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    Le premier Café Stratégique de 2013 organisé par l'Alliance Géostratégique, le N°21, aura lieu le jeudi 10 janvier, avec comme invité Xavier Pasco, docteur en sciences politiques, maître de recherches à la FRS où il coordonne le pôle Espace, haute technologie et sécurité.

    Venez nombreux à partir de 19h, au café le Concorde, comme d'habitude.

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  • 01/06/13--23:00: Ajouts aux blogolistes
  • Pour commencer l'année 2013 également, quelques ajouts aux blogolistes à droite de la page d'accueil...

    - le nouveau blog de L'Institut de Stratégie et des Conflits, issu de la fusion, le 15 juin 2010, de l'Institut de Stratégie Comparée, de la Commission Française d'Histoire Militaire et de l'Institutd'Histoire des Conflits Contemporains. Du lourd, donc, en matière de réflexion stratégique, pour ceux qui sont intéressés.

    - Mémoires d'Indochine : le carnet de recherches de François Guillemot, ingénieur au CNRS et historien du Viêtnam contemporain, qui traite de l'histoire de la décolonisation du Viêtnam, du Laos et du Cambodge.

    - le blog de Logan Dooms qui entreprend une oeuvre en ligne sur la guerre de Sécession. Des articles fouillés. A parcourir.

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    "Alésia ? Connais pas Alésia ! Je ne sais pas où se trouve Alésia ! Personne ne sait où se trouve Alésia !". La fameuse réplique d'Abraracourcix dans Le bouclier arverne (1968), passée à la postérité dans Astérix, semble résumer à lui seul le souvenir attaché par les Français à un événement devenu fondateur de la mémoire nationale, et en même temps doublé d'un intense débat historiographique concernant la localisation du site... Jean-Louis Voisin, agrégé d'histoire, ancien membre de l'Ecole française de Rome, a enseigné à l'université de Dijon et a participé à la conception du MuséoParc d'Alésia. Dans cet ouvrage, il vise simplement à présenter ce qu'est Alésia : le site, la bataille, le développement de l'agglomération gallo-romaine et la légende qui y est attachée.



    La première moitié de l'ouvrage est classique et n'apportera sans doute pas grand chose de neuf au passionné ou au bon connaisseur de la guerre des Gaules et de la bataille. Après un historique des relations entre Gaulois et Romains (où l'historien insiste avec raison sur l'épisode de la deuxième guerre punique d'Hannibal, même s'il postule plus loin que les Cimbres et les Teutons sont des populations germaniques, alors même qu'il semblerait que les choses soient plus compliquées, celles-ci conservant l'influence celte), Jean-Louis Voisin retrace la mécanique qui aboutit au déclenchement de la guerre des Gaules jusqu'à l'année 52, en suivant les pas de Yann Le Bohec, constamment cité. Il explique aussi comment l'oppidum des Mandubiens est, à l'époque du siège, en train de passer du statut de place de refuge à celui d'agglomération permanente. Suit une présentation des chefs et des forces en présence, où Jean-Louis Voisin relativise, en 52, l'infériorité chronique prêtée aux Gaulois : ceux-ci ont l'initiative, pratiquent la terre brûlée, copie les tactiques romaines. L'historien dresse enfin le tableau du siège, de la construction des fortifications césariennes à l'intervention de l'armée de secours, jusqu'à la capitulation de Vercingétorix. Au passage, on note quelques erreurs de détail ou liées à une absence de relecture (Pompée devient Sextus comme son fils et non Cnaeus, p.35).

    La seconde partie de l'ouvrage est peut-être la plus intéressante car traitant d'aspects un peu moins connus : les fouilles du site, le devenir d'Alésia après la bataille et surtout la querelle interminable -et bien vaine, il faut en convenir- sur la localisation du site, que d'aucunes ne voient toujours pas à Alise-Sainte-Reine... Si les premières fouilles commencent dès la fin de l'Ancien Régime et sous le Premier Empire, le rôle central revient évidemment à Napoléon III, soucieux aussi du prestige national, à l'heure où dans l'outre-Rhin, on élève une statue à la gloire d'Arminius, le vainqueur du Teutoburg... L'oeuvre de Napoléon III, considérable, n'est prolongée qu'au XXème siècle par les entreprises de l'historien Joël Le Gall, entre 1958 et 1985, époque où la photo aérienne commence aussi à apporter de nouveaux éclairages sur le site. Il faut dire que longtemps, les Gaulois ont été relayés au second plan par les Francs et Clovis, porteurs du sang bleu de l'aristocratie -on rejoint là un débat de l'Ancien Régime. Amédée Thierry, Henri Martin, Napoléon III remettent le Gaulois à l'honneur et Vercingétorix est consacré par la biographie de Camille Jullian en 1901. Le Gaulois est même utilisé comme symbole publicitaire, avant d'être récupéré pendant l'Occupation à la fois par Vichy et la Résistance... Jean-Louis Voisin revient également sur la polémique sans fin autour de la localisation du site. Listant et écartant les alternatives à Alise, il reprend les arguments qui sont autant de preuves pour ce dernier site : la tradition littéraire, le nom, le centre religieux de l'oppidum, les travaux romains, les monnaies gauloises et romaines, les armes, la présence de l'élite gauloise, les chevaux... quand à l'oppidum, devenu petite agglomération d'un pagus, il prospère jusqu'aux invasions de 260-270, renaît quelque peu puis disparaît au début du IVème siècle. Le culte de Sainte Reine, martyrisée en 253, semble avoir été créé fortuitement à la fin de l'Antiquité Tardive et la pratique n'est attestée qu'au VIIIème siècle. Néanmoins l'eau miraculeuse d'Alise se vendra très bien jusqu'à la Révolution !

    Au final, une synthèse sans prétention, mais bien agréable, sur un sujet classique, mais pas si souvent traité que ça dans tous les aspects présents ici. A recommander pour ceux qui veulent avoir les idées claires sur Alésia, avec une chronologie, un glossaire et une orientation bibliographique. Evidemment, ceux d'un autre avis que l'auteur sur la localisation du site seront peut-être déçus...


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    Ayant moins de temps pour rédiger à destination de l'Alliance Géostratégique des articles de fond plus complets, je vous propose désormais pour la chronique histoire des écrits plus courts -et donc plus superficiels- à partir d'une lecture sur un thème particulier. L'occasion d'aborder, comme toujours, des dimensions, des conflits, peu connus de l'histoire militaire.


    Au début de la guerre de Sécession, en 1861, la Confédération doit faire face à un sérieux problème stratégique. Le Nord est plus peuplé, plus riche, et dispose de l'essentiel de l'industrie et des fabriques d'armes et de munitions. La population des Etats « frontaliers », comme le Kentucky, le Missouri, le Tennessee et la Virginie est divisée : même dans le Sud « profond », on trouve certaines personnes qui souhaitent rester dans l'Union. Fait peu connu, tous les Etats de la Confédération fournirent à un titre ou à un autre, et à un moment ou à un autre du conflit, des unités à l'armée nordiste. Dans ces conditions, on ne peut être étonné qu'une guérilla soutenue ait pris place dans les Etats « frontaliers », précédant même, parfois, les combats conventionnels. Depuis la naissance des Etats-Unis, les Américains ont en effet une tradition de guerre irrégulière que l'on peut tracer dès la guerre d'Indépendance, et au-delà.



    Dans le cadre de la guerre de Sécession, on qualifie de guérillas les mouvements composés d'hommes n'appartenant pas à l'armée régulière de l'Union ou de la Confédération, ou bien qui en ont déserté. Le terme de Bushwhackers s'applique aux guérilleros confédérés du Missouri qui opèrent d'une façon différente de celles de leurs homologues des autres Etats. En face, on trouve sur le même principe les Jayhawkers1, les guérilleros de l'Union. Les Partisan Rangers sont ceux qui ont obtenu une reconnaissance de l'armée ou du gouvernement : chez les confédérés, le processus débute avec le Partisan Ranger Act d'avril 1862, mais certains Etats organisent aussi leurs propres groupes. L'Union n'a pas voté de résolution équivalente mais a ponctuellement reconnu les bandes de guérilleros.

    Il y a un troisième type de combattant qui relève de la guerre irrégulière, c'est le cavalier qui opère dans des raids, tout en faisant partie de l'armée régulière, mais en employant les tactiques de la guérilla. Certains chefs de l'armée confédérée, comme Nathan Bedford Forrest et John Hunt Morgan, ont ainsi opéré à la manière des partisans. C'est d'ailleurs ainsi qu'ils sont considérés par les Nordistes alors qu'en fait, ils appartiennent bien à l'armée régulière du Sud. Ces trois types de combattants sont devenus des éléments importants de la guerre de Sécession, pour la Confédération, en particulier. Les forces irrégulières sudistes mènent une guérilla que les tactiques de contre-guérilla de l'Union ne parviennent jamais véritablement à éradiquer : leur activité ne cesse vraiment qu'avec la reddition des forces régulières du Sud. On s'intéressera ici surtout aux guérilleros opérant de manière indépendante, en particulier ceux du Missouri et du Kansas, parmi les plus emblématiques.


    Le sanglant prélude du Bleeding Kansas2 (1854-1861)


    Avant le bombardement de Fort Sumter par les confédérés, le 12 avril 1861, qui déclenche officiellement les hostilités, la guerre fait déjà rage depuis plusieurs années à la frontière du Missouri et du Kansas. La population du Missouri, majoritairement pro-esclavagiste, regarde avec convoitise les vastes plaines du nouvel Etat du Kansas pour s'étendre encore davantage. Mais, en 1854, le Kansas-Nebraska Act stipule que la population de chaque Etat doit décider si oui non l'esclavage doit être maintenu. Les abolitionnistes du Nord, pour éviter que le Kansas ne tombe entre les mains des esclavagistes, encouragent une migration massive de leurs partisans vers le nouvel Etat.

    Si le Nebraska devient un Etat où l'esclavage est aboli, la situation au Kansas est rendue plus complexe par la réaction des habitants du Missouri, qui dépêchent également leurs partisans pour rétablir l'équilibre. Une véritable campagne de propagande oppose d'un côté les habitants du Missouri, peints comme de féroces esclavagistes, et de l'autre ceux du Kansas, décrits comme des abolitionnistes forcenés. Ceux du Missouri se plaignent que les habitants du Kansas n'apportent avec eux ni femmes ni outils de travail mais seulement des armes. C'est exagéré, mais il est vrai que de nombreux émigrants arrivent lourdement armés de peur de la réaction des habitants du Missouri que la presse nordiste présente comme prêts à les recevoir à coups de fusils.

    Lors des élections de 1854, des milliers d'habitants du Missouri traversent la frontière en armes afin de voter pour les candidats pro-esclavage. Le vote ne comprend pas en effet une clause de résidence : en conséquence, ces candidats l'emportent haut la main, et à nouveau lors d'autres élections en 1855. Se déclenche alors rapidement un cycle d'intimidations, puis de violences. Des bandes de Jayhawkers montent des raids dans le Missouri pour attaquer les fermes et libérer les esclaves : en face, les bushwhackers, baptisés aussi « border's ruffians », attaquent les partisans de l'abolition au Kansas et saccagent les bureaux des journaux qui leur sont favorables. Les morts s'accumulent sans que les faibles garnisons fédérales présentes à proximité ne s'interposent véritablement.

    Le 21 mai 1856, un groupe de « Border's ruffians » occupe la ville de Lawrence, au Kansas, s'empare des armes, pille les maisons et détruits les locaux de deux journaux. En représailles, l'abolitionniste John Brown, promis à devenir célèbre un peu plus tard lors de son raid manqué sur Harper's Ferry, et ses 5 fils, exécutent sommairement 5 partisans de l'esclavage qu'ils avaient capturé. En 1858, la balance penche du côté des abolitionnistes : les troupes fédérales sont plus nombreuses, de même que les immigrants nordistes qui amènent avec eux des cargaisons de fusils Sharp.


    Les débuts de la guérilla


    Le Missouri, où a débuté cette guerre irrégulière, est une cible de choix pour les deux camps. Plus vaste que la Virginie, plus peuplé que la Géorgie, l'Etat produit beaucoup de nourriture et la ville de St-Louis contrôle la confluence entre le Missouri et le Mississipi. Malgré le conflit antérieur à la guerre de Sécession, la plupart des habitants souhaite, en fait, une solution négociée. Cependant, les Jayhawkers ou les autorités d'occupation de l'Union ne font guère de distinction entre les pro-Confédérés et les modérés, ce qui va jeter un certain nombre de personnes dans les bras des bushwhackers.

    Au départ, le commandement de l'Union à Saint-Louis chasse facilement le gouverneur pro-confédéré Claiborne Fox Jackson et ses partisans de la portion centrale de l'Etat du Missouri. L'armée confédérée du Missouri, commandée par le général Price et composée de gardes frontaliers et de volontaires mal armés, se réfugie au sud-ouest. L'Union contrôle les cours d'eau et les chemin de fer ce qui rend difficile l'acheminement de volontaires du Missouri à l'armée de Price. Celui-ci envoie des bushwhackers pour saboter les lignes télégraphiques et les voies ferrées avant une nouvelle attaque dans le centre de l'Etat. Dans son sillage arrivent les 1200 Jayhawkers du sénateur unionniste du Kansas, virulent abolitionniste, James Lane, qui a donné l'ordre à ses hommes de nettoyer le Missouri de tout élément suspect.

    Le 23 septembre 1861, les Jayhawkers déboulent dans la petite ville d'Osceola (environ 2000 habitants) et l'incendient complètement sous prétexte qu'elle sert de base à Price. Le manque de nourriture, de vêtements et la fin de leur engagement poussent de nombreux soldats confédérés à déserter et à se retrouver dans les partisans, les bushwhackers. Price envoie certains de ces partisans pour recruter des hommes dans ses troupes et encourage l'activité des autres. Les patrouilles de l'Union éliminent facilement les recruteurs et leurs volontaires, mais les bushwhackers, eux, connaissent des succès : ils prennent en embuscade les patrouilles ou détruisent l'infrastructure logistique. Le 22 décembre, le général nordiste Halleck, qui commande le département militaire du Missouri, promulgue l'ordre n°31 : tout homme pris à saboter les installations doit être fusillé séance tenante. Les rangs des bushwhackers ne désemplissent cependant pas : déserteurs de l'armée confédérée qui jugent les conditions de ce service plus attrayantes (rester à proximité de leurs familles en particulier), prisonniers libérés sur parole qui n'accordent aucun crédit à un serment prêté à un gouvernement de l'Union qu'ils jugent illégal.

    Les troupes nordistes sont également responsables du développement de la guérilla : composées de soldats des Etats voisins, elles pensent en général que tout habitant du Missouri est un Confédéré en puissance. Elles obligent les autorités locales à payer en cas d'attaque sur les voies de chemin de fer, et sinon se servent elles-mêmes. Parallèlement, les Jayhawkers du Kansas poursuivent leurs raids. Certaines bandes comprennent même des Afro-Américains : dès novembre 1861, le 7th Kansas Cavalry de Jennison, surnommé « the Redlegs » en raison de leurs habits caractéristiques, comprend une compagnie de Noirs menée par un ancien esclave du Missouri. Halleck déplore les exactions des Jayhawkers mais les autorités de l'Union, alors dans le même cas que celles de la Confédération, ont parfois peu de prise sur ces bandes irrégulières.

