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    C'est Bernard Grunberg, historien français spécialiste de la Nouvelle-Espagne, qui est l'auteur de cette réédition de la traduction des lettres envoyées par Cortès à Charles Quint, réalisée par Désiré Charnay en 1896. L'ouvrage publié initialement en 1982 a été plusieurs fois réédité (ici en 1991).

    La conquête du Mexique met face à face deux mondes différents. L'empire aztèque est détruit par l'Espagne, mais la société coloniale qui s'intalle, hispano-indigène, est très originale. Cortès, issu d'une famille d'hidalgos d'Estrémadure, embarque pour l'Amérique dès 1504. Colon fortuné, secrétaire du gouverneur de Cuba, Velazquez, ayant participé à des opérations de pacification, il est pressenti pour prendre la tête de la 3ème expédition en direction du Mexique. Le gouverneur tente de lui retirer le commandement avant le départ mais en février 1519, Cortès prend la mer. Débarquant au Yucatan, il récupère un Espagnol naufrage maîtrisant la langue locale et une jeune Mexicaine, Dona Marina, qui lui sert d'interprète. En avril, il débarque sur le continent, fonde Vera Cruz pour se débarrasser de la tutelle de Velazquez, fait couler ses vaisseaux, rallie ou soumet les vassaux de l'empereur aztèque qui lui a envoyé des émissaires. Il est accueilli dans la capitale aztèque, Tenochtitlan, en novembre 1519. Mais Velazquez ayant envoyé une expédition punitive contre lui, Cortès doit sortir de la ville pour défaire Narvaez et enrôler ses hommes, en mai 1520. Entretemps son lieutenant Alvarado a massacré une partie de la noblesse aztèque et les Espagnols se retrouvent assiégés. La sortie manque de se transformer en désastre : c'est la Noche Triste (30 juin). Refaisant ses forces avec des Espagnols fraîchement débarqués et les hommes de la ville de Tlaxcala, Cortès entame le siège de Tenochtitlan (mai-août 1521). La ville est prise, l'empereur aztèque capturé, mais la capitale aztèque n'est plus qu'un champ de ruines et un charnier. Les pouvoirs de Cortès sont confirmés en 1522. Il gouverne directement la région jusqu'en 1524 et poursuit l'expansion territoriale. L'expédition au Honduras (1524-1526) est malheureuse : l'empereur aztèque est exécuté, les responsables laissés par Cortès se déchirent. En 1528, celui-ci doit partir en Espagne se justifier. Il ne regagne la Nouvelle-Espagne qu'en 1530, devenu marquis d'Oaxaca, et s'intéresse à la découverte du Pacifique, sans grand succès, à part la péninsule californienne. La Nouvelle-Espagne devient une vice-royauté (1535) ; Cortès, qui ne s'entend pas bien avec le vice-roi, doit retourner en Espagne se justifier (1540). Il prend part au siège d'Alger avec Charles Quint et poursuit sa vie de courtisan, sans reconquérir sa place antérieure. Il meurt en 1547.

    A l'époque, la personnalité de Cortès est controversée. Grunberg souligne le manque d'une biographie française de Cortès (C. Duverger a depuis comblé ce manque). Il explique que les historiens ne le replacent pas assez dans son époque. Pour lui, l'origine extrémadurienne a une importance fondamentale : Cortès est un homme de la Reconquista, du Moyen Age, comme sa culture le montre aussi. Notaire, il connaît bien la loi espagnole. Mais c'est aussi un homme de la Renaissance : humaniste, avec la soif de savoir, de découverte, serviteur de Dieu et du roi.

    Cortès a beaucoup écrit, pour se justifier ou obtenir des récompenses. On trouve éditées ici les 5 lettres qui racontent la conquête de la Nouvelle-Espagne, de 1519 à 1526. Cortès y met en oeuvre son génie, avec un don de la propagande tel qu'on a parfois comparé ses lettres aux Commentaires de César (!). Les conquêtes sont d'abord des entreprises commerciales. Cortès a financé le gros de l'expédition qu'il mène. Représentant d'intérêts, il sait les défendre et se démarque de Velazquez en se plaçant sous l'autorité directe du roi d'Espagne, et de Dieu, ce qui sert aussi à justifier la conquête. Cortès sait mener les conquistadors, alternant successivement fermeté et clémence pour maintenir la troupe soudée. L'âme de la conquête, c'est Cortès, rusé, qui paie de sa personne et qui est estimé de ses hommes. Il sait distribuer l'or et les cadeaux pour calmer les mécontentements.

    Les Espagnols sont horrifiés par la religion aztèque et les sacrifices humains. Dans un premier temps, jusqu'en 1521, Cortès tente de faire changer les choses par la persuasion. A partir de cette date, le changement se fait par la force, avec notamment la destruction des temples. Les Espagnols ne considèrent pas les Indiens comme inférieurs : Cortès s'émerveille de la civilisation aztèque, respecte l'adversaire, mais les insoumis, en revanche, sont durement traités et bientôt promis à l'esclavage. Si l'empire aztèque s'effondre, c'est aussi que Cortès sait se rallier de nombreux vassaux des Aztèques, trop heureux de se libérer de leur domination. En outre, l'expédition de Narvaez amène les premières maladies qui vont décimer les habitants de Tenochtitlan pendant le siège. Des 25 millions d'habitants que comptaient la région, il n'en reste plus qu'un million à la fin du siècle. En outre, Cortès a cherché à impressionner les Indiens, même si les Aztèques ne les ont pas forcément pris pour des dieux. Le jeune empire aztèque, avec sa structure de domination de provinces et d'Etats plus ou moins indépendants, a joué en faveur de l'envahisseur. L'empereur Moctezuma II, par son attitude, favorise aussi la victoire espagnole. Sur le plan militaire, si l'équipement des Espagnols est supérieur, si les chevaux ont un rôle psychologique, c'est surtout le type de guerre qui diffère. A la guerre rituelle des Aztèques s'oppose la guerre "totale" des Espagnols. C'est la dualité même de la conquête : les exploits des conquistadors s'inscrivent dans la destruction de civilisations.



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    Afrique, dans un pays fictif. Un groupe de vétérans britanniques, sergents dans l'armée de sa Majesté, dirigé par un sergent-major (Richard Attenborough), s'ennuie dans une base anglais où l'on forme l'armée indigène. Mais soudain, le gouvernement post-colonial est renversé par un soulèvement populaire. Une partie de l'armée indigène fait défection. Coincés dans le mess, les sergents protègent le capitaine Abraham (Earl Cameron), blessé, qui a refusé de rejoindre les mutins et a échappé à l'exécution. La situation se complique avec l'arrivée de Miss Barker-Wise (Flora Robson), députée anglaise qui ne cache pas sa sympathie pour les rebelles, et Karen Eriksson (Mia Farrow), une employée de l'ONU...

    Les canons de Batasi est inspiré d'un roman de Robert Holles, engagé à 14 ans dans l'armée britannique, vétéran de la Corée : The Siege of Battersea. Bien que le film mette en scène un pays africain, dans lequel on reconnaît facilement le Kenya, il a été tourné entièrement en Angleterre, notamment aux studios Pinewood (en même temps que le James Bond Goldfinger).



    Le film a un casting impressionnant : Richard Attenborough campe un sergent-major Lauderdale impeccable, dans la tradition militaire britannique ; Jack Hawkins joue le colonel de la vieille école, désabusé par les changements de la décolonisation (gros fumeur, c'est quasiment un des derniers films où on l'entend parler : il sera opéré des cordes vocales en raison d'un cancer de la gorge peu après). Flora Robson est dans un rôle qui ne lui permet pas d'exprimer complètement son talent. Enfin, John Leyton et Mia Farrow apportent une touche de jeunesse.



    John Guillermin, réalisateur touche-à-tout, capable de vraies réussites, signe un film de guerre en huis-clos plutôt sobre, qui ne vaut pas tant par l'action que par son jeu d'acteurs (notamment Attenborough) et par le message qu'il délivre sur la colonisation et le rapport des armées des puissances coloniales à cet événement majeur. A découvrir.



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    Pendant la Seconde Guerre mondiale. Un jeune pilote de bombardier américain, Gene Summers (Paul Massie), est choisi par le major Kimball (John Crawford) pour une mission spéciale : assassiner un homme à Paris qu'on pense être un agent double dans la Résistance. Summers a été choisi en raison de sa connaissance du français, de Paris, et ses capacités militaires. Il reçoit un entraînement spécial dispensé par le major MacMahon (Eddie Justice) et un officier de la marine britannique (James Robertson Justice). Enthousiaste, Summers retient les informations vitales en fredonnant des comptines pour enfant modifiées (Cadet Roussel). En France, il rencontre son contact, Léonie (Irene Worth). Elle lui donne plus d'informations sur sa cible, Marcel Lafitte (Leslie French). Néanmoins, en s'approchant de lui, Summers a des doutes : Lafitte est-il vraiment coupable ?

    Film britannique, Ordres d'exécution a été récompensé plusieurs fois a été présenté au festival de Cannes. Il est inspiré du parcours de Donald C. Downes, officier de l'OSS pendant la guerre. C'est un film très intéressant (notamment par la performance de l'acteur canadien Paul Massie) sur le dilemme moral d'un homme propulsé très rapidement dans le monde de l'espionnage.



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    Farid Ameur, docteur en histoire, est spécialiste de l'histoire des Etats-Unis au XIXème siècle. Rattaché à l'IRICE, il a soutenu sa thèse sur les Français dans la guerre de Sécession (2010). Auteur du Que-Sais-Je ? sur le conflit, c'est donc logiquement qu'il écrit pour la collection L'histoire en batailles la synthèse sur Gettysburg.

    L'historien rappelle en prologue que Lincoln a choisi le champ de bataille de Gettysburg pour son adresse, le 19 novembre 1863, que lui-même trouvait raté, mais qui devient LE discours fédérateur de l'Union.

    Lee, en mai 1863, après son succès à Chancelorsville (victoire à la Pyrrhus, comme le souligne Farid Ameur) , cherche désormais la bataille décisive pour venir à bout du Nord. L'historique du conflit présente la fracture entre le Nord et le Sud, aux horizons opposés. Mais c'est bien la question de l'esclavage qui met le feu aux poudres (p.22), car le problème moral devient un enjeu politique avec l'extension continue du pays vers l'ouest. Les nouveaux Etats sont disputés entre abolitonnistes et esclavagistes, le Kansas est à feu et à sang dès avant la guerre. L'élection de Lincoln, en 1860, sert de détonateur : on prête au candidat, qui représente les intérêts du Nord, l'intention d'abolir l'esclavage et d'émanciper les 3,5 millions d'esclaves du Sud, ce qui est faux. Dès le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud est le premier Etat à faire sécession, suivie bientôt par d'autres, 11 au total. Le Nord est plus peuplé (22 millions d'habitants contre 9, dont plus de 3 millions d'esclaves au Sud, par définition non combattants, en principe), plus industrialisé, et compte bien sur ses ressources humaines et matérielles pour étouffer son rival. Mais le Sud, mieux commandé, va opposer une farouche résistance. Les combats se concentrent à l'est, entre les Appalaches et la côte atlantique, dans le nord de la Virginie, entre les deux capitales rivales. Sur le théâtre est, c'est l'impasse : aucun des deux camps n'obtient de résultat décisif, même si le Sud tient (il y a un peu répétition entre ce passage, p.24-29, et la biographie de Lee qui le précède, p.16-19). A l'ouest en revanche, Grant s'ouvre la voie du Tennessee en 1862, Farragut s'empare de la Nouvelle-Orléans. Les sudistes parviennent à conserver le contrôle du cours moyen du Mississipi, qui leur permet de communiquer avec les Etats d'au-delà du fleuve, Texas, Arkansas. Les diversions sudistes pour soulager la pression de ce côté échouent. Avec la proclamation d'émancipation de Lincoln en 1863, la guerre devient totale, d'autant qu'elle est marquée par l'industrialisation et l'évolution des tactiques militaires. Le 15 mai 1863, le président confédéré, Jefferson Davis, est loin de céder à l'optimisme : Vicksburg, clé du Mississipi, est assiégée ; le Tennessee est menacé, de même que la côte est de la Confédération. Davis se rallie à l'idée du transfert d'une partie de l'armée de Lee à l'ouest, pour débloquer la situation. Lee, lui, s'y oppose : il préfère envahir le Nord pour rechercher la bataille décisive, celle qui briserait le moral de l'armée de l'Union, autoriserait la reconnnaissance diplomatique du Sud par la France et l'Angleterre, éviterait la guerre d'usure -Richmond souffre déjà de la faim, les pertes en hommes sont difficiles à combler. Lee propose d'envahir la Pennsylvanie et de menacer Washington par le nord. Le plan ne fait pas l'unanimité mais le prestige de Lee, alors à son zénith, pousse Davis et ses ministres à l'accepter. Si Lee dispose de troupes aguerries, la mort de Jackson à Chancelorsville le force à réorganiser le commandement de son armée. Ses 3 corps, regroupant infanterie et artillerie, sont commandés respectivement par Longstreet, prudent, taciturne, à l'aise en défense ; Ewell, divisionnaire de Jackson, qui remplace ce dernier (sans avoir son génie ; gravement blessé en août 1862, il a une jambe de bois) ; Hill, commandant agressif mais à la santé précaire. L'artillerie est présente dans chaque corps d'armée, mais il y a aussi une réserve générale. La cavalerie, en revanche, est regroupée en une division, confiée au flamboyant Stuart : elle constitue les yeux et les oreilles de l'armée, chargée de la reconnaissance et de raids sur les arrières ennemis. L'armée nordiste est plus nombreuse (110 000 hommes contre 80 000) ; elle vient de créer un corps de cavalerie autonome et une réserve d'artillerie. C'est le moral qui pèche : les soldats n'ont plus confiance en Hooker, le vaincu de Chancelorsville, et les officiers généraux valsent depuis le début du conflit, sans compter la part des intrigues politiques. Et pourtant Hooker améliore cette armée : l'arrière notamment, le renforcement de l'esprit de corps aussi. Les soldats nordistes ne sont peut-être pas aussi enflammés que les confédérés, mais ils ont montré leur ténacité même dans la défaite.



    Lee compte filer vers le nord, à partir du 3 juin, en laissant le corps de Hill en écran sur la Rappahanock tandis que les deux autres se mettent en marche, protégés par les montagnes Blue Ridge. La cavalerie de Stuart couvre le flanc droit. Les nordistes détectent des mouvements confédérés mais ne croient pas à l'invasion du nord. Pressé par Lincoln et ses supérieurs, Hooker envoie toutefois le corps de cavalerie de Pleasonton, avec 3 000 fantassins, pour sonder le terrain. La cavalerie nordiste surprend son homologue sudiste à Brandy Station, le 9 juin ; Stuart parvient à redresser une situation compromise, mais pour la première fois, les cavaliers de l'Union ont fait jeu égal avec les siens. Blessé dans son amour-propre, il va chercher à redorer son blason, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la suite des événements. Dès le 14 juin, l'armée sudiste a évacué ses positions autour de Fredericksburg. Hooker propose de traverser le fleuve pour marcher sur Richmond, alors que les confédérés atteignent la vallée de la Shenandoah, culbutent les forces locales de l'Union, même si la cavalerie nordiste colle à Stuart. Le 15 juin, Lincoln proclame l'état d'urgence : le Maryland et la Pennsylvanie sont en effervescence. Dès le 26 juin, toute l'infanterie confédérée est en Pennsylvanie. Mais Lee a donné des ordres trop généraux à Stuart, qui croit pouvoir jouir d'une totale liberté d'action : ce faisant, sa cavalerie ne va pas jouer son rôle traditionnel de "sonnette" pour l'armée confédérée. Stuart se lance dans un raid par le sud, pour faire une boucle jusqu'aux faubourgs de Washington, ne se presse pas, talonné par la cavalerie nordiste. Pendant ce temps, le corps d'Ewell déferle sur le nord de la Pennsylvanie, tandis que ceux de Longstreet et de Hill marchent de concert. Les soldats sudistes ne se privent pas de piller ce qui est pour un eux un véritable pays de cocagne, malgré les instructions de Lee. Ce dernier apprend le 28 juin par Henry Harrison, un espion de Longstreet, que l'armée nordiste remonte à marche forcée vers le nord et se trouve beaucoup plus proche de lui que ce qu'il ne croyait. Pire : Lincoln, fatigué des atermoiements de Hooker, l'a remplacé par Meade, le commandant du 5ème corps, qui a montré certaines qualités depuis le début de la guerre. Lee tente d'attirer les nordistes dans le sud de la Pennsylvanie, sur un terrain choisi, près de Cashburg. Meade veut faire exactement la même chose dans le nord du Maryland. Les avant-gardes des deux armées foncent l'une vers l'autre sans le savoir, les 29 et 30 juin. Ce dernier jour, la division de cavalerie nordiste du général Buford s'installe dans Gettysburg, carrefour routier de la région. Buford couvre l'aile gauche de l'armée du Potomac. Il détecte bientôt l'arrivée de troupes confédérées par l'ouest et par l'est, et place ses hommes au nord-ouest, pour repousser les confédérés en attendant l'arrivée des corps d'infanterie. Buford bloque des éléments de la brigade Pettigrew, division Heth, du 3ème corps de Hill, attirée dans la localité par la présence d'un stock de chaussures. Hill autorise son divisionnaire à relancer l'attaque le lendemain, ne comptant trouver que des miliciens.

    La bataille commence à 7h30 le 1er juillet. Buford place ses deux brigades de cavalerie en arc de cercle à l'ouest au nord-ouest de Gettysburg, sur 3 positions naturelles fortes, Herr's Ridge, Mc Pherson's Ridge, et Seminary Ridge, où il a installé son PC dans un séminaire luthérien qui permet d'avoir une vue excellente sur les assaillants. Hill a envoyé finalement deux divisions, les deux tiers de son corps d'armée, pour impressionner ce qu'il pense être des milicens. Heth se rend vite compte qu'il a à faire à 2 brigades de cavalerie nordiste. A 10h20 cependant, le nombre produit ses effets : les cavaliers nordistes sont sur le point d'abandonner Mc Pherson's Ridge, quand arrive enfin le 1er corps de Reynolds, avec notamment la Iron Brigade. Le 1er corps permet de stabiliser la situation, même si les combats sont acharnés -la Iron Brigade reçoit le renfort de John Burns, un habitant de 69 ans qui prend son fusil à silex pour épauler les nordistes ! Lee est décontenancé par la tournure des événements, mais décide néanmoins d'engager le combat. Reynolds est tué par un tireur isolé. Le corps d'Ewell débouche au nord de Gettysburg où les nordistes alignent le 11ème corps de Howard, composé d'immigrés allemands mal vus de l'armée de l'Union. Dans l'après-midi, alors que Heth renouvelle l'attaque et pousse jusqu'à Seminary Ridge, le corps de Ewell débouche au nord : la division Early enfonce l'extrême-droite des Nordistes et provoque une retraite calamiteuse du 11ème corps, qui y laisse la moitié de ses effectifs. Les soldats nordistes combattant à l'ouest doivent se replier sur Cemetery Hill, au sud de la ville, en proie aux combats de rues. En fin d'après-midi, le général Hancock, commandant le 2ème corps nordiste, arrive sur le champ de bataille, prend le commandement, et installe les soldats de l'Union en défense de Culp's Hill à Cemetery Ridge jusqu'à Little Round Top, au sud de Gettysburg, une excellente position. Les 12ème, 3ème et 2ème corps nordistes commencent à arriver. Lee manque de troupes fraîches pour exploiter son succès : le général Ewell est épuisé, le corps de Longstreet n'arrive que dans la soirée, et son commandant n'est guère enclin à assaillir la position nordiste, qu'il juge trop forte. Lee a commis plusieurs erreurs ; surtout, aucun de ses commandants de corps ne lui donne vraiment satisfaction.

