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    L'idée semble de primer abord originale. Kris, le scénariste de la fameuse série Notre mère la guerre, très réussie, décide d'imaginer un carnet de la légion tchèque. Comme le rappelle la petite introduction sous forme d'images, d'une carte et d'extraits fictifs de correspondance, des Tchèques de l'empire austro-hongrois se sont en effet rendus aux Russes dès 1915 en servant dans l'armée de cet empire multinational, puis sont passés au service des Russes. Ces Tchèques, organisés en unités constituées, se battent aux côtés du gouvernement provisoire en 1917. Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, ils tiennent une partie de Transsibérien.

    Le premier tome commence à Tcheliabinsk, en mai 1918, juste avant l'incident qui va précipiter les Tchèques contre les bolcheviks. La peinture de ce moment de la guerre civile russe est intéressante. Cependant, les flash-backs continuels désorientent un peu le récit et le personnage principal, Jaroslav, grande gueule, en fait peut-être un peu trop à côté de son ami le peintre, beaucoup plus effacé (même si c'est voulu). Le deuxième tome continue sur cette lancée en suivant le parcours erratique de la légion tchèque sur le Transsibérien, au fil des combats. L'album se termine sur une mission improbable à Iekateribourg, où est alors retenue la famille impériale russe par les bolcheviks.

    L'histoire s'arrête à la fin du deuxième tome et laisse un goût d'inachevé, puisque l'histoire n'est pas véritablement terminée (la série semble s'être arrêtée en cours de route). Le propos est confus, on ne voit pas bien où les auteurs veulent en venir. Il faut noter aussi que le texte, parfois particulièrement dense, rend la lecture pénible par moments, sans compter que le dessin, loin d'être désagréable, n'est pas très dynamique. Le rythme n'est pas vraiment là, surtout dans le premier album où il faut un certain temps pour que le contexte de l'histoire, les personnages et leur vécu soient réellement posés. Bref, pas réellement convaincu par un traitement sur un thème qui était pourtant porteur.






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    Si les Britanniques sont nombreux à rejoindre le djhad en Syrie et maintenant en Irak, le voisin irlandais contribue lui aussi à ce phénomène inédit dans l'histoire du djihad contemporain.

    L'un des premiers Irlandais repérés en Syrie est Houssam Najjair, un Irlandais d'origine libyenne. « Irish Sam » est né d'un père libyen et d'une mère irlandaise (convertie à l'islam il y a 30 ans). Il combat d'abord en Libye contre le régime de Kadhafi, où il est surnommé « le sniper de Dublin » puis en Syrie. Ses motivations relèvent du « djihad défensif », mais on note aussi qu'il a pris goût à la vie de combattant. En Syrie, Irish Sam cherche à entraîner les rebelles contre le régime de Bachar el-Assad. Il parvient à gagner la province d'Idlib où opère une brigade dirigée par son beau-frère, Mehdi Harati. L'Irlandais forme des groupes de snipers (sa spécialité), participe à la maintenance des armes, conduit des convois de vivres vers Alep1. Houssam a écrit un livre sur son expérience en Libye.


    Irish Sam sur un toit, près d'Alep, en août 2012, en mission d'escorte d'un convoi humanitaire.





    Mehdi Harati, habitant de Dublin, est marié à une Irlandaise et père de quatre enfants. Il a participé à la flottille se dirigeant vers Gaza en mai 2010. En 2011, il crée la « brigade de Tripoli », une des premières unités à se diriger dans la capitale en août. Après la chute de la ville, il devient commandant adjoint du conseil militaire. Mais il est ensuite rétrogradé et redevient commandant de brigade. C'est alors qu'il effectue un premier voyage en Syrie, à des fins humanitaires. Il est contacté par des rebelles qui lui demandent d'établir une unité similaire sur place2.


    A droite, Medhi al-Harati, avec Irish Sam à gauche, en Libye.


    Shamseddin Gaidan, un jeune musulman de Dublin âgé de seulement 16 ans, est tué en février 2013. D'origine libyenne, le jeune homme avait profité d'un séjour en vacances en Libye en août 2012 pour gagner la Syrie via la Turquie. Il avait manifesté le désir de partir se battre aux côtés des rebelles libyens dès 2011. C'est le deuxième Irlandais à trouver la mort en Syrie, après Hudhaifa El Sayed, un Irlandais d'origine égyptienne venant de Drogheda, tué dans le nord du pays en décembre 20123. Alaa Ciymeh, un Irlandais d'origine jordanienne (et palestinienne), fils d'un habitant de Dublin, est tué en mai 2013. Il tenait depuis 2008 un petit commerce en Jordanie. Hisham Habash, un Libyen d'origine palestinienne ayant grandi en Irlande, diplômé de l'université de Dublin, est tué en juin 2013 dans le nord-est de la Syrie, près de Raqqa4.


    Shamseddin Gaidan.

    Hudhaifa el Sayed.
    Alaa Ciymeh.


    L'étude de l'ICSR d'avril 2013 précise que 26 Irlandais ont rejoint la Syrie depuis 2011. A cette date, l'Irlande est l'un des pays les plus concernés par le djihad syrien en raison de sa petite population. Peter Neumann confirme que la plupart des combattants irlandais sont d'origine libyenne. Ils appartiennent souvent à un groupe, Liwa al-Ummah, qui a combattu Khadaffi. Après leur retour en Irlande, ils sont repartis combattre le régime en Syrie. A ce moment, leurs motivations sont religieuses mais sans verser dans l'idéologie radicale d'al-Qaïda5.

    En juin 2014, le chiffre des Irlandais impliqués dans le djihad n'a pas trop évolué puisqu'il plafonne à 30 personnes, selon les autorités6. En février 2015, un Irlandais de l'Etat Islamique qui a fait défection (il avait servi dans l'Armée Syrienne Libre avant d'être contraint à rejoindre l'EI) prétend que 40 Irlandais combattent au sein de l'Etat Islamique. Celui-ci rechercherait particulièrement les Irlandais comme tireurs d'élite7. Les Irlandais djihadistes sont souvent avec les Britanniques. Abou Omar affirme aussi que les Tchétchènes jouent un rôle important au sein de l'EI, servant de troupes de choc. Les Irlandais ont combattu à Kobane et seraient maintenant dans la province de Deir-es-Zor. Le département d'Etat américain estime quant à lui que 70 Irlandais ont déjà rejoint le djihad syrien. Abou Omar n'a pas connaissance de femmes irlandaises ayant rejoint la Syrie8.

    James Brandon, qui a écrit en janvier 2016 un article sur le sujet pour la Jamestown Foundation, rappelle que pour un pays comptant 50 000 musulmans, l'Irlande a un taux de départ très élevé avec 30 à 50 personnes dont 3 tués, et 30 à 40 personnes parties rejoindre l'Etat Islamique (chiffres de novembre 2015), ce qui la place en proportion au même niveau qu'un pays comme la Finlande. L'Irlande servirait également de base logistique à l'EI, abritant les candidats au départ avant le vol vers la Turquie pour induire en erreur les autorités. Un expert évalue entre 20 et 50 le nombre de comptes Twitter irlandais supportant l'EI ; en juillet 2015, des musulmans manifestant contre l'EI ont été agressés près d'une mosquée de Dublin par deux hommes supporters de l'organisation. Outre l'effort de propagande, le terrain est fertile en raison de l'influence d'un islam très dur, représenté par le Centre Culturel Islamique d'Irlande basé à Clonskeagh, dans la banlieue de Dublin. Ce dernier a refusé par exemple de rejoindre une manifestation anti-EI organisée par des musulmans soufis en juillet 2015. La police irlandaise a créé en 2014 une unité spéciale chargée de suivre les militants et autres radicaux liés à l'Irlande. Mais les forces de sécurité irlandaises reconnaissent elle-mêmes leurs limites face à la menace9.


    2Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.
    4Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.
    9http://www.jamestown.org/programs/tm/single/?tx_ttnews[tt_news]=44952&tx_ttnews[backPid]=26&cHash=cc225e2b73cea6bff372f1be5b057533#.Vq3MIjElvSs

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    Le Portugal, qui n'est pas une cible de premier plan du terrorisme islamiste, a cependant renforcé ses mesures de sécurité après les attentats du 11 septembre 2001 et surtout après ceux de Madrid en mars 2004. Néanmoins, sa proximité avec l'Espagne et l'idée du djihad global en font une cible pour d'éventuelles attaques. La communauté musulmane portugaise a une présence ancienne : celle installée au Moyen Age fut expulsée par le roi Manuel Ier en 1496-1497. Aujourd'hui, elle comprendrait 40 à 50 000 personnes ce qui est peu (0,35% de la population). Entre 50 et 70°% d'entre elles sont des citoyens portugais. L'essentiel de cette population est venue au Portugal après 1974 et le processus de décolonisation, notamment de Guinée-Bissau, et s'est surtout installée à Lisbonne. Après l'adhésion à ce qui devient l'Union Européenne, des Marocains, Tunisiens, Algériens, Bengalis et Pakistanais rejoignent ces premiers arrivants, de même que des Sénégalais. De nombreux migrants sont naturalisés entre 1992 et 1997. La communauté musulmane portugaise, qui comprend beaucoup d'hommes jeunes, est donc très diverse, et s'est répandue progressivement dans tout le pays et pas seulement qu'à Lisbonne. Certains arrivants du Maghreb et du Pakistan ont pu créer des noyaux d'islam radical au-delà de la Communauté Musulmane de Lisbonne, organisme sunnite qui encadre les musulmans portugais. C'est le cas de Jamaat Islami et Tablighi Jamaat, le second mouvement utilisant le Portugal comme plate-forme de communication en portugais vers les pays d'Afrique subsaharienne et le Brésil. Deux membres d'une cellule terroriste démantelée à Barcelone en 2008 et un participant des attentats de Madrid en 2004 avaient suivi les prêches de ce mouvement portugais. Les autorités portugaises craignent l'influence de militants formés au Pakistan. L'imam de la mosquée centrale de Lisbonne avait fait part aux autorités d'une tentative de recrutement par une cellule qui n'a pas rencontré de succès, en raison de la bonne intégration des musulmans portugais1.



    Depuis 2004, les services de renseignement intérieurs portugais pointent les efforts de recrutement et de radicalisation de musulmans locaux. L'année précédente, une cellule de Nord-Africains construite pour des fins logistiques avait été démantelée. 13 Algériens sont arrêtés dont Sofiane Liab, accusé de fabriquer de faux passeports et de fausses cartes d'identité et de crédit. Liab, qui a vécu à Hambourg, était proche de Mohamed Atta, l'un des terroristes du 11 septembre, et d'un de ses compagnons, le Tunisien Ben Yamin Issak, qu'il a continué de fréquenter à Lisbonne. En septembre 2002, les deux comparses tentent d'embarquer dans un avion à Lisbonne avec un faux passeport français. Liab y est arrêté. Issak est quant à lui appréhendé à l'aéroport de Liverpool en juillet 2003 et impliqué dans un projet d'attentat utilisant un poison, la ricine. Le groupe d'Algériens dont faisait partie Liab s'était installé au Portugal après les attentats du 11 septembre : certains avaient un passif criminel dans le trafic de drogue ou la contrefaçon de documents. Un rapport de 2007 indique que des membres du groupe de Hambourg des attentats du 11 septembre ont transité par le Portugal. En juin 2004, plusieurs Marocains sont arrêtés sur suspicion de planification d'un attentat à Oporto, contre la famille royale néerlandaise, alors même que le Portugal accueille la coupe de l'UEFA. L'un des Marocains, Nouriddin El Fatmi, a vécu à Amsterdam dans le même appartement que le futur assassin de Theo van Gogh. En 2006, plusieurs Néerlandais originaires du Cap Vert sont arrêtés à Amadora, dans la banlieue de Lisbonne : le chef du groupe, un islamiste radical faisant partie du groupe Hoftsadt, est passé par un camp d'entraînement au Yémen. En novembre 2006, l'Algérien Samir Boussaha est arrêté sous l'accusasion de recrutement pour une organisation toujours dans la ville d'Oporto, où il avait eu des contacts avec le groupe arrêté en 2004. Il recrutait en direction de l'Irak et de l'Afghanistan. Les services de renseignement portugais pointent aussi des oeuvres de charité qui semblent financer en réalité le terrorisme, notamment dans le sub-continent indien. Un autre problème est celui des mariages de convenance destinés à fournir à des immigrants musulmans des papiers en règle dans l'espace Schengen. En 2008, plus d'un millier de cas ont été recensés, principalement entre des Pakistanais et des Portugaises de basse extraction sociale, payées pour ce mariage arrangé. Un réseau organisé pour ce faire existe en Angleterre. Au moment du démantèlement d'une cellule basée à Barcelone en 2008, le Portugal arrête deux individus suspectés d'être liés à ce groupe2.

    Les premiers départs de Portugais pour le djihad syrien remontent à 2012 mais le phénomène ne trouve un écho dans la presse lusitanienne qu'à partir de 2014. En janvier 2013, un Portugais est arrêté par les autorités britanniques avec 3 autres personnes, à l'aéroport de Gatwick, alors qu'il se préparait à partir pour la Syrie3.

    En avril 2014, une vidéo d'un groupe affilié à l'EIIL montre Abu Isa Andaluzi qui est identifié comme Celso Rodrigues Da Costa, un Portugais né à Lisbonne d'une famille originaire de Guinée-Bissau, ayant rejoint le Royaume-Uni et qui vivait à Leyton, dans la banlieue est de Londres. La vidéo le présente comme un ancien joueur du club de football d'Arsenal, ce qui semble très exagéré. Une douzaine de Portugais recruterait des candidats de leur pays d'origine sur place4. Cette cellule a probablement eu des contacts avec des groupes britanniques radicaux comme Sharia4UK ou al-Muhajirun5. Sur les 5 Portugais partis qui ont été identifiés, l'un (Edgar) a converti son frère (Celso) et ses 3 amis. Edgar, 31 ans, est le premier à être parti en 2012-2013. Il communique pour la propagande de l'EI sur les réseaux sociaux et dirigait en avril 2014 un groupe de djihadistes portugais à Alep sous les ordres d'Omar Shishani. Fabio, 22 ans, l'a rejoint en octobre 2013. Il est passé par Raqqa et a filmé une vidéo lors de la chute de Mossoul en juin 2014. Patricio est le plus traqué par les services de sécurité : il a rejoint la Syrie en octobre 2012 et aurait fourni un support logistique à l'attaque des Shebaab en Tanzanie en 2014. Il joue un certain rôle au sein de l'EI. Sandro, le dernier du groupe de Leyton à être parti en janvier 2014, est mort devant Kobane fin octobre. En mai 2014, l'EIIL honore la mémoire de Abu Osama Al-Faransi, José Parente, un Français d'origine portugaise qui jette son véhicule kamikaze sur une caserne de l'armée irakienne à l'est de Badgad6. En juillet 2014, la police portugaise arrête un homme, formé dans un camp d'entraînement en Syrie, qui cherchait à monter sur le train d'atterrissage d'un avion partant pour l'Angola depuis l'aéroport de Lisbonne7. En septembre 2014, on estime qu'une douzaine de Portugais, 10 hommes et 2 femmes âgés de moins de 30 ans, combattent avec l'Etat Islamique. Les premiers départs auraient commencé en 2012. Angela, devenue Umm, est né dans la campagne d'Alentejo dans une famille catholique8. Elle a rejoint l'EI en août et a épousé Fabio, le Portugais de Leyton devenu Abdu, qui combat sur place depuis 2013. Elle a simplement échangé sur Facebook avec lui : partie le 9 août, elle se marie le lendemain. Mikael Batista, 23 ans, a rejoint la Syrie en août 2013. Il a la double nationalité française et portugaise et a été élevé à Vila Real. Très actif sur les réseaux sociaux, il est proche de Mickaël dos Santos, un autre Franco-portugais parti en février 2013. La mère d'un autre Portugais parti rejoindre l'EI a tenté de le ramener, sans succès. Steve Duarte, du Luxembourg, rappeur originaire de Figueira da Foz, a également rejoint l'EI et participe à sa propagande.



    La mosquée où se rendait la cellule de Leyton.
    Fabio, en tenue de footballeur en Angleterre...

    Puis en Syrie.

    Avec une AK-47.

    Derrière une DSHK sur technical.

    Patricio.

    Avec un Dragunov.

    Mikael Batista.

    Mickaël dos Santos à gauche.

    Steve Duarte



    Batista filme les frappes aériennes sur Raqqa.

    Mickaël dos Santos serait présent lors de la scène d'exécution de l'Américain Peter Kassig et de 16 soldats du régime syrien.

    Celsio, Fabio et à droite une autre recrue célèbre de l'EI, l'ancien rappeur allemand Deso Dogg.
    Angela, devenue Umm, la femme de Fabio.


    Mikael Batista est lui-même tué en janvier 2015 devant Kobane. La cellule de Leyton aurait aidé des candidats britanniques au djihad à transiter par le Portugal, dans la banlieue de Lisbonne, à Massamá, Monte Abraão et Mem-Martins (avec 3 safe houses), pour prendre des vols vers Istanbul, entre la fin 2012 et la mi-2013. Celso et Edgar Costa, Fábio Poças, Nero Saraiva and Sandro Monteiro auraient ainsi fait passer au moins 10 personnes. La cellule aurait eu des contacts possibles avec "Jihadi John", le fameux bourreau de l'EI récemment tué. Les services de sécurité portugais expliquent que les djihadistes ne posent pas une menace pour l'instant au Portugal, car la plupart ont des fonctions importantes au sein de l'EI et ne cherchent pas à revenir au pays. Les candidats seraient davantage intéressés désormais par les salaires alléchants de l'EI plutôt que par des motifs religieux9. En mars 2015, Abu Juwairiya al-Portughali conduit une attaque suicide pour l'EI : ce serait le 4ème Portugais à mourir sur le champ de bataille syro-irakien10. En octobre, un Portugais est arrêté lors d'une opération anti-terroriste en Espagne et au Maroc. Il aurait eu des contacts avec l'assaillant du Thalys11.

     
    Mikael Batista.
     