    Le 13 mars 1862, Halleck, dans son ordre général n°2, précise que les guérilleros ne sont pas des soldats mais des hors-la-loi et qu'en conséquence, ils doivent être passés par les armes s'ils sont pris. Les bushwhackers adoptent immédiatement la même politique. Le 22 juillet, le commandement nordiste, dans l'ordre général n°19, appelle tous les hommes valides de l'Etat du Missouri à rejoindre la milice pour traquer les partisans confédérés. Cet ordre durcit les positions puisque les hommes en âge de servir sont plus ou moins forcés de choisir leur camp. Frank James, le frère de Jesse James, qui a servi dans l'armée confédérée de Price avant de déserter chez lui, malade, lors de la retraite, rejoint les rangs des bushwhackers. Mais 52 000 hommes intègrent aussi les rangs de l'Union. Leur connaissance de l'Etat est utile pour traquer les partisans confédérés, mais ils mènent aussi leur guerre personnelle et vivent sur le terrain, se mettant parfois à dos la population.


    Ci-dessous, générique du film Josey Wales hors-la-loi, avec Clint Eastwood dans le rôle titre (1976). Le film met en scène un fermier du Missouri, Josey Wales, dont la famille est massacrée par les Redlegers pro-Union, et qui rejoint la bande de bushwhackers de Bloody Bill Anderson, l'un des plus féroces chefs de guérilla pro-confédérée du Missouri. C'est l'un des premiers westerns "révisionnistes", donnant le mauvais rôle aux guérilleros de l'Union et louant au contraire la cause confédérée, en s'inspirant d'un roman de Forrest Carter.


     


    Du Partisan Ranger Actà la dégénérescence de la guérilla


    Le président confédéré Jefferson Davis n'est pas un supporter de la guerre irrégulière : il juge les partisans trop incontrôlables et surtout il y voit un détournement d'hommes utiles à l'armée régulière. Fin 1861, le secrétaire à la Guerre de la Confédération, Judah P. Benjamin, annonce que le gouvernement du Sud ne reconnaît pas les bandes d'irréguliers. Début 1862, le général Joseph E. Johnston chasse même les bandes de partisans pro-sudistes de ses camps. Cependant, les autorités du Sud voient bien qu'existent de nombreux partisans du Sud dans les territoires occupés par l'Union, que leurs forces conventionnelles sont inférieures en nombre à celles du Nord et surtout que la guérilla a déjà commencé en de nombreux endroits. En conséquence, le Congrès confédéré adopte le Partisan Ranger Act le 21 avril 1862 : le président a autorité pour désigner des officiers chargés de lever les bandes de partisans, qui reçoivent la même solde et les mêmes fournitures que l'armée régulière mais sont soumis aux mêmes règles tout en agissant indépendamment. Cette résolution va renforcer l'attrait pour les bushwhackers. L'acte permet au général Hindman, en août 1862, de créer une véritable guérilla officielle dans l'Arkansas, pour entraver les efforts de l'Union après la défaite sudiste de Pea Ridge, en mars, qui bloque la progression nordiste pendant toute une année. Mais ces guérilleros, plus ou moins incontrôlables, se transforment aussi très vite en véritables hors-la-loi dans l'Arkansas.

    Fin 1862, la guérilla ravage ainsi le Missouri et l'Arkansas. Pour faire pression sur les bushwhackers du Missouri, le commandement de l'Union enferme les membres féminins de leurs familles dans les prisons, dans l'espoir que les familles se déplacent au sud en territoire confédéré et que les guérilleros suivent. Le 14 août 1863, la prison de Kansas City, mal entretenue et surchargée, s'effondre, tuant 5 femmes apparentées aux bushwhackers. Ceux-ci y voient un acte délibéré des nordistes. Le 21 août, Quantrill, le plus fameux chef de bande confédéré, mène plus de 450 hommes dans une chevauchée de la mort sur Lawrence, au Kansas, un des repères des abolitionnistes. Près de 200 hommes sont abattus sur place. Quatre jours plus tard, dans son ordre n°11, le général nordiste Ewing fait déplacer de force toute la population de trois comtés de l'ouest du Missouri et d'une partie d'un quatrième. Les « Redlegs » ne se privent pas de piller et d'incendier la zone en question, qui reste connue longtemps après comme le « Burnt District ».

    Du côté nordiste, le moment décisif est la décision prise par la Confédération de procéder à la conscription, le 16 avril 1862, pour les hommes âgés de 18 à 35 ans. Selon le même schéma que l'ordre imposant de rejoindre la milice dans le Missouri, la population se voit contrainte de choisir son camp. Des mouvements de guérillas pro-nordistes apparaissent dans l'ouest des deux Carolines, au nord de la Géorgie et de l'Alabama, dans le Mississipi, dans les marais de Louisiane et de Floride. Des sociétés secrètes, les Héros de l'Amérique et la Société de Paix, sont actives dans tout le Sud. Les unionnistes du Texas fuient vers le Nord et forment des bandes armées. A l'été 1862, ils créent une conspiration pour séparer le nord du Texas du reste de l'Etat, mais l'affaire est déjouée par les confédérés qui pendent 65 « renégats » à Gainesville. Une autre rebéllion unionniste au printemps 1863 est décimée par une bande d'Indiens pro-confédérés qui scalpent leurs victimes. Dans l'ouest des Carolines, des bandes comptant jusqu'à 500 hommes, souvent des déserteurs, occupent des villes, construisent des forts, se rallient la population. Le long des côtes, ils aident les navires du blocus ou les raiders nordistes, rassemblent du bétail pour leurs troupes ou les réfugiés. En 1864, le gouverneur confédéré de Floride ne quitte plus sa résidence de Tallahassee de peur d'être capturé ! Un régiment confédéré doit même suppléer la milice de Floride cette année-là pour traquer les bandes, mais entraîne la formation d'une bande de 500 hommes qui contre-attaque rapidement.

    Avec la montée en puissance la guérilla dans le district trans-Mississipi en 1863, l'Union prend des mesures drastiques. Dans le Missouri et le nord de l'Arkansas, chaque comté a sa propre garnison avec une enceinte fortifiée en ville. Des détachements de cavalerie patrouillent régulièrement et signalent la présence de bushwhackers pour que des forces plus importantes convergent sur eux. Des fortins sont bâtis pour protéger les installations sensibles. Si l'Union doit veiller à ne pas envoyer des patrouilles trop faibles et à ravitailler les garnisons, l'expérience prouve que les troupes nordistes mettent en difficulté les bushwhackers grâce à ce système. Ceux-ci préfèrent alors attaquer les banques, les civils pro-unionistes, les lignes de télégraphe, les voies ferrées, voire les bateaux à vapeurs, qui doivent eux aussi recevoir une protection (blindage). Les dernières bandes de bushwhackers opèrent aussi dans le Kentucky à partir de l'été 1864.


    Ci-dessous, extrait du film Chevauchée avec le diable (1999) d'Ang Lee, autre western révisionniste qui met en scène un petit groupe de bushwhackers opérant dans la bande de Quantrill et de Bloody Bill Anderson. L'histoire, inspirée d'un roman, est quelque peu dramatisée, mais le film vaut le coup d'oeil, entre autres, pour la reproduction assez fidèle de l'attaque et du massacre de Lawrence, que l'on peut voir dans l'extrait ci-dessous.


     


    Organisation et tactique des bushwhackers


    Les groupes de bushwhackers se sont formés la plupart du temps autour d'un chef charismatique. Quantrill, ancien instituteur de l'Ohio, devenu pro-esclavagiste pendant la période du Bleeding Kansas, est le plus célèbre. Mais comme le lui annonçait le gouverneur en exil confédéré du Missouri, Reynolds, dans une lettre qu'il lui écrit en 1864, la guérilla devient de plus en plus sauvage et incontrôlable et finit par lasser les deux camps. Reynolds conseille d'ailleurs à Quantrill d'entrer dans l'armée confédérée pour poursuivre son combat. En mai de cette même année, Quantrill est menacé l'arme au poing par l'un de ses propres subordonnés, George Todd. Le massacre de Lawrence a en effet jeté le trouble parmi la bande de Quantrill : certains bushwhackers sont choqués par la brutalité de l'attaque, d'autres souhaitent au contraire que le procédé soit renouvelé. Bloody Bill Anderson, un des lieutenants de Quantrill originaire du Missouri, dont la soeur a péri dans l'effondrement de la prison de Kansas City, quitte Quantrill, réfugié au Texas après le massacre de Lawrence, dès le printemps 1864, avec les éléments les plus sauvages : il scalpe ses victimes, s'en prend aux civils, y compris aux femmes, ce qu'avaient toujours refusé de faire jusque là les bushwhackers.

    Les partisans ne portent que rarement l'uniforme confédéré et arborent plutôt celui de l'Union pour approcher plus facilement leurs objectifs. Ils portent le « guerilla shirt » des chasseurs des Grandes Plaines muni de nombreuses poches pour les munitions, des versions différentes du slouch hat, avec des foulards et autres colifichets dressant l'image d'un cavalier téméraire. Les bushwhackers transportent souvent une impressionnante quantité d'armes : jusqu'à 6 revolvers (!) pour certains, dont le Colt 1851 Navy cal.36, un couteau Bowie ou parfois un tomahawk pour le combat au corps-à-corps. Pour le tir à longue distance et la précision, ils utilisent le fusil Sharp cal. 52 à chargement par la culasse, qui permet aussi d'avoir une bonne cadence de tir.

    Les bushwhackers mènent des embuscades rapides contre des petits détachements de l'Union, pour éviter d'être débordés par le nombre. Ils sont efficaces pour désorganiser les communications, lignes télégraphiques ou courriers. En revanche, la discipline de feu de l'Union permet souvent de repousser des attaques plus prolongées. A partir de 1862, et après quelques mois d'expérience au combat contre les bushwhackers, les commandants nordistes fortifient souvent les palais de justice en briques des petites villes avec des sacs de sable ou des rondins : ces petites places fortifiées sont imprenables par les guérilleros dépourvus d'armement lourd. Les bushwhackersétablissent leurs campements dans les bois et camouflent parfois de véritables installations souterraines. Pour contrer la guérilla, l'Union lève aussi d'authentiques unités antiguérilla : le 1st Arkansas Cavalry Volunteers est constitué d'unionnistes de l'Arkansas vicéralement opposés à leurs concitoyens confédérés. Ils tuent plus de 200 guérilleros en utilisant parfois des canons contre des groupes de 1000 bushwhackers rassemblés pour leur faire face. Ils brûlent maisons et moulins à grains suspectés de servir de dépôts ou de lieux de réunion.

    Certains chefs de guérilla sont parfois d'aussi bon tacticiens que les officiers réguliers. Bloody Bill Anderson mène ainsi le fameux raid sur Centralia le 27 septembre 1864, qui caractérise bien l'audace et la brutalité des bushwhackersà ce moment du conflit. Le général Price a envahi de nouveau le Missouri depuis l'Arkansas pour s'emparer de St-Louis. Pour faciliter la progression de ses 12 000 hommes, il demande aux bushwhackers de harceler les garnisons de l'Union et leurs voies de communication. Anderson reçoit l'ordre alors qu'il stationne avec 250 hommes dans la ferme d'un sympathisant confédéré près de la gare de Centralia. A l'aube du 27 septembre, avec 30 hommes, Anderson pénètre dans Centralia et fait le coup de feu pour impressionner les habitants. Ses hommes investissent les maisons, pillent, s'ennivrent. Une diligence arrive qui est bientôt mise à sac, un parlementaire nordiste dépouillé. A midi, un train se présente à Centralia : les bushwhackers convergent sur le chemin de fer, dressent une barricade sur la voie et stoppent le train. Parmi les passagers se trouvent 25 soldats désarmés de l'Union. Anderson demande s'il y a des officiers : le sergent Goodman se signale et Anderson le met à part avant de faire abattre les autres. Il n'a gardé Goodman que pour faire un échange de prisonniers avec certains de ses hommes récemment capturés. Les bushwhackers incendient le train, ligotent leur prisonnier et remplissent leurs bouteilles avant de détaler. A 16h00, le major Johnston arrive à Centralia avec 158 fantassins montés du 39th Missouri Infantry, attiré par la fumée du train en feu. Ne connaissant pas l'effectif ennemi, il divise sa troupe en deux : une partie reste en ville tandis qu'il emmène 120 hommes à la poursuite des bushwhackers.

    Anderson monte une savante embuscade pour éliminer ses poursuivants. 10 hommes commandés par Dave Poole attirent les nordistes dans une clairière où ils se retrouvent, avec leurs fusils Enfield à chargement par la bouche, face à 90 hommes d'Anderson. Johnston fait démonter les trois quarts de ses hommes et les fait se mettre en position de tir couché, le reste s'occupant des chevaux. En embuscade, sur chaque flanc des nordistes, cachés par la forêt, se trouvent des groupes comprenant 70 cavaliers. Anderson charge de front les hommes de l'Union dont le tir mal ajusté ne tue que 3 bushwhackers. Johnston échange des coups de feu avec Jesse James avant que celui-ci ne l'abatte finalement au revolver. Les guérilleros postés sur les flancs interviennent alors et les nordistes partent en déroute. Anderson va ensuite achever le détachement demeuré à Centralia. Le 39th Missouri perd deux officiers et 114 hommes tués, deux blessés et 6 disparus : Anderson a appliqué sa politique habituelle du « pas de quartier », certains hommes étant scalpés voire décapités.

    Les guérilleros ne peuvent survivre longtemps sans l'appui au moins partiel de la population. Ils préfèrent cependant dormir dans les bois que dans les maisons de sympathisants qui peuvent être facilement encerclées : Quantrill périt ainsi de cette manière dans le Kentucky et Anderson manque de peu d'être abattu de la même façon. La population peut aussi fournir des espions, voire prendre part au combat avec les partisans. Le capitaine Peabody, qui parvient à repérer avec 65 hommes du 1st Missouri Cavalry la bande de Quantrill dans une ferme et à s'emparer de ses chevaux, doit ainsi affronter une centaine de personnes venues protéger la fuite à pied du chef confédéré. En retour, la population civile souffre de la guérilla, d'autant plus que celle-ci est aussi prétexte à des crimes crapuleux. Des déserteurs reconvertis en brigands mettent en coupe réglée les monts Ozark, dans le nord de l'Arkansas, un territoire dépeuplé progressivement par la guérilla. Certains guérilleros pro-confédérés devenus hors-la-loi abattent même des représentants du pouvoir sudiste.

    Les guérilleros ont parfois rallié les armées régulières pour servir d'éclaireurs ou pour combattre. La plupart reflue d'ailleurs au Texas à l'automne, quand les feuilles tombent et les privent de leur camouflage. Les déprédations commises au Texas par certains bushwhackers ne les rendent souvent pas très populaires aux yeux de certains Sudistes. Le général Price n'a cependant jamais perdu sa confiance dans les bushwhackers même si, en 1864, il pique une colère mémorable en voyant les scalps brandis par les hommes d'Anderson, qui les fait aussitôt enlever et fait apporter à l'officier confédéré une paire de Colts en argent. Quand le général confédéré Joe Shelby mène un raid début 1864 dans le nord de l'Arkansas pour recruter des hommes, il s'aperçoit vite que les guérilleros sudistes, anciens déserteurs ou prisonniers libérés sur parole, ne sont plus que des criminels travaillant à leur compte.


