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  • 12/20/13--10:42: Pause de fin d'année
  • Après une dernière semaine bien remplie, sur le blog et dans les écrits extérieures, le blog tournera au ralenti durant les deux prochaines semaines, pour les fêtes de fin d'année. Meilleurs voeux à tous en particulier aux lecteurs du blog, les habitués comme les autres !

    A suivre, à la rentrée, un programme bien chargé avec de nombreuses publications à venir, un deuxième livre déjà en chantier dont je reparlerai en temps voulu et peut-être une ou deux autres surprises... et d'ici là, il y aura tout de même quelques autres billets, des fiches de lecture notamment !

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    Sur L'autre côté de la colline (qui vient d'ailleurs de recevoir un code ISSN de la part de la BnF, cf l'image ci-contre où le numéro apparaît désormais en-dessous du titre), le camarade David François évoque la bataille de Bizerte, en 1961, l'un des derniers feux des combats de la décolonisation pour l'armée française. Bonne lecture !

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    Juin 1944. A la veille de la grande offensive d'été soviétique, l'opération Bagration, des éclaireurs soviétiques recueillent, devant le 1er Front ukrainien, un prisonnier de guerre évadé d'un chantier de construction qui prétend que les Allemands installent un site de lancement de fusées V-2 dirigé contre les troupes de l'Armée Rouge. Un agent soviétique basé à Vienne reçoit pour mission de confirmer l'information en partant pour Lvov, occupée par les Allemands, tandis qu'un groupe d'éclaireurs accompagnés de deux espions du SMERSH infiltrera les lignes allemandes pour mieux observer ce fameux site...

    Un petit film ukrainien sans grande prétention mais qui se laisse bien regarder. Il a l'originalité de se situer, pour un Occidental, sur une terre "vierge" ou presque, la période située juste avant l'opération Bagration qui avait cependant déjà été traitée par les Russes en 2002 avec le fameux film L'Etoile, qui lui aussi, d'ailleurs, faisait appel aux non moins fameux éclaireurs soviétiques, qui comptent parmi les ancêtres des Spetsnaz.

    Le jeu des acteurs est correct, l'idée de départ, qui peut sembler farfelue -la base de V-2 en face du 1er Front d'Ukraine- est finalement bien exploitée. Seul regret : le manque de moyens conduit à des scènes d'action relativement plates, qui tranchent beaucoup avec le reste du film. Pas immortel, mais ça change quelque peu des productions occidentales.







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    1864. Un groupe de prisonniers confédérés dirigé par le major Benton (Van Heflin) s'évade d'une prison nordiste à Plattsburg, dans l'Etat de New York, proche de la frontière canadienne. Mais la haine du lieutenant Keating (Lee Marvin), qui tire sur les sentinelles nordistes, fait perdre un homme au major Benton avant de pouvoir gagner le Canada. Benton recrute d'autres volontaires partisans de la cause confédérée sur place et projette de lancer un raid sur St. Albans, une bourgade du Vermont proche elle aussi de la frontière canadienne. Pour ce faire, il se fait passer pour un marchand canadien et part sur place afin de reconnaître les lieux...

    Le film est basé, d'assez loin, sur un épisode parfaitement authentique : le raid confédéré sur St. Albans, le 19 octobre 1864. Bennett H. Young avait participé au grand raid de cavalerie confédéré du général Morgan en juin-juillet 1863 dans l'Ohio et l'Indiana. Il est fait prisonnier, comme Morgan, lors de la bataille de Salinesville, dans l'Ohio, le 26 juillet, qui met fin au raid sudiste. Young s'évade à l'automne, gagne le Canada et revient au Sud. Il se propose de lancer des raids sur le nord de l'Union à partir du Canada afin de détourner des troupes des fronts principaux et de renflouer le trésor confédéré. Promu lieutenant, il embauche d'autres évadés sudistes au Canada pour attaquer la ville de St. Albans, à 25 km de la frontière, dans le Vermont. A partir du 10 octobre 1864, Young et deux autres hommes s'installent dans un hôtel de la ville sous un faux prétexte, bientôt rejoints chaque jour par quelques autres : ils sont 21 en tout le 19 octobre. A 15h00, les confédérés braquent simultanément les trois banques de la ville et raflent plus de 200 000 dollars. Ils tuent un habitant et en blessent un autre, tentent de mettre le feu aux habitations mais leurs bouteilles incendiaires ne fonctionnent pas bien et une seule grange est brûlée. Young et ses hommes regagnent le Canada où ils sont emprisonnés. Mais le pays refuse de les extrader, bien que les 88 000 dollars pris sur les confédérés soient retournés au Vermont. Young, exclu de la proclamation d'amnistie du président Johnson, ne pourra retourner aux Etats-Unis qu'en 1868.


    Source : http://www.westernmovies.fr/image/297/csraid2.jpg


    Le réalisateur argentin Hugo Fregonese, qui tourne d'abord dans son pays natal avant de gagner Hollywood, s'inspire donc de cette histoire pour bâtir un honnête petit western. Fregonese évite l'écueil de la sympathie pure et simple pour la cause confédérée en faisant réfléchir le spectateur sur la notion de guerre totale -faut-il ou non s'en prendre aux civils quand l'adversaire fait de même. De ce point de vue, la figure du major Benton, partagée entre sa mission et ses sentiments (il loge chez la veuve d'un officier nordiste dont il s'éprend), s'oppose au personnage incarné par Lee Marvin qui plaide pour la guerre totale chez les confédérés. En face, le capitaine nordiste interprété par Richard Boone passe d'abord pour un lâche avant de se montrer héroïque pendant le raid, évitant là encore les stéréotypes. A noter également la performance de Peter Graves, encore bien jeune, dans le rôle d'un officier confédéré. La pauvreté des moyens fait que les scènes d'action du raid, qui tranchent donc avec la réalité historique (avec intervention d'unités nordistes et incendie de la ville), sont quelques peu en deçà de ce que l'on pouvait attendre. Pour son dernier western à Hollywood, Fregonese fait donc réfléchir sur les horreurs d'une guerre civile et sur ce que celle-ci peut engendrer. Sydney Boehm, qui signe le scénario, plante à merveille le décor d'une petite ville tranquille à l'arrière du front où la guerre est prête à exploser.




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    1942. Les Américains cherchent à se concilier les Japonais dans le Pacifique en lâchant Mao pour Tchang Kaï Chek. En Europe, Allemands et Soviétiques mènent de concert, le 17 février, une invasion amphibie de l'Ecosse, et s'établissent sur la ligne du Firth of Forth. Churchill remplace Chamberlain comme Premier Ministre. L'Armée Rouge et la Wehrmacht avancent bientôt sur une ligne Blackpool-Leeds. Parallèlement Staline appuie Mao en Asie, celui-ci réorganisant ses forces militaires et son industrie de guerre. Dans le Pacifique, les Américains et les Japonais installent leur supériorité maritime contre les Soviétiques. Mars 1942. Dans Blackpool réduite en ruines par la Luftwaffe, les snipers soviétiques formés par l'as des tireurs d'élite, Vassili Zaïtsev, déciment les rangs des officiers britanniques. Zaïtsev n'apprécie que moyennement la présence du major Thorwald, chef de l'école des tireurs d'élite allemands, venu en observateur. Côté anglais, certains parlementaires penchent pour la négociation avec les Allemands, aux frais des Soviétiques. Le général McFerson conçoit un plan ingénieux pour réduire au silence Vassili Zaïtsev, grâce à un renfort américain et à la complicité des Allemands...

    WW2.2, dont j'ai commenté les trois premiers tomes ici, ici et ici, est la série uchronique de Dargaud sur la Seconde Guerre mondiale. Rien d'authentique, donc, dans les événements relatés, puisqu'il s'agit d'un scénario "what if" sur le second conflit mondial, enclenché par la mort prématurée d'Hitler à la suite de l'attentat de la Bürgerbraukeller à Munich, en novembre 1939 (attentat qui a bien eu lieu mais qui a échoué). Après un premier tome que j'avais trouvé décevant, les deux suivants avaient été de bien meilleure facture. Le quatrième confirme la qualité de la série.


    Source : http://ramonrosanas.files.wordpress.com/2013/03/ww2-2-slideshow-38-39.jpg?w=900


    La source d'inspiration majeure du tome, c'est bien sûr Vassili Zaïtsev, le tireur d'élite soviétique qui a opéré à Stalingrad, et qui est également le héros du film éponyme de Jean-Jacques Annaud. Le tome se concentre donc sur l'utilisation des snipers en combat urbain, ici dans les ruines de Blackpool. Comme l'indique la dernière page de la BD, les auteurs sont allés piocher directement à la source, via les mémoires de Zaïtsev ; ils précisent bien par ailleurs que rien ne vient étayer l'hypothèse du duel avec un as des tireurs d'élite allemands, König ou ici Thorwald. Sur ce fond de snipers se colle un scénario également basé sur les manoeuvres en coulisses des belligérants, qui fonctionne assez bien et qui rajoute une dimension espionnage. Le dessin et les couleurs sont agréables, avec notamment une vue en double page du bombardement de Blackpool par la Luftwaffe (p.44-45) qui fait immanquablement penser à la scène de bombardement de Stalingrad par les Ju-88 dans le film de Jean-Jacques Annaud.




    Faisant appel à des éléments connus, le tome est peut-être moins percutant que les volumes 2 et 3, mais reste malgré tout de bonne qualité. Comme quoi il ne faut jamais rester sur l'impression du premier tome pour une série à thème.

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    Peter Caddick-Adams est un spécialiste des questions de défense, officier de l'armée britannique qui a enseigné à l'académie de défense du Royaume-Uni. Il livre ici une synthèse sur la bataille de Monte Cassino, pendant la campagne d'Italie. Le monastère de Saint Benoît, fondé en 529, visité par Dickens en 1845 -visite qui fournit une entame originale à l'auteur-, a vu s'affronter près d'un demi-million d'hommes dans les premiers mois de 1944. Cinq mois de boue et de froid dans un hiver italien bien loin du soleil des cartes postales. Sans aller jusqu'à dire, comme l'auteur, que la bataille rejoint l'intensité du front de l'est, il faut bien reconnaître que Cassino est l'un des affrontements les plus acharnés de la guerre en Italie.

    L'invasion de l'Italie continentale suit la conquête de la Sicile par les Alliés. Celle-ci fait partie d'une stratégie méditerranéenne qui a pour conséquence de faire tomber le régime fasciste de Mussolini. Hitler crée en août 1943 la 10. Armee avec les rescapés de l'évacuation de la Sicile. Le 3 septembre, les Britanniques débarquent en Calabre. Immédiatement, les Allemands procèdent au désarmement des Italiens, parfois non sans mal. Le débarquement à Salerne, le 9 septembre, se heurte à une farouche résistance, les Allemands attendant de pied ferme les assaillants, alors qu'Hitler procède au sauvetage de Mussolini, retenu prisonnier au Gran Sasso. Von Vietinghoff, le commandant de la 10. Armee, mène une série d'actions de retardement pour permettre à Kesselring, devenu chef du théâtre d'opérations le 6 novembre, de bâtir une série de lignes fortifiées afin d'arrêter les Alliés. Kesselring peut compter sur la 1ère division de parachutistes, des chasseurs alpins, mais ses troupes comprennent aussi Volksdeutsche, Osttruppen et Hiwis. "Albert le Souriant" lui-même n'est pas dépourvu de qualités : il a organisé de main de maître l'évacuation de la Sicile. Son chef d'état-major, Westphal, est tout aussi compétent. Wolfram von Richthofen, un officier de la Luftwaffe hors-pair, est aux commandes de la Luftflotte 2. Ces commandants reflètent l'excellent entraînement et l'expérience accumulés par la Wehrmacht, les officiers allemands dirigeant d'ailleurs plus que les autres depuis le terrain. Ce n'est pas pour rien qu'un raid de B-17 vise le QG de Kesselring le 8 septembre, avant le débarquement à Salerne. En revanche, Hitler s'immisce de plus en plus dans la conduite des opérations et les Alliés disposent de renseignements que n'ont pas les Allemands, fournis par Ultra. Mais après le franchissement du Volturno, le 12 octobre 1943, les Alliés vont se heurter aux premières lignes défensives allemandes. Ces lignes sont bâties via les obstacles naturels, les constructions humaines disponibles -comme le Monte Cassino- et sur des rajouts du génie, comme les mines.





    Le temps est exécrable de la mi-octobre à la mi-décembre. Il empêche l'intervention efficace de l'aviation. La guerre mécanisée n'a pas lieu d'être en Italie. Au contraire, les Alliés doivent en urgence créer un corps de muletiers, tenu pour bonne partie par des Italiens, qui formeront d'autres nationalités. Les Italiens de l'armée co-belligérante connaissent leur baptême du feu fin 1943. Plus de 500 000 Italiens servent aussi sur les arrières des Alliés. Après l'armistice du 8 septembre, certains ont fait le choix de rejoindre des unités co-belligérantes comme le 1er groupe motorisé, la formation la plus conséquente. Le 8 décembre, cette formation de la taille de la brigade est lancée contre le mont Lungo, tenu par des Panzergrenadiers, tandis que la 36th Infantry Division de la Garde Nationale du Texas se jette sur le village de San Pietro, donnant l'occasion à John Huston de signer un documentaire devenu célèbre.





    En janvier 1944, s'inspirant du débarquement à Termoli en octobre, les Alliés lancent l'opération Shingle : un débarquement à Anzio, au sud-ouest de Rome, pour contourner la ligne Gustav articulée sur Cassino. Malheureusement, Clark a donné des consignes contradictoires à Lucas, échaudé par le quasi fiasco de Salerne. L'occasion de foncer sur Rome n'est pas exploitée. C'est également en janvier 1944 que le Corps Expéditionnaire Français de Juin commence à arriver en Italie. Amalgame de FFL, de troupes de l'armée de Vichy et d'éléments coloniaux, l'armée française reconstituée a encore à faire ses preuves aux yeux des Alliés. D'autant que les exactions contre la population italienne iront en s'aggravant au fil de la campagne. Les Français, déployés à l'extrême-droite de la Vth US Army, connaissent leur baptême du feu. Pendant la première bataille de Cassino, alors que les Britanniques tentent de franchir le Garigliano et les Américains le Rapido, les Français attaquent sur le mont Cifalco, puis les tirailleurs tunisiens s'emparent du Belvédère, en subissant 1 400 pertes mais en attirant de nombreux bataillons allemands.


    Côté allié, Alexander, le commandant en chef de théâtre, est assisté par deux chefs d'état-major remarquables, McCreery puis Harding. Les Britanniques, au moment de la première bataille de Cassino, qui est combinée avec le débarquement à Anzio, attaquent sur le Garigliano, soutenus par leurs pionniers et leurs homologues italiens ainsi que 200 000 civils qui mènent les travaux de terrassement. L'assaut dans la vallée du Liri se heurte à la 94. Infanterie Division, et la 36th Texas, côté américain, n'est pas non plus en mesure de prend pied de l'autre côté du Rapido. Les pertes sont causées, en Italie, à 75% par l'artillerie. La désertion augmente dans l'armée britannique, particulièrement dans l'infanterie, arme déjà à court d'effectifs. Il faut dire que les chocs post-traumatiques n'en sont encore qu'à leurs balbutiements dans la médecine militaire, ce qui encourage le phénomène.

    Clark, qui commande la Vth US Army, se préoccupe surtout de sa publicité personnelle, ce qui n'empêche pas un certain courage au feu. Pendant la premère bataille de Cassino, il est avant tout soucieux du débarquement à Anzio, prélude à celui de Normandie : Clark sait que bientôt la campagne d'Italie n'intéressera plus. D'où les ordres contradictoires donnés à Lucas. La traversée du Rapido tout comme l'opération Shingle échouent : la 36th Texas se casse les dents sur le franchissement du cours d'eau et la tête de pont de Lucas, bientôt cernée de troupes allemandes, est pilonnée par l'artillerie jusqu'en mai. La 34th Infantry Division américaine, soutenue par les Sherman de la 1st Armored Division, parvient enfin à se glisser jusqu'à la ville de Cassino avant d'être arrêtée net par les Allemands. Les Nippo-Américains recrutés dans l'US Army sont d'ailleurs engagés dans ces combats. La bataille s'arrête début février : la 34th Division a perdu un tiers de son infanterie.

    Les Américains sont relevés par les Indiens, dont 100 000 servent en Italie -le quatrième plus gros contingent. La 4th Indian Division a fait toute la guerre du désert sous les ordres de Tucker. Venue de l'Adriatique, elle est rejointe par la 78th Infantry Division britannique et la 2nd New Zealand Division de Freyberg, qui va chapeauter la prochaine bataille. Tuker, malade, est évacué et remplacé : il préconisait, comme Juin, une attaque d'enveloppement de Cassino, à travers les montagnes. Freyberg, de peur d'être court sur la logistique, va à nouveau privilégier une attaque frontale. Tucker recommande alors, pour ne pas envoyer ses hommes à l'abattoir, de faire détruire le monastère par des chasseurs bombardiers avec une frappe "de précision". Or les Allemands n'occupent pas encore le monastère, ils en ont même fait évacuer les trésors historiques -certains officiers se servant au passage. Freyberg trouve l'approbation de Eaker, qui veut exécuter la première opération d'appui tactique par le bombardement stratégique en Méditerranée. En dépit de l'opposition de Clark, Alexander donne son accord et le monastère est pilonné par l'artillerie, puis par l'aviation, le 15 février 1944. Le monastère est réduit en ruines et n'est pas complètement détruit, les Alliés subissant un revers en terme de propagande, puisque la destruction est immédiatement exploitée par les Allemands.



    Les Indiens se heurtent aux paras allemands retranchés dans les ruines et sur les hauteurs environnant l'abbaye. Parallèlement, le 16 février, Kesselring lance une contre-attaque majeure contre la tête de pont d'Anzio. Un mois plus tard, le 15 mars, Freyberg met en route l'opération Dickens, qui deviendra la troisième bataille de Cassino : un bombardement pulvérise la ville au pied du monastère, puis les ruines sont investies par les Indiens et les Néo-Zélandais. Des combats acharnés ont lieu sur et autour de Castle Hill, la colline du château qui domine la ville de Cassino.

    Freyberg, qui avait été critiqué pour l'évacuation de la Crète en 1941, s'est refait une santé dans la campagne du désert. Les Néo-Zélandais, qui ont subi de lourdes pertes depuis El Alamein, ne participent pas à la campagne de Sicile et reviennent sur le terrain méditerranéen avec le débarquement en Italie continentale. Ils souffrent durant la deuxième bataille de Cassino, combattant quelques jours après les Indiens contre les Fallschirmjäger. Le bombardement du 15 mars, avec plus de 450 bombardiers lourds et moyens et plus de 1 000 canons, pulvérise la ville de Cassino. Mais il ne vient pas à bout des défenseurs : c'est seulement après cette troisième bataille que l'aviation alliée se concentre massivement sur l'interdiction, avec des résultats plus probants. Pour ajouter au malheur du temps, le Vésuve entre à nouveau en éruption, entre les 17 et 23 mars.

    Dans les ruines de la ville, les chars néo-zélandais ne peuvent suivre l'infanterie. Un régiment perd les deux tiers de ses blindés. Néanmoins, après trois jours de combat, les deux tiers de la ville sont nettoyés, mais les "diables verts" s'accrochent au reste. Une attaque de chars par l'arrière de l'abbaye échoue également, manquant de peu de réussir cependant. Freyberg est contraint de jeter l'éponge. Dès le 22 février cependant, Harding, le chef d'état-major d'Alexander, a commencé à jeter les bases de Diadem, la quatrième bataille de Cassino.

    Harding propose de concentrer toutes les forces, y compris la masse de celles sur le flanc adriatique, autour de Cassino, pour enfin mener une offensive à l'échelle du corps d'armée, au niveau opératif et non plus au niveau tactique. Les Polonais, nouvellement arrivés, auront la charge d'emporter le monastère. Les 50 000 hommes d'Anders, rescapés des camps soviétiques, font partie d'un ensemble de 300 000 combattants qui doit lancer une série de coups pour désorganiser le dispositif allemand. Juin, en particulier, a suggérer d'attaquer par la gauche, via les monts Aurunci, plutôt que dans la vallée du Liri, directement sur Cassino. Une opération d'intoxication vise à endormir la méfiance des Allemands. L'attaque démarre le 11 mai 1944, couverte par le feu de plus de 1 600 canons alliés.

    Les Polonais montent à l'assaut de Cassino le 12 mai, face au 1. Fallschirmjäger Regiment. Ils subissent 4 000 pertes le premier jour mais les Allemands, eux aussi secoués, ne peuvent remplacer les leurs. Ils plantent le drapeau polonais au sommet le 17 mai, et ne réussissent pas seulement parce que les Allemands sont en train de se retirer : ils enterrent d'ailleurs 900 cadavres retrouvés dans les ruines après la bataille.

    Dans la vallée, les Britanniques de la VIIIth Army jettent des ponts Bailey sur le Liri et, non sans mal, repoussent les vétérans allemands des trois batailles précédentes. La percée obtenue, Leese, qui commande l'armée, injecte de manière précoce ses réserves, pour rattraper les Français partis en avant sur sa gauche. Conséquence : des embouteillages énormes autour des ponts Bailey. Les Allemands, et en particulier les paras, font cependant payer chèrement chaque pouce de terrain conquis.

    Le Ier corps canadien, à partir du 13 mai, va assurer la poursuite des défenseurs repliés de la ligne Gustav, enfoncée. Trois jours plus tard, la fin des embouteillages permet aux Canadiens de faire la jonction avec les Polonais, avec de lourdes pertes. Canadiens et Polonais s'attaquent ensuite à la ligne Hitler, bâtie en arrière de la ligne Gustav, et qui comprend notamment de très nombreuses tourelles de Panther fixes, les Pantherturm. Leese vient finalement à bout de la ligne Hitler et engage, fin mai, la 6th Armoured Division sud-africaine. Le but est maintenant de faire la jonction avec le VIth Corps sorti d'Anzio. Mais les Britanniques, s'ils ont percé dans la vallée du Liri, n'ont pas su anticiper la poursuite : un défaut déjà constaté à El Alamein.

    C'est l'attaque française sur la gauche qui est la plus menaçante pour les Allemands. Le succès de Juin qui garantit le succès de Diadem. Préparé par l'artillerie, l'attaque commence le 11 mai. Bientôt le XIV. Panzerkorps de von Senger und Etterlin s'effondre, les Français occupent la position dominante du mont Maio, abandonné, et chassent les Allemands de Castelforte. La 88th Infantry Division américaine progresse à gauche des Français, qui mêlent astucieusement mouvements mécanisés, soutien d'artillerie et progression à pied et à l'aide des mules. C'est par cette trouée sur la côte que la jonction est faite avec les troupes sorties d'Anzio, le 25 mai. Clark réoriente alors la poussée du VIth Corps de Truscott, qui a pris la suite de Lucas, vers Rome. Ce faisant, les divisions allemandes ont le loisir de filer vers le nord. Rome est libérée, après avoir souffert des représailles suite aux attentats de la résistance contre les Allemands (massacre des Fosses Ardéatines en mars). Le 5 juin, à la veille du débarquement en Normandie, Clark peut célébrer son triomphe, de courte durée.