    Mickaël dos Santos


    1Maria do Céu Pinto (2012) An evaluation of the jihadist threat in Portugal, Journal of Policing, Intelligence and Counter Terrorism, 7:2, 115-133
    2Maria do Céu Pinto (2012) An evaluation of the jihadist threat in Portugal, Journal of Policing, Intelligence and Counter Terrorism, 7:2, 115-133
    3http://portugalresident.com/portuguese-arrested-in-uk-for-alleged-terrorist-activity
    4http://www.gatestoneinstitute.org/4697/portugal-jihadists
    5http://multimedia.expresso.pt/jihad/EN/killing-and-dying/
    6http://cjlab.memri.org/lab-projects/hashtag-jihad-charting-jihadi-terrorist-organizations-use-of-twitter/isis-twitter-account-commemorates-french-suicide-bomber-in-iraq/
    7http://www.haaretz.com/middle-east-news/1.603364
    8http://www.gatestoneinstitute.org/4697/portugal-jihadists
    9http://expresso.sapo.pt/sociedade/portuguese-cell-helped-british-jihadists-to-fly-to-syria-via-lisbon=f908874
    10http://portugalresident.com/portuguese-jihadist-reported-dead-in-syria
    11http://theportugalnews.com/news/alleged-portuguese-jihadist-detained/36185

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    Myriam Benraad est docteur en sciences politiques de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, spécialiste de l'Irak et du monde arabe. Elle est chercheuse associée au CERI Sciences-Po et à l'IREMAM. J'avais déjà commenté ici même il y a quelques années le volume qu'elle avait écrit chez Cavalier Bleu dans la collection "Idées reçues" sur l'Irak, justement, réédité récemment ; un livre écrit d'ailleurs bien avant la guerre en Syrie et l'apparition de l'Etat Islamique en 2014.

    Cet ouvrage paru chez Vendémiaire l'an passé s'inscrit plus comme une réflexion sur l'histoire de l'Irak, notamment celle des sunnites, de la naissance de l'Irak après la Première Guerre mondiale jusqu'à l'apparition de l'Etat Islamique. La chercheuse s'inscrit en plein dans l'actualité en essayant de proposer des clés d'explication, in fine, sur la situation actuelle.






    Dans le premier chapitre, elle rappelle combien l'Irak a été l'épicentre d'une "vie intellectuelle et politique dense, nourrie par une société civile active et plurielle". Le sentiment national naît dès la monarchie. La violence se répand après le coup d'Etat des officiers de 1958 et surtout après la prise du pouvoir par les baasistes 10 ans plus tard. L'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein marque un tournant dans l'histoire irakienne. Avide d'un contrôle intérieur total et d'une expansion extérieure, Saddam achève de meurtrir la société irakienne avec la guerre contre l'Iran, la guerre du Golfe, puis l'embargo qui s'ensuit qui, paradoxalement, renforce un régime jouant sur le tribalisme et l'islam pour se maintenir. La situation du pays préfigure le chaos qui suivra l'invasion américaine en 2003. Dans le deuxième chapitre, Myriam Benraad rappelle que le tribalisme est partagé aussi bien par les chiites que les sunnites. La domination historique de ces derniers ne signifiait pas qu'il existait un "Etat sunnite". D'autant que le confessionnalisme n'était pas institutionnalisé et que les sunnites -comme les chiites- irakiens sont traversés de clivages internes. Une opposition sunnite a même existé notamment sous l'embargo : Saddam, sur la fin, n'était plus soutenu que par une minorité de sunnites... Pour les néoconservateurs américains pourtant, les sunnites sont l'ennemi à abattre en Irak dès les plans forgés dans les années 1990. Ces penseurs choisissent de favoriser les Kurdes et surtout les chiites, dans une lecture naïve des communautés irakiennes. Cette posture a été influencée par les opposants en exil comme al-Chalabi qui ont privilégié cette lecture communautaire désastreuse. C'est celle-ci qui s'impose comme l'auteur le montre dans le troisième chapitre : la débaasification, très disputée, est une catastrophe. Privés d'emplois, marginalisés politiquement et économiquement, les sunnites se replient sur une identité non pas confessionnelle mais irakienne et musulmane. La colère gronde, favorisée par le discours d'entités comme le Comité des Oulémas qui rejette totalement l'occupation américaine. Les premiers opposant d'ailleurs ont été les chiites au sud, comme cela est rappelé dans le 4ème chapitre. Les sunnites s'engagent dans la lutte armée pour une libération nationale. Les résistants baasistes, autour d'al-Douri, relaient le discours de Saddam, nationaliste, panarabe et islamique à la fois. Mais les baasistes sont divisés sur Saddam et se heurtent à l'incompréhension d'autres résistants. L'insurrection est disparate. Falloujah va en devenir le symbole. La ville se partage entre soufis, Frères Musulmans et islamistes quiétistes désormais politisés. Très liée au pouvoir, la ville est frappée de plein fouet par la débaasification. Les Américains ont ouvert le feu sur une manifestation devant une école primaire dès le 18 avril 2003 ; à la fin de l'année, les insurgés s'emparent d'une partie de la ville et y installent un émirat de Falloujah, bientôt dominé par les djihadistes étrangers d'al-Qaïda et leur chef, Zarqawi. Après la mort des contractuels de Blackwater en mars 2004, les Américains y conduisent deux opérations, en avril et en novembre, alors même que Moqtada al-Sadr soulève les chiites, notamment à Najaf. Les batailles de Falloujah soulignent la confessionnalisation -sunnites et chiites ne se rejoignent pas dans la lutte- et la victoire du salafisme comme registre principal de l'insurrection. Comme le rappelle le chapitre 6, le salafisme est un courant multiple. L'Irak a été influencé par le wahhabisme mais aussi par le courant plus rationaliste né au XIXème siècle et représenté par al-Alousi. Le développement des Frères Musulmans est brisé par le coup d'Etat de 1958. Les salafistes profitent de l'affaiblissement du pouvoir irakien sous Saddam pour investir le champ social et religieux. Le dictateur, jouant la "campagne de la foi", voit finalement cette politique se retourner contre lui. Le salafisme irakien devient fondamentaliste et tourné vers un djihad offensif. La montée en puissance d'al-Qaïda sanctionné en octobre 2004 par le ralliement de Zarqawi à Ben Laden s'effectue d'abord par l'arrivée de djihadistes étrangers, puis par l'émergence d'une nouvelle génération irakienne. Pour restaurer le califat, Zarqawi est convaincu qu'il faut éliminer les chiites irakiens. Al-Qaïda propage la confessionnalisation du conflit.

    L'attentat contre les mausolées de Samarra, en février 2006, précipite la guerre civile. Celle-ci se nourrit de la destruction de l'Etat et d'une communautarisation installée par les Américains, entre chiites et sunnites notamment. La violence se déchaîne : aux exécutions et enlèvements s'ajoute la torture, quasi systématique. Les groupes armés pullulent. Les déplacements de population s'intensifient. La composition du pays s'en voit bouleversée. Bagdad devient le symbole de cette fracture. La guerre civile consacre l'échec du plan américain voulu en 2003. L'insurrection elle-même se divise : les nationalistes reprochent à al-Qaïda l'usage des attentats-suicides et l'attaque des chiites. La mort d'al-Zarqawi en juin 2006 entraîne l'émergence d'une nouvelle génération de djihadistes, irakiens. La création d'un Etat Islamique en octobre suscite l'incompréhension : l'Armée Islamique s'en prend à AQI et annonce en juin 2007 l'arrêt de ses opérations conjointes. Les oulémas sunnites, les partis politiques et les baasistes dénoncent aussi AQI. Les résistants se battent également pour le contrôle d'une économie souterraine prolifique, notamment la contrebande de pétrole. En 2006 apparaît le mouvement du Réveil basé sur les tribus sunnites. Celles-ci ont connu d'importantes transformations historiques en Irak. Décomposées après la prise de pouvoir du Baas, les tribus connaissent un regain avec les années difficiles de Saddam, dans les années 1990, où celui-ci joue la corde tribale. La coalition, qui n'avait pas approché les tribus en 2003, finit par se tourner vers elles dans la province d'al-Anbar. En 2006, Abou Richa est le premier cheikh à s'opposer à al-Qaïda ; les tribus veulent aussi garder la main sur la contrebande de pétrole. C'est une alliance de circonstance qui se reproduit dans tout le pays. Mais même si le Réveil obtient des succès avec le Surge américain du début 2007, il provoque l'inquiétude des chiites et des kurdes et divise encore l'insurrection. Les tribus, attaquées par AQI, ne sont pas intégrées à l'appareil gouvernemental et s'estiment lésées. La mort d'Abou Richa fin 2007 provoque le délitement du mouvement ; certaines repassent dans l'opposition voire à AQI. La transition démocratique se fait attendre. Les sunnites boycottent les premières élections de 2005 ce qui laisse logiquement la victoire aux chiites et aux Kurdes. Des partis politiques sunnites tentent alors de réinvestir le jeu politique, mais approuvent la constitution d'août largement favorable aux chiites et aux Kurdes. En mai 2006, après de nouvelles élections, Nouri al-Maliki, chiite du parti Dawa qui s'est allié aux Kurdes, devient Premier Ministre. Les sunnites quittent l'alliance avec Maliki dès l'été 2007 ; en outre le Comité des oulémas et le Parti Islamique reprochent aux tribus leur alliance avec les Américains. Le Réveil ne se transforme pas en mouvement politique. A l'approche des élections de 2010, Maliki instrumentalise la débaasification pour se débarrasser de ses adversaires politiques sunnites. Les élections sont ouvertes, avec une forte participation sunnite et des coalitions transcendant les différences religieuses. Mais Maliki refuse d'être battu et par les jeux de coalition parvient à se maintenir au pouvoir. La dérive autoritaire du pouvoir se confirme. Maliki n'avait pas hésité à utiliser l'armée contre les chiites à Bassora en 2008. Au moment des printemps arabes en 2011, l'armée tire aussi sur les manifestants sunnites. Etat unitaire centralisé historiquement, l'Irak est devenu fédéral avec la constitution de 2005. Les Kurdes, pour des raisons politiques et identitaires, sont les premiers à vouloir faire sécession. Un projet chiite de 2005 inspiré d'un plus ancien remontant aux années 20, prévoit aussi la partition du sud chiite. La partition est aussi liée aux enjeux pétroliers : les réserves se trouvent dans les zones chiites et kurdes de l'Irak. A partir de 2010, les sunnites s'éloignent d'un discours nationaliste et basculent en 2011 dans un séparatisme sunnite à connotation religieuse. L'invasion de l'Irak s'inscrit aussi dans une recomposition régionale. L'affrontement entre monarchies sunnites et l'Iran est instrumentalisé sur le plan religieux. L'influence de l'Iran en Irak est certaine mais ne doit pas non plus être surestimée. Même la Syrie, pourtant alliée de l'Iran, a servi de base arrière aux djihadistes d'AQI. Le soutien de certaines monarchies à la cause sunnite s'est retourné contre elles avec le retour des djihadistes. La Turquie d'Erdogan a cependant davantage réussi, peut-être, que l'Arabie Saoudite, alliée aux Américains, à montrer son influence sur les sunnites au niveau régional. La guerre en Syrie exacerbe ces rivalités régionales. Elle permet l'émergence d'un nouvel acteur, l'EIIL, qui prend tout le monde de court ou presque avec son offensive en Irak de juin 2014 et la création d'un nouvel Etat Islamique.

    La problématique du livre est finalement de savoir si le déchaînement de violence actuel est lié à l'occupation étrangère ou à une histoire qui prédisposerait le pays à la violence communautaire. Pour Myriam Benraad, la réponse est claire : ce sont les choix calamiteux des Américains qui ont pesé lourd dans la balance, de même que la marginalisation des sunnites. Les sunnites se sont transformés, et restent traversés de courants différents. La chercheuse se base sur une littérature secondaire (ouvrages et articles en français et étrangers, visiblement à jour puisque la plupart date des années 2000 et 2010), et utilise beaucoup de notes reportées en fin d'ouvrage. On sent la maîtrise du sujet à travers ce qui est un essai de remise en perspective de la situation actuelle : l'exposé est clair.

    Un ouvrage précieux donc pour comprendre comment l'Irak en est arrivéà sa situation actuelle. On peut regretter peut-être, mais ce n'est pas son but vu la taille, que le livre ne se concentre que sur les sunnites et ne revienne pas davantage sur les aspects sociaux ou régionaux (évoqués néanmoins en fin de volume) de la crise d'aujourd'hui. 


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    Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

    En janvier 2016, le wilayat Halab (Alep) de l'EI met en avant ses tireurs d'élite dans une vidéo intitulée "Flèche tueuse". Dans l'introduction de la vidéo, l'organisation insiste sur le professionnalisme de ses snipers, habilement camouflés, opérant comme c'est la règle en tandem (observateur + tireur) et manipulant des M-16 à lunette ou des fusils de précision SVD Dragunov. On voit d'ailleurs un des observateurs manipuler un téléobjectif pour renseigner son sniper.
















    Un des snipers témoigne ensuite à visage découvert : il s'agit de Abu Sulaiman Al Maki, un Saoudien venant de La Mecque. Derrière, appuyé contre un arbre, son fusil, un SVD Dragunov.


    Après le discours du Saoudien, les 4 dernières minutes de la vidéo montrent les snipers en action.

    1) Un tir nocturne : un sniper abat successivement 3 hommes qui sont d'après les bandeaux en arabes des soldats du régime ou alliés ("nusayris").







    2) Le deuxième tir de jour, a lieu d'après les bandeaux dans la région d'Al Safir. Un sniper abat un soldat du régime à 700 m de distance.





    3) Tir de jour : un soldat du régime qui passe la tête au-dessus de sacs de sable formant des fortifications de campagne est abattu.



    4) Même configuration : un soldat du régime dont la tête dépasse de sacs de sable, visiblement en train de discuter avec ses camarades, est abattu par un tir en pleine tête à 535 m de distance.



    5) Un sniper vise un canon de 14,5 mm KPV en position fixe, à 1 km de distance près de l'aéroport de Kwereis.


    6) Région d'Al Safir : un sniper cible un combattant du régime dont la tête apparaît derrière une position faite de briques. Pas sûr cette fois qu'il 'est abattu (550 m de distance).


    7) Toujours à Al Safir : un sniper vise un soldat en mouvement qui regagne une fortification de campagne où flotte un drapeau. Difficile de dire s'il est touché.


    8) Dans la scène suivante, de nuit, les snipers de l'EI tombent sur une tentative d'infiltration de combattants du front al-Nosra. Les tirs ne semblent pas porter mais forcent les combattants à se mettre à couvert.



    9) Un sniper prend pour cible un combattant du régime à Al Taanat, à 1 400 m de distance. Difficile là encore de dire que la cible est touchée...



    10) Le tir suivant vise à 500 m de distance, près de l'aéroport de Kwereis, un canon ZU-23 de 23 mm en position fixe. Difficile d'apprécier le résultat du tir.



    11) Toujours à Kwereis, c'est cette fois un canon KPV de 14,5 mm qui est visé. Le tir n'est pas facile à évaluer...

     

    12) Enfin, toujours à Kwereis, un tir à 353 m à travers l'embrasure d'une fortification de campagne où est installée une arme lourde qu'on voit tirer (mitrailleuse DSHK de 12,7 mm ?).










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    Merci pour l'aide précieuse de https://twitter.com/green_lemonnn qui a beaucoup contribué au contenu de cet article.

    L'organisation Badr joue un rôle conséquent dans la survie du régime syrien. C'est l'un des relais les plus anciens de l'Iran en Irak puisque sa présence remonte à Saddam Hussein. Revenu sur le devant de la scène avec l'invasion américaine en 2003, le Badr a su se positionner comme "groupe spécial" iranien dominant en noyautant l'armée et les forces de sécurité irakienne tout en entrant dans le gouvernement de Nouri al-Maliki puis d'Abadi où il occupe des ministères clés. Dès 2012, le Badr s'engage dans le soutien au régime de Damas par l'envoi de combattants. Cette participation est reconnue, comme pour d'autres milices chiites, à l'été 2013. Elle se fait alors plus prononcée. Avec la percée de l'EIIL devenu Etat Islamique, en Irak, en juin 2014, le Badr joue un rôle d'autant plus fort qu'il prend à sa charge la défense d'une province entière (Diyala) par-dessus l'armée. Le groupe reste engagé en Syrie mais renouvelle son effort en 2015 et surtout en novembre-décembre en préparation de l'offensive à Alep coordonnée avec l'intervention russe. Actuellement le Badr a engagé plusieurs de ses unités militaires, et non plus un simple corps expéditionnaire, en Syrie : sa participation est massive et le flot de combattants continu.




    Historique


    L'organisation Badr fait partie des "groupes spéciaux" iraniens, pour certains entretenus en Irak dès 2006-2007, et qui se sont maintenus dans le pays jusqu'à ce jour, et dont j'ai déjà parlé. Historiquement, l'organisation Badr est en fait le plus ancien de ces relais d'influence iranien en Irak puisqu'elle a été formée dans la décennie 1980. Les autres cadres importants des groupes spéciaux, comme Abu Mahdi al-Muhandis, en ont fait partie : ce dernier est proche de Hadi al-Ameri, le chef actuel du Badr (Muhandis est aussi l'envoyé spécial des Pasdaran, le numéro 2 de Hashd Al Sha'abi, les unités de mobilisation populaire levées à partir de juin 2014). Après 2003, le Badr a été intégré à la force al-Qods et l'organisation politique a placé ses hommes à l'intérieur des organismes de sécurité et de l'armée irakienne, non sans bénéfices pour les groupes spéciaux iraniens1.

    L'organisation Badr va s'impliquer assez tôt dans le soutien militaire au régime de Bachar el-Assad. Dès la formation de la brigade Abu Fadl al-Abbas, à l'automne 2012, des combattants du Badr font partie de cette unité2. Dès le mois d'octobre 2012, l'organisation Badr est prête à mettre ses hommes et son matériel lourd au service du régime3.