    Conclusion


    Les irréguliers n'ont pas sauvé la Confédération de la défaite, mais leur activité a forcé l'Union a déployé des moyens considérables pour les prendre en chasse. Dans le Kansas et le Missouri, l'affrontement a tourné à la guerre civile et a précédé, voire favorisé, le déclenchement du conflit lui-même. Du côté de l'Union, les Jayhawkers ont surtout libéré des milliers d'esclaves. La plus grande réalisation de la guérilla pro-nordiste reste la formation du nouvel Etat de Virginie Occidentale, en 1863, dans un territoire investi de partisans de l'Union. Côté confédéré, les bushwhackers ont empêché l'Union d'envahir le Texas et la Louisiane, ont regonflé le moral des sympathisants sudistes et leur ont permis d'apporter leur pierre à la lutte, mais ont aussi surtout apporté leur lot de dévastations. Après la fin des hostilités, certains bushwhackers ne tiennent pas à perdre les talents acquis pendant le conflit. Les frères James et Younger, qui ont servi sous Quantrill et Bloody Bill Anderson, forment un gang de criminels utilisant les méthodes de la guérilla pro-confédérée dans l'attaque de banques et de trains.


    Pour en savoir plus :


    Sean MCLACHLAN et G. et S. EMBLETON, American Civil War Guerilla Tactics, Elite 174, Osprey, 2009.

    1L'origine du mot est incertaine. Il désigne les partisans de l'Union au Kansas dès les affrontements ayant lieu avant la guerre de Sécession.
    2Littéralement le « Kansas qui saigne »...

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    Docteur en sciences politiques, François-Bernard Huyghe est aujourd'hui chercheur et consultant. Il est directeur de recherches à l'IRIS. Dans ce volume de la collection Découvertes Gallimard, il invite à découvrir ce qu'est le terrorisme, 10 ans après les attentats du 11 septembre 2001 qui hantent encore la mémoire collective de nombreux Occidentaux et façonnent l'entrée dans le XXIème siècle.

    Dans un premier chapitre, il revient sur ce qu'est le terrorisme, "tuer pour l'idée". L'action précède le mot : l'assassinat politique, l'attentat, le tyrannicide existent depuis l'Antiquité. A partir de la fin du XIXème siècle, le terrorisme sert à désigner "l'action de groupes clandestins non étatiques commettant des attentats dans un but idéologique sur des cibles symboliques". Si le terme de terrorisme et celui de terroristes apparaissent en Russie dès la fin du régime des tsars, en France, il ne s'impose que dans les années 20 : à la Belle Epoque, on parle d'anarchistes ou de nihilistes, comme en Russie. L'action armée n'est qu'une entreprise parmi d'autres pour ces mouvements. Vient ensuite l'ère des indépendantistes, séparatistes ou anticolonialistes qui ne cherchent pas à détruire l'Etat mais bien à en créer un. Le terrorisme n'est donc pas un mais pluriel : ainsi dans les années 70, les "années de plomb", il est employé par les groupes révolutionnaires d'extrême-gauche. Enfin, c'est l'amorce du djihadisme, avec utilisation de bombes puis de kamikazes, bien que les djihadistes ne soient pas forcément à l'origine du procédé. Et ces évolutions n'épuisent pas la liste.

    Les modes d'actions reposent sur l'impératif de tuer. Le débat moral est fréquent chez les terroristes, mais la frontière entre "complices" et innocents devient de plus en plus floue dès le début du XXème siècle. Les terroristes pratiquent aussi les enlèvements ou les détournements d'avions. La logistique doit être importante, en particulier pour les explosifs. Le renforcement des mesures de sécurité stimule l'ingéniosité des terroristes. Après la menace  NRBC, le cyberterrorisme suscite aujourd'hui bien des fantasmes. Le terrorisme est une activité de groupe, où le compromis entre pyramide et réseau s'impose la plupart du temps. Paradoxalement les appellations militaires ne sont pas forcément le fait des organisations les plus à droite !

    Le terrorisme, c'est aussi un discours. L'acte lui-même vise la publicité et les cibles désignent les objectifs. Le nom du groupe vaut signature, sert parfois à ironiser. Les attentats anonymes alimentent les spéculations, comme ceux commis en Italie à partir de 1969. La compensation pour le sang versé est fréquent dans le discours djihadiste. Un attentat peut aussi servir à cacher des objectifs moins nobles que défendre la cause à proprement parler. Les terroristes ont besoin des média, et certains, comme le FNLC en Corse, n'hésitent pas à organiser de véritables conférences de presse. L'avocat relais d'un accusé devient une figure emblématique. Le comble de l'attentat-spectacle est atteint avec le 11 septembre. Parallèlement, les terroristes profitent de l'émergence de la télévision par satellite et d'Internet. Le message peut ainsi se fragmenter : discours religieux, exploits des combattants, exécutions d'otages, testaments des kamikazes.

    D'où la question ultime du propos : y a-t-il une fin au terrorisme ? Celui-ci obligeles démocraties à adopter des mesures d'exception. Sous la contrainte, il peut remplir des objectifs tactiques, emporter des objectifs politiques. Mais il est insuffisant pour l'emporter : il n'est qu'un moment, et ses objectifs restent parfois assez flous, comme dans le cas de la secte Aum au Japon. Souvent, il est vaincu par la police : arrestations, exécutions qui reposent sur un renseignement efficace. La fin du groupe terroriste peut aussi être la reconversion dans la sphère politique. Elle peut aussi dépendre de facteurs extérieures, ainsi le cas de l'UCK au Kosovo en 1999. Al-Qaïda, aujourd'hui, n'est plus qu'un label revendiqué par des groupes locaux bien implantés dans leur zone d'action : une nouvelle forme de terrorisme émerge aussi avec des actions plus individualisées.

    On trouvera comme de coutume, en fin de volume, des témoignages et autres documents, une bibliographie succincte et une chronologie indicative.

    Et n'oubliez pas le petit clic ci-dessous pour nous soutenir, voire l'achat de l'ouvrage si vous êtes intéressé !


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    Seconde Guerre mondiale. Le commandant canadien Jamie Wilson (Lloyd Bridges), des commandos, monte un plan avec les Opérations Combinées sur la rade allemande du Clairet, en France occupée, la seule pouvant remettre en état les grosses unités de la flotte de surface nazie. L'opération Bulldog prévoit de jeter un destroyer muni d'une énorme charge explosive à retardement contre les portes extérieures du bassin principal, tandis que des commandos feront le coup de feu contre la garnison et les défenses du port. Cependant, Wilson doit convaincre les membres des Opérations Combinées de la validité de son plan, et en particulier le capitaine Owen Franklin(Andrew Keir), de la Royal Navy, dont le propre fils est mort lors d'une opération commando précédemment tentée par Wilson et qui s'est terminée en désastre...


    Le film s'inspire bien sûr de l'opération Chariot sur Saint-Nazaire lancée par les Britanniques le 28 mars 1942 pour mettre hors de combat le seul bassin d'Europe occupée capable d'accueillir les cuirassés allemands et en particulier le Tirpitz. Le destroyer HMS Campbeltown, accompagné de 18 embarcations légères, est donc sacrifié en étant jeté avec sa charge explosive contre les portes du bassin Normandie. Sur les 622 hommes ayant pris par à l'opération, 228 regagnent l'Angleterre. 169 ont été tués et 215 sont capturés. Les Allemands perdent 360 hommes, dont beaucoup tués par l'explosion du destroyer. 89 décorations sont décernées dont 5 Victoria Crosses. Le raid est l'un des plus fameux exécutés par les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale.


     


    Attack on the Iron Coast s'inspire également d'un film britannique sorti en 1952, The Gift Horse, qui décrit le parcours d'un destroyer de classe Town, un de ceux livrés par les Américains aux Britanniques, pendant la bataille de l'Atlantique puis comme convoyeur de la charge explosive lors du raid contre le bassin allemand. Le film fait partie d'une série initiée par la compagnie Mirisch, qui parie sur le succès précédent du film 633 Squadron (1964) et finance plusieurs films réalisés par des Britanniques sur un thème américain, avec des acteurs américains. Dans la série, on trouve aussi Le raid suicide du sous-marin X-1 avec James Caan et Opération V-2, avec David McCallum, sortis en 1969. Il a été tourné en grande partie à Londres et notamment sur les docks. A noter dans les seconds rôles la présence de Walter Gotell (bien connu des fans de James Bond où il joue régulièrement le général soviétique Gogol du KGB) et de George Mikell, spécialiste des rôles d'officiers allemands mal embouchés (Les canons de Navarone, La Grande Evasion). Malheureusement les scènes de combat ne pas sont pas spectaculaires et très réussies et l'acteur principal, Lloyd Bridges, peine vraiment à trouver ses marques et à ne pas tomber dans la caricature. Un film qui ne fera pas date, à regarder pour se divertir un soir...

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    Adrien Fontanellaz, du blog militum Historia, a bien voulu se charger de la recension du numéro que j'ai récemment signé pour Histoire et Stratégie : merci à lui. Il en souligne à la fois les qualités et les limites, ce qui est très bien. Pour le moment, je n'ai pas eu encore le magazine entre les mains et je ne peux pas juger de mon travail sur pièce. Pour répondre à la critique principale d'Adrien, je dois reconnaître que je n'ai pas employé tous les ouvrages voulus pour le cas français, ce qui m'a conduit àgliger les études de cas tactiques en me contentant de la documentation disponible. Dans le cas américain, c'est parce que j'ai voulu rester sur une dimension globale d'analyse, mais il est vrai que j'aurais pu me permettre de développer un ou deux exemples plus concrets. Une leçon à retenir pour le prochain travail !


    Lancé en juin 2010 par le groupe Areion, le magazine Histoire & Stratégie se caractérise par des approches thématiques poussées rendues possible par un volume important de plus d’une centaine de pages. L’approche monothématique de la revue la rend donc in fine plus proche d’un livre que d’un magazine. Le dernier numéro en date, rédigé par Stéphane Mantoux, présente la gestation puis le développement des opérations aéromobiles jusqu’à nos jours. Il est bien sûr inutile de présenter Stéphane Mantoux1 dans une recension figurant sur son propre blog, aussi suffit-il simplement de rappeler qu’il figure en bonne place parmi une nouvelle génération d’auteurs alliant avec bonheur sérieux et accessibilité dans leurs écrits.

    Ce volume se compose de trois grandes parties2 ; la première (La France, pionnière des opérations aéromobiles) traite du rôle pionnier de la France dans le développement de l’aéromobilité, puis revient sur les évolutions doctrinales récentes. Monde francophone oblige, les opérations héliportées durant la guerre d’Algérie ont fait l’objet de nombreuses publications, mais la synthèse présentée dans la revue n’en reste pas moins intéressante. De plus, un autre sujet bien moins connu fait l’objet d’une présentation poussée ; les expériences menées durant la guerre d’Indochine. La seconde partie est consacrée aux Etats-Unis (Les Etats-Unis, la puissance aéromobile) et couvre la riche histoire des évolutions de la doctrine d’emploi des hélicoptères de ce pays, et revient sur leur usage opérationnel durant les guerres de Corée, du Vietnam, du Golfe, et le célèbre épisode des « Black Hawk Down » en Somalie. Enfin, le dernier chapitre (URSS/Russie : une autre approche de l’hélicoptère), revient sur l’histoire de l’hélicoptère en URSS. Il s’agit là d’un domaine peu traité, et Stéphane Mantoux parvient à initier avec brio le lecteur à la doctrine soviétique en la matière. Il en ressort qu’elle n’avait pas grand-chose à envier à celle des Etats-Unis, et que d’énormes moyens y furent investis. Ce chapitre couvre également l’emploi des hélicoptères par l’armée rouge, puis russe en Afghanistan, en Tchétchénie et en Géorgie. 

    Sur la forme, la volonté de l’auteur de rester compréhensible et facile d’accès se ressent clairement à la lecture de cet opus, alors que son sujet est d’une relative complexité. Ce volume d’Histoire & stratégie constitue donc une belle démonstration de vulgarisation intelligente. Le contraste avec certains numéros antérieurs de la revue, qui se singularisaient par une écriture particulièrement hermétique, est à cet égard frappant. Quant au fonds, on relèvera que l’écueil consistant à d’interminables digressions sur les systèmes d’armes ou les développements technique est évité avec succès. Un petit bémol serait l’absence d’exemples d’engagements tactiques dans les chapitres sur l’Algérie et le Vietnam, contrairement à celui traitant de l’expérience soviétique en Afghanistan, ou de courtes descriptions donnent une forme plus concrète au propos plus global du texte. De plus, les textes fourmillent de faits rarement mentionnés, comme par exemple la différence fondamentale de conception entre hélicoptères d’assaut soviétiques (Mi-24 et dérivés) et occidentaux (Gazelle, Apache, etc...).

    En conclusion, la lecture de ce numéro est chaudement recommandée. Il restera certainement un must dans les années à venir, tant les publications sur ce sujet sont rares en français.


    Adrien FONTANELLAZ


    http://histoiresmilitaires.blogspot.fr/


    1http://historicoblog3.blogspot.ch/p/lauteur-du-blog-stephane-mantoux.html

    2Table des matières : http://historicoblog3.blogspot.ch/2012/12/publication-histoire-et-strategie-n13.html


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    Encore un recension sur un ancien numéro de revue, mais pas forcément dans les "oldies" (j'en ai encore quelques-uns sous le code) puisque ce numéro de 2ème Guerre Mondiale date de 2011. Merci à Nicolas Pontic de me l'avoir envoyé.

    C'est un numéro important dans la revue car l'éditorial explique un changement de formule. Les dossiers de comparaison entre les deux camps sont abandonnés au profit de dossiers "multi facettes", avec l'intention, aussi, d'aller au-delà de la simple narration.

    - on trouve toujours l'indispensable recension des ouvrages récemment parus, dont fait partie ici, le Patton de Yannis Kadari. On y trouve aussi une interview de Dominique Lormier : j'ai déjà récemment parlé de cet auteur, je n'y reviens pas.

    - c'est lui pourtant qui signe le premier article sur le combat des cadets de Saumur sur la Loire à la fin de la campagne de France. Autant le dire tout de suite, si vous avez dans votre bibliothèque le livre Comme des lions du même auteur, vous n'apprendrez rien, car l'article reproduit in extenso ou presque le chapitre correspondant de l'ouvrage. Pour ceux qui ne connaissent pas l'épisode uniquement.

    - dans la rubrique Ecrire l'histoire, Christophe Prime revient sur le retour de l'homme au combat dans l'historiographie.

