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    L'Etat Islamique a publié en septembre cette courte vidéo (moins de 6 minutes) de ses opérations dans le wilayat d'al-Janub, une division territoriale qui correspond pour l'EI au sud de l'Irak. Malheureusement la vidéo ne permet de localiser plus précisément l'opération visible.

    La bande annonce est ici réduite à sa plus simple expression, au vu de la taille de la vidéo, moins de 20 secondes. Ici, l'EI indique dans sa vidéo, en anglais, les objectifs : « Target 1 Barrack », avec non loin un Humvee (marqué « Hummer ») armé d'une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm. Un groupe d'assaut avec des fantassins équipés d'AK-47, de M-16 et d'au moins 1 RPG-7 progresse à travers champs. Le groupe d'assaut est appuyé par une pièce de 14,5 mm KPV sur trépied abrité derrière un muret et par une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm installée également sur affût et qui semble être sur un petit balcon. Plusieurs mitrailleuses PK sont aussi engagées pour tirer sur le poste. On peut voir une mitrailleuse DSHK et un canon de 14,5 KPV dans une autre position (ce dernier dans un bunker protégé par des sacs de sable), mais il s'agit probablement des mêmes armes qui ont été déplacées. Les tirs des armes lourdes semblent se concentrer sur le Humvee désigné comme cible au début de la vidéo. En plus d'un mortier léger, le groupe d'assaut de l'EI dispose de 3 tireurs RPG-7 armés de munitions antipersonnel OG-7V dont un opère depuis la position derrière le muret du canon de 14,5 mm KPV. Le groupe d'assaut, avec des fantassins armés d'AK-47 ou de M-16, monte à l'attaque du poste. Il est soutenu par le tir de 3 mitrailleuses PK.

    Target 1 : Barrack, l'EI désigne en anglais la cible.

    A droite : "Vehicle : Hummer".


    Avec le drapeau, le groupe d'assaut avance à travers champs.

    Tireur RPG-7.

    Un KPV de 14,5 mm appuie l'attaque, derrière un muret.

    Une DSHK 12,7 mm est également en position.


    Plusieurs PK sont aussi de la partie.

    Une DSHK sur affût, peut-être la même déplacée.

    Le Humvee semble particulièrement visé.

    Un KPV, peut-être le même déplacé, probablement un autre toutefois.


    Tireur RPG-7 avec munition antipersonnel OG-7V.

    2ème tireur, même munition.

    3ème tireur, même munition, près du KPV.



    Le groupe d'assaut passe à l'attaque.

    Toujours l'appui des PK.


    AK-47 en couverture.




    La vidéo se déplace à l'intérieur du poste, qui a été pris. On peut voir le Humvee du début de la vidéo, toujours marqué en anglais « Hummer », ainsi qu'un autre, visiblement de prise aussi, armé d'un DSHK de 12,7 mm immédiatement utilisée par les combattants de l'EI. Ce Humvee porte sur son bouclier l'inscription en anglais « Scurvy D » et un insigne à tête de mort avec sabres croisés en dessous. Le véhicule a été marqué du logo de l'EI sur la portière avant gauche entre deux prises de vue de la vidéo. Le mortier léger tire également, à courte distance visiblement, depuis l'intérieur du poste. A ce moment de la vidéo, on peut entendre le calife al-Baghdadi dans un de ses discours (son image apparaît d'ailleurs en surimpression). On peut voir 4 corps de soldats irakiens (dont plusieurs marqués de la mention en anglais « Apostate », comme les objectifs désignés de cette façon au début de la vidéo), dont l'un porte le rang de major sur son uniforme. La vidéo s'attarde enfin sur le symbole de l'EI plaqué sur la portière du Humvee de prise, preuve sans doute qu'il a tout juste été posé. Celui-ci arbore maintenant le drapeau de l'EI. Comme de coutume, les combattants arrachent les drapeaux de leurs adversaires déployés à l'intérieur des bâtiments.

    Un Humvee à DSHK de 12,7 capturé. L'EI va apposer son logo sur la portière avant gauche, celle qui est ouverte.

    Le Humvee ciblé au début de la vidéo.



    Sur le Humvee capturé, sur le bouclier de la DSHK, l'inscription "Scurvy D" en anglais (scorbut) et un insigne avec tête de mort et sabres croisés en dessous.

    Le mortier léger visible à côté du tireur RPG-7 en action depuis l'intérieur du poste capturé.

    Baghdadi, le calife, énonce un de ses discours.

    Un corps de soldat irakien ; on lit "Apostate" autour du carré sur la tête.

    Ce corps également marqué de l'inscription "Apostate".


    Emblème de major sur un des corps.



    Les drapeaux installés par les soldats irakiens sont arrachés.



    Encore une fois, on est face à une opération de faible ampleur, qui mobilise peu de moyens, cible un objectif limité (un baraquement et un véhicule ennemis) pour un butin modeste (2 Humvees).

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    Encore une courte vidéo de l'Etat Islamique (moins de 7 minutes) qui relate des opérations dans la province de Kirkouk, en Irak. Là encore, aucun élément plus précis ne permet de localiser plus précisément les scènes montrées. Pas de bande annonce cette fois-ci : la vidéo montre immédiatement les objectifs visés, plusieurs groupes de bâtiments occupés par les forces ennemies.

    L'attaque commence par un tir de missile antichar (9M133 Kornet). Le tir vise un rassemblement de soldats adverses autour de plusieurs véhicules, une dizaine au moins, que l'on peut voir se mettre à couvert après l'impact. Alors que l'EI continue de matraquer la position (où flotte plusieurs drapeaux, dont un irakien) avec d'autres projectiles, un Humvee avec le fanion irakien se replie. Le groupe d'assaut de l'EI se rapproche alors du poste visé. Un tireur à la M-16 dispose d'une poignée fixée sous l'arme pour appuyer son tir. On remarque le même dispositif sur un autre fantassin armé d'une AK-47. Les combattants de l'EI tirent avec leurs armes légères sur des véhicules (dont plusieurs Humvees) abrités derrière des levées de terre. Le groupe d'assaut comprend également une mitrailleuse PK et un tireur RPG-7 qui finit par tirer une roquette. On peut voir au moins 2 têtes de soldats derrière les sacs de sable visés par l'EI, dont l'un essaie en vain de tirer à la mitrailleuse. Un Su-25 Frogfoot irakien intervient dans la bataille. On voit ensuite les combattants de l'EI au pied des levées de terre, et un de leurs adversaires sérieusement blessé, au sol. Mais l'assaut s'arrête brutalement là. On ne connaît pas le résultat final de cette petite action...

    Tir de missile antichar Kornet.

    Le missile file vers la cible...

     Et explose. Une dizaine d'hommes se met à couvert.


    Un Humvee à fanion se replie (au centre).


    M-16 avec poignée d'appui à l'avant.


    AK-47 avec poignée d'appui.









    Tir de RPG-7

    Le groupe comprend un tireur SVD Dragunov (l'homme le plus à droite)


    Des Humvees derrière des levées de terre sont visés.


    Un Su-25 Frogfoot irakien intervient.


    Les combattants de l'EI sont sous les levées de terre.

    Un adversaire sérieusement blessé.


    La vidéo met ensuite en valeur les snipers de l'Etat Islamique. Les premiers opèrent avec un bricolage : un énorme canon de 14,5 mm avec lunette de visée et énorme frein de bouche sur trépied. Le premier tireur est accompagné un camarade armé d'un SVD Dragunov. Il vise une position où flotte le drapeau irakien. Le deuxième tireur vise un Humvee dont seul un morceau supérieur dépasse de la tranchée adverse. Son camarade est armé d'un vieux fusil Mosin Nagant 1891/12 ou d'une carabine M1944, le premier existant en version sniper (ici il n' y a pas de lunette de visée). Le troisième tireur est équipé d'un SVD Dragunov et d'une tenue de camouflage : il abat un soldat en faction devant des sacs de sable et un drapeau, celui d'une milice chiite née de la mobilisation « populaire » de juin 2014, Saraya Ansar al-Aqeeda, et qui opère effectivement au nord de Bagdad et dans la province de Salahuddine. D'autres tirs avec le bricolage de fusil de sniping lourd de 14,5 mm sont encore montrés. La vidéo se termine sur le drapeau de l'EI flottant au vent.

    Fusil de sniping lourd bricolé : canon de 14,5 avec lunette de visée et frein de bouche, sur trépied. Derrière, l'observateur a un SVD Dragunov.


    Cet autre observateur à l'arrière-plan a lui un Mosin Nagant 1891/1912 ou M1944 sans lunette de visée.





    Autre tireur d'élite camouflé de l'EI avec un SVD Dragunov.

    Ce tireur d'élite de l'EI abat un soldat qui est probablement un milicien chiite de Saraya Ansar al-Aqeeda, dont on peut voir le drapeau à sa droite, une milice chiite née après le mouvement de mobilisation de juin 2014.





    Au vu de ce qui est montré, de petites actions de harcèlement/guérilla sans aucun matériel lourd (à part le Kornet), et l'insistance mise sur les snipers, on peut supposer que l'Etat Islamique n'est pas en position de force dans le secteur.

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    Merci à M. Morant, A. Delalande et https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour leur aide sur le décryptage de la vidéo.

    L'Etat Islamique consacre, au mois de septembre 2015, une longue vidéo à ses opérations de combat dans la ville irakienne de Baiji. Cette ville d'un peu plus de 200 000 habitants est située à 200 km au nord de Bagdad, sur la route de Mossoul. Baiji est un centre industriel important, connu pour sa grande raffinerie et sa centrale électrique. En outre, c'est un carrefour ferroviaire en Irak. En juin 2014, l'Etat Islamique s'empare de la ville de Baiji mais l'armée irakienne parvient à se maintenir dans la raffinerie.



    En octobre 2014, l'armée irakienne pénètre dans la ville pour tenter de lever le siège de la raffinerie. En dépit de l'utilisation de nombreux véhicules suicides par l'Etat Islamique, les forces irakiennes parviennent à briser les lignes de l'EI, et à faire la jonction avec la raffinerie le 17 novembre, bien soutenues il est vrai par l'appui aérien américain et britanique. Mais dès le mois de décembre, l'EI reprend la ville et rétablit le siège de la raffinerie : le 21 décembre, l'armée irakienne évacue la ville.




    Ci-dessus : deux cartes de situation en novembre 2014 de la bataille de Baiji, tirées d'un site pro-régime syrien.


    Dès le 23 décembre, les forces irakiennes repartent à l'assaut de Baiji. En mars 2015, profitant de l'offensive de l'armée et des milices chiites sur Tikrit, l'Etat Islamique contre-attaque à son tour. En avril-mai, renforcé par des unités venues de Syrie, l'EI tente de s'emparer de la raffinerie, où l'armée irakienne a reçu l'appoint de la police fédérale. A partir de mai 2015, les miliciens chiites s'impliquent largement dans la bataille aux côtés de l'armée irakienne, avec le soutien tacite des Etats-Unis. Au mois de juin, l'armée irakienne et les unités de la mobilisation populaire (al Hashd al-Shaabi) réinvestissent la ville, tandis que la raffinerie reste toujours disputée. Attaques et contre-attaques se succèdent dans chaque camp pendant les mois de juillet-août, sans résultat décisif de part et d'autre.


    Situation au 13 juin 2015.

    Source : https://twitter.com/deSyracuse


    La première séquence de la vidéo est une reprise de reportages de la chaîne al-Jazeera. On peut voir un général irakien, entouré de soldats parmi lesquels se trouve un capitaine, qui répond aux questions. Il s'agit d'une vidéo diffusée par al-Jazeera le 15 août dernier : le Major General Juma Anad al-Jubouri, qui commande les opérations de l'armée irakienne dans la province de Salahuddine, fait le point sur la bataille de Baiji1. On voit ensuite plusieurs intervenants ou présentateurs sur un plateau de télévision.






    Après l'affichage du titre de la vidéo, ce sont les futurs kamikazes qui sont mis en avant. On peut voir 10 visages différents, dont certains sont probablement parmi ceux montrés à la fin de la vidéo. Certains se tiennent devant ou à côté de leur véhicule kamikaze. On peut voir d'ailleurs un véhicule suicide escorté par un Humvee exploser juste après (sans doute une ancienne séquence). Puis ce sont des combattants de l'EI intervenant dans des vidéos de propagande qui sont présentés ainsi qu'à nouveau des kamikazes. On voit ensuite un kamikaze discourir alors qu'il se tient sur le siège conducteur de son véhicule suicide. Un combattant parle ensuite devant un M1117 de la police irakienne capturé par l'EI.

    Un Humvee escorte un véhicule kamikaze.

    Explosion du véhicule.

    Un kamikaze au volant de son véhicule suicide.

    Discours devant un M1117 de prise (le même que celui vu à la fin de la vidéo ?)
    Suit un discours par un combattant de l'EI (peut-être un Occidental, en tout son origine étrangère est probablement la raison pour laquelle on le fait parler pour la propagande du groupe...). Il est entouré de deux combattants de l'EI armés d'AK-47. En arrière-plan, un Humvee capturé par l'EI, avec le drapeau du groupe, où un homme se tient derrière le canon de tourelle, qui a un embout de ZU-23 de 23 mm mais qui ne semble pourtant pas être de ce calibre...



    Discours d'un combattant de l'EI devant un Humvee équipé d'un drôle de canon...


    Les séquences de combat ne commencent qu'après le discours du combattant de l'EI, au bout d'un peu plus de 5 minutes. Plusieurs combattants de l'EI progressent en terrain urbain, notamment par un trou pratiqué à travers un des murets entourant les bâtiments. Ils ont des brassards de fortune sur les bras pour mieux se reconnaître sur le champ de bataille. Le combat de rues est intense. On aperçoit un camion léger Kia Motors abandonné frappé à l'avant de l'insigne d'une milice chiite : Liwa Ali al-Akbar. Cette milice est affiliée au tombeau de l'imam Hussein à Kerbala et elle est connue pour sa participation à la bataille de Baiji. Son allégeance semble aller à l'ayatollah Sistani. Un mortier de 82 mm de l'EI pilonne ensuite une partie de la ville. Une DSHK de 12,7 mm installée dans un bâtiment tire, à travers une ouverture, sur un bâtiment garni de sacs de sable. Un groupe de combattants de l'EI, toujours équipés d'un brassard (parfois porté à la tête) et comprenant au moins un tireur RPG-7, est en plein combat de rues. Alors que des fantassins traversent une rue, le montage filme au ralenti l'arrivée d'une roquette tirée par les adversaires de l'EI, en « slow motion ». Un coup d'oeil du cameraman dans une autre rue permet de voir que des fantassins de l'EI qui y tirent à coups d'AK-47 ciblent aussi une carcasse de Humvee en travers de cette même rue. On peut voir ensuite une colonne de la police fédérale prise au piège dans une rue, avec un pick-up et un M1117 qui fait d'ailleurs usage d'une de ses mitrailleuses pour se défendre, d'un côté de la rue, et de l'autre côté de la rue 2 pick-up dont l'un armé d'une DSHK de 12,7 mm, un bulldozer et ce qui semble être un Humvee en arrière. 3 tireurs RPG-7 de l'EI, 1 avec munition antichar et 2 avec munitions antipersonnel OG-7V, ouvrent le feu sur la colonne. Un Humvee est en flammes. Un combattant de l'EI vu précédemment en train de parler à la caméra a été blessé au visage. Une PK tire sur un soldat irakien ou milicien qui s'enfuit de la terrasse d'un bâtiment. Une autre PK fait feu depuis une meurtrière. Les fantassins de l'EI ciblent un véhicule en mouvement (un Humvee peut-être). Un autre Humvee noir, donc probablement des forces spéciales irakiennes, a été abandonné. Après avoir montré une PK tirant depuis une terrasse, l'EI montre 2 corps carbonisés et 2 corps de soldats irakiens. Puis l'on peut voir un Humvee noir de prise et un bulldozer immédiatement récupéré. L'avant d'un pick-up porte quant à lui le drapeau de Kata'ib Sayyid al-Shuhada, une milice formée par les groupes iraniens pour envoyer des combattants chiites irakiens en Syrie soutenir le régime Assad, et qui combat maintenant en Irak. Un autre véhicule porte l'emblème du groupe spécial chiite irakien, soutenu par l'Iran, Asaib Ahl al-Haq. Les combattants de l'EI brûlent ensuite un drapeau de la milice chiite Liwa Ali al-Akbar. On voit ensuite des tubes pour missiles antichars 9M133-1 Kornet, autrement dit la version équipée d'une charge tandem de ce missile antichar russe. L'EI récupère également quelques armes légères, des obus de mortiers de 60 mm et d'autres munitions de mitrailleuses. La caméra filme ensuite un bâtiment à l'allure impressionnante, la mosquée al-Fatah de Baiji, facilement reconnaissable. Sur les images, elle semble moins endommagée qu'actuellement, ce qui laisse à penser que les vidéos ont été tournées plus tôt que septembre, peut-être au mois d'août. Les combattants de l'EI montrent ensuite des uniformes et autres effets marqués du sigle E.R.B., autrement dit Emergency Response Brigade, une unité d'élite de la police fédérale irakienne qui dépend du ministère de l'Intérieur.

    Le groupe  d'assaut part d'un muret.

    Progression d'un groupe d'assaut. Les hommes portent des brassards d'identification.

    Passage à travers un trou pratiqué dans un muret.


    Tous les angles suspects sont arrosés à l'AK-47.


    Sur l'avant d'un véhicule léger Kia Motors, l'emblème de Liwa Ali al-Akbar, milice chiite irakienne.


    Ce combattant de l'EI porte un brassard pour l'identification.

    Mortier de 82 mm en action.


    DSHK de 12,7 mm.






    Combat de rues, une roquette de RPG-7 est tirée contre un groupe d'assaut de l'EI.

    La roquette explose tout près des hommes de l'EI.

    Dans la rue perpendiculaire, les combattants maintiennent un feu soutenu.


    Un Humvee détruit se trouve dans cette rue.


    Un M1117 de la police irakienne utilise sa mitrailleuse contre les hommes de l'EI.

    Bulldozer, deux pick-up dont un avec une DSH, un Humvee.

    Tir de RPG-7 antichar.

    Tir de RPG-7 antipersonnel.

    Tir de RPG-7 antipersonnel.

    Le Humvee a été détruit.


    Combattant de l'EI blessé au visage.


    Mitrailleuse PK.

    Un soldat ou milicien irakien se met à couvert.

    Tir de PK à travers une meurtrière.



    Humvee noir des forces spéciales irakiennes abandonné.






    Cadavre ennemi.


    Humvee noir des forces spéciales pris en bon état.


    Un bulldozer capturé.

    Logo de Kata'ib Sayyid al-Shuhada, milice chiite créée par les milices chiites irakiennes pour envoyer des combattants soutenir le régime syrien, sur un pick-up.


    Logo d'Asaib Ahl al-Haq, un des groupes spéciaux iraniens en Irak.



    Le drapeau de Liwa Ali al-Akbar est brûlé.


    Tubes de munitions pour missile antichar Kornet.


    Obus de mortier.

    Le drapeau de Liwa Ali al-Akbar avant destruction.

    La mosquée al-Fatah, au sud de Baiji.

    La mosquée est la croix blanche sur la carte de Baiji, la ville est en couleur.

    Les combattants de l'EI brandissent des uniformes marqués ERB, Emergency Response Brigade de la police irakienne.