    En réalité, depuis le début de l'année 1944, le front d'Italie est devenu secondaire, l'état-major allié préparant le débarquement dans le sud de la France, censé se dérouler en même temps qu'Overlord, mais retardé. Il ne semble pas avoir pris la mesure des possibilités offertes par le front italien. Dès la fin août 1944, les généraux alliés recommencent des attaques tactiques contre la ligne Gothique. Le nombre de divisions allemandes en Italie reste sensiblement le même jusqu'en mai 1945. Un des principaux mérites de la campagne, côté allié, aura été cependant d'apprendre aux différentes nationalités à collaborer ensemble. Cassino reste la bataille emblématique de la campagne d'Italie en raison de sa durée, de la controverse autour de la destruction du monastère et des pertes importantes. Certains participants à la bataille n'en recueillent pas les lauriers : ainsi les troupes françaises nord-africaines, marginalisées, ou les Italiens co-belligérants, l'armée étant dissoute en 1946, ou bien encore les Polonais, qui voient leur pays vassalisé par l'URSS. La bataille a pourtant fait l'objet d'une abondante littérature de la part des vétérans, mais pas d'un film. John Irvin, le réalisateur de Hamburger Hill, est en train d'en tourner un, en Pologne, sur la bataille de Cassino.

    Le livre est construit à partir de documents d'archives et d'une bibliographie secondaire essentiellement anglo-saxonnes, avec quelques titres étrangers (les livres ou articles français sont peu nombreux et anciens, et pas forcément des meilleurs, comme les Militaria d'Y. Buffetaut). Assez descriptif, reposant sur de nombreux témoignages d'acteurs des "dix armées" qui donnent un caractère vivant au récit, le livre pèche parfois par manque d'analyse un peu plus fine et surtout par une construction un peu brouillonne : l'auteur fait des retours en arrière, ne respecte pas la chronologie des opérations, en privilégiant une approche "nationale" des contingents en présence et de leur intervention dans la bataille, côté allié. Il est par contre assez clair sur la controverse de la destruction de l'abbaye, alors qu'il est finalement peu prolixe, par exemple, sur le rôle important des Français -et pour cause, vu les sources. Enfin, on peut aussi regretter que les six cartes, plutôt bien faites, du livre, soient placés au début du livre et non au fil du texte, ce qui aurait été plus pratique pour suivre. En revanche, deux livrets photos accompagnent le récit.




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    Pont d'Arcole, novembre 1796. Le général Bonaparte, commandant de l'armée d'Italie, distingue le soldat Gaillard, qui s'est vaillamment comporté au feu. Celui-ci ne rêve que d'exploits guerriers pour obtenir en France la main de sa promise, Solange d'Arcy. Mais Bonaparte, via Lannes, remarque bientôt, aussi, le tambour-major Dominique Mariolle, lors de la bataille de Mantoue, un mois pus tard. Entre les deux hommes s'installe alors une compétition à qui se fera le mieux voir de Bonaparte, devenu ensuite empereur des Français...

    Nouvelle série à thème de Delcourt, dans la collection série B, L'homme de l'année met en scène des anonymes, fictifs ou inspirés de personnages authentiques, qui ont participé aux grands événements de l'histoire. Le premier tome sur les tirailleurs sénégalais pendant la Grande Guerre était très réussi. Le deuxième sur la trahison de Jeanne d'Arc, un peu moins. Ce troisième tome n'arrive pas non plus à se hausser à la qualité du premier. 

    Source : http://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2013/09/BD-Planche-Homme-de-lann%C3%A9e-1815.jpg


    Sur le fond, il faut noter que les ascensions fulgurantes de simple soldat, comme Gaillard ou Mariolle, ce dernier renvoyant à un soldat réel de la Grande Armée (peut-être à l'origine de l'expression "faire le mariole", et qui figure sur un tableau de David, La Distribution des aigles, et sur l'arc de Triomphe à Paris), ont bien existé, mais ont été plutôt l'exception que la règle. L'album préfère se concentrer sur les épisodes glorieux de la geste napoléonienne -la campagne d'Italie, Austerlitz, Wagram- mais expédie rapidement les moments plus fâcheux -la campagne d'Egypte, Eylau, où le parcours du champ de bataille par Napoléon est l'occasion d'une tirade qui sonne un peu comme une autojustification assez étonnante au milieu de la BD (qui souvent se moque de Napoléon), la campagne de Russie. La succession chronologique des batailles est d'ailleurs quelque peu lassante. Waterloo, en revanche, fait l'objet d'un traitement à part, mais cela ne surprend pas, étant donné que l'album veut justement montrer un anonyme qui aurait crié le mot de Cambronne pendant la bataille, rôle ici attribué à Gaillard. Plus convaincante est l'opposition classique entre le "fou de guerre" et le soldat qui ne fait pas la guerre par plaisir, mais plus par devoir -et l'on sent aussi en filigrane l'inspiration venue d'un film comme Les duellistes. De ce point de vue, la fin de l'album est très réussie.




    Le scénario, signé Sébastien Latour, auteur de Lady Spitfire dont le premier tome m'avait aussi laissé sceptique, comprend malheureusement une grosse coquille : Waterloo se déroule en avril 1815 alors que c'est le 18 juin (!). En outre le si début laisse espérer des pages prometteuses, il faut bien reconnaître que le duel entre les deux soldats s'essouffle rapidement. Il est également dommage que le rappel historique se limite à ces quelques lignes à la fin de l'album : pour le coup, cette série mériterait de petits dossiers à la fin, en annexe. C'est souvent le problème des séries à thèmes, où les auteurs changent selon les tomes, ce qui entraîne des volumes inégaux. C'est bien le cas ici.




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    John Dickie, auteur et historien britannique, est professeur en Italian Studiesà l'University College de Londres. Un de ses sujets de prédilection est celui du crime organisé en Italie, et il a signé en anglais une histoire de la mafia sicilienne en 2004, que Perrin traduit trois ans plus tard dans sa collection Tempus.

    Dickie entame son prologue par la comparaison de deux événements, à un siècle de distance. Le premier est la représentation de la pièce Chevalerie rustiqueà Rome, le 17 mai 1890, qui commence à enraciner le mythe de la mafia comme partie intégrante de l'identité de chaque Sicilien. Le 23 mai 1992, la mafia fait sauter à l'explosif la voiture du juge Falcone : c'est la fin du mythe de la mafia. Falcone y a grandement contribué, et ce notamment par l'intermédiaire de témoignages de repentis, comme Tommaso Buscetta. Depuis 1992, les Italiens font l'histoire de la mafia, de même que leurs collègues étrangers.

    Dans son livre, Dickie n'évoque donc que la mafia sicilienne, et parfois, pour les besoins du récit, ses connexions américaines. Etat dans l'Etat, Cosa Nostra cherche à contrôler un territoire, et à faire du profit. C'est une société secrète très fermée. Dickie s'intéresse aussi, évidemment, à ceux qui l'ont combattue. Le problème de la mafia est toujours d'actualité, et ce parce que, dès le départ, la mafia a su agir en étroite collusion avec l'Etat italien.

    Le prestige que le cinéma a parfois attribué aux "hommes d'honneur" s'efface dès la première rencontre avec la mafia. Giovanni Brusca, "l'Egorgeur de chrétiens", qui avait appuyé le bouton pour faire sauter Falcone, incarne un tueur froid et implacable, qui est ensuite devenu un repenti. Les mafioso n'hésitent pas à éliminer des membres de leurs propres familles, jusqu'aux adolescents ou aux enfants.


     

    Chronologique, le propos de Dickie se divise en 12 parties. La genèse de la mafia remonte aux années 1860-1876. Elle émerge au moment de l'unification de l'Italie, de l'expédition de Garibaldi en Sicile, dans l'arrière-pays de Palerme, au sein du monde d'affaires capitaliste du commerce des agrumes. C'est ce qu'illustre l'affaire du docteur Galati, victime des agissements d'une cosca mafieuse entre 1872 et 1875. Le docteur écrit un mémorandum sur ses problèmes. Le rituel d'initiation mafieux, inspiré des pratiques de la franc-maçonnerie, est déjà en place. En 1863-1864, le baron Colonna, ensuite victime de tentatives d'assassinats, avait expliqué comment la mafia avait profité des révolutions de 1848 et 1860 pour accompagner le changement et s'installer dans la société sicilienne. Au contraire, en 1866, lors d'une révolte sicilienne, les mafieux appuieront les autorités. Le témoignage de Colonna est d'autant plus intéressant qu'il a été, de près ou de loin, probablement lié à la mafia. Franchetti et Sonnino, deux Italiens qui visitent la Sicile en 1876, expliquent que la mafia a également profité de la faiblesse de l'Etat italien qui n'a pas su conserver, en particulier, le monopole régalien de la violence. La mafia s'approprie donc l'industrie de la violence. Le terme apparaît après 1863 et une fameuse pièce de théâtre qui emploie le mot. Il sert aussi à l'Etat italien pour justifier une politique de répression en Sicile et régler des comptes politiques.

    Entre 1876 et 1890, la mafia va progressivement entrer dans le système de gouvernement italien. Les premières discussions sur l'existence de la mafia au Parlement sont houleuses, et montrent déjà la collusion entre monde politique et organisation criminelle. La gauche, qui parvient au pouvoir en 1876, se sert de la mafia comme instrument de gouvernement local : Nicotera, le ministre de l'Intérieur, parvient à faire reculer le crime en Sicile, mais au prix de compromissions avec les mafieux. Le démantèlement de la Fraternité de Favara, une organisation qui opère dans les mines de souffre du sud-ouest de l'île, entre 1883 et 1885, rappelle encore que la mafia se développe dans les secteurs économiques les plus compétitifs et juteux. Bientôt Lombroso, avec son anthropologie criminelle, fera des Siciliens des "tarés" prédisposés au crime, relayé par le policier Alongi.

    La corruption se développe en haut lieu entre 1890 et 1904. Don Raffaele Pizzolo, à Palerme, tire avantage de l'instauration par l'Etat italien d'un système démocratique moderne, qui suppose aussi un clientélisme pour récupérer les voix. Le rapport du préfet de police de Palerme, Sangiorgi, de 1898 à 1900, décrit en détails l'organisation de la mafia sicilienne. Ce rapport montre déjà que la classe politique italienne sait parfaitement ce qu'est la mafia, qui a sa base, notamment, dans la Conca d'Oro, autour de Palerme. Sangiorgi avait élucidé une série d'homicides entre clans mafieux qui révélaient des conflits pour le contrôle territorial, mais aussi la mise en tutelle de grandes familles comme les Florio ou les Whitaker par la mafia. La guerre fait rage entre les clans Giammona et Siino, les premiers prenant le dessus. Sangiorgi procède à une vague d'arrestations en 1900 mais le procès consécutif débouche sur de nombreux acquittements. En 1893, le marquis Notarbartolo avait été la première victime illustre de la mafia. Après une série de procès qui mettent en évidence la responsabilité de Pizzolo et de ses subordonnés, là encore, c'est l'acquittement.

    De 1893 à 1943, la mafia va aussi devoir composer avec le socialisme puis le fascisme. Corleone illustre combien les contremaîtres des grands domaines terriens de l'intérieur de la Sicile étaient liés au système mafieux. C'est à Corleone qu'en 1893, les paysans commencent à s'associer en Fasci, sous l'autorité de Bernardino Verro. Verro, chef des paysans hostiles aux latifundiaires siciliens, a cependant été initié par une cosca mafieuse. Paradoxalement, ses liens avec la criminalité organisée ont permis au gouvernement de justifier une répression féroce du mouvement paysan dès 1894. Verro, emprisonné, exilé, poursuit cependant son combat, bien qu'effrayé des ramifications de la mafia qui commence à le menacer. En 1914, il est élu maire de Corleone. Pour le faire taire, les mafioso l'abattent en pleine rue, à Corleone, en novembre 1915. La prise de pouvoir de Mussolini, en 1925, conduit à une lutte sans précédent contre le crime organisé en Sicile, illustré par le fameux siège de Gangi, un repaire de brigands. Cesare Mori, le préfet de police choisi par Mussolini, a une longue carrière derrière lui. Il a déjà oeuvre en Sicile entre 1903 et 1917. Puis, à Turin, il réprime les ouvriers socialistes, avant de faire de même en 1921 à Bologne avec les fascistes. Mussolini, qui avait d'abord compté se rallier les mafioso siciliens comme instrument de gouvernement local, va vite déchanter. La lutte contre la mafia, via la nomination de Cesare Mori en octobre 1925, va servir au Duce pour consolider sa mainmise sur le pouvoir. Mori applique une tactique simple : pour se rallier les grands latifundiaires, il faut convaincre les Siciliens que l'Etat est plus dur encore que la mafia. D'où de nombreuses opérations coups de poing, des arrestations massives suivies de procès. Par contrecoup, de nombreux mafioso vont s'exiler aux Etats-Unis, donnant naissance aux premiers liens outre-Atlantique ; d'autres survivent en graissant la patte des autorités, tel Giuseppe Genco Russo. En réalité, la lutte contre la mafia est aussi une arme politique. Quand Mori quitte la Sicile en 1929, la mafia est loin d'être éradiquée même si elle a subi des coups sévères. La mort de Mori, en 1942, passe d'ailleurs complètement inaperçue.

    C'est dans la première moitié du XXème siècle que la mafia s'installe aux Etats-Unis. 800 000 Siciliens s'y installent entre 1901 et 1913. Mais les morts violentes liées à la mafia sont repérées par la police américaine -et toujours en lien avec le commerce des agrumes- dès les années 1880-1890. Les Siciliens retrouvent à New York un milieu commerçant dynamique et un clientélisme politique qui leur sont familiers. L'inspecteur Petrosino met en évidence l'implantation des Siciliens de la mafia à New York, en 1903, lors d'un meurtre célèbre où le corps a été abandonné dans un tonneau. Petrosino, qui fit renvoyer des centaines de Siciliens en dehors des Etats-Unis, est abattu en 1909 lors d'un voyage en Sicile. L'adoption de la prohibition, en 1919, va faire exploser l'activité de la criminalité organisée, via la contrebande d'alcool. Les Italiens sont majoritaires parmi les dockers de New York : les mafieux offrent une "protection" aux démocrates de la ville. Nicola Gentile, mafieux notoire, initié à Philadelphie, sillonne le territoire américain, coordonne les activités. New York occupe une place dominante dans le réseau. C'est aussi à ce moment-là qu'apparaît un fameux gangster d'origine sicilienne, Lucky Luciano. La mafia, via ces personnages et d'autres comme Capone, va en fait s'américaniser de plus en plus, par les liens tissés avec d'autres communautés. Après la fin de la prohibition, le crime organisé survit via le jeu, mais doit affronter une offensive antigangster virulente aux Etats-Unis, mené par le procureur général Thomas Dewey. La pression ne se relâche qu'avec l'entrée des Américains dans la Seconde Guerre mondiale.

    C'est à la faveur de la guerre que la mafia sicilienne va prendre un nouveau départ. La légende de l'utilisation de la mafia pour faciliter le débarquement en Sicile, le 10 juillet 1943, est un mythe savamment entretenu par l'organisation elle-même. Il est vrai que les services de renseignement américains ont utilisé Lucky Luciano pour déterminer la présence ou non d'espions allemands aux Etats-Unis, via le syndicat des dockers, après l'incendie du paquebot Normandie en février 1942. En réalité, le constat est beaucoup plus prosaïque : la libération entraîne une vague de nouvelles nominations locales en Sicile, qui bénéficient à la mafia, qui a su se placer. L'AMGOT, l'autorité d'occupation alliée, remarque assez vite les premiers signes d'émergence d'une criminalité organisée. La mafia entretient la fiction séparatiste, puis, après février 1944 et le retour de l'île au gouvernement italien et de la vie politique, combat la gauche qui cherche à s'implanter en Sicile, par les armes si besoin. Don Calogero Vizzini passe alors pour le parrain local. C'est lui qui associe la mafia à la Démocratie Chrétienne, nouveau parti de droite italien qui a besoin d'un clientélisme local pour récolter des voix, en interne ou pour les élections. Une guerre particulièrement sauvage, entre mafieux, a lieu à Ciaculli, à l'est de Palerme, entre 1946 et 1947. La mafia entretient aussi une relation complexe avec Salvatore Giuliano, l'un des derniers grands bandits siciliens. Rallié au séparatisme, puis à la droite, celui-ci comment un affreux massacre contre une fête communiste à Portella della Ginestra. Sans doute trahi par son cousin, le bandit est finalement abattu par les carabiniers en 1950.

    De 1950 à 1963, la mafia va se convertir au trafic de stupéfiants et va également investir le BTP. Le terme Cosa Nostra apparaît également à cette époque. La reconstruction de Palerme après la guerre entraîne le fameux "sac de Palerme". En lien avec la DC, le service d'urbanisme de la municipalité de Palerme devient une fabrique de clientèle. La mafia contrôle l'attribution des chantiers et les "protège". L'Eglise catholique, qui a la hantise du communisme, ne bronche pas, sauf exceptions. Giuseppe Bonnano dirige le clan du même nom à New York. En octobre 1957, il vient à Palerme pour réorganiser le trafic de stupéfiants aux Etats-Unis, mis à mal par la chute à venir de Cuba. La mafia avait déjà exporté de la morphine, mais avec l'héroïne, le trafic change tout simplement d'échelle. Les mafieux créent même une  Commission, à Palerme, pour régler les différends et décider qui abattre. Le 30 juin 1963, une bombe explose à bord d'une voiture à Ciaculli, tuant 7 personnes, dont des carabiniers. La répression est cette fois à la hauteur du dégoût provoqué par le massacre. Une première guerre mafieuse oppose alors le clan Greco à celui des La Barbera, suite à une arnaque liée au trafic de drogue. Parallèlement, les mafieux américains, sous la pression de Robert Kennedy, perdent de leur influence en Sicile. La première commission d'enquête parlementaire sur la mafia naît peu de temps après les arrestations consécutives à l'attentat de Ciaculli. Terminée en 1976, elle contribua, malgré son échec relatif, à faire prendre conscience aux Italiens de l'ampleur du problème mafieux. Le procès de 1968 se conclut à nouveau par nombre d'acquittements, tandis que les derniers épisodes de violence achèvent cette première guerre mafieuse l'année suivante.

    Les Corléonais vont alors progressivement s'imposer à la tête de la mafia sicilienne, d'abord en la personne de Luciano Leggio, puis de son bras droit Toto Riina. Legio est un mafiosi de longue date : en 1948, il a abattu un syndicaliste et ancien résistant. Pris seulement en 1974, Leggio a mené tranquillement ses activités, abattant d'abord son propre parrain, Michele Navarra, en 1956. Leggio était sur le point de prendre le contrôle de Corleone en 1963 quand survient l'attentat de Ciaculli. Il ne réussit à reprendre son ascension qu'en 1969, et notamment parce qu'il passe une grande partie de sa vie clandestine à Palerme, le coeur de l'activité mafieuse. Durant les années de plomb (la décennie 1970), la mafia eut maille à partir avec les attentats commis par l'extrême-droite, même s'il est encore difficile aujourd'hui d'être circonstancié sur son implication réelle. Mais parallèlement, le système judiciaire modernisé d'Italie commençait à produire des hommes qui allaient mener un combat impitoyable contre la mafia. En Sicile même, Giuseppe Impastato, membre d'une famille de mafieux, osa défier Cosa Nostra et le paya de sa vie en 1978. Pour renflouer des caisses bien entamées par la première guerre mafieuse, les mafiosi de Sicile se mettent alors à la contrebande de cigarettes et surtout, à l'importation, le raffinage et à la distribution d'héroïne. En 1982, ils contrôlent déjà 80% du trafic à destination de la côte est des Etats-Unis. Du coup, les "zips" comme les appelaient leurs homologues américains, prennent un poids considérable. Giovanni Falcone arrive à Palerme en 1978. Dès son arrivée, ses premières enquêtes lui permettent de mesurer, par exemple, combien la mafia se sert des loges maçonniques, en les infiltrant, pour accroître son pouvoir. En 1981-1983, une seconde guerre mafieuse éclate entre Leggio et Badalamenti, de Cinisi. Les Corléonais, menés désormais par Riina, imposent leur autorité à la mafia. La mattanza, comme on l'a appelé, fit des centaines de victimes, et se déroula même aux Etats-Unis. Ce faisant les vainqueurs avaient révélé l'essence même de la mafia.

    Falcone fait partie de la "minorité vertueuse" des responsables italiens qui a permis de lutter contre la mafia. L'ascension des Corléonais provoque des attaques plus fréquentes contre les institutions, que la mafia se gardaient jusque là de trop provoquer. Le journaliste Mauro de Mauro est abattu en 1970. Mais en 1979, c'est l'escalade. Pendant la mattanza, les mafioso exécute Pio La Torre, paysan lié au PCI qui ne mâchait pas ses mots à l'égard de la mafia. Le général Della Chiesa est alors nommé préfet de police de Palerme. Il est tué quelques semaines plus tard par une équipe d'assassins. Le 29 juillet 1983, la mafia fait sauter à l'explosif Chinici, le patron de Falcone. Falcone, qui va le remplacer avec d'autres magistrats comme Borsellino, provoque la défection de Buscetta. Cosa Nostra, en représailles, se venge sur les repentis en devenir et abat des policiers. Le maxi-procès de 1986, tenu dans un bunker-tribunal, permet de condamner une soixantaine d'inculpés sur les 174 présents. Mais Falcone, victime des luttes politiques, doit rapidement déchanter. Il lui faut attendre 1991 pour être nommé responsable de la lutte antimafia dans toute l'Italie, et pour créer la DIA et la DNA, deux organismes en pointe dans ce combat. En 1992, la justice italienne reconnut enfin les conclusions du maxi-procès, l'existence d'une organisation centralisée appelée Cosa Nostra. La mafia vient de subir une de ses pires défaites.

    Riina, qui craint pour sa survie, organise une série d'attentats : après Falcone, Borsellino est lui aussi victime d'une bombe en juillet 1992. L'armée expédie plusieurs milliers d'hommes en Sicile pour aider la police à traquer Riina. Malgré l'énorme scandale de corruption qui fragilise alors la classe politique italienne, le parrain des parrains est capturé en janvier 1993. Bagarella le remplace. Cette même année, alors que les attentats continuent, l'Eglise catholique affirme enfin officiellement son hostilité à la mafia. Bagarella est pris en juin 1995, Brusca, "l'Egorgeur de chrétiens", un peu après. Bernardo Provenzano, dit "le Tracteur", prend la tête de Cosa Nostra jusqu'à son arrestation en avril 2006. Homme de main de Riina, il a arrêté la politique des attentats et a montré un style de commandement plus conciliant. Provenzano revient au racket de protection, développe les liens avec les organisations étrangères, prévient les défections. A partir de 1994, la mafia a choisi de lâcher la DC pour soutenir, durant les élections, Forza Italia, le parti de Berlusconi. Elle comptait profiter de la politique de ce dernier, mais a été rapidement déçue.

    L'arrestation de Provenzano est le résultat d'un long travail de renseignement pour débusquer sa planque en Sicile. Parallèlement, de nombreuses organisations de citoyens, notamment contre le racket, commencent à émerger en Sicile. Piccolo, qui remplace Provenzano, affirme son autorité en ordonnant un meurtre en plein Palerme, en juin 2007. Piccolo a été arrêté en novembre de la même année. Mais la lutte contre la mafia est encore loin d'être terminée.

    S'appuyant sur une bibliographie italienne, française et anglo-saxonne (classée par chapitre, ce qui est pratique pour creuser) et sur des interviews, le livre de Dickie se lit comme un roman grâce à un style très fluide (quelques cartes sont placées en début d'ouvrage dans la version de Perrin). On ne note que quelques coquilles -comme ces dates erronées sur le débarquement en Sicile. L'historien montre combien la mafia peut perdurer tant qu'elle n'est pas combattue de l'intérieur, c'est à dire au sein de l'Etat italien avec lequel elle vit en symbiose. Et cela ne peut être le fait que d'une minorité.