    - Jean-Louis Roba, dans son style bien particulier (cf l'entame du dossier p.26-27), retrace le parcours de l'Arado Ar-234 Blitz, premier bombardier à réaction mis en oeuvre par les Allemands. Après un historique de l'appareil incluant la récupération des machines par les Alliés, on a droit à une fiche matériel puis à un focus sur les missions "Florian Geyer" de bombardement sur Anvers pendant l'hiver 1944-1945. Pour terminer, le témoignage de Diether Lukesch, pilote d'Ar-234. Petite remarque en passant : je me faisais la réflexion que ces témoignagnes, souvent livrés "bruts", dans la revue, mériteraient un commentaire et/ou une contextualisation critiques. Dossier agréable quand même.

    - on trouve ensuite une fiche Uniformes sur un fantassin du 92ème RIM de la campagne de France.

    - Claudio Biscarini, journaliste et chercheur en histoire, évoque la bataille d'Ortona, le petit "Stalingrad" italien qui a été souvent abordée ces dernières années dans la presse spécialisée. L'auteur ne semble pas beaucoup apprécier, d'ailleurs, les Italiens cobelligérants (sic). Intéressant sur la mise en défense de la ville par les paras allemands et le chemin de croix des Canadiens.

    - dans une autre page de la rubrique Ecrire l'histoire, Jean-François Muracciole revient sur les pertes humaines de la Seconde Guerre mondiale. On apprécie qu'il souligne tout particulièrement l'ampleur des pertes soviétiques (un mort sur deux...) ou la comparaison entre les pertes allemandes et françaises qu'il replace dans le cadre plus large des évolutions de l'après-guerre et de la guerre froide.

    - Frank Ségretatin s'interroge sur la répression allemande en France : était-elle seulement menée par les SS ? Pour l'auteur, bien sûr, la réponse est clairement non. Il montre que les tribunaux militaires allemands sont déjà fort soucieux de faire respecter l'ordre dès les débuts de l'Occupation, un durcissement survenant entre l'été 1941 et l'été 1942. Utile pour se mettre à jour sur le sujet.

    - enfin, une dernière fiche Uniformes présente un Pionier du Panzer-Pionier Bataillon 86.

    Au final, le changement de formule annoncé dans l'éditorial s'amorce bien, avec des articles inégaux. Mais on trouve toujours de quoi s'instruire, ce qui est un plus. A noter que la plupart des articles cite leurs sources, et que les illustrations et cartes sont abondantes.

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    Suite de la recension d'anciens numéros de 2ème Guerre Mondiale avec le n°42 (encore merci à Nicolas Pontic). Dans l'éditorial, le rédacteur-en-chef reconnaît avec beaucoup de lucidité les problèmes posés par la concurrence et les attentes du lectorat et évoque un changement de formule (passage au trimestriel, plus de diversité, approche moins centrée "histoire militaire"), dans la lignée du précédent.

    Dans la rubrique des recensions, on trouvera une interview de Christophe Prime qui sortait alors son ouvrage sur Omaha Beach, dans la collection L'histoire en batailles de Tallandier, que j'avais commenté ici.

    - François Kersaudy signe un volet de la chronique Ecrire l'histoire, intitulé "La guerre dans un fauteuil", où il met en garde l'historien contre toute une série de travers : "politiquement correct, théorie du complot, autoflagellation, devoir de mémoire, guerre des zéro morts, négationnisme, ultrarévisionnisme et académisme". J'avoue être un peu dubitatif devant la teneur du propos... chacun son opinion.

    - Philippe Listemann signe un bon article sur l'expérience des B-17 dans la RAF avant l'entrée en guerre des Etats-Unis. La conclusion est que les Anglais perçoivent déjà les limites du bombardement stratégique diurne, mais que les Américains n'en tiendront pas compte pour autant... tout comme les Allemands.

    - fiche Uniformes ensuite sur un membre d'équipage de bombardier britannique, pour coller au sujet.

    - le dossier est intitulé "La France pouvait-elle gagner la guerre en 1940 ?" et il est de... Dominique Lormier. Le premier article tente de démontrer que le matériel et l'armement des Français étaient adaptés à une doctrine défensive. Pour l'auteur, les défaillances de l'armée française sont surtout dues au commandement, qui a utilisé ses forces à contre-emploi... mais il a aussi le don de transformer les défauts des matériels français en qualités (absence de radio dans les chars, autonomie réduite, etc). La faiblesse de la démonstration tient à ce que l'on peut retourner les arguments dans l'autre sens. Dominique Lormier cherche ensuite à montrer comment l'opération Dyle-Breda aurait pu réussir, si le commandement français avait engagé ses moyens de manière proportionnée... mais c'est oublier que ce même commandement français est totalement surclassé au niveau opératif et même stratégique. L'auteur assène alors son arme favorite, les succès tactiques de l'armée française contre la Wehrmacht : Hannut/Gembloux, Stonne (cf la recension de son ouvrage ici), la Somme et l'Aisne... des succès, certes, mais qui ne changent rien au déroulement global des opérations. A lire Dominique Lormier, on a l'impression que seul le commandement a failli. A rebours, on tombe dans l'excès inverse de celui qui consiste à ne voir la performance française de 40 que sous un angle calamiteux : ici, on est clairement dans le révisionnisme historique, au sens de ce que François Kersaudy conseillait d'éviter plus haut. Lormier conclut d'ailleurs le dossier par la possibilité de poursuivre la guerre en Afrique du Nord -hypothèse que certains historiens et autres spécialistes, dont Jacques Sapir, ont développé dans un livre uchronique... et l'auteur d'insister sur le rôle de l'armée française qui sauve les Britanniques à Dunkerque. On appréciera aussi les sources, "archives militaires françaises (...) allemandes (...) britanniques" et... des ouvrages de Dominique Lormier. Bref, on l'aura compris, l'outrance même du propos le dessert. Réhabiliter l'armée française de 1940, oui, mais pas n'importe comment.

    - David Zambon fournit une fiche sur le Prince Noir, Junio Valeri Borghese. Toujours intéressantes et bien conçues, ces fiches, avec leurs encadrés sur le côté.

    - le même auteur produit ensuite ce qu'on pourrait appeler l'antithèse du dossier de Dominique Lormier : un article sur les combats de 1940 à Boulogne-sur-Mer, sous-titré avec intelligence "Comme un coup d'épée dans l'eau". Je dis antithèse parce que David Zambon montre à la fois comment les Alliés ont pu mener une défense efficace, cependant entravée par des lacunes et autres faiblesses du moment, tout en mesurant combien l'impact de la bataille est limité et combien la défense souffre du manque de coordination franco-britannique et de la panique provoquée par la vitesse d'exécution de l'armée allemande. Avec des encadrés utiles sur des points particuliers (en revanche je suis un peu surpris que l'OCM soit qualifiée p.74 "d'apolitique" ?).

    - le numéro se termine sur une fiche Uniformes représentant un sous-lieutenant d'artillerie hippomobile.

    Au final, l'intention affirmée dans l'éditorial est là, si l'on enlève le dossier de Dominique Lormier, le reste y colle de près. 

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    Autre recension d'un numéro de l'année 2011, mais d'une autre revue cette fois, Ligne de front, dont je n'ai pas encore parlé jusqu'ici sur le blog (sauf indirectement ; merci à Yann !).

    Ligne de Front est la deuxième revue, dans l'ordre, lancée par les éditions Caraktère, en septembre 2006, après Batailles et Blindés sorti en novembre 2003. La revue analyse particulièrement les opérations terrestres avec un focus sur celles de la Seconde Guerre mondiale, tout en ne négligeant pas, de temps à autres, les conflits contemporains et ceux antérieurs. Comme le précise la présentation du site du magazine, c'est aussi une oeuvre de passionnés à destination de passionnés.

    Ce numéro 33 est d'ailleurs assez éclectique quant à son contenu, jugez un peu :

    - Laurent Demouzon signe un premier article sur la résistance de l'armée française dans les Alpes, à la fin de la campagne de 1940. Un aspect fort peu méconnu d'ailleurs, mais l'auteur ne s'envole pas pour autant dans les envolées de Dominique Lormier : la conclusion souligne que le demi-succès allemand s'explique par l'absence de l'aviation tactique et une sous-estimation des moyens français...

    - Bruno Nionévoque ensuite le sacrifice du 239ème RI engagé à Verdun à partir de juin 1916. Ca change de la Seconde Guerre mondiale mais on reste un peu sur notre faim, j'aurais aimé quelque chose de plus développé (contextualisation plus large de l'offensive, présentation des forces allemandes d'en face, etc).

    - l'allié Michel Goya revient sur le déroulement de la bataille d'Alger, en 1957. L'engagement des paras français dans la capitale algérienne s'explique par l'impuissance des autorités face au terrorisme urbain pratiqué par le FLN. Dotés de pouvoirs de police, les troupes françaises remportent un succès tactique... qui accélère la chute de la IVème République et provoque une grave crise morale au sein de l'armée, tout en cassant le lien entre celle-ci et la nation. L'armée française perd en effet une partie de son âme dans ce qui peut difficilement être appelée "bataille" d'Alger, bien qu'elle le reste pour le cinéma...

    - Hugues Wenkin signe l'article central sur le "miracle de Bastogne", autrement dit la réaction initiale à la contre-offensive des Ardennes de la part des Américains qui permet de sauver ce noeud routier amené à devenir le point phare de la campagne. Intéressant car le texte évoque un morceau généralement traité assez vite dans les récits de la bataille des Ardennes. Wenkin pointe les erreurs du général allemand Bayerlein mais revient quand même en conclusion sur les faiblesses structurelles de la Wehrmacht, aussi responsables sans doute de l'échec... même si les Américains ne sont pas à la fête au début de l'offensive allemande.


    Ci-dessous, le fameux extrait du film La bataille des Ardennes (1965) où les Allemands présentent leur demande de reddition au commandant américain de Bastogne.


     

    - Alexandre Thers traite d'un sujet intéressant -sur lequel j'avais moi-même songé à faire un article-, l'anéantissement par les Allemands du soulèvement dans le ghetto de Varsovie, en avril-mai 1943. Glaçant d'effroi, à lire pour tous ceux qui souhaitent se vacciner contre une fascination malsaine pour les SS, et en particulier deux sinistres personnages impliqués dans les opérations, Jürgen Stroop et Josef Blösche, surnommé "Frankenstein", ce qui en dit long sur ses talents... Le seul article avec une bibliographie indicative.


    Ci-dessous, vidéo musicale sur fond d'extraits du film 1943, l'ultime révolte (2001) retraçant la création du ghetto de Varsovie, les débuts de la résistance juive jusqu'au soulèvement d'avril 1943 et la répression féroce des Allemands.


     

    - Raphaël Schneider signe une biographie efficace de Douglas MacArthur, légende de la guerre du Pacifique, mais qui a servi aussi pendant la guerre de Corée... une véritable légende militaire américaine !

    Au final, on retrouve assez les qualités et les défauts des autres publications de Caraktère : textes plutôt de qualité, illustrations abondantes et variées, mais peu de sources citées. Sans ptention mais efficace, la plupart du temps !

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    Un petit point de situation sur l'engagement français au Mali, marqué par une première perte malheureusement, et au passage une pensée pour la famille de l'officier tué ainsi que pour celles des hommes perdus lors de la tentative de sauvetage de l'otage français en Somalie.

    L'opération Serval, nom de code de l'opération, a commencé hier avec un raid d'hélicoptères français contre une colonne de djihadistes faisant route sur Konna, ville où ont eu lieu les combats ayant opposé l'armée malienne à ces derniers. Des Gazelles HOT et canons 20 mm du 4ème Régiment d'Hélicoptères Forces Spéciales (RHFS) de Pau ont pris part au raid qui a permis de détruire 4 véhicules et a provoqué le repli de la colonne visée. Côté malien, l'armée aurait aussi engagéses quelques hélicoptères de combat Mi-24 Hind.


     

    Dans la nuit du 11 au 12 janvier, 4 Mirage 2000D ont effectué des frappes sur le nord du Mali (groupement Air du dispositif Epervier, basé à N'Djamena au Tchad) en larguant des bombes de 250 kg. Les appareils ont été soutenus par deux ravitailleurs C-135. Sur place, on trouve aussi 2 Mirage F1 CR, 6 Mirage 2000D, 3 C-135, 1 C-130 et un Transall C-160. Côté renseignement, l'armée française dispose des Atlantique 2 de la Marine Nationale et de satellites d'observation... malheureusement rendus en partie inopérants en raison des tempêtes de sable. Ce sont pourtant ces moyens d'observation qui ont permis de détecter les concentrations effectuées par les trois mouvements d'AQMI, du MUJAO et d'Ansar Eddine en vue d'une offensive vers le sud pour emporter l'ensemble du Mali, ce qui entraîné l'intervention française.


    Un sous-groupement de 200 militaires de la composante terre du dispositif Epervier a été projeté à Bamako par Transall et C-130 : 21ème RIMa, un peloton du 1er REC d'Orange, et une compagnie du 2ème RIMa d'Auvour mobilisée en France et qui a rejoint Bamako aujourd'hui.



     


    Au cours du raid des hélicoptères Gazelle dans la journée du 11 janvier, un pilote français, le lieutenant Damien Boiteux, a été blessé lorsque l'hélicoptère a été touché par des tirs. Le Gazelle est parvenu à rentrer à sa base mais l'officier français est mort de ses blessures et l'appareil aurait été déclaré inutilisable au vu des dommages subis. La prudence s'impose sur toutes ces informations en raison de leur caractère "à chaud", bien évidemment.

    Deux compagnies du 2ème REP et les Rafales du groupe Normandie-Niémen se prépareraient aussi pour un prochain déploiement.

    Rappelons tout de même que si l'engagement de la France vise à contrer la menace posée par les groupes djihadistes, la solution militaire à elle seule ne suffirait pas à régler le problème malien. L'équation repose aussi sur la création d'un véritable Etat démocratique à Bamako et la reconnaissance des droits des Touaregs au Nord... politique et militaire, comme toujours, sont étroitement liés. 








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    Tout d'abord merci au SHD de m'avoir envoyé un exemplaire de cet ouvrage.

    L'année 2012, où l'on a fêté le bicentenaire de la campagne de Russie, aura vu un nombre impressionnant de parutions sur le sujet : on peut citer le travail de l'historienne Marie-Pierre Rey, la réédition de celui de Curtis Cate, sans compter la publication de mémoires, témoignages et autres souvenirs de la campagne.

    Le Service Historique de la Défense propose quant à lui quatre témoignages inédits et un, méconnu, ayant déjà fait l'objet il y a longtemps d'une précédente publication. Comme le rappelle Thierry Lentz dans sa préface, ces sources sont diverses mais à la fois liées par le fait que chaque auteur a un minimum d'éducation. La variété tient au fait que l'on va du briagdier à l'officier général, et que les témoignages recoupent la diversitéde la Grande Armée ; enfin, ils balayent la campagne de Russie depuis sa préparatif jusqu'en 1813, pour certains. Ces récits permettent d'approcher au plus près le vécu des hommes de la Grande Armée mais aussi d'aborder les grandes questions ayant trait à la campagne.

    L'introduction, appuyée sur les travaux les plus récents, permet de contextualiser les témoignanges. On pourra y lire notamment la réorganisation de l'armée russe et la déliquescence progressive de la Grande Armée après l'incendie de Moscou puis son évacuation. Un point utile est fait sur l'estimation des pertes. Cette entame se conclut sur l'idée centrale que la campagne de Russie marque les limites du génie de Napoléon : les adversaires ont appris et rendent coup pour coup. Ce n'est donc pas seulement l'hiver russe qui est est venu à bout de la Grande Armée, comme on le prétend souvent encore aujourd'hui...