    Le Badr, qui ne fait plus partie du Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak, alignait en 2006 jusqu'à 10 000 miliciens. Au printemps 2013, au moment où le Hezbollah intensifie son engagement en Syrie et que l'Iran bat le rappel des miliciens irakiens pour soutenir le régime syrien, les indices se multiplient sur la présence du Badr alors même qu'Ameri accumule les déclarations fracassantes pour justifier son intervention. Le Badr signale officiellement un premier mort en Syrie pour la défense du tombeau de Sayyida Zaynab le 17 juin 20134. La branche militaire du Badr, sans sa propagande, insiste davantage que les autres sur ses liens avec l'Iran et sa proximité avec Khamenei. Il faut rappeler que les brigades Badr, ancêtre du Badr actuel, avaient combattu du côté iranien pendant la guerre Iran-Irak (avec un recrutement iranien parmi les prisonniers irakiens). Ameri est devenu ministre des Transports de Nouri al-Maliki après la prise du pouvoir par celui-ci en 2010 et son rapprochement avec les groupes iraniens. Le Badr s'est séparé du Conseil Suprême en 2009 avant de devenir un parti politique à part entière en mars 20125. Le 13 juillet 2013, le Badr annonce avoir envoyé plus de 1 500 combattants en Syrie et à la mi-juillet reconnaît les premières pertes sur place de manière officielle. La branche militaire du Badr semble avoir formé un corps expéditionnaire en Syrie baptisé "Quwet Shahid al-Sadr" (Les Forces du Martyr Sadr)6. Parmi les premiers "martyrs", Abu Dhar al-Sa’wdi, annoncé le 21 juillet, et Abu Sajad al-Hawli le 28 juillet7. Le même jour, le Badr annonce officiellement la création de Quwet al-Shahid Muhammed Baqir al-Sadr, juste après qu'un autre groupe spécial iranien, Asaib Ahl al-haq, ait fait de même. Le nom vient de Baqir al-Sadr, ancien chef du mouvement Dawa en Irak. Le "Khomeini de l'Irak", qui avait largement préparé à Najaf ce qui devient la République islamique d'Iran, avait été exécuté en 1980 par Saddam Hussein. A ce moment-là, le corps expéditionnaire combat dans l'est de la Ghouta près de Damas8.

    Les premières images associées à l'envoi d'un corps expéditionnaire du Badr en Syrie.


    En bas à droite, l'emblème avec le dôme doré de Sayyida Zaynab, à Damas.




    Le 1er martyr du Badr en Syrie.

    Convoi funéraire du 2ème "martyr" reconnu par le Badr en Syrie.

    En 2014, l'opposition syrienne indique que lors de l'offensive du régime dans le Qalamoun, autour de la ville de Yabroud, les miliciens irakiens prennent le relais du Hezbollah épuisé par les combats. L'organisation Badr aurait expédié à cette date 1 000 ou 2 000 hommes en Syrie dont la plupart sont dirigés sur le Qalamoun9. Le 30 avril 2014, un combattant de la branche militaire du Badr, Na'me Fazel, est enterré à al-Diwaniyah en Irak après avoir été tué en Syrie10. Avec la remontée en puissance de l'EIIL en Irak, l'organisation Badr établit des comités populaires de recrutement dans les provinces dès le mois d'avril 2014. A partir du 5 juin, juste avant la chute de Mossoul, elle est présente avec d'autres milices chiites à Samarra. La branche militaire du Badr a fait la publicité de nombre de ses "martyrs" tués au combat en Irak dans les premiers mois de 2014, dont certains arborent sur leurs uniformes les emblèmes des forces de sécurité irakiennes ou du SWAT11. L'organisation Badr prend à sa charge la défense de la province de Diyala, où elle a une présence ancienne ; elle a été aussi impliquée dans les efforts contre l'Etat Islamique dans la ceinture au sud de Bagdad. La province de Diyala a une frontière commune avec l'Iran12. L'organisation Badr recrute de très jeunes combattants comme cet adolescent de 15 ans entraîné en Iran, envoyé combattre les rebelles syriens à Mleha dans l'est de la Ghouta, puis réexpédié en Irak pour affronter l'EI13. Avec le remplacement du Premier Ministre al-Maliki par Abadi, Ameri parvient à faire nommer un de ses lieutenants au poste important de ministre de l'Intérieur. Le Badr revendique au moins 10 000 hommes en armes ; Ameri s'affiche avec Qasseim Soleimani, le commandant de la force al-Qods qui vient en Irak coordonner les efforts contre l'EI. Les succès du Badr contre l'EI sont néanmoins associés à des enlèvements, des exécutions sommaires et à une véritable politique de la "terre brûlée" contre les sunnites14. L'organisation Badr joue un rôle particulier : en raison de ses liens historiques avec l'Iran, c'est elle qui coordonne l'effort d'abord entre le gouvernement syrien et l'Iran, puis en Irak. Ameri a chapeauté la reconquête d'Amerli dans la province de Salahuddine, puis a mené la bataille à Jurf al-Sakhr dans la province de Babil avant de prendre la tête du district de Baiji au nord de Salahuddine15. D'après un journal iranien proche des officines de sécurité, Ameri aurait défendu la province de Diyala contre l'EI avec pas moins de 4 000 hommes du Badr16. En décembre, l'Etat Islamique attaque les positions du Badr à Mukayshfah, entre Tikrit et Samarra. Plusieurs dizaines de miliciens chiites sont tués17.

    Na'me Fazel.
    Na'me Fazel.
    Na'me Fazel.


    Ameri, le chef du Badr, à gauche, avec Soleimani à droite.
    Combattants du Badr à Suleiman Pek, 5 septembre 2014.
    Le Badr à Amerli, septembre 2014.

    L'EI défait une unité du Badr dont on voit un véhicule avec le logo sur la porte.
    Encore un véhicule du Badr avec le logo du groupe.
    Emblème d'épaule du Badr.



    Abu Mahdi al-Muhandis semble parrainer une nouvelle milice chiite très active depuis la mobilisation chiite suite à la percée de l'EIIL en juin 2014, Kataib al-Imam Ali. Muhandis a fait partie des brigades Badr, Ameri était alors son chef d'état-major18. L'organisation Badr reste la tête de pont de l'Iran en Irak19. Dans la province de Diyala, Ameri dirige les opérations contre l'EI jusqu'au point de quasiment intégrer l'armée irakienne dans l'organisation Badr. Il bénéficie de l'appui du Hezbollah libanais et des Iraniens20. Muhandis joue un rôle important dans le Hashd al-Sha’abi, la mobilisation populaire lancée en juin 2014 après une fatwa de Ali al-Sistani et qui rassemble plus de 40 milices chiites. Le Badr, avec 20 000 hommes au moins, est donc particulièrement puissant en Irak dans le paysage des milices chiites, en 201521. En mars, il participe avec d'autres milices chiites à la reconquête de Tikrit22. D'après la page Facebook de la brance militaire du Badr, les miliciens combattent dans le secteur des Monts Makhoul, au nord de Baiji en Irak, en novembre 201523. Puis le 2 décembre apparaissent des photos de combattants en Syrie, à Alep, ce qui laisse penser comme cela se confirme que le Badr y a transféré des combattants en vue de l'offensive du régime dans le secteur.


    Logo des unités de mobilisation populaire, où le Badr joue un rôle de poids.
    Combattants du Badr dans la province de Diyala (février 2015).

    Présence du Badr en Syrie (non exhaustive : rouge 2013, jaune 2014, bleu 2015, vert 2016).

    Opérations du Badr en Irak Présence du Badr en Syrie (non exhaustive :  jaune 2014, bleu 2015, vert 2016).



    Le Badr en Syrie dans l'offensive sur Alep (novembre 2015-février 2016)


    Avec l'offensive récente du régime autour d'Alep, en janvier-février 2016, les indices de la présence de miliciens de l'organisation Badr en Syrie, dans ce secteur, se sont multipliés. L'organisation Badr semble avoir une base de recrutement régionale pour ses divisions au plan militaire. Les brigades des divisions portent des numéros tandis que les régiments ont des noms de "martyrs" ou sont nommés en fonction de leur spécialité. Ces unités communiquent sur les réseaux sociaux et les partisans du Badr multiplient les pages d'éloge à l'égard des unités ou de la formation elle-même, et l'on peut donc essayer de retracer leur parcours de l'Irak et en Syrie, et à l'intérieur de ce dernier pays.

    La branche militaire du Badr comprend un régiment dit de "forces spéciales" nommé Shahid Salam Al Bakhitawi, apparemment rattaché à sa 10ème brigade et qui a sa base dans la province irakienne de Maysan. Le régiment a combattu en Irak à Thartar (al-Anbar) contre l'EI et à participé à l'offensive finale pour reprendre la ville de Baiji en octobre 2015. Jusqu'à la mi-novembre 2015, le régiment combat dans les monts Makhoul, au nord de Baiji. Puis les photos suivantes de la page Facebook du régiment montrent ses hommes en Syrie, le 29 janvier 2016, après un "trou" d'environ 2 mois. Il est donc sûr que le régiment ait été expédié en Syrie via l'Iran fin janvier mais en réalité probablement avant, en novembre ou décembre 2015. Les premières photos montrent un groupe de plus de 50 hommes. Le 3 février, le régiment poste des photos du Bashkuy, localité au nord d'Alep, au sud-est de Nubl et Zahra où le régime syrien fait une percée pour dégager ces deux localités chiites. Le 6 février, on peut voir les hommes du régiment, avec de nombreux drapeaux du Badr, à Nubl et Zahra puis Mayer, un peu plus au nord. Abu Taaha, un commandant de la 10ème brigade qui dirige les troupes du Badr qui opèrent au sud d'Alep, vient rendre visite au régiment Salam. Les forces du Badr en Syrie sont dirigées par Abu Hnan al Knani, un officier qui a commandé précédemment la 4ème brigade du Badr en Irak avant d'être détaché en Syrie. Celui-ci apparaît dans des photos de la page Facebook de la branche militaire du Badr qui relaie la victoire à Nubl et Zahra. Le 5 février, on peut voir d'ailleurs l'enterrement de 4 hommes du Badr tués dans les combats de Nubl et Zahra. La page se fait également l'écho de la mort du général de brigade iranien des Pasdarans Mohsen Ghajarian durant la bataille. Le régiment Salam quant à lui est dirigé par Abu Abdullah Al Assadi, que l'on voit avec Abu Hnan al Knani sur une photo, et Abu Mahdi Al Muhamadawi. Sur une autre page Facebook liée à ce régiment, on peut voir le 4 février les Irakiens préparer une attaque avec une vue satellite de l'objectif agrandie sur carte. Cette page montre d'ailleurs des photos de l'arrivée en Syrie du groupe le 27 janvier, soit deux jours plus tôt que la page officielle. D'autres photos prises le 13 semblent également se trouver en Syrie, de même que d'autres le 2 janvier. Les photos les plus anciennes de ce régiment en Syrie datent du 24 décembre sur cette page.



    Vue de Bashkuy, prise pendant l'offensive au nord-ouest d'Alep en février 2016.

    Les combattants du Badr travaillent sur images satellites agrandies.

    Abu Taaha, commandant de la 10ème brigade qui visite le front.


    A Mayer, au nord de Nuble et Zahra.

    Le deuxième en partant de la droite tenant le drapeau de la branche militaire du Badr est Abu Hnan al Knani, le chef du corps expéditionnaire du Badr en Syrie, ici à Zahra.




















    Abu Abdullah Al Assadi commande le régiment Shahid Salam Al Bakhitawi de la 10ème brigade.



    Sayed Jasem Al Mussavi commanderait les éléments de la 4ème brigade.

    Les 3 officiers ensemble.


    Parmi les autres éléments de la 10ème brigade du Badr déployés en Syrie, il y a le régiment Qassem Latif al Ata'abi. Les photos en Syrie montrent là encore des effectifs conséquents, jusqu'à 40-50 hommes sur certaines images. Les premières photos de combattants en Syrie postés par ce régiment datent du 24 décembre. Mais il y a fort à parier qu'il y a un décalage et que le régiment de la 10ème brigade est arrivé plus tôt, début décembre voire fin novembre. Russes et Iraniens assurent parfois aussi le transport aérien jusqu'à Hama, puis les miliciens sont transportés par voie terrestre jusqu'au district industriel de Sheikh Najjar au nord-est d'Alep où le Badr a établi une base.





    Devant le dôme de Zaynab. On note sur l'homme de gauche l'insigne de l'armée irakienne (qualification de saute pour les troupes aéroportées ?)





    Hormis la 10ème brigade du Badr, la 4ème brigade semble également avoir déployé un bataillon de missiles (IRAM, etc) en Syrie : Kataib Sawarikh. Sayed Jasem Al Mussavi, un cadre que l'on voit souvent sur les photos, serait à la tête des régiments Salam Al Dirawi et Mukhtar (au moins l'un des deux) qui sont également présents en Syrie. Il semblerait bien que la 4ème brigade soit présente en nombre avec au moins deux régiments (un d'artillerie mais aussi un nombre de fantassins) mais sa présence est moins visible sur les réseaux sociaux.

    Surtout, une autre brigade est également présente en Syrie : la 3ème, les "Lions d'Amerli" qui semble recruter autour de cette dernière localité en Irak. Les dernières photos de la page Facebook officielle de la brigade montrent des combattants de l'unité en Syrie. Un panneau visible sur une des photographies indique que des miliciens sont passés près de l'aéroport de Damas. Une photo prise de nuit montre même un milicien avec un Sayyad-2, copie iranienne du fusil de sniping de 12,7 mm HS.50 de Steyr. Une autre page Facebook qui relaie des informations de cette brigade publie une photo d'une cinquantaine d'hommes en Syrie. Un combattant du Badr qui semble faire partie de cette brigade, et être tireur d'élite sur Sayyad 2, poste des photos de sa présence en Syrie en janvier-février 2016. On le voit souvent manipuler son arme. Des vidéos relayées sur sa page indiquent que la 3ème brigade est présente en Syrie au moins depuis le mois d'août 2015. Les premières photos de son arrivée, comme combattant individuel, en Syrie remontent au 26 décembre 2015. Auparavant, il était dans les monts Makhoul, au nord de Baiji. Un autre combattant de la brigade, visiblement parti en Syrie, poste également des photos de sa participation aux combats. Le 2 février, il met en ligne une photo de son retour en Irak après un séjour en Syrie. La veille, on peut le voir sur le chemin du retour avec une dizaine de combattants. Le 20 janvier, il indique se trouver dans les montagnes de la province de Lattaquié. Le 13 janvier, il pose avec 4 enfants de chiites syriens. Le 27 décembre, il apparaît dans un groupe d'une quinzaine d'hommes situés dans la province d'Alep. Il avait annoncé son départ pour la Syrie le 21 décembre 2015 et il est parti le lendemain. Son séjour a donc duré un peu plus d'un mois.


    Brigades
    Régiments/bataillons
    Chefs
    Commentaires
    10ème brigade
    Shahid Salam Al Bakhitawi


    Qassem Latif al Ata'abi
    Abu Abdullah Al Assadi et Abu Mahdi Al Muhamadawi
    Dit de "forces spéciales".
    4ème brigade
    Kataib Sawarikh (bataillon)

    Salam Al Dirawi

    Mukhtar

    Sayed Jasem Al Mussavi (pas possible de déterminer quelle unité il commande exactement où s'il dirige toutes les forces de la 4ème brigade)
    Bataillon d'artillerie (LRM).

    Infanterie.

    Infanterie.
    3ème brigade
    Unités non identifiées





    Avant le retour en Irak, sur la route de l'aéroport de Damas.

    Au milieu des camarades irakiens.

    De retour en Irak.


    En Syrie.









    Avec des enfants chiites.



    Photo postée le jour où ce combattant irakien annonce son départ pour la Syrie.

    L'autre combattant de la 3ème brigade tireur sur Sayyad-2.



    En Syrie, 26 décembre 2015.






    Emblème de la 3ème brigade du Badr dont certains éléments sont engagés en Syrie.