    Le 2 juillet, Lee lance deux divisions de Longstreet, celles de McLaws et Hood, à l'assaut du flanc gauche de l'Union, autour de Little Round Top et Big Round Top, où il croit déceler un point faible. Or le terrain se prête mal à une manoeuvre si audacieuse : Lee fait en même temps attaquer sur Culp's Hill, à l'autre extrêmité du front nordiste, tablant sur une prise en tenailles. Mais Longstreet n'est toujours pas convaincu par le plan et les chefs de corps ne coordonnent pas leurs assauts. En outre, tous les corps nordistes sont arrivés, l'Union, retranchée, a l'avantage du nombre. Longstreet n'attaque qu'à partir de 16 h, face au 3ème corps de Sickles, et alors que Lee tance Stuart, tout juste revenu de son raid. Sickles, proche de Hooker, ne s'entend pas avec Meade : il prend sur lui de faire avancer ses 10 000 hommes un peu plus en avant, sur une position qu'il juge plus défendable, ce qui désorganise toute la ligne nordiste. Pendant ce temps Hood, divisionnaire de Longstreet, plaide pour un assaut par les pentes de Little Round Top et Big Round Top, mais son chef demeure inflexible. Hood est blessé durant l'assaut, particulièrement furieux. Les sudistes avancent confusément, manquent d'emporter Little Round Top, sur laquelle est expédiée en dernière minute une brigade du 5ème corps, en réserve. Le 20th Maine  de Chamberlain s'y couvre de gloire en repoussant les attaques de deux régiments de l'Alabama. Les combats sont furieux : Longstreet engage une division du 3ème corps de Hill, puis attaque le centre dégarni de l'Union. Mais les nordistes tiennent bon, le 6ème corps arrivant pour renforcer les lignes. La bataille fait rage aussi jusque dans la nuit sur Culp's Hill et Cemetery Hill : Ewell ne parvient pas à briser la ligne adverse. Lee, déçu, prévoit cependant d'attaquer le lendemain au centre, avec la division Pickett de Longstreet, la seule qui est fraîche. Stuart devra attaquer les arrières nordistes et Ewell le flanc droit. Mais Meade attend précisément l'assaut ici.

    Le lendemain, 3 juillet, les nordistes attaquent les premiers, reprenant les positions perdues la veille jusqu'à la fin de la matinée sur leur flanc droit, contre Ewell. Lee a perdu la première manche. Malade, il voit par ailleurs Longstreet tarder à mettre en place la division Pickett, dans une chaleur suffocante. Alexander, qui dirige l'artillerie du 1er corps, peine à rassembler ses canons. Les 170 pièces ouvrent néanmoins le feu peu après 13h. Alexander expédie 15 à 20 000 projectiles, en vain : le tir est trop long, dispersé sur toute la ligne, et ne touche que les arrières des lignes nordistes, pas les fantassins retranchés ni les artilleurs nordistes qui ont eux économisé leurs munitions pour l'assaut qu'ils savent imminent. A 14h50, Alexander informe Longstreet que le feu va faiblir. Ce dernier acquiesce donc, d'un hochement de tête, quand Pickett lui demande l'ordre d'attaquer. Les fantassins sudistes avancent à 15h10. Pickett ne coordonne pas bien son attaque avec les deux autres divisions de Hill qui sont engagées -12 500 hommes en tout-, et fonce seul ou presque, de son côté, vers l'objectif. La distance à parcourir est telle que les pertes sont sévères. Un commandant de brigade de Pickett est tué, un autre sérieusement blessé. Le dernier en lice, Armistead, entraîne 200 à 300 Virginiens au-delà du mur de pierre marquant les défenses nordistes, puis tombe à son tour. A 16h, l'échec est consommé : les confédérés abandonnent 6 500 hommes sur le terrain, dont les deux tiers de la division Pickett. Lee accepte son échec, l'Union n'exploite pas son avantage ; Stuart a été repoussé à l'est de Gettysburg dans un combat de cavalerie où se distingue un certain Custer. Lee décide de battre en retraite : il a perdu 28 000 hommes, plus du tiers de son armée, contre 23 000 aux nordistes.

    Il faut franchir le Potomac rapidement, avant que la route ne soit coupée par les nordistes. Lee abandonne 7 000 blessés et relâche sur parole 2 000 prisonniers. Au nord, la nouvelle de la victoire galvanise les énergies, en pleine célébration du 4 juillet. Lee se retranche sur la rive nord du fleuve le 7 juillet, le temps de construire un pont, les nordistes ayant détruit tous les édifices. Arrivé deux jours plus tard, Meade ne se décide pas à attaquer franchement. Lee passe le fleuve dans la nuit du 13 au 14. Pour Farid Ameur, malgré l'échappée de Lee, Gettysburg marque bien le début de la fin pour la Confédération (p.176). Vicksburg tombe le 4 juillet : la Confédération est coupée en deux. En septembre, les fédéraux avancent sur Chattanooga, noeud ferroviaire reliant les Etats du Golfe à ceux de la côte atlantique. En 1864, Grant prend la tête de l'armée du Potomac : il entame une guerre d'usure contre Lee, alors même que Davis prône de plus en plus une guerre totale, où les civils sont de moins en moins épargnés. A l'ouest, Sherman entre en Géorgie, s'empare d'Atlanta en septembre, puis entame la marche vers la mer en novembre, entre dans Savannah en décembre, puis remonte vers le nord. En 1865, Sheridan dévaste la vallée de la Shenandoah ; Grant oblige Lee à sortir de ses retranchements devant Petersburg début avril. Le 9, cerné, Lee doit capituler à Appomatox. Les dernières troupes confédérées déposent les armes fin mai. La guerre de Sécession est terminée : plus de 600 000 morts, 20% de la population active du sud, une Reconstruction fragilisée par l'assassinat de Lincoln le 14 avril 1865, un Sud sous-développé qui entretient le mythe de la "cause perdue", et des Noirs émancipés mais qui n'obtiennent vraiment leurs droits civique que dans les années 1960... Les vétérans, de chaque côté, entretiennent le souvenir. Ceux de Gettysburg ne font pas exception. Un cimetière militaire est inauguré dès novembre 1863, moment où Lincoln prononce son fameux discours. Pour les 50 ans de la bataille, en 1913, 50 000 vétérans prennent part à la manifestation. Le lieu devient bientôt un symbole de la réconciliation nationale. Pour l'historien, Gettysburg est bien le paroxysme de cette deuxième naissance des Etats-Unis, la guerre de Sécession, qui précède l'avènement de la superpuissance.

    En conclusion, Farid Ameur qualifie la bataille de tournant de la guerre (p.193) et souligne qu'on s'intéresse plus à l'échec de Lee qu'au succès de Meade. Une bataille devenu un mythe fondateur, mais dont l'historiographie n'est pas encore forcément apaisée...

    L'ouvrage de Farid Ameur a cette qualité de bien coller au profil de la collection : la présentation de la campagne et de la bataille est claire, bien servie par les cartes, mise en contexte par rapport à l'ensemble du conflit, ce qui est une gageure en moins de 200 pages. La bibliographie, forcément ramassée vu le sujet et la place, va à l'essentiel. Surtout, Farid Ameur comble probablement un vide en français, et c'est bien là le principal mérite de son livre, par ailleurs bien écrit. Pour autant, on est un peu frustré : pour quelqu'un comme moi connaissant un peu le sujet, on n'apprend rien de neuf, et l'objectif de la collection, au final, reste trop limité à l'histoire-bataille pure et simple, sans qu'il soit possible d'aller un tantinet  plus loin, malgré la qualité des intervenants, historiens chevronnés pour la plupart. On regrette par exemple ici que la place consacrée à la mémoire de l'affrontement soit si réduite, et l'historiographie pas évoquée. Dommage.



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    Paris, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un train de l'armée américaine transporte le docteur Bernhardt (Paul Lukas), ancien résistant antinazi, à une conférence où celui-ci doit défendre un accord pacifique entre les vainqueurs de la guerre. A bord du train se trouve également une Française, Lucienne (Merle Oberon),l'expert agricole américain Robert Lindley (Robert Ryan), le Français Perrot (Charles Korvin), l'enseignant britannique Sterling (Robert Coot), un Allemand, Otto Franzen alias Hans Schmidt (Peter von Franzen) et le lieutenant soviétique Kirochilov (Roman Toporow). Bernhardt tente de sympathiser avec les autres passagers, mais la plupart sont froids car il est Allemand. Peu avant un arrêt à Francfort, Bernhardt, qui s'est retiré dans son compartiment, est tué par une grenade. Arrivé à Francfort, les passagers apprennent que l'homme qui a été tué était en réalité un de ses gardes du corps, qui a payé la ruse de sa vie. Le meurtrier est donc forcément parmi les passagers restants...

    Berlin Express est l'un des premiers films à être tourné en Allemagne occupée, après 1945. On peut voir notamment les intérieurs et les extérieurs de la ville de Francfort, encore en bonne partie en ruines, dont les bâtiments de la firme IG Farben et ses fameux ascenseurs dits paternoster. C'est un film atypique de Jacques Tourneur, qui plaide, alors que démarre la guerre froide, pour une entente entre les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale pour reconstruire l'Europe. Le message de paix se double cependant d'un film d'espionnage à la tournure quasi documentaire, notamment dans la première moitié, avec une voix off.



    La RKO se dépêche de produire le film de Jacques Tourneur, alors que les pays européens adoptent des mesures protectionnistes en vue de leur reconstruction. L'idée du scénariste, Kurt Siodmack, est excellente : les dialogues d'Harold Smeldford le sont un peu moins, et donnent des personnages un peu caricaturaux représentant les 4 puissances alliées victorieuses (le Britannique gentleman, le Soviétique martial, etc). Le personnage soviétique, d'ailleurs, incarne le changement de la posture américaine : alors que l'Armée Rouge est valorisée depuis la guerre, l'entrée dans la guerre froide modifie le postulat. Le lieutenant soviétique apparaît naïf, borné, et reçoit aussi de Ryan à la fin du film quelques phrases bien moralisatrices sur l'incapacité des Soviétiques à essayer de comprendre les Américains... néanmoins, le producteur Dore Schary, un des seuls producteurs à s'opposer au licenciement d'employés supposés "rouges" en 1947, évite au film de tomber dans l'anticommunisme. On est dans une période transitoire, en quelque sorte.



    Pour le reste, le film d'espionnage de Tourneur joue sur la confusion. Certains ne sont pas ce qu'ils prétendent être, et c'est bien tout ce qui fait le mystère de l'intrigue. Là où le réalisateur pèche, c'est qu'il ne donne peut-être pas tous les détails attendus par le spectateur : on ne saura rien du groupe qui enlève Bernhardt (on devine que ce sont des néo-nazis mais on n'en a pas confirmation, on peut tout aussi bien croire qu'il s'agit de truands avec un vernis politique). La grande force du film est d'avoir été tourné dans les ruines de Francfort : la voix off insiste sur les difficultés de la population, accentue le contraste entre le centre ancien dévasté et les bâtiments d'IG Farben, préservés par les Américains et récupérés par eux... c'est la même voix off qui présente, au début du film, les personnages, chacun penché à la fenêtre du compartiment du train. Tourneur joue souvent aussi avec les effets d'ombre et de lumière (les lampes sont très présentes dans la plupart des scènes). Le casting est contrasté : au puissant Robert Ryan, à l'expérience de Lukas ou Coote s'oppose le jeu stéréotypé de Toporow et un manque de charisme, peut-être, de Merle Oberon. Le pari de Tourneur est néanmoins réussi : le message du film passe assez bien, et la scène finale a quelque chose de vraiment émouvant, surtout quand on pense à la suite.



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    Paul Bonnecarrère est un ancien parachutiste du 1er RCP pendant la Seconde Guerre mondiale, devenu ensuite correspondant de guerre en Indochine, à Suez, en Algérie. De sa proximité avec les combattants, il a tiré plusieurs livres traitant en particulier des hommes de la Légion Etrangère.

    Le sous-titre est un peu trompeur : ce n'est pas une histoire de la Légion Etrangère en Indochine mais une collection de récits sur des engagements de la Légion pendant le conflit en question. Sans surprise, on n'a donc pas à faire à un livre d'histoire, mais à un auteur qui cherche à dresser des portraits héroïques. Malgré la défaite, malgré les erreurs du commandement, malgré les circonstances défavorables, les officiers subalternes (comme le lieutenant Mattei), les sous-officiers et les hommes de troupe accomplissent des exploits, souvent contre un adversaire en surnombre, implacable de par les mutilations qu'il inflige aux cadavres français et par les tortures qu'il applique aux prisonniers avant la mise à mort. Bonnecarrère livre évidemment de nombreux détails salaces (alcool, sexe) qui renforce le caractère anecdotique du récit. Les portraits qu'il dresse ont valeur d'exempla pour les nostalgiques de l'Indochine française ou d'une "victoire perdue" - le titre d'un ouvrage postérieur de Bonnecarrère d'ailleurs, inspiré tout droit des mémoires de... Manstein.

    Bref, les amateurs de récits haut en couleur et héroïques sur la Légion seront comblés, pour ceux qui cherchent un peu d'histoire, passez votre chemin (l'ouvrage a été réédité dans la collection Tempus de chez Perrin il y a peu).




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    Frank Daninos est un journaliste associé au magazine La Recherche. Il semble spécialisé dans l'histoire du renseignement et participe au C2FR -un pôle de recherche dont j'ai pu lire au moins une autre production, par le tenant du site, et qui ne m'avait guère convaincu. En outre, à côté de deux ouvrages sur ce sujet, dont celui-ci, le dernier livre de F. Daninos est une histoire du poker (!). On attend donc avec curiosité le contenu de cette histoire "politique" de la CIA...

    Ce livre de la collection Texto est en fait la réédition en poche d'un ouvrage paru en grand format en 2007. Il faut dire que depuis les attentats du 11 septembre, les services de renseignement américains sont particulièrement conspués, et au premier chef la CIA. Il était donc tentant de faire une synthèse historique de l'agence, en français ; Daninos a été précédé par un Britannique qui a écrit une histoire du renseignement américain.

    Le journaliste commence son histoire non pas en 1947, date la création officielle de la CIA, mais bien avec l'OSS et le général Donovan. Première lacune de taille cependant : il oublie de parler du rôle des agences de renseignement militaires (comme l'ONI), antérieures à la CIA et qui ont déjà procédé à la collecte de renseignements politiques en parallèle du FBI, sur le sol américain.

    Très factuel, le récit développe des épisodes bien connus : la découverte des diplomates de Cambridge espionnant pour l'URSS, le projet Manhattan, le renversement de Mossadegh en Iran, le coup d'Etat au Guatemala, la crise cubaine...qui montrent que la CIA a été un acteur majeur de la guerre froide. Mais Daninos n'évoque quasiment pas les autres agences de renseignement liées à la CIA (comme la NSA, phare du renseignement électronique qui prend de plus en plus d'importance) et parle presque davantage du FBI... il ne s'étend pas non plus sur les accords de coopération passés avec les pays alliés, pourtant fondamentaux pour les débuts de l'agence. La dernière partie du livre est la plus intéressante, expliquant la remobilisation de la CIA sous l'ère Reagan et surtout la crise d'adaptation jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001.

    Sur un exemple que je connais mieux, la guerre du Viêtnam, on sent les limites du livre : p.188-189, l'auteur explique la CIA ne cessera de faire coller les données aux idées préconçues des militaires et du gouvernement. Ce qui est plus que contestable : la CIA a souvent publié des analyses montrent les limites de l'action militaire américaine au Sud-Viêtnam ou contre le Nord (ce qu'il dit d'ailleurs dans les pages qui suivent). A la p.200, l'auteur semble n'avoir qu'une vague connaissance de l'opération "Phoenix", que la CIA mènerait avec des "milices sud-viêtnamiennes"... ce qui est très approximatif. Ce ne sont que quelques exemples parmi d'autres.

    En réalité, Frank Daninos écrit une histoire chronologique de la CIA, où se succèdent les directeurs de l'agence et les présidents des Etats-Unis, sans jamais expliquer le sens et l'objectif du sous-titre de son livre : une histoire politique. Il manque l'inscription de cette dimension relationnelle entre les directeurs et les présidents dans un cadre plus global, l'histoire institutionnelle, l'histoire des relations avec le monde politique, l'histoire de tous les protagonistes, enfin, et pas seulement les présidents du pays et les directeurs de la CIA. L'auteur n'évoque quasiment pas, comme cela a été dit plus haut, les liens de la CIA et son influence sur les autres agences de renseignements, avant la création du Director of National Intelligence par G.W. Bush en 2005, après les attentats du 11 septembre.

    Cette histoire chronologique ressemble donc plus à un procès des coups tordus et autres opérations clandestines menées par la CIA, que l'auteur se complait à décrire avec force détails (mais vu ce qu'on a dit sur le Viêtnam, on peut se demander si cela est bien fait pour le reste). On sent la prose du journaliste, inspiré des premiers travaux sur la CIA, américains, remontant aux années 1970, au moment où le public américain découvre, par des fuites ou des commissions parlementaires, toute l'étendue du rôle de la CIA dans la guerre froide. Franck Daninos ne prend peut-être pas assez de recul par rapport à ses sources (anciens membres désabusés de l'agence, journalistes, etc) et son style d'écriture fait parfois parler les acteurs ou leur attribue des pensées, ce qui peut décontenancer. Pour un tel sujet, l'appareil de notes n'est guère fourni (moins de 15 pages) et semble surtout devoir faire figure de gage de sérieux pour le lecteur moyen. La bibliographie d'ailleurs ne se compose que de 3 pages et elle est uniquement composée de sources secondaires ou de témoignages : aucun document d'archive n'est mentionné. Au final, l'histoire de la CIA se réduit surtout à celle des actions clandestines : on a donc pas une histoire politique, mais plutôt un "livre  noir" de la CIA qui n'a rien d'original, et qui néglige curieusement le renseignement (un comble pour un associé du C2FR) et l'histoire institutionnelle, politique et même culturelle de la CIA.



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    Mars 1944. Dans la Turquie neutre, l'ambassadeur allemand Franz von Papen (John Wengraf) et son homologue britannique  Sir Frederic Taylor (Walter Hampden) sont à une réception où ils rencontrent la comtesse Anna Staviska (Danielle Darrieux), une Française veuve d'un comte polonais, sans le sou, qui propose ses services pour espionner chacun des camps, sans résultat. Dans la soirée, un homme approche un attaché de l'ambassade allemande, Moyzisch (Oskar Karlweis) : il propose de remettre aux Allemands des documents ultra-secrets pour 20 000 livres. L'homme, Diello (James Mason), est en fait le valet de chambre de l'ambassadeur britannique et l'ancien domestique de la comtesse...

    L'affaire Cicéron (pour une fois le titre français est plus explicite que le titre original) est une adaptation du livre de Moyzisch, publié en 1950, et qui donnait de nombreuses informations sur cette affaire d'espionnage. Mankiewivcz s'inspire assez librement du livre, lui-même non exempt de partialité. Les dates sont quelques peu changées (Cicéron se présente en mars 1944, alors qu'en réalité c'est en octobre 1943) ; le nom de certains personnages est modifié (l'ambassadeur britannique) ; des éléments fictifs sont rajoutés (la comtesse) ; des éléments authentiques sont oubliés (le rôle de la secrétaire de Moyzisch) ; etc.



    Zanuck, directeur de production de la Fox, obtient les droits d'adaptation du livre de Moyzisch. Produit par Otto Lang, le film est réalisé par Henry Hathaway, que Zanuck a choisi pour tourner un film quasi documentaire, voulu sur les lieux de l'action (la course-poursuite), en mettant Cicéron -et non Moyzisch- au centre de l'histoire, tout  en mettant l'accent sur son intérêt financier et non politique -façon commode de balayer ses liens avec les nazis, pour être plus consensuel. En réalité, le livre de Moyzisch, partial comme on l'a dit, a apporté les premiers éléments de l'affaire, mais à l'époque, Cicéron n'a pas encore publié ses mémoires (il le fera en 1958, en forme de réponse à Moyzisch et au film) et les zones d'ombre permettent justement de grandes libertés d'adaptation cinématographique.



    En outre, en 1951, Zanuck confie la reprise de l'ensemble à Mankiewicz, qui arrive en fin de contrat avec la Fox et qui n'apprécie guère le producteur. Mankiewicz revoit le scénario et surtout les dialogues, le tout en quatre mois. James Mason a déjà incarné Rommel dansLe Renard du Désert d'Hathaway (1951). Il est ravi de travailler avec Mankiewicz sur l'Affaire Cicéron, qui reste d'ailleurs un de ses films favoris. Danielle Darrieux remplace au pied levé Micheline Presle, enceinte, et livre une composition subtile On trouve aussi Michael Rennie dans le rôle de Travers, l'agent du contre-espionnage britannique chargé de démasquer Cicéron.



    Mankiewicz livre un film d'espionnage où au milieu d'une guerre, des personnages livrent des combats singuliers, intimes, pour un résultat nul (les Allemands ne croient pas aux renseignements ; Cicéron est payé en faux billets...). La découverte de la fausse monnaie, réservée pour la dernière scène, ce qui est excellent, souligne combien Diello ne peut en réalité échapper à son univers de domestique, même quand il croit avoir réussi. La peinture des personnages est ambigüe : Mankiewicz souligne les faiblesses et les travers des Allemands et des Anglais. Paradoxalement, il livre un portrait plutôt sympathique de von Papen (sans doute un peu trop gentil), et ridiculise Moyzisch (même si c'était, en réalité, un nazi convaincu, comme le suggère le film). Diello, lui aussi, a trop confiance en lui, et finit victime de ce trop-plein de vanité. Le réalisateur insiste sur les différences de condition sociale : c'est bien ce qui motive Diello, non pas aimer la comtesse mais devenir maître pour être sur un plan d'égal à égal. Les deux personnages s'influencent réciproquement, et connaissent le même sort. Le réalisateur réussit aussi de grandes scènes de suspense, comme la découverte de Cicéron lorsqu'il s'attaque au coffre-fort muni d'une alarme électrique.