    Le premier témoignage est celui du capitaine de cuirassiers Auguste Monesron-Dupin, dont on a conservé une dizaine de lettres envoyée à son père entre novembre 1811 et décembre 1812. Elles insistent beaucoup sur les préparatifs de la campagne et seules les trois dernières portent sur les opérations elles-mêmes. Elles mettent déjà bien en évidence le chaos de la retraite.

    Le deuxième témoignage est le seul à avoir déjà été publié précédemment. Le brigadier Nicolas Nottat a servi dans le train des équipages. Le capitaine Pierre Arnoult l'avait découvert et retranscrit pour la Revue d'Histoire en 1939. Nottat, originaire d'une famille de cultivateurs de la Haute-Marne, mène des convois de vivres dans le sillage de la Grande Armée. Il écrit dans la langue paysanne qui lui est familière, adaptée pour les besoins du livre. C'est un témoignage précieux car Nottat traverse une véritable odyssée en solitaire après la dislocation de la Grande Armée près de Kovno, rejoignant les lignes françaises en juin 1813 seulement. Un récit presque unique dans son genre, donc.

    Le troisième témoignage est celui d'un officier topographe, le capitaine Jean Eymard. L'officier souligne combien est difficile pour les topographes le relevé de la géographie russe (noms, etc) et insiste en particulier sur les conditions éprouvantes de la retraite et les troubles psychologiques subis par certains survivants pendant cette anabase des troupes françaises.

    Le quatrième témoignage, le plus conséquent, est réalisé par le colonel et chef d'état-major général du génie de la Grande Armée en 1812, Joseph Puniet de Montfort. Déposé récemment au SHD (2011), ce récit a été écrit longtemps après les faits (1848-1855). Cependant l'auteur s'appuie sur les lettres qu'il avait écrites à son épouse pendant la campagne. Le témoignage souligne le rôle important joué par le corps du génie, équipage de ponts et de l'artillerie, ouvriers de la Marine du bataillon du Danube, pendant la campagne de Russie. Montfort, qui n'est pas souvent proche du feu, s'intéresse surtout à son avancement et à son existence quotidienne. Membre du corps dirigeant de la Grande Armée, il côtoie Napoléon. Le récit fourmille d'anecdotes sur l'utilisation du génie et sur certains de ses camarades officiers.

    Le cinquième et dernier témoignage est celui du capitaine des chasseurs à cheval Auguste-Henry Devina, capturé par les Cosaques non loin de Moscou fin septembre 1812. Il a écrit la relation de sa captivité pour son frère Félix, inspecteur des Postes tué à Lützen. C'est donc un témoignage sur la captivité des soldats français pris pendant la campagne de Russie. Devina retrace le calvaire de la marche, où de nombreux prisonniers périssent, la haine des paysans russes à leur encontre, stimulée par les autorités et le clergé, et à l'inverse l'humanité de certains gouverneurs et des colons allemands de la Volga qui viennent en aident aux captifs. Une fois arrivé près d'Astrakhan, il dresse aussi le portrait des Kalmouks qui peuplent la région, non sans stéréotypes du temps, bien évidemment.

    L'ouvrage se complète d'une orientation bibliographique qui renvoie surtout vers les témoignages et autres récits de la campagne disponibles à la lecture. On trouvera aussi plus de 20 pages de notices biographiques répertoriant les principaux personnages cités au fil des récits présentés. Trois cartes sont également présentes en fin d'ouvrage, mais l'on aurait souhaité peut-être qu'elles soient placées en parallèle du texte, pour mieux suivre le déroulement de la campagne (dans l'introduction, par exemple). Outre le solide travail d'édition, le livre du SHD montre, s'il était besoin de le confirmer, qu'il existe encore de nombreuses sources inconnues sur la campagne de 1812. Un ouvrage indispensable pour qui s'intéresse au Premier Empire, à la Grande Armée et  à l'aventure de Napoléon en Russie.




    J'ajoute qu'un portfolio sur l'exposition du SHD consacrée à la Grande Armée en 1812 m'a été fourni avec le livre. Avec une sélection de documents issus des fonds du SHD, il permet de découvrir rapidement et utilement l'armée de Napoléon, avec un regard critique fort appréciable. Ce portfolio a été réalisé sous le direction de Nicolas Texier, Michel Roucaud et Bertrand Fonck.

    Il présente d'abord l'organisation de la Grande Armée, en revenant sur le terme lui-même, et en insistant sur l'héritage révolutionnaire et les changements apportés sous le Premier Empire. Une deuxième partie s'intéresse aux hommes et à la vie militaire, et tord le cou à un certain nombre d'idées reçues. Une dernière partie, enfin, décrit la vie en campagne de la Grande Armée. La dernière page conclut sur l'idée que Napoléon a su de son vivant orchestrer sa propre légende et celle de son armée, ce qui explique largement la postérité du mythe napoléonien aujourd'hui.

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    Java, 1942. Un camp de prisonniers alliés. Le capitaine Yonoi (Ryuichi Sakamoto)dirige le camp et impose une poigne de fer dans l'esprit de l'armée japonaise de l'époque. Le lieutenant-colonel Lawrence (Tom Conti), qui a servi au Japon avant la guerre et parle le japonais, fait l'intermédiaire entre les gardiens et les prisonniers. Lawrence a développé une relation particulière avec l'un des gardiens, le sergent Hara (Takeshi Kitano), qui peut se montrer particulièrement brutal puis tout aussi sympathique en certaines circonstances. Tout change avec l'arrivée dans le camp du major Jack Celliers (David Bowie), capturé après avoir été parachuté pour mener une action de guérilla sur Java. Commence un face-à-face étrange entre le capitaine japonais et le major britannique, chacun étant hanté par un lourd secret...

    Furyo (prisonnier de guerre, en japonais), est l'un des quelques films à évoquer le sort déplorable des camps de prisonniers de guerre alliés tombés entre les mains des Japonais après les premiers victoires fulgurantes de 1941-1942. Le film s'inspire des oeuvres de Laurens van der Post, un Afrikaner retenu prisonnier par les Japonais entre 1942 et 1945 et qui a consacré à sa captivité plusieurs écrits : The Seed and the Sower, The Night of the New Moon. Sakamoto, qui joue le capitaine Yonoi, a composé la bande originale qui est devenue culte dans de nombreux pays au moment de la sortie du film. Celui-ci révèle au public les deux acteurs Takeshi Kitano et Ryuichi Sakamoto.


    Ci-dessous, une des scènes les plus marquantes du film.


     


    Oshima, qui avait défrayé peu de temps avant la chronique avec L'Empire des sens, évoque ici, dans un film sans femmes (!), la question de l'homosexualité au sein d'un contexte martial et masculin. D'aucuns ont d'ailleurs surnommé le film "L'empire des hommes" (!). Evidemment, on est bien loin d'autres films sur l'univers carcéral japonais de la guerre du Pacifique comme Le pont de la rivière Kwaï.Furyo met aussi en scène le choc des cultures entre deux figures incarnant chacune un monde à l'opposé de l'antagoniste. Si Lawrence représente la logique, face au caractère complètement imprévisble des Japonais, Celliers, incarné par un David Bowie magistral, représente l'irrationnel dans le camp britannique, déroutant les Japonais et entraînant la création de nouveaux rapports à l'intérieur du camp. Bien que centré sur un thème qu'il affectionne, Oshima n'oublie pas de montrer les Japonais infligeant des sévices physiques et psychologiques aux prisonniers, sans jamais tomber dans l'excès visuel. Assurément, un grand film, mais qui peut déroute voire déplaire, mais qui ne laissera en tout cas personne indifférent.



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    Anne Curry est professeur d'histoire médiévale à l'université de Southampton. C'est une spécialiste de la guerre de Cent Ans et en particulier de la bataille d'Azincourt. Cette édition de 2010 reprend un livre originellement paru en 2005. Comme elle le dit dans la préface à l'édition de 2006 replacée ici, elle s'attache à travailler au plus près des sources manuscrites. Ce livre fait suite à un autre paru en 2000 sur les sources liées à la bataille et l'interprétation des principaux événements de la campagne.

    L'historienne fournit ainsi un récit très détaillé du siège de Harfleur, de la marche d'Henri V vers Calais et de la bataille d'Azincourt elle-même. Les sources sont systématiquement croisées et comparées aux documents administratifs, bien que, du côté français, les chroniques soient avares de détails.

    Anne Curry s'attache aussi à montrer combien les récits de la bataille sont à lire à l'aune de l'engagement de chacun : les Anglais attribuent leur victoire à une intervention divine et pour grandir leur succès, gonflent volontairement les forces qui leur font face ; les Français, eux, cherchent surtout un bouc-émissaire au désastre, selon qu'ils sont Armagnacs ou Bourguignons. Pour les Anglais, la victoire d'Azincourt fait partie intégrante d'un folklore national où les archers anglais auraient aussi inventé le fameux signe du V !

    Se basant sur les archives administratives, Anne Curry pense que les Français n'ont pu lever qu'une armée de 12 000 hommes au maximum pour contrer l'invasion d'Henry V. Celui-ci dispose du même effectif au début de la campagne mais les pertes subies devant Harfleur et par la maladie l'ont réduit à 9000 hommes au moment d'Azincourt. Charles VI souhaite aligner 3 000 hommes d'armes et 6 000 archers contre son adversaire anglais et l'engager sur la Somme ou près de Péronne. Des hérauts sont envoyés pour défier Henri V dès le 20 octobre : celui-ci fait mouvement vers l'ouest d'Arras puis infléchit sa course vers la côte. Les Français espèrent encore recevoir des renforts de Picardie et de la frontière nord-est le jour de la bataille, le 25 octobre, c'est pourquoi ils retardent le plus possible l'engagement. Paradoxalement, les mouvements d'Henri V mettent l'armée française en difficulté : les effectifs ne sont pas tous là, les chefs arrivent en retard, l'avant-garde est trop compacte et il commence à pleuvoir.

    Comme l'explique aussi Anne Curry, le véritable contraste entre les deux armées n'est pas tant celui de la taille (12 000 hommes contre 9 000, peut-être, donc) que celui de la composition. Côté français, on trouve trois quarts d'hommes d'armes, contre 20% côté anglais. Henri V dispose de 7000 archers protégés par des pieux et favorisés par la géographie du champ de bataille. L'avant-garde française doit avancer sous une pluie de flèches et les rares hommes d'armes qui arrivent à approcher leurs homologues anglais sont trop entassés les uns sur les autres pour combattre efficacement. La plupart est tuée après avoir été blessé d'un coup de dague. L'arrière-garde française, voyant le désastre, se replie, ce qui a entraîné par contrecoup des accusations de trahison. Pour Curry, ce sont plus les Français qui ont perdu la bataille que les Anglais ne l'ont gagné.


    Ci-dessous, extrait du Henri V de Brannagh (1989), adapté de la pièce de Shakespeare.


     

    Le succès d'Azincourt renverse la position fragile d'Henri V, fils d'un usurpateur qui a déjoué, le 1er août 1415, avant de partir pour la France, un complot contre sa personne à Southampton ! Revenu en héros en Angleterre, personne ne conteste plus son autorité.

    Si le livre est donc intéressant et renforcé d'un livret central de plus d'une centaine d'illustrations ou photos couvrant les lieux cités (sic), il comprend certaines faiblesses. Les cartes sont trop peu nombreuses et placées en fin de volume, ce qui est un tort car on ne peut suivre les innombrables questions relatives aux localisations (où l'armée anglaise franchit-elle la Somme ? etc). Anne Curry ne développe pas trop, dans le récit de la bataille, les questions techniques qui font pourtant débat depuis longtemps (efficacité du longbow, des armures, etc). Certes, il n'est pas nécessaire de ne parler que de ça (pour ne pas tomber dans le travers de l'histoire technique qui explique tout), mais il faut bien en parler un peu. Si l'historienne se base avantageusement sur les sources primaires, elle néglige peut-être un peu trop les sources secondaires. Même constat lorsqu'il est question du massacre des prisonniers par Henri V, qu'elle attribue à une forme de panique survenue dans l'armée anglaise, sans trop le démontrer. Henri V aurait agi dans une logique de combat jusqu'à la mort, pour dissuader le reste de l'armée française de continuer le combat. Dans la conclusion, elle attribue à Azincourt le qualificatif de "bataille décisive", mais sans trop expliquer pourquoi : or la mort prématurée d'Henri V annule en bonne partie l'avantage remporté à Azincourt...

    Au final, un livre indispensable sur Azincourt, mais sans doute pas la référence définitive.

     

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    - arrivée de 200 militaires du 2ème RIMa hier à Bamako, convoyés par A310 et A340 de l'escadron Estérel.

    - sur les 4 Rafales engagés hier, on note bizarrement la présence de 3 biplaces (un seul pilote) et d'un monoplace provenant des escadrons 1/7 Provence et 2/30 Normandie-Niémen.Les appareils ont largué des GBU-49 et des AASM et utilisé des podsDamoclès. Les Mirage 2000 de N'Djamena sont essentiellement ceux de l'escadron 2/3 Champagne. Les deux tankers C-135 ayant accompagné les Rafales hier sont peut-être basés au Tchad désormais (5 appareils de ce type en tout).

    - les Tigres HAP vont être déployés sur place. Des VAB, des ERC-90 Sagaie et des AMX-10RC ont été embarqués dans le C-17 britannique à Evreux ou vont l'être prochainement dans d'autres appareils.


     


    - problèmes de moyens sur le renseignement : les drones français ne sont toujours pas engagés, les satellites sont à la peine, restent les vénérables Atlantique 2... Problèmes de moyens pour la projection de force, que montre l'intervention du C-17 britannique à Evreux : comment projeter les véhicules blindés et les Tigres avec un parc insuffisant et vieillissant ?

    - AQMI a repris la ville de Diabali,à 400 km au nord de Bamako, à l'ouest de la ligne de front, malgré le soutien aérien français. N'oublions pas que les trois groupes d'en face sont bien armés sur les stocks de Kadhafi, y compris en DCA, potentiellement. Les groupes ont cependant déjà subi des pertes de par les bombardements français (60 tués à Gao, selon une source). Les premières images des raids français montrent au moins deuxpick-ups/technicals détruits et des corps carbonisés. On signale aussi une colonne d'une trentaine de véhicules français partis de Côte-d'Ivoire vers le nord, et le Mali.


     



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    L'abbé François Fabre, né en 1854, est l'un des premiers à avoir écrit sur la Bête du Gévaudan, après l'abbé Pourcher en 1889. En 1901, il publie La Bête du Gévaudan en Auvergneà partir de documents inédits. Plus tard, en 1930, l'édition étant épuisée, il la republie avec des compléments, notamment une réfutation de la théorie du docteur Puech selon laquelle les meurtres seraient l'oeuvre d'un fou sadique. Cette édition est devenue un classique sur la Bête du Gévaudan. C'est celle-ci que reprend cet ouvrage, augmenté d'un addendum actualisé par Jean Richard, passionné par l'histoire de la Bête et "historien local".

