Les VVS jouent un rôle jamais vu jusque là, de l'aveu des Allemands eux-mêmes. Malheureusement, p.386, Jean Lopez retombe à nouveau dans ses vieux travers des préjugés sur l'URSS, en affirmant que « la peur motive plus encore que l'ethos professsionnel » dans l'Armée Rouge (à noter toutefois que cette affirmation est quasiment la seule de cet ordre dans le livre, contrairement aux ouvrages précédents comme le Joukov). Bagration se distingue dans la Grande Guerre Patriotique par deux caractéristiques : l'ampleur de la progression en kilomètres et surtout le nombre de pertes infligées aux Allemands (400 000 au moins), les Soviétiques perdant deux fois moins d'hommes au regard des pertes définitives. L'Ostheer ne se remettra pas de la saignée, et perd aussi par la même occasion un certain ascendant moral, même si on pourrait discuter de ce point (il y a eu de sérieux coups portés avant Bagration). Les gains stratégiques sont immenses. Pour Jean Lopez, les Allemands ont commis cinq erreurs : faillite du renseignement sur les objectifs adverses, sous-estimation de l'ennemi, impossibilité de céder du terrain, non-prise en compte gravissime de l'efficacité des VVS, et rejet d'une option qui aurait permis, peut-être, de briser une partie de l'offensive soviétique. Le soldat allemand ne s'est pas toujours montré à la hauteur de sa réputation supposée. Bagration tient donc bien son rang aux côtés d'Overlord, même si l'absence de stratégie commune précise permet pour partie le redressement allemand de la fin de l'été-début de l'automne 1944. D'après Jean Lopez, Staline, en choisissant la solution la plus prudente, a déjà un pied dans la guerre froide, pour constituer un glacis stratégique en avant de l'URSS. Au final, ce Bagration se présente, une fois de plus, comme un ouvrage de vulgarisation des travaux étrangers en la matière, même s'il est bien écrit, reconnaissons-le (le style de J. Lopez est efficace) et abondamment illustré par de nombreuses cartes (qui sont pour la plupart elles aussi inspirées de l'article de Frieser dans le Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg), ce qui est plus qu'appréciable. L'hypothèse de Watt, reprise par Jean Lopez et qui constitue l'argument principal de l'ouvrage, n'est pas originale, et elle est plus que contestable : elle entre même en contradiction avec la présentation de l'art opératif que présente l'auteur depuis son Berlin. En outre, comme de coutume, le livre reste centré sur l'histoire militaire, et les hypothèses de Jean Lopez en dehors de ce domaine sont moins appuyées (partisans soviétiques, question polonaise, etc). Il y a aussi le problème de ces ouvrages et articles pour le moins importants et qui n'apparaissent que trop peu souvent en notes, et parfois pas dans la bibliographie, notamment le Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, volume VIII, qui, bien que cité quelques fois en notes, sert en fait de base à une bonne partie du texte pour le côté allemand (cela se compte en dizaines de pages). L'auteur n'apporte rien de véritablement nouveau à la connaissance du lecteur averti. Malgré la mention de l'utilisation de documents d'archives et de sources russes traduites, le travail de Jean Lopez reste avant tout une compilation de sources secondaires et une vulgarisation des acquis récents de la recherche étrangère en français.





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    Petit tour d'horizon du dernier numéro de Défense et Sécurité Internationale (DSI). Faute de temps, je n'ai pas pu tout lire, aussi je ne commente évidemment que ce que j'ai lu en entier (il est rare que je fasse autrement...).

    - un peu surpris par l'encadré p.11 sur l'EIIL, qui oublie que le mouvement naît d'abord de la scission avec al-Nosra, que l'Etat Islamique en Irak avait alimenté avant de vouloir récupérer, justement, en avril 2013... et qui affirme que l'EIIL était la principale force d'opposition au régime syrien (!). Or c'est seulement maintenant que le nouvel Etat Islamique, qui remplace désormais l'EIIL, se mesure véritablement au régime, ce qui était loin d'être la règle depuis l'an dernier... Et les remarques sur la rébellion syrienne oublient que d'autres coalitions, en particulier depuis septembre 2013, étaient bien plus puissantes que l'EIIL -on pense en particulier au Front Islamique, la plus imposante. L'EIIL était certes plus cohérent, c'est un fait, mais pas le plus nombreux et certainement pas le moins discrédité aux yeux d'une bonne partie de la population syrienne... quant aux entreprises au Liban, elles sont aussi le fait de groupes locaux qui se revendiquent de l'Etat Islamique et pas véritablement de "branches" locales, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Enfin, on voit mal comment le succès de l'Etat Islamique marque une nouvelle étape de l'affrontement entre puissances sunnites et chiites, puisque l'Arabie Saoudite et le Qatar ne sont pas derrière l'EIIL (sur le plan des Etats en tout cas ; les financements privés et acteurs privés, c'est autre chose...). Il y a là bien des raccourcis. L'encadré p.23 sur l'effondrement de l'armée irakienne est déjà bien meilleur, même s'il oublie de dire que les groupes spéciaux iraniens d'Irak qui ont également combattu en Syrie (et qui ont pour partie été intégrés, plus ou moins, dans la structure de l'armée irakienne) n'ont pour l'instant pas été massivement engagés contre l'EIIL (à l'exception de quelques groupes comme Asaib Ahl al-Haq) et qu'ils constitueront probablement un adversaire plus coriace pour l'Etat islamique. A suivre...

    - Romain Mielcarek revient sur le problème de l'indépendance de l'Ecosse et des  conséquences de celle-ci pour la défense britannique.

    - rapide présentation de la naissance du commandement des opérations spéciales aériennes aux Etats-Unis, en particulier via l'opération Farm Gate au Viêtnam, par un Marine, James Doyle.

    - aperçu de l'état actuel de l'armée australienne par Benoist Bihan, avec un focus sur le Special Operations Commandégalement.

    - intéressant article d'Emmanuel Vivenot qui fait le point sur l'avenir des gunships, et l'émergence des minigunships.

    - quelques matériels à la fin, comme de coutume : BMD-4, F-4E Phantom II, intéressant point de vue de J. Henrotin sur les sous-marins japonais avec la classe Soryu, et le FN FAL.

    - la rubrique Le monde des publications me déroute un peu. En effet, sans doute faute de place, la première phrase indique que le "mois de juin présente une moisson d'ouvrages contrastés", mais pour autant, il n'y a pas véritablement d'avis, même minime, donné sur les livres listés, sauf pour préciser le contenu. On attend un peu plus... à l'image de ce qui est fait sur la page d'à côté pour seulement deux publications.

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    Comme de coutume, petite vidéo d'introduction à l'un de mes articles du n°55 de 2ème Guerre Mondiale, celui sur l'opération Bagration.




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    1891. Louis Denfert, reporter au Petit Eclaireur, habitué des chroniques sportives, est envoyé enquêter à Dijon sur le meurtre d'une gouvernante anglaise, sauvagement assassinée dans le train de nuit Paris-Marseille. Sur place, il se lie d'amitié avec Emile Germain, un vétéran du génie qui lui sauve la vie lors d'une mauvaise rencontre. Denfert s'interroge bientôt sur la mort, un an plus tôt, dans le même train, de Louis Aimé Augustin Leprince, un inventeur franco-anglais d'un appareil de projection d'images révolutionnaire. Les deux meutres seraient-ils liés ?

    Brigitte Aubert, qui écrit de nombreux romans policiers, signe ici le premier volume d'une série Grands Détectives qui se déroule dans la France et l'Europe de la toute fin du XIXème siècle, avec un focus particulier sur l'invention du cinéma, qui concerne de près cette première enquête. Très clairement, l'arrière-plan historique est privilégié sur l'enquête, qui reste assez classique, même si on ne découvre le coupable que dans les dernières pages... manifestement, l'auteur sort de son genre habituel et propose une histoire très ancrée dans la réalité du temps -elle cite d'ailleurs ses sources à la fin du livre, qui datent de l'époque, d'où la présence aussi de nombreux personnages tout à fait authentiques, comme Leprince, qui a bel et bien disparu après avoir pris le train sans que l'on retrouve jamais sa trace... par conséquent, comme Brigiette Aubert s'essaie au polar historique, il est probable que cela puisse dérouter ses lecteurs, habitués à autre chose. Pour ma part, ça me convient, même si j'ai trouvé la chute de l'histoire un peu décevante. Mais ça change d'autres séries Grands Détectives, comme celle de soeur Fidelma que je continue de lire (!).




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    Qui est donc cet auteur, Henri Landemer, qui publie en 1972 cet ouvrage sur les Waffen-SS ? Nul autre qu'un des pseudonymes du fameux Jean Mabire, le fameux ténor de la Nouvelle Droite, défenseur du néo-paganisme, disparu en 2006 et auteur d'incalculables ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et les divisions de la Waffen-SS en particulier. On est donc prévenu, dès le début : vu l'âge du livre et l'auteur, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de transcendant, et au contraire à un propos plutôt biaisé.

    Mabire, cependant, a suffisamment de talent littéraire pour raconter, comme un roman, la naissance des SA puis des SS. Il est intéressant sur l'idéologie de Himmler et de la SS, en particulier dans la dimension ésotérique, preuve qu'il s'intéresse au sujet -il écrira d'ailleurs plus tard un autre livre sur la question du paganisme et du mythe de Thulé... une des premières notes qui sonnent faux vient quand Mabire parle des Totenkopf, les gardiens des camps de concentration, qui selon lui, n'ont jamais touché aux prisonniers, déléguant la basse besogne à des "kapos" (sic).

    Plus intéressante est l'idée selon laquelle, à partir de 1936, la future Waffen-SS (qui ne prend ce nom qu'en 1940) se construit quelque peu en miroir de la Reichswehr, en formant d'abord un noyau important de cadres qui serviront de base pour l'expansion, en prenant la tête de nouvelles unités. Le récit s'infléchit à nouveau dès la campagne de Pologne : Mabire consacre autant de lignes à parler des exactions commises par les Polonais contre la minorité allemande (sic) qu'à celles exécutées par les Allemands... rejoignant aussi la vieille idée teutonne selon laquelle la nécessité militaire justifie tout, surtout contre des Polonais. La Wehrmacht et la Waffen-SS s'en sortent cependant moins "proprement" qu'il ne le défend. Le massacre du Paradis commis par la Totenkopf durant la campagne de France est inséré, sans aucun commentaire ou presque, dans la description des combats (!). De même que la formation de la division Wiking rencontre en réalité bien plus de difficultés qu'il ne le laisse croire...

     

    Pour Barbarossa, Mabire ressort le vieil argument des meurtres commis par les Soviétiques sur les prisonniers allemands (réels, mais en comparaison infiniment moins nombreux que ceux réalisés par les Allemands...) pour justifier le massacre systématique ou presque des prisonniers soviétiques. Evidemment, l'Armée Rouge n'est sauvée que par le "général Hiver" et les Sibériens (!). Un des personnages préférés de Mabire, c'est manifestement Léon Degrelle, le leader des volontaires wallons de la Waffen-SS. Il est pour ainsi dire porté au pinacle. Dans les Balkans, Mabire ne voit que sauvagerie interethnique, dans laquelle la 7. SS-Freiwilligen Gebirgs Division Prinz Eugen vient remettre un peu d'ordre (!). D'ailleurs tout le monde massacre beaucoup, sauf les Allemands. Les exactions contre les Italiens en septembre 1943 sont expédiées en quelques lignes. En revanche, la fin tragique des soldats allemands pris au piège en Yougoslavie tirerait presque quelques larmes, si on se laissait gagner par le penchant de l'auteur...

    D'ailleurs Mabire ne prend plus la peine de parler des crimes et autres exactions commis par les Waffen-SS sur tous les théâtres d'opérations... il en vient ensuite à un autre de ses personnages fétiches, Otto Skorzeny, qui avec son coup médiatique sur le Gran Sasso ressuscite une Waffen-SS en panne de victoires... et qui s'internationalise de plus en plus. L'odyssée de Degrelle, et de la Wiking, dans le chaudron de Korsun-Tcherkassy fait l'objet de tout un chapitre. Quand on arrive à la Normandie, évidemment rien sur les crimes de la Hitlerjugend contre les Canadiens. Ceux de la Das Reich lors de sa remontée infernale vers le front sont bien évoqués, mais après un énième rappel des crimes de guerre soviétiques qui ont forgé les cadres à l'est (!). Le récit des pendaisons de Tulle ou du massacre d'Oradour-sur-Glane est d'ailleurs livré pour ainsi dire brut, sans commentaire. L'héroïsme, c'est Wittmann, le chef de char de Tigre, qui meurt carbonisé dans son char après avoir détruit des dizaines de chars alliés (revendiqués du moins...).

    L'attentat du 20 juillet 1944 est vu uniquement du côté des "victimes", Hitler et ses affidés, dont les SS évidemment. Un passage très intéressant, c'est celui du récit de l'insurrection polonaise à Varsovie, à partir du 1er août 1944. Mabire préfère élever les Polonais au rang d'adversaire valeureux de Waffen-SS et d'une Wehrmacht "propres" - les massacres de civils n'étant le fait que des deux unités "parias" bien pratiques pour dédouanner tout le monde, la Dirlewanger et la Kaminski. Il faut évidemment lire ici les travaux écrits par les historiens actuels du sujet comme C. Ingrao. On passe ensuite directement à la bataille des Ardennes, où le massacre de Malmédy commis par la Leibstandarte est toujours dépeint de manière aussi concise, et où tous les autres (contre les militaires américains ou les civils belges) ne sont pas évoqués. Mabire préfère le récit de l'odyssée du Kampfgruppe Peiper et des commandos de Skorzeny...

    Les derniers chapitres sont entre autres consacrés au siège de Budapest -Mabire se place plutôt visiblement derrière les Croix Fléchées que derrière Horthy, et a une vision très irénique du comportement de la population pendant le siège... l'ouvrage se termine sur le parcours des Wallons et des Français de la Charlemagne en Poméranie, sur la Baltique, puis à Berlin pour ces derniers.

    Un petit coup d'oeil sur la bibliographie montre les choix de Mabire : ouvrages connotés (Carell, Blond, Benoist-Méchin, Duprat...) et surtout d'anciens Waffen-SS qui ne regrettent pas grand chose (Degrelle, Saint-Loup, Skorzeny, Steiner...). On aura compris qu'il faut davantage  lire cet ouvrage pour comprendre comment fonctionne Jean Mabire et comment il distille des idées qui n'ont rien d'innocent ; pour quelque chose de plus sérieux sur le même sujet, on ira lire Jean-Luc Leleu en français et quelques autres en anglais ou en allemand.