    Milices chiites irakiennes impliquées dans les combats à Baiji d'après la vidéo de l'Etat Islamique
    1) Liwa Ali al-Akbar
    - Logo sur l'avant d'un camion léger Kia Motors
    - Drapeau brûlé par les combattants de l'EI

    2) Kata'ib Sayyid al-Shuhada
    - emblème sur le capot d'un pick-up
    - drapeau capturé par l'EI
    - logo sur la portière avant droite d'un pick-up
    3) Asaib Ahl al-Haq
    - poster sur un véhicule
    - insigne de manche sur un uniforme
    4) Kataib Hezbollah
    - drapeau flottant sur un bâtiment de Baiji
    5) Kataib Imam al-Ali
    - logo sur la portière avant gauche d'un Humvee détruit
    6) Kataib Jund al-Imam
    - drapeau sur un pick-up capturé


    Dans la séquence suivante, une dizaine de fantassins de l'EI courent à travers champ. Un bulldozer détruit jonche ce dernier. On peut voir un canon bitube de 37 mm chinois (copie du M1939 soviétique, le Type 65/74 à deux tubes) monté sur camion tirer sur un appareil de l'aviation irakienne, un AC-208 Combat Caravan. Le bitube prend également à partie des hélicoptères irakiens. On peut voir ensuite un tireur RPG-7 lâcher sa charge tandem. Des fantassins ouvrent le feu. Ils sont soutenus par un bitube ZU-23 monté sur technical et par une mitrailleuse PK qui vise un bâtiment où flotte le drapeau de Kataib Hezbollah, autre milice chiite irakienne pro-iranienne elle aussi engagée dans les combats de Baiji. Un Humvee détruit est sur le pavé au milieu des combats de rue. Un fantassin de l'EI tire avec une carabine M-4 américaine qui ressemble au modèle utilisé par les forces spéciales, avec lance-grenades. Après qu'un combattant de l'EI ait lancé une grenade à main, on voit un corps de soldat ou de milicien irakien. Un autre groupe d'assaut progresse avec un tireur RPG-7 et le pourvoyeur qui transporte les roquettes dans le dos. Un Humvee noir des forces spéciales irakiennes a été détruit au milieu d'une rue. Un autre Humvee, qui semble avoir été détruit depuis plus longtemps, porte l'emblème de la milice chiite Kataib Imam al-Ali. On peut également voir plusieurs bulldozers détruits et un Humvee noir pris intact qui est probablement le même que celui vu précédemment dans la vidéo. Un combattant présente un bandana vert de milicien chiite, un autre arrache un drapeau de même couleur. On revoit les obus de mortier capturés déjà montrés au début de la vidéo, ainsi que les armes prises à l'ennemi. Un autre combattant montre un uniforme avec sur la manche l'insigne de la milice chiite Asaib Ahl al-Haq. Une autre caisse de prise montre des roquettes de RPG-7. On peut voir enfin le drapeau de l'EI flotter sur plusieurs bâtiments de Baiji. L'un de ces bâtiments est l'hôtel Al Barakat Al Siyahi et son restaurant, qui se situent probablement tous deux dans la cité de la raffinerie de Baiji.

    Un groupe d'assaut de l'EI en mouvement.

    Le groupe d'assaut en progression.


    Bulldozer abandonné.

    Un technical avec bitube de 37 mm Type 65 chinois.

    Un AC-208 Combat Caravan est visé.


    Hélicoptères de l'aviation irakienne.





    Tir de roquette tandem par un RPG-7.

    Bitube ZU-23.

    Mitrailleuse PK.

    Le drapeau de la milice chiite irakienne Kataib Hezbollah flotte sur le bâtiment visé par l'EI.


    Humvee détruit.




    Tir au M-4 type forces spéciales.


    Encore un M-4.

    Jet de grenade.

    Corps adverse.


    Tireur RPG-7.

    Et son pourvoyeur.



    Humvee noir détruit.


    Humvee avec le logo de Kataib Imam al-Ali, milice chiite irakienne.

    Bulldozer.

    Encore le Humvee noir de prise.


    Bandana de milice chiite.

    Drapeau vert de milice chiite.


    Carte des opérations.

    Uniforme avec insigne d'Asaib Ahl al-Haq.


    Roquettes de RPG-7.

    Le drapeau de l'EI flotte sur l'hôtel Al Barakat Al Siyahi et son restaurant, probablement dans la cité de la raffinerie.


    La cité de la raffinerie est au nord de Baiji.

    La séquence suivante commence avec des combattants transportés à l'arrière d'un véhicule, peut-être un BMP-1 ou plus sûrement un M113 comme on le verra plus tard dans la vidéo. Puis c'est le retour des caméras embarquées : une sur un fusil de tireur d'élite SVD Dragunov, l'autre sur un RPG-7. Le Dragunov, avec un tireur PK et un autre sur AK-47, semble viser des véhicules qui filent le long d'une route. Impression confirmée par une vue plus rapprochée : les combattants de l'EI sont cette fois derrière un muret, juste au bord de la route qu'empruntent les véhicules ciblés. On peut en distinguer 3 qui passent sans être arrêtés. Néanmoins un cadavre est retrouvé sur la route par les hommes de l'EI. Ces derniers se rassemblent autour d'un pick-up portant le drapeau d'une autre milice chiite, Kataib Jund al-Imam, un mouvement issu du Mouvement Islamique en Irak dirigé par 'Abu Ja'afar' Ahmed al-Asadi, un des porte-parole des comités de mobilisation populaire. La milice combat effectivement à Baiji et elle est alignée sur le courant de l'ayatollah Khomeini. Le corps au pied du pick-up sur lequel insiste la vidéo serait celui de Muzafar Al Qurayshi. Il y a un autre cadavre de l'autre côté du véhicule. L'EI met aussi la main sur un Humvee avec canon de 14,5 KPV savamment camouflé. Dans la scène suivante, devant un pick-up en flammes, les combattants de l'EI pénètrent dans un bâtiment adverse où ils trouvent encore des munitions. Passe devant un technical noir armé d'un KPV de 14,5 mm.

    Dans un BMP-1, ou M113 ?

    Caméra embarquée sur SVD.

    Caméra embarquée sur tireur RPG-7





    Derrère le muret près de la route, les combattants de l'EI ciblent les véhicules qui passent en trombe.




    Cadavre sur la route.


    Le pick-up porte le drapeau de la milice chiite Kataib Jund al-Imam. L'homme mort au pied du véhicule est semble-t-il un dirigeant de la milice.


    Humvee camouflé capturé.




    Technical à canon KPV de 14,5 mm.
     

    Dans la dernière séquence de la vidéo, un groupe d'une dizaine d'hommes dont 2 tireurs RPG-7 embarque dans un M113 surblindé avec KPV de 14,5 mm en tourelle, probablement destiné à finir en véhicule kamikaze. Le groupe, débarqué, avance -on observe aussi un pourvoyeur avec roquettes de RPG-7. Le M113 surblindé fonce, suivi d'un MRAP d'escorte armé d'une DSHK de 12,7 mm qui ouvre le feu. Un deuxième véhicule kamikaze, une sorte de camion recouvert d'une cage entière de blindage supplémentaire et de grillages, se met aussi en route. Un troisième véhicule kamikaze consiste en un pick-up surblindé, noir, avec emblème de l'EI sur la portière. Le quatrième véhicule kamikaze est un pick-up plus sommairement protégé. Une PK et une DSHK sur trépied appuie la progression des véhicules. On voit 9 visages puis les explosions commencent : la première est vue sous deux angles différents. La deuxième également, puis les détonations se succèdent. Un groupe de combattants de l'EI avance, avec2 mitrailleuses PK, un RPG-7, des AK-47. Un fantassin tire à la M-4 à travers une meurtrière. Un Humvee est coincé dans une tranchée. On peut voir un groupe à l'armement similaire en combats de rues. Un corps irakien, peut-être un policier fédéral, porte un insigne de manche. Dans la rue, une colonne a été entièrement détruite : un pick-up avec emblème de milice chiite difficilement reconnaissable, un Humvee noir camouflé dont la tourelle a été arrachée par un impact, et 2 chars Type 69-II ainsi que plusieurs autres véhicules légers. L'EI a également mis la main sur le drapeau d'une milice chiite déjà croisée plus tôt dans la vidéo, Kata'ib Sayyid al-Shuhada. On peut revoir ensuite le Humvee noir seul détruit au milieu de la route, puis un M1117 capturé de la police irakienne. Un pick-up porte encore le logo sur la portière de Kata'ib Sayyid al-Shuhada. Les combattants de l'EI exhibent encore d'autres symboles chiites (insignes de manches, bandanas) et la vidéo se termine sur la vue de cadavres de soldats ou miliciens adverses.

    Le groupe d'assaut rejoint le M113.



    Embarquement.



    Le groupe d'assaut a été débarqué.





    Le M113 kamikaze fonce.


    Il est escorté par un MRAP.

    2ème véhicule kamikaze.


    3ème véhicule kamikaze.



    4ème véhicule kamikaze.


    Appui avec une DSHK et une PK.


    Les explosions commencent.












    Un groupe d'assaut progresse.


    PK.

    RPG-7.




    M-4.



    Un Humvee a dégringolé dans la tranchée...

    Combat de rues.



    Cadavre, sans doute de la police fédérale.


    C'est probablement le logo de la milice chiite Kataib Sayyid al Shuhadasur la portière de ce véhicule détruit.

    La tourelle de ce Humvee a été éjectée plus loin.

    2 chars Type 69-II détruits.




    Un autre en meilleur état.


    Drapeau de Kataib Sayyid al Shuhada.

    Humvee noir détruit.

    Le M1117 (celui vu au début ?)





    Logo de Kataib Sayyid al Shuhada.






    Véhicules détruits ou capturés et ceux utilisés par l'EI dans la vidéo
    1) Humvee, couleur claire
    Escorte un véhicule kaimkaze (début de la vidéo)
    2) M1117 (police fédérale irakienne)
    Capturé ; porte un logo sur le côté droit (?) ; probablement celui vu aussi à la fin de la vidéo, sans le logo (?)
    3) Humvee, couleur claire
    Porte un drapeau de l'EI ; armé d'un canon (14,5 mm?)
    4) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes probablement ; détruit, en feu
    5) Pick-up avec DSHK 12,7 mm
    Police fédérale irakienne ; capturé ou détruit
    6) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes, probablement incendié par une roquette de RPG-7
    7) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes ; hors de combat, abandonné
    8) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes ; capturé, bon état (vu sans doute plusieurs fois dans la vidéo)
    9) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes ; hors de combat
    10) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes ; détruit
    11) Humvee de couleur claire
    Porte l'emblème de la milice Kataib Imam al-Ali ; détruit
    12) Humvee avec canon de 14,5 mm, tissu de camouflage
    Bon état, capturé
    13) M113 avec blindage additionnel
    Utilisé comme véhicule kamikaze, a priori
    14) MRAP, avec DSHK de 12,7 mm
    Escorte le M113 kamikaze
    15) Humvee noir
    Forces spéciales irakiennes ; tourelle arrachée, détruit
    16) Char Type 69-II (x2)
    2 incendiés ; 1 en bon état semble-t-il




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    L'Etat Islamique vient de publier une vidéo sur ses opérations récentes dans la province de Deir es-Zor, à l'est de la Syrie, au début du mois de septembre. Le front de Deir es-Zor a pendant longtemps été assez négligé, avant de connaître un regain d'intérêt depuis l'avènement de l'Etat Islamique en juin 2014 et sa poussée contre le régime syrien.

    L'Etat Islamique a en effet chassé les autres rebelles (en particulier le front al-Nosra, qui y était bien implanté) de la ville de Deir es-Zor, et plus globalement de la province du même nom, dès le mois de juillet 2014, capitalisant sur ses succès en Irak. Pour la première fois dans la ville, l'EI et le régime syrien, qui jusque là s'étaient ignorés pour des raisons purement stratégiques, se retrouvent seuls face à face. Le régime cherche à conserver au moins le contrôle de l'aéroport militaire, au sud-est de la ville, qui reste sa seule base dans l'est du pays passé sous contrôle de l'EI. En outre, il s'accroche à Deir es-Zor qui est une capitale provinciale, et donc chargé d'un poids symbolique important. C'est pourquoi le régime y expédie dès septembre 2014 la 104ème brigade de la Garde Républicaine, unité d'élite, pour renforcer la défense de l'aéroport. Les différentes offensives de l'Etat Islamique depuis l'été 2014 n'ont pas réussi à emporter la place, notamment en raison du rôle de l'aviation du régime, qui peut intervenir à loisir contre les combattants de l'EI1. Devant alimenter plusieurs fronts simultanés en Syrie et en Irak, l'EI n'a manifestement pas pu engager des moyens suffisants pour mener un assaut massif de l'aéroport militaire de Deir es-Zor, principale position du régime.



    La vidéo de l'Etat Islamique montre la dernière offensive en date contre l'aéroport de Deir es-Zor, lancée le 9 septembre dernier. L'Etat Islamique attaque au sud-est du périmètre de l'aéroport, sur la ligne de défense extérieure de ce dernier. Après quelques succès initiaux, l'assaut est finalement repoussé par la 137ème brigade d'artillerie de la 17ème division et la 104ème brigade de la Garde Républicaine du régime, l'aviation ayant joué un rôle certain, tandis que les deux camps auraient également employé des munitions chimiques.

    Source : https://twitter.com/deSyracuse?lang=fr

    https://twitter.com/PetoLucem?lang=fr (pro-régime).

    Les lieux de l'action. L'aéroport de Deir es-Zor contrôlé par le régime est en couleur ; les 2 positions prises par l'EI sont au sud/sud-est (1 et 2).


    La vidéo commence par une vue prise d'un drone, qui montre l'objectif visé : une position du régime dénommée « base d'un bataillon de missiles » sur Wikimapia, car abritant anciennement un bataillon de SA-6 Gainful. Curieusement ce bataillon est rattaché à la 137ème brigade alors qu'il devait faire partie des forces de défense antiaérienne...

    Un drone de l'EI survole la "base de missiles" par le sud ; on reconnaît bien la position.



    La propagande de l'EI met ensuite l'accent sur les combattants lisant le Coran avant la bataille. Un chef donne ses instructions à un groupe d'assaut avec AK-47 et RPG-7. Les hommes complètent leurs chargeurs d'AK. Le groupe d'assaut embarque ensuite dans au moins 2 pick-up. Il compte plusieurs dizaines d'hommes (de 30 à 40) avec également des mitrailleuses PK et comme on peut le voir aussi, un important ravitaillement en eau. Là encore, la caméra s'attarde sur la prière avant le combat.

    Discours du chef.

    On complète les chargeurs. L'homme au centre, vu de face, sera tué pendant l'assaut.

    Embarquement dans les pick-up.


    Les pick-up démarrent



    Dans les tranchées, près du front. On note le RPG-7.


    L'EI donne ensuite la parole aux deux kamikazes qui vont être utilisés pour l'attaque, deux Syriens. Le premier s'appelle Abu Ayman Al Shami, il est très jeune, un adolescent. Le deuxième, un peu plus âgé, a pour surnom Abu Al Khansa al Homsi.

    Abu Ayman Al Shami, le très jeune kamikaze.

    Abu Al Khansa al Homsi.


    L'attaque commence non pas sur la position des missiles, mais sur un dépôt qui se trouve à moins d'un kilomètre à l'est. Un char de l'EI, un T-55, ouvre le feu sur cet objectif avec son canon de 100 mm. On peut d'ailleurs voir le chargeur introduire le premier obus. Le bombardement est également effectué par un mortier, plusieurs « canons de l'enfer » dont un de gros calibre, des lance-roquettes artisanaux expédiant des roquettes de 107 mm et enfin par un canon D-30 de 122 mm. Le pilonnage se fait probablement du côté sud du dépôt.

    L'EI attaque d'abord un dépôt (Yard sur la carte ci-dessus) à l'est de la base.


    T-55 de l'EI en position probablement au sud du dépôt.

    Le T-55 a sa tourelle tournée vers la gauche.

    Le chargeur introduit l'obus de 100 mm.

    Discours d'un combattant de l'EI devant le T-55. Au "Takbir !", le char ouvre le feu.

    Le T-55 tire.



    "Canon de l'enfer".


    Roquettes de 107 mm.

    Canon D-30 de 122 mm.


    On voit ensuite un chef donner ses consignes au groupe d'assaut. Les hommes sont dans des ravins à quelque distance du côté sud du dépôt, à environ 200 m du mur d'enceinte qui court sur le flanc sud de celui-ci. On peut d'ailleurs observer l'aqueduc qui est parallèle à la route qui se trouve à la pointe est du dépôt et qui part vers le sud-est. Les fantassins de l'EI tentent de sortir des ravins pour franchir les 200 mètres mais sont arrêtés par un feu nourri. AK-47, RPG-7, PK entrent en action, ainsi qu'un lance-roquettes M79 Osa. Les combattants progressent de part et d'autre de la route et de l'aqueduc. Le tir adverse fait plusieurs blessés, dont au moins un sérieux, que les hommes de l'EI doivent aller chercher sous le feu et qui est ensuite évacué par brancard. Un sniper de l'EI abat un combattant du régime à l'angle est du dépôt. Les hommes de l'EI progressent le long de l'aqueduc, mais les appareils du régime, décollant probablement de l'aéroport de Deir es-Zor, interviennent, et leurs frappes semblent assez précises, gênant la progression des fantassins de l'EI. Le mur d'enceinte est néanmoins atteint et les combattants commencent à tirer à l'AK à travers des trous pratiqués dans les murs. L'un des hommes fait tomber quelques parpaings ; derrière, un cadavre de combattant du régime et un autre déjà sérieusement blessé au visage et à l'épaule, qui est achevé d'une balle en pleine tête. On peut voir quelques autres corps d'hommes du régime sur les images suivantes, alors que les combattants de l'EI pénètrent dans le dépôt.

    La prise du dépôt par l'EI, décomposée avec ce que l'on voit sur la vidéo.

    Consignes avant l'assaut.


    Le groupe d'assaut compte plusieurs dizaines d'hommes, avec abondance de RPG-7 et de roquettes.


    A plate-ventre pendant l'approche.

    Le dépôt, côté sud.


    Tir à l'AK-47.

    Mitrailleuse PK.

    Lance-roquettes M79 Osa.





    Le feu des défenseurs est intense. L'EI a ses premiers blessés en progressant le long de l'aqueduc parallèle à la route.



    RPG-7.


    Cet homme est blessé à la main gauche.




    Un blessé sérieux est ramené sous le feu.


    Puis évacué sur un brancard.

    Un sniper de l'EI abat un défenseur à l'angle est.


    La progression reprend en utilisant l'aqueduc comme bouclier.


    Des combattants de l'EI sont déjà parvenus au mur.

    En position derrière le mur, un combattant épaule son AK-47.

    L'aviation du régime frappe entre l'aqueduc et le mur.




    Derrière le mur, un mort du régime et un blessé, immédiatement abattu.





    Les combattants pénètrent dans le dépôt.


    Plusieurs autres corps de combattants du régime sont visibles.

    Les deux kamikazes entrent alors en scène. Le plus jeune parle encore un peu, puis on peut voir les deux hommes s'étreindre. L'adolescent monte alors dans le char T-55 détourellé qui lui sert de véhicule suicide. L'explosion semble filmée depuis le dépôt pris précédemment. Le T-55 kamikaze, comme le BMP-1 qui le suit, est apparemment utilisé pour ouvrir la voie dans la « base de missiles », par l'est ou le sud. Les combattants de l'EI approchent de la base. On peut voir 6 fantassins du régime en train de s'enfuir : leurs adversaires leur tirent dessus, sans grand effet, sauf peut-être pour l'un d'entre eux. Dans la base, les combattants du régime préfèrent manifestement se replier. Un T-72 tire quelques obus, puis, bombardé par un mortier ou une autre arme de l'EI, se replie également, ainsi que ce qui semble être un ZSU 23/4. Les fantassins de l'EI pénètrent dans la base. Les hommes du régime ont manifestement laissé quelques pièges explosifs ou mines derrière eux, comme le montre la caméra. Le butin est maigre : un camion détruit, des caisses de munitions de 12,7 mm et 23 mm, probablement un technical armé d'un ZU-23, de nombreuses armes légères, des mitrailleuses PK/RPK, des RPG-7. En revanche, les combattants de l'EI s'emparent d'un ZSU 23/4 manifestement hors-service et d'un BMP-1 modifié pour porter un bitube ZU-23 à la place de son canon de 73 mm, et avec blindage additionnel, qui ressemble fortement à un autre déjà vu en janvier dernier.

    Carte de l'assaut sur la base. Les flèches sont hypothétiques.


    Abu Ayman Al Shami devant le T-55 détourellé qui sert de véhicule kamikaze.

    Abu Ayman Al Shami et Abu Al Khansa al Homsi s'étreignent.


    Abu Ayman Al Shami monte dans le T-55.

    Tir de couverture avec mitrailleuse PK...

    ... et DSHK.

    Explosion du T-55.




    Le BMP-1 de Abu Al Khansa al Homsi.


    Explosion du BMP-1 filmée depuis le dépôt.

    Les hommes du régime s'enfuient.



    Les combattants de l'EI les prennent pour cible.




    Dans la base, c'est le repli général.


    Un T-72 est en faction.


    Il est pris pour cible et riposte.



    Puis il se replie.


    Un autre véhicule décampe (ZSU 23/4 ?).


    Les combattants de l'EI sont dans la base.


    Au sol (points rouges), piège explosif laissé par le régime.

    Un camion détruit.



    Munitions de 12,7 mm.


    Un technical avec sans doute ZU-23 (l'homme regarde des munitions de 23 mm).