    La branche militaire du Badr a ouvert une page Facebook dédiée à son engagement en Syrie le 21 novembre 2015. Sur la photo de profil de la page, on peut voir côte-à-côte Qassem Soleimani, le commandant de la force al-Qods des Pasdarans, Khamenei et Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah. La photo de couverture de la page est un montage avec le dôme doré de Sayyida Zaynab. La première image postée le même jour est un poster en l'honneur des martyrs : 38 visages sous le dôme de Zaynab. Une autre photo du même jour montre Soleimani en visite au sud d'Alep. Une photo du 26 novembre montre 5 cadres du Badr en Syrie. La nouvelle photo de couverture du 28 novembre associe Khamenei à gauche, le dôme doré au centre et l'emblème de la branche militaire à droite. Le même jour, la page annonce une prochaine offensive à Alep. Le 30 novembre, on peut voir l'arrivée d'une dizaine d'hommes, de nuit, qui tiennent un drapeau du Badr. Ce même jour, une photo est mise en ligne montrant visiblement des combattants du Badr et des Pasdarans embarqués dans un C-130 iranien qui les a convoyés vers la Syrie (il est en fait sur l'aéroport de Damas). Le 4 décembre, un combattant est pris en photo tenant un drapeau chiite devant le dôme de Zaynab ; on voit d'autres miliciens dans la région d'Alep. Le 6 décembre, la page annonce que la 4ème brigade va participer à l'offensive contre Zahra et Nubl ; un montage avec le dôme de Zaynab, des colombes et des combattants en arme masqués est posté simultanément. Une autre image du même genre, avec le dôme sous fond de soleil couchant avec le drapeau de la branche militaire du Badr et un combattant dans l'ombre, est mis en ligne le même jour. Un autre poster associe Muhandis et Ameri au centre, avec l'emblème de la branche militaire du Badr, un milicien actuel de l'organisation en bas à droite et le rappel des sacrifices chiites en haut à droite dans les batailles du début de l'islam. Une autre image du 8 décembre montre un combattant plantant le drapeau de la branche militaire du Badr devant une lune. Ce même jour, la page annonce que 600 hommes du Badr ont été envoyés en Syrie. Sur les photos associées à cette annonce, on peut effectivement voir un groupe assez nombreux d'au moins 50 hommes. Le lendemain, une photo ancienne montre Soleimani rendant visite à l'hôpital à Téhéran à Dirawi, cadre du Badr, spécialiste des missiles, qui a donné son nom à un des régiments de la 10ème brigade. Le 11 décembre, on peut voir un groupe important transporté en vans et pick-up. Le 13 décembre, on voit encore des photos d'un groupe rendant visite au dôme de Zaynab. Le 15 décembre, un groupe de plusieurs dizaines d'hommes est à l'entraînement. Le 16 décembre, les hommes semblent être sur le terrain dans la région d'Alep. Ce qui se confirme avec les photos mises en ligne le lendemain. Une scène de repas le 20 décembre montre un groupe important d'une cinquantaine d'hommes au moins. Le 22 décembre, la section est aussi en opérations sur un terrain escarpé et boisé ; une des photos montre un groupe de 25 hommes et ils sont probablement davantage. Une autre série de photos du même jour semble montrer la section à l'entraînement. Le 23 décembre, des chefs se prennent en photo devant une carcasse d'automoteur d'artillerie 2S1 (122 mm). Les photos montrent là encore plusieurs dizaines d'hommes. Des photos du 25 décembre montrent Adnan qui visite ce contingent. D'autres du 28 décembre mettent en scène Adnan, plusieurs dizaines de miliciens et un technical avec bitube ZU-23 de 23 mm. Plusieurs photos du 2 janvier 2016 montrent des dizaines de miliciens en marche. Le 5 janvier, les miliciens fêtent l'arrivée de la neige. Une scène de repas en l'honneur d'un martyr, le 8 janvier, dans un bâtiment où l'emblème de la branche militaire du Badr est présent sur les murs, montre une trentaine d'hommes au minimum. Une photo du 14 janvier montre l'emblème de la branche militaire du Badr collé au-dessus d'un slogan rebelle barré en vert. Le 22 janvier, les chefs sont photographiés devant des corps rebelles. Une photo du 24 janvier montre Sahraoui en béquilles devant un poster où figure Nasrallah devant le dôme de Zaynab. Le 30 janvier, on voit les miliciens chiites embrasser le Coran avant de monter au front ; le commentaire indique qu'il s'agit d'élements de la 4ème brigade. Le 1er février, on voit les premières images des miliciens sur le terrain pour la percée vers Zahra et Nubl.

    Objectif : Zahra et Nubl.





    Devant le dôme doré de Zaynab.

    Début janvier 2016, la neige à Alep.

    Le dôme de Zaynab sur un poster de propagande.


    Ameri à gauche et Muhandis à droite, au centre.


    Photo postée le jour où le Badr annonce sur Facebook, le 8 décembre 2015, qu'il a envoyé 600 hommes en Syrie.







    On note l'emblème du Badr sur les murs.







    Le Badr marque sa présence en Syrie jusque sur les murs...

    Le Badr semble avoir un camp de base par lequel passe les recrues. On voit souvent ce même paysage et les bâtiments associés sur les photos postées sur les réseaux sociaux.















    On reconnaît en haut à droite et en bas à gauche l'emblème du corps expéditionnaire du Badr en Syrie formé en 2013.

    38 martyrs sur ce poster.



















    Devant une carcasse de 2S1.






    Avec un technical portant un bitube ZU-23 de 23 mm.



    Ces hommes de la 3ème brigade du Badr embrassent le Coran, selon une tradition chiite au combat que l'on voyait déjà pendant la guerre Iran-Irak.



    Dans un C-130 iranien sur l'aéroport de Damas, les miliciens du Badr avec sans doute des Pasdarans.




    Propagande


    Le Badr associe son combat à celui de l'ensemble de "l'Axe de la Résistance". Sur un poster du 4 février, on peut ainsi voir un BM-27 Uragan en train de tirer sous les yeux de Khamenei. Sur un autre poster du 3 février, Abu Hnan al Knani est associé à Soleimani, le chef de la force al-Qods. Sur une autre affiche du 1er février, on peut voir Abdul-Malik Al-Houthi, le chef des rebelles houthis au Yémen. Le 6 janvier 2016, le Badr organise une manifestation après l'exécution du sheikh Nimr par l'Arabie Saoudite. Le même sheikh Nimr apparaît dans un montage où un camion du Badr tire un IRAM. Khamenei apparaît sur un poster le 1er janvier. On retrouve Khamenei le 30 décembre 2015 à côté de l'emblème de la branche militaire du Badr. Le régiment Qassem Latif al Ata'abi poste le 6 janvier 2016 une image avec Muhandis, membre historique du Badr et qui patronne l'effort de mobilisation populaire chiite depuis 2014.

    Le logo de la branche militaire du Badr revient souvent, comme dans cette image du 20 janvier. Sur une affiche appelant à assister à un tournoi de foot amateur, outre les logos du Badr et le portrait des "martyrs", on peut voir à gauche le dôme doré de Sayyida Zaynab, dont la protection est utilisée pour justifier l'intervention en Syrie. Une affiche du 19 décembre 2015 reprend également l'image du dôme doré. En Syrie, les miliciens jouent de la bombe pour marquer leur présence sur les murs, où ils collent aussi des insignes du Badr. Sur une image du régiment Qassem Latif al Ata'abi, on peut voir un milicien avec un bandeau vert sur la tête et AK-47 dans le dos serrer contre lui l'Irak.

    Le Badr honore aussi ses morts. Une affiche du 31 décembre 2015 présente les visages e pas moins de 20 "martyrs". Le régiment Qassem Latif al Ata'abi honore un des ses morts dans un poster avec en fond le dôme doré de Zaynab et le portrait du mort sous les yeux,entre autres, de Khamenei.

    Les réseaux sociaux servent aussi au recrutement. Une affiche du 12 décembre 2015 appelle les volontaires à se présenter pour combattre en Syrie.


    Abdul-Malik Al-Houthi


    Le sheikh Nimr sur fond d'IRAM en train de tirer, monté sur camion.



    Muhandis.












    Opérations militaires : un aperçu


    Le Badr produit de nombreux documents en ligne qui permettent d'étudier ses opérations militaires : je me suis limité ici à quelques vidéos représentatives dans le temps entre 2014 et 2016.

    Une vidéo datée de mai 2014 et qui évoque les combattants du Badr en Syrie insiste sur les tireurs d'élite. On y voit notamment des snipers équipés de SVD Dragunov. Les combats de la vidéo ont lieu dans un cadre urbain : on est peut-être dans la région de Damas. Les miliciens sont armés de mitrailleuses PK et d'AK-47 et se déplacent en pick-up. Ils font feu à travers des meurtrières creusées dans les murs de bâtiments. Un fusil de sniping lourd Sayyad 2 est également utilisé. Les symboles chiites sont très présents (drapeaux chiites, drapeaux du Badr...).



    Tireur Dragunov sur pick-up






    Sayyad-2 en Syrie.






    Une autre vidéo d'octobre 2014 montre les combats au sud de Tikrit, en Irak, contre l'EI. Dans une tradition bien connue, les miliciens embrassent le Coran avant de monter au front. Ils disposent d'une flotte de véhicules donc des technicals armés de mitrailleuses DSHK. Un chars M1 Abrams les appuie. On voit également un Humvee embarquant en tourelle un canon bitube ZU-23 de 23 mm. Les miliciens ont également un Safir avec canon sans recul de 106 mm. Ils sont appuyés par un mortier de 120 mm et par des véhicules de la police irakienne (M1117) ou des forces spéciales (Humvees de couleur sombre). Ils ont également un Humvee avec camouflage original, beige avec bande noir, portant une DSHK en tourelle. Les miliciens disposent aussi d'un mortier de 50 mm et de RPG-7.


    Les miliciens embrassent le Coran avant de monter en ligne.



    Humvee avec ZU-23 en tourelle.


    Safir iranien portant un canon sans recul de 106 mm.






    M1117 de la police irakienne.

    Un Humvee au camouflage original avec DSHK en tourelle.







    Une vidéo tournée à Damas en Syrie le même mois montre les miliciens irakiens qui servent d'infanterie aux véhicules du régime : char T-72, canon S-60 porté sur camion... Ils sont plusieurs dizaines au moins.

    Tir de RPG-7.










    Les miliciens du Badr appuient des T-72 du régime syrien.

















    En janvier 2015, une vidéo montre les opérations de la milice dans la province de Diyala, contre l'EI, au nord de Muqdadiyah. Les miliciens du Badr, intégrés ici aux forces de mobilisation populaire, servent d'infanterie pour des chars T-72 et des M113 de l'armée irakienne. Une vidéo de février 2015 à Damas insiste sur les snipers (SVD Dragunov) : on y voit aussi un tir d'IRAM (sans véhicule) et un ZSU 23/4 qui appuie les miliciens par des tirs tendus. Pour la reconquête de Tikrit en mars 2015, une vidéo montre des combattants avec AK-47, PK et RPG-7 ainsi qu'un technical (camion léger embarquant un KPV de 14,5 mm).





    Province de Diyala : les miliciens du Badr, faisant partie des Unités de mobilisation populaire, servent d'infanterie pour les T-72 et M113 de l'armée.









    Le Badr semble également disposer d'une artillerie organique répartie en unités. Une vidéo du 17 août 2015 montre deux LRM sur camion ouvrir le feu sur Falloujah. A côté se trouvent plusieurs canons D-30 et d'autres pièces d'artillerie. En décembre 2015, dans la province d'Anbar, un véhicule kamikaze de l'EI (pick-up blindé) est arrêté par un tir de missile antichar Kornet. En janvier 2016, le Badr fait tirer dans la province de Salahuddine un camion-benne équipé d'IRAM : une unité d'artillerie équipée de ce type de véhicules semble être déployée en Syrie à Alep. Le Badr est par ailleurs la seule organisation du genre à disposer d'une brigade blindée qui forme actuellement des opérateurs sur T-72M, T-72S et T-55.



    On voit plusieurs canons D-30 de 122 mm...

    ... et deux lanceurs HM-20 Hadid, copie iranienne du BM-21 Grad.








    Un véhicule kamikaze de l'EI arrêté par un tir de missile antichar Kornet.







    Tir d'IRAM, province de Salahuddine, Irak, janvier 2016. Le matériel ressemble furieusement au modèle utilisé par l'EI dans la province de Salahuddine...













    1Michael Knights, "The Evolution of Iran’s Special Groups in Iraq", CTC Sentinel, novembre 2010 . Vol 3 . Issue 11-12, p.12-16.
    2http://www.reuters.com/article/us-syria-crisis-iraq-militias-idUSBRE89F0PX20121016
    3http://www.timesofisrael.com/iraqi-shiites-fear-for-their-brethren-in-syria/
    4http://jihadology.net/2013/06/25/hizballah-cavalcade-breaking-badr-is-iraqs-badr-organization-operating-in-syria/
    5http://musingsoniraq.blogspot.fr/2013/07/iraqs-badr-organization-maintains-its.html
    6https://www.ctc.usma.edu/posts/from-karbala-to-sayyida-zaynab-iraqi-fighters-in-syrias-shia-militias
    7http://jihadology.net/2013/08/12/hizballah-cavalcade-breaking-badr-the-new-season-confirmation-of-the-badr-organizations-involvement-in-syria/
    8http://jihadology.net/2013/10/18/hizballah-cavalcade-the-badr-organizations-syrian-expeditionary-force-quwet-al-shahid-muhammed-baqir-al-sadr/
    9http://english.aawsat.com/2014/03/article55329651/iraqi-fighters-lead-attack-on-the-town-of-yabroud-say-syrian-activists
    10http://www.uskowioniran.com/2014/04/shia-military-funeral-for-badr-military.html
    11http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/iranian-proxies-step-up-their-role-in-iraq
    12http://www.understandingwar.org/backgrounder/iraqi-shi%E2%80%99-mobilization-counter-isis-offensive
    13http://www.reuters.com/article/us-iraq-security-teenagers-insight-idUSKBN0FG1UG20140711
    14http://foreignpolicy.com/2014/11/06/breaking-badr/
    15http://musingsoniraq.blogspot.fr/2014/11/irans-policy-in-syria-and-iraq.html
    16http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/11/iran-news-site-profiles-badr-org.html
    17http://www.longwarjournal.org/archives/2014/12/islamic_state_releases_picture_4.php
    18http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/kataib-al-imam-ali-portrait-of-an-iraqi-shiite-militant-group-fighting-isis
    19http://musingsoniraq.blogspot.fr/2015/01/badr-organization-view-into-iraqs.html
    20http://www.bloombergview.com/articles/2015-02-03/exclusive-iran-s-militias-are-taking-over-iraq-s-army
    21http://www.jamestown.org/programs/tm/single/?tx_ttnews[tt_news]=43805&cHash=fb0c37346ddcdbab61870c190dda484e
    22http://www.longwarjournal.org/archives/2015/03/iranian-backed-shiite-militias-lead-iraqs-fight-to-retake-tikrit.php
    23https://www.facebook.com/%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%82%D8%A7%D9%88%D9%85%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%A7%D8%B3%D9%84%D8%A7%D9%85%D9%8A%D8%A9-%D8%A8%D8%AF%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D8%AC%D9%86%D8%A7%D8%AD-%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%B3%D9%83%D8%B1%D9%8A-1495373790761235/

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    Le 16 janvier 2016, quelques jours après s'être emparé des dernières positions du Régime au sein du quartier d'al-Sinaa, à l'est de la ville de Deir Ez-Zor (1), l'organisation terroriste EI repasse à l'offensive dans la wilayat d'al-Khayr : les objectifs se situent cette fois au nord-ouest de la ville.

    Du 17 janvier au 20 janvier 2016, trois vidéos seront diffusées par l'agence a3maq, ainsi que trois séries de photographies, fournissant l'occasion de revenir sur les prises en matériels, munitions et blindés réalisées par l'EI.

    Extrait d'une vidéo d'a3maq diffusée le 17 janvier, montrant un « Guntruck » armé d'un canon S-60 de 57 mm, monté sur le châssis d'un camion Daewoo. En encadré, le même véhicule, localisé au même endroit, mais utilisé par le général Issam Zahreddine, commandant les troupes du Régime à Deir Ez-Zor (photo diffusée en octobre 2015).





    La première vidéo est diffusée le 17 janvier 2016 par a3maq, suivie par une série de photographies, le tout concernant visiblement la prise des faubourgs d' Al-Bughayliyah, l'université Al-Jazerra étant visible en arrière-plan, sur certaines prises de vue : il est notable que l'EI utilise, en appui de l'attaque, un « Guntruck » composé d'un canon S-60 de 57 mm monté le châssis d'un camion-benne Daewoo, capturé au préalable sur les troupes du Régime, et utilisé depuis la même position de tir.

    Une mitrailleuse lourde KPV de 14,5 mm, et un canon bitube ZU-23 de 23 mm, utilisés en protection des abords du fleuve Euphrate, constituent, concernant les faubourgs d' Al-Bughayliyah, l'essentiel des armements saisi par l'EI : le reste étant constitué d'armes légères : 6 fusils d'assaut AK-47, dont 5 AKM à crosse repliable, une mitrailleuse légère PK, un fusil d'assaut SIG-540. Un blindé BMP-1 est également visible dans la série de photographies, visiblement utilisé sur une position embossée.

    La deuxième série de photographies est diffusée le 18 janvier 2016, et est supposée illustrer la prise du camp de l'al-Saiqa, de la station radio, et du bataillon de missiles : cette série de photographies ne correspond pas à ce qui est annoncé par les services de propagande de l'EI : en réalité, seules des photos de l'assaut sur la station de radio étant visibles, ainsi que diverses prises, difficilement localisables, mais probablement réalisées soit dans le camp de l'al-Saiqa, soit au sein des divers check-points de l'armée syrienne et de ses milices supplétives, situés entre ce même camp et l'ancienne caserne du Corps des chameliers et supposés protéger la porte d'entrée ouest de Deir Ez-Zor.

    Plusieurs blindés et véhicules sont visibles sur cette série de photographies : un char de combat T-55AMV, visiblement utilisé en position statique, deux blindés BREM-2, véhicules de dépannage réalisés sur le châssis du BMP-1, un blindé BMP-1, et un camion-cargo Tatra T815. Le reste des prises concernent divers armements légers et équipements individuels abandonnés par les soldats du Régime : plusieurs fusils d'assaut AKM à crosse repliable, une mitrailleuse légère PK, diverses caisses de munitions de différents calibres, ainsi que deux roquettes PG-29V, la munition du lance-roquettes antichar RPG-29. Une mitrailleuse lourde KPV, située également sur les abords du fleuve Euphrate, complète les prises réalisées par l'organisation terroriste.


    Photographies extraites d'un reportage diffusé le 18 janvier, et probablement prises soit dans le camp de l'al-Saiqa, soit à proximité : de gauche à droite, et de haut en bas : un char de combat T-55AMV, un blindé BMP-1, deux BREM-2, et un camion-cargo Tatra T815.


    Le 19 janvier, l'agence a3maq diffuse une seconde vidéo, illustrant entre autres la prise des bâtiments de la station radio : dès l'entrée, six fusils d'assaut AKM et un vénérable fusil Lee-Enfield, toujours utilisé dans le conflit syrien comme fusil de précision, attendent sagement l'arrivée des nouveaux propriétaires. La visite se poursuit dans le hall, où sont abandonnés deux caisses de munitions pour AK-47/AKM, et deux caisses de grenades RGD-5, ainsi qu'une septième AKM. Après une brève vision de la porte d'entrée ouest de Deir Ez-Zor, la vidéo se poursuit par le passage des anciens checks-points entre le camp de l'al-Saiqa et l'ancienne caserne du Corps des chameliers, puis se termine dans un des bunkers de l'entrepôt de stockage d'armes et de munitions d'Ayash : sont visibles, entre autres, plusieurs dizaines de caisses contenant des fusées d'artillerie, et plusieurs centaines de caisses de munitions pour AK-47/AKM.