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    Une des dernières milices pro-régime d'origine irakienne apparue en Syrie est Liwa Assad Allah al-Ghaleb (LAAG)1. LAAG naît officiellement en décembre 2013 lorsque son chef, Abou Fatima al-Mussawi, l'annonce dans une vidéo tournée à l'aéroport international de Damas. Abou Fatima al-Mussawi a servi dans Liwa Abu Fadl al-Abbas (LAFA), la plus ancienne et sans doute la plus importante milice chiite irakienne ayant combattu aux côtés du régime syrien, depuis la seconde moitié de 2012, et qui est ensuite progressivement alimentée par des milices irakiennes pro-iraniennes comme Asaib Ahl al-Haqq ou Kata'ib Hezbollah2. Revenu en Irak, où il trouve un soutien moral et financier, Abou Fatima al-Mussawi commence à recruter pour former sa propre milice.

    Qassim al-Tai'i est le chef spirituel de LAAG mais aussi de la branche irakienne de LAFA, créée récemment, en janvier 2014. C'est un clerc chiite de Nadjaf qui fait partie des fondateurs du mouvement sadriste. Il a participé à plusieurs soulèvement ratés contre Saddam Hussein et a été emprisonné par le régime irakien. Il a également des liens avec l'Iran dont il adopté la règle de jurisprudence3. En proie à l'hostilité de Moqtada al-Sadr, il revient sur le devant de la scène avec la guerre en Syrie, militant très tôt pour encourager le départ de volontaires chiites à Damas. C'est ainsi qu'il parraine la formation de LAFA. Il fait d'ailleurs plusieurs fois le voyage en Syrie pour rencontrer les chefs de cette milice. Il ouvre le 23 décembre 2012 un bureau dans le quartier d'al-Sayyida Zaynab, au sud de Damas, où se trouve le fameux sanctuaire chiite dont la défense sert de prétexte à l'envoi des miliciens chiites irakiens. Ce bureau est dirigé par Ibrahim Dawa. Dawa, le secrétaire de al-Ta'i, fait le lien entre le chef religieux et les combattants. C'est lui qui distribue l'aide financière aux familles des combattants tués. Al-Tai'i a usé de son influence pour que les Irakiens chiites venant des milices pro-iraniennes prennent le contrôle de LAFA, qui au départ a été une création spontanée en Syrie, pas forcément organisée depuis l'extérieur. La mainmise étrangère a d'ailleurs créé des affrontements armés internes à LAFA à l'été 2013. La création d'une branche irakienne de LAFA en janvier dernier est la dernière phase de ce processus4.




    Qassim al-Tai (extrême-gauche, avec le turban).



    Aqil al-Mussawi, plus connu en Syrie sous le nom de guerre Abou Fatima al-Mussawi, est le fondateur et le chef de LAAG. C'est un militant irakien qui a été présent en Syrie dès les débuts de LAFA. Après la mort d'Ahmad Kabara, Abou Fatima tente de créer sa propre milice en Syrie en se séparant de LAFA mais échoue. Il retourne donc en Irak. C'est là qu'il obtient le soutien logistique et financier d'al-Tai'i, ce qui lui permet de revenir en Syrie et d'annoncer la formation de LAAG le 7 décembre 2013. Il s'impose rapidement aux côtés des autres chefs de milices irakiennes.

    Abou Fatima al-Mussawi (capture d'écran).


    Qassim a-Ma'amouri est le bras droit de Mussawi. Il apparaît sur de nombreuses photos et les insurgés l'accusent d'avoir commis des massacres dans les quartiers sud de Damas et à Jobar, à l'est de la capitale. On le voit également sur une photo observer le terrain dans des binoculaires à côté d'une mitrailleuse DShK de 12,7 mm. Mouhammad Ali Mohyeddine (alias Dhu al-Faqar), un autre chef de LAAG, est un chiite syrien du village de Nubbol, dans la province d'Alep. Il a été tué le 11 mai 2014 durant les combats à Mleha, dans l'est de la Ghouta. Formé par la Garde Républicaine du régime syrien, il avait combattu autour de Damas, dans l'ouest et l'est de la Ghouta. Sur les photos du groupe, on le voit souvent accompagné de son cousin, Makaren. Hassan Mohyeddine est un clerc chiite du village de Nubbol qui encadre les volontaires chiites syriens de la milice qui viennent des deux villages chiites proches d'Alep, Nubbol et al-Zahra'a, assiégés par les insurgés syriens5. LAAG a en effet élargi son recrutement à des chiites et des druzes syriens, dont certains, pour ces derniers viennent de la localité de Jaramana, non loin de Mleha6.


    Qassim a-Maamouri, le bras droit d'Abou Fatima.


    Dhul al-Faqar.


    L'emblème choisi par LAAG est des plus instructifs7. On reconnaît immédiatement la filiation avec LAFA en remarquant la présence, à l'arrière-plan, du dôme doré de Zaynab. Les deux sabres de part et d'autre figurent probablement Zulfiqar, l'épée d'Ali, à deux pointes. La figure centrale est sans doute Abbas Ibn Ali, le compagnon d'Huseyn à Kerbala, une bataille centrale pour la mémoire chiite, et qui donne en partie son nom à LAFA. En plus du nom du groupe sur le bandeau du bas, on reconnaît bien sûr le drapeau syrien. On peut noter la ressemblance avec le récent emblème de la branche irakienne de LAFA. Sur une vidéo datée du 1er mai 2014 et probablement tournée à Mleha, on observe un écusson de dos, sur un des miliciens, qui est celui du régime syrien, preuve des liens étroits qui unissent les volontaires irakiens à ce dernier. Les combattants de LAAG arborent aussi dans plusieurs vidéos un écusson de manche caractéristique, différent de l'emblème du groupe, qui permet de les reconnaître facilement. Ils sont souvent vus, dans les photos ou vidéos, portant sur eux ou arborant un drapeau reprenant l'emblème du groupe, avec les couleurs blanche et verte.


    Emblème de LAAG.


    Emblème de la branche irakienne de LAFA.


    Sur le dos de ce milicien de LAAG, on distingue l'écusson du régime syrien (capture d'écran).

    Ce combattant de LAAG porte l'écusson de manche caractéristique de la milice, différent de l'emblème qu'on aperçoit en haut à gauche (capture d'écran).

    Capture d'écran d'une vidéo montrant des miliciens de LAAG écoutant les conseils tactiques de leur chef avant de monter à l'assaut, à Mleha. On reconnaît l'écusson de la milice sur les manches des deux soldats à gauche et à droite.


    Un rebelle syrien montre l'écusson de manche de LAAG récupéré sur le cadavre d'un milicien.

    Une des dernières photos de LAAG publiées en juillet 2014. Outre les insignes de manche aisément reconnaissables et l'omniprésent Qassem (à gauche du drapeau), on note le tableau avec l'emblème du groupe porté à bout de bras à l'arrière-plan, le bandana vert du combattant de gauche.

    Près de la colonne blindée auprès de laquelle le groupe se filme et se photographie en avril, près de Mleha, ce combattant arbore par-dessus son dos le drapeau du groupe à fond blanc et vert qui reprend l'emblème de LAAG.

    Autre gros plan de l'écusson de manche de LAAG, ici visiblement rajouté sur un effet de l'armée syrienne.




    Depuis sa création, LAAG a d'abord été engagée dans le quartier de Daraya, au sud de Damas, puis dans le reste de la Ghouta. Ses miliciens ont aussi combattu le long de l'autoroute Damas-Deraa et dans le secteur d'al-Qadam qui en est proche. Actuellement, la brigade participe à la tentative du régime pour reprendre Mleha, dans l'est de la Ghouta. Elle a reçu son entraînement de la Garde Républicaine syrienne, au camp près de Qatana, et aussi dans ceux de la 4ème division blindée, sur la montagne d'al-Mazzeh, non loin du palais présidentiel à Damas. L'entraînement aurait été assuré par des conseillers iraniens des Pasdarans. Il est difficile d'évaluer les effectifs de LAAG mais ils ne doivent pas être conséquents. On sait qu'elle a subi des pertes assez lourdes dans ses premiers engagements avant d'accumuler une certaine expérience8. Les combats à Mleha sont aussi particulièrement durs (la bataille dure depuis plusieurs mois), puisque plusieurs vidéos et photos des insurgés montrent des miliciens de LAAG tués, que l'on reconnaît à leurs écussons. On peut l'estimer, d'après les vidéos et les photos du groupe, à plusieurs dizaines d'hommes au minimum (une vidéo de groupe, où les combattants écoutent les conseils tactiques de leur chef d'unité avant des combats à Mleha, montre au moins une vingtaine d'hommes), peut-être une centaine, mais probablement guère plus. LAAG n'est certainement pas la milice pro-régime étrangère (et syrienne) la plus étoffée, d'autant qu'elle est encore de création récente. En juillet 2014, d'après les documents mis en ligne sur le groupe sur les réseaux sociaux et autres sites internet, la milice combat toujours à Mleha, dans l'est de la Ghouta. Les photos de groupes montrent encore, en juillet 2014, des groupes d'une dizaine ou d'une quinzaine de combattants au maximum, jamais plus.


    Cette carte réalisée par un blog pro-régime montre la ligne de front à Mleha, dans l'est de la Ghouta, le 9 juin dernier.

    Conseils tactiques avant l'assaut, à Mleha. Sur ces photos et la vidéo associée, on distingue au moins une vingtaine-trentaine de combattants de LAAG.


    Les vidéos9 mises en ligne par LAAG confirment assez bien les représentations des autres milices chiites irakiennes plus anciennes engagées en Syrie, aux côtés du régime, depuis la seconde moitié de 201210. On peut distinguer plusieurs thèmes récurrents. Le premier est celui de la justification de l'intervention des chiites irakiens en Syrie, notamment par la défense du sanctuaire de Zaynab, au sud de Damas. La première vidéo postée par le groupe, le 16 janvier 2014, montre ainsi le dôme doré de Zaynab, illuminé, durant une nuit pluvieuse. Une autre vidéo, qui est un montage de plusieurs séquences, reprend notamment la fameuse scène où un combatttant de LAFA monte sur le dôme de Zaynab, elle-même reprise sur des emblèmes de cette milice. Enfin, une des dernières vidéos mises en ligne, le 23 mai 2014, filme des pélerins chiites qui viennent au sanctuaire de Zaynab, symbolisant en quelque sorte la « mission accomplie » de LAAG et justifiant les sacrifices consentis. Abou Fatima, le commandant du groupe, apparaît aussi dans un montage où on le voit de profil à côté du dôme doré, flottant sur une île environnée de nuages, dans le ciel. Dans un autre montage, il se tient, toujours de profil, à côté de la photo classique du dôme de Zaynab, l'emblème de LAAG apparaissant en surimpression à droite. Un énième montage s'inspire assez nettement de l'iconographie de LAFA. Pour souligner le caractère sacré de leur mission, les miliciens de LAAG sont parfois pris en photo alors qu'ils accomplissent une de leurs prières quotidiennes. Un combattant du groupe se fait également photographier devant le sanctuaire, son AK-47 étant floutée alors que son visage, lui, ne l'est pas.



    Le sanctuaire de Zaynab, de nuit, sous la pluie : première vidéo postée par LAAG.


    Abou Fatima devant le sanctuaire de Zaynab flottant dans les nuages.


    Abou Fatima devant le dôme doré de Zaynab. On reconnaît l'emblème de LAAG sur le dos de l'homme dans une image précédente.

    Un milicien de LAAG se fait prendre en photo devant le sanctuaire de Zaynab. Son arme est étrangement floutée, ce qui est assez rare sur les photos du groupe.

    Deux membres de LAAG photographiés durant l'une des prières quotidiennes. On reconnaît l'écusson de manche.



    Un des pick-up utilisés par LAGG (capture d'écran).


    Le technical à blindage improvisé mis en oeuvre par LAAG.


    Le deuxième thème dominant est celui de l'activité militaire de la milice, au sens large. La deuxième vidéo, toujours mise en ligne le 16 janvier, montre le chef de la milice s'adressant à ses hommes. La troisième, postée elle aussi le 16 janvier, est la première à montrer le groupe en opération. Les visages sont floutés (ce qui étrangement n'est pas systématiquement le cas, il s'agit en général de membres importants, manifestement, ou qui souhaitent demeurer discrets pour des raisons de sécurité), et les miliciens irakiens défendent des positions dans un immeuble, en contexte urbain, notamment des meurtrières placées au milieu d'empilements de sacs de sable à des fenêtres ou autres ouvertures du bâtiment. Les vidéos suivants montrent des patrouilles de miliciens ; l'une en particulier, filme les chefs revenant vers ce qui semble être le QG du groupe. Les chefs de LAAG sont souvent présents dans les vidéos, et mis en valeur : on reconnaît le fondateur, Abou Fatima, mais aussi son bras droit Qassim et Mouhammad Ali Mohyeddine. Les premières vidéos montrant des combats ou des échanges de tirs, comme pour les autres milices irakiennes, insistent sur certains armements : mitrailleuses PK utilisées depuis des bâtiments ou des barricades au sol, fusils de sniper (SVD Dragunov), lance-roquettes RPG-7 etc. Les snipers, ici armés de Dragunov, sont particulièrement prisés, comme pour d'autres milices irakiennes pro-régime. Des photos récentes, mises en ligne en juillet 2014, montrent également plusieurs hommes équipés d'AK-47 munies de lunettes de visée. Parmi les nombreuses photos montrant les hommes posant avec leurs AK-47, il y a une très intéressante où la Kalachnikov a été badigeonnée d'un camouflage désertique ; à l'arrière-plan, on aperçoit également un pick-up décoré avec les emblèmes du régime et le visage de Bachar el-Assad sur le capot, la portière droite et le pare-brise, tout en arborant le drapeau vert et blanc de LAAG. Une autre dévoile une arme lourde placée derrière une barrière de sac de sable, mitrailleuse lourde ou canon improvisé. Une vidéo un peu plus longue, postée le 25 février, montre le groupe patrouiller et combattre de nuit. Les blessés de la milice sont pris en charge dans un hôpital du régime. LAAG n'oublie pas non plus de célébrer ses « martyrs », dans la tradition chiite. Une vidéo postée le 8 avril évoque plusieurs hommes de la milice tués au combat. Des posters évoquent les combattants tués, comme Mujahid Mohamed Shahid ou Omar Ayad Al-Nuaimi, tué à Mleha, ainsi que Arshad Alamadavi. Le 20 juillet, LAAG publie deux nouveaux posters de martyrs, tombés à Mleha, Mohamed Essam El-Atrash et Osama Al-Hawari. Une autre vidéo mise en ligne le lendemain montre les miliciens du groupe manoeuvrer en terrain urbain, puis poser avec leur drapeau devant un ZSU 23/4 Shilka qui précède lui-même une colonne de chars T-72, ce qui montre l'imbrication étroite, à l'occasion entre les miliciens irakiens et les forces du régime syrien (les images datent du mois d'avril, et ont été tournées sur le front de Mleha). Bien que bénéficiant parfois de l'appui des véhicules blindés du régime, les miliciens de LAAG ont aussi leurs propres pick-up. Sur quelques photos, on peut apercevoir un technical avec un blindage improvisé. Le 6 mai, une première vidéo met en scène l'utilisation par LAAG, sur le front de Mleha, de roquettes Volcano fournies par le régime syrien. C'est la première fois que ces roquettes iraniennes modifiées en Syrie, et qui ont servi pour les attaques chimiques du 21 août 2013, sont confiées à une milice étrangère pro-régime11. Une vidéo postée le 8 mai montre un peu plus en détails le tir des roquettes Volcano12.