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    Ce n'est pas sans un certain intérêt que j'ai reçu des éditions Tallandier le volume de Benoît Rondeau, camarade auteur dans le magazine 2ème Guerre Mondiale. D'abord parce qu'à titre personnel, je connais encore relativement mal la campagne nord-africaine du conflit, par rapport à d'autres fronts. Ensuite parce que les livres en français sur le sujet, de synthèse ou de détail, ne sont pas si nombreux. J'avais commenté récemment le livre de Cédric Mas sur la bataille d'El Alamein, paru chez Heimdal. Plus anciennement, j'avais également fiché l'ouvrage de B. Lemay sur Rommel, que j'avais apprécié. Cependant, il semblerait que l'historien canadien ait malheureusement repris tels quels de nombreux passages de travaux d'historiens autres -je mets le conditionnel car je n'ai pu encore vérifier de visu, mais a priori, l'assertion paraît authentique ; du coup on se demande s'il a fait pareil aussi pour son Manstein...

    Il est vrai que le thème a longtemps fait florès pour une historiographie datée. Les ouvrages consacrés à l'Afrikakorps sont infiniment plus nombreux, en français, que ceux dédiés à la 8th Army britannique, son adversaire (sans même parler des articles de presse...). Les Italiens sont aussi les grands oubliés du mythe de la "guerre sans haine" construit dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'ambition de Benoît Rondeau est donc de fournir une synthèse en français sur la guerre du désert qui, il faut bien le reconnaître, manquait jusqu'ici. Il s'agit de revenir sur des mythes, Rommel, Montgomery, ou des aspects méconnus, comme les conditions de vie quotidienne des combattants dans le désert. En outre, la campagne du désert est assez marginalisée, à l'image du front de l'est d'ailleurs, par rapport aux affrontements de l'ouest de l'Europe, qui occupent une place écrasante dans l'historiographie. On peut même descendre un degré en-dessus, comme le fait Benoît Rondeau, en affirmant que la campagne de Tunisie, pourtant très importante, est elle aussi négligée par rapport à d'autres phases comme El Alamein.



    Le livre se divise en cinq parties. Dans la première, Benoît Rondeau explique les raisons de l'intervention allemande en Afrique du Nord et son déroulement jusqu'au premier siège de Tobrouk. Hitler vient, semble-t-il, au secours des Italiens, qui ont eu la mauvaise idée d'attaquer l'Egypte britannique, ce qui leur a valu une contre-attaque foudroyante des Anglais qui s'avancent en Tripolitaine. En réalité, le Führer a envisagé de se lancer sur le théâtre d'opérations méditerranéen, notamment parce que cela peut fournir une diversion utile lors des préparatifs d'invasion de l'URSS. En outre, la zone est stratégique pour les Britanniques : l'Egypte, en particulier, constitue une cible tentante pour les Allemands. C'est parce que les Allemands réfléchissent à une intervention que Mussolini pousse Graziani à l'assaut de l'Egypte en septembre 1940, puis envahit la Grèce un mois plus tard, avec le résultat que l'on sait. La Kriegsmarine, de son côté, est beaucoup plus sensible à l'intervention en Méditerranée. Hitler, d'abord concentré sur la prise de Gibraltar et l'envoi de la Luftwaffe, finit par se rallier à une intervention au sol en Grèce puis à l'envoi, en janvier 1941, d'un Sperrverband (détachement d'arrêt), alors même que Wavell, le commandant en chef britannique, marque le pas en Tripolitaine. Dès la fin mars 1941, la Luftwaffe aligne déjà près de 500 appareils sur le théâtre et marque des points. Le 11 février, les premiers éléments allemands débarquent à Tripoli. La 5. Leichte-Division, renforcée par la 15. Panzer-Division, constitue l'entame du corps expéditionnaire allemand : le Deutsche Afrika Korps (DAK). Les soldats allemands n'ont pas été spécialement entraînés ou choisis pour la guerre dans le désert. Les uniformes ne sont pas forcément appropriés, les équipements nécessitent une acclimatation. Appuyé par les Italiens, Rommel lance ses troupes vers l'est dès le 14 février. Le désert lui-même, comme champ de bataille, présente bien des obstacles. La logistique est capitale pour les opérations des deux camps. Le ravitaillement de l'Axe bénéficie de lignes plus courtes par mer mais celles-ci sont plus longue par voie terrestre, victimes aussi du manque d'infrastructures terrestres ou ferroviaires. Les convois sont des cibles pour les unités spéciales alliées comme le LRDG ou les SAS. Malte, en position centrale dans la Méditerranée, permet aux Britanniques de frapper les convois sur mer et depuis les airs. Dans le désert, le sable est l'ennemi quotidien du combattant. Les tempêtes de sable, tout comme les mouches, sont un fléau. L'hygiène est des plus sommaires, la chaleur affecte la santé, tout comme la froideur la nuit venue. Conserver l'eau devient évidemment vital. Après une première escarmouche le 24 février 1941, les Britanniques se laissent surprendre, en Tripolitaine, par la rapidité d'action de Rommel. Le 24 mars, le DAK s'empare d'El-Agheila, puis de Mersa el-Brega une semaine plus tard. Malgré les injonctions de Gariboldi, son supérieur italien qui lui intime de s'arrêter, Rommel continue sur sa lancée et prend Benghazi le 4 avril. Une brigade motorisée indienne et la 2nd Armoured Division britannique sont encerclées et décimées à Mechili, mais leur résistance a permis à la 9th Australian Division de se replier sur Tobrouk. La propagande nazie, cependant, s'empare des exploits du DAK pour monter sa légende, alors même que Tobrouk, pas encore prise, va opposer une farouche résistance à Rommel.




    C'est au siège de Tobrouk, véritable porte de l'Egypte jusqu'à sa chute en 1942, que s'intéresse la deuxième partie. Romme lance ses troupes exsangues sur la place dès le 12 avril 1941. C'est l'échec, devant une résistance bien organisée. Le 8ème bataillon de mitrailleurs et le Panzer-Regiment 5 de la 5. Leichte-Division souffrent particulièrement. Le 16 avril, un bataillon italien complet capitule devant les Australiens. Morshead, qui commande la 9th Australian Division, dispose de 24 000 combattants, de 72 canons plus les pièces de prise, de 75 pièces de DCA, des canons antichars et de 26 blindés. Les Australiens ont remis en état les vieilles défenses italiennes et ont organisé trois lignes de défense, les deux premières avec mines et barbelés. Ils patrouillent de manière agressive pour contrôler le no-man's land. Rommel doit attendre la 15. Panzerdivision car son dispositif est trop distendu pour espérer emporter la place. Paulus, qui arrive en observateur le 27 avril, ne peut que constater l'inanité des efforts de Rommel, qui perd encore 50 Panzer et 1 500 hommes lors d'une attaque les 2 et 3 mai. Le DAK doit donc mettre le siège devant Tobrouk. La Luftwaffe et la Regia Aeronautica multiplient les frappes. Le talon d'achille de Rommel, c'est sa logistique, qui débarque à 1 000 km de la place, alors que la Royal Navy, malgré la menace aérienne et les opérations en Grèce, parvient à alimenter Tobrouk tout au long de la bataille. Parallèlement, Rommel a envoyé des éléments, dont les premiers de la 15. Panzerdivision, sur la frontière égyptienne. Le 15 mai, après avoir reçu des renforts en chars, Wavell lance l'opération Brevityà la frontière égyptienne, pour tenter de dégager Tobrouk. C'est un échec : les blindés britanniques sont pris à partie par les antichars puis par les blindés du Panzer-Regiment 8, 15. Panzerdivision, accourus de Tobrouk. Le 15 juin, l'opération Battleaxe se heurte aux 88 de la passe de Halfaya, puis à la contre-attaque habituelle des Panzer : les Britanniques perdent une centaine de chars. Wavell est remplacé par Auchinleck. A Tobrouk, les Australiens ne restent pas inactifs et mènent des incursions en dehors de leur périmètre. Les pertes montent, cependant, et les Australiens commencent à être relevés par d'autres contingents à l'automne. En face, Rommel, surnommé "le renard du désert" depuis Battleaxe, commande depuis le 15 août le Panzergruppe Afrika. Le DAK passe sous les ordres de Crüwell. Celui-ci comprend désormais la 15. Panzerdivision et la 5. Leichte rebaptisée 21. Panzerdivision, plus la division z. b. V. Afrika. Rommel peut aussi compter sur deux corps italiens, le 20ème avec la division blindée Ariete et la division motorisée Trieste, et le 21ème avec 5 divisions d'infanterie. Les défenses à la frontière égyptienne sont renforcées, les Panzer sont gardés en réserve entre Tobrouk et la frontière. La tactique d'emploi des chars est raffinée. Rommel devient, par consentement heureux, une icône de la propagande de Goebbels. Côté britannique, le changement de commandement s'accompagne en septembre de la modification du nom de l'armée, devenue 8th Army, commandée par Cunningham, chapeauté par Auchinleck. Celui-ci prévoit d'attaquer en direction de Tobrouk, sur la frontière égyptienne, pour attirer les Panzer et les détruire lors d'une bataille rangée. En prévision de l'offensive, baptisée opération Crusader, l'aviation intensifie son action, un commando tente d'éliminer Rommel, et le SAS intervient pour la première fois derrière les lignes ennemies. Crusader, lancée le 18 novembre 1941, surprend Rommel, même si les brigades blindées britanniques se font étriller. La garnison de Tobrouk procède à une sortie. Même si la 7th Armoured Division subit de lourdes pertes à Sidi Rezegh, Rommel est dans une situation difficile. La contre-attaque allemande sur la frontière se heurte à forte partie. Rommel manque d'être capturé. Le 26 novembre, Auchinleck fait la jonction avec Tobrouk. Les deux commandants de Panzerdivision de Rommel sont bientôt mis hors de combat. Rommel ordonne le repli, mené cependant de manière agressive. Benghazi est évacué le 17 décembre. Les pertes ont été plus lourdes côté britannique mais Auchinleck est maître du terrain. Cependant, les renforts allemands arrivent, des unités anglaises partent en Extrême-Orient, Kesselring prend la tête de l'effort logistique et les U-Boote interviennent en Méditerranée : la 8th Army se voit priver d'une victoire totale, comme en 1940 contre les Italiens. Dès le 21 janvier 1942, Rommel contre-attaque vers l'est, capture une quantité d'équipements et s'arrête sur la ligne de Gazala, faute de troupes suffisantes. Hitler le décore des glaives de la croix de chevalier de la croix de fer. Si Crusader a pu réussir, c'est parce que Malte permet aux Anglais de prélever un lourd tribut sur la logistique allemande. Or les Allemands ne s'intéressent réellement à Malte qu'au cours du premier semestre 1942. Kesselring coordonne l'effort aérien : l'île est neutralisée en avril, mais la victoire n'est pas complétée par une invasion, bien que les Italiens aient réfléchi à un assaut amphibie et aéroporté. Hitler privilégie finalement la chute de Tobrouk et l'offensive en Egypte. La nouvelle Panzerarmee Afrika est renforcée en matériel. Nehring prend la tête du DAK. La Luftwaffe est alors particulièrement puissante en soutien. Auchinleck, pressé par Churchill de contre-attaquer, n'en fait rien. Le 26 mai 1942, l'attaque de Rommel prend les Britanniques au dépourvu, bien que les Panzer aient à affronter un nouvel adversaire, le M3 Grant et son canon de 75 mm en caisse. L'attaque vise à contourner par le sud la ligne britannique pour foncer vers la côte. Encerclé, Rommel parvient à se dégager. Les Français Libres mènent une belle défense à Bir Hakeim, à l'extrémité gauche de la ligne britannique, un succès davantage psychologique, pour la France Libre, que réellement influent sur la bataille en cours. Les Britanniques perdent ensuite la bataille de chars sous les coups des Pak, puis des Panzer, et n'ont d'autre choix que de retraiter vers l'Egypte. Tobrouk, défendue par la 2ème division sud-africaine, est investie méthodiquement le 20 juin avec un puissant soutien aérien. La place tombe le lendemain. L'assaut, bien coordonnée, a cette fois bénéficié de la surprise : ce sont 33 000 prisonniers et un équipement considérable qui rejoignent l'inventaire de Rommel, nommé maréchal par Hitler. Le 25 juin, Auchinleck prend la tête de la 8th Army. Rommel entre en Egypte, alors même que Malte n'est pas neutralisée, et va redevenir menaçante dès le mois d'août après l'arrivée de deux grands convois.


    Le 24 juin, l'armée de Rommel est entrée en Egypte et remporte un nouveau succès à Mersa Matrouh. Des quantités d'approvisionnement sont perdues entre Tobrouk et el-Daba. Le 29 juin, les premiers éléments allemands arrivent à El Alamein, une gare construite dans les années 20 à une centaine de kilomètres d'Alexandrie. La première semaine de juillet 1942 devient ainsi l'une des plus cruciales de la guerre. Auchinleck met le delta du Nil en état de défense. La Panzerarmee a l'Egypte a sa portée, mais aucunement le Moyen-Orient, vu sa situation. La victoire allemande aurait surtout des répercussions sur les plans logistique et peut-être politique ; mais les Américains, Marshall en tête, envisagent déjà de débarquer en Afrique du Nord en cas d'effondrement britannique. L'évacuation de la flotte d'Alexandrie entraîne un début de panique dans la ville ; certains Egyptiens voient d'un bon oeil l'arrivée prochaine des Allemands. Auchinleck organise la défense autour d'El-Alamein avec des positions défensives -les fameuses boxes- placées notamment sur les hauteurs. Il ne pense pas pouvoir arrêter les Allemands car il surestime leurs effectifs. Norrie, le chef du 30th Corps britannique, pense au contraire qu'il faut tenir coûte que coûte. En réalité, Rommel n'a plus que 55 chars en ligne le 30 juin, et manque cruellement d'infanterie, alors que la 8th Army, dont les pertes ont été comblées en urgence, est hétérogène. Auchinleck bénéficie cependant de la supériorité aérienne vraiment acquise de la Desert Air Force et de l'arrivée massive du canon antichar de 6 livres, capable de mettre hors de combat certains blindés allemands. Le 1er juillet, l'attaque allemande de ce qui devient la première bataille d'El Alamein démarre dans la confusion. Le DAK se heurte à de violents tirs d'artillerie et d'aviation. La division italienne Ariete est balayée. Le 9 juillet, Rommel repart à l'assaut contre les Australiens de la 9th Division de Tobrouk, qui tiennent bon et détruisent son unité de renseignements si précieuse. Les contre-attaques d'Auchinleck les 14 et 15 juillet manquent d'efficacité en raison du problème lancinant de la coordination interarmes, en particulier entre les chars et l'infanterie. Le 22 juillet, une attaque anglaise sur la crête de Ruweisat tourne au carnage. Auchinleck cesse finalement ses attaques le 28 juillet. Il a réussi à stopper Rommel mais le succès a été coûteux : il manque de troupes aguerries. Les Néo-Zélandais, en particulier, ont payé un lourd tribut. Churchill, qui vient Egypte début août, remplace Auchinleck par Alexander, et nomme Gott à la tête de la 8th Army ; la mort inopinée de ce dernier laisse la place vacante pour Montgomery. Celui-ci va s'attacher à redonner confiance à son armée, à la préparer au mieux à un nouvel assaut. Côté allemand, le moral est bon, des renforts arrivent, mais Rommel est malade. En outre, les munitions et le carburant manquent en raison des attaques dévastatrices des Britanniques depuis Malte. Rommel est cependant contraint de repartir à l'assaut pour éviter que la 8th Army ne se renforce trop. Il compte attaquer au sud, là où se trouve le 13th Corps, le plus puissant des Britanniques. L'attaque, qui commence le 31 août, est marquée par des retards, un matraquage aérien allié sans précédent et la perte de nombreux officiers. Rommel donne dans le point fort du dispositif adverse et doit ordonner le repli dès le 2 septembre. La bataille d'Alam Halfa, qui se termine le 5 septembre, améliore un peu les positions allemandes, mais les pertes sont lourdes, et les Britanniques ont subi moins de pertes en chars que de coutume. Rommel, qui quitte son commandement le 22 septembre pour raisons de santé, a veillé à renforcer les défenses, en mixant Allemands et Italiens et en créant une certaine profondeur. Près d'un demi-million de mines sont disposées devant le périmètre défensif ; les Allemands doivent aussi apprendre à se camoufler pour échapper aux attaques aériennes. Montgomery, lui, dispose d'une supériorité écrasante : plus de 1 400 canons antichars et plus de 1 000 blindés, dont 252 nouveaux M4 Sherman américains. Mais en réalité, les concentrations sont moins denses dans les secteurs d'attaque et le constat est plus équilibré. Cependant, Mongtomery a l'avantage écrasant en termes logistiques et la supériorité aérienne sur le front. Il prend du temps pour apprendre aux unités à manoeuvrer en division entière, reprend l'idée des divisions mobiles d'Auchinleck, en mixant infanterie et chars, crée l'équivalent d'un corps d'armée blindé. Son plan, l'opération Lightfoot, est une bataille d'usure : attaquer au nord tout en menant des diversions au centre et au sud. Les raids lancés en septembre pour affaiblir le ravitaillement de l'Axe derrière les lignes échouent. L'opération Lighfoot démarre le 23 octobre et d'emblée se présente comme mitigée. Les progrès sont faibles le 24 octobre. Mongtomery réoriente alors l'effort sur son aile droite, où les Australiens mènent de très violents combats et subissent les contre-attaques des Panzer. Rommel a dégarni son centre. Le 2 novembre, dans la nuit, Mongtomery lance l'opération Supercharge, au sud. Dès le lendemain, le DAK atteint le point de rupture. Rommel commence à retraiter mais Hitler lui ordonne de tenir sur place. Mais le repli s'impose de lui-même les 4-5 novembre. La Panzerarmee Afrika a laissé dans la bataille la moitié de ses 100 000 homes et n'aligne plus que 38 chars. Montgomery a remporte une victoire nette, mais n'a pas détruit l'armée ennemie. Quelques jours plus tard, le 8 novembre, les Alliés débarquent en Algérie et au Maroc. Montgomery, devenu le vainqueur d'El-Alamein, devient un symbole pour les Britanniques, une mascotte : il saura faire fructifier son capital d'image et sa carrière suite à ce succès.




    La poursuite commence dès le 5 novembre, mais elle reste prudente. Il faut dire que la 8th Army est essoufflée après son succès. Il y avait pourtant de quoi faire pour être plus agressif, et certains officiers britanniques l'ont suggéré. En vain. Rommel, lui, dispose des unités en arrière-garde et se déplace aussi de nuit. La Panzerarmee Afrika sort d'Egypte et traverse la Cyrénaïque. Tobrouk est reprise le 13 novembre, Benghazi une semaine plus tard. Le 24 novembre, Rommel est à Mersa el-Brega, après un repli de 1 200 km. Quatre jours plus tard, il s'envole pour Rastenbourg afin de convaincre Hitler de se retirer encore plus à l'ouest. Le Führer, passablement hors de lui en raison de la crise à Stalingrad, éconduit Rommel. Les Britanniques lancent leur offensive contre Mersa dans le vide, même si l'Ariete réussit une belle performance, soulignée par Rommel pourtant peu prolixe de commentaires flatteurs pour les Italiens, le 15 décembre. Les Allemands ont également semé des mines et des pièges tout au long de leur retraite. Rommel s'installe à Bouerat, à 320 km à l'est de Tripoli. L'offensive britannique ne démarre que le 15 janvier, alors que Rommel a, à nouveau, commencé de décrocher. Le 22 janvier 1943, la Panzerarmee évacue Tripoli. La 8th Army entre en Tunisie début février 1943. Rommel, qui s'y trouve depuis le 26 janvier, est relevé de son commandement pour raisons de santé, mais on lui laisse choisir la date d'abandon de ses fonctions. L'opération Torch, de son côté, a réussi, malgré une vigoureuse résistance française, notamment au Maroc. Hitler et Kesselring prennent cependant les Alliés de court en créant une tête de pont en Tunisie où est rapidement bâtie la 5. Panzerarmee confiée à von Arnim. Hitler, jusqu'alors avare de ressources avec Rommel, ne veut pas céder un pouce de terrain ; en outre tenir en Tunisie retarde un débarquement sur le flanc sud de l'Europe. Dès la fin novembre, Kesselring occupe le sud de la Tunisie pour permettre à Rommel de faire la jonction. Le terrain est différent de celui de la guerre du désert : la densité de population est plus importante, le relief montagneux. Arnim attaque dans le sud-ouest tunisien fin janvier : si les Français ralliés aux Alliés, malgré un matériel obsolète, se défendent bien, les premiers engagements menés par les Américains ne sont guère concluants. Rommel, qui s'installe sur la ligne Mareth, souhaite une frappe coordonnée des deux armées. Mais le commandement bicéphale perdure et chaque armée opère, de fait, de son côté. Le 14 février, les Allemands frappent fort, enfoncent le IInd Corps américain de Fredendall, mais des problèmes de coordination et de commandement sur la suite à donner aux opérations empêchent d'obtenir un succès complet. Les Américains, renforcés par les Britanniques, se ressaisissent, l'artillerie et l'aviation entrent en action. L'effort allemand, trop dispersé, n'a pu faire sauter les quelques verrous tenus solidement par les alliés. Patton remplace finalement Fredendall. Rommel lance une dernière attaque contre la 8th Army, début mars, qui se solde par un échec ; puis il quitte définitivement l'Afrique du Nord. Le 16 mars, l'opération Pugilist Galop de Montgomery pour enfoncer la ligne Mareth échoue. Patton mène ses troupes dans des opérations qui, non sans mal, redonnent confiance à la troupe. Montgomery contourne la ligne Mareth puis pousse la 1ère armée italienne de Messe, les 5-6 avril, à se replier sur Enfidaville. Le 10 avril, Monty est à Sfax ; la jonction avec la 1st British Army est faite à Kairouan deux jours plus tard. Mi-avril, l'Axe ne tient plus qu'un front en demi-cercle de 130 km de long. Ce n'est que le 7 mai cependant que les Alliés pénètrent à Bizerte puis Tunis. Les derniers combattants se rendent le 13 mai 1943. La victoire est complète : l'armée française d'Afrique rejoint les FFL ; 170 000 hommes de l'Axe ont été capturés à la fin des combats, et les pertes en Tunisie se montent en tout à 300 000 hommes, contre 75 000 pertes côté allié. Paradoxalement, c'est l'insistance allemande à faire durer la bataille grâce à la tête de pont en Tunisie qui entraîne un revers très important pour le théâtre méditerranéen des opérations. Hitler n'a jamais considéré le théâtre nord-africain comme valant la peine d'un engagement massif, alors que des opportunités existaient une fois abandonné le projet d'invasion de l'Angleterre ; les pertes ont été disproportionnées pour un résultat finalement faible, l'Italie étant à la veille de l'effondrement après la fin de la Panzerarmee Afrika. A la conférence de Casablanca, les Alliés adoptent le principe d'une reddition sans conditions. L'armée d'Afrique, qui a servi Vichy, entre dans la France Libre, non sans tensions : l'amalgame sera des plus pénibles. Les Américains fournissent cependant le matériel moderne et l'instruction nécessaires pour que l'armée française retrouve réellement sa place sur les champs de bataille. Les Américains ont connu leur baptême du feu : ils en sortent avec 4 divisions expérimentées, des chefs qui se sont révélés, des adaptations nécessaires mais faites, et une place grandissante au sein du camp allié.