    Mitrailleuse PK, RPK, AK-47...

    RPG-7 à gauche.


    Un ZSU 23/4 Shilka de prise.


    Ce BMP-1 modifié pour embarquer un ZU-23 (ici absent) avec blindage additionnel ressemble fortement à un autre pris en janvier dernier.

    La vidéo se termine sur l'hommage rendu à 2 tués pendant l'assaut : un des hommes qui chargeait son AK-47 avec des balles au début et le blessé du brancard, qui n'a pas survécu.





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    Deuxième tome de cette bande dessinée, paru en 2012, dont j'avais commenté le début il y a déjà quelques temps. Autant le premier tome m'avait accroché par son mélange entre la reprise du contexte historique et un scénario qui s'annonçait prometteur -plus les scènes de combats aériens -, autant le deuxième tome m'a déçu. Le scénario s'enlise, l'histoire comme les combats aériens sont moins présents, et le dessin ne rattrape pas l'ensemble. Dommage !

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    Ce livre va de pair avec l'installation, dans le Musée d'Aquitaine de Bordeaux, d'une nouvelle salle intitulée Bordeaux au XVIIIème siècle. Le commerce atlantique et l'esclavage. Dans sa préface, Alain Juppé, le maire de la ville, se plaît d'ailleurs à souligner le travail d'histoire réalisé à ce sujet par la ville depuis 2005 environ. Un travail d'histoire qui répond à un besoin évident de mémoire ; encore faut-il souligner que la coopération entre historiens travaillant sur le sujet, autorités municipales et communautés noires, n'a pas toujours été simple, et les affrontements virulents.

    Le livre, qui est à la fois écrit en français et en anglais, se décompose en 5 parties. La première rappelle la richesse de Bordeaux au XVIIIème siècle : la ville se transforme sous l'action des intendants royaux, attire des populations variées, et tire surtout son profit du négoce maritime, notamment avec l'Amérique. La place Royale, bâtie entre 1730 et 1754, est l'emblème de cette réussite. Chantier permanent, la ville se recouvre de pierre, pour un tiers toutefois. Capitale provinciale, Bordeaux rayonne avec son parlement, sa cour des aides, sa chambre de commerce. L'archevêché est également actif. La ville accueille également une Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts depuis 1712. Le musée apparaît en 1783. Les franc-maçons sont particulièrement implantés dans la ville, puisqu'on en trouve 3 000, pour 110000 habitants, à la veille de la Révolution. Le port de Bordeaux profite du système de l'exclusif, mais investit aussi dans les îles, notamment Saint-Domingue. En 1743, il devient le premier port français et assure un tiers des importations coloniales. Toute l'économie du port est alimentée par le négoce maritime : la population double entre 1715 et 1789. Les pauvres de l'intérieur des terres viennent souvent pour partir dans les îles, un mouvement de colonisation qui ne fonctionnera pas et sera remplacé par la traite des Noirs. Les négociants de Bordeaux, qui tiennent le haut du pavé, pratiquent plusieurs activités différentes et forment un groupe très hétéroclite. Les fortunes les plus considérables sont issues du commerce avec Saint-Domingue. La noblesse parlementaire s'allie avec ces familles ou celles des planteurs. Plus de 4 000 Noirs et gens de couleur se sont trouvés en Aquitaine au XVIIIème siècle. La plupart sont esclaves alors que leur présence dans le royaume est théoriquement interdite : l'arrêté de 1777 en recense pourtant 200.

    La deuxième partie revient sur le commerce en droiture et la traite des Noirs. Bordeaux ne s'enrichit pas tant par le commerce d'esclaves que par le commerce "en droiture", direct, avec les îles, et les productions des esclaves : 75% du commerce est fait avec Saint-Domingue, où 500 à 600 navires se rendent par an. La France a alors perdu la plupart de ses colonies aux Antilles dans les guerres du XVIIIème siècle, ce qui explique l'importance de Saint-Domingue pour les Bordelais. Bordeaux n'a organisé "que" 400 à 500 expéditions négrières, loin derrière Nantes qui caracole en tête avec plus de 1 700 expéditions. A Bordeaux, on compte 480 expéditions entre 1672 et 1837, soit 120 à 150 000 Noirs transportés, par 180 armateurs, mais la plupart ne font que peu d'expéditions. Le mouvement est en fait lent au départ et ne s'accélère qu'après 1740. Il représente plus de 12% du commerce bordelais après la guerre d'indépendance américaine en raison des profits qu'il génère. Les Bordelais vont en vendre jusque dans l'océan Indien.

    Dans la troisième partie, le livre s'attarde sur Saint-Domingue, "l'Eldorado des Aquitains". Les Aquitains occupent en effet une place particulière dans l'île, qu'ils ont contribué à peupler. Saint-Domingue devient en effet l'île productrice principale dans la seconde moitié du XVIIIème siècle (sucre, café, coton) par l'apport massif d'esclaves noirs. Entre 1763 et 1789, 750 navires français y relâchent chaque année. Les colons d'origine bordelaise et aquitaine constituent 40% de la catégorie. L'indépendance de la colonie en 1804 renvoie Bordeaux à son statut de simple métropole régionale. Les Aquitains ont constitué un groupe particulièrement important dans l'île dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Des paroisses ou villages entiers fournissent des contingents appréciables et le groupe est connu pour sa mixité sur place. Les Aquitains ont les plus grosses fortunes, contrôlent les postes militaires et ceux de l'administration de la marine, ainsi que la franc-maçonnerie. Ce sont eux qui bâtissent les plantations esclavagistes -il y en aura 8 500 à la veille de la Révolution. La sucrerie de Nolivos à la Croix-des-Bouquets a laissé de nombreux documents. On y voit les conditions de vie des esclaves, vivant à 6 esclaves par case en moyenne, mal nourris faute de cultures vivrières en nombre suffisant, souvent malades, avec une forte mortalité et une faible fécondité. Le nombre suffisant n'est maintenu qu'avec arrivage massif d'esclaves fraîchement raflés.

    La quatrième partie évoque les révolutions puis l'abolition de l'esclavage. Les esclaves se suicident pour montrer leur désespoir, se révoltent, se sauvent ("marrons"). Au XVIIIème siècle, les Lumières condamnent assez largement l'esclavage, ce qui ne veut pas dire qu'elles penchent pour l'égalité des races (sic) entre Blancs et Noirs. Marbé de Marbois, administrateur de Saint-Domingue entre 1785 et 1789, est également un contempteur de l'esclavage mais pour ses abus. Les économistes comme Smith l'enterrent pour des raisons d'inefficacité par rapport au travail salarié, non au nom de principes moraux... a contrario l'esclavage a ses défenseurs qui animent une active propagande pour rappeler que les Noirs sont de toute façon des êtres inférieurs. La Société des Amis des Noirs, fondée en 1788 en France, diffuse quant à elle de nombreuses images pour choquer l'opinion sur l'esclavage. Campagne réussie puisque la demande d'abolition figure dans plus d'une cinquantaine de cahiers de doléances l'année suivante. Il faut néanmoins attendre le 4 février 1794 proclame la première abolition, suivant le commissaire civil de Saint-Domingue qui l'a appliquée dès 1793 pour endiguer la révolte d'esclaves commencée dès 1791. Napoléon le rétablit dès 1802 mais les révoltés proclament l'indépendance d'Haïti en 1804, premier Etat fondé par des esclaves en rébellion. L'Angleterre abolit la traite en 1807, bientôt suivie par la France, mais le dernier Bordelais négrier connu date de 1837. La IIème République abolit définitivement l'esclavage en 1848. Restent les "libres de couleur", enfant métis, aussi nombreux que les Blancs avant la Révolution, alors que les distinctions juridiques se fondent de plus en plus sur la couleur de peau au XVIIIème, préfiguration d'un racisme encore très actuel. Le métissage se réalise aussi via la littérature et la musique des cultures créoles. En 1791, les colons français se réfugient à Cuba, dans la province de l'Oriente, puis chassés par les Espagnols en 1809, ils passent à la Nouvelle-Orléans. La maturation entre traditions africaines, modernité européenne et l'efficacité américaine débouche sur une culture originale, "atlantique" comme l'expose le livre.

    La dernière partie, malheureusement réduite à la portion congrue, évoque le lien entre mémoires et histoire. La loi du 10 mai 2001 reconnaît en France l'esclavage et les traites négrières comme crimes contre l'humanité. Les mémoires s'affrontent néanmoins régulièrement sur la question, en dépit de l'effort d'histoire.

    L'ouvrage se complète d'une bibliographie par chapitre ainsi que d'une sitographie. Richement illustré (avec aussi des encadrés thématiques), malgré quelques défauts (dont les déséquilibres entre les parties), c'est un outil intéressant pour approcher la place de Bordeaux dans le commerce atlantique et la traite au XVIIIème siècle.

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    Ce livre est le catalogue de l'exposition "Vincent Van Gogh et l'expressionnisme" qui s'est tenue à la Neue Galerie de New York et  au Van Gogh Museum d'Amsterdam en 2006-2007. Jill Lloyd, la commissaire de l'exposition, spécialiste de l'expressionnisme allemand, signe le texte.

    Le sujet a été rarement abordé en soi pourtant. Pourtant, immédiatement après la mort de l'artiste, directeurs de musée, galeristes et collectionneurs privés des pays germaniques cherchent à acquérir ses oeuvres. C'est ainsi que les artistes expressionnistes purent se familiariser avec ses oeuvres, dont le thème et le style leur semblaient étonnamment proches. 

    "Van Gogh fut notre père à tous !". C'est ainsi que Max Pechstein, expressionniste allemand, résumait l'influence du peintre sur le mouvement. Elle est surtout visible chez les artistes allemands et autrichiens. A l'époque les musées allemands se déchirent sur la question de "l'art national" ou "international". En 1912, à Cologne, l'exposition du Sonderbund constitue l'apogée de la présentation des oeuvres de Van Gogh aux publics allemand et autrichien. L'existence tragique et le suicide de Van Gogh sont bientôt élevés au rang de mythes, qui influencent non seulement les peintres mais aussi les poètes qui s'identifient à lui.

    Les expressionnistes en retirent une vision très émotionnelle de l'artiste. Le critique d'art allemand Meier-Grafe est le premier à populariser la vision de héros tragique attachée à Van Gogh. Il souligne aussi l'utilisation virtuose de la couleur par le peintre, alors qu'il n'a en réalité jamais compris ce qu'était l'expressionnisme de son époque. Le groupe Die Brücke fondé en 1905 va largement s'inspirer des toiles peintes par Van Gogh à Arles et Auvers. En 1906, le groupe s'élargit à des peintres qui se sentent proches de cet artiste : Pechstein, Cuno Amiet, Emil Nolde surtout. D'ailleurs Nolde finit par considérer Die Brücke comme un groupe d'imitateurs superficiels de Van Gogh. En réaction, certains peintres comme Kirchner tentent d'autres interprétations de leur travail à partir de l'oeuvre du modèle. Kirchner lui-même est beaucoup marqué pour son engagement comme artilleur durant la Première Guerre mondiale.

    Autre groupe différent, les expressionnistes munichois du Blaue Reiter (Le cavalier bleu) notamment réunis autour de Kandinsky et Franz Marc. Leur travail est plus abstrait, sans style commun, même si Kandinsky fait figure de théoricien du groupe. Un des peintres de ce groupe les plus marqués par Van Gogh est Jawlensky. Kandinsky est moins concerné par le phénomène d'inspiration que Marc, qui se sert de l'oeuvre de Van Gogh pour faire évoluer sa peinture. Les artistes du groupe rendent d'ailleurs hommage à Van Gogh dans leur Almanach de 1912. A Vienne, Van Gogh inspire les écrivains et les poètes. Klimt se retrouve davantage dans la fascination extrême-orientale de Van Gogh. Oskar Kokoschka fut probablement l'un de ceux qui imita le plus le peintre. Richard Gerstl est également très marqué par Van Gogh, au point qu'il se suicide par pendaison, en 1908, à 25 ans. Sans aller jusque là, Egon Schiele s'identifie au récit dramatique et au mythe de la vie de Van Gogh. Comme Paul Klee, Schiele s'intéresse plus aux lignes et aux contours qu'aux couleurs de l'artiste. La controverse d'identité à propos de l'art fait également rage en Autriche : c'est que Van Gogh, sans le savoir, à aider les expressionnistes à définir leurs buts et leur identité.

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    Le nom de Viktor Leonov n'est pas très connu en dehors des forces armées russes, et avant elles, soviétiques. Pourtant, ce personnage a l'insigne d'honneur de figurer parmi les 115 héros de l'Union Soviétique à avoir reçu le titre deux fois pendant la Grande Guerre Patriotique.

    James Gebhardt, spécialiste de la traduction de textes militaires soviétiques, présente ainsi les mémoires de Léonov, originellement parues en 1957 au sein de la marine soviétique, qui en avait purgé certains passages. Gebhardt a pu rencontrer Leonov avec la fin de la guerre froide et traduire ses ouvrages (car il y en a eu plusieurs) sans passer par la censure de l'époque soviétique. Leonov a dirigé plusieurs groupes d'éclaireurs de la marine soviétique, l'équivalent des Navy Seals comme il l'explique, qui ont été environ 600 pendant la guerre. Issu d'une famille communiste des environs de Moscou, Leonov est incorporé dans la marine en 1937 et sert 3 ans dans les sous-marins de la flotte du Nord, avant de passer dans les ateliers de réparation de Polyarni -devenant aussi en 1940 membre du parti. Quelques jours après l'invasion allemande du 22 juin 1941, il rejoint le "détachement de reconnaissance du quartier général de la flotte du Nord", une unité pour les opérations spéciales derrière les lignes dont le concept avait été formulé dès 1934 par un jeune officier d'état-major, Isakov, qui l'avait mis en pratique durant la guerre d'Hiver contre la Finlande. L'amiral Golovko, qui commande la flotte du Nord, doit faire face à l'offensive allemande contre Mourmansk : il faut des renseignements sur ce qui se passe sur la côte, le flanc gauche des Allemands, sur leurs arrières immédiats et sur les littoraux finnois et norvégiens depuis lesquels ils opèrent. Le capitaine Vizgin, qui commande le renseignement de la flotte du Nord, commence à recruter parmi les athlètes et les marins de Mourmansk et dans la communauté norvégienne communiste exilée depuis 1940. Le 5 juillet 1941, Golovko autorise la formation du détachement de reconnaissance, avec 65 à 70 hommes, cantonnés dans les baraquements des sous-mariniers de Polyarni, à l'abri des regards indiscrets. Leonov est recruté à ce moment-là.



    Leonov raconte tout son parcours durant la guerre jusqu'en 1945, mais comme Gebhardt le rappelle, il oublie un aspect des missions de l'unité : celle de renseignement dans le nord de la Norvège occupée. Le capitaine Vizgin conduit un premier groupe dans la péninsule de Varanger dès le mois de septembre 1941. Comme Vizgin se rend compte rapidement qu'il est impossible sur place d'entretenir une guérilla, il crée une organisation spécifique pour la collecte de renseignements avec des équipes comprenant 2 Norvégiens et un opérateur radio soviétique. Les insertions continuent jusqu'à l'automne 1943. A ce moment-là, les Allemands démantèlent le réseau soviétique après avoir fait parler un prisonnier et attirent un sous-marin soviétique dans une embuscade. Les Soviétiques essaient même d'utiliser 2 Allemands prisonniers qui rejoignent leurs camarades une fois parachutés. Dès lors, le détachement de reconnaissance est mis à contribution pour ces missions de renseignement longue distance. La dernière équipe est déposée en octobre 1944 et récupérée en janvier 1945.

    Ces détachements navals de reconnaissance rentrent pleinement dans la catégorie des forces spéciales. Ce sont de petites unités dépendant directement du commandant d'une flotte ou d'une flotille, qui peuvent être déplacées d'un théâtre d'opérations à l'autre. La sélection est sévère : on recherche des candidats sportifs, fiables politiquement, avec une connaissance des langues. Ces unités manifestent un certain esprit d'indépendance. Elles accomplissent des missions sur le plan tactique mais qui ont un impact opératif ou stratégique.

    Leonov raconte son engagement quelques jours après le 22 juin 1941, et la mort de son ami Sasha Senchuk dès la première opération, sur la rivière Litsa, de même qu'un des 3 Nikolay parmi leurs camarades qui s'étaient engagés juste avant eux, Ryabov. Le deuxième raid est dirigé par le major Dobrotin, un vétéran de la guerre civile.

    Les éclaireurs opèrent souvent près de l'embouchure de la rivière Litsa, où les Allemands ont le plus avancé en direction de Mourmansk, et notamment près du cap Pikshuev, dans la baie de Motovskiy de la mer de Barents. A ce moment-là, l'unité accueille une femme, Olga Paraeva, une Carélienne. Les éclaireurs attaquent un bunker sur le cap. Le repli après la prise de l'objectif se fait sous le feu des appareils allemands qui endommagent la vedette Kasatka du major Dobrotin, qui est blessé. Les Soviétiques tentent aussi un raid sur l'aérodrome de Luotsari, près de la rivière Petsamo, organisé à la hâte avec des détenus des prisons de Mourmansk libérés pour ce faire, qui échoue. Blessé, Leonov revient à temps dans son unité, en novembre 1941, pour mener un raid spectaculaire contre un dépôt ennemi. En novembre 1941, une nouvelle tentative contre l'aérodrome de Luostari échoue, mais les Soviétiques continuent à insérer jusqu'en mars 1942 des équipes pour observer les arrières des Allemands, qu'il faut parfois récupérer en catastrophe quand elles ont été repérées.

    Leonov décrit la fameuse opération contre la colline 415, entre les rivières Litsa et Titovka. Le détachement d'éclaireurs navals soviétiques s'en empare et repousse les assauts des chasseurs alpins allemands en attendant les renforts des fusiliers marins, en mai 1942. Les éclaireurs tiennent la position une semaine entière avant d'être évacués. Au début de l'été, un détachement part de nouveau observer l'aérodrome de Luostari.

    Leonov raconte l'arrivée d'une nouvelle recrue venue de l'artillerie côtière, Babikov, qui lui aussi écrira ses souvenirs de l'unité. Ainsi que l'étrange histoire de deux frères bavarois, officiers tous les deux : l'un est capturé par les éclaireurs, qui tuent plus tard son frère venu sur ce front pour retrouver son frère porté disparu...

    Un peu plus tard, les éclaireurs s'attaquent à un autre cap, à l'embouchure de la rivière Titovka, Mogilnyy. La mission se passe mal : les fusiliers marins ne peuvent tenir le rythme de progression des éclaireurs, qui se retrouvent encerclés par les chasseurs alpins allemands sur une position prise à ces derniers. Les éclaireurs percent l'étau en direction de la mer, pour êtré évacués, par une attaque frontale : ils ne sont plus que 8, dont 2 non blessés. Les décorations pleuvent pour compenser ces pertes assez lourdes.

    Leonov, avec Dubrovskiy, le commissaire politique de l'unité, conduit ensuite des missions dans la péninsule norvégienne de Varanger. L'unité s'entraîne aux débarquements amphibie. Des opérations sont menées sur la petite île de Lille Ekkeroy. Il s'agit de détruire le phare installé là. Les éclaireurs sont souvent déposés par le cutter de Shabalin, un marin également deux fois héros de l'Union Soviétique. Lors d'un raid sur le cap Kalnes, en décembre 1943, les éclaireurs apprennent d'un vieux Norvégien qu'on les surnomme dans le pays les "diables noirs". En février 1944, ils mènent un raid dans le Batsfjord, encore plus au nord de la péninsule. Comme le rappelle Gebhardt dans ses commentaires, à travers les autres écrits de Leonov et ceux de Babikov, ces raids ne s'effectuent pas sans pertes, parfois, pour les Soviétiques.

    Le détachement reçoit un nouveau zampolit, Guznenko, qui doit couvrir un des colosses du régiment, Lysenko, impliqué dans une bagarre avec deux camarades qui ont fait le mur -et qui sont chassés de l'unité. Les éclaireurs sont déplacés dans la péninsule de Rybachiy où ils s'entraînent pour l'assaut du cap Krestovyy, un bastion des chasseurs alpins. Guznenko est un officier expérimenté qui a combattu dans l'île de Hanko. L'opération contre le cap Krestovyy, qui protège le port de Liinakhamari, débute le 10 octobre 1944. Les éclaireurs doivent attaquer le cap, dans la baie de Petsamo, par l'arrière, en coordination avec des fusiliers marins. Le cap abrite plusieurs batteries d'artillerie qui surplombent le port. Le combat est particulièrement dur ; les Allemands envoient des renforts depuis le port pour tenter de reprendre le cap pris par les éclaireurs. Ceux-ci font au final plus d'une centaine de prisonniers. Ils ont perdu 10 tués (dont Lysenko) durant l'assaut. Les éclaireurs participent également à l'opération contre Kirkenes. Dans le village de Kiberg, au sein de la péninsule de Varanger, ils sont accueillis en libérateurs par les Norvégiens. En mai 1945, l'Allemagne capitule ; les éclaireurs sont revenus à Polyarni. Certains passent dans la réserve. Leonov et d'autres sont transférés en juin en Extrême-Orient.