    Un combattant de LAAG épaule un RPG-7 à Mleha.

    Un milicien pose avec son RPG-7à Mleha.



    Capture d'écran montrant un combattant de LAAG tirant à la mitrailleuse PK.


    Des combattants de LAAG progressent en milieu urbain. Les deux hommes portent un drapeau avec l'emblème de la milice.



    Des miliciens de LAAG déploient leur drapeau devant un automoteur antiaérien ZSU 23/4 qui précède lui-même une colonne de chars.

    Le Shilka de la photo précédente est en tête d'une colonne de blindés, preuve que LAAG opère étroitement avec les forces du régime syrien à l'occasion.


    Toujours le même Shilka, près de Mleha.


    La même colonne comprend également plusieurs chars T-72, comme le montre cette photo.



    Ci-dessous : des captures d'écran et photos montrant des snipers de LAAG tirant au Dragunov.















    Poster montrant les "martyrs" de LAAG.

    Poster montrant Mohamed Shahid, un des martyrs de LAAG.

    Omar Ayad al-Nuaimi, un autre martyr de LAAG tué à Mleha.

    Poster du martyr  Osama Al-Hawari.



    Poster du martyr Mohammed Assam El-Atrash.



    Capture d'écran montrant le camion transportant les deux lance-roquettes Volcano -bricolées à partir de Falaj-2 iraniennes, 333 mm- utilisé à Mleha par LAAG.

    Tir de roquette Volcano à Mleha (capture d'écran).




    Une des dernières photos postées par LAAG montrant un milicien armé d'un AK-47 avec lunette de visée. On reconnaît les insignes de manche du groupe.


    Une AK-47 camouflée entre les mains de LAAG. A noter l'intéressant pick-up "constellé"à l'arrière-plan.


    Arme lourde en position derrière des sacs de sable. Au centre à droite, on reconnaît Qassim a-Maamouri, le bras droit du chef de la milice, Abou Fatima.


    Comme d'autres milices irakiennes, LAAG insiste enfin, dans ses vidéos sur les corps des ennemis abattus, qui constituent une dernière thématique en soi. Plusieurs séquences s'attardent sur les cadavres d'insurgés syriens abattus par LAAG durant ses opérations, parfois baignant littéralement dans leur sang. Dans l'une d'elles, on voit même certains miliciens poser, le pied sur leurs victimes, dans la démarche classique du « trophée de chasse » que l'on a pu déjà constater pour d'autres milices irakiennes13. Une des séquences, particulièrement dure, montre aussi l'interrogatoire d'un homme (un insurgé ?) capturé, plaqué au sol et menacé d'un couteau par un des miliciens irakiens.





    Un milicien de LAAG pose son pied sur un cadavre d'insurgé (capture d'écran).

    Cadavre d'un insurgé filmé par LAAG.

    Autre cadavre d'insurgé filmé par LAAG.

    Dans cette capture d'écran, on voit un homme (un insurgé ?) maintenu au sol et menacé d'un couteau par un milicien de LAAG.





    5Présentation des membres importants de LAAG dans cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=6tpIHHUGAK4#t=74
    7Merci à Yalla Souriya pour l'aide apportée dans l'identification des éléments de cet emblème.
    9Travail réalisé à partir de la chaîne officielle Youtube de LAAG : https://www.youtube.com/channel/UCirgRdfpPBf3hr4kSwliSOw
    10Cf l'impressionnant et passionnant travail de Philip Smyth, qui m'a en partie inspiré ce billet : http://jihadology.net/hizballah-cavalcade/
    11La Garde Nationaliste Arabe, une autre milice étrangère, utilise aussi peu après le même matériel à Mleha : cf http://historicoblog3.blogspot.com/2014/01/mourir-pour-assad-les-combattants_27.html

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    Article publié simultanément sur l'Alliance Géostratégique.

    N.B. :  les derniers ajouts apparaissent désormais en gras, pour ceux qui suivent le billet et ses mises à jour régulières.

    Merci à Timothy Holman et à Yves Trotignon pour leur aide dans la rédaction de cet article.


    Le cas des Français partis se battre en Syrie pose un problème particulier. Il n'est devenu vraiment visible (grâce aux médias, en particulier) qu'en 2013, année où le nombre de volontaires croît de manière importante. A l'image d'autres contingents européens, le djihad en Syrie est le plus grand mouvement du genre depuis la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. Pour autant, rapporté à la population totale de la France ou même à la population musulmane de la tranche d'âge concernée, le mouvement n'a rien d'une lame de fond ou d'un exode massif1 ; on peut cependant noter qu'il s'accélère depuis l'été 2013, ce qui inquiète les autorités, et certains spécialistes, quant au retour des djihadistes. Mais il faut dire que jusqu'ici, les informations ont été très éparses. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a multiplié les déclarations, à partir de mai 2013, au sujet du chiffre des Français impliqués dans le djihad en Syrie, pour arriver, en janvier 2014, à un total de 700, en tout, impliqués à un titre ou à un autre, depuis 2011. Chiffre difficile à vérifier, mais qui semble pourtant crédible, en tout cas pas forcément très exagéré. La dernière étude de l'ICSR, un institut britannique spécialisé sur la problématique des djihadistes étrangers, datée du 17 décembre 2013, plaçait l'estimation maximum, pour la France, à 413 individus2. Les Israëliens pensent que le dernier chiffre donné par Manuel Valls et F. Hollande est exagéré3. Ce que l'on peut savoir des cas bien identifiés montre pourtant que l'exemple français ne se distingue pas fondamentalement des autres contingents de volontaires européens, à quelques différences près4. Le recrutement, plutôt large au niveau de l'âge et des motivations au début, semble depuis s'être resserré vers des hommes jeunes, de 20 à 35 ans, plus déterminés et plus radicaux dans leurs choix sur le terrain. Il implique à la fois des personnes connues pour leur engagement antérieur, et souvent surveillées, mais aussi beaucoup d'hommes ou d'adolescents qui ont succombé au message radical, notamment délivré sur le web, sans que le phénomène se limite à des gens marginalisés sur le plan social. Comme pour l'ensemble des autres contingents, la majorité des volontaires français rejoint les deux formations djihadistes, le front al-Nosra (branche officielle d'al-Qaïda en Syrie depuis novembre 2013) et l'EIIL, en butte depuis janvier 2014 aux assauts des autres formations rebelles, parmi lesquelles le front al-Nosra lui-même. Les zones de départ sont assez bien identifiées : des grandes villes, Paris, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille-Roubaix-Tourcoing (ce qui correspond là encore à d'autres pays), avec une majorité de départs spontanés ou organisés en solitaire, sans forcément qu'il y ait recours à des réseaux organisés, la seule exception semblant être le sud-est (ce qui est une différence notoire cette fois avec d'autres Etats, comme la Belgique, où des réseaux plus structurés interviennent dans l'acheminement des volontaires, voire leur radicalisation). Les djihadistes français sont également, une fois arrivés, assez présents sur les réseaux sociaux, à des fins de recrutement, de propagande ou pour garder le contact avec les familles, comme on le verra à la fin de cet article.




    Un début de publicité pour un recrutement varié ? (2012-été 2013)


    En France, la question des candidats au djihad commence à inquiéter, dans la presse, à partir du second semestre 2012. Pourtant, dès le mois de mai 2012, 3 jeunes gens sont interpellés à l'aéroport de Saint-Etienne alors qu'ils s'apprêtent à partir pour la Turquie... avec des étuis à pistolet, des talkie-walkies et des lunettes de vision nocturne5. Le Figaroévoque « quelques dizaines de départ » au mois d'octobre 2012 et mentionne le docteur Jacques Bérès, qui a soigné plusieurs Français dans un hôpital rebelle à Alep, ville que les insurgés ont investi à l'été 20126. Certains d'ailleurs ne cachent pas leur admiration pour Mohamed Merah. Le même quotidien avait également parlé, au printemps 2012, de 6 Français arrêtés par la sécurité libanaise à l'aéroport de Beyrouth, et qui cherchaient manifestement à passer en Syrie. Pourtant, les services de renseignement intérieurs avaient commencé à tirer la sonnette d'alarme dès le printemps 2011.

    Les informations et les articles de presse se font plus nombreux au printemps et à l'été 2013, moment qui connaît effectivement, d'après les recherches des spécialistes, un accroissement sensible du départ des volontaires européens, et donc français, vers la Syrie, accroissement qui se confirme tout au long de l'année7. Non seulement les volontaires français, comme les autres, bénéficient du fait que l'accès au territoire syrien est beaucoup plus facile que pour d'autres terres de djihad dans le passé, mais, en outre, ils peuvent compter, parfois, sur les restes des réseaux organisés pour les djihads précédents, comme ceux qui avaient opéré pour l'Irak entre 2004 et 20068. Dès le printemps 2013 et l'émergence des premiers exemples précis de volontaires français, on constate que les motifs de départ sont très différents. Djamel Amer Al-Khedoud, 50 ans, originaire de Marseille et depuis prisonnier du régime, s'en va ainsi pour défendre les sunnites de Syrie, une motivation qui correspond au « djihad défensif » que l'on retrouve chez nombre de volontaires étrangers, en particulier ceux des débuts, de la période 2011-2012. Abdel Rahmane Ayachi, au contraire, Franco-Syrien de 33 ans, lui, a rejoint le groupe Suqur al-Sham, membre du Front Islamique depuis novembre 2013, et qui vise depuis expréssement à l'installation d'un califat islamique et à l'application stricte et rigoureuse de la charia. Il serait monté dans la hiérarchie jusqu'à commander un effectif de 600 combattants9. Ayachi, finalement tué en juin 2013, avait profité d'un entraînement militaire dans la réserve belge, qu'il a mis à profit, probablement, sur le champ de bataille syrien10. Raphaël Gendron, un Français de 38 ans, faisait lui aussi partie de Suqur al-Sham : il a été tué le 14 avril 2013. Résidant à Bruxelles, il était proche des milieux radicaux qui ont fourni, dans ce pays, un certain nombre de volontaires pour le djihad syrien.


    Abdel Rahmane Ayachi, tué en juin 2013, dirigeait des combattants de Suqur al-Sham.-Source : http://www.globalpost.com/sites/default/files/imagecache/gp3_full_article/photos/2013-March/suquar-al-sham-syria-leader.jpg


    Raphaël Gendron était bien connu des services français. Condamné à plusieurs reprises par la justice belge, il est arrêté par les autorités italiennes fin 2009 avec Bassam Ayachi, imam franco-syrien installé en Belgique et célèbre, lui aussi, pour ses opinions radicales. Ils auraient voulu organiser une filière de recrutement djihadiste pour al-Qaïda dans le sud de l'Italie. Relâchés, ils regagnent la Belgique où ils continuent d'animer le Centre islamique Assabyle, sur le site duquel Gendron se livre à une active propagande. Cas très différent, celui de ce jeune djihadiste français de 17 ans, originaire de Sartrouville, arrêté par la police grecque le 25 mai 2013 alors qu'il tentait de gagner la Syrie11. Il avait prévenu ses parents de son départ le 16 mai, après avoir acheté son billet d'avion pour Athènes et s'être muni d'un passeport. La famille prévient la police, qui parvient à joindre les autorités grecques : le jeune homme est arrêté dans un bus au nord du pays, alors qu'il se dirigeait vers la Turquie.


    Raphaël Gendron.-Source : http://static0.7sur7.be/static/photo/2013/2/5/9/20130415180823/media_xll_5734734.jpg


    Au mois de juin 2013, un diplomate français haut placé évoque déjà le chiffre de 270 Français partis se battre en Syrie12. Un mois plus tard, un djihadiste français présent en Syrie lance un appel vidéo à ses compatriotes et au président F. Hollande, lui demandant de se convertir à l'islam13. L'homme, qui se fait appeler Abou Abdelrahmane, annonce s'être converti il y a trois ans à l'islam, et avoir des parents français et athées. Il demande aux Français de rejoindre le djihad. Il s'agit en fait de deux demi-frères. Jean-Daniel Pons, un Toulousain de 22 ans, est finalement tué le 11 août. Agé de 22 ans, ce dernier avait été entraîné par son frère aîné, Nicolas, 30 ans, que l'on voit parler sur la vidéo. Titulaire d'un BEP, Nicolas était tombé dans la petite délinquance avant de se convertir en 2009 puis de faire du prosélytisme. Son frère Jean-Daniel l'avait rejoint en 2011 à Toulouse pour entamer un BTS de comptabilité, après avoir vécu avec leur père en Guyane ; il se convertit à son tour. Ils avaient gagné la Syrie tous les deux en mars 201314. Ils ont rejoint la Syrie via l'Espagne et la Turquie, faisant croire à leurs proches qu'ils allaient en Thaïlande, avant de leur dévoiler la vérité en avril15. La mère des deux jeunes gens, retraitée de l'armée, avait signalé la dérive inquiétante de ses fils aux autorités dès le mois d'avril. Quelques jours plus tard, un homme de 47 ans, originaire du territoire de Belfort, est interpellé par la DCRI : habitant à Toulouse, il était venu rendre visite à sa famille, et aurait eu des liens avec les deux Toulousains16 de la fameuse vidéo. Jacques Abu Abdallah al-Faransi, un Français venant de Marseille, est également vu en juillet 2013 sur une vidéo postée sur Youtube17.