    La postérité de l'Afrikakorps est immense. Et pourtant, le DAK a compté, comme toutes les autres formations allemandes de la guerre, de nombreux soldats authentiquement nazis, aux côtés d'une poignée d'antinazis. Une grande partie des officiers supérieurs a aussi servi en URSS. Certains anciens officiers du DAK commettent plus tard des crimes de guerre, en Italie ou dans les Balkans. La guerre du désert a-t-elle été vraiment chevaleresque ? La reddition est rarement refusée, il est vrai, les prisonniers sont plutôt bien traités. Mais les exactions n'ont pas manqué. Les Allemands sont imprégnés de leur conception raciale, même à l'égard de leurs alliés italiens. La Croix Rouge ne protège pas des tirs, dans les deux camps. Les colons italiens ont à souffrir de la présence britannique en Libye. Les prisonniers sont bien traités, comme on l'a dit, mais ce n'est pas systématique. De Gaulle doit menacer les Allemands de représailles sur les prisonniers allemands si les combattants de Bir Hakeim sont considérés comme "franc-tireurs" en cas de capture. Rommel refuse pourtant d'appliquer le fameux "ordre des commandos" du 18 octobre 1942. Les prisonniers de l'Afrikakorps envoyés aux Etats-Unis partent dans les camps de prisonniers avec un moral d'acier, persuadés que l'Allemagne va gagner la guerre. Une justice expéditive règne dans les camps, où les défaitistes et ceux qui veulent collaborer avec les Américains sont exécutés. Les prisonniers allemands de Normandie sont effarés par l'attitude de leurs camarades qu'ils découvrent en arrivant dans les camps. La Gestapo a eu une antenne en Afrique dès septembre 1941. En juillet 1942, alors que Rommel menace de prendre l'Egypte, les premiers SS arrivent pour superviser l'application de la Solution Finale. Walter Rauff réapparaît en Tunisie en novembre. Des Juifs sont parqués dans un camp, même si la tâche des SS est rendue difficile par les Français et les Italiens. Les résistants français sont d'ailleurs déportés dans les camps de concentration du continent avant la chute de la Tunisie. La propagande nazie a fait de Rommel une icône, relayée par les Britanniques, qui avaient besoin de souligner le génie de l'ennemi défait. Cinq ans après la fin du conflit, le mythe est déjà en place, via l'ouvrage de Desmond Young, puis le filmLe renard du désert de Hattaway (1951). L'épopée de la guerre du désert devient celle des Allemands, non des Italiens, oubliés alors que leur contribution a été énorme. Le mythe perdure via les chansons, les BD, les wargames, voire parfois les cours sur la guerre du désert dans les institutions militaires qui étudient les campagnes de Rommel. Depuis le film de Hattaway, les successeurs placent plutôt le point de vue du côté allié, sans que l'image de la guerre chevaleresque ne disparaisse. Pour preuve le film français Un taxi pour Tobrouk, en 1961, qui symbolise ce mythe de la guerre sans haine.



    Au final, après ce résumé des cinq parties du livre, que conclure sur le travail de Benoît Rondeau ? Le titre est à mon avis un peu trompeur : il ne s'agit pas à proprement parler d'une étude précise, fouillée, de l'Afrikakorps de Rommel, mais plutôt d'une excellente synthèse sur la guerre en Afrique du Nord, du début -à partir de l'intervention allemande- jusqu'à la fin, de la manière la plus équilibrée possible. Il est vrai que le propos se concentre plutôt du côté de l'Axe, dont les motivations, l'engagement et ses conséquences sont expliquées un peu plus en détails ; mais cela est fait presque autant pour les Britanniques et leurs alliés. Il faut souligner aussi que la description des opérations se concentre surtout sur la dimension terrestre de l'affrontement, avec évocation de la dimension navale et des lignes un peu plus nombreuses sur l'aspect aérien. Au niveau de l'équilibre, il faut noter qu'un bon quart du livre est consacré à la bataille d'El Alamein, ce qui peut se comprendre au vu de son importance, mais ce qui peut-être empêche d'être plus prolixe sur d'autres parties. Il y a me semble-t-il des points forts : la première partie qui décortique le pourquoi de l'intervention en Afrique du Nord, la grosse partie sur El Alamein, justement, et le bloc sur la campagne de Tunisie, souvent négligée, de même que la retraite de Rommel après El Alamein. Sur les points faibles, les cartes, bien placées au fil du texte et plutôt claires, sont peut-être trop peu nombreuses, problème classique des ouvrages d'histoire militaire malheureusement, que j'ai moi-même connu en tant qu'auteur. On peut peut-être regretter que la dernière partie sur la postérité de l'Afrikakorps soit réduite à la portion congrue : le mythe Rommel est seulement effleuré, et l'historiographie n'est peut-être pas assez développée (à l'étranger et en France) de même que les productions postérieures dans différents domaines, cinéma, BD, littérature, etc. Les annexes fournissent des ordres de bataille pour certaines des opérations traitées. La bibliographie est commentée dans une petite introduction : Benoît Rondeau souligne les ouvrages datés qui ont entretenu ou continuent d'entretenir le mythe. Il est dommage que le même traitement ne soit pas appliqué à l'ensemble de la bibliographie listée ensuite, car sur des hors-série de magazine comme ceux écrits par Yves Buffetaut, ou François de Lannoy, ou les livres écrits par Eric Lefèvre, et même ceux de Mitcham, il y aurait probablement à redire. De la même façon, peut-on aller jusqu'à intégrer en bibliographie des articles de magazines comme ceux de Caraktère, ou pire, ceux d'Yves Buffetaut dans Militaria Magazine ? Je me pose la question, personnellement je ne sais pas si je l'aurais fait. Ces articles ont leur utilité, tout comme les hors-série complets, pour autant, peut-on les citer dans une bibliographie d'ouvrage ? Je pense qu'il faut vraiment choisir au cas par cas, et en argumentant. Je ne m'étais pas posé vraiment la question pour l'ouvrage de Nicolas Bernard, par exemple, mais la bibliographie était dans ce cas pléthorique. L'auteur m'a précisé qu'il avait dû supprimer au moins 80 000 signes, notamment sur la dernière partie, mais aussi sur la nourriture dans le désert, les composantes de la 8th Army, l'armée italienne...  on aurait souhaité peut-être, aussi, une introduction, surtout, et une conclusion un peu plus étoffées. Finalement, des quelques questions posées en introduction, c'est à la première, le mythe de l'Afrikakorps, que Benoît Rondeau répond le moins, faute de place (malgré des pages intéressantes sur les prisonniers de l'Afrikakorps aux Etats-Unis, par exemple). Le mythe de Montgomery est presque plus traité que celui de Rommel dans le récit. Le quotidien est en revanche bien décrit. Plutôt qu'à une histoire militaire ou socio-politique de l'Afrikakorps, c'est à une histoire opérationnelle fouillée et globalement plutôt réussie de la guerre du désert que nous convie l'auteur. En français, il est certain qu'un trou est quand même comblé.







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    This is the english text of my french article about Syria's foreign fighters. Enjoy it !


    " And fight them until there is no more remains of association, and religion is for Allah.1". A portrait of the foreign fighters of the uprising in Syria.


    The war in Syria prompted the intervention of thousands of foreign fighters who came to support the rebels fighting against Bashar al -Assad. The attention of the West focuses , of course, those who are fighting to groups linked to al- Qaeda , and that could potentially pose a threat in these countries, but also remember that foreign intervention is probably much greater in favor of Bashar al- Assad2. This article aims to outline an overall picture of the phenomenon of foreign fighters who came to fight in Syria alongside the insurgency in order to disassemble some received ideas and provide detailed examples that help to better understand the reality of the phenomenon , from reliable sources.


    " Foreign volunteers in Syria, how many divisions ?"


    In Europe , the influx of foreign volunteers alongside the rebels began to worry from spring 2013. The Independent estimated 100 Britons are already parties; Figaro talking about 50-80 French ; Der Spiegel evokes dozens of Germans and Jyllands -Poste speaks 45 Danes. The Netherlands raise their alert due to the return of some at country, among the hundred or more Muslims who went to fight in Syria. At this time, it is between 140 and 600 Europeans who have gone to fight the insurgents , or 7-11 % of total foreigners volunteers3.



    In April 2013 , Aaron Zelin estimated the total number of foreign volunteers parties in Syria since 2011 2 000-2 500 , of which 135 to 590 Europeans. There were between 70-441 even on site, of those, at that time . On 249 records of martyrs from Syrian jihadist groups , only 8 (3 %) concerned Europeans. In fact, foreign fighters represent no more than 10% of the insurrection, and probably less . In November 2013 , Thomas Hegghamer spoke of 1 100 -1 700 West Europeans parties in Syria , which according to him is already more than all the other contingents conflicts between 1990 and 2010. The phenomenon , overall, seems to accelerate throughout 2013.


    Recently, the German daily Süddeutsche Zeitung4, citing a study published by The International Centre for the Study of Radicalisation , refers to total 11,000 foreign fighters in Syria, whose 1800 Western Europeans (240 Germans) . The study, published on December 17 finally5, actually confirms these figures : 11 000 foreign volunteers from 74 different nations since 2011 , the number of Western Europeans has tripled since April 2013 , from 600 to over 1900 . The range will be between 3,300 and 11,000 fighters , and the total is probably over 8500 . The West Europeans now constitute 18% of the contingent , led by France, the United Kingdom , Germany, Belgium and the Netherlands. Based on the total population , the figures are the highest for Belgium, Denmark and the Netherlands. The Middle East continue to provide almost 70 % of foreign volunteers , the largest contingent from Jordan , Saudi Arabia , Tunisia, Lebanon and Libya , but the numbers here are probably less reliable. The Balkans and the former Soviet republics provide the last big contingent. In any case, despite this increase , the number of foreign fighters is not more than 10% of the insurgency, which amounts to at least 100,000 men.






    For the sunni rebels, there has probably been in at least 5,000 foreign fighters , a wide range leading to 10,000 or a little more, this figure covers all those who have arrived since 2011, many have been already killed, arrested or departed6. The mobilization of this pool still remains unprecedented , even compared to that in Iraq against Americans or against the Soviets in Afghanistan. The majority of volunteers come from Arab countries - Saudi Arabia , Tunisia and Libya , mainly , with perhaps more Iraqis than what we can know. Western Europe provides the second largest contingent led by Britain, France , Belgium and the Netherlands , according to Zelin , in early 2013. There are also fewer volunteers in the Balkans , the Caucasus and other regions of the world , totaling over 60 countries from which come these Sunni fighters. Most of these fighters come to the most radical Islamist factions, in the first place ISIS and forehead al- Nosra but also Salafi groups like Ahrar al -Sham . They are also a good part of armed groups linked directly or indirectly to ISIS or al- Nosra as Army Muhajirin wa -Ansar Battalions Suqqour al- Ezz , Sham al -Islam movement, the battalion Green the brigade Umma and Jund al -Sham .

    Most foreign volunteers have little experience and first go through training camps . Some have already been trained in camps in North Africa , such as those established by Ansar al -Sharia in Libya or other Islamist militias. There is also , however , veterans of Afghanistan , Bosnia , Chechnya , Yemen and Libya . The majority of Syrian or foreign jihadists consider the Chechens as the most experienced , after twenty years of war against Russia. But Caucasian volunteers come mostly from Europe and also have little experience than others, generally . Those who spoke first on the battlefield often had the most impact . The army Muhajrin wa -Ansar , related ISIS , has played a key role in taking the airbase Minnagh in August 2013. Other formations of foreign volunteers attacked furiously in the region of Latakia , in the heart of Alawite countries , proceeding killings of Alawites in gained areas. The brutality of the regime of Bashar al -Assad has probably led to a radicalization of those who came to fight in Syria. In addition, the jihadists are better funded than the other actors of the insurgency, they have much more attracted . It seems that the Tunisian fighters , taking advantage of the experience of Ansar al -Sharia , have help prepare a program of proselytizing ( da'wa ) to ISIS . This program aims to break the negative image that the organization had since the war in Iraq and to attract the benevolence of the inhabitants . This is also why this program is for children and adolescents 8-16 years.


    Pakistani volunteers : a contribution to TTP's global jihad ?


    Many commanders of Tehrik -i- Taliban Pakistan ( TTP) indicated having sent militants to Syria to fight the regime of Bashar al - Assad7 . Mohammed Amin, the coordinator of the TTP for Syria, has said that his organization had established a base in Syria with the help of veterans of Afghanistan. A middle-ranking commander of the TTP justify sending militants by the fact that Shiites would also recruited by Iran to Pakistan to fight alongside the regime of Bashar al -Assad. The network responsible for delivering the volunteers in Syria is held jointly by the TTP and the Laschkar -i- Jangvi (LJ) , both affiliated to al- Qaeda groups. It would have sent 100 to 150 men. Abdul Rashid Abbasi, near the head of the TTP , Hakimullah Mehsud , said that 120 Pakistani soldiers were in Syria and that they were under orders from the local command of al- Qaeda. The network is led by Usman Ghani, a former commander of LJ and Alimullah Umry , a TTP commander in the province of Khyber Pakhtunkhwa . According to al-Jazeera , the Pakistanis are in the Katibat Mujahiroon , a jihadist group of foreign volunteers fighting in Latakia , which is controlled by a Libyan, Abu Jaafar it Libi . TTP, LJ and another sectarian group, Hafiz Gul Bahadur , sent fighters. The TTP has also asked his commanders Mohmand , Bajaur , Khyber , Orakzai and Waziristan tribal agencies to conduct recruitment.

    A first video , July 31, 2013 , confirms the presence of TTP fighters in Syria. It shows a group of 10 to 20 Pakistanis and was posted by the ISIS . In September , the media announced that the bodies of 30 Pakistanis have been repatriated to the country , most belonging to LJ or faction Punjab TTP . Participation of TTP to the Syrian uprising is not surprising : it is part of the internationalization strategy promoted by Mehsud , who wants to participate in jihad abroad in connection with al- Qaeda. There were other examples : in June 2012, the president of Niger said that Afghan and Pakistani men are training djihadists in northern Mali . In Yemen, Pakistan conveyed by al- Qaeda militants would train to the us of explosives, one of them Ragaa Bin Ali, even being killed by a drone in 2013. Faisal Shahzad , a young Pakistani living in the United States and who had tried to plant a bomb in Times Square in May 2010, was linked to the TTP . Sending fighters in Syria has also had the effect of reviving sectarian tensions in Pakistan between Sunnis and Shiites.


    Jordanians : the radicalization of the Salafi


    Since the beginning of the insurgency, Jordanian activists have won Syria8 . Initially, they planned to overthrow Bashar al- assad to install a Sunni Islamic state in a strictly religious dimension. This approach has intensified with the character of increasingly sectarian conflict . Among Jordanians , or Salafi jihadists, who left for Syria, there are some veterans of Afghanistan or Iraq , and some sources speak of several thousand men in all. We know that Zarqawi , a Jordanian , had led al- Qaida in Iraq until his death in June 2006. His spiritual mentor, Abu Muhammad al- Maqdisi , a Jordanian of Palestinian origin , is the leader of jihadism in Jordan. Jihadists seem to be gaining ground around the cities of Maan and Zarqa , the latter being also the hometown of Zarqawi . In October 2012 , the authorities dismantle a cell that is about to commit anti-Western attacks in Amman with explosives and weapons from Syria . It must be said at the outset , they have tended to overlook the transit Jordanian fighters towards this country. Mohammed al- Shalabi , a Jordanian jihadist leaders , says 700 to 800 fighters left in Syria, a number that is difficult to verify . Other reports speak of 500 men.

    Mahmoud Abdul Al , the son of Abu Muhammad al- Talawi an influential jihadist sheikhs Jordan, blew himself up in Deraa in October 2012. Al- Tahawi itself encourages Jordanians to join the jihad under the banner of al- Nosra . Other Sunni clerics Jordan did the same since , as the leader of al Qaeda , Ayman al -Zawahiri . At the beginning of hostilities , Jordanians cross the border in the provinces of Daraa and Rif Dishmashq . They are also found in the west and east of Syria , Aleppo, Homs and Deir Zor . The Jordanian government lets first do no doubt with the intention of getting rid inexpensively its jihadists. But when the conflict drags on, the authorities lock the border and put the hola on arms trafficking returning to Jordan. Accordingly, the Jordanians are now a detour through Turkey and into Syria from the north. Most volunteers are integrated into the al- Nosra front and experienced fighters seem even lead some brigades of the organization. Two Jordanians of Palestinian descent from Zarqa , helped in the establishment of the Shura Council of al- Nosra alongside Abu Muhammad al- Juhani , the head of the organization. Both activists Iyad Toubasi and Mustafa Abdul Latif, were part of al-Qaeda command in Iraq. They are present in Syria since the conflict began . The first is also married to the sister of Zarqawi . Abu Gelebeb, his nom de guerre is the emir of al- Nosra for the provinces of Deraa and Damascus . Wounded in December 2012 , he was treated in Turkey before joining the fight. Latif is taking the southern front of al- Nosra . Close to Zarqawi , he organized the arrival of the Syrians who came to Iraq to fight against the Americans.

    In December 2013 , the Jordanians are the largest contingent of foreign volunteers who came to fight in Syria alongside the rebels , with more than 2,000 men9 . Abu Sayyaf , leader of the Jordanian jihadists , said 1,200 Jordanians are still in Syria , 200 have been killed since the beginning of their participation. In addition to historical militants, a younger generation go now ,originally native towns Zarqa , Salt , Irbid and Maan . Jordanians are mostly in radical brigades , especially al-Nosra . They would be rather opposed to sweeping views of EIIL regarding the treatment of minorities and practices of war10.


    Britain : beyond the "Londonistan"


    Since the beginning of the war in Syria , the British authorities have arrested three men suspected of participating in networks of recruitment and referral of volunteers for djihadists groups11. The British case recalls unpleasant memories , including that of Bosnia . Attention is drawn to the British volunteers at the time of the kidnapping of a British journalist and another Dutch, July 19, 2012 , which are eventually released by a group of rebels who helped them enter Syria. However, among their captors, is a dozen British , including a doctor of the National Health Service, Shajul Islam , Bengali origin, intercepted on his return to the country via Egypt on 9 October . Other arrests took place in January 2013 , including that of Shajul brother , and a man who converted a MAC-10 firing white into operational weapon. Najul Islam would have provided the financial support of the journey of his brother and his accomplice , who was arrested with him, and had also conveyed in Syria night vision equipment , telescopic sights and other sensitive materials. In another case , Nassim Terreri and Walid Blidi , two Londoners of Algerian origin, are killed in Darkoush , a few kilometers from the Turkish border, March 26, 2012 . Both belonged to the brigade Hisham Haboub , the Free Syrian Army : they died by opening fire on a convoy system that responded to their fire , another British of the same group being also wounded in the hanging.

    The British are in fact found on many battlefields of jihad from Afghanistan . The so-called " Londonistan " community had also produced radical preachers capable of influencing the British youth to push elements to join al- Qaeda and to commit the attacks of 7 July 2005 in London. Since the Arab Spring , however , it is the Arab exile communities , through their links with their countries of origin, which have become important , as in the case of Libya and Tunisia , or even Egypt shows . It is estimated that at least 13,000 Syrian exiles are in the UK , part of which provides funds organized convoys , also feeds the pool of volunteers. But as we have seen , the British strictly speaking are also parties in Syria. There are at least 30 . The Sudanese community of West London talking about 21 men already trained on site, and there would have been departures from the Moroccan and Somali communities. Syrians as a preacher of East London , Abu Basir al- Tartusi , which was not the most radical , are also left to fight in Syria. There are also among them Mustafa Setmariam Nassar, a veteran jihadist theologian Afghanistan arrived in London in the 90's , which had supported radical groups in Algeria before returning to Afghanistan and being arrested by the Americans in 2005 in Quetta, then delivered to the Syrian authorities have released without we understand why, in February 2012. Surur bin Muhammad Zain al- Abidin Nayif in connection with two Saudi dissidents, Saad al- Faqih and Muhammad al- Massari , helps finance insurgents. Salafi theologian , he returned to Qatar in 2004 and then organizes the financial flows to some rebel groups.

    Type portrait of British volunteer is the following : a native of Southeast Asian young man between 20 and 30 years , fairly well educated , and who has links with individuals or groups with international relations. Motivations are more a solidarity ummah ( defending " Syrian brothers ) and are facilitated by easy access to Syria via Turkey and the absence of speech that would prevent young Muslims from targeted fight. However, Syrian fighters recommend volunteers not to make their own way in Syria but first contact networks or armed groups to facilitate transit12.


    Finns : a scaling


    In Finland, the first rumors about parties in Syria fighters began to circulate in the media from August 201213 . A year later , the Interior Ministry confirms that more than 20 Finns have already joined the radical Islamist groups on site. This marks radicalization, filigree, of Finnish Muslims for about two years . Finnish Muslim population , very small at first, grew in the 90's by the contribution of many refugees . It is estimated to 50-60 000 people in 2011 , which 90 % are Sunni . Some Muslims from the second generation , poorly integrated , originating in areas of conflict, became radicalized . However , most radicalized Muslims are related , in fact, to Islamists and other groups with local issues , although several organizations like al- Qaida, the Shabaab , Hezbollah are represented in Finland. The Shabaab , in particular, are more visible because they recruited in the Somali community in Finland (15 000 persons in 2012). The process seems to be restricted from 2012 , when the Shabaab associate clearly with al-Qaeda and begin to use conventional methods of organization like the kamikaze attack car.

    It is believed that there were no Finns engaged in Afghanistan . The first Finnish foreign fighter known is Abu Ibrahim, who went to fight in Chechnya and was arrested by the Georgian authorities. His father was an officer in the Finnish army . The largest contingent remains this debauched by Shabaab between 2007 and 2009 , before the radicalization of this movement to al- Qaeda. Some evokes , perhaps , the presence of a Finn in the National Front for the Liberation of Ogaden , Ethiopia. It's with the war in Syria that the quota of Finnish volunteers is the most important. After rumors unveiled in August 2012, a Finnish first martyr Kamal Badri , was identified in January 2013 : he was killed in Aleppo. A few months later , the authorities start talking about ten , then twenty people parts in Syria. The overall picture remains unclear, with lack of information , although it can be inferred that the Muslim community radicalized , Finland, is more structured since two years.


    Australia : the Lebanese community and jihad


    Regarding Australia, 6 fighters in Syria have been identified as potentially Australians, but with doubts about several of them14 . Three cases , however, are plausible : Roger Abbas Yusuf Topprakaya and a suicide bomber known as Abu Asma al- Australi . Roger Abbas , who was killed in October 2012, came from Melbourne and was of Lebanese origin : it was also a kickboxing champion . Came initially for humanitarian aid , he visibly fought then with al-Nosra . Topprakaya Yusuf , who was killed in December 2012 , was from the Turkish community and was monitored by Australian authorities since 2010. Arrived at the Turkish border in mid -2012 , it expects to enter Syria and joined a local unit of al- Farouq brigade near the city of al- Numan Maarat . He was noted for his skill in shooting and bomb making , before being killed by a sniper. In mid- September 2013 , finally, Abu Asma al- Australi throws a truck filled with 12 tons of explosives against a school that serves as billeting for soldiers of the Syrian regime in the city of al- Mreiya in the province Deir Zor . The kamikaze attack would have granted al- Nosra the means to take the airbase in the city. The martyr , from Brisbane and the Lebanese community , was also monitored by Australian authorities before departure.