    Si le film ne s'appelle pas Operation Ciceron, c'est tout simplement que l'actualité s'y opposait : des émeutes raciales avaient éclaté en 1951 dans un ghetto de Chicago, Cicero. Film encore méconnu de Mankiewicz, mélangeant espionnage et manipulation, L'affaire Cicéron mérite assurément d'être redécouvert.



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    Le 20 août 2015, l'Etat Islamique met en ligne une vidéo baptisée « Falloujah : le tombeau des envahisseurs ». Cependant, contrairement à ce que l'on pourrait attendre1, la vidéo ne montre pas les opérations militaires en cours dans la province d'Anbar, autour de Falloujah : il s'agit en réalité d'archives du groupe, les images montrées correspondent à celles de l'assaut et de la prise du camp de la 30ème brigade de l'armée irakienne, à Saqlawiyah, au nord-ouest de Falloujah2. La base était tombée le 21 septembre 20143. La garnison d'un millier d'hommes avait été leurrée par les combattants de l'EI qui avaient encerclé les alentours de la base en portant des tenues de l'armée irakienne, avant d'attaquer le camp avec des véhicules kamikazes et des kamikazes porteurs de gilets remplis d'explosifs. 200 soldats sur les 1 000 de la garnison avaient réussi à s'échapper ; les contre-attaques de l'armée irakienne pour dégager les assiégés avaient échoué, l'Etat Islamique ayant à cette occasion peut-être utilisé des munitions au chlore. Cette vidéo, qui est donc à prendre comme un document d'archive et de propagande, a le mérite de montrer néanmoins la façon d'opérer de l'Etat Islamique -du moins ce qu'il veut en faire paraître.




    Ci-dessus, à gauche, les images tirées de la vidéo du 20 août 2015, et à droite, les images de septembre 2014 : la similitude est évidente.



    Tactiques et armement


    On peut d'abord voir une escouade de combattants de l'Etat Islamique embarquer à bord d'un véhicule blindé M113 pris à l'armée irakienne. D'autres combattants (8 ou 9 sont entassés à l'arrière d'un pick-up.

    Une escouade de combattants de l'EI. A droite, l'homme porte un fusil de précision SVD Dragunov.

    L'escouade embarque dans le M113.





    On peut observer ensuite l'objectif de l'opération, la base de la 30ème brigade près de Saqlawiyah. Un canon de l'enfer, artisanal, de gros calibre, expédie deux projectiles au moins à l'intérieur de la base. Un combattant tire ensuite au RPG-7 (avec munition antipersonnel). Plusieurs armes lourdes pilonnent également le camp : une mitrailleuse M2HB de 12,7 mm prise à l'armée irakienne, montée sur support fixe, un technical armé d'une pièce de 23 mm AA ZU, une pièce monotube KPV de 14,5 mm également montée sur support fixe, et une autre pièce de 14,5 mm.


    Premier tir du canon de l'enfer.

    Impact à l'intérieur du camp.

    Le canon de l'enfer en action.

    Deuxième impact dans la base.

    Tir de RPG-7 avec munition antipersonnelle.

    Mitrailleuse M2HB de 12,7 mm.

    Un technical avec bitube de 23 mm.

    Canon de 14,5 mm sur support fixe.

    Canon KPV en 14,5 mm.



    La scène suivante montre un M113 foncer à toute allure vers l'un des murs de la base. Le M113 s'arrête un peu avant celui-ci ; un autre M113, semble-t-il, positionné déjà plus près du mur, fonce sur celui-ci et explose de manière spectaculaire près du rempart. Les manoeuvres du premier M113 -peut-être celui transportant l'escouade vue au début de la vidéo- ont peut-être servi de diversion aux mouvements du véhicule kamikaze. On peut voir ensuite 2 autres M113 progresser en direction de la base en suivant la même route que le premier. Le M113 du début de la vidéo semble ensuite regagner la ligne de départ.

    Un M113 fonce en direction du camp.

    Le M113 s'arrête. Un autre véhicule, probablement un M113 également, part de plus près et accélère lui aussi en direction du camp.

    Le véhicule kamikaze explose près du mur d'enceinte du camp.

    2 autres M113 empruntent le même chemin que le premier.

    Le M113 qui avait embarqué l'escouade revient.


    On distingue ensuite plusieurs combattants de l'EI retranchés derrière un talus. La scène suivante montre un hélicoptère de combat Mi-35 de l'aviation irakienne survolant à haute altitude les positions des combattants de l'EI. Ceux-ci pénètrent enfin à l'intérieur de la base. On peut les voir aussi tirer sur deux Humvees de l'armée irakienne qui emportent probablement quelques survivants. Un membre de l'EI brandit ensuite le drapeau noir marqué de la profession de foi et de la réplique du sceau du Prophète au-dessus d'une guérite qui fait l'angle entre deux des murs du camp. Un autre plante le même drapeau au centre même de la base.

    Combattants de l'EI derrière un talus.

    Un hélicoptère de combat Mi-35 de l'aviation irakienne.


    Le mur du camp est franchi.


    En bas, sur la route, on peut voir 2 Humvees s'enfuir sou les tirs de l'Etat Islamique.

    Le drapeau noir au-dessus d'une guérite du mur d'enceinte.

    Un autre drapeau au centre du camp.


    Durant la minute et demi suivante de la vidéo (qui en fait presque 8 en tout), on peut voir au moins une trentaine de corps de soldats irakiens, pour beaucoup mutilés par les balles ou les explosions qui les ont tués (particulièrement à la tête). L'un d'entre eux, blessé, est achevé en étant littéralement criblé de balles par les hommes de l'Etat Islamique.

    La séquence suivante montre les véhicules détruits ou capturés par l'Etat Islamique. On observe au moins 3 chars M1 Abrams américains livrés à l'armée irakienne qui ont été détruits, de même qu'un camion, plusieurs Humvee, un véhicule blindé BMP-1. Un Humvee est capturé en bon état. A noter d'ailleurs aux côtés de ce dernier un combattant de l'EI muni d'un brassard blanc, probablement à des fins d'identification entre les deux camps.

    Un char M1 Abrams de l'armée irakienne détruit.

    Un MRAP en version ILAV, abandonné.

    Un autre Abrams incendié.

    Un Humvee détruit.



    Un troisième Abrams également incendié.

    A gauche, on distingue un BMP-1.

    Un Humvee capturé.







    La dernière partie de la vidéo montre l'EI en train de récupérer son butin de guerre, armes et munitions (dont une mitrailleuse M2HB de 12,7 mm avec ses caisses). Un M113 tente de remettre sur la route un Humvee ayant basculé sur le bas-côté. Des camions et des pick-up servent à transporter les munitions et autres équipements (gilets porte-munitions, etc) pris dans le camp. Un véhicule M113 muni du drapeau noir repart ensuite sur la route, au bord de laquelle se trouve un vieux char T-55 abandonné. Humvee et M113 sont ensuite filmés en train de parader sur les routes.

    Le butin est conséquent : mitrailleuses M2 en 12,7 mm, caisses de munitions...


    Le M113 tente de remorquer le Humvee en mauvaise posture.




    Les munitions et autres équipements de prise sont descendus du camion dans le pick-up.



    Un T-55 (sa copie chinoise, le Type 69-II abandonné au bord de la route.






    Au niveau de l'armement, l'Etat Islamique ne se distingue pas fondamentalement des rebelles syriens, par exemple, qu'il combat de l'autre côté de la frontière irakienne. Seules différences : la présence de davantage de véhicules lourds de prise (M113) ainsi que l'utilisation de kamikazes, ici sur véhicule, comme véritable artillerie ou plutôt moyen de génie pour ouvrir une brèche dans les défenses adverses. En revanche, on note l'extrême brutalité des combattants de l'EI à l'égard de leurs ennemis, tués ou blessés, et une grande attention à la récupération du butin militaire sur le champ de bataille (munitions, véhicules en particulier).


    Une arme de propagande


    Pourquoi l'Etat Islamique publie-t-il cette vidéo composée en réalité d'images de combats datés, remontant à presque une année ? On peut avancer plusieurs hypothèses ? D'abord, l'Etat Islamique cherche probablement à occuper le plus possible l'espace médiatique : quand il n'y a pas d'images des opérations en cours, il se débrouille pour repasser des images de combats anciens (notons ici que l'écart est proche d'un an, ce qui n'est pas rien). A l'inverse, à défaut de succès majeurs durant l'été, depuis le mois de mai, sur le terrain irakien, l'Etat Islamique cherche peut-être à remonter le moral de ses troupes et à rappeler à ses adversaires ses succès antérieurs en montrant l'assaut d'une base de l'armée irakienne particulièrement brutal, qui lui a valu d'engranger un butin matériel conséquent. Et ce d'autant plus que les combats continuent autour de Ramadi, la capitale provinciale d'Anbar, que l'Etat Islamique a pris en mai, et que les forces armées irakiennes épaulées par les milices chiites n'ont toujours pas reconquise. Enfin, cette vidéo d'archives sert à merveille la politique de communication de l'Etat Islamique : l'utilisation d'un kamikaze monté sur un M113 bourré d'explosifs, la minute et demi d'exposition des corps de soldats irakiens et de leur traitement infâmant, tout cela vise à inspirer la terreur. Une terreur qui est un des moyens d'action de l'Etat Islamique.





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    Début de la refonte de ma série sur les combattants étrangers en Syrie, côté insurrection, baptisée désormais Djihad au pays de Cham. Je commence avec les Marocains, contingent que je n'avais pas encore traité.




    En novembre 2013, Fernando Reinares, spécialiste espagnol des djihadistes nationaux partis se battre en Syrie et en Irak, estimait à 900 les Marocains présents en Syrie. En avril 2014, plusieurs spécialistes portaient le nombre à 1 5001, voire 2 000 en ajoutant les Belges, Français ou Espagnols d'origine marocaine, qui ne seront pas traités ici. Le centre israëlien Meir Amit, en mai 20142, estimait leur nombre à quelques douzaines seulement (!). Les autorités marocaines évoquent jusqu'à 2 000 Marocains partis se battre en Irak et en Syrie ; le ministère de l'Intérieur donnait le chiffre de 1 122 en 2014, avec 200 morts au combat et 128 qui sont revenus et font l'objet d'une surveillance. En novembre 2014, des chiffres font état de 219 Marocains tués en Syrie, 32 en Irak, dont 20 dans des attaques suicides3. Mais les autorités expliquent aussi que seulement 18% de ces derniers ont un casier judiciaire avant leur départ en Syrie, ce qui rend difficile la surveillance une fois qu'ils sont revenus. La réputation des Marocains sur le théâtre du djihad n'est plus à faire : ils occupent des fonctions importantes, notamment au sein de l'Etat Islamique, à la fois politiques, militaires et logistiques. Comme combattants, ils sont particulièrement redoutés, et on les dit plus volontaires pour les attaques suicides. D'autres sources pourtant expliquent qu'au sein de l'Etat Islamique, les trois quarts des Marocains seraient pluôt des combattants de base, servant pour la protection des convois ou comme seconde vague lors des assauts4. Le gouvernement marocain est persuadé que les djihadistes nationaux accumulent une expérience destinée à être réinvestie dans leur pays d'origine5.

    Pour Romain Caillet, le djihad syrien n'a pas pris l'ampleur, au Maroc, d'un phénomène de société, comme cela peut être le cas en Tunisie6. Néanmoins, comme pour beaucoup d'autres pays, le djihad syrien dépasse déjà par ses proportions tous les autres phénomènes historiques comparables, jusqu'à celui en Afghanistan contre les Soviétiques. Ahmad Rafiqi, qui avait été le chef du djihad marocain en Afghanistan contre l'URSS, est d'ailleurs mort en Syrie le 13 mars 2014. Les Marocains, en outre, privilégient la Syrie et l'Irak comme terre du djihad par rapport au Mali, un autre « point chaud » en particulier depuis l'intervention française (opération Serval) de janvier 2013.

    Comme c'est le cas là encore pour d'autres contingents, la présence des Marocains en Syrie est difficile à tracer jusqu'à l'été 20127. Les premiers ont probablement combattu au sein de Jabat al-Nosra, venant d'al-Qaïda en Irak8. En août 2012, on voit un premier martyre marocain, Abu Mus‘ab ash-Shamali, qui se jette contre un bâtiment de l'armée syrienne à Nayrab, entre Alep et Idlib. En septembre 2012, 8 Marocains auraient été tués dans la province d'Idlib au sein du bataillon al-Furqan9. En mars 2013, un autre kamikaze, Abu Ayman, lui aussi de Jabat al-Nosra, se jette sur un checkpoint du régime près de Qusayr (province de Homs). Abu Hajaral Maghribi (Yassin Buhurfa), ancien militant islamiste et commandant de brigade d'al-Nosra, est mort le 26 janvier 2013 au nord de Jish ash-Soughour, dans la province d'Idlib. En février 2013, on parle de plus de 40 Marocains partis faire le djihad en Syrie, venus essentiellement du nord du pays. Les autorités évoquent 80 départs en juillet 2013, chiffre alors probablement sous-estimé10.

    Abu Hajaral Maghribi, dans une vidéo célébrant sa mort.



    Le premier kamikaze marocain en Syrie : Abu Mus‘ab ash-Shamali, du front al-Nosra. On peut voir l'explosion du camion qu'il conduisait.


    Abu Hamza al-Maghribi (Muhammad al-Alami Slimani), ancien détenu de Guantanamo, a été tué le 5 août 2013 dans un village de la province de Lattaquié, lors de l'offensive menée par les rebelles dans cette région à l'été 2013, pour tenter de s'emparer du village natal du clan Assad, Qardaha11. C'est après sa mort qu'est créé Harakat Sham al-Islam, dirigé par Abu Ahmad al-Muhajir (Ibrahim Benchekroun), un groupe spécialement créé pour accueillir les volontaires marocains du djihad. Le groupe dispose d'une branche médiatique, al-Uqab (l'étendard), qui dffuse les obsèques d'al-Maghribi. Pour Aymenn Jawad al-Tamimi, le groupe est au départ plus proche de l'idéologie d'al-Nosra que de celle de l'EIIL12. De par ses origines, c'est un groupe qui se situe dans la lignée d'al-Qaïda13.

    Abu Hamza al-Maghribi

    Ibrahim Benchekroun lors de l'enterrement d'al-Maghribi (au centre, barbe blanche).


    Harakat Sham al-Islam, comme d'autres groupes de combattants étrangers, s'est alors installé dans la province de Lattaquié, pilier du régime syrien puisqu'on y trouve une communauté alaouite largement majoritaire. En outre la province est frontalière, au nord, de la Turquie. D'après Romain Caillet, le groupe aurait été sollicité par des salafistes koweïtiens pour faire allégeance à Jabat al-Nosra en échange de fonds. La proximité de Benchekroun avec le cheikh ‘Abd Allahal-Mohaysni, appartenant au courant djihadiste mais proche de chefs religieux liés au pouvoir saoudien, indique peut-être d'autres sources de financement. Harakat Sham al-Islam n'a pas rallié l'EIIL dans son affrontement avec les rebelles syriens à partir de janvier 2014 : au contraire, il a toujours veillé à maintenir de bonnes relations avec les groupes liés à l'Armée Syrienne Libre. Il a participé à l'assaut sur l'hôpital al-Kindi d'Alep et à celui, raté, sur la prison centrale. Le groupe contribue aussi à l'offensive al-Anfal14 dans la province de Lattaquié, en mars 201415. C'est à cette occasion que Benchekroun est tué au combat, le 2 avril. Mohamed Mizouz16 (Abou al Izz-Al Muhajir), ancien détenu de Guantanamo lui aussi et emprisonné au Maroc pour avoir recruté pour le djihad en Irak, prend la tête du groupe. Harakat Sham al-Islam comprend 500 à 700 combattants, essentiellement marocains, mais son chef spirituel, Abu Hafs al-Jazrawi, est un Saoudien, et son chef militaire, Ahmed Muzin, un Egyptien17

    Mohamed Mizouz, en-dessous du drapeau d'Harakat Sham al-Islam, le Coran devant lui.

    Abu Hafs al-Jazrawi, un Saoudien, chef spirituel d'Harakat Sham al-Islam, annonce que le groupe reste neutre dans le combat entre les rebelles et l'EIIL.
     

    Avec la proclamation de l'Etat Islamique en juin 2014, Harakat Sham al-Islam, comme d'autres formations djihadistes, a le souci de marquer son implantation territoriale. En juillet 2014, Harakat Sham al-Islam forme une coalition avec le bataillon Vert (un groupe composé essentiellement de Saoudiens), Harakat Fajr al-Sham al-Islamiya (un groupe de Syriens) et Jaysh al-Muhajireen wa al-Ansar (l'ancien groupe d'Omar ash-Shishani passé à l'EI, et dirigé par Salahuddin Shishani) : Jabhat Ansar al-Din18. Cette coalition maintient un jeu d'équilibre subtil, restant proche d'al-Nosra, sans combattre l'EI19. En septembre, Harakat al-Sham est placé sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis. En décembre 2014, le groupe publie les images d'un camp d'entraînement dans la province de Lattaquié20. La coalition Jabhat Ansar al-Din, menée par Jaysh al-Muhajireen wa al-Ansar, se considère comme la branche syrienne de l'émirat du Caucase affilié à al-Qaïda21. En juin 2015, le chef de Jaysh al-Muhajireen wa al-Ansar, Salahuddin Shishani, quitte le groupe avec ses partisans22. Depuis la rupture avec Omar Shishani, en novembre 2013, le groupe, composé de plus en plus de combattants arabes et non plus majoritairement de Nord-Caucasiens, a évolué vers un détachement à l'égard de l'émirat du Caucase, ce qui explique probablement la rupture23.

    Logo de Jabhat Ansar al-Din.

    Le secteur d'opérations d'Harakat Sham al-Islam ces derniers mois (depuis mars-avril). Le groupe opère dans la région de Salma, près du village de Dourin et du mont du même nom, au sud du Jabal al-Akrad (montagne des Kurdes). A l'ouest, la plaine côtière avec au sud-ouest Lattaquié, bastion du régime Assad. A l'est, la plaine d'al-Ghab, où de violents combats opposent actuellement les rebelles au régime.


    Images des dernières opérations de Harakat Sham al-Islam. Le groupe opère dans l'est de la province de Lattaquié, dans le djebel Ansariyeh, au nord-est de la ville de Lattaquié, non loin du village natal du clan Assad, Qardaha.

    Bitube de 23 mm sur camion.


    Prière avant le combat.

    Dans cette vidéo , Harakat Sham al-Islam met en parallèle son attaque avec un reportage des Forces Nationales de Défense du régime.

    Mitrailleuse PK.


    Un T-62.


    La formation d'un groupe spécifiquement marocain dans la constellation des formations rebelles en Syrie vise aussi, probablement, à préparer le retour du djihad au Maroc : si ce n'est pas le discours officiel du groupe, c'est celui de certains de ses combattants. Certains responsables religieux marocains l'ont bien compris, et ont condamné le départ des Marocains en Syrie. Cependant, une nouvelle génération de djihadistes, plus jeunes, plus radicaux, échappant à l'emprise des salafistes djihadistes traditionnels au Maroc, alimente l'EIIL puis l'Etat Islamique. Abd al-Aziz al-Mihdali, connu sous le nom de guerre d'Abu Usama al-Maghribi, est l'un des premiers Marocains arrivé en Syrie en avril 2012. Il fait partie de Jabat al-Nosra dont il commande une brigade et participe à la chute de la base 111, dans la province d'Alep, en décembre 2012. En avril 2013, al-Maghribi rejoint le nouvel EIIL, devient l'adjoint d'Omar ash-Shishani, et participe à la prise de la base aérienne de Minnagh en août 2013. Début 2014, il prend part à la lutte contre le front al-Nosra dans la province d'Alep, reprenant 5 villages sur la route d'Azaz : il est abattu dans une embuscade le 15 mars 2014 sur la route d'al-Bab, montée par al-Nosra. Les Marocains membres de l'Etat Islamique, comme ceux de Jabat al-Nosra, sont connus pour leurs attaques suicides : Abu Sohaib al-Maghrebi tue 25 soldats à un checkpoint de la province de Deir-es-Zor24.