    Abou Hajjar, un informaticien de la région parisienne parti en avril 2013 pour faire le djihad en Syrie, interrogé par Le Figaro, est en réalité Ayachi fils, évoqué plus haut18. Cet homme combat dans le Djebel al-Zawiya, dans la province d'Idlib, au sein du groupe Suqur al-Sham. D'après son témoignage, recueilli par Le Figaro, il effectue des missions de reconnaissance sur l'autoroute entre Lattaquié et Alep, pour signaler les mouvements de troupes et de convois du régime. Il se définit lui-même comme un « activiste islamiste » et non comme un djihadiste proche d'al-Qaïda. Son groupe comprend, selon lui, des Saoudiens et des Jordaniens. Il manifeste, dans ses déclarations, une certaine ouverture dans le traitement des minorités syriennes, et explique que son groupe cherche à convaincre, en ouvrant des bureaux de prédication, par exemple, mais pas par la force, comme certains djihadistes. Il ne compte pas revenir en France, où il a laissé femme et enfants19.


    Vers une accélération du recrutement, puis un resserrement des profils ? (automne 2013-février 2014)


    Le 1er septembre 2013, Manuel Valls annonce que plus d'une centaine de Français combattent actuellement en Syrie, qu'une dizaine y sont morts, et que certains sont déjà revenus20. D'autres informations parlent à la même époque de 9 Français tués au combat dans le pays21. En septembre, 4 hommes sont interpellés après avoir braqué un restaurant Quick dans les Yvelines, puis un cinquième un peu après à Châteauroux, dans l'Indre. Agés de 23 à 34 ans, ces 5 hommes étaient en fait surveillés depuis un moment par la DCRI et la DRPP ; ils appartiennent à un groupe dont l'un des membres, au moins, originaire de Trappes, se trouve déjà en Syrie. Ce sont des personnes « autoradicalisées », dont deux frères, des convertis parfois de fraîche date à l'islam. Ils avaient été repérés lors de manifestations anti-américaines à Paris en 2012 (rassemblement place de la Concorde, le 16 septembre, contre le film L'Innocence des musulmans), puis lors « d'entraînements collectifs » dans le sud de Paris22. Le braquage du Quick de Coignières devait servir à payer leur voyage vers la Syrie : munis d'une arme factice, ils avaient embarqué 2 500 euros... sous les yeux de la DCRI, qui les interpellent dès le lendemain. Ils étaient inconnus de la justice, sauf un seul d'entre eux condamné en 2005 pour vol aggravé23. L'intention de financer leur voyage par un simple braquage confirme que l'expédition pour gagner la Syrie est relativement facile, comme on peut le constater pour d'autres contingents européens24, et qu'elle n'implique pas forcément le recours à des réseaux organisés (le voyage revient à 300-500 euros, en passant par la Turquie). Ce même mois de septembre, un jeune Roubaisien trouve la mort en Syrie. Sofiane D., 20 ans, est tué le 20 septembre à Alep. Ses parents, inquiets, avaient prévenu les autorités en juillet 2013 : il était censé être parti en Algérie. Musulman pratiquant classique, selon un magistrat, « fusionnel » avec sa mère, il n'avait pratiquement jamais quitté Roubaix. Il aurait apparemment combattu dans les rangs du front al-Nosra25. Deux autres jeunes hommes de l'endroit auraient également gagné la Syrie26. Romain L., 26 ans, du Calvados, est quant à lui arrêté pour apologie du terrorisme sur Internet27. Il était l'administrateur du site Ansar al-Haqq, traducteur de la revue Inspire, éditée par Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique. Il utilisait le pseudonyme de Abou Siyad Al-Normandy. Fin septembre, les réseaux sociaux djihadistes mettent en avant la figure de Abu Suhaib al-Faransi, un commerçant de 63 ans converti à l'islam, et qui fait partie des volontaires français de l'insurrection28.


    A gauche, Abu Suhaib al-Faransi -Source : http://www.memrijttm.org/image/6170.JPG


    Les autorités française ont déjà, précédemment, arrêté Flavien Moreau, né à Ulsan, en Corée du Sud, avant d'être adopté en France29. Ce Nantais de 27 ans s'était imprudemment confié, à Antioche, en Turquie, à un journaliste suisse, en novembre 2012, ce qui l'avait immédiatement fait repérer par la DCRI. Il est arrêté quelques semaines plus tard à son retour en France, début 2013, et mis en examen. Le Nantais, qui enchaînait petits boulots et peines de prisons, s'était converti il y a cinq ans, et cherchait depuis sa dernière sortie, en 2012, à intégrer un réseau combattant. Ayant amassé quelques milliers d'euros grâce à divers trafics, il gagne Zurich, puis Istanbul et finalement Antioche, avec l'intention de rejoindre le groupe Ahrar al-Sham, aujourd'hui composante du Front Islamique, créé le 22 novembre 2013. Sans aucune expérience du combat, son engagement ne tient que quelques semaines, à l'issue desquelles il regagne la France. D'autres engagements sont tout aussi idéologiques, comme ces deux disciples de Jérémie Louis-Sydney, le leader de la "cellule de Cannes-Torcy", soupçonné de la tentative d'attentat contre une épicerie kasher de Sarcelles, en 2012 ; ces deux jeunes Français d'origine tunisienne sont depuis partis en Syrie.

    Début octobre, un Français aurait mené une attaque kamikaze dans la province d'Alep30. Surnommé Abou al-Qaaqaa, ce Français se serait fait exploser le 9 octobre dans le village de Al-Hamam, au sud-est de la ville. Cette attaque kamikaze ouvrait la voie à des combattants de l'EIIL (dont il aurait fait partie) et du front al-Nosra. Le 24 septembre, Abou Mohammad al-Fransi, un Français converti à l'islam, avait déjà été tué dans le même secteur. C'est également ce mois-là que commencent à remonter des informations sur une filière d'acheminement des volontaires tchétchènes via l'importante diaspora tchétchène établie dans le sud-est de la France (plus de 10 000 personnes)31. Les estimations officielles portent alors le nombre de Français impliqués dans les combats en Syrie à au moins 40032. Le 14 octobre, 3 suspects de la fameuse cellule terroriste Cannes-Torcy sont arrêtés dans les Alpes-Maritimes. Sont notamment saisis un pistolet-mitrailleur UZI et un pistolet semi-automatique, ainsi qu'une grande quantité d'argent en liquide. En novembre, 4 hommes de 22 à 35 ans sont interpellés dans le Val-de-Marne : ils appartiendraient à une filière djihadiste qui acheminerait des combattants vers la Syrie. 2 ou 3 d'entre eux auraient combattu avec le front al-Nosra. Les chiffres passent alors à plus de 440 Français partis pour la Syrie : la moitié est encore sur place, une douzaine sont morts, un ou deux sont prisonniers du régime, et 50 à 60 sont revenus en France. Sur la vingtaine de procédures déclenchées contre les volontaires de retour, seules trois ont alors abouti à des mises en examen33. Le 20 novembre, Abu Malik al-Faransi, un Français de 17 ans, est tué à Raqqa34. Le 27 novembre, c'est un homme habitant près de Lens qui est interpellé, faisant suite à l'arrestation, le 15 octobre, de deux autres personnes à Tourcoing et Roubaix. Ces deux personnes auraient gagné la Syrie puis seraient revenues en France35.



    Photo présumée d'Abou Malik al-Faransi.-Source : https://fbcdn-sphotos-e-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn2/p480x480/1472883_317021681772971_875519586_n.jpg


    A partir de la fin septembre 2013, le recrutement dans le sud-est de la France semble s'intensifier, et en particulier à Nice et sa région. Une dizaine de départs au moins est recensée à Vallauris, Saint-Laurent et à Nice, ainsi que du côté de l'Ariane et de la cité des Moulins, la plupart pour rejoindre le front al-Nosra. La majorité des jeunes concernés semblent s'être radicalisés très rapidement, avant de quitter leurs familles du jour au lendemain. En 2011, un réseau recrutait déjà, manifestement, pour le djihad en Afghanistan dans cette région36. Une filière pour le recrutement en Irak avait été démantelé, également, en 2005. Une mère de la région lyonnaise signale aussi, en décembre 2013, que son ex-mari, dont elle est séparée depuis juillet 2012, a visiblement enlevé sa fille pour gagner la Syrie via la Turquie, afin de rejoindre le front al-Nosra ; il s'était radicalisé après un séjour à La Mecque37. Il s'était également rapproché de Forzane Alizza, un groupuscule salafiste djihadiste dissous par les autorités françaises en février 2012.


    Le 22 décembre 2013, Nicolas, le frère de Jean-Daniel Pons (les deux Français issus de la région toulousaine), trouve la mort dans une attaque kamikaze près de Homs38. Les deux demi-frères auraient rejoint, depuis leur départ en Syrie, les rangs de l'EIIL39. Leur mère, Dominique Pons, avait signalé aux autorités la radicalisation de ses fils, puis créé en décembre 2013, avec son ex-mari, l'association Syrien ne bouge… Agissons ! D'après elle, Nicolas avait également retrouvé en Syrie un autre Toulousain qu'il connaissait40. En janvier 2014, les services de renseignement français évaluent à 500-600 le nombre de Français partis en Syrie, dont 220 encore sur place, 70 qui sont revenus et 18 tués, soit un effectif qui a quadruplé par rapport au mois de mai 2013. Sur ce total, 20% seraient des Français convertis, mais la majorité reste des jeunes gens d'origine maghrébine, pas forcément musulmans pratiquants, mais qui se radicalisent très rapidement. Outre la facilité d'accès au territoire syrien, les services de renseignement signalent qu'un des grands facteurs de motivation des volontaires est qu'ils ont l'impression de se battre pour une cause juste41. 10 à 14 jeunes gens originaires de Strasbourg auraient également quitté leur ville pour l'Allemagne, afin de rejoindre la Syrie, à la fin de l'année 201342. Un jeune homme issu du quartier d'Elsau, à Strasbourg, serait d'ailleurs mort dans une attaque kamikaze en Syrie au mois de novembre43.

    L'attention en France sur le phénomène des volontaires candidats au djihad syrien, qui avait cru un peu en 2013 avant de s'éclipser devant les attaques chimiques du mois d'août 2013 et ses suites, rebondit avec l'annonce du départ, en janvier 2014, de deux jeunes adolescents de 15 ans, originaires de la région toulousaine, très relayée dans les médias. Tous les deux scolarisés au lycée des Arènes, les deux adolescents sont partis le 6 janvier pour gagner la Turquie. L'un des deux adolescents, Yasine, était réputé brillant élève, un des meilleurs de sa classe. L'autre, Ayoub, le plus âgé, en revanche, est connu des services de police, et appartient à une famille qui pouvait avoir des convictions religieuses rigoristes. Yacine achète les billets d'avion pour la somme de 417 euros et les deux jeunes gens embarquent sur un vol de la Turkish Airlinesà destination Istanbul. Ils arrivent ensuite à Antioche. Mais difficile de dire, dans leur itinéraire, s'ils ont bénéficié de l'assistance d'un réseau organisé ou non44. Rattrapés et ramenés en France, les deux adolescents sont finalement mis en examen45. Il s'avère ensuite que les deux adolescents sont entrés en contact avec les insurgés via les réseaux sociaux, et sans doute un intermédiaire français, qui les aurait guidés à la frontière turque. Les deux jeunes gens auraient voulu rallier le front al-Nosra. Ils ont un rejoint un camp d'entraînement près d'Idlib ; c'est parce que celui-ci prenait du retard et parce qu'ils ne combattaient pas que les deux adolescents ont finalement quitté le pays46. L'événement confirme à la fois l'accélération du recrutement en France, mais aussi sa diversification. Si la majorité des recrues continue à venir des grands centres urbains (Lille-Roubaix, Strasbourg, Toulouse, Paris, le sud-est et Nice), les profils semblent moins correspondre à des jeunes en pertes de repères ou désocialisés, mais au contraire à des jeunes parfois plus intégrés47. Le père d'un deux adolescents a d'ailleurs rapidement prévenu les autorités et lancé un appel public : selon lui, son fils a notamment été radicalisé par le biais d'échanges sur le web, notamment par Facebook48. Dans le sud-est, à Nice et ses alentours, ce serait déjà une quarantaine de jeunes gens qui seraient partis pour le djihad syrien, avec de plus en plus d'adolescents -16, voire 15 ans49. Dans le quartier populaire de Saint Roch, à l'est de Nice, il y aurait eu 7 à 8 départs rien qu'entre septembre et décembre 201350. Fin décembre, c'est une famille de dix personnes toute entière qui part pour la Syrie51. Au début du mois de décembre, la DCRI avait procédé à l'interpellation d'un recruteur présumé du milieu niçois52.


    En février 2014, Salahudine, un djihadiste français de 27 ans originaire de la région parisienne, parti combattre en juillet 2013, livre un ultime témoignage après avoir été gravement blessé à Alep. Il avait emmené femme et enfants avec lui, et manifestement n'a pas bénéficié du concours d'un réseau : il a organisé son voyage via la Turquie tout seul. Après avoir gagné Alep, il rejoint l'EIIL, est formé dans un camp d'entraînement puis est expédié rapidement sur le front. En novembre 2013, visiblement dégoûté par l'EIIL, il rallie le front al-Nosra (qui ce même mois est reconnu comme branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, au détriment de l'EIIL). Il combat à Alep, Damas et Homs. Il touche chaque mois 50 dollars, mais s'est acheté lui-même son AK-47 pour 1 300 dollars53. Un autre combattant français appartenant à l'EIIL, Abou Shaheed, qui se trouve au nord d'Alep, a également livré son témoignage en février 2014. C'est un volontaire déterminé, qui ne pense pas revenir en France mais qui n'en est pas moins partisan d'un djihad transnational54. Néanmoins, selon les services de renseignement français, le profil des volontaires se serait désormais resserré. Il comprendrait désormais majoritairement des hommes de 20 à 35 ans, plus déterminés. Un tiers des 250 Français encore présents en Syrie seraient des Caucasiens, des Tchétchènes ayant transité par la région de Nice (qui sert de hub pour les Caucasiens et en particulier pour les Tchétchènes, avec Vienne, en Autriche). Sur le reste, on compterait une moitié de convertis et une autre moitié de jeunes issus de l'immigration maghrébine, ainsi que quelques femmes. Fait notable, des groupes radicaux comme l'EIIL n'hésitent pas à utiliser les volontaires étrangers, comme les Français, pour des attaques kamikazes. On signale en outre plusieurs cas de départ où les personnes s'installent à la frontière turque ou dans le nord de la Syrie mais ne prennent pas part au combat, attendant l'installation d'un califat islamique55. Le 20 février, un jeune Niçois de 18 ans, parti en Syrie en septembre 2013, est arrêté à son retour en France. Farid avait combattu dans la région d'Alep. Jeune lycéen, il était parti avec trois autres amis d'une cité de l'est ce Nice, après s'être radicalisé en quelques semaines. Il a été emprisonné après son arrestation, dans l'attente de son jugement56.