    Other cases are less documented. In August 2012, a Sydney sheik, Mustapha al- Mazjoub, , was killed in Syria. From Saudi descent , it should be noted that his brother was the only Australian member of the Syrian National Council . He died in combat. In November 2012 , a man named Marwan al- Kassab , regarded as an Australian, died in an explosion in northern Lebanon while manufacturing bombs for Syrian rebels. In April 2013 , Sammy Salma , from Melbourne , who had traveled with Abbas, was also killed . In all, an estimated 80 Australians are parties in Syria and 20 , perhaps , fought with al- Nosra . Most are from the Lebanese community , 70% of them were previously known to the authorities and they came to Syria via Turkey , a little less by Lebanon. Syria is not the first case out of an Australian contingent. Between 1998 and 2003, 20 people had joined Afghanistan and the LeT camps in Pakistan. Between 2002 and 2012 , 16 Australians were arrested in Lebanon, or convicted in absentia for jihadist activities, mainly related to Ansbat al -Ansar and Fatah al -Islam. After the invasion of Somalia by Ethiopia in 2006, from 10 to 40 Australians have also joined the Shabaab in Somalia. Australians are also parties in Yemen in 2010. The conflict in Syria , however, marks a change of scale. One reason is of course the importance of the Lebanese community : the conflict in Syria has more to its members than those in Somalia or Yemen . Then , access to Syria via Turkey is much easier than in previous conflicts. Finally, the character increasingly sectarian conflict and the inability of the Western community to curb clearly have been a breath of fresh air for groups like al- Nosra or ISIS .

    The fight is also implemented in Australia. Since early 2012, 17 incidents were identified as being related to the Syrian conflict, mainly Sunni attacks against persons , property or Shia or Alawite shops. They occur mostly in Sydney and Melbourne and involve people from Syrian , Turkish and Lebanese . Australia has experienced several preparations of terrorist attacks thwarted before execution, against the Sydney Olympics in 2000, a LeT in 2003 , and two autonomous cells dismantled in Sydney and Melbourne in 2005, which included individuals trained in Afghanistan and Pakistan . A planned attack against the Army Barracks in 2009 Hollsworthy again stopped in time , involved men who participated in the financing network and recruitment Shabaab . Note however that sectarian incidents declined in 2013.


    Sweden : a profile of highly targeted fighters


    In April 2013, the Swedish Security Service estimates that 30 people have already joined the Syrian insurgents15. The author of the article reference on the matter personally identified 18 Swedes , who have certainly won Syria. Almost all of these people come from the south - western Sweden , and more than half of the suburbs of Gothenburg, the second city of the country. 11 are from the suburbs of Angered and Bergjsön . The bonds of friendship undoubtedly play : three candidates belonged to the same martial arts circle. Other attending a well-known radical mosque in Gothenburg, Bellevue Masjid. Only one of these men had a direct link with Syria, which he joined in June 2013. A third of those born in Sweden to immigrant parents . The rest comes from different countries : Iraq, Jordan, Kosovo , Morocco and even Philippines. Yet at least 10 are of Lebanese origin ( 2 of which were perhaps Palestinians ) . One had Swedish origins . These are all men : the average age is 23.5 years. Most come from families with many children and low-income. 8 were unemployed or have no income of any kind. 8 were also known for crime, including 4 for drug cases and 3 for violence. One of the volunteers, Abo Isa, was a hardened criminal : he was jailed three times and was sentenced 15 times .

    Of the 18 Swedish , 8 were killed in Syria. Abu Kamal suffered a shrapnel tank shell fatal wound in Aleppo, January 2013. In mid- March , a video presents him as a member of al- Kataib Muhajirin , a British has also perished during the same operation. Abu Omar was killed in April 2013 by a rocket RPG ; again , it would have served with a radical group. Abu Dharr , who had conducted the first propaganda video in Swedish , was killed in April 2013. Abu Abdurahmann was killed in June 2013 in the province of Idlib , he was also part of al- Kataib Muhajirin . Two brothers, Abu Maaz and Abu Osman, also died in Syria. They were killed in an attack on a regime checkpoint near Abu Zeid , close to the Krak des Chevaliers in the province of Homs. Abu Maaz died driving a kamikaze car and older brother in the exchange of fire that followed. They served in Jund al -Sham . Another brother was killed 18 months earlier , in 2012, during sectarian clashes in Tripoli, Lebanon. Abu Omar Kurdi was killed in August 2013 during the assault on the airbase of Minnagh . In addition to the 8 dead identified two others might have been Swedish : Adam Sully Wali killed by a grenade March 29, 2013 (the only Swede who had joined the Free Syrian Army and not a radical group) and Abu Mohammad al -Baghdadi , who was killed in late August 2013. All Swedes joined , except Wali, radical groups : al- Nosra , Kataib al- Jund al- Muhajirin and Sham . Some even joined the ISIS . Many are strongly suspected of war crimes .

    9 out of 18 Swedes were identified previously linked to terrorism or jihadism. Isa al- Suedi is the younger brother of a man condemned for the preparation of a Mumbai -type attack against a Danish newspaper , with three other men from Sweden. He was arrested at the border with Somalia in 2007 and in Waziristan in 2009. Abu Omar was the son of an Albanian jihadist from Kosovo . One of the uncles of the siblings was imprisoned for participating in the preparation of an attack against trains in Germany in May 2006 , and another was the fourth supervisor of the Lebanese Fatah al -Islam movement, and was killed by the Lebanese army in May 2007. Abu Dharer Filippino announce from Syria in late October 2012 he was trained in Pakistan in 2001 by the LeT . He returned to Sweden in spring 2013 and has since intense propaganda for jihad . The typical profile of Swedish volunteers is quite targeted a young man , southwestern Sweden, probably from the suburbs of Gothenburg, a Syrian immigrant family but not without employment, already convicted of crime. Friends or relatives can connect to terrorism or jihadism.


    Chechens and North Caucasians : small but influential


    Chechens are also among the foreign parties in the Syrian uprising16. The first North -Caucasian fighters are reported in the month of August 2012. The volunteers for Syria is not without cause discord , especially among Chechens and Ingush, because the local fight is always considered more important , against Russia , that the foreign wars as the Syrian conflict. Rustam Gelayev was the first Chechen killed in August 2012. Since then, including Chechens formed the backbone of the Jaysh al- Muhajireen wal al- Ansar , a ISIS-releted group rallied in November 2013 (see below) . We found in Syria not only Chechens and North Caucasians from the region in question, but also community members in exile or refugees near the borders of Caucasus17.

    Three commanders , Emir Muslim , Emir Seifullah and Emir Abu- Musaaba won Syria October 31, 2013 and formed a new group under the authority of Muslim, who previously headed Jundu Sham . Muslim probably attracted to it some fighters serving under the emir Umar Shishani , men who fought in Chechnya and Dagestan. They are experienced fighters who also also know that Muslim has important links with donors in the Middle East since the time of Ibn al- Khattab .

    Arab replace fighters leaving Shishani , but it will be difficult to maintain the cohesion of a group of men he does not necessarily speak the language . Most volunteers Chechen from Europe , however, seem join this group. In December 2013 , Muslim claims he have 1,500 fighters while Shishani align 600. Both groups have Chechens , other nationalities of the Caucasus and Arabs , Syrians or not. There are also other groups with Chechens. Abu Musa , who arrived in Syria in 2012, lead a group of 300 men. Jamaat group Caliphate of Amir Abdulkhakim count 100 militants. If Shishani recognizes the authority of Doku Umarov , the leader of the Chechen insurrection against the Russians , this is not the case of Muslim . Furthermore , Shishani is integrated in the structure of the ISIS unlike Muslim . The emir Salaudin , Umarov 's representative in Syria, became the leader of the Caucasian volunteers. In Chechnya itself , the influx has increased since the fall but for now concerns a maximum of 100 people, including perhaps some women. But the Chechens have incorporated the most powerful groups in the insurgency and their influence is probably unrelated to their actual number .


    The Germans continued radicalization


    Germany , unlike France or the United Kingdom within the EU, opposed sending military assistance or direct intervention to topple Bashar al -Assad18. This has not prevented a growing number of Germans to join the jihad in Syria. German media also talk in recent months of a true German "boot camp " in Syria to attract volunteers practicing the language of Goethe . The phenomenon is not new . In 2009, a "German" camp was thus installed in Pakistan to supply the Islamic Movement of Uzbekistan related to al- Qaeda. In 2012, the German intelligence evokes genuine German " Salafist colony " in Egypt , including more than 60 fighters , including the famous rapper Denis Cuspert ("
    Deso Dogg"), which had escaped the vigilance of the German security services and fight now in Syria. In mid- November 2013, the German police also stated that "Deso Dogg" plans to conduct attacks against Germany, that he immediately denies in a video. There are rumors of his death in late November 2013, but it seems rather that he is hospitalized in Syria or in Turkey.

    The Germans , from a specialist, are not in the majority in al- Nosra and ISIS, which are victims of "
    spy mania " distrust new converts as "Deso Dogg". The German security services had already been put on the spot in 2012 by the New York Times which stated that a Tunisian who might have served as a bodyguard to bin Laden a year before the September 11 attacks had lived quietly in Germany for some time . Sami A. , because of his experience and training in the camps in Afghanistan, would have been a source of influx of volunteers for jihad . The latest estimate is that 230 Germans , in the high case , which would have left Syria. In March 2013, the number was only 60 , before moving to 150 in August. The Land of Hessen had to install a special monitoring device to curb departures teenagers to the Syrian jihad. From 23 cases studied, most of the recruits were under 25 years and 9 are still in school . The Minister of Interior has created a device to differentiate radical tendencies among the candidates initially on the model of what has been done to neo-Nazi and extreme right-wing movements.

    German fighters had also participated in the massacre of Syrian Christians . Germany fears that the return of these fighters boost the radical Salafist fringe and the tension is high with Turkey , accused of having maintained a porous border with Syria and have favored the access of European volunteers to the battlefield.


    Volunteers of Central Asia


    Numbers of Central Asia foreign fighters climbed in 2013 , and those who return may boost the destabilization of regimes after syrian experience19. Already in March 2013, the Jaysh al- Muhajirin wal- Ansar group , dominated by Chechens and North Caucasians, have already announced to have Central Asian fighters. Two months later , a Tajik newspaper confirms that the citizens of this country have gone through training camps in Syria. In June , a site confirms that Uzbek Tajiks gained Syria and recruiters also would draw on seasonal workers who leave for Russia. A year earlier , in 2012, a report in the Guardian mentioned Turkish smuggler working with djhadistes who claimed to see many Uzbeks cross the northern border of Syria.

    The same month of June 2013 , Kazakhstan stops 8 of its citizens seeking to raise funds to finance a trip to Syria . In July, a Kazakh nicknamed Abu Muadh al- Muhajir calls via video from Damascus his countrymen to engage in jihad . The Kyrgyzstan for its part recognizes that twenty national parties are likely to fight in Syria, and also mentions hold others arrested at airports. There are also Chinese citizens. In March 2013, a Han converted to Islam , Yusuf al- Sini (Bo Wang) , appears in a video Jaysh al- Muhajirin wal -Ansar . Another video from al- Nosra seems to stage a Uighur , called the "Chinese jihadist" . Islamic Party of Turkistan , based in Pakistan and run by Uighurs have sent fighters to Syria.

    It seems that the volunteers of Central Asia , due to difficulties in adapting to the Syrian context, have aroused deep resentment among the people of the north , where they are involved in majority. That is why the Syrian fighters have sometimes encouraged them to return home to pursue jihad . China in July 2013 reported the arrest of a Uighur student who studied in Istanbul and then fought in Aleppo and have prepared attacks in Xinjiang. 15 people behind an attack against a police station and its surroundings Turpang in June were denied departure for Syria and would have led a local operation . On 12 September, at the summit of the Shanghai Cooperation Organization in Bishkek, Kyrgyzstan announced that he dismantled a cell of the Islamic Jihad Union , which would target the summit. Moreover, it has long been known that many thousands of Central Asian fighters were involved in Afghanistan, including members of the Islamic Movement of Uzbekistan , on the northern borders of the country , in the provinces of Kunduz and Takhar.


    The Turks : organized networks ?


    For three decades , Turks involved in external conflicts with foreign fighters20 . They fought in Afghanistan ( against the Soviets and the West ) , Iraq , Bosnia, and the North Caucasus, some even held senior positions in the armed groups. Cevdet Doger , alias Emir Abdullah Kurd , was the second in command of the North Caucasus fighters before his death in May 2011. In August 2012, a Turkish journalist reported the death of four Turkish soldiers near Aleppo , which then operated at least 50 men of the same nationality.

    Jihadists offer a wide range of data online in Turkish , as do the Facebook pages of al- Nosra or ISIS . Videos of Turkish fighters , justifying their action and calling for jihad volunteers are posted regularly. The Emir Seyfullah , a Chechen who lived in Turkey and who leads a breakaway faction of the group Jaysh Ansar al- wa Muhajirin, now rallied to EIIL group, is directly addressed to the Turks in a video dated July 2013. Many fighters from the North Caucasus were still living in Turkey in recent years. A video posted in July 2013 also lists 27 Turkish "martyrs" fallen in Syria, most of them from the east : Gazianatep , Diyarbakir , Adana . The age of martyrs is 17 to much older people.

    Ahmet Zorlu , 30, alias Emir Ahmed Seyyaf , was killed with four other Turks during an operation to Han el Asel near Aleppo . Arrived in Syria a few months earlier , Zorlu likely led a group of Turkish soldiers. Abdurrahman Koc , from the province of Adiyaman, was an old man, head of a religious association. He arrived in Syria in January 2013 and was killed by a sniper during the siege of the airbase of Minagh in July . One of his associates, Yakup Senatas of Kurdish origin, was also killed on July 25 at the same location . Metin Ekinci was killed a year earlier , in July 2012, Aleppo. Member of a religious organization rather moderate , it is the brother of Azaz Ekinci , involved in the attack against the HSBC building in Istanbul November 20, 2003, an organized attacks by al- Qaeda in the city who have claimed the lives of 57 people.


    Belgians : the weight of Sharia4Belgium


    Belgium has a long-standing relationship with its dual Maghreb or Turkish immigrants . In the 1960's , the Moroccan and Turkish immigration was encouraged in order to provide cheap labor for the coal and steel industry , which allowed Belgium to take its place in European construction. The decline of heavy industry has not led to the departure of these immigrants . Today , some people of the third and fourth generations are on the margins of Belgian society. Part of the immigrant youth of Moroccan origin rocker in crime from 1980-1990 .

    Capitalizing on these integration difficulties, the party Sharia4Belgium was born March 3, 2010 . Salafi spokesman Fouad Belkacem , is persona non grata in the public square . After several lawsuits and public pressure , the party is finally dissolved Oct. 7, 2012 . The war then raging in Syria for a year and a half. It takes a few months to get the first information about the Belgian and Dutch volunteers left to join the jihad in Syria. As regards Belgium, the first people is identified in March 2013 , with the Flemish language on videos posted from Syria . Parents Brian De Mulder and Jejoen Bontinck recognize their sons on videos. The far-right Vlaams Belang managed to indoctrinate a family for propaganda while the father of Bontinck went to Syria to look for his son . All blame Sharia4Belgium21.

    On 10 April 2013 a Belgian weekly published an article on national jihadists , saying that 12 of them have already been killed (figure still unconfirmed) . In June, two newspapers provide information on the quota after the death of Abd ar -Rahman Ayashi , a Franco - Syrian who had left Belgium in 2012 after 8 years of jailing. He became battalion commander in the group Suqour as -Sham , leading no less than 600 men in combat. He was the son of Sheikh Bassam Ayashi , a Syrian from Molenbeek , Brussels. The family is monitored by the Belgian authorities since at least September 2009. A few months earlier , a friend of Ayashi , the French Raphael Gendron, was also killed in Syria. Other Belgians died in combat, there are also Abouallal Nur ad Din , member Sharia4Belgium , killed July 25, 2013 . 33 other members of the group are still fighting in Syria in September, which Hussyan Elouassaki , alias Abu Fallujah , which lead the brigade Ansar Majlis Shura al- Mujahideen , near Aleppo , who committed beheadings . The number of Belgians already left to Syria is then evaluated to 150-200 .


    The Spaniards


    In December 2013, Spanish experts believed that 17 people had traveled to fight in Syria within djihadists groups22. 11 are Spanish citizens and 6 other Moroccan immigrants living in Spain. Most come from Ceuta, the Spanish enclave in Moroccan territory , which has 85,000 inhabitants , of which 37 % are Muslim . Ceuta Spaniards which start for Syria from the month of April 2012 belong to the poorest social classes. Moroccans are also parties mainland cities such as Girona and Malaga. They are all men, aged 16 to 49, most are between 25 and 30 years old and married. Except maybe 3 or 4 of them , none had special bond with jihadist networks . At least two , however, had participated in jihadist events held since 2008 in Ceuta and a municipality in the province of Cadiz. The exception is Muhannad Almallah Dabas , a naturalized Spanish Syrian who was part of the Spanish cell implanted by al- Qaeda since the mid-1990's before being disbanded in November 2001. Dabas was arrested and tried for the attacks in Madrid in 2004, before being released. He then moved to Syria where he is in charge of logistics for al- Nosra , with his young son .

    Spaniards join especially al-Nosra or ISIS, or Harakat al -Sham group of Moroccans. Those who lack djihadist experience undergo a process of radicalization in Ceuta or in neighboring towns as Moroccan Castillejos . Two or three recruiters operating across the border in a hierarchical network : it promotes volunteerism by providing money to families. Volunteers earn Algeciras ferry, then join Malaga or Madrid where they are flying to Istanbul. Once in Turkey, they are routed in the border province of Hatay , where group members responsible for collection make them cross the border. Sometimes flights depart from Istanbul to Casablanca. In Syria , the volunteers go through training camps. Some are assigned to kamikaz bombers cells -three cases were identified . In addition to the Spaniards having joined jihadist groups , at least 25 others have also previously joined the Free Syrian Army and may have changed since allegiance .


    On the battlefield , what can we say about the intervention of foreign volunteers ?


    It is common to read, when we talk about war in Syria, the al-Nosra gathers mainly Syrian fighters while ISIS especially includes foreign volunteers . It is true that most Sunni foreign fighters joining the ISIS , but they also contribute to other formations23.

    Jaysh al- Muhajireen wa al -Ansar is controlled by Omar ash-Shishani, a veteran of the Georgian army . In May 2013, it was named emir of northern Syria by the Head of ISIS, a sector which includes the provinces of Aleppo, Raqqa , northern Idlib and Latakia . Following this designation, the Shishani's Omar becomes a screen of ISIS. If the designation of origin is preserved, it is to show a wider ideological front there , when in reality , the group is only a reflection of the ISIS . The same phenomenon is observed with many Iranian militias fighting for regime. In August 2013, the group plays a crucial role in breaking the airbase of Minnagh , under the command of an Egyptian, Abu Jandal al- Masri . Late November 2013 , a new division is born between those who remain faithful to the ISIS Shishani and those who retain the "label" of origin and have a new commander , Salah ad -Din ash- Shishani . It now leads the group which includes the Chechens and Caucasians who refused to swear allegiance to the ISIS partly because they had already done to the Emir of the Caucasus, Umarov . Part of fighters , led by al- Seyfullak Shishani , the second of Omar that he had expelled this summer, apparently fought with al-Nosra front during the recent capture of al -Kindi hospital in Aleppo24. This fraction , called the Mujahideen of the Caucasus and the Levant , is separated from the Omar Shishani group since August 2013. Its leader, Emir Seyfullak, is regularly intervened before the split in the band's videos in Russian. It is a native of the Chechen Pankisi Gorge , Georgia , who has long lived in Turkey, which houses a Chechen exile community (1500 people)25 . In December 30, 2013, al- Shishani Seyfullak solemnly swear allegiance to Abu Mohammad al- Joulani , the leader of al- Nosra26.

    Jamaat Jund ash-Sham is a battalion based in the rural western province of Homs. Founded by Lebanese fighters , it also includes Syrians. The group approaches the ISIS but it not hostile to al- Nosra . Sunni Lebanese activists pro- EIIL Tripoli relay informations from the group, suggesting links with this community.

    Green Battalion emerged in August 2013. It is close to ISIS and al-Nosra but is distinguished by its independence, and to do this, this emblem changed , for example, in September. The group is led by the Saudis but also includes Syrians. He has conducted joint operations with the ISIS and al- Nosra in the mountains of Qalamoun , as well as other important groups as Jaysh al -Islam, in the desert areas of the province of Homs held by the regime - where he also claimed to have seized numerous weapons . This is the Green Battalion , in connection with the ISIS , who took over the city of Deir Atiyeh during the "battle" of Qalamoun before the city was conquered by the regime and its Shiite militiamen .

    Sham Harakat al -Islam was founded in mid- August 2013 by Moroccan fighters. He participated in the offensive in the province of Latakia in summer 2013 and has also collaborated with al- Nosra in Aleppo province , including an attack on the central prison of the city, which has not attended the ISIS. During the offensive of Latakia , the group lost a Moroccan former detainee at Guantanamo , Mohammed al- Alami, who came from Ahrar al -Sham group . We also know that 11 other Moroccans were killed in early August 2013 during fighting against the regime : they joined the Free Syrian Army in May and came from the province of Al -Haouz . Another veteran al- Qaeda of Moroccan origin, Ibrahim bin Shakaran directs the group. In September 2013 , an estimated 50 to 100 Moroccans had left to fight in Syrie27. The group is virtually linked , in fact, to al- Nosra , "official" branch of al- Qaeda in Syria. It also boasts a commitment that serves as a kind of workout bench so that the fighters then return to Morocco and the Maghreb to fight against the regimes. Recently, Aymenn Jawad al- Tamimi identified Mizouz Mohammed , alias Abu al- Izz al- Muhajir , a third Moroccan former detainee at Guantanamo now part of Harakat al- Sham Islam28. The group recently participated in the capture of al -Kindi hospital in Aleppo , alongside al- Nosra and Islamic Front.

    Suqur al- Izz , as Green Battalion, was created and is run by Saudis, at odds with al- Nosra and ISIS , even if the logo and certain statements seem to bring this independent battalion to ISIS . Born in February 2013, the group operates in the province of Latakia , and participated in the coordinated offensive with al- Nosra and ISIS . Among his martyrs , there are an Indonesian and Syrians killed mainly Aleppo in late November 2013.

    The Lions of Caliphate battalion is also based in Latakia and was founded by an Egyptian, Abu Muadh al- Masri . In mid- November 2013 , it announced his support for the ISIS . The Jund Allah brigade in Bilad ash- Sham is a group that operates in the provinces of Idlib and Hama and has its own battalion of foreign volunteers .

    It remains difficult to accurately assess the number of foreign fighters in Syria, but lists of martyrs (killed in action) , however, permit fine enough to assess losses and see the country of origin of volonteers. In December 2013, with a total of over 1,100 jihadists killed in Syria , which represents a very significant increase for the year, there were only 85 in February and 280 in June. The 9 most represented countries confirm a domination of Arab recruitment29.

    Source :
    Aaron Y. Zelin, « Foreign Jihadists in Syria: Tracking Recruitment Networks », Policy Watch 2186, The Washington Institute for Near East Policy, December 19th 2013.