    Abu Usama al-Maghribi.


    D'après les études réalisées sur les combattants, les djihadistes marocains affirment partir se battre pour faire tomber le régime Assad, rétablir la justice (la sharia) et promouvoir le djihad. Mais les départs ont aussi des causes économiques et socio-politiques. Le fait religieux est important : pour nombre de djihadistes marocains, la Syrie est le lieu du combat de la fin des temps de l'islam. En outre, l'encouragement de leaders religieux, notamment ceux emprisonnés par le gouvernement marocain puis relâchés, et un certain laissez-faire des autorités, ont contribué aux départs. Dès 2013, 30% des salafistes relâchés de prison partent faire le djihad en Syrie. Certains y voient une politique tacite du gouvernement visant à exporter le problème de la radicalisation djihadiste plutôt que de le traiter sur place. En outre, les détenus relâchés de prison ont souvent peu de perspective au Maroc une fois libérés, et préfèrent partir en Syrie, d'autant que l'accès à ce champ de bataille du djihad est relativement aisé25. On sait aussi que l'Etat Islamique paie relativement bien les combattants étrangers26 ; le goût de l'aventure faisant le reste27.



    Bitube de 23 mm sur camion.


    Technical avec canon KPV de 14,5 mm.




    Encore un technical avec pièce de 14,5 mm.



    T-62.

    Au loin, on peut voir les combattants du régime s'enfuir devant les hommes d'Harakat Sham al-Islam.




    Il y a eu deux vagues de départ de Marocains en Syrie : la première s'étend de décembre 2011 à avril 2013 et alimente surtout al-Nosra, la seconde, plus jeune, plus radicale, mais moins expérimentée, démarre avec la formation de l'EIIL en avril 2013. Les Marocains rejoignent ce dernier groupe jusqu'à la fondation d'Harakat Sham al-Islam en août. Le recrutement se fait surtout par des contacts personnels ; les Marocains qui partent sont aussi très présents sur les réseaux sociaux une fois arrivés, pour rester en contact avec leur famille ou établir des réseaux de recrutement. La plupart des recrues viennent du nord (délaissé par le pouvoir) et de l'ouest du pays, régions marquées par la présence des salafistes, un fort taux de chômage et d'urbanisation28. Les réseaux sociaux sont utilisés pour recruter des combattants ou récolter des fonds : le blog Ansar al-Tawhid décrit ainsi le voyage jusqu'en Syrie. Si Internet joue un grand rôle, les méthodes changent aussi au fil du temps : on conseille aujourd'hui aux candidats de ne plus prendre l'air depuis le Maroc, mais à partir de pays tiers, de s'habiller à l'occidentale, de ne prévenir personne de son départ, de mettre de l'argent de côté pour s'installer en Syrie. La voie d'entrée principale des Marocains en Syrie reste la frontière turque. Là encore, pour des raisons de sécurité, les pratiques évoluent : on conseille aux candidats d'atterrir non pas près de la frontière, mais dans des grandes villes turques qui en sont éloignées ; de se comporter en touriste pour ne pas attirer l'attention ; de mettre de côté de l'argent pour acheter une arme une fois passé en Syrie. Le voyage de retour est moins balisé : généralement, les partants arrivent en Libye et gagnent le Maroc en passant par la frontière algérienne. Le voyage coûte environ 1 000 dollars. Certains qui n'ont pas les moyens de se payer le voyage se lancent dans des activités criminelles pour le financer : un réseau de contrebande démantelé à Fès comprenait des aspirants au djihad, dont des anciens prisonniers. La plupart des djihadistes marocains ne compte pas revenir au pays, mais rester en Syrie ou mourir en martyre. Certains, déçus par l'affrontement entre Jabat al-Nosra et l'Etat Islamique, sont néanmoins revenus au Maroc. Le gouvernement marocain a cependant durci sa législation à partir de septembre 2014, et a déployé l'armée dans les rues. Une vingtaine de cellules de recrutement auraient été démantelées entre 2011 et 2014. Le Maroc a même construit une barrière de 70 km avec l'Algérie, tout en renforçant les contrôles aux frontières, pour entraver le retour des djihadistes29.

    Un BMP-1 détruit dans une position du régime prise près du mont Dourin.



    Canon de 57 mm sur camion.

    Un convoi du régime avec chars et canons automoteurs.





    Canon de 37 mm AA sur camion.


    Canon de 57 mm AA sur camion.

    T-62.








    2The Phenomenon of Foreign Fighters from the Arab World in the Syrian Civil War, Most of Them Fighting in the Ranks of Organizations Affiliated with Al-Qaeda and the Global Jihad, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, mai 2014.
    5There and Back. Trajectories of North African Foreign Fighters in Syria, Issue Brief Number 3, Small Arms Survey, juillet 2015.
    6Romain CAILLET, L'influence de la guerre en Syrie sur le courant djihadiste marocain, Religioscope, Études et Analyses – N° 33 – Avril 2014.
    7Les départs auraient pourtant commencé dès mars-avril 2012 et impliquent des personnes de plusieurs horizons différents : http://www.maghress.com/fr/lobservateur/13271
    9The Phenomenon of Foreign Fighters from the Arab World in the Syrian Civil War, Most of Them Fighting in the Ranks of Organizations Affiliated with Al-Qaeda and the Global Jihad, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, mai 2014.
    17There and Back. Trajectories of North African Foreign Fighters in Syria, Issue Brief Number 3, Small Arms Survey, juillet 2015.
    24There and Back. Trajectories of North African Foreign Fighters in Syria, Issue Brief Number 3, Small Arms Survey, juillet 2015.
    29There and Back. Trajectories of North African Foreign Fighters in Syria, Issue Brief Number 3, Small Arms Survey, juillet 2015.

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    Une des dernières vidéos de l'Etat Islamique est intitulée "Un corps : province de Salahuddine" ; c'est en fait la troisième partie d'une série dédiée au sujet.

    Le sermon d'un membre de l'Etat Islamique est entrecoupé d'images de combat de remploi, parmi lesquelles on distingue des extraits vidéos plus ou moins anciens. Certains semblent remonter au succès de l'Etat Islamique à l'été dernier contre le régime syrien, avec défilé de matériels de prise - automoteur d'artillerie 2S1 Gvozdika et char T-62 (sans doute Raqqa, 30 juin 2014, merci à Mathieu Morant). D'autres extraits plus récents semblent renvoyer à un assaut contre la raffinerie de Baiji, en Irak, en avril dernier ; depuis les combats se sont déplacés dans la ville de Baiji même.

    La raffinerie de Baiji, théâtre de violents combats entre l'EI, l'armée irakienne et les milices.


    Un BTR-80 a été abandonné par l'armée irakienne (merci Mathieu Morant).

    Mortier de l'EI en action.

    Images recyclées d'un défilé de 2014, probablement à Raqqa, montrant les prises sur le régime syrien : ici un automoteur d'artillerie 2S1 Gvozdika (122 mm).

    Autre prise, un char T-62 (merci Mathieu Morant).


    La fin de la vidéo en revanche est occupée par un assaut nocturne qui a priori ne semble pas être cette fois une réédition d'anciens documents (selon le bandeau de légende, il se situe à l'ouest de Samarra, donc bien dans la province de Salahuddine -merci à https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr). Peut-être une nouvelle séquence, mais je n'ai encore aucune certitude à ce sujet. C'est un assaut d'assez faible intensité qui n'implique pas un grand nombre de combattants, probablement quelques dizaines, avec quelques véhicules seulement, dont un technical au moins armé d'un canon KPV de 14,5 mm, ainsi qu'un autre peut-être avec une mitrailleuse de 12,7 mm. L'extrait montre la capacité de l'EI à opérer des assauts de nuit : une bonne partie de la scène est d'ailleurs filmée à travers des jumelles de visée nocturne. Jouant de la surprise, et concentrant leur puissance de feu sur ce qui semble être un petit poste de la police et de l'armée irakienne, les combattants de l'EI emportent rapidement la position. Ils collectent les armes légères et le matériel de prise (dont un camion) avant d'incendier des véhicules et des bâtiments. Ils font également pas loin d'une trentaine de prisonniers, quasiment tous en civil, sauf quelques-uns (des officiers ? Ou ceux qui, bien que pris par surprise par l'attaque, étaient en uniforme ? en tout cas il semblerait que ce soit des membres de l'armée plutôt que de la police. Finalement, on aurait en fait des policiers et des militaires). Tous ces prisonniers sont exécutés d'une balle dans la tête. Encore une fois, le montage montre que l'Etat Islamique a toujours une propagande bien rôdée.

    L'assaut se déroule de nuit. Certains combattants sont équipés de dispositifs de visée nocturne, comme celui qui filme la séquence.

    Un technical tire sur le poste (avec une mitrailleuse de 12,7 mm ?)




    Les combattants manoeuvrent pour approcher du poste.

    Tirs de soutien depuis un muret.

    Une roquette part en direction du poste.

    Les combattants approchent du mur d'enceinte.

    Un camion a été pris. Il sera emmené par les combattants de l'EI.

    Un mortier est capturé.

    Collecte des armes légères et des munitions, ainsi que des effets vestimentaires.

    Les combattants de l'EI incendient une voiture et plusieurs bâtiments.

    Un technical avec KPV de 14,5 mm.


    Un des rares prisonniers en uniforme, sur la trentaine capturés. Un soldat de l'armée irakienne vraisemblablement.

    Les prisonniers sont tous exécutés d'une balle dans la nuque.


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    Merci à Mathieu Morant pour l'identification des matériels et à https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour la traduction des textes en arabe.


    La ville d'al-Qaryatayn fait partie de la province de Homs. C'est une oasis du désert syrien. Palmyre est proche au nord-est, tandis que la partie nord-est du Qalamoun, avec al-Nabek, se trouve au sud-ouest de la localité. Celle-ci comptait probablement 15 000 habitants au début de la révolution syrienne, majoritairement des sunnites et des chrétiens.



    Depuis le déclenchement du conflit en 2011, al-Qaryatayn avait été relativement épargnée par les combats. Mais elle dispose d'une position stratégique : le régime contrôle l'essentiel de la grande autouroute M5 reliant Damas à Homs, plus au nord. Une autre artère (la route 7) passe par al-Qaryatayn et permet, par une route parallèle à l'est, de rejoindre également Homs (rout 3), au nord-ouest, ou Palmyre, au nord-est. C'est pourquoi le régime ou les rebelles ont utilisé cette route pour acheminer des troupes ou du ravitaillement.

    Vue satellite d'al-Qaryatayn.


    La ville est néanmoins occupée par les forces du régime. En mai 2015, profitant du redéploiement d'une partie des troupes loyalistes en direction de la province d'Idlib, où les rebelles syriens ont multiplié les succès depuis deux mois, l'Etat Islamique lance une offensive en direction de Palmyre. A la fin du mois, malgré les contre-attaques du régime, l'Etat Islamique s'empare de Palmyre et continue de progresser vers l'ouest.

    Situation dans la région est de Homs après la prise de Palmyre par l'EI-Source : https://twitter.com/archicivilians?lang=fr


    La position du régime à l'ouest de Palmyre est alors particulièrement critique car elle prend la forme d'un saillant entouré par l'Etat Islamique sur trois côtés, à l'est, au nord et au sud. L'EI est en position pour s'emparer de la base aérienne de Tiyas, du champ gazier de Shaer (pris par l'EI en juillet 2014, puis repris par les loyalistes ; réinvesti fin octobre 2014 par l'EI, puis repris par les loyalistes début novembre). Surtout, en avançant plus à l'ouest, l'EI serait en mesure de gêner les communications du régime entre Damas et Homs et de s'approcher de la capitale syrienne.

    C'est pourquoi dès le 8 juillet 2015, le régime, avec les Forces Nationales de Défense, mais aussi des unités régulières comme la fameuse brigade « Tigre » du colonel Hassan, soutenue par le Hezbollah tente de reprendre la ville de Palmyre à l'EI. Les combats sont furieux mais chaque camp marque le pas : le régime ne parvient pas à remettre la main sur la cité antique, tandis que l'EI n'arrive pas non plus à progresser plus à l'ouest.

    Situation au 5 août 2015, jour de la prise d'al-Qaryatayn par l'EI-Source : https://twitter.com/PetoLucem?lang=fr


    L'EI choisit donc d'attaquer par le sud du saillant, à al-Qaryatayn, secteur probablement moins bien défendu, et qui en outre présente l'avantage pour l'EI de pouvoir faire la jonction avec ses forces stationnées dans l'est du Qalamoun. L'Etat Islamique a réussi, tant bien que mal, à s'implanter dans la province de Damas, où il a dû faire face à l'hostilité des autres groupes rebelles en particulier. Après s'être implanté dans le sud de Damas dès février 20141, il a dû soutenir de violents combats dès avant la proclamation de l'Etat Islamique en juin 2014, mais a réussi à rallier des partisans dans le Qalamoun, tout en étant durement pressé par Jaysh al-Islam, le mouvement de Zahran Alloush qui est la formation rebelle la plus puissante de la région2.



    Source : ISW.


    Une vidéo publiée récemment par l'Etat Islamique montre l'opération ayant mené à la capture d'al-Qaryatayn, le 5 août 2015. Elle est baptisée « Le raid d'Abū Ḥasān al-Khatha’mī : la libération d'al-Qaryatayn-Wilayat Dimashq »3. Ce document permet, encore une fois, d'avoir un aperçu des tactiques militaires employées par l'Etat Islamique.


    La conquête d'al-Qaraytayn


    La vidéo de l'Etat Islamique, comme de coutume, est remarquablement bien montée, produite dans un délai de vingt jours maximum après l'événement. Une carte de situation et un zoom permettent de situer al-Qaryatayn.

    La première scène, assez classique, montre un sermon avant la bataille. Autour du prêcheur, on distingue une trentaine de combattants, pour la plupart armés d'AK-47. L'un d'entre eux au moins dispose d'un M-16 américain, un autre porte un RPG-7. On remarque au moins 3 hommes équipés de caméras numériques filmant la scène sous différents angles, ce qui montre le souci évident porté à la publicité des opérations.

    Prêche avant la bataille. On reverra l'homme barbu au centre à la fin de la vidéo, sur un T-62 de prise.



    Les hommes se dirigent ensuite vers les véhicules. On remarque un combattant transportant un fusil de précision SVD Dragunov dans un étui. Outre au moins 4 pick-up mobilisés pour le transport, on note la présence d'un Humvee capturé sur l'armée irakienne et rapatrié en Syrie.


    Au centre, un homme avec SVD Dragunov dans son étui.

    Embarquement sur pick-up.

    Un Humvee pris à l'armée irakienne utilisé par l'EI en Syrie.


    L'assaut sur al-Qaraytayn se fait dans trois directions différentes. Selon un schéma désormais connu, l'EI lance 3 kamikazes sur véhicule pour oblitérer 3 checkpoints du régime gardant les abords de la localité : un au nord-est, un au sud-ouest et enfin un au sud-est. Le premier kamikaze, qui lance son engin suicide sur le checkpoint au nord-est, est appelé Abu hafiz al Tunisi, ce qui en fait probablement un Tunisien. C'est le seul des trois qui fait un discours d'une minute environ devant la caméra. Le deuxième kamikaze est Abu Faris al Jazrawi, qui est donc probablement un Saoudien : il jette son véhicule sur un checkpoint au sud-ouest de la ville. Le dernier kamikaze, Abu Ishaq al Ansari, est quant à lui vraisemblablement syrien : il attaque une position au sud-est de la place. Notons qu'à chaque fois, dans la vidéo, une carte avec point de localisation permet de situer les attaques.

    Abu hafiz al Tunisi, checkpoint nord-est.





    Abu Faris al Jazrawi, checkpoint sud-ouest.



    Abu Ishaq al Ansari, checkpoint sud-est.




    Ci-dessus, les 3 kamikazes dans leurs véhicules et leurs attaques. La carte montre les 3 points d'explosion, dans l'ordre-Carte de l'auteur.


    Après l'intervention des 3 véhicules suicides, l'EI fait entrer en action un canon soviétique M46 de 130 mm, récupéré sur le régime syrien. Les fantassins attaquent ensuite une position du régime qui semble organisée autour d'un bâtiment. Les combats sont visiblement assez durs pour en venir à bout, malgré la prière d'un combattant filmée par le caméraman. Un homme de l'EI est même tué d'un balle ou d'un éclat en pleine tête.


    Canon M46 de 130 mm en action.



    Prière pendant le combat.







    Un homme de l'EI (au centre-droit, en haut) prend une balle ou un éclat en pleine tête.


    Les combattants de l'EI entrent enfin dans la localité. Comme cela a déjà été fait précédemment, pour donner encore plus de réalisme au tournage, une caméra est fixée sur le côté de l'AK-47 d'un des fantassins, ce qui donne des séquences évidemment esthétiques. Outre un tir de RPG-7, on peut voir l'intervention d'un technical, Toyota Land Cruiserarmée d'un tube KPV de 14,5 mm, tandis que le canon M46 continue son pilonnage.

    La position du régime a été neutralisée ; les fantassins progressent.


    Tir au RPG-7

    Technical avec KPV de 14,5 mm.

    Dans la peau d'un AK-47 : technique de propagande.


    L'assaut ayant commencé au crépuscule, la nuit tombe et le combat se prolonge de nuit, ce qui là encore ne semble pas poser particulièrement problème aux hommes de l'Etat Islamique. La scène de nuit est d'ailleurs filmée en vision nocturne. La ligne de front est garnie de mitrailleuses PK ; au moins un technical participe aussi aux échanges de tirs. Les hommes de l'EI pénètrent dans un bâtiment occupé par l'adversaire. Outre deux cadavres, on voit aussi un prisonnier dont on ignore le sort final. Un pick-up est abandonné devant le bâtiment, qui recèle des uniformes de l'armée loyaliste, qui semblent ceux de l'unité baptisée les Faucons du Désert4, comme cela est confirmée plus tard par la prise d'un véhicule. Un combattant de l'EI prend plaisir à fracasser des bouteilles d'alcool trouvées dans le camp adverse.


    La ligne, derrière un talus, est garnie de mitrailleuses PKM.


    Technical en action nocturne.

    Véhicule du régime abandonné.


    Uniforme capturé ; on reconnaît l'emblème des Faucons du désert (cf ci-dessous),
    صقور الصحراء


    Le jour revient. Le M46 continue de matraquer les positions adverses, ainsi que le technical armé d'un KPV de 14,5 mm. On peut voir une bonne quinzaines de corps de soldats loyalistes. L'aviation du régime intervient : les combattants de l'EI filment un Su-22 en train de lâcher un projectile sur leurs lignes. Un char T-62 manipulé par les hommes de l'EI est vu ensuite en train d'ouvrir le feu : il s'agit probablement d'un véhicule pris sur place et réutilisé tout de suite, ce qui montre la faculté de l'organisation à se servir du matériel capturé (car aucun autre char n'est vu précédemment : l'EI n'en a pas utilisé jusque là durant l'assaut). On peut voir ensuite 5 cadavres de loyalistes ; un combattant de l'EI montre ensuite les cartes d'identité des soldats morts, et un emblème représentant Bachar el-Assad et Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah libanais.


    Le M46 toujours en action.

    KPV 14,5 mm sur technical.

    Corps de soldats loyalistes. Plusieurs dizaines sont visibles durant la bataille.




    Un Su-22 de l'aviation du régime intervient en soutien des défenseurs.


    Un T-62 de prise immédiatement réutilisé par l'EI.




    Les prises : cartes d'identité des soldats morts, emblèmes du régime...


    Le butin matériel comprend, visibles à l'intérieur d'un bâtiment, des caisses remplies d'obus de 115 mm (probablement pour les chars T-62 que l'on voit capturés, dont celui immédiatement réutilisé) ainsi qu'un missile antichar Kornetqu'on reconnaît bien dans la caisse à son nom (9133M-1, version à charge tandem HEAT). A l'extérieur, on voit également des caisse d'obus de 122 mm pour obusier D30 soviétique (alors que curieusement, aucune pièce de ce type n'apparaît dans les images). L'EI capture en revanche une autre pièce M46 de 130 mm. Au niveau des véhicules, l'EI met la main sur 1 char T-55, 5 chars T-62 (sur lequel se hisse un combattant âgé visible dans la toute première scène de la vidéo), un lance-roquettes multiple BM-21 sur camion Ural-375D, un automoteur antiaérien ZSU 23/4M Shilka, un Toyota Hilux avec le drapeau syrien peint à l'arrière, un GMC Sierra 2500HD 4x4 transformé en technical des Faucons du Désert, dont on reconnaît le camouflage. On peut revoir à la fin de la vidéo le Hummer vu au début. Les combattants de l'EI s'empressent, après leur victoire, d'abattre les portraits du dirigeant syrien et les emblèmes du régime dans la ville. Par rapport au matériel engagé dans l'assaut par l'EI, le butin est donc plus que conséquent.