    A droite, Abou Shaheed.-Source : http://www.memri.org/image/16983.JPG




    Les djihadistes français sur les réseaux sociaux


    Les djihadistes français sont très présents sur les réseaux sociaux, surtout Twitter et Facebook57. Ils donnent des informations sur leur parcours, sur les combats et les conditions pratiques du djihad. Majoritairement, ceux qu'on y voit font partie de l'EIIL. Les volontaires étrangers ont tendance, en Syrie, à se regrouper, par affinité culturelle et linguistique, mais il n'est pas dit que ce soit systématiquement le cas pour les Français, même si certains combattent bien dans les mêmes formations. Certains arrivent ensemble et se connaissent avant le djihad. On note aussi la présence d'épouses de combattants. Les réseaux sociaux servent au recrutement, à la diffusion de la propagande, et pour maintenir le contact avec les familles. La propagande joue sur l'analogie avec les jeux vidéos, dans les illustrations qui peuvent être diffusées. Evidemment, les conflits internes aux insurgés, comme celui qui oppose depuis avril 2013 l'EIIL au front al-Nosra, sont relativement peu présents. Abou Shaheed, arrivé en Syrie en mai 2013, fait ainsi partie de l'EIIL, et évoque souvent la poursuite du djihad après la chute du régime Assad. Un autre djihadiste francophone, lui aussi membre de l'EIIL et arrivé à la même date, qui opère sous le pseudo Si tu veux mon avis, donne beaucoup de détails sur les combats et affirme avoir participé à ceux de la base 80, à Alep. Abou Mohammed Muhajir, un autre Français, est également incorporé dans l'EIIL : arrivé à l'été 2013, il combat autour d'Azaz. Il est marié à Umtawwab zawjetu abu’’mohamed, une femme originaire de Lorient, qui collecte des fonds à des fins soi-disant humanitaires via Facebook, et qui prétend avoir fait l'aller-retour en France entre octobre-novembre 2013. Mourad Ibn Amar, lui aussi arrivé en Syrie à l'été, fait également partie de l'EIIL. Il apparaît sur de nombreuses photographies de groupes. Sous le pseudo Selim Det-R, un Roubaisien est également inclus dans l'effectif de l'EIIL. Abdullah Wade, un Français, s'efforce quant à lui de collecter des fonds pour rénover des habitations en Syrie au profit des djihadistes français. Abou Tasnim est probablement un Français originaire d'Haïti. Ses parents sont chrétiens ; il habitait en Seine-Saint-Denis, son père est entrepreneur, de classe moyenne ; lui-même produisait de la musique électronique. Il a rejoint la Syrie le 17 octobre 2013 après être passé par Istanbul puis Ghaziantiep, et il combat, lui, au sein du front al-Nosra. Blessé à l'entraînement, il répond beaucoup sur les réseaux sociaux aux questions pratiques pour le voyage jusqu'en Syrie, et livre son expérience de la guerre. Il participe à de nombreuses escarmouches, combat même des Kurdes en janvier 2014. Il quitte al-Nosra qu'il juge « trop inactif » et rejoint l'EIIL d'Atmeh ; le 14 février, il est à Azzaz58.



    Abou Tasnim.-Source : http://www.memri.org/image/16984.JPG




    Le djihad familial : femmes, enfants, mais aussi jeunes filles en Syrie


    Autre phénomène inquiétant et lié au djihad en Syrie : le départ de jeunes filles en direction de ce même pays. Anissa, 22 ans, se convertit sous l'influence d'une amie de son lycée de Bordeaux. Elle se marie avec un jeune musulman présenté par un imam rencontré sur Skype et laisse une lettre d'adieu à sa mère. Des dizaines de Françaises sont concernées par ce phénomène : Ly, 19 ans, une étudiante d'origine sénégalaise, est partie avec son bébé de 15 mois. Elle est accompagnée d'une lycéenne de 17 ans d'Epinay, qui a piraté la carte bancaire de son père pour financer le voyage59. A la même époque, fin février 2014, c'est une adolescente grenobloise de 14 ans qui est arrêtée à l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry alors qu'elle s'apprêtait à prendre l'avion pour Istanbul. Placée dans un foyer, elle s'enfuit avant d'être de nouveau rattrapée le lendemain. C'est le troisième mineur au moins qui tente de rejoindre la Syrie depuis janvier 2014, après une adolescente de 15 ans qui a elle réussi à gagner le pays60. Nora, 16 ans, est partie le 23 janvier ; son frère assure qu'elle a été manipulée par d'autres personnes et que, dès la mi-mars, elle regrette son départ en Syrie61. Il est parti une première fois pour la ramener en février ; refoulé à la frontière turque, il réussit lors d'une deuxième tentative, en avril 2014, à passer en Syrie et à voir sa soeur par deux fois62. Fin mars, Barbara Marie Rigolaud, une Française de 35 ans originaire de Nanterre, est arrêtée par le PYD (parti kurde qui contrôle des zones au nord-nord-est de la Syrie) près d'Alep. Cette Française aurait rallié le front al-Nosra après avoir appartenu à l'EIIL. Elle est arrivée en Syrie en mai 2013 avec son mari et ses quatre enfants63. C'est également en mars 2014 que la mère d'Assia, la fillette de 23 mois emmenée par son père depuis octobre 2013 en Syrie, lance de nombreux appels pour être entendue64. Sahra, une adolescente de 17 ans originaire de Lézignan-Corbières (Aude), aurait fugué et rejoint la Syrie à partir du 11 mars. Elle aurait embarqué à Marignane dans un vol pour la Turquie. Le 14 mars, elle confirme à son frère qu'elle est dans la région d'Alep. Sahra, qui pratiquait l'islam depuis au moins un an, avait apparemment bien préparé son départ65. Sur le même modèle, une jeune lycéenne de 16 ans, à la double nationalité française et algérienne, habitant à Troyes, est signalée probablement partie en Syrie par ses parents le 8 avril 2014. Radicalisée en quelques mois, elle aurait reçu, comme Sahra, une somme d'argent en liquide d'un intermédiaire pour payer son voyage66. Elle est finalement arrêtée en Allemagne avant d'avoir pu rejoindre la Syrie.








    Un recrutement continu dans les premiers mois de 2014


    France Info interroge, en février 2014, deux Français partis se battre en Syrie : Abou Chaak, 24 ans, et Abou Dahouk, 26 ans. Ils se disent originaires de la région parisienne, combattent alors dans la région d'Alep et appartiennent à l'EIIL. Dahouk fait partie des premiers Français arrivés en Syrie, dès le début 2013 ; il envisage non pas de revenir en France pour commettre des attentats mais de mourir en « martyr » sur la terre syrienne67. En mars, Seif al-Qalam, un jeune homme de 27 ans lui aussi originaire de la région parisienne, qui a combattu pour l'EIIL avant de rallier le front al-Nosra (il est arrivé sur place en juillet 2013 avec femme et enfants), prétend que ce dernier groupe comprend une brigade entièrement composée de Français (une centaine d'hommes ?) dont il ferait partie. Ce seraient les Français qui auraient imposé cette solution pour des raisons de compréhension linguistique. Ces hommes souhaitent avant tout combattre en Syrie et ne s'en prendraient à la France que si celle-ci menait des opérations contre eux68. Mi-février, Bilel, un licencié en économie et sapeur-pompier volontaire de Grenoble, est tué dans les combats à Homs. Il était parti en Syrie en juillet 2013 avec son frère et plusieurs autres volontaires français pour le djihad ; il s'était manifestement radicalisé après une rupture amoureuse. Sur place, il rejoint le front al-Nosra et prend le nom de guerre de Abou Siddiq Al-Tounsi69. Le 22 mars 2014, un Français, Sylvain Decker, est arrêté par la police marocaine à Rabat. Il faisait partie d'un réseau de recrutement pour le djihad, notamment en Syrie, qui oeuvrait à la fois en Espagne et au Maroc70. Un projet d'attentat terroriste dû à un vétéran du djihad syrien est probablement déjoué dans le sud-est de la France. La DCRI avait découvert, le 17 février 2014, 900 grammes d'explosifs dans un immeuble près de Cannes, point de chute d'un membre de la cellule Cannes-Torcy arrêté quelques jours plus tôt. Le jeune homme, Ibrahim B., était parti pour la Syrie en septembre 2012, avec deux autres personnes, échappant ainsi au coup de filet de la DCRI sur la cellule. Abdelkader T., un des deux compagnons d'Ibrahim, est arrêté en Italie le 16 janvier 2014. Ibrahim B. serait revenu ce même fois en France, après avoir combattu comme les autres au sein du front al-Nosra. Le 11 février, il est arrêté dans l'immeuble où sont découverts plus tard les explosifs71. Fin avril 2014, un jeune homme âgé d'une vingtaine d'années, qui se prétend ancien militaire français dans un régiment d'infanterie parachutiste, est vu dans une vidéo postée sur Youtube72. Le 30 avril, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve indique que 285 Français se trouvent actuellement en Syrie, et s'inquiète d'une augmentation de 75% de ce total en quelques mois. Une centaine de djihadistes seraient revenus en France et 5 auraient été tués73. Le lendemain, un Algérien de 37 ans, résident régulier en France, est expulsé car soupçonné de recruter dans l'Hexagone pour le djihad en Syrie. Il a été arrêté par la Turquie à bord d'un bus emmenant un groupe de Français vers la Syrie. Il était proche de deux autres hommes habitant en Savoie, comme lui, connus pour avoir participé aux filières d'acheminement de volontaires en Afghanistan et condamnés en février 201174.






    Le plan du gouvernement français : une opération de communication ?


    Le 23 avril 2014, le gouvernement français dévoile un plan pour lutter contre le départ de jeunes gens en Syrie, notamment pour tenter d'assurer une détection précoce de potentiels candidats au djihad. Ce plan prévoit enfin une cellule de crise pour les parents, accueillis par des professionnels, et envisagerait la réintroduction de l'autorisation de sortie du territoire pour les mineurs (mesure finalement écartée). Le renseignement humain et la cybersécurité seront mises à contribution pour détecter les personnes susceptibles de se radicaliser75. Cependant, Wassim Nasr, journaliste spécialiste des djihadistes, ces mesures interviennent dix ans trop tard. Il ne croit pas à l'efficacité de la plateforme de signalement mise en place pour les parents. Il plaide aussi pour ne plus traiter le phénomène comme un problème criminel ; et en effet, les profils sont très variés, trop pour être réduits à ce postulat, d'autant que comme il le souligne, tous les candidats au départ ne comptent pas forcément revenir en France pour commettre des attentats. Le problème est aussi politique, et lié à la position de l'Etat français sur le conflit syrien76. David Thomson, journaliste à RFI et auteur d'un ouvrage sur les djihadistes français parus en mars 201477, confirme que les profils sont très divers. Si les motivations de départ sont tout aussi variées, le djihad en Syrie est sans précédent dans l'histoire contemporaine, pour la France, en raison de la facilité d'accès à ce champ de bataille et à l'emploi des réseaux sociaux. Il explique comment un premier contingent d'une vingtaine de Français, arrivés à partir de fin 2011 et en 2012, a réalisé un appel d'air via les réseaux sociaux et entraîné cet afflux massif que l'on constate en particulier depuis l'an passé. Il confirme également qu'il existe une brigade de Français au sein du front al-Nosra. Le rapport des djihadistes aux réseaux sociaux et à des biais différents de ceux des djihads précédents fait toute la difficulté de la prévention du phénomène et même de son suivi en cas de retour du djihadistes sur le sol français. La seule ligne jaune à ne pas franchir, selon lui, ce sont les menaces d'attaques sur le territoire national : à ce moment-là, le gouvernement intervient mais préfère autrement surveiller ces réseaux sociaux, ces forums ou ces sites qui sont aussi des sources de renseignement. D'ailleurs le net des djihadistes, qui passent par de nombreux réseaux sociaux, est quasiment impossible à contrôler. Le seul effet positif qu'il voit dans le plan du gouvernement est la création d'une cellule à destination des parents, qui il est vrai, arrive bien tard78. Le plan du gouvernement ferait donc surtout état d'une stratégie de communication, après que celui-ci ait sous-estimé le problème en 2011 et ait préféré peut-être voir les jeunes volontaires partir se battre en Syrie plutôt que de commettre des attentats sur le sol français79. D'après RTL, la plateforme de signalement du gouvernement a enregistré 24 candidats au départ en Syrie, en dix jours, dans 16 départements : 8 femmes et 16 hommes, âgés de 14 à 34 ans. 5 de ces 16 personnes sont effectivement parties80.


    Pour David Thomson, les djihadistes français partent pour assumer un djihad défensif, contre le régime de Bachar el-Assad, mais aussi parce qu'ils croient à la prophétie musulmane de la fin du monde, l'apocalypse, qui doit se dérouler en Syrie (pays de Cham). Il n'y a pas de portrait type du djihadiste français puisque si certains sont issus des quartiers défavorisés des grandes villes, d'autres viennent de la campagne et n'ont jamais rencontré un musulman. Beaucoup sont délinquants, mais pas tous, certains étant parfaitement insérés dans le tissu social. Le seul dénominateur commun est le rôle d'Internet et des réseaux sociaux. Ceux-ci ont permis de banaliser le message du djihad et de l'étendre à un public plus large, plus jeune, pas forcément musulman. La plupart des djihadistes le deviennent en autodidacte, via le net81. Les premiers Français partis en 2011-2012 sont passés par le Maghreb, notamment la Tunisie, à un moment où il n'y avait pas encore de « réseau » organisé. Aujourd'hui le trajet est plus direct, via un vol vers la Turquie et une prise en charge à la frontière par les rebelles, sans qu'il y ait de réseaux d'acheminement forcément organisés. Sur place, ils retrouvent des Français, souvent des convertis récents comme eux, et peuvent s'intégrer par exemple à la brigade française au sein du front al-Nosra où l'on trouve plusieurs figures importantes du djihad médiatique sur les réseaux sociaux. Les Français qui partent cherchent avant tout à vivre dans une terre d'islam « authentique » ou à mourir en martyr. Mais certains, déçus, peuvent repartir, comme cela est arrivé pour les deux adolescents toulousains en janvier 2014. Les femmes partent pour les mêmes raisons, elles ne combattent pas même si elles apprennent à se servir d'armes comme l'AK-47 pour se défendre. Ces femmes peuvent épouser un aspirant djihadiste avant de partir, partir en famille si elles sont mariées de longue date avec l'un d'entre eux, ou obtenir une promesse de mariage en Syrie. Contrairement aux nombreuses rumeurs qui ont circulé sur la toile, il n'y a pas de « djihad sexuel », mais un djihad matrimonial. Pour David Thomson, il y a une différence entre les Français qui combattent avec le front al-Nosra, et qui privilégieraient pour l'instant le combat contre le régime syrien et la mort en martyr, et ceux de l'EIIL, qui envisagent pour certains des attentats sur le sol français82. Pour Gilles Keppel, le salafisme présent en France dans certaines cités, comme à Roubaix et d'autres villes, témoigne d'un « djihad du pauvre », avec des personnes faisant souvent la confusion entre monde virtuel et monde réel. Souvent, un environnement familial ou local à tendance salafiste préexiste à l'incarcération en prison. Enfin, la cause du djihad syrien attire à elle un public beaucoup plus large, parfois au-delà du groupe musulman, comme le disait aussi David Thomson83.