    Différentes photographies, et un extrait vidéo, diffusés les 18, 19 et 20 janvier, montrant différentes prises réalisées dans le secteur du transmetteur radio : une mitrailleuse KPV de 14,5 mm, différentes armes légères, dont des AKMs et un antique Lee Enfield, des caisses de grenades RGD-5. La dernière photographie illustre la collecte de ces armes, dont une mitrailleuse DS-39.

    Le 20 janvier, a3maq met en ligne la plus longue vidéo concernant les résultats de l'offensive de l'EI. Plusieurs secteurs de Deir Ez-Zor sont filmés : le cameraman revient longuement sur la station radio, filmant également « l'installation de production » située directement à l'ouest de la station radio : toutefois, aucune nouvelle prise de guerre n'est visible : la mitrailleuse lourde KPV positionnée sur la terrasse d'un bâtiment aux abords du fleuve ayant déjà été photographiée le 18 janvier : quelques munitions de 14,5 mm ont été abandonnées sur place, une dizaine de caisses de munitions de 7,62, ainsi qu'une roquette PG-2 pour le lance-roquettes RPG-2. Un troisième BMP-1 est ensuite filmé, avant que la vidéo d'a3maq ne s'attarde ensuite sur la tour de télévision, la position la plus au nord tombée aux mains de l'EI. Le tour des positions prises sur le Régime syrien se poursuit avec les checks-points entre le camp de l'al-Saiqa et l'ancienne caserne du Corps des chameliers, qui sont à nouveau filmés, avant que le cameran ne pénètre dans la caserne, où un quatrième BMP-1 a été abandonné sur place. Quelques briques réactives Kontakt-1 ont été ajoutées en protection de la tourelle du blindé.

    La suite de la vidéo concerne le bataillon de missiles : il est notable que les propagandistes de l'EI eux-même parlent de « l'ancien bataillon de missiles » : et pour cause : l'endroit est bien plus un « musée militaire » qu'une prise de taille pour l'organisation terroriste : théoriquement ce « bataillon » abrite une batterie composées de lance-missiles sol-air SA-6, répertorié par l'OTAN sous le nom de « Gainful ». Le lance-missiles SA-6 a été vu pour la première fois à Moscou en... 1967. Capturé en grand nombre sur l'armée égyptienne en 1973 par l'armée israélienne, le système est désormais largement dépassé, et dans le cas hypothétique où l'EI parviendrait à remettre un de ces systèmes en état, les contre-mesures sont connues et au point depuis plus de 40 ans.

    Pour revenir à Deir Ez-Zor, ce bataillon était rattaché à la 113ème Brigade de Défense aérienne, dont les casernements principaux, abritant notamment la logistique de l'unité, étaient tombés aux mains de la rébellion syrienne en février 2013.

    Dans le même temps, une nouvelle série de photographies est publiées par l'EI le 20 janvier, permettant un meilleur aperçu des véhicules abandonnés sur place (une photographie publiée par les activistes syriens de Deir Ez-Zor en février 2013 semble révéler que certains matériels n'ont pas bougé de leur stationnement depuis cette date). Sont présents sur le site :

    • 2 véhicules de transport/transbordement 2T7/2T7M sur châssis ZIL-131.
    • 2 véhicules de transport et de lancement 2P25 sur châssis GM-578.
    • 1 ZIL-131, version atelier.
    • 2 ZIL-131, version cargo.
    • 2 URAL-375D, version cargo.
    • 1 GAZ-66 Cargo.
    • 1 camionnette GAZ Sobol.

    Différentes photographies, et extraits vidéos, diffusés le 20 janvier, illustrant les différents matériels abandonnés au sein du « bataillon de missiles » : une automitrailleuse BRDM-2, un véhicule radar de détection et de conduite de tir 1S91, un véhicule de transport et de lancement 2P25, un deuxième 2P25, stationné au côté de différent camion, dont un 2T7/2T7M sur châssis ZIL-131. Le tout est hors d'usage, à l'abandon depuis longtemps.


    Également abandonné sur le place, et hors d'état de marche, le véhicule radar de détection et de conduite de tir 1S91, nom de code OTAN « Straight Flash », sur châssis GM-578. Une automitrailleuse BRDM-2 (obr.73), embossée non loin de l'entrée du bataillon de missiles depuis plusieurs mois est également hors-service, la tourelle bloquée, et dont même la mitrailleuse KPVT semble avoir souffert et être hors d'état de nuire. Relativement impressionnant sur le papier, aucun de ces véhicules n'est dans l'immédiat réutilisable : seul un camion cargo GAZ-3308, armé d'un canon bitube de 23 mm, et portant les marquages de la 17ème Division, abandonné non loin du bataillon, sera utilisé quelque temps plus tard au combat par l'EI.

    « Guntruck » armés d'un bitube ZU-23-2, sur châssis GAZ-3308, portant le marquage de la 17ème Division, et abandonné non loin du « bataillon de missiles » : le véhicule sera utilisé quelques jours plus tard, participant au pilonnage des positions du Régime à l'ouest de Deir Ez-Zor (encadré, reportage diffusé le 31 janvier).


    La vidéo d'a3maq se poursuit par la traversée du camp de l'al-Saiqa, puis une séquence est filmée au somment des bâtiments de la tour de télévision, avant de se terminer au niveau de la porte d'entrée ouest de Deir Ez-Zor.

    Hormis les divers véhicules hors d'état abandonnés au sein du bataillon de missiles, la série de photographies diffusées le 20 janvier montre la collecte des diverses armes et munitions sur les différents sites passés sous contrôle de l'organisation terroriste à Deir Ez-Zor : les photos prisent dans les dépôts d’Ayach montrent plus de 290 caisses de munitions contenant chacune deux obus de 122 mm, utilisables par l'obusier D-30, et le canon automoteur 2S1 Gvozdika, ainsi que des obus de mortiers de 120 mm. D'autres vues non localisées montrent des munitions pour le lance-roquette antichar M57, des grenades RGD-05, et un missile antichar 9M111, destiné au lance-missile Konkurs.


    Photographies extraites d'un reportage diffusé le 20 janvier : les clichés du bas montrent des roquettes antichars M57, ainsi qu'un missile antichar 9M111.

    Chars de combat et véhicules blindés.

    Type
    Nombre


    Char de combat T-55AMV
    1


    Blindé BMP-1
    4


    Blindé BREM-2
    2


    Automitrailleuse BRDM-2
    1
    Probablement HS

    Armes lourdes

    Canon bitube ZU-23-2
    2
    Dont un monté sur GAZ-3308
    Mitrailleuse KPV de 14,5
    2


    Mitrailleuse DS-39 de 7,62
    1



    Armes diverses et munitions

    Mitrailleuse légère PK/PKM
    2


    Fusil d'assaut AK-47/AKM
    Une douzaine
    Différents modèles
    Fusil Lee Enfield
    1
    Utilisé pour le tir de précision
    Fusil d'assaut Sig-540
    1


    Grenade RGD-5
    Plusieurs dizaines


    Roquette PG-2
    1 (au moins)
    Munition pour le RPG-2
    Roquette PG-29V
    2 (au moins)
    Munition pour le RPG-29
    Roquette M-57
    Plusieurs dizaines
    Munition pour le M57
    Missile antichar 9M111
    1 (au moins)
    Munition pour le Konkurs
    Obus de mortier de 120 mm
    2 (au moins)
    Probablement plrs 10e de caisses
    Obus de 122 mm
    Plusieurs centaines de caisses (2obus par caisse)
    Pour l'obusier D-30 et 2S1
    Munition de 7,62 mm
    Plusieurs centaines de caisses
    Pour AK-47/AKM/RPK, etc

    Nota : ce listing n'est qu'indicatif : pour les véhicules blindés et autres, il est impossible de savoir avec certitude quel est leur état réel. À ce jour, seul le GAZ-3308 armé d'un bitube ZU-23-2 a été indéniablement réutilisé au combat par l'EI.

    Concernant les dépôts d'Ayash, seuls deux bâtiments avoir été filmés ou photographiés : le nombre et les différents types de munitions et d'armement saisis par l'organisation terroriste sont certainement d'une plus grande ampleur.




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    L'unité Liwa Suqur al-Sahara du régime syrien est emblématique des réalités militaires auxquels est confronté ce dernier. Créée en 2013 dans la province de Homs, et utilisée au départ pour surveiller la frontière avec l'Irak et la Jordanie ou escorter des convois de pétrole, l'unité est dépêchée en urgence en avril 2014 pour contrer la percée des rebelles au nord de la province de Lattaquié, à Kessab. Après l'avènement de l'Etat Islamique, et après avoir défendu les champs gaziers d'al-Shaer, elle est sur tous les fronts "chauds" pour le régime en 2015. Ces multiples déplacements montrent que cette formation, considérée comme faisant partie de "l'élite" militaire du régime, pallie surtout un manque criant d'effectifs. La classification "forces spéciales", qui a plus valeur de fidélité au régime qu'autre chose, ne signifie pas qu'elle l'emporte toujours, comme le montre la défaite face à l'EI en août à al-Qaryatayn. A partir de novembre 2015, avec le sauvetage de l'équipage de l'hélicoptère russe abattu pendant la récupération d'un membre d'équipage du Su-24 russe descendu par un F-16 turc, l'unité est sous les feux des projecteurs. Cette surexposition médiatique dissimule pourtant mal une réalité cinglante : à l'image des forces militaires du régime, les Faucons sont à court d'effectifs -l'unité n'étant en soi pas très grande, de la taille d'un bataillon, peut-être un peu plus. Depuis quelques mois, elle incorpore des miliciens et se rapproche se faisant de ces nombreuses milices nées pendant le conflit et qui se battent pour la survie du régime.




    Historique


    La brigade des Faucons du Désert (Liwa Suqur al-Sahara) a été créée en 2013 par le colonel Jaber mais n'est étudiée par les spécialistes du conflit qu'à partir de 2014, en anglais. Aymenn Jawad Al-Tamimi est l'un des premiers à lui consacrer un article en avril 2014, alors que les Faucons du Désert interviennent dans le nord de la province de Lattaquié pour contrer l'offensive rebelle qui a emporté Kessab en mars. C'est une unité de forces spéciales, née en 2013 à Homs, et qui a d'abord opéré le long de la frontière avec l'Irak, pour empêcher le transit de combattants et d'armes adverses. Cette unité d'élite est composée de militaires à la retraite, de membres de l'armée et de jeunes volontaires de 25 à 40 ans. Elle est dotée d'un armement léger et de mitrailleuses lourdes, l'armée fournissant un appui d'artillerie si besoin, mais elle est plutôt conçue pour la guerre d'embuscades. L'unité subit des pertes non négligeables lors de la bataille à Kessab. Elle a visiblement combattu à al-Qaryatayn en juin 20131.

    Le général de brigade Harun, tué à al-Qaryatayn.

    En octobre 2014, les Faucons du Désert appuient la 3ème division du régime dans le Jabal Al-Sha’ar, au nord-est de la base aérienne T4, contre l'EI. En novembre, les rebelles annoncent avoir tué Muhsen Said Hussein, le général commandant l'unité, surnommé le "Lion du Désert" et connu pour sa brutalité, qui jouait un rôle certain dans l'architecture des renseignements du régime. Il est enterré dans sa ville natale de Safita, près de Tartous. Les Faucons participent ce même mois à la reprise des champs gaziers d'Al-Sha’ar sur lesquels l'EI avait mis la main. Les hélicoptères Gazelle de la base aérienne de Mezze (976 Squadron) ont probablement appuyé les Faucons lors de la défense de la base aérienne T4 contre l'EI2.



    On reconnaît l'insigne de manche des Faucons.



    Muhsen Said Hussein.


    Les Faucons développent leur propre flotte de technicals (voir la partie ci-dessous qui leur est consacrée). (2014)


    En mars 2015, les Faucons du Désert sont toujours sur le pied de guerre pour défendre les champs gaziers d'Al-Sha’ar aux côtés d'autres forces du régime3. Parmi celles-ci, al-Qawat al-Nimr (Tiger Forces), qui prendra progressivement de plus en plus d'importance côté régime. C'est entre autres parce que ces unités -avec aussi la 106ème brigade de la Garde Républicaine- sont retirées de la province de Homs pour montrer sur le front d'Idlib, où les rebelles obtiennent des succès spectaculaires, que l'EI peut emporter Palmyre en mai 20154. Ce même mois, les Faucons du Désert combattent dans la plaine d'al-Ghab dans la province d'Idlib. Fin juin, ils sont expédiés en urgence dans la ville d'al-Hasakah où l'EI vient de lancer une offensive5. En juillet, on les trouve sur le front de Palmyre, à l'est de la province de Homs. En août, ils subissent une défaite lorsque l'EI s'empare d'al-Qaryatayn : les images de l'organisation montrent des uniformes et au moins un de leurs véhicules6. Ils sont encore dans le secteur de la province de Homs en septembre 2015. En octobre, les Faucons sont toujours la province de Homs : avec l'appui aérien russe, et de concert avec la 67ème brigade de la 18ème division, le Parti Social Nationaliste Syrien et les Forces Nationales de Défense, ils attaquent Al-Bayarat7.

    Carte des lieux où a combattu l'unité (non exhaustive) : en rouge, 2013, en jaune, 2014, en bleu, 2015 (on voit le véritable flipper...) et en vert, 2016.


    Décembre 2015.


    Juin 2015.


    Mars 2015.





    Le 24 novembre 2015, un Su-24 russe est abattu par un F-16 turc et s'écrase dans la province de Lattaquié. Le pilote, Oleg Peschkov, est tué par des tirs venus du sol mais le navigateur, Konstantin Murakhtin, survit au crash. Les Russes, qui se préparent à secourir le survivant, se voit proposer de l'aide par Qassem Soleimani, qui met à leur disposition une équipe d'élite du Hezbollah et des forces spéciales de l'armée syrienne. Une équipe de la chaîne Anna News est arrivée auprès de l'unité des Faucons la veille du crash (voir vidéo ci-dessous). Les Faucons combattent alors dans les montagnes de la province de Lattaquié. Le colonel Ayman Jaber, qui raconte la mission, explique que son unité a été créée au départ pour protéger les convois de pétrole partant de l'est de la Syrie et se dirigeant vers l'ouest et les zones tenues par le régime. Les officiers interrogés disent combattre le front al-Nosra et l'EI, ce qui dans ce secteur, pour ce dernier, est inexact. Les Faucons disposent d'une unité de reconnaissance équipée de drones (quadcopters). Les renseignements sont transmis à la fois à l'armée du régime mais aussi à l'aviation russe. Quand le Su-24 est abattu, l'unité de reconnaissance observe un Mi-8 de la mission recherche et sauvetage se poser en urgence sur le flanc de la montagne al-Nouba (au sud-ouest de Salma) après avoir été touché par des tirs au sol. Un Mi-24 Hind survole également les lieux. Jaber envoie deux groupes de soldats secourir l'équipage puis 40 hommes des "forces spéciales" des Faucons, sans doute une petite unité de réaction rapide. Les Faucons récupèrent l'équipage mais ne peuvent sauver l'engin qui est détruit par un missile TOW tiré par les rebelles de la 1ère brigade côtière. L'épisode montre en tout cas que les Russes opèrent avec leur propre dispositif de sauvetage sans se concerter avec leurs partenaires syriens, qui sont obligés de réagir dans le feu de la bataille...


    Cet homme des Faucons vise avec un VSK-94, un fusil de précision russe avec silencieux portant jusqu'à 400 m (janvier 2016).




    Poutine accompagne désormais Assad sur les banderoles.





    Des foulards jaunes pour l'identification : une pratique courante (et un symbole religieux évident).

    On note l'insigne de manche à droite.

    Tireur SVD.

    Le RPG-22 est venu s'ajouter à l'inventaire des Faucons.


    Tireur PK.








    Unité d'observation et reconnaissance équipée de drones.




    Des conseillers russes sont manifestement présents avec l'unité.



    Un Mi-24 Hind couvre l'équipe SAR.


    Le Mi-8 s'est posé en urgence.







    L'équipage est récupéré par les Faucons.

    La 1ère brigade côtière des rebelles syriens détruit l'hélicoptère au missile TOW.


    L'équipage russe avec Jaber.

     

    En décembre 2015, les Faucons du Désert sont utilisés en pointe dans l'offensive pour reprendre le terrain perdu dans la province de Lattaquié. Le 6 décembre, Anna News filme un détachement qui part en mission de reconnaissance dans la montagne al-Nuba. Les hommes doivent s'enfoncer de 10 km à l'intérieur des lignes ennemies : ils emportent seulement des armes légères et des RPG-22. Ils sont appuyés à distance par des technicals avec DSHK et des pièces fixes comme un canon ZU-23. Les Faucons repèrent les positions adverses jusqu'à 6 km en arrière des lignes rebelles et se déplacent pendant 4 jours en évitant les accrochages. Les membres de ce commando portent tous un brassard jaune, sans doute à des fins d'identification. Formé par les Iraniens, comprenant quelques centaines d'hommes, les Faucons occupent alors le devant de la scène médiatique. Ils ont un armement de plus en plus sophistiqué : par exemple des lance-roquettes antichars RPG-22 très efficaces contre les blindés mais aussi contre les positions fortifiées8. Par ailleurs, à cette même date, ils participent aussi à la défense de l'aéroport de Kweires, à l'est d'Alep ; l'unité comprend visiblement des Ismaëliens de la province de Hama, comme le lieutenant Ali Eid Ali tué au combat.




    Bitube ZU-23 sur technical.

    Les motos sont utilisées comme moyen de transport pour le combat et de reconnaissance.

    Bitube ZU-23 en position fixe.


    Technical avec DSHK.