    Matériels capturés par l'EI à al-Qaryatayn
    Chars
    Véhicules
    Artillerie
    Munitions
    1 char T-55 (n°188103 )

    5 chars T-62
    1 LRM BM-21 Grad

    1 ZSU 23/4M

    1 Toyota Hilux

    1 GMC Sierra 2500HD 4x4 des Faucons du Désert
    1 canon M46 de 130 mm
    Caisses d'obus de 115 mm (T-62)

    Caisses d'obus de 122 mm (obusier D30)

    Caisses de missiles antichars Kornet 9133M-1

    Caisse de missile Kornet.

    Obus de 115 mm pour T-62.

    Obus de 122 mm pour D30.

    Le même combattant âgé que pendant le prêche vu sur un T-62 de prise.

    ZSU 23/4M Shilka

    T-62 capturé.

    Un M46 de 130 mm qui viendra s'ajouter à celui utilisé pendant l'attaque...

    On note la protection improvisée sur ce T-62.

    Un BM-21 Grad.

    Un technical des Faucons du Désert, dont on reconnaît le camouflage (cf ci-dessous)





    Un Toyota de prise.





    Le même Humvee qu'au début de la vidéo.




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    Dans les années 1960, la Suisse a accueilli le QG des Frères Musulmans égyptiens chassés par Nasser, à Genève. Leur membre le plus influent était Saïd Ramadan (le père de Tariq). Mais ce début de présence islamiste sur le sol suisse était tourné vers l'Egypte. Dans les années 1990, des militants nord-africains ont parfois utilisé la Suisse comme support logistique1. Ce n'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 que la Suisse commence à surveiller d'un peu plus près la scène islamiste, mise en pleine lumière par « l'affaire Saoud », après les attentats de Riyad en mai 2003. Moez Garsallaoui2, recruteur d'al-Qaïda, arrêté en 2004, a été tué par un drone américain au Pakistan en octobre 2012. Sa compagne Malika el-Aroud est toujours emprisonnée. Les premiers djihadistes suisses étaient des réfugiés disposant déjà de réseaux à l'étranger. A partir de 2004-2005, on voit l'émergence de personnes nées en Suisse et radicalisées sur place. Abu Saad al Tunisi a été le premier Suisse tué en Irak, en 2006. Ensuite, des Suisses sont partis dans des camps d'entraînement en Somalie, au Pakistan, au Yémen. Les volontaires bénéficient non pas de recruteurs mais de facilitateurs : radicalisés en solitaire, via Internet par exemple, les candidats entrent en contact avec des intermédiaires, souvent anciens combattants du djihad. C'est le cas pour le groupe balkanique de Suisse alémanique en contact avec la scène salafiste allemande. Le phénomène, à l'échelle du pays, reste néanmoins marginal3.

    Moez Garsallaoui, avec sa compagne.
     
    Abu Saad al Tunisi

    Les Suisses ne représentent qu'un petit contingent des combattants partis se battre aux côtés de la rébellion syrienne ou de l'Etat Islamique : en janvier 2015, l'ICSR estimait leur nombre à 40, ce qui est très peu. Les informations sur les Suisses partant se battre sur cette nouvelle terre de djihad sont comme souvent assez tardives, encore plus dans le cas de ce petit contingent. A l'été 2012, la Suisse s'inquiète surtout de voir ses grenades nationales, fabriquées par la société RUAG, être utilisées par les rebelles syriens4à Mare, au nord-est d'Alep, ville défendue actuellement par les rebelles contre les assauts de l'Etat Islamique. Les grenades, vendues aux Emirats arabes unis en 2003, ont fini entre les mains des rebelles syriens5. En septembre 2012, la Suisse accueille un premier contingent de réfugiés venus de Syrie6.

    En 2012, la Suisse s'inquiète de voir des grenades de fabrication nationale être utilisées  par les rebelles syriens.


    Les premiers articles sur le départ de Suisses en Syrie n'apparaissent en fait qu'à l'automne 2013. Ce n'est pas surprenant : la date suit de quelques mois la déclaration de naissance de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (avril 2013), et sa rupture avec le front al-Nosra qu'il avait créé, et dont nombre de combattants rejoignent l'EIIL. Celui-ci commence à attire de plus en plus de combattants étrangers, notamment en Europe occidentale où les chiffres vont fortement augmenter à partir de ce moment. En outre, c'est en juillet que Mourad Fares gagne la Syrie : ce Français va se retrouver en position d'intermédiaire pour recruter des Suisses pour le djihad au sein d'al-Nosra.

    En octobre 20137, les journaux suisses parlent d'une dizaine d'hommes qui seraient déjà partis en Syrie. L'un d'entre eux intervient sur le forum Ansar al-Haqq, bien connu pour être suivi par les djihadistes. Une femme suisse est arrêtée après avoir voulu rejoindre al-Qaïda (donc probablement le front al-Nosra). Omar Bakri, le recruteur du mouvement Sharia4you, prétend déjà avoir réussi à faire venir un Suisse auprès du groupe Ahrar al-Sham ; les services de renseignement helvétiques, eux, restent remarquablement discrets sur la question. Les djihadistes parlent de 2 Suisses combattant avec le front al-Nosra, tandis que « Al-Swissri », à Raqqa, serait avec l'EIIL. Ce dernier, père de famille, serait passé de l'ASL à l'EIIL, avant de revenir à l'ASL, puis de rentrer en Suisse, déçu par l'évolution interne aux groupes rebelles. Comme dans le cas d'autres contingents, le recrutement est facilité par la possibilité aisée de se rendre en Syrie ; en outre, les candidats sont aiguillés par des intermédiaires.

    En novembre 2013, un autre quotidien suisse évoquent ses partisans du djihad, en Suisse, près de Liestal, où se trouve une mosquée salafiste radicale liée à la mouvance allemande. Lorenzo Vidino, spécialiste du phénomène en Suisse, a constaté que les aspirants djihadistes consultent beaucoup les sites djihadistes. Le SRC (Service de Renseignements de la Confédération) continue pourtant alors de nier les départs de Suisses en Syrie. Certaines sources parlent pourtant de 5 Suisses ayant déjà rejoint le front al-Nosra, dont plusieurs d'origine balkanique (parmi lesquels on trouve beaucoup de candidats au djihad). Une autre source dit en avoir rencontré 2 en Syrie, dont un Franco-Suisse. Les volontaires se radicalisent de manière solitaire, puis entrent en contact avec des intermédiaires qui facilitent leur arrivée en Syrie8.

    Le phénomène s'accélère en 2014. Le 20 mars, 3 membres de l'EIIL contrôlés à la frontière turque jettent une grenade qui tue un policier turc, un sous-officier de gendarmerie et un conducteur de camion. L'un des 3 est Cendrim, un Suisse originaire du Kosovo. Connu pour ses activités criminelle, condamné pour braquage en 2011, il est exilé au Kosovo à sa sortie de prison, où il se serait radicalisé. Il rejoint la Syrie et l'EIIL dès juin 20139. En avril, un ancien djihadiste revenu après avoir passé 3 mois en Syrie témoigne devant la presse10. Romand, cet homme, fils de notable catholique converti, qui regrette son engagement, a été radicalisé après des déboires personnels sur Internet (Facebook) par Abou al Hassan, un Français combattant en Syrie. Parti en avion de Lyon en Turquie à Istanbul, il passe ensuite en bus en Syrie, via Hatay. La formation dure un mois, puis les recrues sont expédiées au front. L'homme prend le nom de guerre de Abu Suleyman al Suissry. Partir est plus compliqué. On apprend plus tard que l'homme a servi dans l'EIIL, où il est resté deux semaines seulement dans un camp d'entraînement avant de vouloir rentrer11.On parle alors de 30 à 50 Suisses partis en Syrie ; le SRC évoque enfin une quarantaine de départs pour le djihad, mais pas uniquement en Syrie12. 10 à 15 personnes seraient dans ce cas pour les services de renseignement13, dont 5 certaines, avec 1 retour et 2 tués14. La plupart sont d'origine balkanique (Kosovo, Bosnie15). Mourad Fares, un djihadiste et recruteur français, avait au moins un compagnon suisse en Syrie16. Le même mois, on apprend qu'un jeune homme de 16 ans originaire de Neufchâtel combattrait avec l'EI à Raqqa17. En décembre 2014, deux adolescents zurichois, un frère et une soeur de 16 et 15 ans, partent pour la Syrie, attirés par l'Etat Islamique18.

    Le jeune de Neuchâtel apprend à piéger des voitures avec l'Etat Islamique.

    A droite, Mourad Fares, à gauche Abou Souleyman al Suissery.



    En 2015, des Suisses continuent de partir pour la Syrie. Abou Souleyman al Suissery, parti d’Orbe en octobre 2013, et qui combat avec l'Etat Islamique, est le plus fameux. D'origine algérienne, il se convertit à l'islam en 2012. Il gagne la Syrie en octobre 2013, via la France et la Turquie. Il rejoint Abou Hassan, alias Mourad Fares, un des principaux recruteurs français. Le 11 avril 2014, il poste une photo sur Facebook où on le voit près d'Alep, en compagnie de Fares, alors n°2 de la brigade française du front al-Nosra derrière Omar Omsen. En mai 2014, il passe à l'Etat Islamique et rejoint Raqqa : certains prétendent qu'il dirige depuis un groupe de combattants francophones, ce qui n'est pas confirmé. Fares est arrêté en Turquie le 16 août 2014 puis extradé en France ; il était parti quant à lui en juillet 2013 pour la Syrie19. L'arrestation de Fares, en septembre 2014, provoque davantage de discrétion chez les djihadistes francophones sur les réseaux sociaux20. Abou Souleyman al Suissery est rejoint en février 2015 par un autre Suisse, originaire de Genève. Le SRC place alors à 43 départs le nombre de Suisses impliqués, dont 6 entre janvier et février 2015. 12 partis en Syrie ou en Irak seraient revenus en Suisse. 4 Suisses auraient péri, dont 3 sûrs. L'un d'entre eux, mort en 2013, était proches du groupe « Lies ! », un mouvement salafiste allemand qui recrute un grand nombre de djihadistes nationaux21. Fathi, un Thurgovien de Saint-Gall né en 1993, a été déclaré mort par ses camarades en novembre 201322. En mars 2015, un djihadiste d'al-Nosra, à la fois Suisse et Turc, retient sa femme d'origine allemande en otage en Syrie, après qu'elle l'ait rejointe, enceinte, en octobre 201423. Un autre djihadiste, Sandro, 18 ans, de Winterthour, qui a rejoint l'Etat Islamique en février, vante les mérites de l'organisation24. En avril 2015, pour la première fois, la Suisse arrête un jeune homme de Zurich qui voulait se rendre en Syrie ; peu de temps auparavant, un autre Suisse avait été arrêté à la frontière turque près de la Syrie25. Ce même mois, le djihadiste suisse d'al-Nosra finit par relâcher sa femme et leur enfant26.

    A Gauche, peut-être Mourad Fares





    Ci-dessus, 4 images de Sandro, le djihadiste suisse de 18 ans de l'Etat Islamique, qui se présente lourdement armé, ou brandissant la tête d'un ennemi décapité...

    Le Suisse parti se battre auprès d'al-Nosra qui retenait sa femme allemande en Syrie. On remarque qu'il a fait partie du groupe salafiste allemand Lies ! comme le montre le T-Shirt.

    Fathi, tué en Syrie en novembre 2013.

    En juillet 2015, 2 Suisses trouvent encore la mort en Syrie. Valdet G., qui décrivait l'EI comme un camp de vacances, champion du monde de boxe thaïe, avait quitté Winterthour pour la Syrie en janvier. 3 de ses élèves de salle de musculation sont également en Syrie. Majd N.27, parti lui dès 2011, a également éte tué. Il a peut-être été exécuté pour avoir été un peu trop critique à l'égard de l'EI28. Récemment, une mosquée de Genève a été pointée du doigt comme lieu de rencontre de candidats djihadistes. Il y aurait eu deux départs récents, dont un jeune de 20 ans, catholique converti29.

    Valdet G.



    2Membre tunisien d'Hizb al-Tahrir, qui épouse la veuve du militant d'al-Qaïda ayant tué le commandant Massoud.
    27Il avait d'abord combattu avec les Shebab en Somalie et avait été arrêté au Kenya en mai 2012. https://www.ctc.usma.edu/posts/swiss-foreign-fighters-active-in-syria

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    Claude Quétel, historien français, a dirigé le mémorial de Caen de 1992 à 2005. Plutôt spécialisé dans l'histoire de la psychiatrie et de la psychohistoire, il est depuis 2005 historien "consultant" et auteur d'ouvrages, ou bien conseiller d'édition.

    C'est dans la nouvelle collection "Points Crime" de Stéphane Bourgoin que l'historien publie cette nouvelle histoire du docteur Petiot, l'assassin de la rue Lesueur, à Paris, pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré les ouvrages, les BD, et même un film, C. Quétel pense que l'histoire de Petiot n'a jamais été abordée sous l'angle de la folie. Par ailleurs, l'histoire de Petiot reste entourée de zones d'ombre : combien de victimes, des complices ou non, le mode de mise à mort. Petiot a souvent été présenté comme le produit de son époque (l'Occupation). L'historien préfère lui retracer le parcours du docteur depuis son enfance...

    Petiot, né en 1897, est le fils d'un fonctionnaire des Postes d'Auxerre. A l'école, Petiot, bien que doué, se signale par des comportements violents. Il est craint de ses autres camarades, il passe bientôt au vol. La mère décédée, le père s'installe à Joigny. En 1914, alors qu'il étudie à Auxerre et loge chez sa grand-mère, une boîte aux lettres est fracturée près du Palais de Justice et sa porte dérobée. Plusieurs autres boîtes aux lettres sont ensuite vidées de leur contenu. La police mène l'enquête et arrête rapidement Petiot. Celui-ci, examiné par des psychiatres, est déjà décrit comme "anormal" puisque le délit a été commis de manière assez gratuite. Avec la Grande Guerre, il  bénéficie d'un non-lieu, mais on le place en résidence surveillée dans une maison de santé à Paris.



    Son bac en poche, Petiot prépare des études de médecine. Il s'engage cependant comme simple soldat en janvier 1916. Rejoignant le 89ème régiment de Sens, il monte au front en novembre. Il combat au Chemin des Dames et se retrouve blessé par des éclats de grenade le 20 mai 1917. Il erre dans les hôpitaux militaires ; on perd sa trace puis on le retrouve interné, en février 1918, dans un centre psychiatrique de l'armée près d'Orléans. Après l'armistice, il est encore dans les hôpitaux ; une commission militaire se réunit plusieurs fois pour conclure à sa maladie mentale, alors même que Petiot poursuit ses études et devient médecin en 1921. Le dernier examen en 1927 lui octroie une pension d'invalide à 50%. Est-il vraiment fou ou a-t-il simulé la folie ? Ou bien l'est-il devenu après l'avoir simulé ?

    En mars 1922, il s'installe à Villeneuve-sur-Yonne. Très à l'aise, il conquiert rapidement sa clientèle, même si certaines de ses manières gênent un peu la population bourgeoise. Petiot se mêle ensuite de politique : s'engageant à gauche, il entre dans l'équipe du maire sortant, Auguste Milachon. De fil en aiguille, il est élu maire en 1926. Il entreprend de moderniser la commune, alors que l'opposition commence à l'attaquer sur son passé. Des indélicatesses de gestion se font jour, mais Petiot, bien soutenu, est réélu régulièrement. Il se marie en 1927, un fils naît l'année suivante. Toutefois, à partir de 1929, la police enquête sur des larcins qui rejoignent tous le maire. Celui-ci reste cependant inamovible ; véritable proconsul, un journal de Joigny le compare à Mussolini. Après la découverte d'une gestion occulte, de fausses factures, Petiot est finalement débarqué du rôle de maire en 1931 ; mais il réussit à rester conseiller général... et n'est battu aux élections municipales qu'au deuxième tour. Il est néanmoins condamné en 1933 pour vol d'électricité, ayant branché une installation pirate sur le réseau d'approvisionnement de la commune... surtout, on relie des disparitions ou des décès au docteur. Sa bonne Louisette, engagée en 1924, ne sera jamais revue. Le 11 mars 1930, une coopérative laitière est incendiée ; le cadavre de Mme Debove, la femme du gérant, présente des marques de coups à la tête avant l'incendie, une forte somme d'argent a été dérobée.

    En septembre 1933, Petiot s'est installé à Paris, rue Caumartin. Comme à son habitude, il vante ses mérites par des prospectus qu'on considèrerait aujourd'hui comme charlatans. Dès novembre 1934, le commissaire Albayez, de la police mobile, enquête sur un trafic de stupéfiants : Petiot ferait un trafic de morphine, et délivre des ordonnances de ce produit à des toxicomanes. Une de ses patientes, Raymonde Hanss, serait décédée suite à une piqûre pour un abcès dentaire. Pourtant Petiot mène une vie qui semble réglée, si l'on excepte une passion frénétique pour les bibelots, les antiquités, et une avarice rapace aux dires de certains témoins parfois peu fiables. Le 12 avril 1936, Petiot se fait prendre en flagrant délit de vol d'un ouvrage à la librairie Gibert. Il explique son geste en évoquant, pour la première fois, ses antécédents psychiatriques. Il est interné d'office en août, mais il demande rapidement à sortir. Réexaminé, l'aréopage de médecins ne nie pas la folie, mais note en revanche que Petiot n'est pas irresponsable sur le plan pénal. Il sort le 20 février 1937.

    Jusqu'à la guerre, on sait peu de choses sur la vie de Petiot. Il gagne beaucoup d'argent comme docteur mais son train de vie est modeste. Il collectionne, il achète un immeuble rue de Reuilly, une maison à Auxerre. Il devient le spécialiste des ordonnances de complaisance pour toxicomanes, dans une bonne partie de la ville, fréquente déjà "le milieu". Avec la débâcle de 1940, la police relâche sa surveillance ; on cherche un médecin pour l'état civil du 9ème arrondissement, Petiot se présente ; on est peu regardant vu les circonstances du moment. Petiot continue ses achats frénétiques en vélo ; comme il manque de place, il achète, le 11 août 1941, un hôtel rue Lesueur, dans le 16ème arrondissement. Fin 1941, Petiot fait surélever le mur d'enceinte pour empêcher la vue par les voisins, puis fait aménager un cabinet de consultation, menant sur un couloir qui débouche sur une pièce triangulaire, sans fenêtre, aux murs renforcés. Joachim Guschinow serait sa première victime : Juif polonais, marié à une Française, qui veut quitter la France. Petiot lui propose de le faire contre 25 000 francs. Guschinow quitte son épouse le 2 janvier 1942 et ne sera jamais revu. Petiot rassure sa femme en lui montrant de fausses lettres de son mari venues d'Argentine, technique qu'il utilisera constamment (les lettres semblent des faux, ou écrits sous la contrainte, mais on ne saura jamais le fin mot de l'histoire). Les deux victimes suivantes sont des témoins du trafic de stupéfiants de Petiot : van Bever et Marthe Khayt, qui disparaissent en mars 1942. Petiot est condamné pour les deux affaires en mai, mais s'en tire avec une amende, défendu pour la première fois par Floriot, avocat qui le suivra jusqu'au procès final. En juin, c'est Nelly Hotin, une femme venue se faire avorter probablement, qui disparaît, puis le docteur juif Braunberger qui cherchait lui aussi à quitter la France. Petiot raffine sa méthode : il recrute deux rabatteurs, Fourrier et Pintard, se présente comme le docteur Eugène, chef d'un réseau clandestin de passage en zone sud. La famille Kneller, les deux époux et leur fils de 8 ans, qui ont échappé à la rafle du Vel'd'Hiv', sauvés par une Française, sont les premières victimes de la nouvelle organisation en juillet 1942. Petiot liquide aussi des clients qui semblent plus dangereux : 2 souteneurs, Joseph Réocreux et François Albertini, et 3 de leurs prostituées qui les accompagnaient, en août. En mars 1943, il s'agit d'un criminel condamné pour meurtre, Joseph Piereschi, de son comparse Adrien Estébétéguy et de leurs compagnes. Dès novembre 1942, Petiot a recruté une autre rabatteuse : Eryane Kahane, juive d'origine roumaine, vaguement infirmière. En décembre, elle ramène les époux Wolff et la mère du mari, Juifs allemands réfugiés en France cachés dans son immeuble sous une fausse identité. Des amis des époux Wolff, les Basch, disparaissent aussi avec leurs parents respectifs. Les époux Cadoret (la femme est juive polonaise) se méfient : la femme en particulier redoute Petiot et a peur des vaccinations que celui-ci prétend faire pour le voyage... ils ne partent pas. D'autres personnes prétendent plus tard avoir échappé à Petiot après l'avoir contacté. Le docteur, lui, continue d'accumuler aussi les vols, sans aucune discrétion.