    Le 13 mai 2014, 6 djihadistes de retour de Syrie sont interpellés dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg (un des lieux de recrutement éminents du djihad syrien et une place historique du djihad en France) par la DGSI, avec le soutien du RAID et du GIPN. Ces arrestations visent des jeunes gens d'origine maghrébine ou turque qui avaient prétendu partir en vacances à Dubaï, via l'Allemagne, alors qu'en réalité ils avaient rejoint des camps d'entraînement dans le sud de la Turquie84. Cette opération est probablement un signal donné par les autorités françaises aux djihadistes et, selon un spécialiste du renseignement et du terrorisme85, elle vise à décourager les vocations d'apprentis-djihadistes pas encore radicalisés, et probablement aussi à faire du renseignement sur lesdits djihadistes, pour mettre à jour les informations disponibles, cerner les profils, etc. Ces personnes faisaient partie d'un groupe d'une douzaine parti en Syrie au mois de décembre 2013. Deux frères sont morts sur place86. A la fin mai 2014, la presse française révèle que Souad Merah, la soeur de Mohamed Merah, s'est envolée pour la Turquie avec ses quatre enfants, pour rejoindre son compagnon présent sur place87.

    Début juin 2014, François Hollande annonce que plus de 30 Français partis se battre en Syrie ont été tués88. C'est également début juin qu'est annoncée la mort de Chaquir Maaroufi89, alias Abou Shaheeed, un jeune Français de 30 ans membre de l'EIIL. Originaire des Pyrénées-Atlantiques, il avait rejoint la Syrie dans la seconde moitié de 2013, probablement via le Maroc, où il était parti en 2011 après avoir été condamné en France pour des faits de délinquance90. Abou Shaheed était une figure du recrutement pour le djihad syrien sur les réseaux sociaux.Mi-juin, le gouvernement français expulse un nouveau recruteur pour le djihad en Syrie, un Tunisien de 28 ans qui opérait dans la région de Grenoble. Ahmed B., basé dans un quartier sensible de Grenoble, le Village Olympique, salafiste bien connu, envoyait les jeunes gens en Tunisie, où ceux-ci étaient formés avant de partir en Syrie91. A la même période, une adolescente d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, âgée d'à peine 14 ans, est soupçonnée de s'être rendue en Syrie, après un processus de radicalisation récent qui n'a pas éveillé l'attention de ses parents92. Fin juin, la DGSI interpelle deux Nîmois et une femme à Avignon -un autre, peut-être en Syrie, a échappé au coup de filet- impliqués dans une filière d'acheminement des Français dans le pays. Deux des hommes visés sont par ailleurs impliqués dans une affaire criminelle, le meurtre d'un jeune homosexuel dont le corps avait été retrouvé en juillet 2011. Cette filière aurait envoyé une vingtaine de Nîmois en Syrie rien que pour l'année 201393.


    Le 28 juin, un jeune Niçois de 17 ans, qui a combattu au sein du front al-Nosra avant de revenir en France, est arrêté et mis en examen pour «homicide volontaire et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » . Après qu'il soit parti avec son frère de 23 ans, son père, Abderazak Cherif, était parti le chercher à la frontière turco-syrienne après l'avoir convaincu, via Facebook, de renoncer au djihad. Il est arrêté sur l'accusation d'un autre djihadiste revenu en France qui précise qu'il a participé à une exécution, en Syrie94. Le 9 juillet, le ministre de l'Intérieur français, Bernard Cazeneuve, présente un nouveau projet de loi pour renforcer l'arsenal juridique antiterroriste, et fournit de nouveaux chiffres officiels sur la participation des Français au djihad syrien. Le phénomène concernerait désormais 870 personnes, dont deux tiers inconnus des services de police avant leur départ. La moyenne d'âge serait de 26 ans. Mais le total comprend aussi 140 femmes, dont 54 présentes en Syrie et 30 en Turquie. Ces femmes partent parfois avec leurs enfants (7 mineurs, tandis que 8 autres sont partis en Syrie par leurs propres moyens). Deux tiers des volontaires sont des Français, le dernier tiers étant constitué de résidents, des étrangers munis d'une carte de séjour. Sur le total, 20% des hommes sont des convertis récents à l'islam, tout comme un tiers des femmes. Il n'y aurait que 15 vétérans des djihads précédents95.



    Pour David Thomson, la moitié des Français qui combattent au sein de l'Etat Islamique (nouveau nom de l'EIIL depuis le 29 juin dernier) sont d'abord chargés de recruter d'autres volontaires via les réseaux sociaux. Cette propagande est efficace et elle a fait ses preuves, permettant d'attirer les premiers contingents français sur place. Contrairement à d'autres djihadistes comme les Britanniques, qui utilisent d'autres plate-formes pour fotidiurnir de véritables « guide du djihadiste », les Français restent surtout cantonnés à Facebook. Ils fournissent des conseils pratiques pour se rendre en Syrie et d'autres précisions sur la vie quotidienne sur le champ de bataille. D'après Thomson, le resserrement de la position des autorités français oblige désormais les djihadistes à un peu plus de discrétion. Les Français ne servent pas seulement de « vitrine » à l'Etat Islamique, comme les autres combattants étrangers, mais participent bien aux opérations militaires (progressivement), aux attentats-suicides (en Irak) et même à la police des territoires conquis96.



    On en sait aussi désormais un peu plus sur le jeune Cannais arrêté en février dernier, Ibrahim Boudina, qui aurait préparé un attentat sur le sol français. Boudina, membre de la cellule Cannes-Torcy, avait gagné la Turquie avant l'opération des autorités françaises. Il a combattu dans le front al-Nosra puis est passé à l'EIIL. Sa radicalisation, assez évidente, a pourtant laissé de marbre sa famille, alors que les enquêteurs le considèrent comme l'un des plus déterminés du groupe97. A la fin juin, et en dépit de l'affrontement entre l'Etat Islamique et les autres groupes rebelles, le recrutement pour le djihad syrien en France n'a en rien perdu de sa vigueur. Le numéro vert mis en place pour signaler les cas potentiels de départ a enregistré 192 appels depuis avril, dont 36 personnes qui sont probablement parties en Syrie. 84 de ces appels (44%) concernent des femmes98. Le 19 juillet, le Franco-Marocain Abu Abdallah Guitone, alias Abou Tamima, membre de l'Etat Islamique, exhorte dans une vidéo d'Al-Hayat (le média officiel de l'Etat Islamique) en français les Occidentaux à venir combattre pour l'EI et de prêter allégeance à son calife99. Le 22 juillet 2014, deux hommes et une femme sont arrêtés à Albi, dans le Tarn. Deux d'entre eux auraient séjourné en Syrie entre avril et mai 2014 et l'un d'entre eux serait un possible recruteur pour le djihad. La cellule évoluait entre Albi et Toulouse et était suivie depuis septembre 2013.


    Le 25 juillet 2014, une photo du corps d'Abou Abdallah Guitone est mise en ligne par l'Etat Islamique. Le djihadiste franco-marocan a été tué dans l'assaut sur la base de la division 17, au nord de la ville de Raqqa, tenue par le régime et assiégée depuis longtemps. Guitone avait rejoint le futur Etat islamique en mars 2013. Il était l'un des principaux propagandistes du groupe car il maîtrisait plusieurs langues (français, arabe, espagnol, un peu d'anglais). Il faisait partie du groupe français présent à Raqqa, bastion de l'Etat Islamique en Syrie. Guitone diffusait de nombreuses photos et vidéos donnant une image idéalisée de la vie du djihadiste en Syrie, à des fins évidentes de recrutement.

    Le corps d'Abou Abdallah Guitone, tué dans l'assaut de la base de la division 17 près de Raqqa.

    Le soleil, les plages du lac Assad près de Raqqa... et le drapeau de l'EI ainsi qu'un de ses slogans tracés dans le sable. Guitone était l'une des figures du recrutement au djihad pour l'EI.







    Conclusion


    Il est difficile de formuler des hypothèses quant à l'avenir du recrutement français pour le djihad syrien, notamment parce que les chiffres sont incertains, peut-être plus encore que pour d'autres contingents, en particulier européens. La situation plus difficile de l'insurrection face au régime, depuis l'accord sur les armes chimiques de septembre 2013, et les affrontements entre rebelles, notamment ceux dirigés contre l'EIIL, ne semblent pas avoir tari le recrutement. Les Français, comme d'autres, se dirigent majoritairement vers les groupes les plus radicaux, liés à al-Qaïda, comme le front al-Nosra et surtout l'EIIL, qui bien que marginalisé dans le dispositif d'al-Qaïda par les affrontements récents, n'en demeure pas moins un acteur important sur le terrain. On peut donc s'inquiéter à la fois de la difficulté à suivre des départs souvent spontanés, délicats à anticiper, et du retour de personnes aguerries sur les champs de bataille syriens et qui souhaiteraient prolonger leur combat en France. Néanmoins, il faut aussi noter qu'une partie des volontaires, comme dans d'autres pays, était impliquée de longue date dans les réseaux djihadistes, et qu'elle était surveillée préalablement, d'où, d'ailleurs, certaines arrestations, à terme. Pour cette catégorie, il est manifeste que les services de renseignement pourraient procéder, si besoin, à des coups de filet de plus grande ampleur. Aller en Syrie ne constitue pas un délit, et il faut accumuler des preuves pour procéder aux interpellations. Ce qui est inquiétant, c'est la forte proportion de personnes parfois seules qui s'autoradicalisent par différents moyens, notamment le web, et qui partent de manière parfois imprévisible en direction de la Syrie -un voyage qui, comme on l'a dit, par son caractère aisé, notamment via la Turquie, est une aubaine pour le djihad. Le défi majeur, c'est que l'évolution de la nature même du terrorisme islamiste fait que le retour d'une dizaine de combattants fanatisés seulement pourrait avoir un impact démesuré, par la création de réseaux, ou même par une action en solitaire, comme celle de Mohamed Merah. C'est tout l'enjeu, pour les services de renseignement, d'arriver à dissoudre au mieux ce phénomène, tâche des plus ardues. Le phénomène des volontaires français est donc plus complexe qu'il n'y paraît, et il faudra bien évidemment continuer d'en analyser les évolutions.





    Tableau récapitulatif des estimations officielles fournies par le ministre de l'Intérieur français, Manuel Valls, puis par son successeur Bernard Cazeneuve à propos des Français partis se battre en Syrie (mai 2013-juillet 2014).



    Nombre de volontaires partis depuis 2011
    Encore sur place
    Revenus
    Tués
    En transit
    Candidats au départ
    Femmes
    Mai 2013
    120
    50
    30

    40


    Septembre 2013

    130
    50
    10
    40
    100

    Octobre 2013

    184
    80
    14



    Décembre 2013
    +400
    184
    80
    14

    100

    Janvier 2014
    700
    250
    76
    26

    150

    Avril 2014

    285
    100
    25
    120


    Juillet 2014
    870





    140



    1Thomas Hegghammer, « Number of foreign fighters from Europe in Syria is historically unprecedented. Who should be worried? », The Monkey Cage, 27 novembre 2013.
    2Aaron Y. Zelin, Sami David, « Up to 11,000 foreign fighters in Syria; steep rise among Western Europeans », The International Centre for the Study of Radicalisation, 17 décembre 2013.
    3Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    17Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    18Précision apportée par Babak Khabazan, que je remercie.
    25Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    28Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    34Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.
    58Merci à L.G. de m'avoir fourni ces informations sur ce djihadiste, à partir de son compte Twitter.
    77David THOMSON, Les Français jihadistes, Paris, Editions des Arènes, 2014.
    85Merci à lui.

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    Dès le mois d'octobre 2012, le service anti-terroriste de la police norvégienne (PST) émet des inquiétudes à propos du nombre grandissant de nationaux partant combattre en Syrie. Le chef du renseignement militaire précise que 7 Norvégiens, déjà, sont partis se battre sur place au sein de groupes liés à al-Qaïda. La plupart sont alors liés au groupe Ummah du Prophète (Profetens Ummah, anciennement Ansar-al-Sunnah), qui opère en Norvège. Ce groupe structuré en 2013 prend la suite d'autres plus anciens qui apparaissent dès 2010. Un des membres importants du mouvement est alors Arfan Bhatti1. Ce dernier est parti faire le djihad en Syrie dès 20122. Ubaydullah Hussain, qui dirige le mouvement, avait conduit en septembre 2012 des manifestations contre le film « L'innocence des musulmans » devant l'ambassade américaine à Oslo. Il prétend qu'une douzaine de membres de son organisation sont partis faire le djihad en Syrie, dont un âgé de 21 ans a été récemment tué à Alep, ce qui est démenti ensuite par la famille, qui reçoit des preuves du maintien de la bonne santé du jeune homme3.

    Un an plus tard, en novembre 2013, le PST porte officiellement à 40 le nombre de Norvégiens partis en Syrie, mais il est probablement plus élevé. Un journal norvégien en a répertorié 22. La plupart ont entamé une conversion radicale qui a complètement échappé à leurs familles. Certains étaient bien membres du groupe Ummah. D'autres, comme ce Norvégien converti, a menti à ses parents en prétextant un voyage en Arabie Saoudite. Deux Norvégiens d'origine algérienne ont péri en Syrie, l'un en 2012 et l'autre en 2013. Un Tunisien qui avait des liens avec la Norvège a également été tué sur place à l'automne 2012. Pour les spécialistes, ce djihad syrien pourrait être l'opportunité d'une radicalisation des factions islamistes qui opèrent en Norvège. D'autant que le nombre de vétérans revenus en Norvège se monterait déjà à deux chiffres4...