    Deux sections du détachement s'entraînent aux débarquements amphibie à Vladivostok. Le 11 août, deux jours après le début de l'offensive soviétique en Mandchourie, les éclaireurs partent à la conquête de Yuki, au nord-est de la Corée, sur la côte. La ville a été évacuée par les Japonais. A Rasin, le 12 août, les éclaireurs sont précédés d'un intense pilonnage de l'aviation navale et doivent laisser la place aux fusiliers marins devant l'opposition rencontrée. Les éclaireurs doivent ensuite prendre Seisin, port de 200 000 habitants, plaque tournante du ravitaillement de l'armée du Kwantung. Le chef des renseignements de la flotte, le colonel Denisin, accompagne les éclaireurs. Les Japonais s'accrochent et les éclaireurs doivent entamer un combat de rues, bientôt soutenus par les tirs d'une frégate et d'un dragueur de mines. A Wonsan, alors que les Japonais ont déjà capitulé, les Soviétiques doivent faire rendre les armes aux troupes japonaises dans une situation très tendue. 5 000 Japonais déposent les armes devant Leonov, qui reçoit son deuxième titre de héros de l'Union Soviétique. Dix ans après la fin de la guerre, Leonov organise une rencontre des survivants de son unité.

    Pour compléter cette traduction originale, Gebhardt a inséré des documents allemands capturés en annexe évoquant les éclaireurs de la flotte du Nord, une équivalence des grades pour s'y retrouver dans le texte, ainsi qu'une présentation succincte de tous les détachements des flottes et flotilles de la marine soviétique pendant la guerre.

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    Trois ans après avoir traduit les mémoires de V. Leonov, officier d'un détachement d'éclaireurs de la marine soviétique ayant servi dans le Nord puis dans le Pacifique pendant la Grande Guerre Patriotique, J. Gebhardt récidive avec cette autre traduction. Cette fois, il s'agit de celle d'un livre paru en 1962, écrit par un auteur soviétique ayant recueilli des témoignages et qui a travaillé sur des archives et sources secondaires, Y. Strekhnin (décédé l'année même de la parution de cette traduction en anglais de son travail).

    Le détachement d'éclaireurs de la flotte de la mer Noire a été formé à la fin de l'été ou à l'automne 1941, à Sébastopol, avec des marins ou des fusiliers marins. Engagé dès novembre, le détachement éclate en trois parties en mai 1942 : une reste à Sébastopol, l'autre part rejoindre la flottille de la mer d'Azov à Novorossiysk, et la troisième est basée à Touapse en Géorgie. C'est là qu'arrive le héros du récit de Strekhnin, le lieutenant Kalganov, officier des fusiliers marins surnommé "la barbe", ce qui donne d'ailleurs le titre du livre soviétique. La parution de ce dernier suit de près des mémoires d'éclaireurs ce qui laisse à penser qu'un effort concerté a eu lieu côté soviétique, au début des années 1960, pour mettre en valeur ces unités. Gebhardt ne propose cette fois pas d'annexes ni d'introduction conséquente mais a rajouté des notes pour les explications qui sont d'ailleurs inexistantes dans le livre soviétique.



    Strekhnin s'est intéressé au détachement d'éclaireurs de la flotte de la mer Noir après avoir rencontré un vétéran, Aleksey Ckheidze, qui a perdu les deux mains, la vue et une grande partie de son audition après la guerre dans un accident, et qui recherchait ses anciens camarades. Et c'est ainsi qu'il a découvert "la barbe", qui avait juré de ne jamais se raser avant la défaite de l'Allemagne...

    Strekhnin commence le récit en racontant comment Kalganov, en juin 1942, se glisse sur les arrières allemands après s'être déguisé avec un de ses hommes en volontaire musulman de l'armée allemande (uniforme pris sur un homme capturé par les partisans) pour prendre un prisonnier, qui finalement ne peut être ramené et doit être abandonné pendant le repli. A l'été 1943, devant Novorossiysk, les éclaireurs jouent aux snipers face aux lignes allemandes. Lors de la destruction de deux bunkers gênant un repli, Yusupov, un vétéran du bataillon de skieurs constitué de fusiliers marins qui avait opéré contre les Finlandais depuis Kronstadt en 1939, est tué. Kalganov est décoré de l'ordre d'Alexandre Nevsky par le général Leselidze, commandant la 18ème armée.

    Un peu plus tard, Kalganov est parachuté avec ses hommes pour rejoindre deux autres groupes d'éclaireurs déposés en juin 1943 entre Chatyrdag et la montagne noire, au nord de Yalta, en Crimée, et qui travaillent avec les partisans pour surveiller les mouvements de navires en particulier. Parmi leurs opérateurs radios figure un ancien républicain espagnol. Les éclaireurs guident par exemple des Pe-2 pour détruire un convoi de barges sortant de Yalta. Ils sont en contact avec les partisans et la résistance urbaine ; ils doivent liquider un agent allemand qui cherche à se faire passer pour un habitant du cru. Morozov, un des éclaireurs, se rend déguisé dans Yalta pour établir le contact avec Lida, survivante d'un réseau de résistance décimé par les Allemands. Au printemps 1944, les éclaireurs capturent un officier SS sur une route pour obtenir des informations. Leur situation alimentaire se dégrade faute de ravitaillement suffisant ; Zolotukhin, un des éclaireurs, est pris à piocher dans un container parachuté, et n'obtient qu'à grand peine une chance de se racheter. En mars 1944, cerné par des patrouilles allemandes, ils doivent se cacher sous des feuilles mortes et attendre que 5 lignes successives de soldats allemands leur soient passées dessus... le 13 avril, après que Yalta ait été abandonnée, les éclaireurs sortent de la montagne.

    Les éclaireurs sont alors en contact avec les résistants de Sébastopol, dont les chefs sont arrêtés par les Allemands. Pour obtenir des informations, Kalganov se rend à Balaklava et capture un Russe, chef adjoint de la police, qu'il retourne. Ce dernier lui amène un informateur de la Gestapo, aussitôt liquidé, puis accomplit d'autres missions dans la ville. En allant voir la famille de cet agent double, Kalganov manque d'être fusillé par le NKVD en raison de ses vêtements civils et de ses allées et venues avec le policier ! Ce dernier opère jusqu'à la chute de la ville et la retraite par mer des Allemands (il doit notamment retrouver le major allemand qui dirigeait la Gestapo dans Sébastpol), après quoi Kalganov lui conseille de se rendre au NKVD pour bénéficier d'une clémence due à ses actions avec le détachement (sans que l'on sache comment l'affaire se termine...).

    A l'été 1944, Kalganov, en permission, visite les environs de Touapse, notamment un village près du sanatorium de Magra. C'est là qu'il avait fait ramener Nord, un chien de berger dressé pour accompagner son détachement qu'il avait obtenu d'une paysanne, mais qui ne supportait pas l'avion et qu'il n'avait pas pu emmener en Crimée. Malheureusement la maison a été détruit lors d'un raid aérien et la paysanne et le chien sont morts.

    Les éclaireurs opèrent ensuite avec la flotille du Danube, constituée en avril 1944, sur le Zhuchka, un patrouilleur de prise. Le 24 août, les éclaireurs précèdent le 3ème Front d'Ukraine et opèrent près du village yougoslave de Raduyevats. Avec l'aide d'un partisan, Radule, les éclaireurs capturent deux "langues" dans le village. Quelques jours plus tard, ils doivent déterminer si il existe un passage pour la flotille de l'amiral Gorshkov devant le village de Prakhovo, où les Allemands ont dressé une ligne de navires sabordés. C'est à ce moment que Chkeidze rejoint le détachement. Sous le feu, les éclaireurs plongent et trouvent un passage, dans lequel le Zhuchka s'engouffre plus tard pour guider les autres navires. Une nuit, alors qu'ils remontent le Danube pour aller aider des fantassins attaqués par les Allemands près du village de Mikhaylovats, ils capturent un patrouilleur roumain près de l'île de Mare, resté en arrière pour attendre les Soviétiques. Le 2 octobre 1944, les éclaireurs sont les premiers sur le canal des "Portes de Fer", à la frontière roumaine. Ils capturent lors d'une autre mission à Golubats, derrière les lignes allemandes, dans la direction de Belgrade, un lieutenant de l'armée Vlassov (Russes au service des nazis). Plus tard, ils partent en reconnaissance pour examiner le pont de chemin de fer de Panchevo, qui relie ce faubourg de Belgrade à la ville, puis participent aux combats de rues. Ils sont parmi les premiers à entrer dans la forteresse de Kalemegdan, où ils capturent des officiers allemands et de précieux documents.

    En décembre 1944, le détachement est devant Budapest assiégée. Une opération "céréales" est menée pour récupérer le blé d'une grange en feu, pour le distribuer à la population ; comme le note Gebhardt, l'épisode ressemble furieusement à celui des mémoires de Leonov où les vivres confisquées par les Allemands dans un village norvégien sont distribuées à la population... Lors d'une mission sur l'île de Margit, en janvier 1945, sur le Danube, où les éclaireurs doivent repérer les batteries d'artillerie allemandes, ils découvrent une piscine ou s'égaient des Landsern, bientôt dispersés à coups de grenades. A la même période, les éclaireurs montent une opération complexe, avec l'aide de renseignements glanés parmi les habitants, pour s'emparer des documents relatifs aux mines et défenses sur le Danube en amont de Budapest, à la capitainerie du port de Pest. Il faut deux voyages nocturnes devant la résistance d'un coffre. Poursuivi lors de leur repli, le 17 janvier 1945, les éclaireurs doivent se retrancher dans un bâtiment et sont repoussés d'étage en étage, avant d'être dégagés par des camarades amenant une unité d'infanterie à la rescousse. Une semaine avant la chute de Buda, début février, les éclaireurs utilisent les égoûts lors d'une mission particulièrement éprouvante pour s'emparer de deux "langues" près du château de Buda qui sont ramenées par le même chemin. Le 11 février, lors d'une autre mission pour faire des prisoniers, les éclaireurs combattent dans Buda aux côtés de Hongrois pro-soviétiques, avec lesquels ils détruisent un half-track. Le 19 mars, les éclaireurs doivent trouver un passage pour la flotille près du pont ferroviaire d'Esztergom, détruit par les Allemands. Mission périlleuse durant laquelle les éclaireurs croient avoir perdu l'un d'entre eux, Malakhov, qui a en fait été capturé par les Allemands et parvient à s'échapper. Le 7 avril, les éclaireurs accompagnent les canons automoteurs soviétiques sur la route de Vienne. C'est dans son lit d'hôpital que Kalganov apprend la capitulation allemande, où il se trouve depuis plusieurs mois en raison d'une blessure mal soignée infectée par les égoûts de Budapest. En 1959, comme Leonov et ses vétérans, Chkeidze, désormais bien diminué, parvient à réunir les anciens du groupe à Moscou.

    Plus riche que les mémoires de Leonov en termes de récits d'opérations, ce livre souffre en revanche de l'absence de documents iconographiques et du peu de cartes insérées par le traducteur dans le texte.



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    Août 1944. Les Alliés ont percé le front de Normandie. La 3ème armée américaine du général Patton fonce vers Paris, la Seine et l'est de la France. Pour garantir un ravitaillement suffisant à cette avance qui dépasse toutes les prévisions, une noria de camions est mise en place pour alimenter l'armée de Patton : le "Red Ball Express", du nom du disque rouge qui sert à identifier ce dispositif spécial. Le lieutenant Campbell (Jeff Chandler) prend la tête d'une compagnie de chauffeurs, maisi doit régler ses comptes avec le sergent Kallek (Alex Nicol) en raison d'un contentieux d'avant-guerre...

    Les Conducteurs du Diable (traduction bien française de Red Ball Express, le nom donné au système d'approvisionnement spécial établi le 25 août 1944 pour soutenir l'avance alliée à travers la France, et qui à son apogée engage près de 6 000 camions. Le Red Ball Express continue jusqu'à la mise en service du port d'Anvers en novembre 1944 qui soulage quelque peu, mais pas complètement, la chaîne logistique alliée. Les camions de cette noria sont surtout pilotés par des Afro-Américains, dans une armée américaine qui pratique encore largement la ségrégation raciale (pendant la guerre il y aura tout de même des exceptions). 75% des chauffeurs sont noirs. Les principaux problèmes du dispositif sont le manque de conducteurs, la maintenance des camions et la fatigue des conducteurs, épuisés par leur travail ce qui entraîne de nombreux accidents.



    Red Ball Express fait partie de ces films de l'immédiat après-guerre (nous sommes moins de dix ans après la fin du conflit) qui évacuent en grande partie la question raciale pour montrer des soldats américains, blancs ou noir, mêlés dans la même section et qui fraternisent en combattant ensemble. Red Ball Express est d'ailleurs le seul film de guerre américain de la décennie 1950 à mettre en avant à ce point la place des Noirs, mais dans une configuration bien définie. On remarque d'ailleurs que l'affiche du film ci-dessus ne met en scène que des soldats blancs.

    Il a fallu d'ailleurs que la presse noire s'en mêle pour que les Noirs fassent partie du film : le scénario a été réécrit après une tentative de substituer aux Noirs des Italo-Américains (sic). D'ailleurs les studios Universal, qui avaient contacté la Pictorial Division du département de la Défense (qui fait le lien avec l'industrie du cinéma) fin 1950, n'avaient pas trouvé beaucoup de scénaristes pour mettre en scène les Noirs du Red Ball Express, d'où le recours au substitut. La presse noire s'insurge d'autant plus qu'en 1951, le film Go for broke ! met en scène les exploits des Nippo-Américains ayant servi en Europe pendant la guerre dans le fameux 442ème régiment.



    Mais le département de la Défense fait enlever toutes les allusions à la question raciale, et aux conflits raciaux dans le film. On supprime même des répliques de prisonniers allemands méprisantes envers les Noirs -ce qui correspond pourtant à une attitude maintes fois prouvée de la Wehrmacht à l'égard des Noirs. C'est le prix à payer pour la collaboration de l'armée et en particulier du Transportation Corps, qui met dès lors à disposition son matériel et sa base de Fort Eustis, en Virginie. Le seule personnage Noir du film qui soulève la question raciale, incarné par Sidney Poitier, est présenté comme une tête brûlée ; journaliste avant la guerre, c'est l'exemple parfait du Noir contaminé par la "propagande communiste"... Les deux autres personnages principaux sont l'exemple d'une intégration réussie par l'absence de prise en compte même d'une question raciale : l'un d'entre eux meurt héroïquement en sautant sur une mine. Pour couper court au discours du personnage incarné par Poitier qui accuse Campbell de racisme, ce dernier prend le temps d'enterrer le Noir mort au risque de passer en cour martiale... Le conflit racial est détourné en conflit entre combattants et non combattants : Blancs et Noirs du Red Ball Expresséchangent de concert des coups de poing avec les tankistes de Patton qui les accusent d'être des planqués. Kallek, le seul fauteur de troubles qui reste, est remis par Campbell à des MP's noirs (évidemment). Tout le monde se réconcilie dans la scène finale autour d'une chanson interprétée par l'un des Noirs, ancien jazzman. Finalement, pour l'armée, la question raciale n'est un problème qu'en raison de quelques Noirs survoltés ou de 
    Blancs manifestement parfois un peu trop fort l'idéologie du White Power...



    Le film est pourtant bien reçu par les Noirs à sa sortie,  notamment parce qu'il met en scène au premier plan plusieurs personnages afro-américains. La presse noire pourtant se plaît à souligner que l'armée américaine fonctionne encore largement par ségrégation -y compris à Fort Eustis pendant le tournage -et souligne le manque d'initiative du président Eisenhower sur la question des droits civiques. Avant le choc du Viêtnam, le film reste donc une étape importante pour comprendre comment la question raciale a largement été évacuée des films de guerre américains après la Seconde Guerre mondiale.



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    John Conner (Patrick McGoohan) est un tueur à gages irlandais travaillant pour la pègre. Après avoir abattu un homme avec son fusil à lunettes, il annonce à son employeur que c'est son dernier contrat. Ce dernier, McNeal (Lee Van Cleef), n'en a cure : ayant besoin de Conner pour un gros coup, il menace de s'en prendre à sa femme si celui-ci n'obtempère pas. Conner fait semblant d'acquiescer mais va se rebeller contre le chef de la pègre qui a confiance en lui depuis des années...

    Le dernier contrat, réalisé pour la télévision britannique (ITC) est un thriller sombre et sobre. Il commence par une scène remarquablement efficace, sans aucun dialogue : Conner, en position dans un immeuble industriel désaffecté, abat un quidam avec son fusil à lunette, une carabine M1 modifiée, puis prend le temps de démonter son fusil et de le ranger, ce qui montre son professionnalisme et son sang-froid.




    De fait, le film se focalise sur le tueur à gages et sa révolte contre un employeur, McNeal, dont on comprend au fur et à mesure du propos qu'il sert d'intermédiaire pour des gouvernements. On ne sait pas exactement s'il est du milieu : en tout cas il fournit des tueurs à gage pour des opérations secrètes gouvernementales (en France, sans que l'on sache si c'est le gouvernement français ou un autre ; il y a une histoire d'opération impliquant des mercenaires en Afrique). Mais le scénario se concentre sur Connor, sa passion des armes, son désir de raccrocher qui l'amène toutefois à une véritable guerre contre McNeal et ses hommes de main. C'est la femme de Conner, avec laquelle il ne vit plus (ses deux filles sont également parties en Amérique pour plus de sécurité), qui sert de narrateur.






    Le film se focalise aussi sur la passion des armes de Conner et sur les armes elle-même. Lorsqu'il accepte fallacieusement, sous le chantage, de travailler encore une fois pour McNeal, Conner utilise un Kar 98K de la Seconde Guerre mondiale "Kriegsmodell" semble-t-il, une version simplifiée construite à la fin de la guerre, qu'il adapte et qu'il munit d'une lunette de visée. C'est avec la même arme qu'il abat 2 des 3 mercenaires envoyés par McNeal pour le tuer dans sa maison perdue dans l'ouest de l'Irlande (les 2 mercenaires abattus sont armés de M-16 et le chef, seul rescapé, d'un AK-47). Dans la scène finale, Conner, armé d'un fusil à pompe et d'un Magnum, part tuer McNeal refugié dans un manoir irlandais abandonné qu'il a truffé de pièges : autre scène d'anthologie.






    Sobre, peut-être un peu trop, Le dernier contrat vaut néanmoins le détour : efficace, sans fioriture, avec le jeu impeccable de McGoohan.



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    Ce livre est le premier volume d'une trilogie consacrée aux combats aériens menés par la force aérienne de la Libye de Khadafi. Il est signé par Tom Cooper, spécialiste bien connu des forces aériennes, en particulier du monde arabe et africain, Albert Grandolini, surtout connu pour son travail sur la guerre du Viêtnam, et Arnaud Delalande, qui tient le blog Puissance aérienne depuis maintenant quelques temps.

    Le trio d'auteurs rappelle que c'est en Libye qu'a été menée la première campagne aérienne de l'histoire, lors de l'invasion italienne de ce qui est alors une province de l'empire ottoman, en 1911. Plus globalement, l'objectif de cette trilogie est de relater l'affrontement aérien entre la Libye de Khadafi et les pays occidentaux, sur fond de guerre au Tchad et au Soudan, entre 1973 et 1989 grosso modo. Au final, pour ce premier tome, le pari est plutôt réussi.