    Depuis novembre 1942, avec l'invasion de la zone libre, toute la France est occupée par les Allemands. La Gestapo parisienne commence alors à s'intéresser à la filière du docteur "Eugène". La section 131 des affaires juives, est dirigée par le commissaire Jodkum. Conseillé par Guélin, un collabo, Jodkum recrute Yvan Dreyfus, un Juif détenu en camp de concentration à Compiègne, pour servir d'appât. Mais Petiot sème la filature de la Gestapo : on ne reverra jamais Dreyfus. C'est le docteur Berger, chef de la section 530 chargée de la sécurité des troupes allemandes, qui utilise un ancien prisonnier de guerre français, Beretta, pour piéger d'abord Fourrier, le rabatteur, puis après torture de celui-ci, finit par arrêter Petiot. La Gestapo investit tous les locaux sauf l'hôtel de la rue Lesueur, qui passe inaperçu. Petiot est emprisonnné jusqu'en janvier 1944, torturé : la Gestapo veut avoir du connaissance de la filière d'évasion, mais Petiot ne peut évidemment rien dire... relâché, il part quelques temps à Auxerre, puis revient à Paris dès février 1944.

    Petiot a fait transporter par son frère Maurice, d'Auxerre, 400 kg de chaux vive (!) pour "nettoyer" l'hôtel de la rue Lesueur. Le 11 mars 1944, le voisin du 22 prévient qu'une épaisse fumée pestilentielle s'échappe de l'hôtel. La police essaie de trouver le propriétaire ; quand les pompiers rentrent, ils découvrent des restes de cadavres en train de brûler. Petiot se permet le luxe de venir sur les lieux, sans être reconnu, pour se mêler aux policiers et aux pompiers. Le commissaire Massu, as de la brigade criminelle, qui inspire le personnage de Maigret, prend l'enquête en main. Il cherche à retrouver Petiot, qui a disparu ; les corps sont examinés par le docteur Paul, médecin légiste qui avait pratiqué le corps de Bonnot, celui de Jean Jaurès, ou de Paul Doumer.

    Massu recueille vite des témoignages accablants : les voisins ont vu les personnes partir avec Petiot, les meubles et les effets entreposés dans l'hôtel, des hurlements ont été entendus. La presse s'en donne à coeur-joie : les collaborationnistes chargent Petiot, qui ne peut être qu'un franc-maçon (sic). Massu retrouve la trace des valises des personnnes disparues, que Petiot a stockées. Les déclarations du frère de Petiot sont plus qu'ambigües.

    Petiot se cache chez l'un de ses patients, Georges Redouté, qui croit que Petiot est de la Résistance. Lors de l'insurrection à Paris, Petiot rejoint les barricades, prend le pseudonyme de Valéri, se fait remettre les papiers d'un médecin, Wetterwald, s'engage dans le service de santé du 1er régiment de marche de Paris. Il est à la caserne de Reuilly. Lorsqu'en octobre, un intellectuell, Jacques Yonnet, écrit un article de presse assimilant Petiot à un collaborateur, celui-ci se sent suffisamment confiant pour répondre au journal. Les services spéciaux de la sécurité militaire, après une enquête rapide, l'arrêtent le 31 octobre 1944. Petiot prétend être de la Résistance, avoir tué des traîtres et des Allemands, à la tête d'un mystérieux groupe "Fly-Tox" -du nom d'un pulvérisateur d'insecticide...

    Outre le contexte de la Libération et de transition, se pose le problème, pour le juge d'instruction, de l'absence de corps. Le juge Goletty ne croit pas un instant à la fable sur la Résistance : Petiot ne peut donner aucun nom ; en outre à défaut de véritable cadavre, les valises, les effets des disparus jouent contre lui. Le dossier est transmis en novembre 1945.

    En prison, Petiot écrit un livre, Le Hasard Vaincu, sur les jeux de hasard, qui témoigne de sa personnalité trouble. Il paraît le 18 mars 1946, le jour même de l'ouverture de son procès. Petiot est jugé seul, ses proches ont déjà été acquittés : toute l'attention est focalisée sur lui. Le procès est surmédiatisé, couvert par Frédéric Pottecher pour la Radiodiffusion française. Petiot ne dévie pas de sa ligne de défense ; un juge des parties civiles montre qu'il ne connaît pas le plastic, cet explosif fourni par les Anglais largement utilisé par les résistants. Petiot ne peut donner aucun nom, aucun renseignement sur sa filière d'évasion. On compare son procès à celui des dirigeants nazis à Nuremberg, qui a lieu au même moment. La cour se rend à l'hôtel de la rue Lesueur, sans grand résultat. Les experts débattent de la méthode de mise à mort : gazage après injection de morphine, piqûre létale ? Les corps en tout cas ont été dépecés par quelqu'un pratiquant la médecine.

    Le 6 avril 1946, Petiot est reconnu coupable des 27 morts qu'on lui attribue, à la quasi unanimité sur tous les cas. Il est enfermé à la Santé, pendant qu'on remet en état la guillotine, pas utilisée depuis la Libération. Et puis le bourreau, Desfourneaux, pose problème : le 17 juin 1939, l'exécution de Weidmann, autre criminel notoire, a eu lieu en public, avec force éclaboussures de sang. Les exécutions publiques ont été interdites depuis. Pendant l'Occupation, le bourreau exécute des résistants et des communistes aux côtés des condamnés de droit commun, ainsi que la première femme depuis longtemps, en janvier 1943. Certains de ses aides ont démissionné. Pour Desfourneaux, c'est donc l'occasion de se racheter. Petiot passe sur la guillotine le 25 mai 1946, à une époque où l'affaire ne fait déjà plus la une de l'actualité.

    La police surveille de près les suites de l'affaire, la femme et le fils de Petiot en particulier. L'argent pris sur les victimes ne sera jamais retrouvé. Dans les années 1990, on fait retirer ses restes du carré des suppliciés au cimetière d'Ivry, sans explication. Par la suite, des BD, un film en 1990, mettent en scène le docteur. On le voit souvent comme un produit de l'Occupation. Un peu comme Landru après la Grande Guerre, d'autant qu'aucun n'a fait des aveux. Petiot, sous la plume de certains auteurs, est devenu un gestapiste, un exécuteur de basses-oeuvres d'un réseau de résistance communiste. Pour l'historien, reste aussi la question de la folie de Petiot. D'après lui, il est évident qu'il aurait pu être arrêté avant, au vu de tous les signes avant-coureurs précédant la période de l'Occupation.

    Le travail de C. Quétel se présente surtout comme une synthèse sur le docteur Petiot, basée sur quelques sources (récapitulées en une seule page, dont 3 témoignages) et des travaux secondaires assez hétéroclites, pour beaucoup anciens, où l'on trouve un peu de tout (sur une page et demi seulement). Fort utile sans aucun doute pour les lecteurs comme moi qui veulent découvrir le sujet ; pour ceux qui ont déjà une bonne connaissance de l'affaire, à part l'approche sur la folie (qui n'est peut-être pas aussi développée que l'on pouvait l'escompter, sauf en conclusion), je pense qu'ils n'apprendront rien de neuf.

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    Merci à M. Morant pour le coup de main sur les matériels et à https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour celui sur l'arabe.

    L'Etat Islamique a publié une nouvelle vidéo de ses opérations dans la province de Salahuddine, en Irak. Celle-ci commence, comme souvent, par le résumé en images du contenu.

    Les images semblent cette fois-ci originales. L'action se déroule, a priori, dans les environs de Samarra. On peut voir le discours d'un homme, de nuit, dont le voisin, outre son arme et sa cagoule, porte également une paire de menottes sur lui (!).
     
    L'attaque démarre de nuit : un technical armé d'une mitrailleuse de 12,7 mm DShK ouvre le feu, suivi de combattants armés de mitrailleuses PK ou d'AK-47. Un mortier léger s'ajoute à la danse ensuite.



    Mitrailleuse PK

    Mortier léger.

    Technical avec DSHK de 12,7 mm.



    On peut voir ensuite un kamikaze qui va jeter un véhicule bardé de blindages additionnels bricolés sur les positions de l'armée irakienne : Abu Salam Al Darawi (peut-être un Syrien ?). Quand il monte sur la place conducteur, on peut distinguer une partie de l'engin explosif sur le siège passager. La charge est d'ailleurs activée avec l'aide d'un autre combattant. L'attaque avec véhicule suicide a lieu à l'aube.

    Abu Salam Al Darawi







    L'attaque a lieu à l'aube.


    L'objectif semble être un petit poste de l'armée irakienne, qui est ensuite pilonné par un mortier. Plusieurs technicals entrent également en action : celui avec la DShK déjà vue un avec mitrailleuse de 12,7 mm semblable protégée par un bouclier. Un hélicoptère de combat Mi-35 de l'aviation irakienne vient survoler le poste. L'hélicoptère est pris à partie par un technicaléquipé d'une pièce bitube antiaérienne de 14,5 mm.





    Un autre technical avec mitrailleuse de 12,7 mm.

    Un Mi-35 de l'aviation irakienne survole le champ de bataille.

    Il est pris à partie par un technical avec bitube AA de 14,5 mm.


    Des mitrailleuses PK tirent sur le poste ainsi qu'un combattant armé d'une AK-47 avec embout pour lance-grenades, puis un RPG-7. On peut apercevoir le drapeau irakien flottant sur la position. Le Mi-35, qui survole toujours le poste, est encore pris à partie par un technical armé d'une pièce unique ZU-23 de 23 mm AA protégée par un bouclier, et par une mitrailleuse PK placée en tir antiaérien. Une batterie de mortiers lourds (120 mm probablement) pilonne également le poste dans lequel on observe au moins un Humvee.


    AK-47 avec embout de lance-grenade.



    Un technical avec ZU-23 de 23 mm tire sur le Mi-35.

    Tir de RPG-7


    Une batterie de mortiers participe au pilonnage.

    On distingue au moins un Humvee dans le poste.

    Le Mi-35.



    On distingue 3 ou 4 soldats irakiens se déplaçant dans les tranchées autour du poste, filmés par le cameraman de l'Etat Islamique, qui sont visés par le technical armé de la mitrailleuse de 12,7 mm protégée par un bouclier, et par un autre technical armé d'une pièce ZU-23 de 23 mm (qui n'est pas le même que celui qui tirait contre l'hélicoptère). Un autre technical armé d'une pièce de 14,5 mm participe également aux tirs. Les soldats irakiens finissent semble-t-il par évacuer la position à bord de plusieurs véhicules.




    On distingue les soldats irakiens dans les tranchées.


    Un autre technical avec ZU de 23 mm.

    Un technical avec ce qui semble être une pièce de 14,5 mm.

    Les soldats irakiens finissent par évacuer le poste.


    De nuit, les combattants de l'EI présentent ensuite leur butin : quelques fusils d'assaut M-16 ou AK-47, des roquettes de RPG-7, des sacs à dos, une paire de jumelles, puis un lance-roquettes RPG, des chargeurs de M-16, des talkie-walkie, des boîtes de munitions de mitrailleuses de 12,7 mm... preuve d'une action de faible envergure qui n'a pas débouché sur un butin appréciable. L'Etat Islamique n'aligne ici qu'un effectif réduit bien soutenu en revanche par des technicals et des pièces d'artillerie légères.







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    Merci à M. Morant pour le coup de main sur les matériels.

    Cette vidéo de l'Etat Islamique est la troisième d'une série. Elle débute, comme souvent, par un résumé en images de la séquence qui va suivre. Ces images les plus spectaculaires, en général, servent en quelque sorte de bande-annonce à l'ensemble.

    La première partie montre des images probablement prises par un drone utilisé par l'Etat Islamique au-dessus des positions adverses. La vidéo du drone donne les coordonnées précises qui permettent de géolocaliser le champ de bataille (43°50′31″E 33°22'13''N). L'objectif filmé par l'Etat Islamique est une cimenterie qui se trouve immédiatement à l'est de Falloujah (à 2-3 km de la sortie est de la ville). Le drone filme le secteur en arrivant par le sud, puis vire à l'ouest pour faire le tour de la cimenterie et repart vers le sud. Il filme d'ailleurs plusieurs véhicules des forces irakiennes qui sont bien indiqués dans le montage réalisé par l'Etat Islamique.




    L'Etat Islamique utilise un drone pour repérer les positions adverses. Les coordonnées en bas permettent de situer précisément les lieux de l'affrontement.



    La cimenterie se trouve à la sortie est de Falloujah, entre cette ville et al-Karamah, au nord-est.

    Le drone arrive par le sud, vire vers l'ouest et repart vers le sud.


    L'assaut semble intervenir par l'est de la cimenterie. Un canon artisanal qui est en fait un 2A28 Grom de 73 mm, probablement débarqué d'un BMP-1, ouvre le feu. Les tours qui se dressent en hauteur dans la cimenterie, où l'on peut voir flotter un drapeau irakien, sont également visées par une mitrailleuse M2HB de 12,7 mm sous abri et par un RPG-7. Une autre M2HB protégée par des sacs de sable intervient, ainsi qu'une mitrailleuse DShK de 12,7 mm sur trépied, postée derrière un remblai. Les combattants de l'EI semblent placés sur la route à l'est de la cimenterie, qui mène à al-Karamah, au nord-est de Falloujah. Des mitrailleuses PK et des roquettes entrent également en action. Plusieurs mortiers moyens et un « canon de l'enfer » de gros calibre sont également utilisés pour le pilonnage.

    Un canon 2A28 Grom débarqué d'un BMP-1 probablement.



    Mitrailleuse M2HB.


    Tir au RPG-7.


    Autre M2HB.



    Salve de roquettes vers la cimenterie.


    De nouveau le 2A28 Grom.



    Canon de l'enfer en action.


    Un mortier moyen.


    Plusieurs dizaines de fantassins de l'Etat Islamique progressent alors vers la cimenterie, soutenus par le tir de mitrailleuses PK et par celui d'un canon sans recul SPG-9 porté à bout de bras par un combattant de l'EI. Les fantassins sont armés d'AK-47 ou de M-16, certains portent deux armes individuelles ou plus. Les hommes ont progressé jusqu'aux tours pilonnées au début de la vidéo. Un Humvee armé d'une DShK de 12,7 mm en tourelle se tient en appui.







    Canon SPG-9 sans recul utilisé à dos d'homme.

    Mitrailleuse PK.







    Un Humvee avec mitrailleuse DSHK s'est rapproché pour soutenir les fantassins de l'EI.



    Les combattants de l'EI progressent ensuite à l'intérieur de la cimenterie. Ils capturent un camion sur lequel est monté un bitube antiaérien ZU-23 de 23 mm. Ils déchirent aussi des drapeaux ou symboles chiites abandonnés par leurs adversaires. Un bulldozer blindé intervient pour détruire un pan de mur qui gênait la progression. On voit ensuite un camion équipé de blindages additionnels, kamikaze, se jeter sur les positions adverses. Malheureusement le nom du kamikaze ne semble pas indiqué, cette fois, dans la vidéo, l'attaque suicide n'est pas mise en valeur comme de coutume, dans ce cas.




    Un camion avec bitube AA de 23 mm est capturé.


    Un drapeau de prise qui montre la présence de traces polythéistes parmi les miliciens chiites, probablement, présents aux côtés de l'armée irakienne.

    Le bulldozer blindé va abattre un pan de mur pour faciliter la progression.

    Le véhicule suicide avance sur la route, passant le camion capturé avec bitube ZU-23.





    Le véhicule suicide a explosé.

    Le kamikaze reste anonyme, pour cette fois.


    Les mitrailleuses, une M2HB et les PK, se sont déplacées à l'intérieur de la cimenterie pour appuyer la progression des fantassins. Un Humvee est capturé. Les combattants de l'EI mettent la main sur des caisses de grenades, des gilets pare-balles. L'un des uniformes de l'armée irakienne capturés par l'EI porte un emblème de manche datant apparemment de 2010. Un Humvee de l'EI pénètre dans la cimenterie, tandis que le camion de prise armé d'un bitube AA de 23 mm est récupéré. Parmi les hommes qui se congratulent ensuite, l'un d'entre eux est armé d'un fusil de précision SVD Dragunov. On peut voir également que l'un des chefs du groupe communique avec le smartphone d'un soldat irakien, par dérision, puisqu'en parallèle, dans l'image, on voit le soldat en question mort (!). Les chefs semblent d'ailleurs équipés de talkie-walkie. Des drapeaux chiites sont encore enlevés des bâtiments et détruits.


    Une M2HB a été installée dans la cimenterie.

    Une mitrailleuse PK en position.



    Un des chefs du groupe d'assaut communique avec le smartphone d'un soldat irakien tout juste tué... il tient un SVD Dragunov sur l'épaule.


    Caisse de grenades de prise.

    L'uniforme porte un emblème des forces de sécurité irakiennes.

    Des drapeaux avec des symboles chiites sont mis à bas.


    Un Humvee.

    Le camion de prise est récupéré.

    A gauche, le combattant porte un SVD Dragunov sur l'épaule, en plus de son M-16.





    L'assaut continue. Des tirs de roquettes et de mortiers préparent l'avance des fantassins. La majorité de ceux-ci ont des fusils d'assaut AK-47 ou des mitrailleuses PK, mais plusieurs utilisent des M-16, dont un équipé d'une lunette de visée. L'avance est appuyée par un véhicule blindé BMP-1 qui fait usage de son canon de 73 mm, et un technical armé d'un canon unique ZU-23 de 23 mm. Une pièce de 14,5 mm tire également sur les positions irakiennes.

    Nouvelle salve de roquettes.



    Mortier moyen en action.



    AK-47, M-16 et PK.

    M-16 avec lunette de visée.


    Un BMP-1 intervient dans le combat côté EI.



    Le BMP-1 est accompagné d'un technical avec canon ZU-23 de 23 mm.



    Un canon de 14,5 mm appuie également les hommes de l'EI.



    On peut voir au moins 2 Humveesévacuer une position de l'armée, où flotte le drapeau irakien. La position est soutenue par au moins 2 hélicoptères de l'aviation irakienne qui survolent le champ de bataille, dont un Mi-35. Un F/A-18 Hornet américain intervient également pour bombarder les combattants de l'Etat Islamique. Le canon sans recul SPG-9 est de nouveau utilisé à dos d'homme, avec un mortier léger qui expédie lui aussi ses obus. Un combattant de l'Etat Islamique brandit ce qui semble être un uniforme de capitaine de l'armée irakienne. La position prise à l'armée irakienne dans la cimenterie livre plusieurs mitrailleuses PK, des roquettes antichars. Au moins 2 cadavres de soldats irakiens sont visibles au sol.




    Un premier hélicoptère de l'aviation irakienne est filmé par l'EI.

    Il est suivi par un Mi-35.

    Un F/A-18 Hornet américain intervient pour lâcher ses projectiles sur les combattants de l'EI.


    Les soldats irakiens s'enfuient à bord de plusieurs véhicules.

    Retour du SPG-9.

    Mortier léger en action.


    RPG-7.

    M-16.

    Un uniforme de capitaine (?) de l'armée irakienne.



    Un des deux cadavres de soldats irakiens visibles.


    Dans un des bâtiments investis par l'EI, on peut voir de nombreux drapeaux militaires frappés du nombre 30, qui semblent renvoyer à la 30ème brigade commando motorisée de la 8ème division de l'armée irakienne, stationnée dans la province d'Anbar et qui a déjà bien souffert face à l'EI depuis l'an dernier. Le butin comprend des caisses d'obus de mortiers et de missiles antichars. D'autres symboles chiites sont également arrachés des murs, parmi lesquels l'emblème des Forces du Martyr Muhammad Baqr al-Sadr, autrement dit la branche armée de l'organisation Badr en Irak. On reconnaît d'ailleurs sur les murs les portraits de Hadi al-Amiri, le chef de l'organisation Badr, avant qu'ils ne soient arrachés par les membres de l'EI. Ceux-ci trouvent également des écussons de manche des Forces du Martyr Muhammad Baqr al-Sadr, qui devaient donc avoir une présence sur place. On peut voir sur un autre panneau, à l'extérieur, le sigle I.I.F, autrement Iraq Intervention Force, la force entraînée à la contre-insurrection qui a alimenté la 1ère division de l'armée irakienne, qui a elle-même subi de lourdes pertes depuis juin 2014 face à l'EI.