    En janvier 2016, les Faucons participent à l'offensive qui aboutit à la reconquête de Salma, avec l'appui russe, et le soutien de la 103ème brigade de la Garde Républicaine, de la milice Résistance syrienne et du PNSS9. Fin janvier, l'unité combat dans le Jabal Akrad. A ce moment-là, les Faucons intègrent probablement plusieurs dizaines d'hommes d'une milice chiite irakienne qui combat en Syrie depuis 2014 : Liwa AssadAllah al-Ghaleb. On peut voir de nombreuses photos avec le drapeau de cette milice. Son chef Abou Fatima al-Musawi, qui vient rendre visite aux combattants, porte un uniforme avec l'emblème des Faucons de même que plusieurs autres miliciens irakiens, probablement. Ils sont donc probablement intégrés à l'unité même s'ils conservent leur drapeau de milice. Leur effectif ne se monte selon toute vraisemblance qu'à quelques dizaines d'hommes. Même s'ils ne sont pas formellement intégrés aux Faucons, ils combattent en tandem avec eux, ce qui montre bien que le régime a besoin de l'apport des étrangers. Anna News filme l'unité qui part à l'assaut de Rabia et d'un village voisin les 22-24 janvier. Les combattants des Faucons portent toujours le même foulard jaune, à des fins d'identification. Ils sont armés d'AK-47, de mitrailleuses PK et de fusils de précision SVD Dragunov. Quelques hommes sont équipés d'AK-74 apparemment récemment arrivées. Le détachement de reconnaissance qui entre dans Rabia est pris en embuscade par les rebelles. Un combattant est tué par un tir de canon sans recul B10 qui frappe un bâtiment, un autre est sérieusement blessé à la main. On remarque que les Faucons campent avec des tentes détournées du Haut Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU, pratique courante chez les forces du régime. Pour l'attaque sur Rabia, les Faucons utilisent un appareil de déminage pour ouvrir la voie. L'un des cadres est armé d'un AK-74 avec lance-grenades. Au moins un des hommes porte un RPG-22 dans le dos. Les hommes sont soutenus par un technical avec bitube ZU-23. A la fin de la vidéo, on peut voir dans le détachement deux hommes portant l'emblème de manche du PSNS ; ces miliciens sont donc intégrés dans des unités spéciales comme les Faucons, qui doit manquer d'hommes. On remarque aussi que les motos sont beaucoup utilisés pour la reconnaissance et le transport d'hommes. Parallèment les Faucons sont présents avec les Tiger Forces qui combattent l'EI à l'est d'Alep, sur le plateau d'al-Bab10. Le 11 février, les Faucons passent à l'offensive à al-Sarmaniya, al-Karkor, al-Latamina, al-Habit, dans la province de Hama, avec d'autres milices pro-régime11. 800 hommes seraient arrivés sur place de ces différentes milices, dont les Faucons. L'unité appuie avec les autres milices la 555ème brigade de la 4ème division blindée qui tente de pousser au nord-est vers la base aérienne de Tabqa, dans la province de Raqqa.




    Toujours le brassard jaune avant l'assaut sur Rabia.





    PK et Dragunov.


    L'homme à gauche est tué par un obus de B10.



    Les tentes du CR, comme souvent côté régime, servent à abriter les soldats...


    Démineur en tête de colonne.

    Le cadre au centre avec la radio dans la main est armé d'un AK-74 avec lance-grenades.


    Toujours un RPG-22 dans le dos.



    L'homme à gauche et celui à droite porte l'insigne de manche du PNSS. Cette milice fournit donc des hommes intégrés aux Faucons ou en tout cas opérant de concert avec eux de manière continue.






    Abou Fatima al-Musawi, le chef de Liwa Assad Allah al-Ghaleb, porte l'uniforme des Faucons, ainsi que plusieurs hommes autour de lui. En haut à gauche de ces captures d'écran tirées d'une vidéo, l'emlème de la milice chiite irakienne.





    L'homme à droite porte également l'uniforme des Faucons.









    Toujours l'emblème sur un autre homme à droite, lors de la visite par Musawi des blessés de sa milice.






    Les miliciens portent l'emblème des Faucons mais conservent le drapeau de leur milice.



    Propagande


    Suqur al-Sahara est présent sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, ce qui permet d'analyser un peu sa propagande pour le régime.

    Les Faucons mettent en avant leurs combattants qui affrontent les rebelles syriens dans les montagnes de Lattaquié. Le fondateur de l'unité, Mohamad Jaber, est également mis sur un piédestal. Sur une image du 14 janvier, on peut le voir avec un faucon à l'arrière-plan. L'unité souligne ses victoires militaires, comme lors de la libération de Salma.

    Une image datée du 30 janvier associe l'emblème des Faucons, à gauche, à celui de l'armée arabe syrienne à droite ; au milieu il est inscrit "Armée arabe syrienne. Force Suqur al-Sahara". Sur une photo du 11 janvier, derrière plusieurs combattants en tenue noire, on peut voir un panneau représentant Hafez el-Assad, un autre personnage (Bachar ?) et l'emblème des Faucons. L'unité insiste aussi sur sa proximité avec le régime : une photo du 9 septembre montre le colonel Jaber aux côtés de Bachar el-Assad.

    L'unité honore aussi ses "martyrs". Le 7 décembre, une photo rappelle le souvenir d'un d'entre eux, Youssef Ibrahim Jinan. Les alliés disparus sont également à l'honneur : ainsi le pilote russe du Su-24 abattu le 24 novembre. A contrario les Faucons se prennent en photo avec l'équipage de l'hélicoptère Mi-8 secouru. Le 17 novembre, un poster honore Mahmoud Ammar Ismail, tué au combat.

    En janvier 2016, les Faucons ont même eu le privilège d'une chanson composée par Firas Hamzawi12.



    Jaber avec Assad.









    L'équipage du Mi-8 secouru.

    Hommage au pilote mort du Su-24 abattu le 24 novembre.






    Mad Max au service du régime 


    Unité légère destinée dans un premier temps à opérer essentiellement sur le front est de la Syrie, Suqur al-Sahara s'appuie sur une importante flotte de pickups 4x4, transformés en véhicules armés, les désormais célèbres Technicals. L'essentiel de cette flotte est composée de 4x4 Chevrolet Silverado, et de GMC Sierra 2500HD.


    Un 4x4 GMC Sierra 2500HD vient d'être livré aux Faucons : le véhicule est armé d'une mitrailleuse lourde KPV, monté sur un affut improvisée, et protégée par un bouclier (2013).

    Un pickup GMC Sierra, réaménagé en blindé léger : la partie cargo emporte une mitrailleuse lourde KPV sous une tourelle, copie sommaire du modèle soviétique BPU-1. Le blindage improvisé recouvre ici, entre autres, le toit et le pare-brise du 4x4 (2014).



    Véhicules civils simplement armés, peu modifiés et non blindés dans les premiers temps de l'unité, ces pickups sont rapidement devenus de véritables automitrailleuses légères, dont l'armement est varié : mitrailleuses légères DshK (ou sa version chinoise, la Type-54) de 12,7 mm, mitrailleuses lourdes KPV ou KPV-T de 14,5 mm, ZPU-4 de 14,5 mm, canons bitubes ZU-23-2 de 23 mm, voir lance-roquettes multiples Type-63 de 107 mm.

    Alignement de pickups Chevrolet Silverado, sur la base des Faucons : les véhicules sont en cours d'armement certains, sur la gauche de la photo, ayant déjà reçu une mitrailleuse DshK (2014).

    Pickup Chevrolet Silverado, photographié durant la contre-offensive du Régime dans la province de Lattaquié, en juin 2014 : seule la partie cargo a été réaménagée. Prévu pour l'emport d'une DshK, la mitrailleuse est ici absente.



    Les modèles les plus élaborés ont reçu un blindage improvisé, qui selon les multiples versions, assure un semblant de protection à l'équipage, ou plus simplement aux servants des armes montées sur les véhicules. L'emploi de véhicules civils transformés et blindés à des fins militaires n'est pas nouveau pour l'armée syrienne, et date de bien avant 2011 : les véhicules des Forces Spéciales du Régime en particulier correspondent à ce schéma, et sont basés en grande partie sur des Land Cruiser Toyota.

    Au côté d'une camionnette Hyundai blindée et armée d'un bitube ZU-23, deux 4x4 GMC Sierra, dont l'un est armé d'une tourelle improvisée, viennent de recevoir la première couleur de base de leur camouflage « désert ». En encadré, une vue arrière du même type de véhicule (2014).

    Pickup blindé des Faucons, parmi la version la plus élaborée, armé d'une mitrailleuse KPV en tourelle, photographié dans l'est syrien en 2013 : l'engin porte l'indicatif « Faucon 1 » sur la protection du pare-brise. En encadré, sur la vue arrière du même véhicule, les inscriptions sur le drapeau se traduisent par « Les hommes d'Assad », et « le groupe Sahara ».

    GMC Sierra parqués sur la base des Faucons : ils ont été réaménagés et équipés du deuxième modèle de tourelle le plus répandu, armé d'une KPV, et offrant une protection complète pour le tireur. En encadré, une vue arrière du même type de véhicule (2014).

    Un autre GMC Sierra des Faucons : si la protection pour tireur à la KPV est ici moins élaborée, les portières du véhicule ont par contre reçu un blindage, tout comme la calandre et le part-choc. Le soldat porte l'insigne des commandos-marins de la Marine syrienne (« Navy Seals Commandos ») (2015).



    Également très présent au sein de l'unité, des Land Cruiser Toyota, modèle EFI 4500, à cabine simple ou double, ont été largement livrés en grand nombre puis équipés pour l'emport d'armement, allant de la DShK au bitube ZU-23-2 de 23 mm, en passant par le lance-roquettes multiple Type-63. D'autres modèles de pickups sont utilisés, par exemple, des Ford F35D et des Toyota Tundra.

    Alignement de Toyota Land Cruiser EFI 4500 flambants neufs et version à cabine double, sur la base des Suqur al-Sahara. Les véhicules ont été aménagés pour l'emport d'une mitrailleuse DshK. En encadré, une autre version, offrant une meilleure protection au tireur (2015).

    Un autre Toyota Land Cruiser, dont la partie cargo à cette fois reçut un lance-roquettes multiple Type-63 de 107 mm (2015).



    Au côté de cette flotte de pickups, la Suqur al-Sahara utilise des camionnettes Hyundai HD65, dont l'armée syrienne était déjà largement équipée avant le conflit. A l'image des pickups civils de diverses marques, ces camionnettes ont été modifiées et légèrement blindées, soit, lorsque le véhicule est utilisé pour le transport, pour protéger un minimum les occupants de la ferraille du champ de bataille, soit pour servir de guntrucks : dans ce dernier cas, l'armement est tout aussi varié, et équivalant à celui utilisé pour armer les pickups : mitrailleuses légères DshK et Type-54 de 12,7 mm, mitrailleuses lourdes KPV de 14,5 mm, ZPU-4 de 14,5 mm, canons bitubes ZU-23-2 de 23 mm, et lance-roquettes multiples Type-63 de 107 mm.

    Camionnette Hyundai HD65 des Faucons, dont la cabine est équipée d'un blindage improvisé : la partie cargo, qui a également reçu un blindage de fortune, sert de plate-forme de tir pour une KPV, dont le canon a ici été démonté. En encadré, une autre version, armée d'un bitube ZU-23-2 de 23 mm (2014).

    Version plus élaborée d'une camionnette Hyundai transformée en guntruck : en plus de la cabine, à l'image de certains pickups, les pneumatiques du véhicule sont également protégés : l'engin est armé d'une mitrailleuse quadritube de 14,5 mm, à demi recouverte par un blindage.

    Autre version employée par les Faucons, une camionnette Hyundai blindée, et armée d'un lance-roquettes multiple Type-63 de 107 mm. En encadré, probablement le même véhicule, capturé par l'Etat Islamique durant les combats pour la ville d'al-Sukhnah, en mai 2015.


    Un modèle plus élaboré est apparu vers la mi-2015, équipé d'une tourelle cannibalisée sur les VCI soviétiques BMP-1 : la tourelle du BMP-1 est armée du canon 2A48 Grom de 73 mm, et d'une mitrailleuse coaxiale PKT de 7,62 mm.

    Sur cette photographie prise dans la base des Faucons, sont visibles les camionnettes Hyundai modifiées et armées d'une tourelle canibalisée sur un VCI BMP-1 : au moins trois véhicules ont été transformés de la sorte.


    Les Faucons utilisent également le couple inséparable du conflit syrien : le canon S-60 antiaérien de 57 mm, monté sur camion, et utilisé contre des objectifs terrestres : les châssis les plus répandus sont des véhicules Mercedes et Scania : plus rarement vus, des canons antiaériens M1939 de 37 mm sont utilisés dans cette même configuration.


    Canon antiaérien S-60 de 57 mm, vu ici durant les combats dans la campagne de Lattaquié, en décembre 2015 : les servants sont protégés par un blindage improvisé, le tout étant monté sur le châssis d'un camion Scania. Le véhicule est utilisé par les commandos-marins syriens (photo de fond : Maxim Mansour (1) )
    (1) https://www.facebook.com/Maxim.A.Mansour


    Jusqu'au mois de septembre 2015, la Suqur al-Sahara n'utilisait pas de blindés à proprement parler : également visible au sein de l'unité, des camions blindés hérités de l'unité antiterroriste du ministère de l'Intérieur syrien, la CTU (Counter Terrorism Unit). En soi, ces blindés sont à la base de simples véhicules de transport de fond, sur-blindés localement et équipés d'une tourelle pouvant emporter une mitrailleuse légère PK de 7,62 mm. Des blindés BRDM-2 sont visibles sur la base des Faucons, mais semble-t-il simplement parqués, et dont l'armement (une KPV-T), a été cannibalisé.


     Du Faucon à l'ancre de Marine


    Supposée être une unité d'élite du Régime syrien, la Suqur al-Sahara dispose de ses propres insignes, dont le symbole dominant est bien sûr le faucon. Le statut de forces spéciales ne doit pas faire illusion : rapportée aux normes occidentales, cette dénomination est surtout symbole d'un soutien sans failles en la personne de Bachar al-Assad.

    L'insigne de l'unité : au centre, le faucon est surplombé par l'éternel portrait d'al-Assad : la photo a été prise durant un exercice militaire syrien au début des années 2000s. L'inscription du haut est le nom de l'unité, Suqur al-Sahara, soit en Français les Faucons du Désert. Celle du bas se traduit par Special Task Forces, pour unité de missions spéciales.
    L'inscription centrale est un verset du Coran, le numéro 23, de la sourate 33, se traduisant par : Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah.

    Variante de l'insigne des Faucons, que l'on retrouve parfois affiché sur les véhicules.

    Ce soldat de la Suqur porte la tenue désertique classique des Faucons, fabriquée en Chine : sur le parka, figure le drapeau de la République arabe syrienne, le portrait de Bachar al-Assad, ainsi que l'insigne d'épaule de l'unité.

    L'insigne d'épaule le plus classique porté par les Faucons du Désert. L'inscription se traduit par Suqur al-Sahara.

    Variante de l'insigne d'épaule des Faucons, portée ici sur la tenue camouflée traditionnelle de l'armée syrienne, copie du Woodland US, et se traduisant par les Forces, Suqur al-Sahara.

    Autre variante de l'insigne d'épaule, se traduisant cette fois par le Régiment, Suqur al-Sahara.


    Il est à noter toutefois qu'il n'est pas rare de voir les soldats de la Suqur al-Sahara porter les insignes de ce qui constituait leur unité d'origine : on retrouve, exhibés par les membres de l'unité, entre autres, les patchs et insignes de la Garde Républicaine, des Régiments Commandos, et des unités d'élite du ministère de l'Intérieur syrien.

    En 2015, une nouvelle unité est apparue dans le folklore militaire du Régime syrien : le Régiment des Commandos-Marins. Avant le conflit, la Marine, parent pauvre des forces armées syriennes, disposait théoriquement d'une petite unité commando, dans les faits, plus proche d'une unité d'infanterie navale que d'une véritable unité de forces spéciales. L'étude des profils des soldats de la Suqur al-Sahara révèle qu'en réalité, les Navy Seals (sic), sont en grande partie composés d'ancien des Faucons du Désert, qui ont échangé leurs insignes pour celui, tout beau tout neuf, du Régiment des Commandos-Marins : une désignation toutefois un peu plus en accord avec le théatre d'opérations de l'unité, c'est à dire la région de Lattaquié.


     
    L'insigne d'unité du Régiment des Commandos-Marins, composé d'une ancre de marine, sur laquelle ont été superposés deux fusils d'assaut AK-74. L'inscription, en arabe, Fawj Maghawir al-Bahr, se traduit par le Régiment des Commandos-Marins (Navy Seals).

    Moment de repos sur la base des Faucons de Lattaquié : ces soldats portent tous l'insigne d'épaule des Navy Seals syriens, composé des armoiries de la République arabe syrienne, et de l'inscription Régiment des Commandos-Marins.

    Variante de l'insigne du Régiment des Commandos-Marins, composée plus simplement de l'inscription Commandos-Marins / Navy Seals.



    Une aide extérieure accrue


    Formation disposant du statut d'unité d'élite du Régime syrien, les Suqur al-Sahara figuraient déjà à ce titre parmi les bénéficiaires privilégiés de l'aide extérieure, essentiellement russes et iraniennes : les Faucons, par exemple, utilisent le fusil de précision SVD-S, et la copie iranienne du fusil anti-matériel Steyr HS.50, désigné Sayyad-2.

    Une aide extérieure qui s'est semble-t-il accrue au cours de l'année 2015 : sont ainsi apparues entre les mains de la Suqur al-Sahara, des mitrailleuses lourdes Kord et NSV de 12,7 mm, jusque-là absentes du conflit syrien, tout comme des lance-roquettes antichars consommables RPG-22.


    Sur cette photographie prise en août 2015 sur la base des Faucons, sont visibles un fusil Sayyad-2, un SVD Dragunov, et à l'arrière-plan, la version plus récente, le SVD-S.

    Ce pickup Land Cruiser a été armé d'une mitrailleuse lourde Kord de 12,7 mm. Cette arme est apparue au moins à partir du mois de juillet 2015 en Syrie.

    Un membre des Faucons, devenu entre-temps commandos-marins, pose avec un RPG-22 (novembre 2015).