    Après un bref rappel historique et géographique, on en vient au coeur du sujet. La force aérienne libyenne ne naît, tout comme son armée, qu'après la Seconde Guerre mondiale, relativement tard, en 1962, sous le roi Idriss. L'aviation est alors réduite à la portion congrue, les premiers appareils étant fournis par les Américains. Après le coup d'Etat de septembre 1969, le Conseil de Commandement Révolutionnaire nomme le lieutenant-colonel al-Farijani chef de l'armée de l'air. La Libye cherche à augmenter son potentiel aérien alors que les Anglais et les Américains évacuent le pays deux ans après le coup d'Etat. Le pays se tourne alors vers la France et commande en particulier des Mirages V. Manquant de pilotes qualifiés, la Libye propose alors à l'Egypte de Nasser de lui prêter ses Mirages et d'envoyer ses pilotes se former avec les Libyens en France. Paris est peu regardant d'autant qu'elle vend clandestinement à la même époque des Mirages V à Israël. C'est également par cet échange entre la Libye et l'Egypte que les premiers instructeurs soviétiques arrivent dans le pays et peuvent manoeuvrer le Mirage V utilisé par les Israëliens, ce qui sera d'une grande utilité pour les conflits israëlo-arabes qui vont suivre. Les premiers Mirages arrivent en Libye fin 1971 et équipent le No. 1001 Squadron encadré par des instructeurs pakistanais. Parallèlelement les relations entre Kadhafi et les Occidentaux se dégradent après que des Phantoms israeliens aient abattu un Boeing 727 libyen égaré au-dessus de la Libye en février 1973. Kadhafi fait tirer sur un C-130 américain, puis annonce que le golfe de Syrte fait partie des eaux territoriales libyennes. Enfin, il tente de couler le paquebot Queen Elizabeth II en retournant l'équipage d'un sous-marin égyptien, tentative qui échoue et qui pousse Sadate à se détourner de lui.

    Kadhafi n'est pas tenu au courant des préparatifs égyptiens pour la guerre du Kippour, ce qui le met dans une rage folle, même s'il consent à prêter ses Mirages aux Egyptiens. La négociation avec Israël accroît encore son animosité, et les Egyptiens songent déjà à attaquer la Libye. Kadhafi qui veut s'éviter le manque d'armes et de munitions en cas de conflit comme cela est arrivé aux Syriens et aux Egyptiens, veut transformer la Libye en véritable arsenal. Il se tourne alors vers l'URSS qui fournit à partir de 1974 une cinquantaine d'intercepteurs MiG-23, 35 chasseurs-bombardiers du même modèle, une soixantaine de MiG-21 et 14 bombardiers Tu-22. En 1978-1979, la France livre également 38 Mirages F1 et en 1980 l'Italie 20 hélicoptères CH-47. Farijani commande également 230 appareils d'entraînement SF 260 à l'Italie et 50 Soko Galeb et Jastreb J-21 à la Yougoslavie où les pilotes libyens s'entraînent aussi. Mais la Lybie manque considérablement de pilotes : l'armée libyenne ne compte que 30 000 hommes en 1976... il faut faire venir des Syriens pour prendre en main 2 escadrilles de MiG-23 et une centaine de pilotes et de techniciens nord-coréens pour les MiG-21 entre 1979 et 1981. En outre, les pilotes libyens sont formés à différentes écoles : américaine pour les plus anciens, puis française, soviétique, arabe ce qui entraîne un manque de cohésion. Si on rajoute à cela les problèmes matériels (avec le MiG-23 notamment) et les purges effectuées par Kadhafi, on comprend que la force aérienne libyenne souffre d'un manque d'efficacité.

    Les relations se détériorent entre Kadhafi et l'Egypte, qui négocie alors avec Israël. La guerre éclate en juillet 1977. La Libye subit une sévère correction sur le plan aérien, perdant près de 30 appareils, et 80 véhicules dont une bonne partie détruit par l'aviation égyptienne. Farajani est remplacé à la tête de l'aviation par le colonel Salleh. En 1978 arrivent les premiers des 36 Su-22 achetés à l'URSS qui doivent compenser les faiblesses des MiG-23, puis ce sont 60 MiG-25 qui sont commandés. Enfin les Tu-22 commencent à également à équiper l'aviation libyenne. La Libye achète également des Il-76, des An-26, des hélicoptères Mi-8 et Mi-25 et des Aeritalia G.222T. Malgré cette débauche de matériels, la force aérienne libyenne n'a qu'une vingtaine d'escadrilles opérationnelles, en sous-effectifs, ce qui reste peu.

    Kadhafi s'est d'ores et déjà impliqué au Tchad voisin, au sud. Faute de place, le volume ne peut détailler les soubresauts du pays après l'indépendance, notamment avec les rébellions, période particulièrement complexe. Le pays dispose de sa propre armée et d'une petite force aérienne avec notamment des C-47. La France est amenée à intervenir plusieurs fois dans le Tchad du président Tombalbaye, secoué par des rébellions, et maintient sur le plan aérien un dispositif de réaction rapide en Afrique. Ce sont des AD-4N Skyraiders qui assurent d'abord l'appui au sol en 1968, puis en 1969 avec l'opération Limousin qui voit aussi l'intervention d'hélicoptères de l'Aéronavale (HSS-1). Kadhafi ne soutient qu'une partie du Frolinat, la rébellion tchadienne, à partir de 1971, mais il met la main sur la bande d'Aouzou, région frontalière de la Libye, en 1972-1973. En 1977-1978, la Libye arme et encadre la 2ème armée du Frolinat du Tibesti, et fournit notamment des missiles sol-air portables SA-7 qui tiennent à distance l'aviation tchadienne (ENT, Escadrille Nationale Tchadienne) formée par les Français. La France intervient ensuite pour empêcher que les rebelles ne s'emparent de N'Djamena : c'est l'opération Tacaud où se distinguent les Jaguars. Il faut noter que le volume ne parle pas de la guerre menée au même moment par la Libye en Tanzanie, qui fera l'objet d'un volume séparé. Par contre il mentionne l'intrusion de rebelles tunisiens soutenus par la Libye en 1980 en Tunisie, tentative qui échoue. Une des rares déceptions dans le livre est la description de l'intervention massive des Libyens en 1980 pour appuyer Goukouni Oueddeï en lutte contre Hissène Habré : on aurait aimé avoir davantage de détails sur les opérations aériennes menées par les Libyens, mais il est vrai que les informations sont éparses.

    Le chapitre suivant évoque les combats bien connus avec l'arrivée au pouvoir de Reagan aux Etats-Unis. A noter tout de même que les incidents aériens se multiplient dès 1978, avant l'élection de Reagan. Le 19 août 1981, lors d'une incursion de l'US Navy dans le golfe de Syrte, 2 F-14 Tomcats de la VF-41 du Nimitz abattent 2 Su-22 libyens. Les pilotes américains ont également l'occasion de se frotter aux MiG-25. Les Américains mettent ainsi en pratique les leçons tirées depuis la guerre du Viêtnam. Ils auraient aussi bénéficié des informations fournies par un transfuge soviétique Tolkatchev, à partir de 1979, sur les systèmes de défense sol-air et les appareils de l'URSS. La Libye s'est retirée du Tchad (sauf la bande d'Aouzou et le nord) fin 1981. Après la reprise du pouvoir par Hissène Habré, elle soutient l'offensive du GUNT, son allié tchadien, au printemps 1983. La France quant à elle envoie 60 membres du SDECE avec des missiles MILAN et Redeye pour soutenir Habré. En juillet, l'aviation libyenne intervient massivement sur Faya-Largeau (MiG-23, Mirage F1, Su-22) ce qui entraîne la chute de la place et l'opération Manta déclenché par les Français, avec une composante aérienne comprenant pour la première fois des intercepteurs. Les escarmouches ont lieu avec les appareils Libyens et les Français perdent plusieurs Jaguars, un au combat et d'autres par accident. L'ouvrage se termine sur le retrait mutuel négocié avec les Libyens qui s'avère être un jeu de dupes, Kadhafi maintenant ses troupes au Tchad.

    Outre la bibliographie en fin d'ouvrage, on trouvera dans le livret central des profils couleur, des cartes et des photos en plus de celles qui parsèment le reste de l'ouvrage. On remarque juste quelques erreurs de date dans le livre, avec des années qui ne sont pas les bonnes (1980 pour 1981 ou 1982 pour 1983).

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    Ce livre un est fac-similé de l'édition originale parue en 1911. Le comte H. Le Noir de Tournemine présente dans son "Aperçu de l'histoire de Crenan" l'histoire de la seigneurie de Quintin, petite localité des Côtes-d'Armor, en Bretagne.

    C'est une oeuvre d'histoire locale comme on a pu en faire à l'époque. Elle est marquée par le point de vue de l'aristocrate, guère favorable à la Révolution française et à ses suites. En outre elle s'intéresse uniquement aux familles de seigneurs et fort peu aux autres catégories de la population : c'est une chronique des plus traditionnelles. L'auteur a pris soin d'insérer de nombreuses notes qui renvoient pour la plupart à des ouvrages très anciens et assez peu aux travaux de son époque.

    A lire pour avoir un aperçu de l'histoire du lieu, guère plus.

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    Le kamishibai est un théâtre de rue japonais où des conteurs utilisent des cartons peints à la main. C'est une sorte de Guignol, dont les origines restent floues : il serait apparu à Tokyo vers 1930 et connaît son apogée dans le Japon de l'après 1945. Les mangas et les gekigas (mangas sérieux pour adultes) en sont directement issus. Le kamishibai offre un aperçu de la mentalité et la culture du Japon de l'entre-deux-guerres jusqu'à l'après-guerre. C'est l'objectf du livre d'Eric P. Nash, ici traduit en français, de le faire découvrir.

    Le conteur annonce sa présence en frappant des bâtons à applaudir. Il vit de la vente de bonbons aux enfants qui constituent un ticket d'entrée. En 1933, à Tokyo, on comptait 2 500 conteurs qui faisaient le bonheur de près d'un million de personnes. Mélange des genres, le kamishibai n'a rien à envier aux productions américaines : il invente le premier superhéros costumé, Golden Bat, dès 1931. Les contes traditionnels mettent en scène Momotaro, petit garçon trouvé dans une pêche et devenu samouraï. Autre superhéros, le prince de Gamma, qui évolue dans un univers fantastique. Le genre divise les histoires pour les filles et pour les garçons. Le conteur commence par une histoire comique, puis passe à un mélodrame par les filles et termine par une histoire d'aventure pour les garçons. Un des thèmes majeurs est celui de l'enfant en danger. Pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation américaine, le kamishibai sert de journal du soir aux adultes. Surveillé après la guerre en raison de son utilisation par le gouvernement, il est victime de l'apparition de la télévision en 1953 (surnommée denki kamishibai, théâtre de papier électrique).


     

    Dès le VIIIème siècle, les moines japonais se servent de l'emaki, rouleau de papier, ancêtre du kamishibai. C'est un aide-mémoire illustré. L'etoki (conte illustré) apparaît au XIIème siècle. A l'époque Edo (1603-1868), l'ukiyo-e (estampes colorées) et le kibyoshi (livres à couverture jaune, qui sert de support à la satire politique) précèdent le kamishibai, avant le manga défini par Hokusai (1814). L'etoki est très populaire à la fin du XVIIIème siècle. Le kamishibai ressemble fortement au cinéma muet et s'inspire aussi du cinéma : le héros Tange Sanzen, samouraï borgne et manchot, y apparaît souvent. Les premiers dessins animés japonais s'inspirent quant à eux de Walt Disney. Le théâtre de papier japonais ressemble à celui présent en Occident au XIXème siècle.

    Dans l'entre-deux-guerres, le kamishibai connaît son apogée : c'est aussi un créateur d'emplois. Il fait travailler des illustrateurs, qui s'inspire de la peinture japonaise traditionnelle. Koji Kata, qui travaille sur Golden Bat, gagne parfois plus que des professions respectées. Les artistes vendent les cartons aux marchands de kamishibai qui à leur tour les vendent aux conteurs. Pour ce dernier, l'emplacement joue un grand rôle dans son revenu quotidien. Au vu des histoires qui y sont racontées -comme celle du héros Golden Mask-, le gouvernement commence à mettre le hola. Des associations se fondent alors et orientent le kamishibai vers des thèmes religieux ou éducatifs.

    Parmi les grands maîtres on trouve Takeo Nagamatsu, qui cée Golden Bat, Sanpei Shirato, Shigeru Mizuki, Kazeru Koike. Golden Bat, le premier superhéros, a une tête de mort qui louche, une cape, une fraise Renaissance. Son nom vient peut-être des cigarettes Golden Bat introduites au Japon à partir de 1906. Nagamatsu donne à Golden Bat son méchant, Nazo, qui s'est proclamé empereur de l'univers : Golden Bat revient d'un futur de 10 000 ans pour le combattre. Nagamatsu s'inspire du cinéma muet mais aussi des travaux étrangers. Golden Bat est le héros qui passe le mieux à l'anime, au manga et à leurs dérivés. Après la guerre, les kamishibai évoquent aussi les explosions atomiques. Certains auteurs ont été soldats comme Mizuki qui perd son bras gauche en Nouvelle-Guinée. Soji Yamakawa crée le personnage de Shonen Tiger.

    La guerre avec la Chine modifie encore l'orientation du kamishibai. En 1938, Nagamatsu fonde une association de kamishibai éducatif, en réalité un service de propagande gouvernemental. Avec d'autres auteurs, il est envoyé au Mandchoukouo, le nouvel Etat fantoche créé par les Japonais sur la Mandchourie conquise, pour légitimer la présence japonaise. Le kokusaku kamishibai entretient le moral des troupes, éduque les populations vaincues et informe les Japonais les plus pauvres. Les crimes de guerre sont évidemment passés sous silence au profit d'histoire exaltant le sacrifice des soldats et des officiers. La demande explose après Pearl Harbor. Les kamishibai sont particulièrement populaires sur le front intérieur. Ils représentent l'ennemi américain ou britannique comme un sadique rougeaud, qui torture les prisonniers, alors que les Japonais respectent le code bushido du samouraï (!). Ils n'hésitent pas à représenter des corps-à-corps sanglants. Si 70% des productions sont destinés aux adultes, les enfants ne sont pas oubliés. Une histoire raconte les aventures des maîtres-chiens ; Kintaro le parachutiste montre comment le héros, aidé de personnages animaux, saute en parachute et défait des chars avec lance-flammes et grenades. Akio Saki, président de l'association du kamishibai, écrit en 1943 que ce dernier est capital pour inculquer "une éthique culturelle du travail" au Japon et dans les colonies. Après Midway, la production insiste plutôt sur les sacrifices des soldats ; ceux plus tard dédiés aux bombardements aériens ou à la défense passive montrent surtout la vulnérabilité des villes japonaises face à ces attaques.

    Après la guerre, le kamishibai a du mal à survivre dans le Japon en ruines. Les autorités d'occupation le réorientent pour mettre l'accent sur les nouvelles valeurs voulues pour le pays, mais le kamishibai est jugé au procès de Tokyo. Le kamishibai prospère néanmoins, alimenté notamment par les soldats démobilisés. Le quartier d'Adashi à Tokyo devient son bastion et un syndicat est même créé en 1953. Surveillé car très populaire, il est épuré d'abord de la propagande nationaliste d'extrême-droite, puis des influences communistes. Le kamishibai a toujours des difficultés avec la censure, mais sert à véhiculer l'idée nouvelle de démocratie. Les akabon (livre à couverture rouge) apparaissent alors, mangas produits à peu de frais.

    La télévision va rapidement remplacer le kamishibai. La télévision publique commence à émettre dès 1952, et diffuse L'Heure du Lutteur, spectacle comique de lutte truquée. Aux débuts d'Astro le Robot, en 1963, on compte 4,5 millions de postes de télévision dans le Japon contre 870 dix ans plus tôt. 5% des conteurs de kamishibai se tournent vers le manga. Tezuka et Sakamoto, qui créent Astro le Robot, s'inspirent du kamishibai.

    Les personnages de mangas, sans passé, permettent l'identification du lecteur. Le kamishibai a représenté une sorte de medium entre la bande dessinée et le théâtre. La lecture rapide du manga dérive de l'histoire du conteur. Le kamishibai survit encore à travers les contes éducatifs utilisés désormais dans les écoles.

    A noter que la bibliographie des p.298-299 mentionne entre autres les ouvrages de J. Dower.

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    Cet ouvrage est essentiellement l'oeuvre de Marcel Vigreux, qui a été professeur émérite d'histoire cotemporaine à l'université de Bourgogne et qui a été à l'origine de l'Association pour la Recherche sur l'Occupation et la Résistance en Morvan (A.R.O.R.M.) qui édite le livre. Lui-même était un spécialiste du sujet.

    Le travail est néanmoins collectif : il a été réalisé avec le concours de témoins et d'acteurs de l'époque, avec des historiens, professeurs ou étudiants en histoire qui ont travaillé sur les archives ou les témoignages. Il vise à cerner ce qu'ont été les "villages-martyrs" : des groupes ruraux victimes des dégâts matériels, des emprisonnements, des déportations et fusillades de la part de l'occupant en 1944. Surtout, il dresse une typologie des villages-martyrs qui n'ont pas seulement été les victimes des actions de la Résistance. Enfin, il veut évoquer la mémoire de ces villages-martyrs, qui s'est construite -ou pas- après les événements.

     

    Entre janvier et septembre 1944, on compte plus d'une trentaine d'actions violentes en Bourgogne, avec un pic en juin-juillet-août. Les attaques ne durent en général qu'une journée, rarement davantage, même si des villages sont attaqués plusieurs fois. Les effectifs utilisés varient, de 20 à 30 hommes jusqu'à plusieurs centaines, rarement plus sauf pour de grandes opérations. Les véhicules employés sont hétéroclites. Le gros de la troupe est constitué de soldats de la Wehrmacht ; on trouve parfois des SS, des unités spéciales comme les Fallschirmjäger (parachutistes), et souvent des Osttruppen, notamment celles du 654ème bataillon. Il y a presque toujours des Français au service des Allemands, et parfois les G.M.R. de Vichy. Les Allemands conduisent soit une attaque frontale, soit encerclent le village, ou bien simulent une attaque pour justifier des représailles. Ils arrêtent des habitants, souvent brutalement, les rassemblent et en exécutent souvent plusieurs. Les maisons sont souvent pillées avant d'être incendiées, avec des grenades ou l'artillerie. Après le départ, les habitants découvrent l'horreur : corps mutilés ou exécutés, destructions, etc.

    Dresser un bilan matériel est impossible. Souvent néanmoins, le pillage concerne l'argent et le mobilier. Les Russes ou les miliciens sont réputés comme étant particulièrement rapaces. Le butin est amené dans les casernes de l'occupant. Environ 550 bâtiments ont été détruits avec 1 300 sinistrés et un millier de sans-abris. La Nièvre est la plus touchée, l'Yonne le moins, Saône-et-Loire et Côte-d'Or se situant entre les deux. Environ 400 personnes ont été arrêtées, dont une majorité (180) en Saône-et-Loire. Un certain nombre ont été relâchés rapidement ; d'autres sont emprisonnés ; 60 sont déportées ; 170 environ ont été fusillées (majoritairement dans la Nièvre, avec le village de Dun-les-Places en tête de liste). 3 secteurs en particulier ont été plus touchés : le Morvan, la région de Châlon-sur-Saône et la Bresse, la vallée de la Loire.

    Les auteurs dressent en fait une typologie des villages-martyrs : ceux victimes des représailles contre l'action de la Résistance ; ceux victimes d'une politique de la terreur voulue par les Allemands ; ceux enfin ravagés au moment du repli des troupes allemandes et de la Libération. Le premier type regroupe environ 40% des villages-martyrs. Il y a d'abord le cas des villages où habitent des résistants où la répression se confond avec le combat lui-même : La Madeleine en Saône-et-Loire (8-9 mars), Chassigny-sous-Dun dans le même département, Couthion et Bondieuse dans la Nièvre, etc. Autre cas : la répression suivant un combat contre le maquis que l'on retrouve dans les 4 départements. C'est le cas à Vireaux dans l'Yonne (18 juin), Bey en Saône-et-Loire, Montsauche et Planchez dans la Nièvre, Manlay en Côte-d'Or (31 juillet). Il y a parfois des cas où les représailles ont lieu sans combat : Blanot en Saône-et-Loire (23 janvier), Charny dans l'Yonne, qui subissent en fait le courroux de l'occupant en raison de la présence de maquis non loin.