    L'homme à droite, qui semble être un des chefs du groupe d'assaut, tient toujours son SVD Dragunov.


    La 30ème brigade commando motorisée de l'armée irakienne semble encore avoir fait les frais de l'attaque de l'EI.





    Au centre, l'emblème de la branche militaire de l'organisation Badr, avec le portrait de son chef à droite.





    Sur le panneau, Iraq Intervention Force (I I F).


    Le butin matériel est cette fois-ci relativement maigre : 3 Humvees, 2 BMP-1 et quelques autres véhicules légers comme une ambulance Land Rover. Le drapeau irakien est évidemment remplacé par celui de l'EI.

    3 Humvees capturés.



    2 BMP-1 font également partie du butin.






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    Merci à M. Morant, A. Delalande et https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour leur aide sur le décryptage de la vidéo.


    Cette vidéo de l'Etat Islamique, mise en ligne début septembre 2015, est assez longue par rapport aux autres du même genre, car c'est un montage assez élaboré. Elle fait en tout près de 30 minutes, et c'est un vrai document de propagande.

    Dans une première partie, qui semble être un rappel historique combiné aux événements récents, les vues de décollage de F/A-18 Hornet d'un porte-avions américain (CVN-65 Enterprise, dont on voit le numéro sur le château, retiré du service actif en 2012 ; les images sont donc anciennes) se mêlent à celle de Zarqawi, le fondateur d'al-Qaïda en Irak. On peut voir ensuite des images où un char T-72 est visé par un missile Kornet, et un canon sans recul SPG-9 porté à dos d'homme. On aperçoit ensuite les miliciens chiites de Kataib al-Imam Ali, milice née en juin 2014 après la chute de Mossoul, et qui est l'une des milices irakiennes chiites les plus en vue dans le combat anti-EI. Une scène montre plus tard la destruction, à l'explosif, d'un char M1 Abrams ainsi que d'un Humvee visiblement capturés (ce dernier semble endommagé). C'est alors qu'intervient une bande-annonce sous forme de « mad minute », où l'on peut voir quantité d'armes en action (en noir et blanc, comme dans les bandes-annonce de l'EI dans ses vidéos) : mitrailleuses PK, AK-47, M-16, mitrailleuse lourde DSHK de 12,7 mm, RPG-7, canons sans recul (dont peut-être un B-10 de 82 mm), mortier, salve de roquettes artisanales, pièces d'artillerie (apparemment  Type 59-1, copie chinoise du M46 de 130 mm)... on peut apercevoir ensuite de nombreux véhicules de l'armée irakienne détruits, dont des Humvees (de couleur claire, ou de couleur sombre, appartenant donc aux forces spéciales ; l'un de ceux de couleur claire porte une mention abrégée sur la tourelle, ERU, Emergency Response Unit, une unité d'élite de la police irakienne, qui dépend du ministère de l'Intérieur) et 2 M1117, ainsi qu'un Dzik-3. Ces images de combats et de véhicules détruits apparaissent anciennes, il s'agit probablement d'extraits vidéos recyclés. On peut voir alors des images d'exécution au bord d'un fleuve, suivies d'extraits d'interventions de Barack Obama devant son pupitre, puis on aperçoit un convoi de combattants de l'EI montés sur pick-up. La vidéo met ensuite l'accent sur les victimes civiles (notamment enfants et adolescents) des bombardements aériens américains en Irak. La scène passe ensuite sur des images de responsables de l'EI en train de préparer des opérations, entrecoupées de vues de combattants de l'EI au milieu de champs de bataille (avec encore au moins un Humvee mis hors de combat).




    On reconnaît le porte-avions CVN-65 Enterprise avec son Hornet sur le pont.

    Le missile antichar Kornet file vers le T-72.

    Le T-72 est touché par le missile Kornet.


    Canon sans recul SPG-9 porté à dos d'homme. D'un calibre de 73 mm, il pèse tout de même près de 50 kg.




    On reconnaît bien les emblèmes de manche de Kataib al-Imam Ali, milice chiite irakienne qui combat l'EI. Celui-ci se sert des vidéos de la milice pour son montage.


    Un M1 Abrams et une carcasse de Humvee détruits à l'explosif : début de la "mad minute" de la vidéo avec images recyclées.

    Mitrailleuse PK.

    AK-47 ; on remarque l'écussion d'épaule de l'EI.

    M-16.

    DSHK, 12,7 mm.

    RPG-7.

    Canon sans recul B-10, 82 mm.



    Mortier moyen.




    Salves de roquettes artisanales.

    Un Type 59-1, copie chinoise du M46 soviétique de 130 mm.

    Un Type 59-1, copie chinoise du M46 soviétique de 130 mm.



    Humvee perdu par l'armée irakienne.

    Un Dzik-3, véhicule polonais baptisé par les Irakiens Ain Djaria 1, peut transporter 11 soldats. Il est armé d'une mitrailleuse en tourelle et de 2 lance-grenades fumigènes.

    2 M1117 de la police irakienne détruits.


    Sur la tourelle du Humvee le plus proche, ERU, pour Emergency Response Unit, unité decontre-insurrection du ministère de l'Intérieur, dépendant de la police irakienne.


    Au bout de 6 minutes environ (sur les 29 à peu près que dure la vidéo), on passe aux opérations dans la province de Kirkouk. Des combattants sont retranchés dans un trou derrière une M2HB de 12,7 mm, dont on peut voir les boîtes de munitions au bord de la tranchée. Non loin se tiennent un technical armé d'une mitrailleuse de 14,5 mm et un autre avec canon antiaérien S-60 de 57 mm. L'EI utilise à nouveau un drone pour survoler les positions adverses et les reconnaître. Le canon de 57 mm est le premier à ouvrir le feu, sur une position de l'armée irakienne, au sommet d'une colline, où flottent plusieurs drapeaux. Une ligne de fantassins de l'EI, à flanc de colline, prend le relais : certains sont armés de deux armes individuelles (AK-47 et M-16). Les combattants de l'EI sont bombardés par un appareil irakien, un Su-25, qu'ils filment. Les tirs reprennent : un des fantassins semble équipé d'une CAR-15. Une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm est également de la partie, montée sur trépied. 3 tireurs RPG-7 différents contribuent également au tir de barrage. Un M113 est incendié. Les combattants de l'EI parviennent sous les sacs de sable qui protègent le camp irakien (la colline visée au début de l'attaque, avec les drapeaux, semble surplomber le camp). On aperçoit derrière les sacs de sable un Humvee dont la tourelle est équipée d'une mitrailleuse de 7,62 mm, sur lequel flotte un fanion irakien. Plus loin dans le camp, on aperçoit 2 autres Humvees. Depuis un Humvee sur lequel flotte le drapeau de l'EI, on aperçoit 3 Humvees probablement montés par les soldats irakiens faire demi-tour et s'enfuir. Depuis le parapet sur un autre côté de la base, on peut voir un autre Humvee frappé d'un marquage tactique à côté duquel se trouve un M113 avec mitrailleuse de 12,7 mm en tourelle. Un des combattants de l'EI est armé d'un M-16 camouflé avec lunette de visée. De l'autre côté du M113, un autre Humvee porteur lui aussi de marquages tactiques. Plusieurs fantassins courent entre les deux véhicules pour gagner un autre Humvee, plus loin à l'intérieur du camp, équipé d'un canon de 14,5 mm en tourelle. On peut voir ensuite que les deux Humvees environnant le M113 sont équipés respectivement d'une DSHK en 12,7mm et d'une M2HB de 12,7 mm. En tout, le camp semble livrer 2 M113 et 4 Humvees aux combattants de l'EI -ainsi qu'un bulldozer. Le Humvee au canon de 14,5 mm arbore lui aussi des marquages tactiques particuliers : on est probablement en présence d'une unité de la 19ème brigade, 5ème division irakienne (6ème bataillon?). La 5ème division avait participé à la reconquête de Tikrit en mars 2015.

    Le drapeau de l'EI vu au début de la séquence sur le combat dans la province de Kirkouk est celui qui est vu en train d'être planté à la fin (!).

    Front de Kirkouk, dans les tranchées, avec une M2HB.


    Un technical avec KPV de 14,5 mm et un autre avec canon AA S-60 de 57 mm.

    Encore un drone pour filmer la position ennemie. Pas de coordonnées précises cette fois.


    Le S-60 ouvre le feu.


    La colline visée où flotte le drapeau irakien surplombe le camp objectif de l'attaque.



    Un Su-25 Frogfoot irakien attaque les combattants de l'EI.




    Les combattants de l'EI sont sous les sacs sable qui entourent le camp.




    Une DSHK de 12,7 mm est en batterie.



    3 tireurs au RPG-7.

    Un M113 a été incendié.


    3 Humvees chargés de soldats irakiens font demi-tour.

    2 Humvees à l'intérieur du camp.

    Humvee avec marquages tactiques et M113 à M2HB de 12,7 mm.

    Une PK tire à l'intérieur du camp.

    Bulldozer capturé.



    M-16 camouflé avec lunette de visée.


    Un M113 et un Humvee avec marquage tactique sur la portière arrière.



    Le marquage tactique de ce Humvee à canon de 14,5 mm laisse penser qu'il appartient à la 19ème brigade de la 5ème division irakienne.


    Les fantassins continuent leur progression au-delà du poste. Un RPG-7 fournit un tir de soutien, ainsi qu'une mitrailleuse M2HB. Les deux technicals, celui équipé d'un canon de 57 mm et celui armé d'une pièce KPV de 14,5 mm, sont également présents. Vient s'y rajouter un troisième véhicule sur lequel est monté un canon ZU-23 de 23 mm. Le canon de 57 mm effectue des tirs antiaériens. L'Etat Islamique utilise ensuite plusieurs véhicules suicides. Le premier que l'on peut voir est un pick-up au blindage renforcé ; le kamikaze doit d'ailleurs y pénétrer par la fenêtre arrière, faute de portes latérales disponibles. Un autre véhicule, encore davantage blindé, a semble-t-il ouvert la voie à ce véhicule suicide qui est donc le deuxième à se précipiter sur les lignes irakiennes. Alors qu'il se met en route, on peut apercevoir un M113 que les combattants de l'EI ont probablement récupéré dans le camp irakien assailli précédemment. Le cameraman s'attarde sur le parcours fou du kamikaze, qui prend une route en épingle (au long de laquelle on peut voir de nombreux oléoducs, très présents d'ailleurs dans toute la vidéo), remonte vers la position irakienne marquée par un drapeau ; les défenseurs ont le temps d'envoyer une roquette ou un autre projectile semblable sur le véhicule, avant que celui-ci n'explose. On peut voir sous un autre angle de vue que les deux véhicules kamikazes se succèdent de très près. Les vainqueurs plantent leur drapeau, par l'entremise d'un fantassin équipé d'un CAR-15.



    Le technical avec KPV de 14,5 mm.


    Le S-60 tire de nouveau.

    Un autre technical avec ZU-23 de 23 mm.


    Un des véhicules explosifs suicides, pick-up au blindage renforcé.

    Le  kamikaze est monté par l'arrière.

    Un premier véhicule suicide surblindé ouvre la voie.

    Le second véhicule suicide passe un M113 remis en service et des pick-ups.




    Le kamikaze fonce vers les positions irakiennes, on remarque les oléoducs au bord de la route.

    Les soldats irakiens tirent une roquette sur le kamikaze.

    Le véhicule explose.





    Cadavre et véhicules irakiens détruits.


    Le drapeau de l'EI est installé.


    La vidéo semble ensuite critiquer les médias occidentaux (on peut voir les logos de CNN, Russia Today et d'autres chaînes du monde défiler). On peut voir le Sheikh Saad bin Nasser Al Shathri, un Saoudien anti-EI, parler sur un plateau de télévision. Un combattant tire à la mitrailleuse PK à côté de tubes d'oléoducs stockés par terre. Un autre utilise une DSHK de 12,7 mm visiblement montée dans le camp irakien capturé. Les dernières minutes de la vidéo sont particulièrement atroces. Les hommes de l'EI traquent les soldats irakiens qui ont échappé à la prise du camp. Un groupe de 4 soldats, qui manque de peu de tuer plusieurs fantassins de l'EI, est éliminé à coups de grenades, les corps sont lardés de balles. Ce sont ensuite 2 hommes, un soldat et un policier fédéral, réfugiés au pied d'une falaise, qui font le coup de feu, qui sont tués puis criblés de balles. Au regard des moyens employés, l'action semble de peu d'envergure : attaque d'un petit poste et butin matériel relativement léger au regard des efforts consentis.


    DSHK en batterie dans le camp pris par l'EI.




    Dans les collines, la traque des survivants de l'assaut commence. Un groupe de 4 soldats irakiens qui tirait sur les hommes de l'EI est tué à coups de grenades, puis lardé de balles.




    2 hommes réfugiés en bas d'une falaise, près d'oléoducs, sont également tués.

    L'un d'entre eux porte l'uniforme de la police fédérale irakienne.




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    Par Mathieu Morant : passionné par l'histoire militaire contemporaine du Proche et Moyen Orient. Observe et archive la documentation sur le conflit syrien depuis 2011, en particulier les armements employés par les belligérants.


    Juillet 2014 : un mois après la prise spectaculaire de Mossoul en Irak (du 4 au 10 juin 2014), l'Etat Islamique (EI) franchit un nouveau palier, cette fois en Syrie, en lançant cette fois une offensive contre le champ gazier d' Al-Chaer, situé à l'est de Palmyre, dans la province d'Homs : fait notable et nouveau, ce sont cette fois des secteurs sous contrôle des forces fidèles au Régime syrien qui sont visés par les jihadistes de l'EI. Le 17 juillet, le champ gazier d'Al-Chaer est entre les mains de l'EI. Quelques jours plus tard, confirmant cette nouvelle tournure sur le théâtre d'opération syrien, une offensive est lancée, dans un premier temps contre les quartiers généraux de la 17ème Division à Raqqa, le 23 juillet 2014, suivie, à quelques heures d'intervalle, d'une attaque contre le Régiment 121, localisé dans le gouvernorat d'Hassaké. Le 7 août, c'est au tour de la 93ème Brigade, stationnée au sud d'Aïn Issa, de succomber sous les assauts de l'EI.
    Dans cette étude, nous allons nous attarder sur le Régiment 121, au décrivant dans un premier temps le contexte opérationnel de cette unité. Puis, en nous appuyant sur les vidéos et photographies diffusés par la propagande de l'EI, nous reviendrons sur les armements et matériels capturés au sein des installations militaires du Régiment.



    Le Régiment d'Artillerie 121 : quellle organisation théorique ?

    Dans sa remarquable étude, Joseph Holiday présente la 17ème Division comme une division de réserve, indépendante des 3 Corps d'Armée qui structurent l'armée syrienne. Responsable de l'ensemble de la région Est de la Syrie, la 17ème est une division d'infanterie mécanisée, organisée théoriquement autour de 3 Brigades, et d'un Régiment d'Artillerie. Seules 2 Brigades ont été identifiées : la 93ème Brigade Blindée, casernée au sud d'Aïn Issa, et la 137ème Brigade Mécanisée, basée quant à elle dans les environs de Deir ez-Zor. Le Régiment d'Artillerie de la 17ème Division, désormais identifié comme le 121ème Régiment, prend ses quartiers à 5 kilomètres au sud d'Hassaké, à Al-Melabya. La base militaire située à environ un kilomètre au nord de Raqqa est, quant à elle, le quartier général divisionnaire de la 17ème, et les casernements de divers bataillons de soutien (support, logistique, etc).
    L'organisation théorique du Régiment d'artillerie divisionnaire de la 17ème reste la grande inconnue : la présence d'obusiers D-30 de 122 mm au sein de la 93ème Brigade (au moins 9 pièces comptabilisées dans les casernements d'Ain Issa), laisse supposer que le 121ème Régiment n'alignait théoriquement que des canons de campagne M-46 de 130 mm, et des lances-roquettes multiples BM-21 sur Ural-375D : par conséquent, une organisation théorique autour de 3 bataillons d'artillerie est probable : 2 bataillons de 18 M-46 chacun, et un bataillon de 18 BM-21, chaque bataillon s'articulant autour de 3 batteries de 6 pièces.
    À la fin du mois de juillet 2014, lorsque l'EI lance ses offensives quasi simultanées contre les bases de la 17ème division, du Régiment 121, puis début août de la 93ème Brigade, les capacités opérationnelles de ces unités sont plus que réduites, voir quasiment nulles : en plus des opérations menées dans les provinces de Deir ez-Zor et d'Hassaké, il semble en effet que certaines unités de la 93ème aient été déployées en renfort dans d'autres provinces en 2012, en particulier autour d'Alep (à Anadan et sur l'aéroport militaire de Meng), et dans certains secteurs de la province d'Idlib : des dizaines de chars T-55 y seront soit détruits, soit capturés. Avant même l'entrée en scène de l'EI, les casernements de la 93ème Brigade, tout comme ceux du 121ème Régiment, feront l'objet d'attaques répétées durant l'année 2013 de la part des différents groupes rebelles syriens de la région, tandis qu'une part importante de la base de la 17ème Division à Raqqa est sous contrôle de l'opposition, le reste de la garnison étant de facto assiégée. Le 30 juin 2014, un convoi en partance d'Aïn Issa, accompagné de forces spéciales et avec pour but de desserrer l'étau autour de la 17ème Division à Raqqa, tombe dans une embuscade tendue par les rebelles syriens sur la route entre Tal AlSamn et Tulth Khneiz : 5 chars T-55 sont capturés, et deux autres détruits. Au moins deux blindés BMP-1 sont également capturés.
    À cette période, la présence militaire du Régime dans la province d'Hassaké est donc minimale, la capitale provinciale est elle-même sous contrôle mixte, certains secteurs de la ville étant sous la responsabilité des Kurdes du YPG.
    Positonnement des principaux matériels lourds capturés par l'E.I. dans l'enceinte du 121ème Régiment : faute de documents suffisamment précis, le mortier de 120 mm et l'obusier D-30 de 122 mm n'ont pu être situés avec exactitude.


    Après la prise du Régiment 121, quels gains pour l'EI ?

    Les premières images diffusées via les réseaux sociaux le 26 juillet 2014, par les services de propagande de l'EI, sont d'un intérêt limité : au niveau du matériel, 2 canons de campagne M-46 de 130 mm, un char T-55, et divers véhicules de soutien logistique (1 ZIL-131, 1 ZIL-157, 2 Praga V3S) sont visibles sur les photographies. Le 27 juillet, de nouvelles images apparaissent, diffusées en premier, semble-t-il, via vk.com et le compte Shamtoday, alors l'un des supports médiatiques du contingent tchétchène de l'EI, ainsi qu'une vidéo, d'une durée de 3 minutes et 11 secondes, dont une 40ne de secondes montrent les djihadistes à l'intérieur de la base syrienne. Un communiqué annonce quant à lui la prise des installations du Régiment 121, communiqué accompagné d'une liste sommaire du butin capturé :
    - 45 canons de 130 mm (type M-46).
    -50 autres canons de différents calibres.
    -20 lances-roquettes multiples BM-21 (sur Ural-375D).
    -45 lances-roquettes Grad-P (modèle de lanceur à tube unique).
    -2 chars (type T-55).
    -500 roquettes de type Grad (d'un calibre de 122 mm).
    -4000 obus de 130 mm (munitions pour le M-46).
    -500 fusils d'assaut d'un calibre de 7,62 mm (type AK-47/AKM).
    -30 véhicules militaires divers.
    Le 28 juillet, les services de propagande de l'EI publient une nouvelle série de photographies, présentant cette fois amplement le butin saisi dans la base syrienne. Le 5 août, une vidéo d'une 12ne de minutes est diffusée, présentée comme une "visite" au sein du Régiment 121.
    Ces diverses images, une fois étudiées et recoupées, nous permettent d'avoir un aperçu relativement concret des matériels, armements divers, et munitions saisies par Daesh 



    5 lances-roquettes multiples BM-21 sur Ural-375D sont clairement identifiables via leur numéro d'immatriculation. S'y ajoutent 2 autres exemplaires n'ayant pas ce numéro visible, ainsi qu'un, voir deux, exemplaires, bâchés : soit un total de 7 BM-21 sur Ural-375D certifiés, plus un voir 2 autres exemplaires probables.

    Deux (les numéros 76747 et 76688 ) des lances-roquettes multiples BM-21, montés sur camion Ural-375D abandonnés à l'ouest de la base.

    Concernant les canons de campagne M-46 de 130 mm, une distinction est clairement opérable : certains canons sont en position de tir, tandis que d'autres sont simplement parqués, avec parfois certaines parties de la pièce d'artillerie manquante : 11, (peut-être 12) M-46 sont en batterie, dont 3 sont accompagnés d'un camion Tatra 148, leurs véhicules tracteurs. 8 canons de campagne M-46 sont quant à eux stockés, non opérationnels.