    L'offensive menée dans la région de Salma en janvier 2016 a en outre révélée la présence aux côtés des Suqur al-Sahara et des commandos-marins, fer de lance de l 'opération, de véhicules blindés BTR-80, qui n'étaient auparavant utilisés que par la 4ème division blindée, en faible quantité. Livrés à partir du mois de novembre 2015 par la Russie, des chars de combat T-72B ont également été vu aux côtés des Faucons du Désert et des Navy Seals dans la région de Lattaquié, sans qu'il soit pour l'heure possible de déterminer avec certitude quelle unité de l'armée syrienne les utilisent.

    D'autre part, l'instruction est désormais directement effectuée par les Russes, formant, par exemple leurs homologues syriens à l'emploi de mortiers lourds, ou au tir de précision.

    Ces deux blindés de transport de troupes BTR-80, ont été photographiés en janvier 2016 durant l'offensive menée dans la région de Salma.
    Trois membres de la Suqur al-Sahara posent devant un char de combat T-72B, modèle 1989, équipé de briques réactives Kontakt 5, fraichement livré par la Russie.




     

    1http://www.joshualandis.com/blog/desert-falcons-elite-pro-assad-force/
    2https://www.bellingcat.com/news/mena/2015/01/16/the-syrian-arab-air-force-beware-of-its-wings/
    3http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/syrian-regime-military-operations-against-isis
    4https://www.stratfor.com/analysis/islamic-states-gains-mask-its-weakness
    5http://www.almasdarnews.com/article/syrian-army-pushes-back-at-al-hasakah-city/
    6http://historicoblog3.blogspot.com/2015/08/le-raid-dabu-hasan-al-khathami-la.html
    7http://en.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13940808000321
    8https://en.zamanalwsl.net/news/13096.html
    9http://southfront.org/syrian-army-advances-to-the-turkish-border-in-northern-latakia/
    10http://www.almasdarnews.com/article/tiger-forces-capture-4-villages-in-east-aleppo/
    11http://en.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13941122000421
    12https://www.youtube.com/watch?v=z8gCI8I1PFU

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    Merci à Arnaud Delalande, Mathieu Morant et https://twitter.com/green_lemonnn

    Titre : Fursan al-Nasr 6 (Les chevaliers de la victoire-épisode 6)

    Lieu(x) : wilayat de Falloujah de l'EI, soit dans la province irakienne d'al-Anbar. Impossible d'être plus précis à partir de la vidéo.

    Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 26 janvier 2016. L'EI publiant généralement ses vidéos, le temps de les monter, une vingtaine de jours au minimum après les opérations montrées, on peut en déduire que celle-ci montre des événements se déroulant début janvier au plus tard.

    La carte permet de voir le découpage approximatif du wilayat Falloujah de l'EI.


    Type de vidéo : c'est une vidéo d'attaque de position fixe par les combattants de l'EI. Ici une installation de l'armée irakienne (caserne ou autre bâtiment). Toute la vidéo est organisée autour de l'attaque de ce point.

    Forces attaquées/adversaire : l'armée irakienne. Il s'agit d'une caserne ou en tout cas d'une installation fixe. Les soldats irakiens disposent d'au moins un char T-72 qui passe sur la route devant la caserne. Il y a également plusieurs Humvees. Le char T-72 s'installe au milieu de l'installation et tire sur les combattants de l'EI. On voit au moment de l'assaut sur la caserne par les inghimasi un A-10 Warthog américain et un P-3C Orion américain. Un Su-25 Frogfoot irakien intervient également.

    Char T-72 del 'armée irakienne.

    On distingue plusieurs Humvees dans la base.

    Un avion d'attaque au sol A-10 américain filmé par l'EI.

    Un P-3C Orion américain

    Un Su-25 Frogfoot de l'aviation irakienne.

    Effectifs engagés/tactiques : quelques dizaines d'hommes au plus sont engagés ici, les effectifs sont plutôt faibles. La tactique retenue ici comporte des éléments classiques : le pilonnage initial par exemple avec les armes d'appui. En revanche l'engagement des inghimasi précède celui du seul véhicule kamikaze.

    Découpage (séquences) : la vidéo ici n'a pas de découpage par séquences séparées par des effets visuels et/ou bandeaux. Les scènes changent mais sans découpage marqué.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : un canon sans recul SPG-9 porté à dos d'homme tire sur la caserne adverse. Un mortier de 82 mm la pilonne également. Un mortier léger de 50 ou 60 mm (?) est également utilisé dans ce même but. Le char T-72 de l'armée irakienne est pris à partie par le SPG-9 et par un RPG-7. Une mitrailleuse lourde M2HB (12,7 mm), installée derrière des sacs de sable, tire aussi sur l'installation de l'armée irakienne. Il y a également une DSHK de 12,7 mm installée derrière des sacs de sable qui appuie les fantassins. La DSHK et la M2HB sont changés de positions durant l'attaque et filmées à plusieurs endroits différents.

    Canon sans recul SPG-9 porté à dos d'homme.

    Mortier de 82 mm.


    Mortier léger (50-60 mm).

    Mitrailleuse lourde M2HB.

    Mitrailleuse lourde DSHK.





    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : l'EI engage un bulldozer blindé de manière artisanale (plaques sur les côtés et sur l'avant) pour dégager les approches de l'installation de l'armée, alors que les fantassins en approchent. Le bulldozer est pris à partie par les défenseurs qui font également sauter devant lui des IED apparemment disposés en chaîne devant l'installation, pour l'arrêter. Le bulldozer finit par se retirer. Un technical avec KPV de 14,5 mm prend à parti le Su-25 Frogfoot de l'aviation irakienne qui appuie les défenseurs.

    Le bulldozer blindé.





    Les défenseurs font sauter une chaîne d'IED devant le bulldozer.




    Le technical avec KPV tire sur le Su-25.


    Kamikazes (identité) : Abu Sarat al Iraqi (un Irakien).




    Véhicules kamikazes (types, impact) : Abu Sarat al Iraqi pilote un camion militaire avec grillage de protection supplémentaire sur l'avant et sur les côtés. Il se fait exploser à proximité ou à l'intérieur même de l'installation de l'armée irakienne.







    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) : un groupe d'assaut avec au moins 2 mitrailleuses PK, 2 tireurs avec fusil de précision SVD Dragunov, 1 tireur RPG-7 et des fantassins armés d'AK-47 ou de M-16. On voit à la fin de la vidéo un long tir de mitrailleuse PK avec une grande bande de munitions tenue par un pourvoyeur.

    Groupe de combat avec tireur PK, tireur SVD, fantassins.


    AK-47.

    M-16.

    Mitrailleuse PK.

    PK, SVD et M-16.


    Destructions de véhicules adverses : un véhicule adverse détruit au crépuscule (peut-être le T-72, peut-être par un inghimasi).




    Butin matériel : néant si montage comme cela est fort probable.

    Morts/prisonniers/blessés adverses : néant si montage comme cela est supposé (du moins pas de pertes visibles dans la vidéo).

    Morts/blessés de l'EI : Abu Muslim Al Shami, un Syrien, un inghimasi (combattant armé de l'EI qui porte une ceinture explosive sur lui ; se fait sauter quand il n'a plus de munitions, en cas de situation désespérée etc, différent du kamikaze donc), qui est filmé en train de prononcer un discours avant l'attaque, est tué par le tir du char T-72. Abu Qatada Al Issawi, un autre inghimasi, que l'on voit enfiler sa ceinture d'explosifs avant l'attaque, se fait sauter au milieu de l'installation de l'armée irakienne. La fin de la vidéo rend hommage à un combattant mort, Abu Khalid Al Ansari.

    Abu Muslim Al Shami





    Abu Qatada Al Issawi





    Effets visuels/montage/techniques de propagande : résumé d'un peu moins d'une minute contenant les images frappantes de la vidéo en tête, comme souvent. L'EI n'hésite pas à se servir de documents vidéos ou d'images montrant l'adversaire dans ce résumé (ici l'armée irakienne). Lors de l'explosion du véhicule kamikaze, comme souvent, l'EI fait des retours en arrière rapide et filme l'explosion sous plusieurs angles.

    Toute la fin de la vidéo, la partie sur le butin, semble avoir été tirée d'une ou d'autres vidéos. Les lieux, l'éclairage, ne ressemblent pas à ce que l'on voit au début. On aperçoit des Humvees, un char T-72 détruit et de nombreux cadavres. On voit également des effets de l'armée irakienne, un insigne de milice chiite  et un drapeau de la même milice, un camion avec quadritube KPV, un mortier, d'autres armes lourdes et des munitions.

    Les dernières images montrent les combattants de l'EI, sur fond de discours sonore de Abu Bakr Al Baghdadi. On voit également un autre véhicule kamikaze exploser et un combattant de l'EI tenant le drapeau du groupe au-dessus d'un cours d'eau.

    Religion : au début de la vidéo, toujours la présence de la phrase rendant hommage à Allah. Lors de la scène où Abu Muslim Al Shami est tué par le T-72, la vidéo inclut un discours audio d'Abou Musab al-Zarqawi, le fondateur d'al-Qaïda en Irak. On entend également Zarqawi quand le bulldozer se replie. Quand Abu Sarat al Iraqi jette son camion sur l'installation militaire, on entend un enregistrement audio de Abu Omar Al Baghdadi. La fin de la vidéo est accompagnée d'un discours audio d'Abu Bakr Al Baghdadi.


    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : le nasheed "سرايا دولتي هيا" accompagne la première partie de la vidéo. L'avancée du bulldozer et son intervention sont accompagnées du nasheed "اليكم ركبنا شبابا رجالا". La fin de la vidéo, avant le butin, se fait sur fond du nasheed "الدولة الاسلاميه - نشيد تقدم الي الموت ثم اقتحم". Deux autres nasheeds que je n'ai pas identifiés sont mis durant la phase du butin.





    Commentaires particuliers : la vidéo répond à un genre classique, l'attaque d'une position fixe de faible importance. Ce qui est moins classique, c'est la présence du char T-72, l'utilisation préalable d'inghimasi avant un kamikaze de même que celle du bulldozer blindé. On note aussi que l'EI est obligé de faire un montage à la fin pour coller à son découpage qui inclut forcément la vision des pertes infligées à l'ennemi ou du butin pris à la fin de la vidéo.

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    Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

    Titre : Le raid des Vautours.

    Durée : 13 minutes 45 secondes.

    Lieu(x) : plusieurs lieux sur la vidéo. La première attaque kamikaze dans l'introduction a lieu à l'est de Ramadi. Les attaques kamikazes de la deuxième séquence ont lieu à 70 km environ à l'ouest de Ramadi. L'attaque de la troisième séquence est contre une position fixe de l'armée irakienne a lieu dans la région de Nukhayb, localité située à une centaine de kilomètres à peine de la frontière saoudienne, bien plus au sud.

    La séquence 2 de la vidéo a lieu à l'ouest de Ramadi (point noir en haut : environ 70 km à l'ouest de la ville). La séquence 3 se déroule près de Nukhayb, plus au sud, vers la frontière saoudienne.


    Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été publiée le 3 février. Les attaques kamikazes correspondent à un reportage photo de l'EI mis en ligne le 23 janvier, date la plus tardive pour ces attaques donc. L'attaque sur le poste des environs de Nukhayb correspond à un reportage photo mis en ligne le 4 janvier mais l'assaut a pu avoir lieu avant, en décembre 2015.

    Type de vidéo : la vidéo se concentre sur l'emploi de véhicules kamikazes. Une petite scène d'assaut la conclut.

    Découpage (séquences) : Les parties sont clairement séparées dans la vidéo par des bandeaux et effets visuels. L'introduction (environ 2 minutes) de la vidéo met en scène deux véhicules kamikazes, probablement à l'est de Ramadi. La partie centrale de la vidéo (environ 7 minutes) montre 3 véhicules kamikazes ciblant des positions de l'EI à 70 km à l'ouest de Ramadi. La dernière partie (environ 4 minutes) montre l'assaut sur une petite position de l'armée de la région de Nukhayb, avec là encore emploi de véhicules kamikazes.

    Forces attaquées/adversaire : dans la région de Nukhayb, il s'agit de l'armée irakienne. Pour la séquence à l'ouest de Ramadi, c'est la police fédérale qui semble visée.

    Effectifs engagés/tactiques : les kamikazes engagés à l'ouest de Ramadi sont accompagnés d'un effectif de soutien assez faible (quelques technicals, quelques fantassins). L'attaque contre le poste de Noukhayb engage plusieurs véhicules et au moins une douzaine d'hommes, sans doute plus. L'assaut lui-même implique au moins 2 véhicules et une douzaine d'hommes visibles à l'écran.

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : le premier véhicule kamikaze (en milieu urbain) est appuyé par les tirs d'une DSHK sur affût, d'une mitrailleuse PK et d'un RPG-7 (plus des fantassins dont un avec M-4).






    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : un technical avec KPV de 14,5 mm appuie la progression du premier véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi.



    Un technical avec ZU-23 monotube couvre la course du deuxième véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi.



    Les deux technicals tirent pour couvrir la progression du troisième kamikaze à l'ouest de Ramadi.

    La colonne d'assaut qui accompagne le kamikaze contre la position de la région du Nukhayb comprend au moins un technical avec KPV et un autre avec bitube ZU-23.




    Kamikazes (identité) : le premier kamikaze utilisé à l'ouest de Ramadi est Abu Omar Al Hamawi (un Syrien).



    Le deuxième kamikaze s'appelle Abu A'aeshat Al Hiti (un Irakien).



    Le troisième kamikaze est Hazifat Al Baghdadi (un Irakien).




    Le kamikaze déployé contre la position à Nukhayb s'appelle Abu Abdallah Al Ansari (un Syrien).



    Un autre kamikaze (ou inghimasi) utilisé contre cette position est Abu Janat Al Ansari (un Syrien).



    Véhicules kamikazes (types, impact) : dans l'introduction de la vidéo, on voit un camion-benne avec blindage artisanal (avant et sur les côtés) se faire exploser dans un cadre urbain, à l'est de Ramadi d'après un bandeau. Puis un véhicule rapide (peut-être un Humvee) fonce rapidement sur une concentration de véhicules de l'armée irakienne sur une route et se fait sauter à côté du premier véhicule rencontré (Humvee ?).




    Le premier véhicule kamikaze utilisé à l'ouest de Ramadi (Kilo 70) est un pick-up blindé artisanalement avec du grillage sur l'avant et des plaques sur les côtés.



    Le deuxième véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi est du même type, avec un blindage artisanal davantage marqué (grillage devant le pare-brise). Il vise un poste de la police fédérale irakienne.



    Le troisième véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi est un camion-benne blindé artisanalement. Il pénètre à l'intérieur de positions de la police fédérale visées par le deuxième kamikaze (on voit un véhicule), et explose.



    Le véhicule kamikaze utilisé pour frapper la position de l'armée irakienne à Nukhayb est également un pick-up blindé artisanalement. Il explose près ou dans l'installation.





    Un autre kamikaze se jette contre la position mais c'est peut-être un inghimasi et non un véhicule.

    La vue du drone qui montre l'assaut sur la position laisse penser qu'un kamikaze s'est fait exploser à l'intérieur, vu les dégâts.

    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) : un tireur à la mitrailleuse PK couvre la progression du premier kamikaze à l'ouest de Ramadi.



    Un autre tireur PK progresse la course du deuxième véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi.



    Le même tireur PK appuie également la progression du troisième véhicule kamikaze à l'ouest de Ramadi.



    Les rares fantassins visibles de l'assaut dans la région de Nukhayb sont armés d'AK-47 ou de M-16.

    Destructions de véhicules adverses : 3 épaves de Humvees au moins sont visibles à l'intérieur de la position prise dans la région de Nukhayb.



    Butin matériel : non visible.

    Morts/prisonniers/blessés adverses : un soldat irakien, visiblement le seul survivant, est abattu à l'intérieur de la position de la région de Nukhayb.




    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : au début de la vidéo, le logo du wilayat Anbar apparaît avec effet visuel mais sans sous-titrage en anglais.

    Le deuxième kamikaze qui explose au milieu d'une colonne de véhicules de l'armée irakienne est filmé par drone.

    Dans l'attaque du poste de la région de Noukhayb, une des explosions kamikazes est filmée par drone, tout comme l'assaut au sol. Le drone s'éloigne après la bataille ce qui achève la vidéo, en mode accéléré.




    Religion : on trouve toujours la formule d'hommage à Allah en tête de la vidéo.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : Les deux premiers kamikazes à l'ouest de Ramadi sont lancés sur fond du nasheed "سرايا دولتي هي". Le troisième kamikaze réalise son attaque avec en fond sonore le nasheed "هللي سمر الحراب".




    Commentaires particuliers : néant.

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    Merci à https://twitter.com/BiladFransa, https://twitter.com/green_lemonnn, Xavier Servitja Roca et quelques autres.

    Titre : A l'ombre des épées.

    Durée : 24 minutes 44 secondes

    Lieu(x) : l'action se déroule pour partie dans le secteur de al-Dawah, à 5 km à l'ouest de Palmyre, qui a été très disputé entre le régime et l'EI au mois de janvier (troisième séquence de la vidéo). La quatrième séquence de la vidéo a pour théâtre Qasr al-Halabat, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Palmyre. Pour les deux autres séquences (tirs de missiles antichars et kamikazes), impossible pour le moment de déterminer les lieux.

    La séquence 3 de la vidéo se déroule à al-Dawa autour des 12-13 janvier. La séquence 4 se passe à Qasr al-Halabat, vers le 22 janvier.
    Carte du front (plutôt pro-régime) datée du 27 janvier.





    Date (sûre par recoupement ou estimée) : La vidéo a été mise en ligne le 9 février. Les tirs de missiles antichars de la deuxième séquence correspondent à un reportage photo de l'EI daté du 3 décembre. Il faut noter que sur cette série de photos, les combattants de l'EI utilisent également un lance-missile antichar d'origine chinoise HJ-8, un modèle livré au moins depuis mars 2013 à certains groupes de l'opposition syrienne, et dont plusieurs ont été capturés depuis par l'organisation (et non visibles dans la vidéo). Un des tirs sur une colonne comprenant 1 T-55 (touché) et 1 BMP-1 renvoie à un reportage photo de novembre 2015. Les photos du butin de la troisième séquence correspondent à des images mises en ligne par l'EI le 12 janvier, après une offensive qui lui permet de prendre Dawah et Barayat. La quatrième séquence avec les Mi-24 russes correspond à un reportage photo du 22 janvier. Les deux kamikazes de la fin de la vidéo correspondent à des images mises en ligne par l'EI dès le 13 janvier, donc ils sont peut-être en lien avec l'attaque du 12. On observe donc qu'il s'agit d'un montage complexe, sans cohérence chronologique.