    One of the most interesting lessons of recent statistics is the growing importance of the number of Saudi volunteers and losses accordingly. Just 20% of 11 00 records provide affiliate group of martyr , but in those which are known , al- Nosra and ISIS dominate . We also know that 15 Saudis come from the province of al- Qassim , and perhaps another 22 from the provincial capital , Buraydah . The most surprising is that the largest contingent seems to come from Riyadh , the capital. Libya is also a flagship location, a real hub for Syrian jihadists. Groups like Ansar al -Sharia have provided training Libyans, Tunisians and other North Africans. Syrians even came acquire training on site before returning to their country. In Tunisia , recruitment seems more widespread across the country , which seems to attest to the importance of networks in place to supply the Syrian jihad , including groups like Ansar al -Sharia.
    .
    We know the place of death of 760 martyrs of 1 100 . They died in 12 of 14 provinces Syrian , with the exception of Tartous , bastion of the regime, and Quneitra . The heaviest losses occurred during the offensive in the summer of 2013 called "Cleaning the coast" , near Latakia , another stronghold of the Syrian regime . Of the 88 jihadists who were killed here , 50 were in August , during that offensive. The largest losses are still concentrated in Aleppo, a rebel stronghold where the fightings were among the heaviest.


    Conclusion


    The influx of foreign volunteers resulted in important consequences30. He contributed not only to strengthen the most radical factions of the Syrian uprising , but he also revitalized radical communities in the countries where these parties are voluntary . This influx , which probably mark an entire generation of jihadists fighters , is facilitated by the relatively simple conditions of access to Syria , particularly because many states support the same camp as these fighters , which inhibits the suppression of such transit . In addition, the northern border of Syria is controlled by the rebels , leaving Turkey, one of the mainstays of the insurgency as the only "border guard " and unwilling to stop the flow . Volunteers can go well in Syria, return to their country of origin for recruitment and propaganda , or leave. The large number of women from Europe also shows a change in attitude on the part of radicals. In addition, the very localized nature war in Syria make that the fighters can not necessarily be exposed to fire immediately , or even at all, which approximates Syria from Afghanistan under the Soviets. The Syrian conflict also reflects sectarian fracture lines that had been seen in Iraq , which traditionally do not attract foreign volunteers : but the important thing here is perhaps more who to help , rather than those to fight. The scale and speed of mobilization of foreign fighters have been greatly accelerated by the Internet and social networks , but also because the authorities of the country of origin does not have a systematic repression , as has been said. This explains , for example, the number of European volunteers has tripled in 6 months.


    Bibliography


    Samar Batrawin « The Dutch Foreign Fighter Contingent in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 10, October 2013, p.6-10.

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    Aaron Y. Zelin, Sami David, « Up to 11,000 foreign fighters in Syria; steep rise among Western Europeans », The International Centre for the Study of Radicalisation, December 17th 2013.

    Aaron Y. Zelin, « Foreign Jihadists in Syria: Tracking Recruitment Networks », Policy Watch 2186, The Washington Institute for Near East Policy, December 19th 2013.



    1Sura 8, verse 39 of the Qur'an.
    2Read the interview with Tom Cooper, I conducted on this subject: http://lautrecotedelacolline.blogspot.fr/2013/12/la-guerre-civile-syrienne-interview-de.html
    3Aaron Y. Zelin, « CSR Insight: European Foreign Fighters in Syria », The International Centre for the Study of Radicalization, April 2nd, 2013.
    4http://www.sueddeutsche.de/politik/radikale-islamisten-staffellaeufer-des-heiligen-kriegs-1.1845410 Thanks to Florent de Saint Victor for providing me the link in question.
    5Aaron Y. Zelin, Sami David, « Up to 11,000 foreign fighters in Syria; steep rise among Western Europeans », The International Centre for the Study of Radicalisation, December 17th, 2013.
    6Aron Lund, « Who Are the Foreign Fighters in Syria? An Interview With Aaron Y. Zelin », Carnegie Middle East Center/Guide to Syria in Crisis, December 5th, 2013.
    7Zia Ur Rehman, « Pakistani Fighters Joining the War in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 9, September 2013, p.9-11.
    8Suha Philip Ma’ayeh, « Jordanian Jihadists Active in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 10, October 2013, p.10-13.
    9Aaron Y. Zelin, Sami David, « Up to 11,000 foreign fighters in Syria; steep rise among Western Europeans », The International Centre for the Study of Radicalisation, December 17th, 2013.
    10Mona Alami, « The Jordanian Connection », NOW., December 19th 2013.
    11Raffaello Pantucci, « British Fighters Joining the War in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 2, Februar 2013, p.11-15.
    12Shiraz Maher, « ICSR Insight: British Foreign Fighters in Syria », The International Centre for the Study of Radicalisation, October 15th 2013.
    13Juha Saarinen, « GUEST POST: The History of Jihadism in Finland and An Early Assessment of Finnish Foreign Fighters in Syria », Jihadology.net, November 21st 2013.
    14Andrew Zammit, « Tracking Australian Foreign Fighters in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 11-12, November 2013, p.5-9.
    15Per Gudmundson, « The Swedish Foreign Fighter Contingent in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 9, September 2013, p.5-9.
    16Mairbek Vatchagaev, « Chechens Among the Syrian Rebels: Small in Number, but Influential », Eurasia Daily Monitor Volume: 10 Issue: 223, The Jamestown Foundation, December 12th 2013.
    17Mark Youngman, « The North Caucasus Insurgency’s Syrian Balancing Act », Jihadology.net, 7 septembre 2013.
    18Benjamin Weinthal, « The German jihadists' colony in Syria », The Long War Journal, 19 décembre 2013.
    19Jacob Zenn, « Increasing Numbers of Central Asian Jihadists in Syria », The Central Asia-Caucasus Analyst, October 2nd 2013.
    20North Caucasus Caucus, « Turkish Fighters in Syria, Online and Off », Jihadology.net, August 20th 2013.
    21Pieter Van Ostaeyen, « Belgian Jihadis in Syria », Jihadology.net, September 5th 2013.
    22Fernando Reinares et Carola García-Calvo, «  Jihadists from Spain in Syria: facts and figures », Elcano Royal Institute, 12 décembre 2013.
    23Aymenn Jawad Al-Tamimi, « Musings of an Iraqi Brasenostril on Jihad: Muhajireen Battalions in Syria », Jihadology.net, December 13th 2013.
    27Vish Sakthivel, « Weathering Morocco's Syria Returnees », PolicyWatch 2148, The Washington Institute, September 25th 2013.
    28Aymenn Jawad Al-Tamimi, « EXCLUSIVE: Moroccan ex-Guantánamo Detainee Mohammed Mizouz Identified In Syria », Syria Comment, December 22nd 2013.
    29Zelin, « Foreign Jihadists in Syria: Tracking Recruitment Networks », Policy Watch 2186, The Washington Institute, December 19th 2013.
    30Thomas Hegghamer, Syria's Foreign Fighters, Middle East Channel, Foreign Policy. Thank you Stéphane Taillat for giving me this article.

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    Le magazine 2ème Guerre Mondiale n°52 sera prochainement disponible en maison de la presse, kiosque, etc. J'y contribue de manière plus significative que dans le numéro précédent.

    Je signe tout d'abord le dossier sur le "triangle sanglant", la grande bataille de chars des premiers jours de Barbarossa sur la partie sud du front de l'est, entre le Panzergruppe 1 et les corps mécanisés soviétiques du district militaire spécial de Kiev. Un affrontement qui a été relativement délaissé dans la presse spécialisée, et même dans l'historiographie tout court jusqu'à une date récente, je m'en explique dans la conclusion du dossier. Je tiens à souligner que je propose ici un point de vue essentiellement soviétique des combats, et volontairement : cela est lié aux sources que j'ai utilisées (certaines russes) mais aussi à une démarche qui consiste à ne pas re-présenter les énièmes récits de cavalcades de Panzer dans l'Ukraine soviétique, à l'image de ce qu'ont pu faire les éditions Heimdal avec la 11. Panzerdivision, souvent l'objet de ces textes d'ailleurs ce sujet, ou d'autres. Pas de Panzerporn sur ce coup-là, vous êtes prévenu.

    Vous trouverez également dans ce numéro la seconde partie de la réflexion sur la stratégie défensive japonaise dans le Pacifique, qui couvre cette fois la période allant de la chute des Mariannes à la défaite finale de l'Empire du Soleil Levant.

    Enfin, petit défi qu'il m'a fallu relever pour la chronique cinéma, car d'habitude c'est moi qui sélectionne le film que je vais traiter : Nicolas Pontic m'a imposé Far Away, les soldats de l'espoir (2011), qui traite d'une anecdote assez hors du commun que le film sud-coréen a rendu assez connue désormais. Défi assez bien relevé, même si j'aurais voulu pouvoir disposer de davantage de sources.

    Une vidéo abordant au moins le dossier, peut-être une sur le film, et des compléments suivront dans les prochains jours. Bonne lecture !

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    Ci-dessous, vidéo de présentation du dossier du dernier numéro de 2ème Guerre mondiale sur le fameux "triangle sanglant", le gigantesque combat de chars dans la première semaine de Barbarossa en Ukraine, entre le Panzergruppe 1 et les corps mécanisés soviétiques du secteur. A noter d'ailleurs que le Deutsche Wochenschau, dont je me suis servi pour illustrer la fin de la vidéo, montre très peu d'images des premiers jours de combat au sud du front de l'est, contrairement au nord et au centre, preuve que les combats ont été difficiles.




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    Pour changer un peu, un commentaire audio de la chronique cinéma du n°52 de 2ème Guerre Mondiale, qui porte sur le film Far Away, les soldats de l'espoir, qui cette fois n'est pas un choix personnel mais m'a été imposée. Je ne sais pas si la forme est mieux mais je trouve ça plus intéressant.



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    Nicolas Aubin nous propose une nouvelle fiche de lecture.


    Henri de Wailly est un auteur que j'ai plaisir à lire tant il sait distiller de l'émotion dans ses ouvrages.

    "Le coup de faux" constitue le premier tome d'une quadrilogie concernant les batailles d'Abbeville à la fin mai 1940. Il sera suivi de "Weygand, De Gaulle et quelques autres", puis "De Gaulle sous le casque" et enfin "La victoire évaporée". Ecrite sur une vingtaine d'année de recherches tous azimuts, cet ensemble forme une brillante et précise description des événements qui ont frappé Abbeville. Ne nous trompons pas, quand de Wailly se lance dans cette quadrilogie, ce qui l'intéresse, c'est sa ville ; Abbeville mais au fil de ses recherches, l'étude va vite dépasser la petite monographie locale pour brosser remarquablement l'esprit de ce qu'a été la campagne de France.

    La première force de De Wailly c'est d'avoir collecté des centaines de témoignages des militaires (à l'exception des Allemands qui tous ont refusé de parler) mais aussi et surtout 150 civils pris dans l'enfer de la bataille, d'avoir consulté de nombreuses archives disponibles tant publiques (SHD, Public Record Office, Archive départementales et communales…) que privées. Cela lui permet de décrire les événements avec une précision et une humanité exceptionnelle.

    Cette humanité est à mon sens la 2e qualité de cette série. Jamais la dimension criminelle de la guerre n'est oubliée… cela pourra énerver les amateurs "d'art de la guerre" mais en ces temps de frappe chirurgicale, faire connaitre cette dimension aux jeunes générations me semble indispensable. Les individus y sont happés et broyés.

    Qu'en est-il de ce premier volet ? "Le coup de faux" est sous titré "assassinat d'une ville" car l'auteur cherche à décrire et comprendre les causes des violents bombardements qui ont frappé la ville le 20 mai 1940. Parallèlement il décrit avec force détails sa conquête par la Kampfgruppe Von Prittwitz de la 2. Pz-Div. en n'omettant pas la participation anglaise à la bataille.

    Le plan de l'auteur est celui d'un enquêteur, il part des faits : l'horreur du bombardement restituée par une description maison par maison, famille par famille plongée dans l'incendie de cette belle journée de mai. Il n'oublie pas les réfugiés, ni l'assassinat sauvage de 21 d'entre eux suspectés d'être des espions. Il passe ensuite à la bataille suivant la montée en ligne de la 35th brigade anglaise, son isolement et sa destruction en fin de journée dans le plus complet anonymat et l'extrême confusion qui anime les états-majors alliés. Enfin il termine par la bavure de la Luftwaffe qui attaque le soir une ville déjà conquise.

    Dans un 2e temps il revient sur le coup de faucille, suit la préparation allemande en remontant à la guerre d'Espagne, puis accompagne rapidement les Schützen le long du corridor jusqu'à Abbeville. De Wailly offre donc un contrepoint mais toujours avec le souci de s'effacer derrière le témoignage et l'anecdote, mais l'anecdote bien choisie celle qui apporte, éclaire tout en dynamisant le propos.

    Le style est direct, parfois péremptoire et l'auteur ne mâche ni ses mots ("boucherie, assassinat, incompétence, absurdité, horreur, misère…"), ni ses commentaires sur les occasions et les vies gâchées... La guerre n'y est ni fraiche, ni joyeuse… le plus souvent tragiquement absurde. Les amateurs d'ordres de bataille, de cartes détaillées, d'analyse stratégique ou de doctrine en seront pour leur faim car ici on traite de l'humain, de sa grandeur (Le Moyne) et de sa misère (les assassinats de part et d'autre). De Wailly dresse un remarquable tableau de l'ambiance de cette campagne.

    Il y a sous la plume de De Wailly une volonté édificatrice indéniable :"L'horreur d'Abbeville n'est pas exceptionnelle. Elle est banale au contraire, dans l'Europe de ces années là. Après celui de Guernica – le prototype -, auprès de Varsovie, Rotterdam, Coventry, Leningrad, Dresde..; le massacre d'Abbeville est une anecdote. Si l'on mesure l'horreur à l'échelle de meurtres collectifs, Abbeville n'arrête pas l'intérêt. L'assassinat industriel de foules anonymes, l'écrasement de villes irremplaçables, la mort lente d'enfants brûlés près du cadavre de leur mère, l'ignominie de ces combats qui n'en sont pas, de ces combats sans adversaires, tout cela va s'étendre. Il n'y a pas de leçon à tirer, ni d'horreur à dénoncer : la guerre nous a appris bien pire". Il y a pourtant bel et bien une leçon de tirée une fois le livre refermé…

    N'y cherchez pas des analyses stratégiques, des plaques d'immatriculations, des commentaires abscons sur les comparaisons de blindages, des discussions d'états-majors, des digressions sur les relations entre Hitler et ses généraux, ce n'est pas son propos… le propos est local et humain. Il est clair que la place essentielle accordée au témoignage oblige le lecteur à faire preuve de recul critique sur des points de détails ou en marge du sujet… mais cela ne remet en rien le propos en cause et la ligne directrice de De Wailly est solide.

    Bref un livre qui ouvre une quadrilogie que j'adore, indispensable pour sentir les événements même si elle ne se suffit pas.


    Nicolas Aubin

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    Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.


    Mise à jour 1  (7 janvier 2014) : après la publication d'un nouvel article d'A. Lund.



    A partir du 3 janvier 2013, l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe constitué essentiellement de combattants étrangers et mené par Abou Bakr al-Baghdadi, a été chassé d'une bonne partie de son territoire du nord de la Syrie par plusieurs autres factions rebelles. Cette éruption ne doit pas surprendre : elle n'est que la conclusion assez logique de près de six mois de tiraillements et de tensions entre une formation considérée comme étrangère au contexte syrien par bon nombre de groupes rebelles, même si certaines factions avaient toujours voulu maintenir le contact avec l'EIIL. Plus largement, l'affrontement nous en dit beaucoup plus sur l'état de la recomposition de l'insurrection syrienne et sur ses dimensions régionales et internationales, via les soutiens extérieurs.


    L'EIIL : au-delà d'al-Qaïda ?


    L'Etat Islamique en Irak avait été formé en octobre 2006 et la branche d'al-Qaïda en Mésopotamie était partie intégrante, et dominante, de cette organisation. Le successeur d'al-Zarqawi en Irak, Abou Hamza al-Muhajir, avait prêté allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, alors émir de l'EII. En 2007, Zawahiri avait fait de l'EII la branche officielle d'al-Qaïda en Irak, reconnaissant la place dominante prise cette fois-ci par l'organisation1.



    Le 9 avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi, nouvel émir d'EII depuis la mort d'Abou Omar al-Baghdadi en avril 2010, annonce par un enregistrement vocal que le front al-Nosra n'est qu'une couverture pour les activités de l'EII en Syrie. Baghdadi annonce également que désormais les deux groupes djihadistes vont fusionner sous l'appellation d'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le chef du front al-Nosra, Abou Mohammad al-Golani, n'est pas favorable à une telle fusion, de peur de perdre sa place au sein de l'organisation. Il admet cependant avoir combattu en Irak sous les ordres de Baghdadi, et que le front al-Nosra a bien reçu des armes, des combattants et des fonds de l'EII. Al-Golani renouvelle son allégeance à Zawahiri, de façon à placer celui-ci en position d'arbitre, d'autant qu'il y a des désaccords de fond entre l'EII et al-Qaïda « central » -par exemple sur le sort à réserver aux populations chiites du monde musulman. Zawahiri prend le parti de Golani et intime à Baghdadi de demeurer uniquement en Irak, ce que celui-ci refuse de faire.


    La plupart des combattants d'al-Nosra rejoignent alors l'EIIL, et particulièrement les volontaires étrangers, en particulier ceux qui viennent de Libye, de Tunisie et des pays du Golfe. Début mai 2013, le gros de l'armée Muhajirin wa Ansar, un groupe majoritairement composé de Tchétchènes et de Nord-Caucasiens, rallie l'EIIL. Son chef, Omar al-Shishani, est nommé émir pour le nord de la Syrie sur les provinces de Lattaquié, Alep et Idlib. C'est le soutien de Shishani qui permet aux insurgés de s'emparer de la base aérienne de Minnagh en août 2013 ; le groupe est également présent à la chute de la base de la 66ème brigade dans la province de Hama en septembre. C'est également Muhajirin wa Ansar qui mène une action conjointe de l'EIIL, d'al-Nosra et du groupe salafiste syrien Ahrar al-Sham contre les milices kurdes de l'YPG.

    Mais l'EIIL ne bénéficie pas seulement de l'apport de combattants étrangers. Des tribus ont rallié sa cause, en particulier dans le nord de la province d'Alep et dans celle de Raqqa. Certaines tribus ont préféré se tourner directement vers les djihadistes au vu de la déliquescence de l'Etat, sans passer par la case Armée syrienne libre ou même par celle islamistes modérés. La tribu Afadila, qui a longtemps soutenu le régime syrien, a ainsi pris fait et cause pour l'EIIL alors qu'elle n'est pas connu pour ses sentiments religieux exacerbés. A Raqqa, l'EIIL cherche à expérimenter la construction d'un véritable Etat dans l'Etat. Son financement abondant lui permet d'assurer le transport, les services publics et sociaux ainsi que la production et la distribution de pain. L'EIIL remplace en fait l'ancien Etat dans le nord-est syrien. Le groupe se démarque ainsi d'al-Qaïda qui n'a jamais tenté de bâtir véritablement un Etat authentique ; par ailleurs l'adversaire est plus pour l'EIIL l'Iran et ses alliés chiites que les Etats-Unis, qui sont en retrait depuis le départ des troupes américaines en Irak de 2011. Structurellement, stratégiquement et politiquement, l'EIIL est donc très différent d'al-Nosra, mieux vu par les Occidentaux, l'opposition syrienne et les islamistes, alors que ce groupe reste la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie.


    L'aboutissement de six mois de tensions


    L'affrontement fait suite à des manifestations dans les localités contrôlées ou non par l'EIIL suite à la mort d'Abou Rayyan, un chef du groupe armé Ahrar al Sham capturé, torturé et exécuté par l'EIIL. Abou Rayyan était responsable du point frontalier de Bab el-Hawa, qu'Ahrar al-Sham avait investi au nom du Front Islamique en décembre 2013, sur requête de l'Armée syrienne libre, afin de contrer, probablement, une mainmise de l'EIIL2. L'EIIL cherchait en effet, par grignotage, à couper la ligne de ravitiallement des rebelles à Alep via la Turquie. Mais l'incident ne vient que conclure une série de provocations et d'abus commis par l'EIIL à l'égard des autres groupes armés. L'EIIL a commencé à empiéter sur le terrain des autres factions rebelles dans le nord-syrien dès l'été 2013 après sa rupture avec al-Nosra. En septembre, l'EIIL prend le contrôle du poste frontalier d'Azaz, à la frontière turque, et multiplie les accrochages avec les autres groupes de la rébellion. L'EIIL n'est pas à l'origine de tous les incidents mais refuse toute explication, tout compromis ou arbitrage, et cette posture intransigeante finit par lui aliéner jusqu'aux groupes salafistes qui avaient essayé de garde le contact, comme Ahrar al-Sham3.

    Fin novembre 2013, Ahrar al-Sham fait partie de la nouvelle coalition du Front Islamique, qui regroupe 7 des groupes armés les plus importants, dont la brigade al-Tawhid, très présente à Alep, et Jaysh al-Islam, un groupe très hostile à l'EIIL qui est très actif à Damas. C'est alors que Baghdadi commence à parler d'un complot contre l'EIIL fomenté par l'Arabie Saoudite sur le modèle du Réveil sunnite en Irak. Les escarmouches se multiplient entre l'EIIL et le Front Islamique et jusqu'avec al-Nosra. Le combat devient véritablement sanglant avec Ahrar al-Sham dans la ville de Maskana, à l'est d'Alep, en dépit du ton mesuré du représentant politique d'Ahrar al-Sham, Hassan Aboud, qui a cependant du mal à garder son sang-froid après l'enlèvement puis l'exécution d'Abou Rayyan.

    Il faut noter que depuis septembre 2013, plusieurs coalitions ont vu le jour au sein de l'insurrection syrienne qui ont toutes un point commun, celui d'exclure les djihadistes. Ces coalitions n'ont pas seulement été montées contre l'EIIL : elles ont aussi souvent rejeté l'autorité de la Coalition Nationale Syrienne qui oeuvre à l'extérieur et elles suivent parfois, également, une logique purement militaire. Mais l'on sent derrière ces mouvements l'influence des soutiens financiers de ces groupes armés, l'Arabie Saoudite, le Qatar et les donateurs privés koweïtiens.


    L'Arabie Saoudite avance ses pions


    Dès le mois d'octobre 2013, certains spécialistes avaient noté que l'émergence de nouvelles coalitions était probablement le signe d'une pression de l'Arabie Saoudite afin de créer une véritable armée pour l'opposition syrienne, afin de contrer les djihadistes4. Riyadh est en effet mécontente de l'accord sur le désarmement chimique du régime conclu entre les Russes et les Américains, et qui a écarté la possibilité de frappes sur le pays, tout en refaisant de Bachar el-Assad un partenaire pour la communauté internationale. La perspective, en outre, d'un accord américano-iranien sur le nucléaire pousse l'Arabie Saoudite à vouloir renverser au plus tôt le dictateur syrien. La décision d'armer et de financer une force de 40 à 50 000 combattants rebelles efficaces a probablement été prise devant l'inanité des efforts d'encadrement des rebelles, dont certains défecteurs, en Jordanie, avec le soutien de certains services de renseignement occidentaux. C'est pourquoi l'Arabie Saoudite s'est tournée vers les groupes déjà existants, le problème étant que les donateurs privés financent également des groupes armés, à leur libre choix, et pas forcément les mêmes que les gouvernements. Jaysh al-Islam, formée le 29 septembre 2013 et dirigé par Zahran Alloush, qui regroupe 43 brigades ou bataillons implantés dans la région de Damas essentiellement, naît probablement de ces choix saoudiens, ce qui a entraîné des dissensions avec les autres groupes locaux, ou non, qui se sont parfois retirés des opérations en cours, faute d'avoir été prévenus.