    Mis en batterie sur une position au nord de l'enceinte, ce canon de campagne M-46 de 130 mm est capturé intact.
    Alignement de canons de campagne M-46 de 130 mm, stockés sur une des places d'armes du 121ème Régiment : aucun n'est opérationnel dans l'immédiat : l'unique exemplaire ayant son train de roulement intact sera immédiatement attelé à l'un des BM-21 capturés par les djihadistes, pour être extrait de l'enceinte de la base.
    Une vue du canon de campagne M-46 de 130 mm, aligné à l'origine aux côtés des exemplaires de la photographie précédente : non opérationnel, mais en état de rouler, il est ici attelé au BM-21 (numéro 70286), positionné quand à lui à l'origine à l'ouest de la base.

     
    Une photo diffusée via Twitter le 28 août montre également un mortier lourd de 120 mm, tandis que la vidéo diffusée par l'EI révèle la présence d'un obusier tracté D-30 de 122 mm en batterie.
    2 chars de combat T-55, utilisés semble-t-il dans un rôle de défense statique, sont capturés intacts, dont l'un est identifiable, le numéro 160590.

    L'un des deux chars T-55 (numéro 160590) : utilisé en position fixe et capturé intact, avec plusieurs obus, il est postionné au nord-ouest de l'enceinte.

    Intact à première vue, mais souffrant visiblement de problème moteur, le même T-55 est tracté par un camion cargo MAZ-6317, afin d'être extrait du périmètre de la base.
     
    Tableau 1 :


    Dotation théorique Capturés Capturés (probable) Total
    M-46, 130 mm
    36
    8
    11

    +1

    19 (+1)
    BM-21, 122 mm
    18
    7
    2
    7 (+2)

    Tableau 2 :
    Autre matériel :

    Chars de combat T-55
    2
    Obusier D-30, 122 mm
    1
    Mortier de 120 mm
    1
    Lance-roquette Grad-P, 122 mm
    Plusieurs dizaines
    Canon ZU-23-2, 23 mm
    1 (monté sur Ural-4320)
    Missiles antichars 9M131
    6



    Hormis cette quantité relativement importante de matériel lourd d'un intérêt certain pour l'EI, dont la source principale d'approvisionnement reste les armes de prises, les différentes photographies et vidéos diffusées révèlent une part autrement plus importante en armes légères et munitions, ce qui tend à corroborer les sources présentant les installations du Régiment 121 comme l'un des dépôts de l'armée du Régime syrien dans le gouvernorat d'Hassaké : parmi les armes légères, plusieurs 10nes de fusils d'assaut AKM, avec chargeurs et munitions de 7,62 mm correspondantes, et des mitrailleuses légères RPD du même calibre, auxquels s'ajoutent des 10ne de roquettes PG-7 pour le lance-roquettes RPG-7. 

    Lot de fusils d'assaut AKM capturés par l'E.I. dans les casernements du 121ème Régiment.

    Roquettes antichar PG-7.
     
    Plusieurs munitions d'artillerie semblent également figurer sur la liste du butin accumulé : obus de 122 mm pour le D-30, obus de 130 mm pour le M-46, roquettes de 122 mm type Grad, ainsi que des munitions de 100 mm pour le canon D-10T du chars T-55. Reste que la quantité totale exacte de munitions réellement saisies par l'EI reste difficilement appréciable : une accumulation de caisses dans un bâtiment ne signifie pas forcément que celle-ci soient pleines : l'étude des images consécutives à la prise de casernes, installations militaires, dépôts de munitions, ou simples positions militaires de l'armée syrienne depuis 4 ans montrent que les Syriens stockent tout autant les caisses et autres boîtes de munitions vides, que les pleines : les vides étant fréquemment utilisées pour l'aménagement, par exemple, des positons de combat.
    Constituant l'une des prises les plus intéressantes réalisées par l'EI au sein des installations militaires du 121ème Régiment, photographies et vidéos montrent la saisie d'au moins 3 boîtes contenant chacune 2 missiles antichars (9M131), et un viseur thermique (1PBN86-VI), destiné au lance-missile antichar 9K115-2 Metis-M. Il n'est toutefois pas possible de confirmer si des systèmes au complet ont été capturés.

    Une des 3 caisses de munitions capturées par l'E.I, contenant chacune 2 missiles destinés au lance-missile antichar 9K115-2 Metis-M.

    Tableau 3 :
    Listing des véhicules abandonnés au sein du 121ème Régiment :
    Type Nombre
    ZIL-157 avec Shelter de maintenance
    1
    ZIL-131 avec Shelter de maintenance
    1
    Pragua V3S, version véhicule atelier
    2
    MAZ-6317, version citerne
    2
    MAZ-6317, version cargo
    3
    Mercedes-Benz, version citerne
    1
    Tatra 148, version cargo
    22
    ZIL-130, version cargo
    2
    ZIL-130, version citerne
    1
    GAZ-66, version Shelter
    2
    GAZ-66, version cargo
    3
    URAL-4320 (armés d'un bitube ZU-23)
    1
    bus de transport en commun
    1
    camionette MAZ-55102/543302
    1
    camionette GAZ Sobol Van
    1
    jeep GAZ-69
    1
    véhicule légez UAZ-469
    1
    véhicule léger Land Rover
    1



    La majorité de ces véhicules sont soit hors d'âge, à l'état d'épave, ou encore d'un bon aspect aspect extérieur, mais visiblement parqués depuis longtemps dans l'attente d'une hypothétique maintenance. Aspect souvent négligé du conflit syrien, la logistique de l'armée syrienne a énormément souffert du conflit actuel : ajouté au fait qu'en temps de paix la 17ème Division est une division de réserve, et donc à priori avec des capacités opérationnelles faibles, les gains en véhicules pour l'EI apparaissent ici comme étant négligeable : seul les camions les plus modernes, en l'occurence les MAZ-6317, sont immédiatemment réemployés par les djihadistes pour les opérations de récupérations des matériels et munitions capturés. Il est notable qu'aux côtés des ces quelques camions, ce sont des véhicules destinés au transport et à la logistique capturés sur l'armée irakienne que l'EI utilise.
    Alignement de 4 camions cargo Tatra 148 : d'origine tchécoslovaque, ces camions sont utilisés depuis le début des années 1970s par l'armée syrienne. Ceux-ci, à bout de souffle, sont d'un intérêt douteux pour l'E.I.

    Avec un Ural-4320 armés d'un ZU-23-2, les camions cargo MAZ-6317 capturés dans la base semblent être les seuls véhicules utilisables dans l'immédiat : celui-ci est attelé à un canon de campagne M-46 de 130 mm, en position au nord du périmètre du 121ème Régiment.
    Conclusion
    L'étude de la documentation photographique et vidéo diffusée immédiatement après la prise des casernements du Régiment 121 montre un bilan autrement plus mesuré que celui proclamé par les djihadistes tchétchènes de l'EI, bien que conséquent : sont saisis 7 BM-21 sur Ural-375D, auxquels s'ajoutent 2 autres probables. Plus intéressant pour Daesh, une photographie semble montrer plusieurs dizaines de lanceurs Grad-P, une version à tube unique, plus simple à mettre en oeuvre, et plus en accord avec les tactiques employées par l'organisation terroriste. 11, (12 probables) canons de campagne M-46, en batterie, sont capturés, auxquels s'ajoutent 8 M-46 quant à eux stockés, et dont certains sont dans un état opérationnel douteux. 1 obusier tracté D-30 de 122 mm et 1 mortier de 120 mm viennent compléter le butin saisi, concernant l'artillerie. Deux uniques chars de combat T-55, positionnés défense statique sur la base, sont également capturés par les jihadistes. Concernant la logistique et les véhicules divers, seuls un Ural-4320, transformé en "guntruck" et armés d'un bitube ZU-23 de 23 mm, et 3 MAZ-6317 version cargo semblent dignes d'intérêt pour l'EI.
    Aucune vidéo des combats pour la conquète du Régiment 121 ne sera diffusée : toutefois, il paraît douteux que les soldats du Régime aient été à même d'offrir une résistance sérieuse, voir même qu'une quelconque résistance aient été opposée à l'attaque de l'EI : si le nombre de pièces d'artillerie en batterie sur le périmètre de la base peut sembler impressionnant à première vue, la protection rapprochée est quant à elle inexistante : aucune position de combat ne semble avoir été aménagée. Seul les deux T-55 sont théoriquement à même d'intervenir, ainsi que le ZU-23 monté sur camion : autrement dit, bien trop peu pour arrêter une offensive sur un périmètre aussi étendu.
    Au mieux, les (faibles) restes en effectif et en matériel au sein du Régiment 121 semblent plutôt avoir été abandonnés à leur sort, une situation que les djihadistes de l'EI se sont empressés de saisir.


    0 0

    6 septembre 2015 : l'Etat Islamique met en ligne une vidéo de ses opérations dans l'est de la province de Homs, plus précisément au nord-ouest de Palmyre (entre 25 et 30 km), dans le secteur des montagnes Jazal, où se trouvent de nombreux champs pétrolifères. Ce jour-là l'EI revendique la prise du village de Jazal, dans la montagne, non loin du champ pétrolifère du même nom.




    Jazal et son champ pétrolifère sont au nord-ouest de Palmyre, dans une zone montagneuse, d'où le terrain rugueux que l'on peut voir sur les images.


    La vidéo, relativement courte (moins de 6 minutes), pour une fois, ne comporte pas trop de fioritures. On peut voir un convoi de 6 pick-up au moins monter vers le front. Un char de l'EI tire : il s'agit d'un T-55 probablement pris à l'armée syrienne, sur lequel on peut voir d'ailleurs un désignateur laser nord-coréen. Le tir de barrage est également fourni par un technical armé d'un bitube ZU-23 de 23 mm et par un mortier moyen.


    Une colonne de 6 pick-up monte au front.


    Un T-55 de l'EI ouvre le feu. On reconnaît sur l'avant un désignateur laser, nord-coréen semble-t-il. Probablement une prise sur le régime syrien.

    Un technical avec bitube AA de 23 mm ZU-23.



    Mortier moyen.



    Comme souvent, l'EI attaque de nuit. Les fantassins escaladent une pente rocailleuse. Les tirs d'AK-47 et de RPG-7 n'empêchent pas les hommes du régime syrien de riposter, on peut voir de nombreuses traçantes frôler les combattants de l'EI. Au matin, ceux-ci ont fait un prisonnier, dont on ignore le sort final. Le technicalà bitube de 23 mm continue, tandis qu'un appareil du régime syrien intervient (Su-24 Fencer).



    Un RPG-7 va tirer.


    Les traçantes frôlent les combattants de l'EI.



    Un prisonnier a été fait. Son sort reste inconnu dans la vidéo...


    Un Su-24 du régime intervient, filmé par l'EI.



    On distingue ensuite une première carcasse de BMP-1, dont la destruction semble ancienne, probablement une épave depuis longtemps sur le terrain. Cela se confirme avec une deuxième carcasse de BMP-1 qui semble avoir été cannibalisée : il manque le moteur et la tourelle... un autre véhicule type pick-up détruit lui aussi semble être là depuis longtemps également. L'EI filme probablement ces épaves pour donner l'impression d'avoir détruit des véhicules...

    Cette première carcasse de BMP-1 semble avoir été détruite il y a longtemps.

    Cette deuxième carcasse a même été cannibalisée, il manque le moteur et la tourelle... ce ne sont probablement pas des engins détruits par l'EI, mais de vieilles épaves.

    Même chose pour ce véhicule qui semble hanter le terrain depuis plus longtemps.


    On voit des positions remplies de douilles d'obus de chars, ce qui laisse penser que des blindés du régime ont dû les occuper. Difficile de dire si le ZSU 23/4 à seulement 2 tubes visible après a été utilisé par le régime dans ce dernier combat et abandonné, ou bien s'il s'agit encore d'une épave filmée à des fins de propagande... de pareils montages avec l'automoteur à 2 canons ont bien été utilisés, on ne peut pas trancher définitivement. Le ZSU 23/4 semble néanmoins plus neuf que les carcasses de BMP-1, de même qu'un technical non armé qui est également pris.

    Des douilles vidés jonchent les positions du régime.



    Un ZSU 23/4 avec 2 canons sur 4 seulement. Le montage ayant déjà été utilisé en Syrie, difficile de dire s'il s'agit là encore d'une épave ou d'un véhicule abandonné par le régime...


    Ce technical en revanche semble avoir été laissé par le régime.


    Le butin comprend néanmoins des boîtes de munitions de 7,62 mm, des bandes de 12,7 mm, des obus de chars, et surtout un lance-missile antichar Metis-M avec son système de visée et 4 caisses de missiles (chaque caisse en comprend 2). L'EI s'empare également d'un char T-62 modèle 1972 et d'un BMP-1 qui cette fois est une véritable prise. Une batterie de mortiers du régime a également été détruite.

    Des caisses de munitions de 7,62 mm.

    Les caisses de Metis sont sorties.

    La grosse prise du jour pour l'EI : Un lance-missiles AT-13 Metis-M et son système de visée.

    Au moins 4 caisses, soit 8 missiles Metis.

    Un T-62 mod. 1972 avec un camouflage original. Celui-là semble avoir été utilisé récemment.

    Une batterie de mortiers du régime détruite.

    Autres munitions de prise.

    Un BMP-1 abandonné par le régime.


    La vidéo se termine par le discours de deux adolescents de l'EI, l'un parlant tandis que l'autre se tient à ses côtés. Au final, encore une opération de faible ampleur, au butin modeste mais pas quantité négligeable toutefois. Au 13 septembre, les sources pro-régime affirment que la 67ème brigade de la 18ème division, soutenue par l'unité paramilitaire des Faucons du Désert, a repris le village de Jazal.



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    Merci à M. Morant,  et https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour leur aide.

    La quatrième vidéo de la série « Les chevaliers de la victoire » se déroule dans la province d'al-Anbar, en Irak, comme la précédente. La vidéo est assez courte par rapport à d'autres productions de l'EI puisqu'elle n'atteint pas les 10 minutes. Comme de coutume, la première minute de la vidéo est une bande-annonce de ce qui va suivre, avec les images les plus fortes : ici, on voit la même image trois fois sur l'écran, une fois en noir et blanc et deux fois en couleur. La bande-annonce est conclue par le titre de la vidéo.


    La bande-annonce, première minute de la vidéo : les images les plus marquantes, ici 3 fois, une fois en noir et blanc, deux fois en couleur.


    L'objectif visé, un petit poste de l'armée irakienne, est d'abord bombardé au mortier de 82 mm. Le poste est ensuite mitraillé par un canon de 14,5 mm KPV monté sur un véhicule léger Kia Motors. Autour du véhicule évoluent plusieurs combattants dont un équipé d'un fusil de précision SVD Dragunov en plus de son AK-47. A l'intérieur du poste, on distingue nettement un véhicule de type Humvee. Un autre véhicule de l'EI armé d'un canon de 14,5 mm protégé par un bouclier pilonne également le poste, ainsi que plusieurs fantassins armés d'AK-47 ou de mitrailleuse PK. On peut distinguer un soldat irakien quitter l'abri du Humvee pour courir vers le poste sous les tirs de l'EI. Un véhicule, peut-être un M1117 de la police fédérale, tente de quitter les lieux, et il est pris à partie par les pièces de 14,5 mm, apparemment sans succès puisqu'il ne fera pas partie du butin. Le pilonnage du poste à l'AK-47, à la PK et au RPG-7 continue. Un canon sans recul (peut-être un SPG-9 de 73 mm) et un mortier léger sont également utilisés. Le véhicule sombre (possible M1117) visé par les canons de 14,5 mm de l'EI semble faire le tour du poste irakien, pour disparaître ensuite.

    Mortier moyen en action.


    Le KPV de 14,5 monté sur le véhicule Kia Motors approche de sa position de tir.


    Le tir commence.

    Le poste irakien, dominé par une tour. Deux drapeaux flottent en l'air.

    Un Humvee est bien visible, mais aucun ne figure parmi le butin de l'EI.


    Tir à la PK et à l'AK-47.


    Le KPV continue également à matraquer le poste.

    Un autre technical avec KPV intervient dans la préparation ; le canon est protégé par un bouclier. On a caché le blanc du véhicule probablement pour mieux le confondre avec le paysage.

    Un soldat irakien (au centre) vient de quitter l'abri du Humvee pour se diriger vers la droite de l'image.


    Un véhicule, peut-être un M1117, sort du poste et est pris à parti par le 14,5 de l'EI.



    Une PK tire sur le poste irakien...

    ... ainsi qu'un RPG-7.

    Combattant armé d'une AK-47.

    Mortier léger.

    Encore une PK.

    Un canon sans recul actionné par un fil, peut-être un SPG-9, sur monture quadripode dirait-on.



    Encore une PK.

    Un 14,5 monté sur technical qui ne semble pas être le même que celui sur Kia Motors.


    En bleu, les hommes de l'EI ; en rouge les soldats irakiens en fuite ; au centre-droit, le poste visé ; en bas, une sourate du Coran.


    Les combattants de l'EI pénètrent finalement dans le poste ; l'un d'entre eux tire au RPG-7 sur les fuyards. Un véhicule, qui se révèle être un Dzik-3, est en flammes, avec un corps carbonisé à ses pieds. Le même véhicule est vu juste après non incendié, alors qu'un combattant de l'EI armé d'une carabine M-4 ramène un prisonnier en sang (dont on ignore le sort), ce qui laisse à penser que le Dzik a été incendié pour les besoins de la vidéo... on peut revoir d'ailleurs le véhicule avec le corps à ses pieds, non carbonisé cette fois. Le Dzik porte un emblème distinctif sur la portière, que je ne suis pas encore parvenu à identifier, malgré de nombreuses recherches. Un autre cadavre de soldat irakien est visible. L'EI semble avoir également incendié un deuxième Dzik non loin du premier. Là encore, d'après les images, qui le montrent intact avec incendie, il a probablement été incendié pour les besoins de la vidéo. Les combattants de l'EI font sauter la tour qui domine le poste. Alors que les fantassins fouillent les tentes des soldats irakiens et y trouvent des munitions, on amène le drapeau de l'EI. Le poste, avec la tour, est finalement dynamité. Le butin comprend des mitrailleuses PK, des lance-roquettes RPG, un mortier léger, des M-16, des casques, des gilets pare-balles, des munitions... l'EI montre aussi les cartes d'identité des combattants irakiens (probablement une dizaine).

    Les combattants de l'EI entrent dans le poste irakien.

    Tir au RPG-7 sur les fuyards.


    Ce Dzik-3 incendié est vu dans la vidéo, ensuite, en bon état. L'EI l'a donc incendié pour les besoins de sa vidéo de propagande !


    Même chose pour que le corps que l'on distingue au pied du véhicule, non carbonisé plus loin.

    Le Dzik-3 encore intact.

    Cet homme de l'EI, armé d'une carabine M-4, ramène un prisonnier. On ignore son sort final.

    Le corps au pied du Dzik n'est pas encore en feu.

    Le Dzik-3 arbore un emblème qui m'est pour l'instant inconnu sur la portière.


    Au moins un autre corps de soldat irakien est visible.

    Le Dzik-3 en flammes.

    Les combattants de l'EI font sauter la tour du poste.

    A droite, un autre Dzik-3 apparaît. Lui aussi a été capturé intact puis incendié.

    Le 2ème Dzik-3 en feu.

    ... et intact, juste après.




    La poursuite continue : tir de RPG-7



    Caisse de chargeurs trouvée dans une tente.

    On amène le drapeau.

    Combattant exultant, avec sa PK, devant le Dzik-3 n°2 en feu.

    Dzik-3 n°1 en feu.


    Le poste est dynamité.

    Une partie du butin.

    PK, RPG-7, M-16, munitions, système de visée...

    Mortier léger, munitions de lance-grenades pour M-16...

    Sacs, casques, vestes pour porter les munitions...


    Pièces d'identité ou autres documents pris sur les adversaires (emblèmes chiites en haut à gauche notamment).





    Contrairement à l'assaut sur la cimenterie près de Falloujah, l'attaque est ici de moindre ampleur, sur un petit poste qui ne livre qu'un butin d'armes légères, en plus des 2 Dzik-3 détruits ; les pertes irakiennes sont réduites. L'attaque ressemble à celle de la vidéo tournée récemment dans la province de Salahuddine, de petite envergure (excepté qu'il y avait là utilisation d'un kamikaze), avec à peine quelques dizaines de combattants au maximum, et aucun véhicule lourd au-dessus du technical.

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