    Le travail de François Fabre est donc une des bases par lesquelles commencer lorsqu'on veut découvrir l'histoire de la Bête du Gévaudan. Illustré par de nombreuses gravures d'époque, c'est un récit factuel retraçant l'histoire, de l'apparition de la Bête jusqu'à sa disparition, en citant de nombreux documents d'archives. L'abbé reste convaincu de la culpabilité d'un ou plusieurs loups particulièrement féroces et devenus amateurs de chair humaine. A plusieurs reprises, d'ailleurs, les sources évoquent des cas antérieurs d'attaques de loups répétés contre l'homme, qui ont précédé celle de la Bête. Cela ne l'empêche pas d'évoquer les autres hypothèses, même si c'est pour les réfuter.

    Dans le complément, Jean Richard a rajouté quelques gravures manquantes. Avec un traitement par ordinateur, il a établi que 81 personnes ont été tuées, plus 15-20 autres sans doute oubliées dans les archives. 27 autres ont été blessées et 49 autres attaquées, soit un peu plus de 150 victimes en tout. Ces statistiques montrent aussi des attaques sur la tête ou le col, la Bête cherchant à emporter une part de ses victimes pour aller la dévorer ailleurs. Jean Richard passe ensuite en revue toutes les hypothèses émises jusqu'ici : loup(s), loups venus d'ailleurs, animal exotique, culpabilité des Chastel, animal hybride, fou sadique, fléau de Dieu, bête extraterrestre...

    Plutôt que d'essayer de déterminer ce qu'était la Bête du Gévaudan, la prudence impose de convenir qu'on ne saura sans doute jamais de quoi il retourne. En revanche, comme dans le cas de Jack L'Eventreur, l'histoire constitue un formidable tremplin d'analyse pour l'histoire des mentalités du temps.




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    Les éditions Pelican Publishing proposent de nombreux volumes de vulgarisation sur des théâtres d'opérations souvent méconnus de la guerre de Sécession. Ce volume-ci est signé de la main de Steve Cottrell, membre d'un groupe de reconstitution américain sur le conflit. Comme d'ordinaire, le livre comprend des illustrationsinsérées au milieu du récit réalisées ici par Andy Thomas.

    Le sujet traité est la guerre dans les Etats du Texas et le territoire du Nouveau-Mexique, au sud-ouest de la Confédération et de l'Union. Dès avant l'attaque de Fort Sumter, des officiers confédérés s'arrogent le droit de traquer les bandits mexicains et les Indiens menaçants dans des expéditions marquées par l'idée de la "suprématie blanche" fort répandue à l'époque -comme John Baylor. Ironiquement, le gouverneur du Texas, Sam Houston, figure légendaire vite remplacée, n'était pas favorable à la Sécession. Encore plus ironiquement, les confédérés texans faillirent bien jeter en prison au début du conflit un officier qui se rendait à Washington pour rencontrer le chef d'état-major de l'armée américaine... Robert E. Lee.

    Dès le mois de juillet 1861, les Texans ont chassé ou capturé les soldats nordistes présents sur leur territoire et se sont emparés de plusieurs forts. Le président confédéré, Jefferson Davis, voit alors une occasion inespérée d'étendre le Sud en direction du Nouveau-Mexique, pourquoi pas ensuite du Colorado et de la Californie et de leurs mines. En octobre 1861, le général Sibley, bien connu dans l'armée américaine pour avoir conçu la tente de campagne standard et le réchaud qui va avec, prend la tête de 3500 hommes pour marcher sur le Nouveau-Mexique. En février 1862, Sibley, devancé par sa "compagnie de brigands", bute cependant sur l'obstacle de Fort Craig, défendu par le commandant nordiste qui lui fait face, Canby. Celui-ci dispose aussi d'une compagnie d'éclaireurs remplie d'aventuriers de toute sorte, dirigée par Paddy Graydon : pour disperser les bêtes de somme confédérées, ils ont une nuit l'idée d'attacher de la dynamite sur des vieilles mules avant de les lancer vers le camp adverse... sauf que les mules reviennent en fin de compte vers eux !

    Le 21 février a lieu la première grande bataille de la campagne, Valverde, du nom du gué que les confédérés tentent d'emprunter pour contourner Fort Craig et poursuivre leur route. Les Sudistes l'emportent de justesse et l'affrontement voit la seule charge de lanciers (confédérés) de tout le conflit, brisée par les baïonnettes des volontaires du Colorado venus épauler les unités régulières et les miliciens hispaniques nordistes. Les Sudistes s'emparent ensuite d'Albuquerque puis de Santa Fe. Cependant, Canby tient toujours Fort Craig et 900 hommes du 1st Colorado Volunteer Infantry Regiment ont rejoint à marche forcéedepuis leur Etat, à travers des montagnes enneigées,Fort Union, qui barre la route aux Confédérés. Ce sont ces troupes qui permettent à l'Union de remporter un succès relatif lors de bataille de Glorieta Pass, entre les 26 et 28 mars 1862 : un premier engagement voit une victoire des Nordistes, puis les Confédérés reprennent l'ascendant mais leur train de véhicules est détruit par un raid audacieux monté sur leurs arrières par un officier entreprenant, le major Chivington. Sibley, pressé par les Nordistes de Fort Union qui font leur jonction avec ceux de Fort Craig, doit se replier vers le Texas dès le mois d'avril. Parallèlement, le capitaine Sherod Hunter, envoyé à la tête d'un détachement de 54 hommes pour contrôler le nouvel Etat confédéré de l'Arizona détaché du Nouveau-Mexique, combat tout à la fois les Apaches et des renforts nordistes venus de Californie, dans des escarmouches qui ont l'insigne privilège d'être les combats les plus à l'ouest de la guerre de Sécession. La retraite de Sibley s'est transformée en véritable anabase.



    Le légendaire western de Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand (1966) se déroule pendant la guerre de Sécession et plus particulièrement pendant la campagne de Sibley (que l'on aperçoit aussi dans le film) au Nouveau-Mexique (1862). Dans la scène ci-dessous, l'arrivée de la carriole confédérée sans conducteur (tout à la fin, vers 6:13) est probablement une référence au raid nordiste sur le train de bagage sudiste pendant la phase finale de la bataille de Glorieta Pass (28 mars).

     

     


    Dès le mois d'août 1862, les navires de l'Union qui font le blocus des côtés confédérées attaquent la ville texane de Corpus Christi, sans succès. Les Nordistes comptent sur les partisans pro-Union qui existent bien dans l'Etat et sont parfois sévèrement réprimés par les Confédérés. En septembre, la marine nordiste réussit un coup de main sur Sabine, avant d'échouer devant Galveston en octobre, notamment par l'action de vétérans de la campagne de Sibley. C'est durant cette bataille qu'un officier confédéré, Alfred Lea, découvre sur le navire qui son équipage aborde son fils Edward Lea, officier de la marine nordiste, mortellement blessé... épisode souvent cité depuis. En septembre 1863, une flotte d'invasion est défaite dans la Sabine Pass par un détachement de 54 hommes (les Jeff Davis Guards) maniant 6 pièces d'artillerie. En novembre, cependant, une armée nordiste débarque près de la frontière mexicaine et occupe Brownsville.

    La guerre de Sécession ne met pas entre parenthèses, comme on l'a déjà vu plus haut, les combats contre les Indiens. Le 1st New Mexico Cavalry de l'Union dirigé par le fameux Kit Carson brise ainsi un soulèvement des Navajos en janvier 1864 et la répression est féroce. Au Texas, où la nourriture commence à manquer, la cohabitation est difficile entre locaux et guérilleros du Missouri -Quantrill, Anderson- repliés dans leur Etat à l'hiver. Le colonel confédéré Rip Ford et sa troupe de cavalerie n'hésitent pas à mener des incursions au Mexique pour trouver leur subsistance et de quoi financer leur guerre. Il chasse les Nordistes de Brownsville en juillet 1864. En novembre 1864, Kit Carson et ses hommes manquent d'être anéantis lorsqu'ils poursuivent des Indiens Kiowa et Apaches turbulents réfugiés au Texas. En janvier 1865, des Indiens Kickapoo venant du Mexique en direction du Kansas sont attaqués par des miliciens et cavaliers confédérés : les Indiens repoussent les Sudistes, paradoxalement moins bien armés qu'eux, puis que les Kickapoo ont servi dans le Missouri pour l'Union et ont reçu des fusils plus performants !

    Le Texas est l'un des Etats qui a le plus contribué aux armées confédérées. C'est sur son sol que se déroule la dernière bataille de la guerre, après la reddition de Lee, les 12-13 mai 1865 : à Palmito Ranch, Rip Ford met en déroute les Nordistes, appuyés peut-être par des Français venus du Mexique (qui auraient servi des canons et envoyés des lanciers). Certains confédérés refusent cependant la défaite et se dirigent vers le Mexique. Le général Shelby, qui mène le gros de ce détachement, profite de son passage à Austin pour mettre en déroute un pillage nocturne de la banque orchestré par des malfrats. Le 4 juillet 1865, Shelby fait immerger le drapeau de combat de la Confédération dans le Rio Grande... si le Texas n'a pas été complètement ravagé par la guerre, il a payé son tribut en vies humaines et en misère.

    Un bon livre d'introduction à ce théâtre méconnu de la guerre de Sécession, desservi cependant par un manque de cartes (une seule en début d'ouvrage) et par l'absence d'analyse, bien que ce ne soit pas vraiment le but. Une bibliographie comprend cependant les ouvrages nécessaires pour aller plus loin.



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    - hier, 14 janvier, effort de l'aviation française autour de Diabali reprise par AQMI. Les deux Mirage F1 CR du 2/33 Savoie (reconnaissance, éventuellement bombardement) basés au Tchad ont été déplacés à Bamako. Les moyens de transport tactiques se renforcent (en plus des 2 C-17 britanniques, 2 An-124 russes).

    - un sous-groupement interarmées, avec 200 hommes et 60 véhicules, a été détaché du dispositif Licorne en Côte-d'Ivoire à Bamako (éléments du 1er RHP, 3ème RPIMa et 17ème RGP). Les forces terrestres sont pour l'instant divisées en deux ensembles : l'un protège Bamako et le sud du Mali, en cas d'attaque probable venant de la Mauritanie où les groupes armés peuvent se réfugier. L'autre est plus proche de la ligne de front, sans doute à Sévaré. Le dispositif pioche à la fois dans les forces prépositionnées (Tchad, Côte-d'Ivoire désormais) et dans les unités stationnées en France (dispostif Guépard de réaction rapide). Si 250 à 300 véhicules sont déjà sur place, il est à noter que la version la plus récente du VAB n'est pas engagée... car déployée en Afghanistan.

    - des avions de transport, dont 2 C-17 Globemaster III britanniques, ont permis l'acheminement des véhicules blindés pour la compagnie du 2ème RIMA. Au total, 800 militaires sont djà déployés sur zone et plus de 1700 engagés dans l'opération Serval.

    - la Belgique offre un soutien de transport et médical : 2 C-130 et un hélicoptère médicalisé A-109 avec un autre en réserve seraient prochainement déployés.

    - à Diabaly, les groupes armés emploieraient les habitants comme boucliers humains et se mêlent sciemment à la population pour dissuader les frappes françaises. L'armée malienne n'a visiblement toujours pas repris Konna, verrou important, malgré le soutien français.

    - une analyse de Joseph Henrotin sur le blog de DSI, par ici.



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    « Une guerre étrange ».C'est ainsi que le New York Times qualifiait, dans son édition du 20 juillet 1939, les affrontements entre l'Armée Rouge et l'armée impériale japonaise aux confins des steppes de la Mongolie. Et il est vrai qu'en raison de la géographie, du secret posé sur les combats par les deux camps et du déclenchement, peu de temps après, de la Seconde Guerre mondiale, la bataille de Khalkhin-Gol reste encore assez mal connue du grand public. Pourtant, les Soviétiques y ont déployé une masse blindée de plus de 1000 chars et ont commencé à faire preuve d'une maîtrise certaine de l'arme mécanisée, sous le commandement d'un chef talentueux promis à un brillant avenir, Joukov. Les Japonais, fantassins dans l'âme, tombent victimes du double enveloppement soviétique. Pendant longtemps, l'Armée Rouge considère encore la bataille de Khalkhin-Gol comme le modèle d'une guerre frontalière limitée réussie. Ce n'est pas un hasard si les Soviétiques publient beaucoup sur la bataille au moment des affrontements avec la Chine Populaire dans la même région, en 1968-1969. L'état-major nippon se sert aussi de l'exemple de Khalkhin-Gol dans le cadre des cours de tactique avancée des Forces d'autodéfense japonaises.

    Résumant l'étude d'Edward Drea, l'analyse reviendra plus particulièrement ici sur les tactiques mises en oeuvre par les Japonais au niveau du bataillon et de la compagnie pour contrer les Soviétiques. Les Japonais ont peaufiné, en effet, leur doctrine tactique face à l'Armée Rouge, un adversaire supérieur en hommes et en matériel. L'analyse est faite à partir de l'exemple du 2ème bataillon, 28ème régiment d'infanterie de la 7ème division d'infanterie japonaise. Cette unité a conservé son journal des opérations et elle a opéré de manière indépendante sous les ordres de plusieurs commandants japonais. En outre, elle a à la fois participé aux opérations offensives et défensives de l'armée impériale pendant la campagne, ce qui en fait un bon exemple pour une étude de cas tactique.




    La Mandchourie prise entre deux feux


    Depuis le début du XXème siècle, l'armée impériale japonaise considère la Russie tsariste, puis l'URSS, comme son adversaire principal. La victoire japonaise pendant la guerre de 1904-1905 élimine temporairement la menace russe et conduit à des tâches de garnison en Mandchourie, théâtre principal des opérations. Un office de gouverneur-général est créé dès 1905 et deux divisions japonaises restent cantonnées sur place. Ces unités sont progressivement retirées et, en 1910, seuls six bataillons de réservistes stationnent encore en Mandchourie. Les soldats réguliers reviennent en 1916 et, en 1919, c'est la création du quartier général de l'armée du Kwantung qui contrôle les troupes de garnison en Mandchourie, soit environ 10 000 hommes.



    Les officiers de l'état-major de l'armée du Kwantung se considèrent avec suffisance comme les gardiens des frontières du Japon, en l'occurrence une frontière où 160 000 Japonais ont payé le prix du sang lors de la guerre avec les Russes. Ils pensent que le ministère de la Guerre et l'état-major de l'armée à Tokyo ne mesurent pas assez le danger posé par l'URSS sur les territoires contrôlés par les Japonais. Ils vont donc chercher à créer un casus belli avec un seigneur de guerre mandchou de façon à consolider la mainmise nipponne sur la région. En 1931, un incident provoqué par les Japonais autorise une première opération qui conduit à l'érection de l'Etat fantoche du Mandchoukouo l'année suivante.