    Ces derniers mois, en plus de l'Armée de l'Islam, on a assisté à la création d'Amjad al-Sham, le 4 octobre (dans la région de Damas), à celle du Greater Damascus Operations Room, le 6 novembre, à la naissance du Front Islamique, la coalition plus importante, au niveau national, le 22 novembre, à l'Union Islamique d'Ajnad al-Sham à Damas, le 2 décembre, au Front des Révolutionnaires Syriens le 9 décembre (dans les provinces d'Idlib et d'Hama surtout) et enfin à l'Armée des Moudjahidin, le 3 janvier 2014 (provinces d'Alep et d'Idlib). Toutes ces nouvelles coalitions ont en commun d'avoir exclu les djihadistes d'al-Nosra ou de l'EIIL, de les marginaliser, d'une certaine façon, tout en donnant plus de poids aux autres chefs islamistes, préparant ainsi l'affrontement qui s'est déclenché le 3 janvier dernier.

    L'Arabie Saoudite n'est pas la seule à pousser le Front Islamique face aux djihadistes. Les Etats-Unis ont tenté de prendre contact avec le mouvement en décembre 2013, ce dernier rejetant la proposition, sans fournir d'explication5. Le problème est aussi que le Front Islamique, sur le terrain, a maintenu d'excellentes relations avec al-Nosra, qui reste la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie. En outre, certaines composantes du Front Islamique, en particulier Jaysh al-Islam de Zahran Alloush, se sont distinguées par des déclarations sans équivoque à l'égard du traitement à réserver aux minorités. Pourtant, le Front Islamique et ses différents groupes armés sont composés essentiellement de Syriens, avec un agenda local et national, tandis que l'EIIL, qui comporte une majorité de combattants étrangers, défend un djihad sunnite transfrontalier. La collaboration avec al-Nosra, probablement davantage composé de Syriens là aussi, est plus facile, mais pas systématique : dans le nord de la province de Raqqa, al-Nosra et Ahrar al-Sham n'ont pas pu s'entendre pour contrer l'EIIL, alors que Jaysh al-Islam travaille régulièrement avec al-Nosra à Damas.


    Qui combat l'EIIL ?


    Le combat contre l'EIIL, depuis le 3 janvier, est mené principalement, mais pas exclusivement, par deux formations, le Front des Révolutionnaires Syriens et l'Armée des Moudjahidin6. Le premier groupe est né le 9 décembre 2013 par le regroupement de 14 formations souvent locales, avec d'anciens groupes puissants qui se sont délités depuis l'été, comme les bataillons Farouq7. La brigade des Martyrs de Syrie, qui bénéficiait du soutien saoudien, a longtemps été une des plus puissantes dans la province d'Idlib. Ahrar al-Shamal était aussi un autre groupe important dans la même province. Avec la brigade Ahrar al-Zawia, ces brigades se posaient en rivales directes de Suqour al-Sham, un groupe puissant qui a rejoint le Front Islamique. La nouvelle coalition, qui se concentre donc dans la province d'Idlib, semble donc au départ se former en réaction à l'émergence du Front Islamique, qui a également pris le contrôle, sur demande de l'Armée Syrienne Libre, des dépôts d'armes de Bab el-Hawa. Mais derrière cette coalition, il y a aussi la volonté de réorganiser les islamistes modérés ou non alignés, qui ont toujours constitué le noyau de l'Armée Syrienne Libre. Le Front des Révolutionnaires Syriens a été reconnu par la Coalition Nationale Syrienne et par le Commandement Militaire Suprême du général Idriss. C'est donc en quelque sorte un contrepoids à la montée des salafistes du Front Islamique. Le Front des Révolutionnaires Syriens, mené par Jamal Maarouf, le chef de la brigade des Martyrs de Syrie qui est basé dans le Jabal al-Zawiya de la province d'Idlib, a repris des secteurs à l'EIIL dont certains proches du point frontalier de Bab el-Hawa. Maarouf, qui a été un temps largement soutenu par l'Arabie Saoudite, reste proche des pays du Golfe, et reconnaît la Coalition Nationale Syrienne et le Commandement Militaire Suprême d'Idriss, sa structure militaire. Il a également combattu le Front Islamique en décembre 2013 même si les deux groupes sont arrivés à un cessez-le-feu.


    Source : http://i0.wp.com/www.joshualandis.com/blog/wp-content/uploads/a-map-of-fighting-before-jan-3.png





    Source : http://i1.wp.com/www.joshualandis.com/blog/wp-content/uploads/a-Map-of-fighting-2014.png


    Quant à l'Armée des Moudjahidin, qui a surgi le 3 janvier dernier, elle n'est pas non plus le fruit du hasard8. Selon certaines sources, elle participe de la même volonté de créer une force en contrepoint du Front Islamique mais qui n'avait pu s'exprimer faute de soutien financier extérieur et de « patron » capable de susciter l'unité. La lutte contre l'EIIL lui en donne l'occasion. Parmi les groupes qui en font partie, la 19ème division de l'Armée syrienne libre ou les brigades islamiques Nur ad-Din al-Zanki, ces dernières étant incontestablement l'élément le plus puissant. Parmi les groupes concernés, il y a certains factions islamistes qui n'ont finalement pas rejoint le Front Islamique en novembre 2013 ;: certaines sont proches des groupes salafistes anti-djihadistes, d'autres plutôt des Frères Musulmans. La nouvelle coalition a une influence à l'ouest d'Alep, sur la route vers Damas, et au sud-ouest de la ville. Elle se reposerait sur un financement local. L'EIIL, qui disposait de bureaux ou de centres de prêche, s'est rallié, parfois par la contrainte, des formations armées locales de l'ASL, laissant des garnisons de quelques douzaines d'hommes dans les localités conquises, parfois jusqu'à 200 comme dans la région de Dana de la province d'Idlib. Elle s'attaque ensuite aux villes d'Atareb et Orme, à l'ouest d'Alep, suivant sa tactique habituelle qui consiste à isoler les groupes adverses pour mieux les absorber. L'Armée des Moudjahidin est née en réaction à cette menace, capitalisant sur le mécontentement de la population qui a parfois accueilli à bras ouverts les djihadistes devant le comportement peu scrupuleux d'autres insurgés. Selon certaines sources, 5 000 personnes se seraient portées volontaires pour combattre l'EIIL, qui ne peut faire face avec ses petites garnisons isolées. La brigade al-Tawhid, qui fait partie du Front Islamique, aurait rapidement soutenu l'Armée de Moudjahidin : certains y voient le signe qu'en réalité, cette dernière coalition aurait été « préparée » par le Front Islamique, dès le mois de décembre, comme intermédiaire pour combattre l'EIIL -en l'état, difficile d'en savoir plus, il faudra attendre pour saisir véritablement l'essence de cette coalition. En outre, le mouvement aurait encouragé d'autres bataillons assiégés par l'EIIL, comme à Andan, au nord d'Alep, à attaquer les djihadistes. Les combats se sont ensuite étendus aux faubourgs est d'Alep puis au nord de la ville, jusqu'à Azaz, ainsi que dans la partie rurale de la province d'Idlib frontalière de celle d'Alep. L'EIIL a été obligée de retirer des troupes du sud-est d'Alep et de Raqqa pour dépêcher des renforts.

    Certaines sources notent également l'absence des combattants tchétchènes de l'EIIL, particulièrement redoutés des autres insurgés syriens. Omar ash-Shishani et son groupe auraient gagné il y a deux semaines la province de Deir es-Zor : certains y voient le signe qu'il était en désaccord avec la politique de l'EIIL dans la province d'Alep. Mais on dit aussi qu'il a pu vouloir prendre le contrôle de certaines des ressources pétrolières de la province orientale syrienne. Ce week-end, des rumeurs ont fait état du retour de Shishani, avec 7 ou 800 combattants, vers Alep, avec même une majorité de candidats au suicide (!). Ces interrogations sur l'EIIL montrent aussi que le groupe est probablement loin d'être la formidable menace, dominant la rébellion syrienne et prête à instaurer un califat régional, que certains médias occidentaux ont monté depuis l'été dernier9. L'EIIL aurait remis le contrôle de la ville de Dana, à Idlib, au front al-Nosra, suite à un accord ; la branche officielle d'al-Qaïda a d'ailleurs renouvelé son offre, le 5 janvier, de fusionner les deux organisations sous une seule bannière. En tout, ce serait une trentaine de places ou de positions stratégiques que l'EIIL aurait perdu en quelques jours, répliquant par des attaques à la voiture piégée contre les formations rebelles adverses. La brigade al-Tawhid mène également le combat dans la province d'Alep et Ahrar al-Sham dans celle de Raqqa, pour le Front Islamique. Plus de 100 combattants de l'EIIL aurait déjà été tués et une centaine d'autres capturés, le groupe exécutant en représailles des prisonniers avant de se retirer de certaines places.


    Source : https://pbs.twimg.com/media/BdVCHEqCIAIm2ov.png:large



    Bibliographie :


    Suhaib Anjarini, « Syria: Army of the Mujahideen Challenges ISIS Gains », Al Akhbar English, 6 janvier 2014.

    Romain Caillet, « The Islamic State: Leaving al-Qaeda Behind », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 27 décembre 2013.

    Joshua Landis, « The Battle between ISIS and Syria’s Rebel Militias », Syria Comment, 4 janvier 2014.

    Aron Lund, « The Syria Revolutionaries’ Front », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 13 décembre 2013.

    Aron Lund, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Path to Conflict », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 6 janvier 2014.

    Aron Lund, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Syria Revolutionaries’ Front and the Mujahideen Army », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 7 janvier 2014.
    Hania Mourtada, « Dispatch The Islamist Enemy of Our Islamist Enemy. Meet what might soon be the West's unpredictable new friend in Syria -- the Islamic Front. », Foreign Policy, 31 décembre 2013.

    Yezid Sayigh, « Unifying Syria’s Rebels: Saudi Arabia Joins the Fray », Carnegie Middle East Center, 28 octobre 2013.


    1 Romain Caillet, « The Islamic State: Leaving al-Qaeda Behind », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 27 décembre 2013.
    2Joshua Landis, « The Battle between ISIS and Syria’s Rebel Militias », Syria Comment, 4 janvier 2014.
    3Aron LUND, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Path to Conflict », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 6 janvier 2014.
    4Yezid Sayigh, « Unifying Syria’s Rebels: Saudi Arabia Joins the Fray », Carnegie Middle East Center, 28 octobre 2013.
    5Hania Mourtada, « Dispatch The Islamist Enemy of Our Islamist Enemy. Meet what might soon be the West's unpredictable new friend in Syria -- the Islamic Front. », Foreign Policy, 31 décembre 2013.
    6Joshua Landis, « The Battle between ISIS and Syria’s Rebel Militias », Syria Comment, 4 janvier 2014.
    7Aron Lund, « The Syria Revolutionaries’ Front », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 13 décembre 2013.
    8Suhaib Anjarini, « Syria: Army of the Mujahideen Challenges ISIS Gains », Al Akhbar English, 6 janvier 2014.

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    J'ai le plaisir de vous annoncer la parution d'un article de mon cru dans le magazine Carto, dédié depuis quelques années à la vulgarisation en géographie (et dont le blog figure d'ailleurs dans ma liste de liens). Cet article, en partenariat avec les éditions Tallandier, porte sur mon livre, L'offensive du Têt, sorti fin août 2013 et que vous pouvez toujours commander sur le site de l'éditeur, sur Amazon ou d'autres sites en ligne bien évidemment. Vous pouvez aussi consulter mon blog associé au livre, en sommeil actuellement, mais que je continue à alimenter ponctuellement.

    Il s'agit d'un résumé de mon ouvrage pour la rubrique Histoire du magazine, et donc de l'offensive du Têt, par conséquent. Ce n'est pas ma première collaboration avec le groupe Areion puisque j'ai déjà réalisé l'an passé un numéro du magazine Histoire et Stratégie, et qu'un autre est à venir bientôt... à suivre.

    Bonne lecture !

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    1995, Californie. Mitch Queen, un producteur de cinéma de Hollywood, sollicite Gabe Treloar, un ancien policier devenu détective privé, pour enquêter sur les menaces dont le film qu'il prépare fait l'objet. Les deux hommes se connaissent bien : ils ont servi au Viêtnam dans la police militaire, à Saïgon, et en particulier pendant l'offensive du Têt en 1968. Or le film de Queen, Rue Tu Do, met justement en scène le Saïgon de ces années-là. Y aurait-il un lien entre les menaces et le passé des deux vétérans ?

    John Maddox Roberts, né en 1947, est lui-même un vétéran du Viêtnam, où il a réalisé son "tour of duty".. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages de fiction et vit aujourd'hui au Nouveau-Mexique.

    Ce qui m'a intéressé dans ce roman, c'est un scénario bien ficelé -malgré un final peut-être convenu- qui s'inscrit dans une vision originale de la guerre du Viêtnam, pour un vétéran. Toute l'histoire tourne notamment autour de ces fameux "fantômes", les déserteurs américains cachés dans le grand Saïgon et en particulier à Cholon, le quartier chinois (phénomène tout à fait authentique). En outre, les protagonistes ne sont pas des soldats du front mais des policiers militaires, rôle pas plus facile pour autant -ce sont eux qui seront en première ligne au déclenchement du Têt dans la capitale, je vous renvoie à mon livre. Par ailleurs, une partie de l'histoire s'inscrit aussi dans la suite méconnue du Têt, la deuxième vague des attaques que les Américains baptisent par dérision "mini-Têt", mais qui se déroule au mois de mai 1968 qui est le plus sanglant de toute le conflit pour l'armée des Etats-Unis. Sur ce plan-là, l'auteur connaît son sujet.

    Mené comme un western, qui se passe d'ailleurs dans la Californie de 1995, voici un excellent roman policier, bien ficelé. Roberts casse bien des mythes sur l'image convenue de la guerre du Viêtnam que nous a parfois laissée le cinéma d'Hollywood, qui, et ce n'est sans doute pas un hasard, est également le protagoniste du récit. La touche personnelle de l'auteur consiste à casser les mythes en montrant, paradoxalement, comment son héros se laisse lui-même prendre à des fantasmes qui n'ont rien à envier parfois au scénario des superproductions américaines.




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    L'autre côté de la colline reprend son rythme de publication en cette nouvelle année 2014. Après mon article sur la guerre des camisards, Adrien Fontanellaz livre un billet sur les oiseaux de métal de Jiro Hirokoshi, le concepteur du Zéro japonais. Cet article coïncide, et ce n'est pas un hasard, avec la sortie prochaine du dernier film de Hayao Miyazaki, Le vent se lève, qui est une biographie inspirée de la vie de Hirokoshi (voir bande-annonce ci-dessous). Bonne lecture !




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    Raphaël Lefèvre travaille au King's College de l'université de Cambridge pour sa thèse ; il s'est spécialisé sur le mouvement islamique syrien. Comme il le rappelle dans le prologue, beaucoup d'observateurs ne pensaient pas, au départ, que le printemps arabe puisse gagner la Syrie, régie par les "Hama rules" : un renvoi au massacre de Hama, en 1982, où le régime d'Hafez el-Assad n'avait pas hésité à écraser dans le sang une rébellion islamiste. Or, en réalité, le souvenir meurtri de cet événement a alimenté la contestation au régime après les premiers incidents à Deraa, en mars 2011. Le siège de Homs, en février 2012, a rappelé à beaucoup de Syriens le massacre tragique de Hama. Il y a donc un contentieux à régler entre les sunnites et le régime. Mais celui-ci, tout comme les autres minorités, est également marqué par la mémoire des événements de Hama. Les Alaouites craignent un retour de l'insécurité des années 1979 et 1982 et le régime instrumentalise la menace supposée des Frères Musulmans pour sa propagande. Il a souvent agité l'épouvantail des Frères Musulmans et a continué de le faire pendant la guerre civile. Pourtant, on connaît fort peu de choses, en particulier en Occident, sur les Frères Musulmans syriens. C'est ce vide que se propose de combler R. Lefèvre, qui est parti interroger les Frères Musulmans syriens eux-mêmes, tout en recoupant bien sûr ces interviews avec d'autres sources des plus fiables, et jusqu'aux documents capturés au moment de la mort d'Oussama Ben Laden. Il a eu accès aux mémoires d'importants membres du djihad syrien -notamment Abou Musab al-Suri. Le livre propose une approche chronologique, en quatre parties.



    Dans la première, l'auteur retrace la naissance de l'islam politique en Syrie jusqu'au coup d'Etat baassiste de 1963, en montrant comment les Frères Musulmans syriens ont réconcilié l'islam politique avec la démocratie, une première dans le monde arabe. Le salafisme naît, au XIXème siècle, du déclin de l'Empire Ottoman et de l'ingérence de plus en plus grande des puissances extérieures, en particulier occidentales. Les élites du Moyen-Orient réfléchissent à des solutions et certains rejettent celle qui consiste à s'inspirer des Occidentaux. Jamal al-Din al Afghani envisage la communauté islamique comme une nation : son nationalisme panislamique veut revenir à l'âge d'or des premiers califes, les salaf. Afghani a une certaine influence en Inde et en Egypte, alors dominées par les Britanniques. Mais c'est son élève Mohammed Abduh, un Egyptien, qui donne véritablement naissance au salafisme. Abduh, quant à lui, cherche à montrer la compatibilité entre l'islam et les nouveautés apportées par l'Occident, et en introduisant en particulier le rationalisme au sein de l'islam. Afghani et Abduh s'opposent ainsi violemment aux oulémas, gardien de la tradition islamique. La Syrie va tendre l'oreille au discours salafiste, et ce d'autant plus qu'elle est la terre d'origine d'Ibn Taymiyya, un théologien médiéval qui est considéré comme l'ancêtre intellectuel du salafisme. Redécouvert par les wahhabites à la fin du XVIIIème siècle, cet auteur est remis à l'honneur à Damas par Abd al-Qadir al-Jazairi, qui insiste sur l'harmonie entre la connaissance rationnelle et la révélation, et une interprétation littérale de la charia. Les salafistes rejettent cependant le versant intolérant d'Ibn Taymiyya, en particulier à l'égard des minorités. C'est donc un islam politique modéré qui émerge en Syrie. Les salafistes adoptent progressivement le constitutionnalisme et le libéralisme politique ; mais leur caractère élitiste et intellectuel provoquera plus tard une crise interne dans leur organisation. Parallèlement, club et sociétés pullulent dans l'Empire ottoman. La période du mandat français exacerbe les tensions liées à l'occupation étrangère mais aussi à la confrontation aux normes occidentales de la puissance occupante. Les sociétés créées notamment à Damas, mais aussi à Alep, protestent contre l'installation d'écoles chrétiennes par les Français. Ces populistes islamistes vont entrer dans la sphère politique à la faveur de la Seconde Guerre mondiale. En mai 1944, les manifestations organisées à Damas sont soutenues par 40% des habitants de la capitale. La naissance des Frères Musulmans syriens, en 1946, suit celle de la branche égyptienne en 1928. Hassan al-Banna, le fondateur de cette dernière, se distingue des penseurs salafistes précédents en envisageant l'islam englobant toute la société. En 1939, les Frères Musulmans sont devenus une puissance de premier plan en Egypte. Des Syriens qui ont étudié au Caire et ont rencontré al-Banna vont contribuer à l'émergence de la branche syrienne des Frères Musulmans. Le premier congrès de l'organisation se tient à Alep en 1945, dans la métropole du nord qui a été un centre majeur de l'activité islamiste durant la décennie 1930. Les Frères Musulmans syriens ne sont pas un décalque de la branche égyptienne : la présence de nombreuses minorités en Syrie les obligent à composer avec cette réalité. Pragmatiques, ils vont entrer dans le jeu électoral et participer très tôt aux élections, d'où la création d'un parti représentant l'islam politique. Le jeu politique syrien, au moment de l'indépendance, comprend alors le Bloc National, des formations de gauche comme le parti Baas, et des formations islamistes. Le Bloc National, qui remporte les élections de 1947, craint la montée en puissance des Frères et fait saisir leur journal, al-Manar. Dès mars 1949 a lieu un premier coup d'Etat fomenté par le colonel Husni as-Zaim, qui dissout les partis politiques dont celui des Frères. Après un nouveau coup d'Etat, les élections de novembre 1949 voient les Frères Musulmans se présenter pour la première fois seuls sur une liste. Leur succès leur fait obtenir des places de ministres. Dépeints comme des "fanatiques", les Frères Musulmans montrent en réalité leur talent pour le compromis : lors de la discussion sur la constitution, en février 1950, comme l'opposition à leur proposition de déclarer l'islam religion officielle est trop forte, ils cèdent en obtenant un article qui fait de l'islam la religion du chef de l'Etat. L'activité des clubs et des sociétés continuent, et les Frères soutiennent la cause palestinienne, plus pour contrer, d'ailleurs, le parti Baas. Réalisant aussi la montée du socialisme, ils investissent ce terrain : Mohammed al-Sibai, un des fondateurs historiques du mouvement, publie en 1959 Le socialisme de l'islam qui cherche à présenter une troisième voie islamique entre l'ouest et l'est. Les Frères sont plutôt favorables aux Soviétiques, mais sont très hostiles aux communistes syriens qui recrutent dans les mêmes groupes sociaux qu'eux -les classes moyennes et inférieures, éduquées, des grandes villes. Cette orientation n'est d'ailleurs pas sans provoquer des remous au sein des Frères Musulmans. Ceux-ci affrontent bientôt la concurrence du parti Baas, créé en 1940, sur la base d'un nationalisme panarabe, mais qui s'adjoint rapidement une composante socialiste, et s'allie avec le mouvement paysan d'Akram al-Hawrani. En 1954, les Frères Musulmans décident de se retirer de la vie politique : la répression lors des coups d'Etat précédents les a affaiblis, et par ailleurs, en Egypte, Nasser, devenu très populaire en Syrie, a écrasé les Frères Musulmans. En 1958, ils acceptent le projet de République Arabe Unie, mais c'est le Baas qui s'impose pour en sortir, par un coup d'Etat, en 1961, et qui a commencé par ailleurs à pénétrer l'armée. Ce sont les officiers baassistes et nasséristes de cette dernière qui mène le coup d'Etat de 1963.