    Le deuxième type de villages-martyrs comprend 4 exemples en Saône-et-Loire et un dans la Nièvre. A Montcoy, en Saône-et-Loire, l'opération montée par le SD engage un millier d'hommes : il s'agit de punir un village qui a soutenu les maquisards et de terroriser les habitants, dont 9 finissent en déportation. A Mary, le 10 juin 1944, l'intention est la même : cette fois ce sont 10 habitants qui sont abattus. Anost, en Saône-et-Loire, connaît 4 opérations entre mai et juillet 1944. Ce sont surtout les habitants qui sont visés, avec tortures puis exécutions. A Saint-Emiland le 12 août, le SD monte une grosse opération après des renseignements fournis par un milicien qui s'est fait passer pour un officier FFI : 30 personnes sont arrêtées. Dans la Nièvre, c'est Dun-les-Places qui est martyrisé sur décision du SD de Dijon épaulé par l'école d'aspirants de la Wehrmacht. L'opération qui s'étale entre l'après-midi du 26 juin et 12h30 le 28 juin, engage 3 000 hommes venus de 3 départements : elle aboutit à 27 exécutions, nombre le plus important en Bourgogne, justifiant le surnom "d'Oradour nivernais".

    Dans le troisième type, il y a une douzaine de cas, 30% du total, et seule l'Yonne est épargnée. Il y a deux groupes : les villages victimes des dernières batailles contre les Allemands ou ceux victimes de leur retraite ultime. Le village de Comblanchien, en Côte-d'or, est le seul à ne pas entrer dans la typologie : il fait un peu partie des 3 cas. Les dernières batailles contre l'occupant débutent dans la seconde semaine d'août 1944. Le village de Crux-la-ville est victime de ces derniers combats. Le deuxième groupe est plus important avec pas moins de 10 villages dont 5 en Saône-et-Loire. Il se divise en deux catégories : les représailles après une dernière attaque contre les soldats allemands en retraite ou une attaque pour des motifs précis. Sermesse, qui comprend le plus grand nombre de maisons incendiées en Saône-et-Loire (21) est de la première catégorie, comme Simard et Saint-Yan. Germolles, Laives, Verneuil et Druy-Parigny dans la Nièvre (2 fois chacun) sont particulièrement touchés. Le bilan est lourd avec 116 bâtiments détruits et 68 tués. Comblanchien est la synthèse des 3 types : 52 maisons détruites, 23 arrestations, 12 déportations et 8 fusillés. Le village est victime de ses relations avec le maquis, la retraite fournit l'occasion de la répression qui semble néanmoins répondre à un choix volontaire.

    Les auteurs soulignent le travail policier fait en amont de la répression. A chaque fois les Allemands ont eu recours à des indicateurs ou des agents infiltrés. La surveillance et la dénonciation sont monnaie courante. En Bourgogne, il y a aussi eu l'action du Service de Renseignement Allemand, des agents payés par l'occupant dont certains ont été jugés en 1946 à Dijon. Surtout, si l'armée participe à la prise de décision jusqu'aux opérations les plus importantes le Sipo/SD a eu un rôle systématique ou presque dans la répression, avec une dimension idéologique. Cela se confond avec l'action des collaborationnistes français. Le PPF de Doriot nourrit la Milice dont les noyaux de Mâcon et Châlon-sur-Saône/Autun ont pris une part importante dans la répression. Celle-ci n'est pas souvent gratuite, mais ciblée : il s'agit bien d'un terrorisme politique, entre collaborationnistes et résistants.

    Le martyre des 33 villages bourguignons est d'abord vécu comme un cauchemar par les habitants. La souffrance personnelle s'exprime dans les journaux de l'époque, qui relatent la plupart des massacres. L'incompréhension cède la place à la recherche de coupables : quand il n'y a pas de délateurs réels ou supposés, on rejette la faute sur les maquisards, en oubliant un peu trop souvent le rôle de l'occupant. Des procès ont pourtant lieu dans l'après-guerre mais les peines sont rarement à la hauteur des faits reprochés. Plusieurs villages sont cependant décorés après la guerre, alors que la reconstruction débute. A la solidarité locale s'ajoute l'aide de l'Etat et celle de pays comme les Etats-Unis ou l'Argentine. La reconstruction ne commence qu'en 1949 et ne s'achève qu'une dizaine d'années plus tard ; on a installé des baraquements provisoiresen attendant.

    Le souvenir s'exprime d'abord par les obsèques des victimes, puis par des récits de témoins ou de journalistes qui relaient la mémoire des événements. On inaugure ensuite des stèles ou des monuments en reprenant souvent le cérémonial de la Première Guerre mondiale. Les monuments de La Madeleine ou de Comblanchien représentent des villages à moitié écroulé ; celui de Dun-les-Places un jeune homme frappé à mort. D'autres monuments comme à Laives ressemblent plus à des pierres tombales. Les stèles sont souvent en forme d'obélisque ; on trouve parfois des croix. Dun-les-Places finit par inaugurer un mémorial en 1958. D'autres villages choisissent seulement des plaques. On nomme des rues et des places en référence aux événements de 1944. Le souvenir est très vivace dans certains villages : fortes commémorations après la guerre, atténuation dans les années 50, appel à la jeunesse dans les années 60, crainte de la remontée du fascisme dans les années 70, renouveau de la commémoration dans les années 80. Au contraire, le souvenir s'est effiloché dans certains villages ou n'a pas existé (Manlay et Saint-Emiland). Globalement la présidence de François Miterrand a néanmoins marqué un renouveau du souvenir, avec l'ouverture du musée de la Résistance dans le Morvan en 1983.

    Au final, le monde rural bourguignon a été fortement marqué par l'année 1944. La présence de nombreux maquis soutenus par la population rurale explique la carte de la répression. Mais les mobiles en sont variés. Le travail est sérieux mais, pourrait-on dire, partiel : en effet, comme le montre les notes à chaque fin de chapitres et la biblographie, l'ouvrage se base surtout sur les témoins français, les anciens habitants ou résistants, et sur des travaux secondaires d'historiens ou d'étudiants, mais finalement pas sur les archives ou sources de l'occupant ou des autres forces de répression, miliciens, collaborationnistes, etc. Elles sont indiquées en bibliographie, avec les références, mais on a l'impression que priorité a été donnée à la vision civils/résistants. C'est dommage car des précisions auraient pu être apportées sur la composition des troupes, leur équipement, leurs mobiles aussi (parcours des officiers, leur idéologie ainsi que celle de la troupe, etc). De fait l'historiographie, surtout étrangère, a bien progressé sur la question de la répression allemande en France ces dernières années. Ici c'est probablement un choix que de privilégier les témoins et acteurs français, mais un choix qui ne donne qu'un résultat partiel, et sans doute perfectible.

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    Dans ce petit ouvrage richement illustré des éditions Ouest-France, Rémy Desquenes, auteur d'une thèse de doctorat sur le mur de l'Atlantique, s'intéresse aux poches de résistance allemandes sur le littoral français en 1944-1945.

    Ces poches sont issues du fameux ordre des "forteresses" (Festungen) décrété par Hitler en janvier 1944. Si quelques-unes tombent dans les premiers mois suivant le débarquement, d'autres vont tenir jusqu'à la capitulation allemande. Inutiles sur le plan stratégique car ne menaçant pas le ravitaillement allié -surtout après la capture d'Anvers-, ces poches sont plus un élément de propagande pour le Reich agonisant ; de la même façon, les Français mettront un point d'honneur à en réduire certaines pour montrer leur participation aux combats sur le sol national. Le livre veut présenter un tableau général du phénomène et des protagonistes.

     

    Les Festungen, créées autour des grands ports de la côte française, sont maintenues sur l'Atlantique et la Manche le 17 août après qu'Hitler ait pris la décision d'évacuer le sud de la France, directive confirmée le 4 septembre alors qu'Anvers est tombée. Sur un peu moins de 1% du sol français, environ 95 000 soldats allemands restent prisonniers de ces poches, avec 1 300 pièces d'artillerie. A Dunkerque, une garnison de 12 à 15 000 hommes sert une trentaine de pièces lourdes, sous les ordres d'un chef inflexible, le vice-amiral Frisius. A Lorient, la présence de la base sous-marine explique la très importante couverture en artillerie (plus de 400 pièces, des lourdes à la DCA légère). La garnison comprend 25 000 hommes commandés par le général Fahrmbacher et l'amiral Matthiae, et 15 000 civils sont inclus dans la zone de défense. Saint-Nazaire est la plus grande poche allemande : 2 000 km², 30 000 hommes sous les ordres du général Junck, des prisonniers italiens désarmés en 1943 et pas moins de 120 000 civils. Celle de La Rochelle-La Pallice-Ré-Oléron n'aligne que 200 pièces d'artillerie, et 15 000 hommes commandés par le contre-amiral Schirlitz. Royan et la pointe de Grave, situées de part et d'autre de l'embouchure de la Gironde, regroupe 10 000 hommes et 300 pièces environ.

    Les Américains sont les premiers à aborder les poches après la percée de Cobra. La 4th Armored Division monte la garde devant Saint-Nazaire et Lorient avant d'être relevée en septembre par la 94th Infantry Division. Le 8 août 1944, le GPRF désigne le général Borgnis-Desbordes pour organiser les FFI de Bretagne en véritables unités militaires. Le processus démarre en octobre : 12 000 maquisards bretons forment ainsi la 19ème division et 16 500 hommes la 25ème division du colonel Chomel. En janvier 1945, la 66th Infantry Division remplace la 94th après avoir perdu 800 hommes lors du torpillage du paquebot Léopoldville. Dès septembre 1944, en visite à Saintes, le général de Gaulle fait connaître son désir de reprendre certaines des poches aux Allemands. Le colonel Adeline, ancien chef des FFI de Dordogne, est chargé de la réduction de Royan et de Grave. Le 14 octobre, le général de Larminat est placé à la tête des forces françaises de l'ouest dépendantes de la VIth US Army de Devers. Devant Dunkerque, les Canadiens laissent bientôt leur place aux FFI et à la 1ère brigade tchèque libre du général Liska.

    Dunkerque, Lorient et Saint-Nazaire sont assiégées et libérées par des unités alliées aidées de troupes françaises, alors que La Rochelle, Royan et Grave le seront par les seules forces françaises. Pendant 8 à 9 mois, une véritable guerre de positions s'installe, chaque camp voulant éviter la répétition de la prise de Brest par les Américains, qui s'était transformée en coûteux combat de rues. A Dunkerque, la 1ère brigade blindée tchèque et ses 4 000 hommes épaulés sont épaulés par plus de 4 500 FFI enrégimentés mais mal armés pour affronter 13 000 soldats allemands. Les coups de main côté allemands sont menés jusqu'en avril 1945, mois au cours duquel l'amiral Frisius fait sauter toutes les installations du port. Jusqu'en mai 1945, les Alliés perdent 800 hommes dont 300 tués. A Lorient et Saint-Nazaire, les Américains sont appuyés par les FFI, notamment autour du second port où le blocus est très serré. Les Allemands mènent une défense agressive : la Flak lourde de Lorient coule deux navires américains, les coups de main sont fréquents notamment à Saint-Nazaire. En février 1945, l'héritier du marquis de La Fayette saute sur une mine devant Saint-Nazaire. Fin mars il y a 18 000 soldats américains devant les deux poches, 18 000 Français devant Saint-Nazaire et 20 500 devant Lorient. Les escarmouches se multiplient en avril, puis les désertions côté allemand à la fin du mois. La capitulation survient en mai. A La Rochelle, une convention conclue dès le 18 octobre 1944 entre le commandant français Meyer et le contre-amiral Schirlitz limite les combats. Schirlitz négocie sa reddition dès le 7 mai 1945. A Royan et Grave, Larminat est assisté par l'amiral Rue et par le général Corniglion-Molinier de l'aviation. La première cible est Royan, la plus faible des deux poches : l'opération Indépendance, repoussée au 5 janvier 1945 en raison de la contre-offensive allemande dans les Ardennes. L'aviation alliée largue ce jour-là 2 000 tonnes de bombes sur Royan, tuant 500 civils et un blessant un millier, détruisant la ville à 85%. Le 25 mars, le nouveau Détachement de l'armée de l'Atlantique planifie l'opération Vénérable contre Royan avec l'aviation, la marine et 30 000 hommes, dont ceux de la 2ème DB. L'opération démarre le 15 avril et dure 5 jours : elle aboutit à la mort de 364 soldats français, de 47 civils et d'un millier d'Allemands, qui laissent aussi 8 000 prisonniers. L'opération Jupiter met fin ensuite à la résistance d'Oléron. L'opération sur Royan, contestée dès l'époque, fait encore aujourd'hui l'objet d'une vigoureuse polémique.

    La vie dans les poches, côté allemand, est bien connu par deux rapports de commandants de forteresses, celui de Frisius et celui de Fahrmbacher. Les troupes sont disparates : Wehrmacht en majorité mais à Lorient et La Rochelle les marins sont les plus nombreux ; troupes diverses (police, douanes, organisation Todt...) ; Osttruppen ; volontaires polonais ; etc. Les Allemands se font cultivateurs et pêcheurs pour assurer leur ravitaillement alimentaire mais font aussi des affaires avec les fermiers français (!) quand ils ne mènent pas des raids pour s'approvisionner dans les campagnes. Les relations avec l'extérieur sont quasiment inexistantes ; des sous-marins, notamment à La Rochelle parfois des avions. Pour maintenir le moral, la discipline est féroce : les déserteurs arrêtés ou repris sont fusillés ou pendus. La population civile est parfois évacuée mais jamais complètement. Autour des poches, les FFI sont non seulement mal armés mais aussi mal équipés pour supporter les rigueurs de l'hiver. Même les Américains, bien mieux lotis, ne sont pas épargnés par la guerre de positions qui impose ses difficultés physiques ou psychologiques.

    Les redditions commencent avec Royan et Grave, prises d'assaut le 20 avril 1945 comme on l'a vu. L'île de Ré se rend également le 30. La Rochelle capitule le 8 mai ; Dunkerque le 9. A Saint-Nazaire, les premiers contacts sont pris le 7 mai mais la reddition n'intervient que le 11. Même chose à Lorient où les dernières positions ne se rendent que le 11 mai.

    Les annexes du livre comprennent une biographie du destin des principaux personnages évoqués, une chronologie, une liste des lieux à visiter et une note sur les sources qui accompagne la bibliographie. Comme l'auteur l'explique, il s'est appuyé sur des sources primaires (archives allemandes, françaises) et secondaires (travaux d'historiens universitaires ou amateurs d'histoire locale).

    Le pari est rempli puisque le livre constitue un tableau d'ensemble efficace de l'histoire des poches allemandes sur le littoral français. On relève notamment les nombreuses cartes pour chacune des poches et les nombreux documents iconographiques qui illustrent le texte. Ce que celui-ci gagne en tableau d'ensemble, il le perd dans le détail puisque les opérations ponctuelles ne sont jamais décrites avec beaucoup de détails ; les légendes des photos restent souvent très vagues ; l'insertion de documents pose parfois question (p.14, pourquoi laisser un passage en allemand et le traduire ensuite alors que tout le reste est traduit directement ; ce n'est pas expliqué ; p.47-48 les extraits des mémoires De Gaulle ne sont pas commentés et arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, à côté de l'histoire du torpillage du Léopoldville) ; il y a parfois des répétitions (l'auteur semble être un fan de Louison Bobet qui est cité au moins 3 fois dans le texte, alors qu'une fois aurait probablement suffi). Bon ouvrage d'ensemble donc, mais à compléter par des travaux plus longs et plus complets, notamment sur la dimension militaire (les autres aspects étant ici bien couverts, notamment la place des civils).

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    Dans son éditorial, Nicolas Pontic souligne que 2ème Guerre Mondiale, une revue selon lui, se démarque par un questionnement de fond, avec des problématiques réelles, appuyées sur des sources et la nouvelle mise en forme. L'ambition est là. Est-elle pour autant réalisée ? Non, et pour un certain nombre de raisons.

    Hormis les habituelles fiches de lecture, 2ème Guerre Mondiale s'enrichit de nouvelles pages sur les expositions ou sur l'actualité de la Seconde Guerre mondiale. Problème dans ce dernier cas : toutes les sources des informations ne sont pas forcément mentionnées (à deux reprises seulement).

    Le premier article est intéressant. Signé Benoît Rondeau, il porte sur l'Afrika Korps et questionne son image d'unité d'élite. L'auteur, qui a écrit un livre sur le sujet, maîtrise bien la question. Pour autant, deux choses interpellent : le choix du sujet, rebattu jusqu'aux oreilles, et l'absence totale de sources (pas de bibliographie indicative) qui entre déjà en contradiction avec l'ambition affichée dans l'éditorial.



    Ce n'est pas fini car Benoît Rondeau ne source pas non plus la rubrique Ecrire l'histoire qui porte sur l'usage des témoignages. Comme l'auteur, je suis professeur et j'utilise aussi les témoignages en classe : pour autant, je le fais toujours de manière contextualisée. De la même façon, l'utilisation de témoignages dans un ouvrage ne doit pas être là seulement pour faire sentir le "vécu". On trouve d'excellents ouvrages d'historiens qui ne comportent qu'une part infime de témoignages et qui sont pourtant des livres phares sur leur sujet (comme celui-ci). L'histoire, ce n'est pas le témoignage. L'histoire de la Seconde Guerre mondiale aussi, pourrait-on dire. A ce sujet, il est assez savoureux de voir le magazine consacrer une rubrique Ecrire l'histoire sur ce thème alors qu'il a été un habitué de l'emploi de témoignages pas ou peu contextualisés (je pense à ceux de P. Tiquet, mais pas seulement). Dans sa catégorie, notons qu'il  n'est pas le seul toutefois. En ce qui concerne les possibles dérives mentionnées par B. Rondeau, je suis assez d'accord avec celles qu'il a observées, que l'on retrouve fréquemment ces dernières années. Je note toutefois qu'il mentionne ses ouvrages et celui de Christophe Prime, certes rendus plus "humains" par l'insertion de témoignages, mais qui restent des ouvrages de vulgarisation et non d'historiens. C'est d'ailleurs plutôt de ce type d'ouvrages qu'il est question dans cette rubrique,, les historiens ayant une approche différente. Benoît Rondeau aurait peut-être gagné dans son propos à construire cette typologie de l'emploi des témoignages.

    Le dossier (1ère partie dans ce numéro) porte sur l'équipage des chars durant le conflit. C'est une présentation générale de la vie des hommes des unités blindées. Ce qu'il gagne un tableau d'ensemble, en achevant son propos sur le fameux trio puissance de feu-protection-mobilité, le dossier le perd en détails puisque toutes les nations sont abordées ce qui empêche de détailler un peu plus le propos. On peut sourire devant la confiance accordée au score de Knispel p.50, comme je le montrais dans le numéro précédent avec le dossier sur Carius. Vincent Bernard est pourtant le seul dans le numéro à présenter ses sources : 6 ici, ce qui vu le sujet, est assez faible, d'autant que 3 sont réellement utilisées. Plus intéressante est la double page du même auteur "Focus" sur le manuel des troupes américaines du Persian Gulf Command en Irak, qui là encore cite un minimum de sources (suffisantes cependant vu le propos).

    Jean-Louis Roba retrace le parcours d'Alexander von Winterfeldt, un pilote ayant servi pendant les deux guerres mondiales. L'article illustre bien les problèmes rencontrés par la presse spécialisée et l'intention manquée du magazine, telle qu'est définie dans l'éditorial, en particulier. L'auteur brosse le portrait depuis la naissance, avec force détails sur l'enfance du pilote jusqu'en 1914. Le récit de l'engagement du pilote dans la Première Guerre mondiale (d'abord comment fantassin puis comme pilote) fait appel aux habituelles descriptions de combats, tirées des propres souvenirs du personnage, et des mentions triviales habituelles de ce genre de magazine (anecdotes croustillantes sur la chasse, la nourriture, etc). Par contre, l'auteur n'avoue ne pas savoir ce que fait von Winterfeld pendant l'entre-deux-guerres, période de 20 ans vite expédiée. De la même façon, il n'a pas connaissance de ses liens éventuels avec le régime nazi. La faute à une bibliographie ici inexistante, donc en fait réduite à la portion congrue ? Impossible de le savoir, mais on peut le supposer. Ce qui est intéressant, c'est que l'auteur le mentionne : il est conscient de la nécessité de le faire, mais ne peut le faire.

    Ce n'est pas le même constat dans le dernier article sur le siège de Königsberg. J'ai moi-même rédigé en son temps un article a minima sur le même sujet pour le magazine Ligne de front (2013). A défaut d'avoir été exhaustif, je citais au moins mes sources, ce qui n'est pas le cas ici de Jean-Philippe Liardet. On retrouve les faiblesses inhérentes aux écrits de cet auteur : point de vue germanocentré, focalisation sur les gros bataillons, et donc absence totale de bibliographie.