    L'un des exemples les plus connus est celui de ce Norvégien d'origine érythréenne, parti faire le djihad en Syrie à 23 ans. Il était arrivé en Norvège en 2003, à l'âge de 13 ans. Puis il se radicalise subitement, en quelques mois, au contact de quelques personnes de même origine qui font partie d'Ummah. Son dernier emploi était gardien d'un parking à Oslo, jusqu'en septembre 2012, il était marié à une jeune femme elle aussi originaire d'Erythrée. En décembre, père d'un bébé de quelques semaines, il part en Syrie. Il opère au sein de Kataib al-Muhajereen et se trouve associé au front al-Nosra5.

    En août 2013, la femme d'un Norvégien d'origine algérienne de 32 ans, Sirine, une Norvégienne d'origine turque de 27 ans, accompagne son époux pour faire le djihad en Syrie. Son mari est tué à peine deux mois après son arrivée, mais elle choisit de rester sur place. Sirine invoque l'idée du djihad défensif comme motivation principale de son départ en Syrie6.

    En octobre 2013, l'opinion norvégienne s'émeut lorsqu'on apprend que deux jeunes filles ont gagné la Syrie, et la ville d'Alep. Les deux jeunes filles, âgées de 16 et 19 ans, ont rejoint le pays via la Turquie. Le père des deux jeunes filles, d'origine somalienne, se rend en Turquie pour tenter de les récupérer. La plus âgée a commencé à se radicaliser quelques mois plus tôt, notamment en portant le niqab, mais les premiers signes d'un départ pour la Syrie ne sont apparus qu'à peine une semaine avant le passage à l'acte7. La communauté somalienne de Norvège -environ 30 000 personnes- avait également fourni un des participants à l'attaque des Shebaab du mall de Nairobi, en septembre 20138. Le père des deux jeunes adolescentes arrive finalement à ramener ses filles en Norvège.


    Dès février 2014, le service de renseignement norvégien tire la sonnette d'alarme : le nombre de vétérans du djihad de retour en Norvège s'accroît, et parmi eux des personnes liés aux groupes djihadistes, notamment l'EIIL. Une douzaine de femmes aurait également gagné la Syrie. Le 27 mai, la police arrête un Norvégien d'origine somalienne et deux autres d'origine kosovare, résidant à Oslo, soutenant l'EIIL. Les deux Kosovars sont frères, ont combattu en Syrie, tandis qu'un troisième frère y est mort. Egzon Avdyli aurait été tué dans les rangs de l'EIIL ; il était l'un des porte-parole d'Ummah en Norvège et avait rejoint la Syrie au début de l'année 20149. Il avait 25 ans10. Cette arrestation fait suite à celle d'un Norvégien d'origine pakistanaise, en février dernier, qui revenait de Syrie et avait combattu pour al-Nosra et l'EIIL. Agé de 22 ans, l'homme était revenu à Oslo se faire soigner après avoir été blessé en Syrie (une balle dans la jambe)11. On estime en mai 2014 que 10 Norvégiens ont peut-être péri en Syrie. Si la plupart des Norvégiens djihadistes viennent d'Oslo ou des alentours, un noyau provient également du comté de Trömso, près du cercle Arctique, au nord de la Norvège12.


    A droite, Egzon Avdly, avec U. Hussayn, le chef du groupe Ummah.-Source : http://www.longwarjournal.org/threat-matrix/images/Egzon-Avdyli-ISIS.jpg


    En juillet 2014, le PST lance une enquête contre Bastián Vásquez, alias Abu Safiyya, un Chilo-Norvégien qui apparaît dans des vidéos de propagande de l'Etat Islamique. Agé de 25 ans, le jeune homme aurait certaines responsabilités au sein de l'EI. En 2012, il avait pris part aux manifestations à Oslo contre le film « L'innocence des musulmans ». Vasquez appartient à une famille installée à Skien, en Norvège, pays qui compte une importante communauté chilienne exilée du temps de la dictature de Pinochet. L'intérêt est que sa double nationalité lui permet d'être doublement utile pour le recrutement de l'EI. Vasquez s'est converti à un islam radical depuis au moins 2008. Un de ses compagnons, d'origine somalienne, a été arrêté par le PST après avoir combattu en Syrie. Il est proche de Mohyeldeen Mohammad, un Norvégien d'origine irakienne qui est le pivot du djihadisme norvégien et qui a été l'un des premiers à partir en Syrie. Vasquez rejoint la Syrie peu de temps après les manifestations à Oslo au sein du groupe Oummah (il a été arrêté en 2012 après avoir posté une vidéo sur Youtube où il menaçait de mort le Premier Ministre et la famille royale) ; en 2013, il fait partie de l'EIIL dans la région d'Alep13. Vasquez est d'ailleurs désavoué par ses parents, qui précisent qu'il est bien norvégien, étant né après l'arrivée de ses parents dans ce pays. Son profil correspond à celui de nombreux djihadistes scandinaves, fils d'immigrés récents14. Fin juillet 2014, le PST (service de sécurité de la police) annonce qu'il est en état d'alerte en raison de la menace d'une action terroriste en Norvège perpétrée par des vétérans du djihad syrien15. Les informations font état d'un groupe de djihadistes ayant combattu en Syrie qui retournerait vers l'Europe, et peut-être vers la Norvège, pour y commettre des attentats. Le PST redoute en particulier l'action d'un Norvégien qui aurait été formé à l'utilisation des explosifs au Yémen. Le musée juif d'Oslo a été interdit aux visites de même que le palais royal16.


    Bastian Vazquez.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/vasquez-new.jpg


    Bastian Vazquez dans la vidéo de propagande pour l'EI, devant un Humvee capturé en Irak.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/bastian-vasquez.png






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    It was said, in September 2013, one hundred Canadians joined the Syrian jihad, much more than their American counterparts. Some media speak of 3 Canadians who have been killed in Syria, but the authorities have not confirmed the figure. An American filmmaker, Bilal Abdul Kareen, who lived in the midst of an Islamist group for a year, claims to have crossed 20-30 Canadians. According to him, one of them, Abu Muslim, took part in the fighting around Damascus airport in August 20131.

    In December, the Canadian government spoke of "dozens" of people who left in Syria, without being more precise. Canada has put on its list of terrorist organizations al-Nosra front in November 2013, and since April 2014, the law was strengthened to prevent candidates to jihad from leaving Canadian soil. Ali Dirie, a member of the terrorist group Toronto 18 (which was dismantled in 2006 in the midst of planning attacks), nevertheless have left to Syria after serving a prison sentence : released in 2011, he died there in September 2013. From Somali origin, born in 1983, Dirie played a visible role in the radicalization of inmates in prison, highlighting the absence of Canadian structure to avoid this process2. Another Canadian, the famous Abu Muslim, appeared in a British documentary filmed in Syria amid an armed group composed mainly of foreign fighters3.


    Ali Dirie, vu ici en 2000.-Source : http://www.thestar.com/content/dam/thestar/news/gta/2013/09/25/toronto_18_ali_mohamed_dirie_convicted_in_plot_dies_in_syria/dirie.jpg.size.xxlarge.promo.jpg




    The first Canadian to die in Syria is probably Jamal Mohamed Abd al-Kader, born and raised in Canada, but from a family of Kurdish origin, who comes from the north-east of Syria4. Became a student, he chose to join the jihad and arrives in Turkey in July 2012. He crossed the border and rallied the brigade Asifat a-Shimal of the Free Syrian Army before joining Ahrar al-Sham. First he fought in Aleppo during the summer and fall of 2012, then joined Damascus in December until his death February 26, 2013. With a student normal course, he was however arrested by the police in December 2010 with two friends in possession of a weapon without a permis5. From July 2011 Thwiba Kanafani, had joined the Syrian rebels, and after several months, had returned to Canada to rally help for jihad.


    Jamal Mohamed Abd al-Kader.-Source : http://4.bp.blogspot.com/-b6Nu8F5Mslc/UhFvrrkdzjI/AAAAAAAAFV4/0GoBTw1Rf9M/s1600/jamal+abd+qader.jpg



    Recently, an American jihadist, Abu Turab Al-Muhajir, announced Abu Muslim died last year in the assault on the Minnagh airbase6. Abu Muslim, aka André Poulin, is used in a recruitment video of ISIS, well after his death in combat, in July 20147. According to him, he might be there 100 Canadians in Syria, which corresponds to high estimate of ISCR. Andre Poulin, that was his real name, was from Ontario, and had converted to Islam in 2009. He comes before justice for threatening his host, a Muslim, because he had an affair with latter's wife. Another Canadian, Damian Clairmont, alias Abu Talha al-Canadi, was also killed in Aleppo. He converted to Islam after a suicide attempt. In November 2012, he announced to his mother that he was going to Egypt to learn Arabic, but the Canadian security thought he joined Syria. He was monitored as it was part of an extremist group in Calgary : it would not have left to Cairo but to Istanbul. He called his mother from Syria in February 20138. He had several names and according to some sources, he joined al-Nosra front. Indeed it would have been injured and executed by FSA fighters9.




    Damian Clairmont.-Source : http://i.cbc.ca/1.2497627.1389806171!/fileImage/httpImage/image.jpg_gen/derivatives/16x9_620/mustafa-al-gharib-damien-clairmont.jpg


    In April 2014, another Canadian appear in a propaganda video of ISIS : Mohamed Farah Shirdon, aged 20, a native of Calgary in Alberta. He studied until 2012 at least at the Southern Alberta Institute of Technology. In the video, he burns his Canadian passport and threatens Canada and the United States. Shirdon comes from a Somali family quite easy : her father, Abdi Farah Shirdon, is a former Prime Minister of Somalia, which has survived several assassination trials from the Shabaab. Sister and mother of Shirdon live in Calgary and are very involved in religious affairs of their community10. Shirdon is one of the last Canadians identified as having left to fight in Syria, but it is not the only one. Umm Haritha, a young woman of 20 years, leaving Canada in December 2013 with a suitcase half empty and 1,500 dollars, against the advice of his parents, and went to Turkey. A week later, she is wife in Syria with Abu Ibrahim al-Suedi, a Swedish fighter of Palestinian origin who fight for ISIS. On May 5, the Swede died in a kamikaze attack by a fighter of the rival faction of ISIS, al-Nosra. Umm Haritha, on his Twitter account, claims to have joined Syria by conviction. His radicalization date just four months before his departure, when she begins to wear the niqab. Since she is a widow, she lives in Manbij, a town near the Turkish border controlled by ISIS. She published many pictures of everyday life of the city, and even baptize Raqqa, the bastion of ISIS, the "New York of Syria". She does not intend to return in Canada11.




    Des femmes portant le niqab photographiées par Umm Haritha à Manjib, en Syrie.-Source : http://pbs.twimg.com/media/BmW-sDSIQAA3PB-.jpg:medium




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    In 2013, the Danish police is investigating Abu Ahmed, the Quba Mosque from Amagen and charitable organization Hjælp4Syrien1. Location and organization serve as base for recruitment and fundraising to the Syrian jihad. Copenhagen monitors since March the activity of this organization that seems to support al-Nosra. Ahmed is well known to police for having sponsored spiritually two young Danes who wanted to organize attacks in Copenhagen. The group would have provided financial support to a former Guantanamo detainee, a Danish killed in Syria in February 2013, Slimane Hadj Abderrahmane. In August, another Dane, Abu Omar Altunes, also was killed in Syria. At this time, police believe at least 65 Danish have left for the Syrian jihad, 6 have died. August 16, 2013, a jihadist, Abu Khattab, post a video where he calls the Danes to join djihad2. A few days later, another video shows Khattab and three other fighters shoot 6 pictures of people perceived as "enemies of Islam" (a police officer, ministers, a lawyer, a designer of cartoons, Imam Ahmed Akkari, who had been violently involved in the case of the Mohammed cartoons in 2006, before saying he regretted)3.


    Abou Khattab.-Source : http://cphpost.dk/image/box/25351/1920/1080.jpg


    In May, the Muhajireen brigade announces the death, two months earlier, of a Danish jihadist, Sørensen. He reportedly traveled to Egypt, Yemen, Lebanon and Libya before joining the armed group. He was imprisoned in Yemen and Lebanon and, according to him, tortured in the first country. He follows in Yemen the Imam University in Sana'a, with Imam al Zindani Abdulmajid linked to bin Laden. Sørensen then lived for three years in Egypt before going to war in Libya and Syria. He was killed in the province of Latakia4. In October 2013, Danish Salafists from Islam Kaldet til Islam intensify their propaganda effort in prisons after the death of their leader, Tariq Shiraz, in Syria. Tariq died on September 25 in the province of Latakia ; he too was part of the ash-Omar Shishani group linked to ISIS. Tariq probably commanded the Danish contingent in the group5. On November 17, 2013 occurs the announcement of the death of two more Danes, including a 17 year old, killed Aleppo6. On 13 January 2014, insurgents confirm that Abu Khattab, whose fate was pending for several months, has been killed in the fighting in November, while two other Danes were injured. Since the summer of 2012, it would be more than 80 Danish, according to authorities, who would have gone to Syria, which at least 7 have so far been killed7


    Kenneth Sorensen.-Source : http://www.longwarjournal.org/images/Kenneth-S%C3%B8rensen-Muhajireen-Brigade.png

    The motivations of Danish volunteers seem quite varied. Some go to help Sunni brothers, others to overthrow a dictatorship considered ignoble. Others leave to establish Sharia, or Islamic caliphate, or just suffer martyrdom. Finally, volunteers simply seeking adventure. Most are men between 16 and 25 years, mostly from Muslim immigration, but there is also Danish converts. The group is more diverse and younger than the previous djihads (Afghanistan, Somalia, Iraq). Among immigrants, some are related to criminal circles. The recruitment is done through awareness via videos and social networks. It seems, once again, that some criminals go for the "redemption of sins." The majority of volunteers joined al-Nosra or ISIS. Half of those already returned to Denmark, and several have made roundtrips8.

    Big A is one of the leaders of the most famous gangs of Denmark in Copenhagen. His real name is Abderozzak Benarabe, he joined the jihad in Syria and was approached by a
    Guardian journalist, who has followed his career in 2012. Big A crosses the border crawling under Turkish barbed wire, then a car pick him in Idlib province, in Sarjeh. With another Dane with whom he traveled, he joined a brigade of Ahrar al-Sham, which includes 25 men, including one Canadian of Iraqi origin and 4 Uzbeks ; others are Syrians. He is not engaged in the fighting near the city of Ariha, to the contrary, his brigade commander returns him to Denmark to raise funds, a task which he believes he will be more useful. Big A returned to Syria after collecting money and materials, then returns to Copenhagen, where the gang war is raging. After exile in Morocco as sought by the Danish authorities, he was arrested and imprisoned in Copenhague9.