    L'opposition entre le Baas et les Frères Musulmans qui se développe de 1963 à 1982 ne se limite pas qu'à une fracture idéologique. Le Baath ne rejette pas l'influence de l'islam, mais pour les Frères Musulmans, l'idéologie de ce parti est une trahison de la doctrine islamique. Les premiers incidents ont lieu dès juillet 1964 et dégénèrent en émeutes, particulièrement à Hama, un des bastions du conservatisme religieux. Les événements dégénèrent quand des manifestants tuent un milicien baasiste. Marwan Hadid, un activiste musulman, se retranche avec ses partisans dans la mosquée Sultan, et tient 29 jours avant de se rendre, montrant déjà l'existence d'un courant islamiste radical. Le régime va alors tenter de contrôler ce mouvement religieux, et ce d'autant plus que l'armée et le parti Baas sont de plus en plus dominés par les minorités. Hafez al-Assad, qui s'empare du pouvoir en novembre 1970, se montre d'abord conciliant à l'égard des sunnites. Mais dès 1973, les Frères Musulmans, déçus de ses gesticulations, rejettent non seulement le parti Baas mais aussi le régime lui-même, de plus en plus dominé par les Alaouites. Pour de nombreux Syriens déshérités, ces bouleversements politiques ont été l'occasion d'une ascension sociale fulgurante. Le régime a veillé, via une politique de réforme agricole et de nationalisations, à casser l'influence de l'ancienne élite ; en outre, les classes pauvres et moyennes des villes, électorat traditionnel des Frères Musulmans, sont relativement délaissées au profit des masses rurales. Les choix d'Assad en matière de politique étrangère gonflent aussi le mécontentement des Frères : invasion du Liban en 1976 pour combattre l'OLP, soutien à l'Iran chiite pendant la guerre Iran-Irak en 1980... Le parti Baas s'efface devant la domination du clan Assad et les protestations tournent à l'émeute dans les grandes villes syriennes dès la fin des années 1970. A Hama et Alep, les habitants se sentent mis à l'écart par la mainmise du parti Baas sur le pouvoir en 1963. A Alep, le massacre des cadets alaouites de l'Ecole d'Artillerie, en 1979, déclenche une répression suivie d'une vague de manifestations mais qui reste assez pacifiques. A Hama au contraire, le meurtre d'un chauffeur de camion par un paysan alaouite conduit aux discours enflammés des Frères Musulmans et de l'Avant-Garde combattante pour soulever la population contre le régime. De 25 à 40 000 habitants sont massacrés par les troupes prétoriennes d'Assad en février 1982. Cela est dû à l'alliance étroite entre le mouvement paysan, les marchands, les Frères et les notables ruraux. Damas, surveillée par les compagnies de défense du frère d'Hafez, Rifat, reste au contraire relativement calme. Les élites locales ont contribué à calmer le jeu mais une nouvelle génération d'activistes islamistes a émergé, qui utilise une rhétorique religieuse et est prête à recourir à la violence pour atteindre ses buts : elle a manqué de déclencher une guerre civile sectaire. Il faut dire qu'à la fin des années 1970, l'opposition islamique au régime est devenue de plus en plus sectaire. Les Alaouites, qui constituent environ 10% de la population syrienne, étaient socialement marginalisés, économique exploités et isolés religieusement jusqu'au mandat français. Les Français ont utilisé le ressentiment des Alaouites contre les sunnites, en leur donnant, pendant un temps, leur propre Etat (1920-1936). En revanche, à l'indépendance, les sunnites dominent le jeu politique et marginalisent les alaouites jusque dans la province où ils sont dominants, Lattaquié. Mais les alaouites ont investi le parti Baas et surtout, depuis le mandat français, le corps des officiers de l'armée. Il faut attendre cependant 1969 pour que les Alaouites s'imposent vraiment au sein du parti qui a pris le pouvoir. C'est ce que consacre aussi l'arrivée d'Hafez el-Assad l'année suivante. En réalité, le régime n'est pas complètement alaouite : Hafez s'allie avec la bourgeoisie sunnite de Damas qui obtient des postes dans le Baas en échange de son soutien. Il s'appuie sur sa famille, son clan, sa secte religieuse et sur les officiels du Baas dans la campagne. Le baril de poudre sectaire explose cependant dès les années 1970. L'opposition islamique s'est radicalisée, notamment sous l'effet de l'Avant-Garde combattante, un mouvement djihadiste lié aux Frères Musulmans. Un membre des moukhabarat est tué à Hama en 1976, le recteur de l'université de Damas et un professeur d'Alep sont abattus en 1977, jusqu'au massacre, le 16 juin 1979, des cadets de l'école d'artillerie d'Alep par un commando de l'Avant-Garde introduit par le capitaine sunnite et baasiste Ibrahim Yusuf, qui tue 83 personnes. C'est alors qu'Hafez purge l'armée et le Baas des sunnites et se repose largement sur les Alaouites. L'appareil répressif est d'ailleurs dirigé par eux : Rifat, mais aussi Ali Haydar, qui dirige les commandos, et Ali Douba, le chef du renseignement militaire. En dépit de cette "alaouisation", le régime reste étroitement entre les mains d'Hafez el-Assad.

    Les Frères Musulmans regroupent en réalité une variété de sociétés et de mouvements islamiques préexistants. Un clan d'Hama est souvent vu comme s'opposant à une faction d'Alep. La distinction la plus opérante reste cependant, à partir des années 1960, celle entre l'aile de Damas et celle du nord, Alep, Hama, et d'autres cités. La branche de Damas, plus modérée, va se retrouver progressivement marginalisée. Au départ, les Frères Musulmans sont surtout issus de Damas, ils se connaissent entre eux, c'est une élite intellectuelle, leur discours est d'ailleurs plus intellectuel que politique : ils souhaitent un Etat islamique démocratique, où l'islam est religion d'Etat, source de la loi. Ils n'ont pas hésité à s'allier avec des nationalistes réactionnaires en 1944. Cette empreinte damascène marque fortement Issam al-Attar, qui prend la tête des Frères de 1957 à 1969. Al-Attar, qui ne veut pas se départir du jeu démocratique et de la légalité, refuse de participer au coup d'Etat préparé en 1962, ce qui lui est reproché par certains Frères. Durant la décennie 1960, les Frères Musulmans se déchirent donc entre partisans des villes du nord et ceux de Damas. Les premiers reprochent aux seconds de rejeter les particularités d'un islam soufique dépassé par l'exigence salafie. En réalité, c'est un prétexte car certains Damascènes restent fidèles à l'enseignement soufique : la querelle est avant tout une querelle de pouvoir, les Frères du Nord se sentent dominés par ceux de Damas. Al-Ittar est reconnu pour ses talents de prêcheur, mais pas pour ceux de politicien et de diplomate. Il se résoud à un exile plus ou moins forcé dès 1964, à Aix-la-Chapelle. La faction nord est dirigée par Amin Yagan, l'adjoint d'Ittar à la direction de l'organisation : entre 1969 et 1972, les Frères Musulmans sont ainsi dire sans direction et les fidèles d'al-Ittar s'exilent également. Ces exilés dispersent l'influence du mouvement notamment en Angleterre. L'Aleppin Abdel Fatah Abu Ghuddah prend finalement la tête du mouvement, avant de céder la place en 1975 à Adnan Saadeddine, né à Hama, dont l'arrivée au pouvoir consacre la radicalisation politique et idéologique des Frères Musulmans, autour d'un groupe de Hama mené notamment par Said Hawwa. Hama est également la patrie du radical Marwan Hadid, qui mène la lutte armée en 1964 et qui a rencontré en Egypte le Frère Sayyid Qutb, qui promeut la lutte armée contre Nasser. Jusqu'à sa mort en 1966, Qutb défend l'utilisation de la violence pour renverser les régimes arabes impies et il a probablement influencé Hadid. Le succès du message repose sur son caractère universel. Marginalisé après son échec de 1964, Hadid part dans camps d'entraînement palestiniens en Jordanie, avant d'en être chassés au moment de Septembre Noir. Revenu en Syrie, il crée l'Avant-Garde combattante, un groupe d'élite de combattants chargés de mener des attaques ciblées contre le régime. Il est arrêté à Damas en juin 1975 et exécuté l'année suivante  : en représailles, ses hommes abattent le major Muhammad Gharrah, le chef du renseignement général à Hama. Pour Abou Musab al-Suri, un des membres de l'Avant-Garde et qui sera plus tard l'idéologue d'al-Qaïda, la période de 1976 à 1980 est un véritable âge d'or du djihadisme. Abd us-Sattar az-Zaim transforme l'Avant-Garde en une organisation terroriste professionnelle, décentralisée en cellules relativement autonome, tout en ayant infiltré les forces armées : nombre de ses membres se retrouveront plus tard dans al-Qaïda. Le régime croit d'abord à une manoeuvre du rival irakien. Mais la vérité se fait jour quand Adnan Uqlah, un Aleppin, conduit le massacre de l'école d'artillerie d'Alep en 1979, Hafez el-Assad échappant à un attentat en juin 1980. Uqlah, qui dirige désormais l'Avant-Garde, se trouve à la tête d'une organisation accrue par l'arrivée de volontaires, et dirige le tout d'une poigne de fer. Les Frères Musulmans, en se ralliant bon gré mal gré aux djihadistes, ont fait le jeu du régime qui a pu les accuser de "terrorisme" pour justifier une répression aveugle. A la mi-1979, une réunion des Frères Musulmans accepte le principe de l'utilisation de la violence pour renverser le régime. Les moukhabarat ciblent indistinctement les Frères Musulmans ou l'Avant-Garde. La répression est notamment menée par Rifat, qui après l'attentat contre son frère, en 1980, fait arrêter des milliers de personnes, dont 500 à 1 000 meurent en détention. La législation se durcit et une loi, la 49, datée du 7 juillet 1980, condamne à la peine de mort les membres des Frères Musulmans. Ali Sadreddine al-Bayanouni devient le chef de la branche militaire des Frères, qui reste cependant moins efficace que l'Avant-Garde. Si les Frères s'unissent face au régime, les dissensions demeurent et le commandement unifié se dissout vers la fin de 1981. L'Avant-Garde et la branche locale des Frères à Hama, devant l'occupation progressive de la ville par les forces de sécurité, commencent à distribuer des armes aux habitants et à appeler au soulèvement. Les Frères d'Hama se désolidarisent de ceux d'Alep, et Adnan Uqlah, qui était à Amman, est rappelé par Umar Jawa, le commandant de l'Avant-Garde, à Hama. La direction des Frères enjoint à Jawa de ne pas provoquer de soulèvement, mais le message n'arrive pas, probablement à dessein. Les 400 militants de l'Avant-Garde sont rejoints par des milliers de sympathisants en février 1982 à Hama. Le régime envoie les compagnies de défense, qui se sont déjà tristement illustrées dans la répression, et la 3ème division blindée. Hama est pilonnée par l'artillerie, des quartiers entiers sont pulvérisés. Le nombre de victimes, impossible à établir précisément, se chiffre entre 10 et 40 000 morts. Les services syriens découvrent alors que l'Irak a protégé une partie des islamistes radicaux syriens, et leur a fourni des armes. L'Arabie Saoudite a aussi servi de pays de refuge pour de nombreux exilés.

    Avec le massacre d'Hama, Hafez el-Assad a envoyé un message très clair à l'opposition islamique, mais il est aussi forcé de tenir compte de la popularité de plus en plus importante du mouvement. Il va donc coopter l'encadrement religieux, puis, après 2003, encourager le départ des djihadistes en Irak. Les vétérans de l'Avant-Garde, eux, se détournent vers le djihad mondial. Les relations entre les Frères et l'Avant-Garde sont exécrables. Uqlah, qui continue la lutte armée à partir d'Amman, est finalement tué à la fin 1982. Certains djihadistes se rendent, profitant de l'amnistie déclarée par le régime, d'autres partent vers l'Afghanistan. Ils vont y être influencés par Abdullah Azzam, un des pères du djihad afghan depuis Peshawar. Certains l'avaient déjà rencontré en passant par les camps jordaniens ou libanais. Azzam internationalise le djihad afghan et crée les structures pour acheminer les combattants arabes sur place : en 1984, il dispose déjà de 400 hommes prêts au combat. Les Syriens sont peu nombreux, mais se radicalisent devant la répression exercée par les Assad. Abou Musab al-Suri, qui a fait partie de l'Avant-Garde, est l'un des premiers à rejoindre Ben Laden en 1987, comme la plupart des Syriens servant avec Azzam. La mort de ce dernier, en novembre 1989, accélère la naissance du djihadisme issu du salafisme. Al-Suri tire les leçons de l'expérience syrienne pour recommander une organisation structurelle qui deviendra la base -al-Qaïda. Al-Suri se rend ensuite en Espagne, puis en Angleterre en 1994 où il est en lien avec le GIA algérien. En Espagne, Imad Eddine Barakat Yarkas dirige la première cellule, de 1995 à son arrestation en 2001, qui commet les attentats de Madrid trois ans plus tard. Al-Suri n'a perdu de vue le djihad syrien, tout comme Abu Baseer al-Tartousi, un érudit basé à Londres qui prêche un conflit ouvertement sectaire. L'invasion de l'Irak en 2003 fournit aux djihadistes un nouveau champ de bataille. Les moukhabarat laisse ce mouvement se développer : ils ont une longue expérience d'instrumentalisation des mouvements terroristes. Mais ils ont encadré le flux et ont parfois financé des groupes proches d'al-Qaïda en Irak. L'arme est à double tranchant : des attentats ont lieu en Syrie en 2004 et en 2005, et Fatah al-Islam, largement créée grâce au soutien syrien, échappe à son patron. Le régime syrien coopte aussi les oulémas pour s'assurer l'encadrement de l'islamisme : Ahmad Kouftaro puis Ahmad Hassoun sont nommés successivement grands muftis. A l'avènement de Bachar el-Assad, en 2000, celui-ci est obligé de davantage composer avec les religieux sunnites en raison des pressions intérieures et extérieures montantes. La Syrie devient pour les Américains un pays "voyou" après les attentats du 11 septembre (ce qui ne l'empêche pas de collaborer étroitement avec les Américains dans la "guerre contre le terrorisme" pour tenter de rentrer en grâce aux yeux de la communauté internationale, et pour se débarrasser des djihadistes, comme on l'a dit), et elle doit se retirer du Liban en 2005. Elle soutient le Hezbollah en 2006 et conserve une rhétorique pro-palestinienne, pour s'attirer de plus larges soutiens dans le monde sunnite syrien. Les Frères Musulmans en exil se déchirent entre Aleppins et ceux d'Hama, se rejetant la responsabilité du massacre. Le régime, qui continue la répression, accentue les divisions en proposant des négociations en 1984. La fracture est consommée dès 1986. Le clan Hama gagne l'Irak de Saddam Hussein. La faction aleppine, dont le chef, Ali Sadreddine al-Bayanouni devient le chef des Frères, renonce à la violence après le massacre de Hama, revient au pluralisme politique et à la démocratie, même si le mouvement reste attaché à l'islam politique. L'arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad ouvre des espoirs de compromis, vite dissipés. En 2005, Abdel Hakim Khaddam, un membre important du régime, fait défection et rejoint les Frères Musulmans en exil. Mais l'association avec l'ancien vice-président syrien ne permet pas aux Frères de s'imposer parmi l'opposition syrienne. En mars 2011, le mouvement de contestation n'a rien de religieux, au départ. Mais l'expérience de Homs, dès l'année suivante, montre que le caractère sectaire du conflit se développe ensuite. La répression du régime a entraîné à la fois la militarisation puis la radicalisation de l'opposition. En février 2012, alors que débute le siège de Homs, le régime relâche al-Suri, détenu depuis 2005, pour servir sa propagande qui prétend combattre le "terrorisme". Les Frères Musulmans, dénoncés quasiment dès le départ par le pouvoir Assad, aident à la création de camps pour les réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie. Leur nouveau dirigeant, Mohammed Riyadh al-Suqfah, appartient à la faction de Hama, ce que d'aucuns regardent avec méfiance. A la mi-juillet 2012, les Frères annoncent qu'ils créeront un parti politique, après la chute d'Assad, pour concourir aux élections. Il y a cependant des doutes sur la capacité du mouvement à être crédible sur le terrain, d'autant plus qu'une partie de l'organisation, qui a rejoint le Conseil National Syrien créé en 2011, marque une rupture générationnelle. Le Mouvement pour la Justice et le Développement, basé à Londres, rassemble en outre ceux qui se présentent comme les héritiers d'al-Ittar.

    Comme le montre l'exemple syrien, les Frères Musulmans sont loin d'être une organisation uniforme dans tous les pays du monde arabe. Le mouvement syrien, inspiré par le salafisme, est dès le départ plus intellectuel et politique que son homologue égyptien. Mais cela n'empêche pas les Frères syriens de céder parfois à un discours plus radical, inspiré d'Ibn Tammiyya, en particulier après le coup d'Etat de 1963. La radicalisation tient aussi à des problèmes de direction du mouvement, et conduit à l'exemple de Marwan Hadid, devenu un martyr pour les djihadistes. Les groupes djihadistes comme l'avant-garde opèrent d'abord indépendamment, puis les Frères s'y rallient car ils voient les disciples de Hadid gagner en popularité et ils pensent par ailleurs que le régime pourrait bien succomber. Les survivants du massacre de 1982, déçus par les Frères, rejoignent le djihad afghan puis celui mondialisé par al-Qaïda. Les Syriens djihadistes y acquièrent une expérience qui leur sera profitable plus tard, au moment du déclenchement de l'insurrection. La faillite d'un islam modéré laisse un espace aux Frères Musulmans pour renaître de leurs cendres, avec aussi la mémoire des luttes, leur implantation historique dans les grandes villes, une légitimité certaine. Surtout, ce sont leur capacités d'organisation qui peuvent faire la différence, en mobilisant réseaux et ressources indispensables au succès.

     
    THE INTERVIEW - Raphaël Lefevre, Author of...par france24english



    En plus de l'appareil de notes, et en dépit de l'absence d'une bibliographie récapitulative, Raphaël Lefèvre a ajoute dans les annexes des textes importants liés au parcours des Frères Musulmans syriens. L'un des principaux mérites du livre de Lefèvre est de montrer que les Frères Musulmans n'ont aucunement un système de commandement "centralisé", et sans doute encore moins qu'al-Qaïda. En Syrie, le mouvement a composé avec différentes tendances de l'islamisme, le tout compliqué par des réalités très locales (opposition entre les courants des différentes villes). Indéniablement, les Frères Musulmans sont avant tout le reflet de réalités syriennes, en particulier celles des classes moyennes urbaines sunnites qui ont alimenté leur organisation. Ils ont accompagné mais parfois aussi contribué aux évolutions du pays, comme le montre encore leur soutien à l'Armée Syrienne Libre en mars 2012, alors que la charte promue en 2001 bannissait le recours à la violence. 





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    Retour sur le numéro 52 de 2ème Guerre Mondiale auquel, comme je l'ai déjà dit, j'ai largement contribué.

     - à noter qu'en plus des divers écrits que j'ai produits, vous trouverez p. 4-5 quatre fiches de lecture de mon cru, sur Himmler et l'empire SS (Edouard Calic), La traque d'Eichmann (Neal Bascomb), La guerre sans haine (réédition des carnets de Rommel, Berna Grünen), Dentistes héroïques de la Seconde Guerre mondiale (Xavier Riaud).

    - je dois revenir, encore une fois (j'en ai souvent parlé, mais je souhaite développer un peu, ces propos n'engagent bien sûr que moi, en aucune façon la rédaction du magazine) sur le cas Pierre Tiquet. Cet auteur se fait une spécialité, pour ce magazine et pour d'autres, de livrer des témoignages de combattants de l'Axe (et souvent de la Waffen-SS), sans aucune distance critique, bruts (sans commentaire), et non sans cacher son admiration pour les nervis de la machine de guerre nazie. C'est ce que l'on constate ici avec le témoignage de Eero Kiviranta, chef de section de troupes de choc finlandais, qui décrit les combats en Carélie orientale, en 1941. Il est très important, me semble-t-il, quand on est auteur dans de tels magazines, d'adopter une attitude conforme à la "méthode historienne" (et ce sans être forcément un historien de métier...), en particulier quand on recueille des témoignages. Or il n'y a rien "d'historien"à fournir un simple témoignage dépourvu d'une contextualisation (avec références), de cartes, par exemple, sans parler d'une prise de position assez nette en faveur des Allemands ou, ici, des Finlandais (ce n'est pas moins pire de parler de "l'ogre russe"...). Comme je n'ai pas l'habitude de parler pour ne rien dire, je propose donc ici au rédacteur en chef, Nicolas Pontic, de lui fournir s'il le souhaite un exemple de témoignage soviétique "traité" selon une méthode un peu plus pertinente que ce qui est proposé par cet auteur (et sans complaisance à l'égard de l'Armée Rouge bien sûr, mais sans dénigrement non plus, évidemment).

    Pour le reste, les thèmes traités sont des plus intéressants, et le numéro particulièrement réussi, qu'on juge un peu :

    - Vincent Bernard revient sur ce qu'on appelle, de manière générique, les Osttruppen. L'article a en fait le mérite de bien séparer les différentes catégories de combattants, ou non-combattants, venus de l'est, qui ont servi à un moment ou à un autre sous la bannière nazie. De ce point de vue, les encadrés sont fort utiles. En revanche, la taille de l'article ne permet pas de traiter un ou deux exemples précis, ce qui aurait été bien pour illustrer la différenciation (un Ostbataillone, une unité de la Waffen-SS, une étant impliquée dans l'extermination à l'est, etc). La bibliographie semble difficile à composer sur le sujet.

    - le même auteur signe la chronique Ecrire l'histoire sur le massacre de Katyn. Vincent Bernard tente, en deux pages, de faire le tour d'une question qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme il le rappelle, dès le procès de Nuremberg en 1945, et même avant, les Alliés anglo-américains savaient à quoi s'en tenir quant à la responsabilité du massacre. Les Soviétiques ne l'ont admis qu'en 1990, par la voix de Gorbatchev. L'enquête russe qui suivra reste largement minimaliste dans son évaluation du nombre de victimes polonaises. Ceci dit, les Polonais vont très loin en réclamant la qualification de "génocide" en ce qui concerne le massacre de Katyn. Vladimir Poutine avait reconnu dès 2008 la responsabilité de l'URSS et de Staline pour l'exécution des Polonais. L'accident d'avion de 2010 qui a coûté la vie au président Kaczynski a relancé les théories du complot, qui foisonnent aussi autour de la mort du général Sikorski, en 1943, dans les mêmes circonstances. En novembre 2010, la Douma, le Parlement russe, a pourtant adopté une résolution officialisant la responsabilité de Staline et d'autres responsables soviétiques en ce qui concerne les exécutions de Katyn, même si certains Russes continuent de nier la vérité (le Parti Communiste, notamment, mais aussi certains journaux).

    - l'autre volet de la chronique Ecrire histoire, de Paul-Yanic Laquerre,évoque la résurgence des expériences monstrueuses de l'armée japonaise, entre 1981 et 1989, après qu'elles aient été dissimulées pendant des décennies. Le motif ? MacArthur et les Américains, qui ont interrogé les responsables du programme japonais d'expérimentation bactériologique et autres expériences abominables dès septembre 1945, ont voulu préserver la famille impériale japonaise, largement compromise, et récupérer les résultats de la recherche nipponne face aux Soviétiques. C'est pourquoi la question ne fut évoquée que par accident au procès de Tokyo, alors que l'URSS la mettait en avant en 1948 lors du procès de Khabarovsk. C'est pourquoi aussi la plupart des tortionnaires japonais se recyclèrent après la guerre dans le secteur médical ou pharmaceutique du pays, sans être inquiétés. Le constat est accablant. Dommage que l'auteur ne cite pas ses sources.

    - Franck Ségretain continue sa série d'articles en abordant la question de la répression allemande en France. Comme il l'explique, dès la fin de 1943, cette répression, de plus en plus militarisée, ne vise plus seulement les "partisans", mais aussi la population considérée comme complice. On est frappé de la similitude entre les ordres donnés par Sperrle en février 1944 et ceux promulgués quelques mois avant en Grèce, comme le relate l'historien Mark Mazower: à chaque fois, on enjoint aux officiers allemands de se montrer impitoyables, sous peine de sanction -ce qui dépasse même l'attitude des troupes sur le front de l'est ! L'escalade militaro-policière voit les Allemands utiliser l'aviation, se servir du droit international pour dénier à l'adversaire le statut de combattant et donc légitimer les exécutions sommaires, à tel point que fin avril-début mai 1944, on spécifie aux troupes qu'il faut faire preuve de davantage de "modération". Néanmoins, en France, rien de comparable au front de l'est : les troupes commettent bien moins d'exactions, ce qui n'est pas le cas de la Sipo-SD, en particulier au premier semestre 1944.

    - la fiche Uniformes de Jean-Patrick André porte sur un adjudant-chef du 19ème régiment de dragons.

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