    Cependant, pour les officiers de l'armée du Kwantung et ceux de l'état-major de l'armée à Tokyo, la création du Mandchoukouo n'est qu'une étape vers l'affrontement avec l'URSS. L'armée impériale japonaise compte exploiter au mieux les ressources de la Mandchourie pour se préparer à la guerre. En 1937, les Japonais sont pourtant engagés en Chine, un théâtre d'opérations immense qui occasionne assez rapidement de lourdes pertes -100 000 tués et blessés dès le mois de décembre. L'état-major général et le ministère de la Guerre tentent de conclure rapidement l'affaire chinoise, tout en étant divisé entre expansionnistes (ceux partisans d'une politique de force contre la Chine) et anti-expansionnistes (ceux qui pensent que la guerre en Chine gaspillent des ressources nécessaires à un prochain conflit contre l'URSS). Les combats continuent, pourtant, si bien qu'en 1939, 25 divisions, soit un million d'hommes, sont engagées dans les opérations en Chine.

    La mission principale de l'armée du Kwantung étant de protéger la Mandchourie contre l'Armée Rouge, ses forces ne sont majoritairement pas déployées en Chine. Les Japonais continuent d'accroître leurs effectifs, puisque l'armée du Kwantung passe de 5 à 9 divisions entre 1937 et 1939, alors que l'armée impériale gonfle de 24 à 41 divisions d'infanterie. Il n'est pas difficile à l'armée du Kwantung de justifier cet accroissement : escarmouches, incidents et enlèvements se multiplient le long de la frontière, de même que les bunkers, barbelés et détachements de gardes frontaliers. Dès 1936, des affrontements opposent l'aviation et des forces mécanisées. C'est un cercle vicieux : en face, le dispositif soviétique augmente également de 6 divisions en 1931 à 20 en 1936, appuyées par un millier de chars et le même nombre d'avions. L'armée d'Extrême-Orient devient si importante que Staline s'en défie : en 1935, il crée le district militaire Trans-Baïkal pour retirer à l'armée sa portion occidentale. Après l'incident du lac Khasan en 1938, il abolit cette armée et crée à la place les 1ère et 2ème armée Bannière Rouge, responsables respectivement des secteurs de l'Oussouri et de l'Amour, et directement subordonnées au commissariat à la Défense. En 1938, le 57ème corps spécial de fusiliers est placé en Mongolie Extérieure.

    En 1938, la 19ème division d'infanterie japonaise affronte pendant douze jours l'Armée Rouge, au milieu de l'été, près du lac Khasan, au nord de la Corée. Les Japonais tiennent le terrain conquis malgré de féroces contre-attaques soviétiques, mais au prix de lourdes pertes : 500 tués et 900 blessés. L'Armée Rouge perd 236 tués et 911 blessés. Pour l'état-major nippon cependant, la prestation soviétique n'établit rien de neuf sur le plan tactique ou sur celui du déploiement des troupes et confirme la désorganisation provoquée par les purges de Staline. En conséquence, début 1939, l'armée du Kwantung adopte une posture plus agressive pour briser toute intrusion soviétique future en Mandchourie.


    Les premières embuscades (mai 1939)


    En avril 1939, l'armée du Kwantung édicte donc de nouvelles règles d'engagement, expliquées par son commandant, le général Ueda Kenkichi. L'ordre d'opérations n°1488 autorise les troupes japonaises à pénétrer en Mongolie extérieure ou tout autre territoire soviétique pour bloquer les tentatives d'intrusion. Dans pareil cas, les morts et les blessés seront ramenés avec les tués ennemis et les prisonniers dans le Mandchoukouo. Localement, les patrouilles doivent être agressives. Le 11 mai, deux semaines après l'instauration de ces nouvelles règles, 70 à 80 cavaliers de Mongolie extérieure armés de mitrailleuses légères et lourdes franchissent la rivière Halha (Khalkhin-Gol) à la recherche de terrain de pâture et d'eau pour leurs chevaux, dans un territoire contesté du Mandchoukouo. Près du village de Nomonhan, ils attaquent une petite force de sécurité. Un bataillon du Mandchoukouo contre-attaque et rejette les assaillants au-delà de la rivière Halha. Les Mongols abandonnent 5 tués, 4 chevaux et quantité d'armes et de munitions. Le 13 mai, un nombre identique de cavaliers apparaît au sud-ouest de Nomonhan mais une nouvelle contre-attaque échoue à les rejeter. C'est le début de ce que les Japonais appelleront ensuite l'incident de Nomonhan et les Soviétiques, la bataille de Khalkhin-Gol.

    Le général Komatsubara Hichitaro, commandant la 23ème division d'infanterie qui a en charge le secteur où a eu lieu l'incident, voit celui-ci comme un cas typique d'escarmouche frontalière. Il pense qu'une réaction en force rapide mettra fin rapidement aux combats. Les premiers rapports, exagérés, font état de l'entrée de 700 cavaliers mongols. Hichitaro dépêche donc une force de reconnaissance (une compagnie de cavalerie, une d'automitrailleuses et un élément d'état-major, 593 hommes en tout) et le 1er bataillon du 64ème régiment d'infanterie (moins deux compagnies), avec une section de canons de 37 mm à tir rapide et 100 véhicules. Les officiers japonais ont du mal à localiser Nomonhan sur leurs cartes, mais sont confiants.

    La 23ème division d'infanterie est une unité relativement jeune, activée en juillet 1938 et envoyée en Mandchourie pour son entraînement un mois plus tard. La plupart de ses recrues sont des soldats japonais dans leur première ou deuxième année de service qui viennent de villes du sud du Japon, Fukuoka, Hiroshima, Oita, d'ordinaire des combattants plutôt efficaces dans les opérations offensives. Le quartier général de l'armée impériale prévoit au départ d'utiliser cette division pour des tâches de garnison en Chine. Mais en raison des besoins de l'armée du Kwantung, la 23ème division est affectée dans une province du nord-ouest du Mandchoukouo. Les officiers d'état-major de l'armée du Kwantung la considèrent comme structurellement déficiente pour s'opposer à la menace soviétique.

    La 23ème division d'infanterie aligne une brigade d'infanterie avec trois régiments. Les divisions régulières d'avant 1937 de l'armée du Kwantung, comme la 7ème division, sont des divisions « carrées » : deux brigades d'infanterie à deux régiments chacune, chaque régiment comprenant trois bataillons. Les divisions triangulaires comptent 12 000 hommes là où les « carrées » en alignent 15 000. En outre, les divisions triangulaires manquent d'artillerie pour combattre la puissance de feu des divisions standard de l'Armée Rouge. La 23ème division dispose de seulement 65 pièces dont 17 canons de 37 mm, comparées aux 64 canons et 16 canons de 37 mm organiques de la 7ème division.


    Le dogme de l'offensive à outrance


    Le débat a fait rage parmi les Japonais pendant une décennie pour savoir si le schéma triangulaire devait être adopté. Finalement, il en a été ainsi pour accroître, en particulier, le nombre de divisions. Lorsque la réforme est adoptée en 1936, 6 nouvelles divisions sont tirées des 17 existantes dans l'armée impériale japonaise. Les économies ainsi faites sont investies dans le développement des chars et des avions. Les opérations en Chine favorisent aussi une structure légère : les nationalistes ne font que peu d'usage de leurs blindés et les communistes n'en ont pas.

    Quel que soit le type de division, le bataillon est la dernière unité tactique à pouvoir mener indépendamment des opérations. Il comprend une compagnie d'état-major et quatre compagnies de fusiliers à 194 hommes chacune, une compagnie d'armes lourdes avec 8 mitrailleuses de 7,7 mm, et une section d'artillerie avec deux pièces de 70 mm destinées au soutien d'infanterie et à la destruction des nids de mitrailleuses. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers qui à leur tour comprennent chacune trois escouades. Chaque escouade aligne 11 fusiliers et une mitrailleuse légère de 6,5 mm, et chaque escouade de la compagnie d'armes lourdes intègre 11 fusiliers et trois grenadiers armés du lance-grenades de 50 mm baptisée mortier Knee. Il n'y a pas d'état-major de bataillon : le commandant et son adjoint doivent assumer toutes les fonction de logistique, de renseignement, des opérations et de communications. Dans l'idéal, le bataillon rassemble un millier d'hommes, mais une comparaison avec le 2ème bataillon du 28ème régiment d'infanterie engagé dans le Nomonhan montre que les unités sont souvent à 80% de leur effectif ou en-deçà.

    Toutes les divisions japonaises de l'armée du Kwantung ont subi un entraînement intensif dans la perspective d'un combat contre l'Armée Rouge. Pour la 7ème division, celui-ci porte sur le combat d'infanterie, le combat au corps-à-corps et les tactiques d'infanterie face à des attaques utilisant la combinaison des moyens. Un entraînement « spirituel » insuffle la certitude dans la victoire, la loyauté et le sens du sacrifice, la tradition militaire et l'esprit de corps, et surtout l'esprit offensif à chaque combattant. L'amélioration des armements depuis 1904-1905 signifie que le fantassin nippon doit être capable de continuer à avancer même si c'est après avoir vu tomber ses camarades, blessés ou tués. Le manuel de 1909 insiste sur la nécessité d'inspirer une ardeur sans faille à la troupe. Les Japonais en viennent à penser que le facteur moral peut suppléer aux déficiences technologiques ou matérielles. Dans le manuel de 1932, il est conseillé aux commandants de divisions, s'ils sont acculés par l'ennemi à la défensive, de chercher néanmoins le moyen de porter un coup fatal à l'ennemi en attaquant coûte que coûte.

    La doctrine de combat de l'armée impériale japonaise est fondée sur des opérations offensives audacieuses. Il faut donc adapter les tactiques à l'ennemi que représente l'Armée Rouge. La guerre russo-japonaise et la Première Guerre mondiale ont montré que l'âge des formations d'infanterie compactes sur le champ de bataille était révolu. L'armée japonaise continue pourtant de se reposer sur l'infanterie, chargée d'engager l'ennemi et de le détruire au corps-à-corps. Les tacticiens nippons doivent alors garantir que les fantassins arrivent sur les positions ennemies avec le minimum de pertes. Dans un premier temps, ils cherchent à disperser les fantassins pour leur éviter la puissance de feu des armes modernes, tout en développant le combat de nuit, au corps-à-corps et la capacité de décision des officiers subalternes et sous-officiers. Ce postulat repose sur un corps d'officiers subalternes bien entraîné, soucieux de ses hommes et qui reste en permanence avec leurs unités. Cependant, les pertes en Chine entraînent un raccourcissement de la formation de ces officiers et sur le terrain, des promotions rapides aux grades de major ou de lieutenant-colonel pour combler les trous. En 1941, seuls 36% des officiers de l'armée sont diplômés de l'académie militaire et la proportion est encore moindre dans les rangs subalternes.

    La version révisée du manuel d'infanterie de 1928 insiste alors sur la nécessité du couvert pour l'infanterie, afin de réduire les bonds en avant de 50 à 30 m environ. Le manuel met cependant encore lourdement l'accent sur le combat nocturne et les manoeuvres, tout en recommandant l'emploi intensif des mitrailleuses légères et des mortiers Knee. La nature offensive des opérations japonaises culminant dans le combat au corps-à-corps ne change pas, fondamentalement. Dans la décennie 1930, les Japonais comprennent qu'ils ne peuvent remporter une guerre d'attrition contre l'URSS, qui monte en puissance. Ils envisagent alors une guerre limitée, pour aboutir rapidement à une conclusion décisive. Le but est d'encercler l'adversaire et de l'anéantir. Les tactiques doivent reposer sur la mobilité, l'initiative, la concentration des forces, le combat de nuit et une bonne coordination entre infanterie et artillerie. Ajouté au moral de fer du soldat japonais, ces choix tactiques produisent une infanterie parmi les plus redoutables au monde. Cependant, cette qualité reflète aussi l'état inquiétant de l'armée impériale en ce qui concerne l'équipement en matériel moderne. La doctrine en vient à suppléer le manque de matériel.

    En 1939, ce choix semble pertinent aux Japonais au regard de l'expérience contre les Chinois et les Soviétiques. En Chine, des soldats nippons inférieurs en nombre ont fréquemment vaincu des effectifs chinois supérieurs. En 1938, au lac Khasan, la victoire japonaise contre l'Armée Rouge est moins nette mais montre les qualités de l'infanterie japonaise en combat nocturne et au corps-à-corps. Le 31 juillet 1938, le 1er bataillon, 75ème régiment d'infanterie de la 19ème division japonaise lance une attaque de nuit contre une ligne de crête à 150 m de hauteur tenue par les Soviétiques près du lac Khasan. Les Soviétiques refluent après un violent combat au corps-à-corps et les Japonais tiennent les positions acquises pendant 12 jours, en dépit de lourdes pertes, face aux contre-attaques de l'Armée Rouge. Le succès de l'attaque nocturne initiale japonaise renforce les tacticiens dans l'idée que cette idée est la clé pour leur infanterie. En revanche, ces mêmes tacticiens s'intéressent davantage à la défensive puisque la bataille montre qu'une division bien retranchée sur une position naturelle peut bloquer l'avance frontale de trois divisions d'infanterie. Mais ils évacuent la puissance de feu de l'infanterie et de l'artillerie soviétique pour continuer à privilégier le moral du fantassin japonais qui doit s'affirmer dans l'assaut de nuit se terminant au corps-à-corps.

    Les nouveaux conscrits de la 7ème division japonaise s'entraînent donc aux trois exercices cardinaux de l'infantere nipponne : baïonnette, tir et manoeuvre. Ils apprennent que la charge frontale sur l'ennemi jusqu'au corps-à-corps est le paroxysme du combat. La plupart des fusiliers termine alors la première année d'instruction au niveau de la compagnie, une année avec 38 semaines d'entraînement au combat nocturne soit une moyenne de 10 heures par semaine. Ils étudient l'attaque de nuit à différents échelons, l'enlèvement d'obstacles, la dissimulation, la discrétion, l'orientation, les patrouilles et les tâches de sécurité. En mai 1939, les hommes de la 7ème division sont sans doute jaloux que ce soient leurs camarades de la 23ème division qui ouvrent les hostilités contre l'Armée Rouge.

    Le 14 mai 1939, le détachement de reconnaissance de la 23ème division, commandé par le lieutenant Azuma Yaozo, arrive près de Nomonhan. Le jour suivant, celui-ci lance un mouvement en pinces pour piéger les cavaliers mongols à l'est de la rivière Halha avec 150 cavaliers du Mandchoukouo. L'attaque commence à 13h00 : les Mongols parviennent à échapper à l'encerclement et se replient à l'ouest de la rivière Halha. Trois escadrilles japonaises attaquent le secteur depuis les airs et endommagent des yourtes. Les Mongols s'étant repliés au-delà de la frontière, le général Komatsubara considère alors l'incident terminé. Mais quelques jours plus tard, des reconnaissances aériennes et de cavalerie signalent que 60 cavaliers mongols ont à nouveau franchi la rivière Halha au sud de sa confluence avec la rivière Holsten. Le 21 mai, de 300 à 400 hommes avec au moins deux canons et des chars légers sont vus en train de construire des positions fortifiées au nord et au sud de la rivière Holsten. Ce même jour, le général Komatsubara dépêche une force ad hoc commandée par le colonel Yamagata Takemitsu, chef du 64ème régiment de la 23ème division, pour détruire l'ennemi. Le 64ème régiment (moins deux bataillons), le détachement de reconnaissance du lieutenant-colonel Azuma, une section de transmissions, une unité de transport et une autre médicale composent l'ensemble. Ils se mettent en marche pour traquer l'ennemi dans les steppes dénudées autour de Nomonhan.