    End of June 2014, a study of Danish Terrorist Analysis Center estimates that more than 100 people left for Syria, at least 15 have been killed and more women also left to this country. Some Danes also fight with the Islamic State in Iraq. Most Danes do jihad in Syria from Islamic Copenhagen, Aarhus and Odense circles. Some are related to criminal circles. Recruitment is done mostly by the propaganda carried out by Islamists. Half of the persons concerned is back in Denmark, according to the center, most are trying to draw a line on their experience of fighting in Syria and resume their lives before jihad10.

    Denmark is a Scandinavian country where radical Islamist circles are more established historically. Hizb-ut-Tahrir is well established and radical preachers operate in some mosques. Many candidates of Syrian jihad, however, are close to another organization,
    Kaldet til Islam, modeled on Sharia4UK and is in contact with the founder thereof, Omar Bakri, a refugee in Lebanon. In 2012, supporters of Kaldet til Islam had gathered on Kongens Nytorv, Copenhagen's main square to listen to the slogans of Bakri on the phone from Lebanon. These events may seem against-productive but in reality, the voids in the Danish legislation allows the movement to raise awareness and recruit more easily11.

     

    8Truslen mod Danmark fra personer udrejst til Syrien, PET, Center for Terroranalyse, 24 novembre 2013.

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     Updates in bold.

    One of the last pro-regime militias of Iraqi origin who has appeared in Syria is Liwa al-Assad Allah Ghaleb (LAAG)1. LAAG was officially born in December 2013 when its leader, Abu Fatima al-Mussawi, makes the announcement in a video filmed at Damascus International Airport. Abu Fatima al-Mussawi served in Liwa Abu Fadl al-Abbas (LAFA), the oldest and probably the largest Iraqi Shiite militia that fought alongside the Syrian regime, since the second half of 2012, and which was then gradually fueled by pro-Iranian Iraqi militias as Asaib Ahl al-Haqq or Kata'ib Hezbollah. Came back in Iraq, where he gained a moral and financial support, Abu Fatima al-Mussawi began recruiting to form his own militia.

    Qassim al-Tai'i is the spiritual leader of LAAG but also of the Iraqi branch of LAFA recently established in January 2014. He is a Shiite cleric in Najaf which is one of the founders of the Sadrist movement. He has participated in several failed uprising against Saddam Hussein and was imprisoned by the Iraqi regime. He also has ties with Iran which he adopted the concept of f velayat-e faqih (rule by the jurisprudent)2. Prey to the hostility of Moqtada al-Sadr, he returns to the front of the stage with the war in Syria, militanting early to encourage voluntary departures of Shiites in Damascus. Thus he sponsors the formation of LAFA. He also traveled several times to Syria to meet the leaders of this militia. He opens an office the December 23, 2012 in al-Sayyida Zaynab neighborhood, south of Damascus, where is the famous Shiite shrine whose defense is a pretext for sending Iraqi Shiite militiamen. This office is headed by Ibrahim Dawa. Dawa, the secretary of al-Ta'i, is the link between the religious leaders and fighters. It was he who distributes financial assistance to the families of killed fighters. Al-Tai'i used his influence to Shiite Iraqis from pro-Iranian militias take control of LAFA, which initially was a spontaneous creation in Syria, not necessarily organized from outside. Foreign involvement has also created internal armed clashes inside LAFA in summer 2013. Creating an Iraqi branch of LAFA in January is the last phase of the process3.




    Qassim al-Tai (far left, with turban).


    Aqil al-Mussawi, better known in Syria under the « nom de guerre » of Abu Fatima al-Mussawi, is the founder and chief of LAAG. He is an Iraqi activist who was present in Syria since the beginning of LAFA. After the death of Ahmad Kabara, Abu Fatima tries to create his own militia in Syria by separating from LAFA but fails. He then returned to Iraq. This is where he gets logistical and financial support to al-Tai'i, allowing him to return to Syria and to announce the formation of LAAG December 7, 2013. He becomes fast as prominent as others Iraqi's militias chieftains.


    Abou Fatima al-Mussawi (screenshot).


    Ma'amouri-Qassim is the right arm of Mussawi. He appears in many photos and insurgents accuse him of committing massacres in the southern districts of Damascus and in Jobar, east of the capital. He can also be seen on a photo observing the field in binocular next to a DShK 12.7 mm machine gun. Muhammad Ali Mohyeddine (aka Dhu al-Faqar), another leader LAAG, is a Syrian Shiite village Nubbol in the province of Aleppo. He was killed May 11, 2014 during the fighting in Mleha in eastern Ghouta. Formed by the Republican Guard of the Syrian regime, he fought around Damascus, in western and eastern Ghouta. On the pictures of the group, he is often seen with his cousin, Makaren. Hassan Mohyeddine is a Shi'a cleric from the village of Nubbol, who officers Syrian Shiite militia volunteers who come from two Shiite villages near Aleppo, Nubbol and al-Zahra'a, besieged by insurgents4. LAAG has expanded its recruitment effect with Shiite and Druze Syrians, some of which, for these, come from the town of Jaramana, near Mleha5.


    Qassim a-Maamouri,, right arm of Abou Fatima.


    Dhul al-Faqar.


    The emblem chosen by LAAG is very interesting6. Instantly we can see recognizable affiliation with LAFA, noting the presence in the background of the golden dome of Zaynab. The two swords on both sides are probably Zulfiqar, the sword of Ali, with two points. The central figure is probably Abbas ibn Ali, the companion of Husayn in Karbala, a central battle for Shiite memory, which gives its name to LAFA. In addition to the group name on the banner at the bottom, of course we recognize the Syrian flag. One can note the similarity with the recent emblem of the Iraqi branch of LAFA. A video dated from May 1, 2014 and probably filmed in Mleha, shows a patch on the back of a militiaman, which is that of the Syrian regime, evidence of close links between the Iraqi volunteers to it. Fighters from LAAG also feature in several videos a shoulder patch, different from the symbol of the group, which allows easy identification. They are often seen in the photos or videos wearing on them a flag incorporating the emblem of the group, with white and green colors.


    LAAG emblem.


    Iraqi branch of LAFA emblem.


    On the back of this militiaman, the coat of arms of Syrian regime.

    The shoulder patch of LAAG.

    Another view of shoulder patch of LAAG. The militiamen are listening their leader before an assault in Mleha.


    A Syrian rebel is showing the shoulder patch of LAAG picked up on a corpse.

    One of the last photos of LAAG, July 2014. Qassem is on the left of the flag. Note the shoulder patch and the group' emblem in the background.

    Mleha, April 2014 : a fighter stands with the green and white flag with emblem of LAAG.

    Shoulder patch above dress of Syrian regime.



    Since its beginning, LAAG was first engaged in the district of Daraya, south of Damascus, then in the rest of the Ghouta. The militia also fought along the Damascus-Deraa highway and in the al-Qadam area which is close. Currently, the brigade participated in the attempt of the regime to regain Mleha in eastern Ghouta. It received her training from Syrian Republican Guard in the camp near Qatana, and also in those of the 4th Armored Division, in the al-Mazzeh mountain, not far from the presidential palace in Damascus. The training was provided by Iranian Pasdaran advisors. It is difficult to assess the number of LAAG but they should not be significant. We know it has suffered fairly heavy losses in its first commitments before accumulating some expérience7. The fighting in Mleha are also particularly hard (the battle lasted several months), as many videos and photos of insurgents show LAAG militiamen killed, which we can recognize with their patchs on sleeves. It can be estimated, based on videos of the group, there are several dozen men at least, maybe a hundred, but probably not much more. LAAG is certainly not the most extensive foreign pro-regime militia, especially since it is still recent. In July 2014, according to documents posted from the group on social networks and other websites, the militia is still fighting in Mleha in eastern Ghouta. Group photos show again, in July 2014, groups of ten or fifteen fighters up, never more.


    Pro-regime map of the Mleha frontline, June 9, 2014.

    Speech before assault in Mleha. We see 20 or 30 men, the most impressive number for LAAG from the pictures of the group.



    The videos8 posted by LAAG confirm fairly well the representations of other older Iraqi Shiite militias involved in Syria, alongside regime, since the second half of 20129. We can distinguish several recurring themes. The first is the justification for the intervention of Iraqi Shiites in Syria, including the defense of Zaynab shrine in southern Damascus. The first video posted by the group on January 16, 2014, shows the golden dome of Zaynab, illuminated, on a rainy night. Another video, which is a montage of several sequences, is including the famous scene shows where a combatttant of LAFA mounted on the dome of Zaynab, which figures itself on the emblems of this militia. Finally, a recent online video, dated from May 23, 2014, is filming Shiite pilgrims coming to the shrine of Zaynab, symbolizing a sort of "mission accomplished" for LAAG and justifying the sacrifices. Abu Fatima, the commander of the group, also appears in a montage where he is seen in profile next to the golden dome, floating on an island surrounded by clouds in the sky. In another montage, he stands still in profile next to the classic photo of the dome of Zaynab, the emblem of LAAG appearing superimposed right from another group photo. Yet another montage inspired quite clearly from the iconography of LAFA. To emphasize the sacredness of their mission, the militiamen of LAAG are sometimes caught on camera while they perform one of their daily prayers. A fighter is also photographed in front of the sanctuary, his AK-47 being blurred but his face is not.


    Sayyida Zaynab, in the night, under the rain : first video of LAAG.


    Abu Fatima before the dome which floats among clouds.


    Abu Fatima before the golden dome. In the right, photo of the militiaman with flag on his back, above.

    A militiaman before Sayyida Zaynab. The weapon is blurred but not his face...

    Two fighters in prayer. Note the shoulder patch.



    Pick-up of LAAG.


    Technical with improvised armor of LAAG.


    The second dominant theme is that of the military activity of the militia, in broad meaning. The second video, still on line January 16, shows the militia leader addressing his men. The third, also posted on January 16, is the first to show the group in operation. The faces are blurred (which strangely is not always the case, it is usually key members clearly or who wish to remain discreet for security reasons), and Iraqi militiamen defending positions in a building in an urban context, including fireholes places in the middle of stacks of sandbags to windows or other openings in the building. The following videos show militia patrols ; one in particular, film leaders heading back toward what appears to be the headquarters of the group. LAAG leaders are often present in the videos, and highlighted : the founder, Abu Fatima, but also his right arm Qassim and Muhammad Ali Mohyeddine. The first videos showing fights or crossfires, like other Iraqi militias, insist on certain weapons : PK machine guns have been used from buildings and barricades on the ground, sniper rifles (SVD Dragunov), RPG-7 rocket launchers. Snipers, here armed with Dragunov, are particularly popular, as in others Iraqi pro-regime militias. Recent photos, posted in July 2014, also show several men armed with AK-47 equipped with scopes. Among the many photos showing men posing with their AK-47, there is a very interesting one where the Kalashnikov was brushed with a desert camouflage ; in the background, we also see a pickup decorated with emblems of the regime and the face of Bashar al-Assad on the hood, the right door and windshield, while sporting the green and white flag of LAAG. Another reveals a heavy weapon placed behind a barrier of sandbags, heavy machine gun or improvised. A video a bit longer, posted on February 25, shows the group patrol and fight night. Wounded militiamen are treated in a hospital from the regime. LAAG do not forget to celebrate its "martyrs" in the Shiite tradition. A video posted on April 8 mentions several militiamen killed in combat. Posters evoke fighters killed as Mohamed Shahid or Omar Ayad Al-Nuaimi, killed in Mleha, and Arshad Alamadavi. July 20, LAAG releases two new posters of martyrs, fallen in Mleha, Mohamed Essam El-Atrash and Osama Al-Hawari. Another video shows the militia groups operate in urban terrain, and then pose with their flag in front of a ZSU 23/4 Shilka in front itself of a column of tanks T-72, which shows the close links, occasionally, between Iraqi militia and forces of the Syrian regime (images date from April, and were shot on the front of Mleha). Although sometimes LAAH has the support of armored vehicles regime militiamen also have their own pick-up. On some photos, you can see a technical with improvised armor. On May 6, the first video shows the use from LAAG, on the front Mleha, of Volcano rockets provided by the Syrian regime. This is the first time that the Iranian rockets Falaj, shaped in Syria, which served to chemical attack of August 21, 2013, are assigned to a foreign pro-regime militia. A video posted on May 8 shows longer the fire of Volcano rockets10.



    RPG-7, Mleha.

    Another RPG-7, Mleha.



    PK machinegun.


    Fighter of LAAG in Mleha with the green and white flag.



    Militiamen with the green and white flag in front of ZSU 23/4 Shilka, Mleha, April 2014.

    The Shilka is in lead of a T-72's column.


    Same Shilka with flag.


    The flag on a T-72.



    Belowphotos showingsnipersshooting with SVD Dragunov.















    Poster with martyrs of LAAG.

    Mohamed, a martyr of LAAG.

    Omar Ayad al-Nuaimi,a martyr killed in Mleha.

    Poster of martyr  Osama Al-Hawari.



    Poster of martyr Mohammed Assam El-Atrash.



    Screenshot showing the truck with the two Volcano rockets-launcher, Falaj-2 modified, 333 mm, in Mleha.

    Fire of Volcano rocket, Mleha.




    One of the last photo of LAAG : an AK-47 with a scope. Note the shoulder patch again.


    The famous camouflaged AK-47 and the famous decorated pick-up of LAAG.


    A heavy weapon behind sandbags. Center right, Qassem, the right arm of Abu Fatima.


    Like other Iraqi militias, LAAG insists, finally, in its videos, on the bodies of fallen enemies, which are a last theme in itself. Several sequences linger on carcasses of Syrian insurgents who where killed during its operations, sometimes literally bathing in their blood. In one of them, you can even see some militiamen put the foot on their victims, in the classic approach of "trophy hunting" as we have already seen for other Iraqi militias11. One of the sequences, particularly hard, also shows the interrogation of a man (an insurgent ?) captured, thrown to the ground and threatened with a knife by an Iraqi militiaman.



    A militiaman put his foot on a rebel corpse.

    Another corpse of insurgent.

    Again a corpse with a lot of blood.

    A man (rebel ?) wrestled to the ground and threatened with a knife.




    4Presentation of important members of LAAG in this video : https://www.youtube.com/watch?v=6tpIHHUGAK4#t=74
    6Thanks to Yalla Souriya for the help to recognize parts of this emblem.
    8Work made from the official Youtube channel of LAAG : https://www.youtube.com/channel/UCirgRdfpPBf3hr4kSwliSOw
    9See the impressive work of Philip Smyth on Hizbollah Cavalcade : http://jihadology.net/hizballah-cavalcade/

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