    Au final, que retenir de cet examen qui peut sembler dur à première vue ? Qu'il est nécessaire. 2ème Guerre Mondiale pouvait se démarquer par une ligne originale par rapport à une concurrence effectivement féroce, comme Nicolas Pontic le rappelle également en introduction. Il fallait jouer la carte du fond plutôt que de la forme. Or, les sujets restent germanocentrés, particulièrement dans les dossiers qui font la couverture. Rien d'original par rapport aux autres. 2 ensembles sur les 6 principaux dans le magazine sont sourcés (et de manière largement partielle pour le dossier) : cette proportion d'un tiers se retrouverait dans d'autres magazines du même secteur. Rien d'original là non plus. Reconnaissons au magazine toutefois que l'effort de le  faire a existé, mais qu'il ne tient pas dans la durée. Les articles sont-ils problématisés ? Tout dépend de qui écrit. On voit des questionnements dans les écrits de Benoît Rondeau. C'est beaucoup moins net dans le dossier et dans les deux articles qui achèvent le magazine. En réalité, 2ème Guerre Mondiale, qui reste bien un magazine pour les motifs décrits ci-dessus, et non une revue,ne propose guère, à quelques exceptions près, de contenus différents des autres magazines. Les raisons sont multiples. On peut simplement regretter que certains choix aient été faits. La leçon à en tirer est probablement que les magazines de ce secteur restent malheureusement prisonniers de logiques propres au marché dont il est manifestement difficile de s'extirper.

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    Voici un ouvrage que je n'ai jamais vu cité dans aucun article de magazine de la presse spécialisée sur le sujet (et j'en ai lu beaucoup). Pourtant, il aurait mérité de l'être, car bien qu'ancien (1977), il s'agit probablement de l'ouvrage de référence sur la division SS Totenkopf qui n'a probablement pas été dépassé en anglais du moins. Je l'ai trouvé en épluchant la bibliographie d'un ouvrage d'historien. Travail solide, basé sur des archives allemandes et les sources secondaires de son époque, on ne peut lui reprocher quelques petits défauts.

    Charles W. Sydnor recherche plusieurs objectifs à travers son travail sur la Totenkopf. D'abord cerner les origines, l'évolution et le rôle politique et militaire de cette division pendant la guerre. Ensuite, comprendre l'insertion de la Totenkopf dans les développements idéologiques et institutionnels de la SS qui constitue à la fin de la guerre un des centres principaux du pouvoir nazi. Enfin, répondre à 3 questions : comment la Waffen-SS sert la collection d'institutions qu'est la SS ; à quel point Himmler exerce-t-il un contrôle sur la Waffen-SS ; et le degré d'implication de la Waffen-SS dans les crimes reprochés à la SS.


     

    La Totenkopf est l'enfant de Theodor Eicke, le SS qui a organisé le système des camps de concentration avant la guerre. La division est l'excroissance des SS Totenkopfverbände créés par Eicke pour surveiller et administrer les camps. Eicke, né en 1892 en Alsace, a un parcours similaire à de nombreuses figures au service d'Hitler. Vétéran de la Grande Guerre, il peine à se réinsérer et ne trouve un emploi qu'en 1923, jusqu'en 1932 dirigeant le service de sécurité d'une usine d'IG Farben. Eicke entre dans le parti nazi et la SA en 1928, puis passe à la SS dès 1930. Il est colonel SS dès 1931 ; ses activités violentes lui valent d'être emprisonné en 1932 et il doit se cacher un temps en Italie du Nord à sa sortie de prison. Il a des démêlés avec le Gauleiter du Palatinat, Bürckel. Après l'arrivée au pouvoir des nazis, Eicke retourne dans le Palatinat mais sa vengeance contre Bürckel le conduit à être interné dans un asile psychiatrique. Himmler l'en sort finalement pour le mettre à la tête du premier camp de concentration, Dachau. Eicke fait passer le camp sous l'administration directe de Himmler, instaure un code de conduite pour les gardiens et des peines pour les détenus, avec une férocité particulière contre les Juifs. Le modèle d'organisation du camp sera appliqué ensuite aux autres du même type. Eicke est général de brigade SS dès 1934 et affecté à l'état-major d'Himmler. Il participe à l'exécution d'Ernst Röhm pendant la nuit des Longs Couteaux. Devenu inspecteur des camps de concentration, Eicke les regroupe en août 1937 avec 4 ensembles principaux : Dachau, Sachsenhausen, Buchenwald et Lichtenburg, rejoints l'année suivante par Mathausen en Autriche. Eicke développe aussi les entreprises économiques dans les camps. Himmler tente de rogner l'influence de ce subordonné qui prend de plus en plus d'importance et qui est en conflit avec Heydrich. Eicke organise également les unités de gardiens, les SS-Totenkopfverbände qui fonctionnent d'abord sur un modèle régional. Les unités ne prennent d'ailleurs cette désignation qu'en mars 1936. Eicke insuffle à ces unités un fanatisme à toute épreuve : l'entraînement militaire se combine au gardiennage des camps et à des séances d'instruction politique. Il est particulièrement antireligieux et veille à se débarrasser des recrues qui ne lui plaisent pas. En 1937 on trouve 3 SS-Totenkopfstandarten : Oberbayern, Brandenburg, Thuringen, rejoints l'année suivante par Ostmark en Autriche. Le 17 août 1938, Hitler fait des  formations militaires SS des unités indépendantes de l'armée et de la police. A l'été 1939, les SS-Totenkopfverbände comptent déjà 22 000 hommes. Les 3 régiments sont engagés en Pologne pour assurer des tâches de "police et de sécurité" sur les arrières.

    Le 7 septembre, les 3 régiments sont déployés en Pologne : Oberbayern et Thuringen sur les arrières de la 10. Armee au sud de Varsovie, Brandenburg sur ceux de la 8. Armee au centre-ouest de la Pologne, vers Poznan. Eicke dirige les opérations depuis le train spécial du Führer. Le régiment Brandenburg pille les commerces juifs, incendie les synagogues, exécute les Juifs. Le 24 septembre, pas moins de 800 civils polonais sont massacrés. Les autres formations agissent de même ainsi que le bataillon SS "Heimwehr Danzig" qui sera plus tard incorporé dans la Totenkopf. Les nouvelles formations des SS-Totenkopfverbände qui remplacent les régiments plus anciens en octobre se chargent de liquider, notamment, des malades mentaux. Une seule compagnie tue un millier de personnes. Ces massacres créent un certain remous dans la Wehrmacht, notamment dans la 8. Armee, mais les éclats du général Blaskowitz restent sans effet. D'autant qu'Hitler décide en octobre la création de 3 divisions d'une nouvelle Waffen-SS pour la campagne à l'ouest. Eicke reçoit le commandement de la Totenkopf, division d'infanterie motorisée : en plus des SS-Totenkopfverbände et du Heimwehr Danzig qui forme le noyau de l'artillerie, les recrues viennent de l'Ordnungspolizei, de la Allgemeine SS. Eicke crée son état-major avec des fidèles qui ont tous servi dans le système des camps, sauf l'officier opérations, le colonel SS Freiherr von Montigny, aristocrate vétéran de la Grande Guerre qui a rejoint la SS en 1938. Max Simon, un vieux compagnon de Eicke, dirige le 1er régiment d'infanterie. Heinz Bertling a été imposé par Himmer à la tête du 2ème. Les recrues arrivent à Dachau où Eicke va tenter de modeler sa division. L'entraînement commence, de la section jusqu'aux manoeuvres en grandes formations. La Wehrmacht ne fournit au départ qu'une aide parcellaire pour la formation, l'équipement ou le ravitaillement. Eicke se débrouille pour obtenir du ravitaillement et surtout du matériel lourd, qu'il n'hésite pas à subtiliser à l'intérieur de l'organisation SS des camps qu'il a dirigée et où il a encore des fidèles. Il doit aussi faire face au manque de discipline des recrues venant d'en dehors des Totenkopfverbände. La proximité de Munich entraîne des escapades des Waffen-SS qui parfois se terminent mal. Eicke punit sévèrement les manquements à la discipline et envoie parfois les hommes en camp de concentration, ce qui a un effet immédiat. Fin novembre, la division est déplacée à Ludwigsburg, au nord de Stuttgart, en tant que réserve pour la campagne à venir à l'ouest.

    Installé à Heilbronn, Eicke met au point le retard de l'attaque à l'ouest pour peaufiner sa division. Il met au point une doctrine d'attaque frontale, assez loin des subtilités de la guerre de mouvement. La Wehrmacht fournit enfin des possibilités d'instruction pour les armes spécialisées. De grandes manoeuvres ont lieu en janvier-février 1940 mais montrent surtout les lacunes dans l'entraînement. L'armée assure l'approvisionnement en nourriture, voulu abondant par Eicke, et livre du matériel, ce qui n'empêche pas celui-ci de continuer à en détourner. Eicke cherche même à obtenir un bataillon d'artillerie lourde avec des pièces de 150 mm et veut absolument mobiliser les réserves des Totenkopfverbände qui comprennent parfois des cadres du parti que la SS a du mal à céder. Confronté à des problèmes de discipline, Eicke réagit de sa manière habituelle : à côté de l'envoi au camp de concentration, il crée une section pénale dans le bataillon de sapeurs de la division. Le mécontentement enfle parmi la troupe ; Eicke tolère pourtant les rixes de ses hommes dans Stuttgart, notamment avec la Wehrmacht. Fin février, la division est assignée à la 2. Armee de von Weichs, une formation de réserve. Les livraisons d'armes s'accélèrent à partir de mars et la division améliore son entraînement, ce que constate von Weichs, pourtant guère favorable aux SS, lors d'une inspection en avril. A la fin du mois, il s'arrange d'ailleurs pour accélérer l'accès aux canons de 150 mm. La Totenkopf reçoit ses derniers effets vestimentaires de Dachau le 2 mai ; mise en alerte pour le 10 mai, elle ne fait cependant pas partie de la première vague d'attaque comme la Leibstandarte, la méfiance de l'armée vis-à-vis de Eicke et de sa réputation jouant à plein.

    Le 12 mai, la Totenkopf est mise en mouvement vers la frontière belge. Le 17, elle reçoit l'ordre de se joindre au XV. Panzerkorps de Hoth, du groupe d'armées A, qui avec ses deux Panzerdivisionen (5. et 7.) constituent une partie du "coup de faucille". La Totenkopf arrive en position le 19 mai et aide à repousser des contre-attaques françaises contre la 7. Panzerdivision de Rommel, durement pressée. Elle combat autour de Cambrai, notamment des troupes nord-africaines, et fait 1 600 prisonniers -dont peu de nord-africains. Le 20 mai, alors que Guderian referme le piège à Abbeville, la Totenkopf est rattachée au 39. Armee Korps et doit protéger au sud d'Arras l'espace entre les 8. Panzerdivision au sud et 7. Panzerdivision au nord. Le lendemain, la Totenkopf reçoit l'ordre de marcher vers le nord, Hitler ayant décidé après un moment de flottement d'anéantir les unités ennemies prises au piège. Le mouvement se heurte à une contre-attaque britannique pour percer, qui emploie des chars Matildas invulnérables aux armes antichars allemands : la Totenkopf subit de lourdes pertes et connaît des crises de panique ponctuelle, mais sans commune mesure avec celles de la division de Rommel. La division est transférée au XVI. Panzerkorps de Hoepner. Eicke prend sur lui de franchir le canal de La Bassée à Béthune, pour empêcher les Britanniques de se retrancher : mais le mouvement est stoppé et Eicke doit abandonner la tête de pont établie sur la rive nord. Eicke a une violente dispute avec Hoepner qui le traite de boucher. L'artillerie britannique pilonne durement les positions de la Totenkopf, ce qui n'empêche pas celle-ci de mener des raids sur la rive nord. Durant ces raids, les Waffen-SS n'hésitent pas à exécuter les prisonniers britanniques, alors que les prisonniers Waffen-SS, eux, sont bien traités. Le 26 mai, la marche en avant vers le nord reprend. Le 27 mai, la Totenkopf se lance à l'assaut de Béthune plus lourdement défendue que ne le croit les Allemands. Les combats de rues sont féroces et la situation critique dans le secteur du régiment 2 de Bertling. Un colonel du régiment 3 qui amenait son bataillon en renfort est tué ; Montigny est terrassé par un ulcère à l'estomac. Près du village de Le Paradis, une centaine de Britanniques du 2nd Royal Norfolk se sont retranchés dans une ferme. Ils se défendent contre l'assaut de la 14ème compagnie, 1er bataillon du régiment 2 de la Totenkopf. Après leur reddition, le chef d'unité de la Waffen-SS, l'Obersturmführer Knöchlein, fait exécuter les prisonniers à la mitrailleuse. Il  y a seulement 2 survivants qui témoigneront après la guerre au procès de Knöchlein, qui sera pendu. L'incident est vite connu dans l'armée allemande : Hoepner avait déjà eu vent du sort réservé aux prisonniers par la Totenkopf et de nombreux pillages. La Totenkopf continue sa progression, non sans mal, jusqu'au 29 mai, la Luftwaffe se chargeant ensuite de Dunkerque selon les ordres d'Hitler. Rattachée au 4. Armee Korps, la Totenkopf reçoit la visite d'Himmler, excédé par les lourdes pertes en hommes (1 140 en dix jours de combat, dont 300 officiers) et en matériel. Himmler donne également un nouvel officier opérations Knoblauch, qui doit surveiller Eicke. La Totenkopf est affectée le 6 juin au 28. Armee Korps puis le 12 au XIV. Armee Korps (mot.) de von Kleist : elle avance en Champagne puis est en pointe dans la poussée vers Orléans. Le 16 juin elle traverse le département de l'Yonne et se dirige vers Clamecy, avant de prendre la route menant d'Avallon à Dijon. Il y a encore quelques combats locaux particulièrement violents notamment le 19 juin près de Dijon contre des Marocains, que la Totenkopf massacre jusqu'au dernier sans faire de prisonniers. Un autre rapport du 3ème bataillon du régiment 1 le 21 juin près de Lentilly laisse aussi entendre que les Waffen-SS font prisonniers les soldats blancs de l'armée française mais massacrent les Noirs, y compris ceux qui se sont rendus. La Totenkopf est à Villefranche au moment de l'armistice. Dès le 25 juin, elle est cantonnée à Bordeaux. La division a prouvé sa valeur au combat, au prix de 10% de son effectif combattant : elle a mené des assauts à la limite du fanatisme, des défenses parfois suicidaires, et a fait preuve d'une brutalité particulière notamment quand elle est frustrée dans ses objectifs. Eicke, quant à lui, va chercher à se détacher encore plus de l'emprise d'Himmler.

    Dans l'année entre la défaite de la France et l'invasion de l'URSS, Himmler tente de briser le monopole de Eicke sur les réserves des Totenkopfverbände et sur les ponctions en matériel dans le système des camps. Alors que Eicke est de la parade de la victoire le 19 juillet 1940 à Berlin, la Totenkopf est transférée à Avallon. Elle s'y prépare pour un coup de force si besoin contre Vichy et pour l'invasion de l'Angleterre. Cas unique dans l'histoire de la division, elle apporte son aide aux civils, notamment sur le plan médical. Fin août, elle est attachée à la 7. Armee de Dollmann à Biarritz. Les cas d'indiscipline et les punitions drastiques diminuent ; il faut dire que la plupart des crimes ont lieu contre des civils français, ce qui laisse Eicke plus indifférent. Eicke doit néanmoins démanteler un réseau de fausse monnaie et met un point d'honneur à traquer les maladies vénériennes - à tel point qu'Himmler lui-même met le hola en janvier 1941. Eicke se fait aussi un ennemi de Berger, le responsable du recrutement dans la SS, en refusant la plupart des recrues qu'on lui envoie. En août 1940 pourtant Himmler a dissous l'inspectorat des camps et  a incorporé toutes les unités des Totenkopfverbände dans la Waffen-SS. Il met aussi fin au système de pillage matériel de Eicke. En compensation, il laisse Eicke remplacer Knoblauch comme officier opérations, en décembre 1940, par un de ses protégés, Heinz Lammerding, qui commandait le bataillon de pionniers de la Totenkopf. Eicke organise sa division en Kampfgruppen, reçoit du matériel lourd : 500 mitrailleuses sur trépied, de la Flak dont des pièces de 88, et les 150 mm tant désirés juste avant Barbarossa. Il profite de ses nouvelles amitiés dans la Wehrmacht pour faire entraîner ses hommes dans ses écoles. Eicke a deviné que le Führer, après l'échec de l'invasion de l'Angleterre, allait réorienter l'attaque contre l'URSS. Des instructions en ce sens pour l'entraînement lui mettent la puce à l'oreille dès novembre 1940. Eicke insiste sur la formation idéologique, aidé de son complice Fuhrländer. Cette formation s'inspire des travaux de Rosenberg ; au vu du comportement ultérieur de l'unité, nul doute que cet endoctrinement a été pris au sérieux. L'entraînement de la division se fait à balles réelles et la Totenkopf subit des pertes avant même le début de Barbarossa (10 morts et 16 blessés en avril 1941). Dans le plus grand secret, début juin, la Totenkopf quitte Bordeaux pour Marienwerder, en Prusse Orientale. Elle est rattachée au Groupe d'Armées Nord pour l'invasion de l'URSS.

    Entre les 12 et 18 juin, 900 recrues arrivent pour compléter l'effectif de la division. Eicke dès le 14, insiste sur le caractère sans merci de la guerre à l'est ; le 16, il insiste sur l'exécution de tous les commissaires politiques capturés. La Totenkopf, qui va rester jusqu'en 1945 sur le front de l'est, va y conduire une guerre d'extermination. Elle est rattachée au Panzer Gruppe 4, le seul du groupe d'armées, et plus précisément sert de réserve, avec une division d'infanterie, pour Hoepner et ses deux corps, celui de Manstein et celui de Reinhardt. Le 24 juin, Eicke reçoit l'ordre d'insérer sa division à droite du 56. Panzerkorps de Manstein, qui a déjà effectué une avance considérable, pour faire le lien avec la 16. Armee qui évolue sur sa droite. La Totenkopf connaît ses premiers combats dès le 27 juin, avec de violentes contre-attaques de fantassins et de chars soviétiques qui laissent peu de prisonniers. Devant la résistance des Soviétiques, la Totenkopf ne s'encombre pas de prisonniers quand elle rencontre des traînards de formations disloquées et les exécute. Après la traversée de la Dvina, la Totenkopf combat pour enfoncer la ligne Staline début juillet. Les combats contre les complexes fortifiés sont coûteux ; Eicke est blessé quand son véhicule saute sur une mine. Il faut 5 jours, jusqu'au 11 juillet, pour venir à bout des fortifications. En 16 jours de combat, la division a perdu plus de 1 600 hommes, plus de 10% de son effectif. Elle est mise au repos 3 jours à partir du 12 juillet. Le 15, elle est appelée d'urgence pour soutenir Manstein victime d'une contre-attaque à Zoltsy. Arrive aussi le nouveau commandant désigné par Himmler, Keppler. La division est transférée au 28. Armee Korps pour percer la ligne de la Louga ; ce transfert entraîne des remous et des échanges insultants avec les officiers de la Wehrmacht de ce corps d'armée. L'artillerie soviétique fait des ravages, de même que l'aviation ; les Soviétiques espionnent les communications téléphoniques de la Totenkopf, harcelée par les partisans sur ses arrières. L'assaut commence le 10 août et tourne à la guerre d'usure. Les Soviétiques lancent une contre-attaque dans le secteur Staraya-Russia/Demyansk le 14, et Manstein prélève la Totenkopf pour la briser. C'est chose faite entre les 19 et 21 août, au grand plaisir de Manstein, mais ce sacrifice permet aux Soviétiques de renforcer les défenses de Léningrad. La Totenkopf est ensuite engagée dans de coûteux combats pour franchir la rivière Pola, ce qui n'est réalisé qu'en septembre. La division passe sur la défensive, comme la 16. Armee, le 12 septembre, et se retranche au nord de Demyansk. Les signes d'une offensive soviétique se multiplient. Eicke, qui revient le 21 septembre, trouve une division en piètre état. Entre les 23 et 27 septembre, les Russes attaquent littéralement en vagues successives pour emporter les positions de la Totenkopf, engageant jusqu'à 3 divisions d'infanterie et 100 chars pour y parvenir. Les Waffen-SS se font tuer sur place. Le capitaine Seela, commandant de compagnie du bataillon de sapeurs, dirige une des escouades antichars spéciales créées par Eicke pour démolir les T-34 : il en pulvérise 7, et abat les équipages survivants. Le caporal Christen, du bataillon de chasseurs de chars, reste seul à sa pièce pendant 3 jours après la mort de ses camarades, entre les lignes, et détruit 13 chars et tue une centaine de soldats soviétiques. Il est décoré par Hitler de la Ritterkreuz. Les Soviétiques stoppent leurs assauts le 29. La Totenkopf a tenu mais à un prix considérable : elle a perdu plus de 6 600 hommes depuis le début de la campagne et n'a reçu que 2 500 remplaçants. Le 2. Armee Korps dont fait partie la Totenkopf, dans la 16. Armee, poursuit les Soviétiques en retraite dans les collines de Valdaï en octobre. Là, la division se heurte à des positions défensives particulièrement coriaces. Dès la fin octobre, les officiers signalent que les hommes n'ont plus l'allant nécessaire pour l'offensive. A partir de la deuxième semaine de novembre, les Waffen-SS sont victimes de l'action des partisans qu'il réprime avec la plus grande brutalité : exécution de civils et aucun prisonnier. Eicke souligne la pénurie d'officiers et s'inquiète de la qualité des nouvelles recrues, qu'il ne juge pas assez endoctrinées dans le national-socialisme. Pourtant ce sont les qualités mêmes de la division en défensive qui expliquent qu'elle ne soit pas retirée du front : la Wehrmacht juge qu'elle est indispensable par sa présence pour conserver le secteur.