    Un terrain inhospitalier


    Une fine pellicule de sable recouvre le sol autour de Nomonhan, mais le terrain permet le passage des véhicules à roues. Le paysage est assez dénudé et fournit peu de repères pour le fantassin. Du côté est de la rivière Halha, tenu par les Japonais, des dunes de sables s'étendent entre 20 et 40 m de hauteur : elles offrent une bonne protection à l'infanterie mais sont de peu d'utilité contre les blindés. L'ouest de la rivière, occupé par les Soviétiques, est une vaste plaine désolée. Les Japonais descendent depuis Nomonhan en direction de la Holsten, seule source d'eau potable, mais avec de nombreux puits salés et des marécages. Le véritable obstacle est la rivière Halha, large de 100 à 150 m, avec un courant très fort. Une bande marécageuse l'enserre sur un ou deux kilomètres de chaque côté. La rive ouest, plus élevée, donne l'avantage de l'altitude aux Soviétiques. Le climat est rude, avec des températures en juillet-août entre 30 et 40° la journée mais qui descendent à 17-18° la nuit. La pluie abondante apporte l'humidite qui fragilise le soldat, tout comme les moustiques et les criquets nombreux dans la région. Un brouillard recouvre généralement la zone à l'aube avant d'être chassé par le vent, et empêche l'observation à moyenne distance.

    Le caractère désolé de la région entrave l'acheminement logistique. Le ravitaillement japonais arrive par chemin de fer à 200 km de distance, mais pour les Soviétiques, la base de chemin de fer la plus proche est à 700 km. Comme les Japonais ne conçoivent pas une opération multidivisionnaire à moins de 250-200 km d'une base logistique sur voie ferrée, ils pensent que les Soviétiques ne peuvent monter une opération d'envergure près de Nomonhan. En conséquence, ils ne s'attendent qu'à trouver des cavaliers mongols et les éléments locaux de la 7ème brigade de garde-frontières, et pensent qu'une division suffira pour régler le problème. La route terrestre qui arrive du nord à Nomonhan est à la merci des attaques aériennes ; celle qui arrive du sud se transforme en bourbier dès fin juin en raison des pluies. Yamagata compte envelopper les cavaliers mongols et les garde-frontières de l'Armée Rouge au nord de la rivière Holsten, sur la rive est de l'Halha. Une compagnie montera une attaque frontale de diversion pendant qu'un bataillon tournera l'ennemi par le nord. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Azuma s'emparera du pont de Kawamata, la seule échappatoire possible pour les Soviétiques. Azuma est tellement confiant qu'il n'emmène pas les canons de 37 mm, persuadés de rencontrer des cavaliers et de l'infanterie de seconde ligne qui fuiront à la seule vue des fantassins japonais.


    Première défaite japonaise


    A l'aube du 28 mai 1939, les 220 hommes et officiers d'Azuma arrivent à 2 km de leur objectif lorsqu'ils sont attaqués par des fantassins mongols et soviétiques et 10 chars sur leurs flancs, et pilonnés par l'artillerie tirant depuis la rive ouest de l'Halha. Les hommes d'Azuma s'enterrent tant bien que mal dans le sable en creusant avec le casque. Les Soviétiques attaquent aussi le bataillon de Yamagata pour l'empêcher de renforcer Azuma, qui à la tombée de la nuit n'a plus de munitions. Les deux escouades de ravitaillement envoyées dans la nuit par Yamagata sont quasiment anéanties. Le 29 mai, 400 hommes et 10 chars soutenus par l'artillerie attaquent à nouveau Azuma. Acculé, celui-ci mène une charge désespérée à la tête de 70 hommes pour briser l'étau. Quelques fantassins arrivent à percer mais pas leur chef, tué d'une balle en plein coeur par un Soviétique. Le détachement Azuma a perdu 8 officiers et 97 hommes tués et 33 blessés, soit 63% de son effectif. Dans la nuit du 30 mai, les Japonais récupèrent les corps de leurs camarades. Le général Komatsubara ordonne au détachement de se replier.

    Les Japonais ont été surpris par l'intensité du combat : dans les poches des Mongols abattus, ils ne trouvent pas de cigarettes ou de nourriture mais des munitions supplémentaires et des grenades. Komatsubara et l'état-major de l'armée du Kwantung décident que la rencontre est un match nul, car ce désert ne vaut pas une once de sang japonais. Début juin cependant, il leur est difficile d'ignorer les rapports faisant état de la présence soviétique autour de Nomonhan. Mi-juin, le renseignement japonais signale des concentrations de troupes de part et d'autre de la rivière Halha. L'aviation soviétique mène des reconnaissances quotidiennes et fournit un appui aérien à de petites attaques sur des détachements du Mandchoukouo. Komatsubara demande alors à l'état-major de l'armée du Kwantung la permission de repousser l'envahisseur avec sa 23ème division.

    L'état-major accepte car il pense que les Soviétiques ne comprendront que le langage de la force. Deux régiments de chars, avec 73 blindés et 19 automitrailleuses, et le 2ème bataillon, 28ème régiment de la 7ème division d'infanterie sont détachés auprès de Komatsubara. Certains officiers d'état-major comme le major Tsuji Masanobu pensent que le commandement opérationnel devrait revenir à la 7ème division, unité d'élite en Mandchourie. Mais relever Komatsubara irait à l'encontre de la pratique dans l'armée impériale japonaise. En outre celui-ci, avec ces renforts, doit avoir les moyens de mener une guerre limitée et décisive.


    Le 2ème bataillon, 28ème régiment d'infanterie marche au combat


    Ce bataillon est alors considéré comme une excellente unité. Les recrues viennent du nord d'Hokkaïdo et du sud de l'île de Sakhaline, et sont appréciés pour leur robustesse. En juin 1939, l'unité stationne depuis 16 mois en Mandchourie. Le major Kajikawa Tomiji, le commandant de bataillon, est diplômé de l'Académie militaire et spécialiste du kendo. C'est un vétéran qui a commandé la 9ème compagnie du bataillon dans le Nord de la Chine en 1932. Seuls 4 officiers sont des diplômés comme lui de l'Académie : 6 autres sont issus de l'école des aspirants officiers et 12 autres sont des réservistes. La plupart des recrues entame leur deuxième ou leur première année de service et reçoivent l'entraînement qui leur inculque la fierté d'une unité dont les traditions remontent à la guerre russo-japonaise.

    Le 20 juin, après minuit, les hommes du bataillon sont tirés de leur baraquement : on leur annonce qu'ils vont servir d'escorte à un détachement blindé envoyé à Nomonhan. Ils embarquent dans des trains tandis que les officiers annoncent les mesures à prendre en cas de raid aérien. Le bataillon fait la jonction avec le 63ème régiment d'infanterie et les 3ème et 4ème régiments de chars. Les troupes japonaises quittent Aarshan le 23 juin à 2h20 sous couvert de l'obscurité : bien que mécanisée, la colonne compte surtout sur les moyens hippomobiles pour transporter sa logistique et son artillerie. La marche se fait dans une route embourbée qui ne facilite pas la tâche du fantassin nippon. En 24 heures, le bataillon avale 64 km de marche, mais le moral est très élevé, en dépit de la soif provoquée par l'absorption de rations pendant le mouvement. Les Japonais pensent venir aisément à bout des Soviétiques, en particulier parce qu'ils disposent cette fois d'une artillerie.

    Le regard japonais sur l'Armée Rouge est forgé, notamment, par un manuel sur le sujet datant de 1933. Le soldat soviétique y est décrit comme un automate abandonnant la ligne de front à la première occasion : les combats de 1938 ont conforté les Japonais dans ces stéréotypes. Dans ce manuel, il est également précisé que le soldat soviétique peut être tenace en défense, mais que les défauts propres à cette nation le rendent incapable de monter des manoeuvres coordonnées ou des encerclements. Une attaque de flanc qui couperait la ligne de ravitaillement des Soviétiques aboutirait obligatoirement à une déroute complète. Le manuel correspond en fait à la recherche d'une guerre limitée marquée par la victoire décisive qui anéantirait d'un seul coup l'Armée Rouge.

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    Les éditions Caraktère, fondées par Yannis Kadari en novembre 2003, étaient au départ l'occasion de mettre à disposition du public de passionnés en histoire militaire un certain nombre de photographies inédites. Aujourd'hui, le groupe édite et diffuse 5 revues, dont la dernière Los !, consacrée à la guerre navale, a été lancée l'an passé.

    Parallèlement, Caraktère innove encore en créant une collection d'ouvrages, Archives de guerre, où est retracé le parcours de grandes unités mécanisées de la Seconde Guerre mondiale. L'occasion de mettre en avant des clichés inconnus ou méconnus : un retour aux sources pour Caraktère, en somme.

    Ce premier volume est signé Rolf Steiner (?) et porte sur une unité de la Waffen-SS : la 5. SS-Panzerdivision Wiking. Une division d'élite de la Waffen-SS, mais peut-être moins bien connue que ses trois consoeurs, la Leibstandarte, la Das Reich et la Totenkopf. La Wiking rappelle à beaucoup, en revanche, le recrutement étranger à l'intérieur de la Waffen-SS, puisque la division a intégré des volontaires danois, norvégiens, suédois, finlandais ou estoniens, entre autres. En français, à part l'ouvrage de Jean Mabire -disparu en 2006 et pour le coup, pas franchement l'idéal en ce qui concerne le sujet...-, il n'existe aucune référence monographique sur l'unité.

    D'aucuns pourraient s'étonner d'un énième ouvrage consacré à une division de la Waffen-SS, sujet par ailleurs fortement suspect de sympathie nostalgique envers le régime nazi et ses Gardes Noirs, un penchant qui existe bel et bien dans le milieu. Mais ce n'est pas le cas ici. Bien que germanocentré, et dépourvu de sources/bibliographie indicative comme fréquemment dans les magazines des éditions Caraktère, cet ouvrage tord le cou à un certain nombre de mythes.

    Sur le recrutement étranger, d'abord : il a été plus que chaotique, certains Néerlandais, abusés par les mensonges des recruteurs de la Waffen-SS, croyant partir en récréation sportive, demandent à être démobilisés dès qu'ils découvrent le caractère martial de l'entraînement ! Prise en main par Felix Steiner, un des grands tacticiens de la Waffen-SS, la division Wiking trouve finalement une certaine cohésion et intègre mieux les volontaires suédois et finlandais -tel Lauri Törni, ce vétéran de la guerre d'Hiver menant un détachement chargé des pénétrations à longue distance sur les arrières soviétiques et qui finit au MACV-SOG au Viêtnam, tué en 1965 lors du crash de son hélicoptère !

    Autre mythe démonté, celui des Waffen-SS soldats d'élite aux mains propres : comme le rappelle le début du chapitre 2 consacré à l'engagement de la division dans Barbarossa, la Wiking se signale surtout, d'ailleurs, dès les premières semaines de combat, par des massacres de prisonniers soviétiques et la participation régulière aux exécutions de la "Shoah par balles". La Wiking opère dans le secteur sud du front de l'est et prend part, notamment à la poussée sur Rostov-sur-le-Don, tout en subissant une des premières contre-attaques soviétiques d'envergure contre cette même ville.

    La Wiking est également du Fall Blau, l'offensive de l'été 1942 en direction des champs pétrolifères du Caucase. Elle compte d'ailleurs dans ses rangs un certain Joseph Mengele... plus connu pour avoir ensuite mené d'atroces expériences sur les détenus à Auschwitz. C'est tout à l'honneur du livre de le souligner. Autre unité originale, le Sonderkommando "Jankuhn", du nom d'un archéologue nazi membre de l'Ahnenerbe, chargé avec son équipe de déceler la présence "germanique" dans le Caucase et qui se livre à un pillage en règle des musées, notamment à Maïkop.


    Ci-dessous, la Wiking participe à la reconquête de Rostov, en 1942, une cité dans laquelle elle avait déjà combattu l'année précédente...
     

     

    En 1943, après la retraite consécutive à la défaite devant Stalingrad, la Wiking participe à la destruction du groupe blindé soviétique Popov et combat aussi devant Izioum. En réserve pour l'opération Zitadelle, elle est toutefois engagée sur le Mious pour contrer une attaque de diversion préparant la grande offensive d'été soviétique, Roumantsiev. Encerclée dans la poche de Tcherkassy, la Wiking est l'âme de la résistance allemande jusqu'à la percée de février 1944.

    C'est en 1944 que la Wiking réalise ses performances les plus conséquentes. Elle secourt la garnison encerclée de Kovel, avant de se dégager elle-même de l'étau soviétique qui s'est refermé sur ses arrières. En juillet, elle contribue, aux côtés d'autres unités, à briser l'avance soviétique devant Varsovie, après le désastre de l'opération Bagration. Du coup, elle est en première ligne pour briser le soulèvement polonais qui se déclenche à Varsovie en août 1944. Les combats sont particulièrement féroces et la Wiking y laisse quelques plumes, se signalant à nouveau par des exactions et contribuant à la déportation des survivants.


    La Wiking perce pour délivrer la garnison de Kovel (mars-avril 1944). 


     

    Regroupée avec la Totenkopf dans le IV. SS Panzerkorps, la Wiking est expédiée fin décembre 1944 en Hongrie pour participer aux ultimes contre-offensives allemandes sur place. Fin mars-début avril, après la chute de Budapest et le renouveau de la poussée soviétique, la division passe en Autriche où, du 8 au 12 mai, les survivants se rendent aux troupes américaines.

    Le livre se veut un récit factuel sur les opérations menées par l'unité : les amateurs ne seront pas déçus. Le texte reste relativement bref mais ponctué d'éléments intéressants, signalés ci-dessus. On apprécie le système des noms mis en gras qui renvoient aux encadrés avec biographies, détails, etc. L'intérêt majeur de l'ouvrage réside évidemment dans les photographies. Elles sont nombreuses et plutôt bien légendées. Seul regret, comme trop souvent, les périodes les mieux couvertes correspondent aux heures de gloire de l'unité : l'année 1945 est réduite à la portion congrue. On peut aussi, peut-être, regretter l'absence d'un introduction et d'une conclusion qui amèneraient un début d'analyse, un peu absente ici, notamment sur la performance de l'unité (comparaison avec d'autres divisions de la Waffen-SS ?) et sur la question idéologique (sachant que cette division n'a combattu qu'à l'est, ce qui est rare dans les divisions d'élite de la Waffen-SS). Manifestement, ce n'est pas le but de Caraktère. Dommage aussi de ne pas voir un commencement de bibliographie, simplement pour se rediriger vers les ouvrages phares (celui de Jean-Luc Leleu, etc). Si l'on excepte ces quelques reproches, on conviendra que les éditions Caraktère fournissent là un volume conforme aux ambitions de leurs magazines : un propos à destination de passionnés, mais qui ne tombe pas dans les errements d'un parti pris favorable aux Waffen-SS, comme c'est parfois le cas dans ce genre de publications. En ce sens, le pari est donc rempli.




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