    Entre janvier et octobre 1942, avec les contre-offensives soviétiques de l'hiver, la Totenkopf fait partie des unités encerclées dans la poche de Demyansk, dans les collines de Valdaï. L'attaque soviétique contre la 16. Armee débute dans la nuit du 7 au 8 janvier 1942, alors que la température atteint les -40°. La Totenkopf est en première ligne de la pince nord de l'encerclement voulu par les Soviétiques, au sud-est du lac Ilmen. Le 8 février, une bonne partie de la 16. Armee se retrouve encerclée par les Soviétiques, en tout 95 000 hommes de 6 divisions dont la Totenkopf. Les Waffen-SS forment deux Kampfgruppen qui interviennent sur les points chauds de la poche, ravitaillée par air. Ils souffrent moins du froid que les autres assiégés car le HSSPF du nord de la Russie, Jeckeln, basé à Riga, un ancien de la Totenkopf, leur expédie des vêtments chauds des victimes des SS. Les attaques soviétiques cessent à partir de la seconde semaine de mars 1942. Au 20 mars, la Totenkopf a perdu 12 625 hommes sur un effectif de 17 265 au 22 juin précédent, la moitié entre janvier et mars 1942. Il ne reste plus que 9 669 hommes de la Totenkopf dans la poche. La division participe à l'établissement d'un corridor pour débloquer le siège depuis l'intérieur de la poche. Himmler rabroue néanmoins le rapport d'un docteur de bataillon du régiment 1 de Simon indiquant que 30% des hommes sont impropres au service en raison du manque d'alimention et des conditions de vie sur place. Eicke reçoit le 5 mai le commandement des 14 000 survivants de la poche pour maintenir ouvert le corridor ; la Totenkopf ne récupère que 3 000 mauvaises recrues selon Eicke. Le 26 juin 1942, ce dernier est à Rastenbourg pour recevoir les feuilles de chêne de la Ritterkreuz, mais en profite aussi pour demander à Hitler le retrait du front de sa division pour qu'elle soit reconstituée. Peine perdue : la Totenkopf affronte les attaques soviétiques en juillet, en août ; Simon s'alarme sans cesse des pertes et ne commande plus qu'à 7 000 hommes. Le 28 août, Hitler donne enfin son accord pour le retrait de la Totenkopf destinée à devenir une Panzergrenadier Division. Le SS Standarte Thule de la réserve, le bataillon de chars déjà formé à Buchenwald sont envoyés en France pour servir de noyau. 6 000 hommes du RAD sont également mobilisés. Quand la Totenkopf est finalement transférée à la mi-octobre, il ne reste que 6 400 hommes dont deux tiers de non-combattants. Eicke et Simon rejettent la faute sur la Wehrmacht et le haut-commandement alors qu'en réalité, ce sont les décisions d'Hitler qui ont le plus pesé sur le sort de la Totenkopf en 1942.

    La reconstruction s'étale jusqu'en janvier 1943. Elle prend part aussi à l'augmentation du poids de la Waffen-SS, dont les divisions jouent le rôle de "brigades de pompier" sur le front de l'est jusqu'en mai 1945. La reconstruction de la Totenkopf a en fait débuté dès mai 1942 avec la formation d'un Panzer Abteilung à Buchenwald, alimenté par la Allgemeine-SS et des unités de garde des camps. En juillet, le régiment Thule est assigné à la division, puis 1 500 réservistes SS de Varsovie. L'armement lourd arrive également, même si les livraisons de chars sont retardés en raison des exigences du front russe et de celui d'Afrique. La division reçoit ses blindés ainsi qu'une compagnie de chars Tigres ; le personnel vient de la 6ème division SS  Nord. Eicke, basé à Bordeaux, supervise la reconstruction ; le personnel est concentré à Paderborn, les trois quarts sont de nouvelles recrues qu'il faut formater à la méthode Eicke. L'entraînement prend du retard car la Totenkopf est mobilisée pour l'invasion de la zone sud après le débarquement en Afrique du Nord. C'est une division faisant feu de tout bois pour récupérer son équipement et former ses hommes qui est expédiée de nouveau à l'est où elle arrive à Kiev le 14 février 1943. Eicke doit rejoindre la Leibstandarte et la Das Reichà Poltava, au sein du 1er corps SS de Hausser qui abandonne tout juste Kharkov aux Soviétiques. La Totenkopf participe à la contre-offensive de Manstein : dans un premier temps, les armées soviétiques trop avancées sont isolées et détruites. Victoire chèrement payée par la mort d'Eicke le 26 février abattu dans son petit avion Fieseler Storch par des tirs venus du sol. Le corps est récupéré et les honneurs lui sont rendus ; le régiment de chars de la division porte désormais son nom. La mort d'Eicke n'enlève rien à l'efficacité de l'unité : véritable légende, Eicke a imprimé son style à la division, qui lui survit. Il a été l'un des exécutants fidèles du nazisme, créant le système des camps de concentration et transformant ses gardiens en soldats du nazisme. Le 1er corps SS défait les renforts soviétiques accourus pour protéger Kharkov ; Hausser lance ensuite ses hommes en combats de rues pour reprendre la ville. La Totenkopf n'y est pas engagée dans sa totalité et subit moins de pertes que les deux autres divisions, ce qui la laisse en meilleur état pour l'opération Zitadelle qui va suivre. La victoire à Kharkov constitue un excellent coup de fouet au moral d'Hitler et même des Waffen-SS. A Koursk, la Totenkopf opère avec ses deux consoeurs sur le flanc sud du saillant, au sein de la 4. Panzerarmee de Hoth, à l'extrême-droite du dispositif. Les défenses soviétiques sont particulièrement rudes et la Totenkopf doit veiller à garder le flanc, mais elle obtient la pénétration la plus au nord avant le choc de Prokhorovka le 12 juillet. La Totenkopf voit sa capacité offensive émoussée comme les autres divisions ; Zitadelle est un échec. Paradoxalement malgré le résultat final Hitler est encore plus impressionné par les performances des Waffen-SS. La Totenkopf repousse l'offensive soviétique sur le Mious, puis affronte l'opération Roumantsiev devant Kharkov. Elle passe le Dniepr en septembre. Sydnor rappelle que les Soviétiques l'accusent à cette occasion de crimes de guerre contre la population, ce que l'historien pense exagéré ; peut-être pas tant que ça car on sait aujourd'hui que le repli allemand s'est effectivement accompagné de mesures draconiennes (dans ce dernier chapitre qui couvre la période 1943-1945, Sydnor précise bien qu'il ne travaille plus à partir des archives, détruites à Potsdam lors d'un raid aérien allié en février 1945 ; les sources sont autres, ce qui explique la brièveté du chapitre et parfois son caractère daté). La Totenkopf bataille sur le Dniepr en octobre-novembre 1943, notamment pour défendre la tête de pont de Krivoï Rog. En janvier, elle est rattachée à la 8. Armee avec la Grossdeutschland et se bat devant Kirovograd, avant de se replier vers le Dniestr et la Roumanie et de participer aux contre-attaques dans le secteur en avril-mai. Une pause survient pendant laquelle la division absorbe 6 000 remplaçants : 1 500 blessés de retour au front  et 4 500 hommes venus de la 16ème division SS Reichsführer SS. Avec le déclenchement de Bagration, la Totenkopf arrive le 7 juillet pour soutenir les débris de la 4. Armeeà Grodno, avant que Model ne l'emploie pour détruire les pointes blindées soviétiques devant Varsovie. Rattaché au 4ème corps blindé SS, la Totenkopf défait les coups de sonde de l'Armée Rouge devant la capitale polonaise jusqu'en octobre 1944. En décembre, elle est transférée en Hongrie où à partir de janvier 1945 et jusqu'en mars, elle participe aux contre-attaques voulues par Hitler pour dégager Budapest assiégée puis conserver le plus possible de terrain en Hongrie. Après leur échec, les Waffen-SS se replient sur Bratislava et Vienne, où les Soviétiques entrent le 13 avril. Les restes de la division se rendent à la 3ème armée américaine le 9 mai qui les remet aux Soviétiques.

    Le dernier chapitre est la conclusion de l'ouvrage. La Totenkopf s'est imposée comme une des divisions les plus remarquées de la Waffen-SS. Faisant partie des premières divisions, son encadrement a participé à la mise sur pied de nouvelles unités pendant la guerre. 9 officiers ayant commandé des bataillons ou des régiments de la Totenkopf ou de son état-major ont fini commandants de divisions de la Waffen-SS ; 3 ont commandé des corps d'armée ; 1, Lammerding, a été le chef d'état-major d'Himmler au groupe d'armées Vistule en 1945. La réputation de brutalité de la division n'est pas surfaite : du massacre du Paradis à celui des troupes nord-africaines ou coloniales, jusqu'à la déportation de prisonniers soviétiques en plein combat à Demyansk à l'été 1942. Eicke a réussi à importer son système d'organisation et d'endoctrinement des unités de gardiens des camps à sa division de la Waffen-SS. En URSS, tout en s'attirant le respect de généraux comme Manstein, la Totenkopf brûle les villages, exécute les prisonniers et les commissaires politiques. 2 des 3 successeurs d'Eicke à la tête de la Totenkopf, Simon et Becker, sont des associés du système des camps. Simon a été jugé pour le massacre de civils italiens en août 1944 à la tête de la division Reichsführer SS ; Becker était connu pour ses déprédations en particulier sexuelles à l'est. Contrairement au discours apologétique construit par la HIAG (association des anciens Waffen-SS) et leurs partisans après la guerre, la Totenkopf a directement participé à des crimes de guerre. Lammerding, qui commande la Das Reich en 1944, est responsable des massacres de Tulle et n'a pas désapprouvé celui d'Oradour. Priess, qui a commandé la Totenkopf avant de prendre la tête de la Leibstandarte, a été jugé pour le massacre de prisonniers américains pendant la bataille des Ardennes. L'interpénétration entre la Waffen-SS et les autres organisations nazies, dont certaines se sont rendues coupables de crimes abominables, est évidente. En octobre 1941, la Totenkopf reçoit en renfort une compagnie de Waffen-SS ayant servi avec l'Einsatzgruppe A. La division reçoit vêtements et autres fournitures produites à Dachau ; les transferts de personnel avec les gardiens des camps dans les deux sens sont continus. Himmler a aussi envoyé au début de la guerre de futurs HSSPF des territoires occupés dans la Totenkopf pour acquérir une expérience militaire. Schmauser, qui sert dans l'état-major de Eicke en mars 1940, devient HSSPF de Haute-Silésie et dirige la logistique de l'extermination à Auschwitz. Jeckeln, dont on a déjà parlé, a commandé un bataillon du régiment 1 au printemps 1940, avant d'être HSSPF du sud de l'URSS puis du nord, à Riga. La Totenkopf reçoit en plus des fournitures de Riga 500 montres récupérées à Auschwitz de la part de Hans Frank. Jürgen Stroop a servi comme lieutenant de juillet à septembre 1941 dans la Totenkopf, avant d'être l'expert racial de Himmler dans le Caucase, puis d'écraser l'insurrectio du ghetto de Varsovie et de déporter les Juifs grecs en 1943. Ce ne sont que quelques exemples parmi ceux développés par Sydnor dans ce chapitre qui montre combien la division est intégrée à toute l'architecture SS. La Totenkopf est au final un condensé très représentatif de l'instrument de guerre qui révèle la vraie nature de la SS et du nazisme.

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    Dans la foulée du n°61 commenté hier, j'enchaîne avec le n°62, le dernier en date. Dans l'éditorial, toujours des ambitions : ici, celle de ne pas faire seulement de l'histoire "opérationnelle" et d'explorer "toutes les facettes" de l'histoire militaire ; et se rapprocher de la "vérité historique" en revenant sur des "images d'Epinal"... un ton qui ressemble parfois fort à celui d'un magazine concurrent apparu il y a quelques années. Globalement ce numéro est meilleur que le précédent mais les objectifs définis dans cet édito sont encore loin d'être atteints.

    - dans les fiches de lecture je note la recension de l'ouvrage sur les mythes de la Seconde Guerre mondiale par B. Rondeau, que pour ma part je n'ai pas encore lu. Je m'étonne comme lui de l'assocation entre des historiens reconnus comme O. Wierviorka, qui appartiennent à l'université, et d'autres auteurs qui n'en sont pas et que je qualifierai "d'opportunistes", pour faire simple, tous ceux qui gravitent actuellement dans et autour de l'équipe de Guerres et Histoire depuis quelques années. La recension me conforte d'ailleurs dans les limites que l'on peut distinguer à cette association. Cependant j'attends de le lire pour me faire ma propre opinion.



    - le premier article est justement signé Benoît Rondeau et porte sur les mythes entourant la bataille de Kasserine. Comme de coutume, sur la guerre en Afrique du Nord, l'auteur maîtrise son sujet. Cette fois, il mentionne ses sources, ce qui est une bonne chose. Le texte est intéressant. Pour autant, sa dimension "chasse aux mythes" interroge : Guerres et Histoire bâti une bonne part de sa communication sur ce thème et l'introduction de tels articles peut laisser penser que 2ème Guerre Mondiale recherche la même chose (même idée sur l'article traitant de la Hitlerjugend, même si le résultat est moins bon cette fois), ce qui est dommage. On peut probablement mieux faire qu'une copie d'un modèle qui a aussi montré ses limites.

    - dans une rubrique Ecrire l'histoire, le même B. Rondeau décortique l'historiographie du maréchal Montgomery depuis la Seconde Guerre mondiale, qui oscille entre hagiographie et légende noire. En français, récemment, deux ouvrages différents sont sortis sur Montgomery, l'un d'entre eux est cité par l'auteur, l'autre l'est par allusion, mais on le devine facilement. On retombe sur la fameuse question de l'écriture de l'histoire par des personnes qui ne sont pas forcément des historiens de métier mais qui veulent gagner en visibilité en publiant un ouvrage et ainsi "lancer" une carrière éditoriale. Suffit-il d'avoir publié un livre sur un sujet donné et/ou des articles dans la presse spécialisée pour se présenter comme spécialiste, voire pour certains comme "historien" ? Sujet intéressant qui serait à creuser.

    - la deuxième partie du dossier de V. Bernard est, disons-le franchement, meilleure que la première. Cependant, à mon sens, le propos reste trop général pour être vraiment efficace. D'autant que les témoignages, schémas et tableaux qui illustrent le dossier ne sont pas sourcés : la bibliographie mentionnée dans la première partie et les quelques sites Internet donnés dans celle-là ne peuvent être la source de tous ces documents. Dommage !

    - dommage aussi que la double page intéressante (La 2ème Guerre Mondiale au présent) de David François (et non Vincent Bernard comme cela est indiqué dans le sommaire) sur la réhabilitation du fascisme en Italie ne comprenne pas quelques références (même si l'auteur y fait un peu allusion dans le texte).

    - déception également avec l'article de Christophe Prime sur la Hitlerjugend en Normandie, censé montrer que la réputation de la division est surfaite. On a là en fait un classique historique d'unité, avec un encadré très général sur la propagande, un autre sur les crimes de guerre, et un argument répété plusieurs fois, celui selon lequel la Hitlerjugend n'a pas été saignée à blanc plus que les autres formations en Normandie. N'aurait-il pas plutôt fallu problématiser réellement l'article autour des crimes de guerre, de la propagande nazie (et alliée pourquoi pas puisque l'auteur en parle), des relations avec les civils ? Les sources laissent songeur puisqu'à côté d'ouvrages sérieux sont cités 2 livres des éditions Heimdal, bien connues pour leur fascination pour les SS et un certain penchant politique qui va de pair...

    - Franck Ségretain livre un article original sur la bataille de Stalingrad dans l'oeuvre de Vassili Grossman. Les sources apparaissent en note : l'auteur semble beaucoup s'inspirer de l'ouvrage de Myriam Anissimov ; les encadrés sont instructifs mais dans le texte lui-même il y a beaucoup d'extraits de l'oeuvre de Grossman et finalement assez peu d'analyse. Dommage car le sujet promettait.

    Au total, comme je le disais en préambule, le N°62 est meilleur que le 61 (on note par contre qu'entre les deux numéros les pages d'actualités sur le conflit au début du magazine ont disparu). Pour autant, si les sources apparaissent plus, la problématisation réelle des articles a plus de mal à faire son chemin, tout comme le fait de s'extraire d'une histoire souvent opérationnelle. Comment souvent, tout dépend de qui écrit, et sur quoi. S'approcher de la "vérité historique", c'est peut-être d'abord faire de l'histoire, tout simplement, même dans les magazines de la presse spécialisée.

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    Ouest de l'Australie, mai 1915.Archie Hamilton (Mark Lee), un coureur talentueux, songe à s'engager dans l'armée. Entraîné par son oncle Jack (Bill Kerr), lui-même un vétéran, il idolâtre Harry Lascelles, le champion du 100 m. De son côté Franck Dunne (Mel Gibson), travailleur sur les chemins de fer en manque d'argent, est lui aussi coureur d'exception. Il affronte Hamilton lors d'une course...

    Gallipoli est un film de Peter Weir particulièrement intéressant pour sa reconstitution des conditions de vie de l'Australie de la Première Guerre mondiale. En revanche, on sent très bien le discours sur l'engagement volontaire des Australiens dans l'armée et leur baptême du feu lors de la campagne des Dardanelles, avec toutes les difficultés que cet engagement a connu, qui serait en quelque sorte le creuset de cette nation. Il s'intègre dans une série de films qui développe d'ailleurs ces thèmes en Australie et qui connaissent un certain succès mondial. Dans les scènes de course du film, on retrouve une musque de Jean-Michel Jarre (Oxygène). Le thème de la perte de l'innocence des jeunes Australiens durant la guerre est très présent ; thème auquel renvoie la lecture par l'oncle d'Hamilton du passage du Livre de la jungle où celui-ci devient un homme.





    Le film a été critiqué pour avoir un peu déformé la bataille "du goulet", qui constitue le paroxysme du film, le 7 août 1915. Ce jour-là deux régiments de la 3rd Light Horse Brigade australienne charge les positions turques à la baïonnette, et perdent 40% de tués pour des gains dérisoires. Gallipoli laisse entendre que le commandement durant la bataille est britannique, alors qu'en réalité ce sont bien des officiers australiens qui ont planifié l'assaut. De même, les Australiens ne couvraient pas uniquement un débarquement de troupes britanniques par une attaque de diversion comme cela est dit dans le film.






    Ce qui intéresse Peter Weir en réalité (c'est d'ailleurs une constante dans ses films : on n'est pas en présence ici d'un film de guerre à proprement parler), c'est le sacrifice de cette jeunesse australienne qui s'engage pour des raisons variées comme le montre l'exemple des deux coureurs, et qui a profondément marqué le pays. Il faut attendre plus d'une heure dans le film (sur 1h40) pour que les deux coureurs s'engagent et soient expédiés en Egypte pour l'entraînement puis aux Dardanelles. Un pays qui se cherche, qui cherche à se positionner contre la domination britannique ce qui dans le film explique en définitive le carnage de la bataille du goulet : on répète l'assaut contre les mitrailleuses turques pour ne pas perdre la face devant les Britanniques. Avec comme résultat cette jeunesse fauchée et cette dernière image en forme d'allusion aux photos de Robert Capa.




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