    Type de vidéo : c'est une vidéo composite qui mêle différents types de séquences à propos d'un front (Palmyre) : tirs de missiles antichars, d'artillerie, assaut terrestre, utilisation de VBIED...

    Découpage (séquences) : l'introduction de la vidéo dure environ 2 minutes. Suit ensuite un passage bien séparé avec bandeau sur des tirs de missiles antichars et un pilonnage d'artillerie (un peu moins de 5 minutes). Une troisième séquence également bien séparée par un bandeau montre un assaut sur des positions défensives du régime (environ 12 minutes). Une quatrième séquence de combat en montage avec intervention de Mi-24 russes dure environ 2 minutes 30. Une cinquième et dernière séquence d'environ 5 minutes 30 montre deux kamikazes lancés sur leurs véhicules suicides.

    Forces attaquées/adversaire : le régime syrien soutenu par l'aviation russe. Lors de la troisième séquence, on voit deux Su-24 probablement russes qui lâchent des projectiles qui tombent assez loin en arrière des combattants de l'EI. Pendant la quatrième séquence, deux hélicoptères de combat Mi-24P russes interviennent selon leur tactique classique : l'un tire (ici des salves de roquettes) pendant que l'autre le couvre. Sinon on ne voit que des fantassins, pas de véhicules en soutien des positions défensives, sauf dans la séquence des tirs de missiles antichars de l'EI, évidemment.













    Effectifs engagés/tactiques : la vidéo donne un échantillon de tactiques de l'EI sur un même front. Au harcèlement à distance par tirs de missiles antichars (qui opèrent à plusieurs kilomètres de distance) se combinent les barrages d'artillerie (associant D-30 et mortiers/canons de l'enfer, couple souvent vu en oeuvre), l'assaut terrestre avec composante blindée (T-72) et mécanisée (BMP-1 détourellé transport de troupes) et les attaques kamikazes. A noter que les escouades d'assaut sont relativement bien armées : en plus des fantassins avec armes individuelles, tireurs d'élite, mitrailleuses PK, lance-roquette RPG-7 (les tireurs transportant souvent une arme individuelle en plus).

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : dans la première séquence de la vidéo, une équipe de missile antichar 9K111 Fagot (AT-4 Spigot) monte à flanc de montagne pour se mettre en position. Il y a un tireur, un pourvoyeur et un observateur avec jumelles. Le Spigot a une portée utile de 2,5 km.





    Le premier tir est effectué au sommet d'une montage surplombant une position du régime. On distingue un pick-up, le plus exposé, touché par le missile, et probablement un autre, plus caché, portant une arme lourde.







    Un deuxième tir vise un T-55 isolé, avec bandes blanches d'identification aérienne. Le tireur missile est au sommet d'une éminence ou sur un flanc de colline. Le char est frappé de plein fouet.





    Le troisième tir est effectué du sommet d'une montagne en contrebas, dans une vallée coincée entre deux chaînes de hauteurs (dont celle où se trouve le tireur). Un objectif est touché mais on ne le distingue pas.






    Le quatrième tir est réalisé avec un 9M113 Konkurs (AT-5 Spandrel) qui porte en théorie jusqu'à 4 km. Le Konkurs vise une position avancée du régime avec au moins 3 tentes, 1 Toyota Land Cruiser qui ressemble à ceux de la police syrienne, 3 pick-up et à l'arrière-plan un camion-benne Daewoo utilisé à des fins logistiques. Le premier tir frappe le Land Cruiser, le second (avec vue du lancement en GoPro sur le Konkurs) touche un des pick-up. On voit une douzaine d'hommes devant un des pick-up avant le premier impact et en tout une vingtaine ensuite qui s'égaille. Lors du deuxième tir un autre pick-up et d'autres tentes sont visibles à l'arrière-plan.









    Le cinquième tir (on ne voit pas le lanceur) vise une colonne avec un T-55 et un BMP-1 ; le char, en tête, est touché. D'après un reportage photo de l'EI daté de novembre 2015, le missile serait celui d'un lanceur HJ-8.




    Une sixième séquence montre un char en traîn de brûler, probablement touché sur l'arrière. Peut-être le T-55 visé précédemment.



    Après les tirs de missiles antichars, on voit un bombardement effectué avec un canon D-30 (122 mm), un canon de l'enfer, et deux mortiers visibles. Les mortiers sont relativement bien protégés.






    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la troisième séquence de la vidéo, on voit un groupe d'assaut sur le départ. Il y a un BMP-1 détourellé avec blindage improvisé (grillage sur les côtés et l'avant), visiblement un transport de troupes pour les inghimasi qui montent à l'intérieur.






    Il y a un T-55 avec camouflage désertique équipé d'un désignateur de visée laser nord-coréen (fourni au régime, récupéré après la capture du véhicule par l'EI). On voit aussi un T-72 Ural ainsi qu'un bulldozer. Des pick-up sont protégés par des levées de terre : l'un d'entre eux transporte sur sa plage arrière des barils d'essence, peut-être servent-ils au ravitaillement.




    Le T-55 part en tête suivi du BMP-1. La vue passe ensuite à une caméra GoPro montée sur le T-72, qui avance vers les positions du régime en tirant 3 obus et aussi avec sa mitrailleuse coaxiale. Il s'arrête à flanc de colline après avoir traversé une route. Un pick-up suit avec un groupe de combattants. La caméra est déplacée sur le T-72 plus en hauteur, le char tire deux obus de plus. Un groupe de combattants progresse vers une position du régime. On voit ensuite le T-72 de l'intérieur, depuis la place du tireur, le chargement d'un obus et le tir (vu ensuite de l'extérieur aussi). Le char tire encore un obus juste après. La position du régime attaquée par les fantassins est protégée par des empilements de caisse de roquettes Grad de 122 mm. 

















     

    Un Toyota Land Cruiser avec bitube ZU-23 tire sur une position avec sacs de sable également engagée par le T-72.



    Kamikazes (identité) : Abu Albara Al Shami et Abu Othman Al Shami (deux Syriens).



    Véhicules kamikazes (types, impact) : on ne voit pas les véhicules kamikazes mais par un reportage photo on sait que l'un des deux est un BMP-1. Les objectifs ne sont pas visibles non plus.







    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) :

    Lors de la troisième séquence, lorsque les hommes montent dans le BMP-1 détourellé, ils sont qualifiés d'inghimasi.

    Au moment de l'assaut des positions du régime, on aperçoit un groupe de combat de l'EI derrière des sacs de sable avec un tireur à la mitrailleuse PK, son pourvoyeur, un tireur d'élite avec un Steyr SSG 69 et son observateur. Derrière on distingue une autre position avec deux hommes et derrière encore une autre avec mitrailleuse PK. Le sniper tire sur un combattant du régime qui passe la tête au-dessus d'une position avec des sacs de sable et sur un autre à travers une meurtrière faite dans une position avec sacs de sable empilés (peut-être sont-ils abattus tous les deux). Le tireur PK s'est avancé et tire à la hanche sur cette même position alors que les hommes de l'EI s'en rapprochent. On voit les combattants du régime évoluer derrière les sacs de sable. Les hommes de l'EI et les défenseurs échangent des tirs et des jets de grenades. Les seconds semblent soutenus par leur artillerie (mortiers ?) qui tire quelques obus. Une seconde équipe PK vient appuyer les hommes de l'EI. Au bout d'un moment les hommes de l'EI tirent en partie sur leur flanc où l'on aperçoit d'autres positions défensives du régime. Les combattants de l'EI finissent par entrer avec précaution dans la position. Deux tirs de RPG-7 sont effectués.





























    Pendant la quatrième séance, dans le secteur de Qasr al-Halabat, un groupe avance sur les montagnes avec un observateur à la jumelle. Il y a un tireur RPG-7, un tireur PK et des fantassins avec AK-47. Le groupe comprend aussi un tireur d'élite avec SVD Dragunov badigeonné d'un camouflage désertique. Installé sur une hauteur, le groupe tire sur une autre hauteur où se trouve une position du régime, sous le feu des Mi-24P qui sont visés avec les armes légères. La position de l'EI est protégée par des sacs de sable. Sur la position du régime finalement prise, les combattants de l'EI s'emparent d'un RPG-7. Une dizaine de fuyards sont pris à parti par le tireur SVD.






















    Destructions de véhicules adverses : 3 pick-up + 1 ou 2 T-55 (missiles antichars).

    Butin matériel : dans la troisième séquence, après la prise de la position défensive par l'EI, on voit un AK-74 avec lance-grenades, un SVD Dragunov avec système de vision nocturne et un pistolet nocturne.







    Dans la même séquence, outre les habituelles tentes HCR du régime, les combattants de l'EI s'emparent de caisses de munitions (dont du 7,62 mm), d'un canon sans recul M40 iranien de 106 mm avec munitions, d'un lanceur improvisé DIY IRAM avec ses roquettes (fabriqués à partir de roquettes de 107 mm iraniennes semble-t-il), d'un pick-up Toyota Tacoma, d'un guntruck, doté d'un blindage improvisé, de verrins de stabilisation hydraulique, et dont le canon S-60 AZP de 57 mm est également protégé de plaques de blindage, et de 2 chars T-55M dont l'un évacué sur un porte-chars. On voit également ensuite des munitions de 14,5 mm, un mortier léger iranien de 60 mm (HM-12 ou 13) avec ses munitions, au moins 3 missiles 9M111-2 (pour le lance-missile AC 9K111 Fagot), au moins 2 missiles 9M113M (pour le lance-missile 9K113 Konkurs) et un lanceur 9P135 (pour le Fagot).















    Morts/prisonniers/blessés adverses : on voit les premiers morts du régime (3) quand les combattants de l'EI pénètrent dans une position défensive après un combat rapproché assez soutenu. Les hommes de l'EI coupent la tête de l'un des cadavres et l'écrasent avec le pied.



    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la province de Homs, accompagné d'un effet visuel, a son nom sous-titré en anglais.

    L'introduction inclut les images filmées par drone de la ville dévastée de Homs, tournées par une équipe russe (Alexandr Pushkin). On voit aussi les bombardements russes sur Alep et ceux par barils explosifs de l'aviation du régime. La vidéo montre des enfants blessés lors de ces bombardements ainsi que des images des enfants morts lors des attaques chimiques d'août 2013. On voit quelques images de combat, des kamikazes et une scène d'exécution.










    Il y a les effets habituels avec les tirs de missiles antichars (replays sur certains). Il faut remarquer que la vidéo est un montage compliqué avec des séquences chronologiques dans le désordre et impliquant plusieurs secteurs autour de Palmyre.

    Religion : la louange à Allah est toujours au début de la vidéo. Un passage de la troisième séquence est accompagné d'un discours audio d'al-Adnani, d'un autre de Zarqawi et de deux autres de Baghdadi. Adnani est de nouveau utilisé dans la quatrième séquence au moment de l'intervention des Mi-24 et lors de la cinquième séquence montrant les kamikazes.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : le nasheed"هللي سمر الحراب" est utilisé à la fin de la séquence de tir des missiles antichars. La vue GoPro sur le T-72 est accompagnée du nasheed"الدولة الاسلاميه - نشيد تقدم الي الموت ثم اقتحم". Lui succède le nasheed"Qad 'Azamna - قد عزمنا". Le butin matériel de la troisième séquence s'accompagne du nasheed"Say God is Great".





    Commentaires particuliers : comme souvent dans le cas des vidéos du wilayat Homs, celle-ci est un montage complexe mêlant les secteurs d'opérations autour de Palmyre et les dates. L'ordre chronologique n'est pas forcément respecté. La vidéo montre néanmoins les capacités offensives de l'EI et un butin matériel prise sur le régime conséquent, que l'on ne voit plus forcément dans d'autres wilayats.

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    Merci à Mathieu Morant et https://twitter.com/green_lemonnn

    Titre : Le raid sur le village d'al-Azim.

    Durée : 6 minutes 5 secondes.

    Lieu(x) : le village d'al-Azim est situé dans la province de Diyala, à l'est et au nord-est de la capitale irakienne Badgad. Plus précisément le village se trouve au nord-ouest de la province, pas très loin de la frontière avec la province de Salahuddine, à 60 km à l'est de Samarra et à 100 km environ au nord de Bagdad.


    Le rond noir montre le village attaqué par l'EI.


    Date (sûre par recoupement ou estimée) : je n'ai pas trouvé de reportage photo de l'EI reprenant les images de la vidéo mais l'EI a manifesté un regain d'activité dans ce secteur à la fin janvier 2016. La vidéo ayant été mise en ligne le 13 février, il est probable qu'elle reflète ces opérations.



    Type de vidéo : c'est une vidéo type "raid" montrant l'attaque d'un petit poste adverse par une colonne motorisée de l'EI.

    Découpage (séquences) : l'introduction, proportionnée à la petite taille de la vidéo, ne dure que 30 secondes environ. Une deuxième séquence montre l'entraînement au tir de combattants sur plusieurs armes (une minute). Dans une troisième séquence (15 secondes), le commandant commente le plan de l'attaque dessiné à la craie sur un tableau, à l'intérieur d'un bâtiment. Une quatrième séquence montre la harangue du chef à son groupe d'assaut avant l'attaque et le départ des véhicules (1 minute 30 secondes). L'assaut se déroule sur la cinquième séquence (2 minutes 30 secondes) tandis que la dernière séquence (20-30 secondes) montre la destruction de bâtiments occupés par les miliciens.

    Forces attaquées/adversaire : il s'agit probablement d'une unité la mobilisation populaire avec matériel fourni par l'armée et la police. Un Mi-35 et un un Bell IA-407 de l'aviation irakienne survolent le champ de bataille et sont filmés par l'EI. A la fin de la vidéo on peut voir à distance plusieurs dizaines de miliciens s'enfuir à bord de deux véhicules qui les attendent pour l'embarquement.







    Effectifs engagés/tactiques : le faible effectif côté EI permet d'être relativement précis. On a ici une section de 40 hommes environ, très bien pourvus en armes légères (armes individuelles, mitrailleuses, lance-roquettes), montés sur une dizaine de véhicules, et qui conduisent un raid sur une position ennemie réduite. L'attaque se fait de plusieurs directions de façon à désorienter la défense. Les miliciens lâchent pied rapidement ce qui explique le faible butin et le peu de pertes ennemies visibles...

    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : le raid se fait avec l'appui d'un mortier artisanal qui semble être la seule arme d'appui.




    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : lors de la séquence d'entraînement, deux hommes s'essaient au tir sur un technical armé d'un canon KPV de 14,5 mm protégé par un bouclier.



    Parmi les 10 véhicules de la colonne d'assaut, il y a un technical avec KPV protégé par un bouclier, un autre avec KPV sans bouclier, un troisième avec un ZU-23 monotube de 23 mm et un autre avec mitrailleuse M2HB de 12,7 mm. On notera d'ailleurs que tous les véhicules, blancs au départ, ont été badigeonnés de boue ou autre matériau pour les rendre moins visibles et qu'ils puissent se confondre avec le paysage.






    Pendant l'assaut un technical (camion léger Kia Motors avec canon KPV sur la plate-forme) prend à parti des véhicules adverses : 2 M-113 et un Humvee sur lesquels flottent parfois des drapeaux chiites.




    Kamikazes (identité) : néant.

    Véhicules kamikazes (types, impact) : néant.

    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) : comme le confirme un bandeau en arabe, la deuxième séquence de la vidéo après l'introduction montre l'entraînement des hommes avant le raid. L'un d'entre eux tire une roquette de RPG-7, puis s'essaie au tir à la PK en position semi-assise puis debout. Un autre homme manipule la PK dans les mêmes positions. L'instructeur a une radio à la main et un M-16 dans le dos.






    Lors de la séquence montrant la harangue aux troupes, on distingue 19 hommes en dehors des véhicules (2 tireurs RPG-7 avec charge tandem, l'une PG-7VR ou PG-7VT, l'autre de fabrication iranienne ; 3 tireurs PK ; 1 porte-drapeau ; 8 tireurs AK-47 ; 3 tireurs M-16 ; 1 tireur SVD Dragunov et un homme sans arme), et 8 hommes à bord de 4 véhicules (un des hommes a un RPG-7) d'un côté ; et 12 hommes de l'autre côté (2 tireurs RPG-7 avec munition antichar, dont l'un visiblement de fabrication iranienne ; 3 tireurs PK dont un porte en plus une M-16 ; 6 tireurs AK-47 dont un porte-drapeau ; et 1 homme avec SVD Dragunov) et 6 véhicules apparemment non armés et sans hommes embarqués. Plus le chef qui fait la harangue et le caméraman. Soit 41 hommes (dont 5 tireurs RPG-7 ; 6 tireurs PK ; 14 fantassins avec AK-47 ; 3 fantassins avec M-16 ; et 2 tireurs SVD Dragunov) avec 10 véhicules. Tous les hommes sauf 2 et le chef portent un brassard blanc d'identification autour de la tête.





    Destructions de véhicules adverses : Un Humvee de couleur sombre (police/forces spéciales) a été touché par un tir direct. Il est incendié par l'EI de même qu'un autre véhicule.





    Butin matériel : dans un bâtiment servant de caserne aux miliciens, l'EI s'empare d'un fusil de précision SVD Dragunov.


    Morts/prisonniers/blessés adverses : un prisonnier assez âgé est fait par l'EI, dont on ignore le sort final.


    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la province de Diyala apparaît avec effet visuel et sous-titre en anglais.

    On note l'insistance sur l'entraînement des combattants au début de la vidéo. A la fin, le prisonnnier n'est pas abattu devant la caméra (s'il a été tué ce qui est fort possible).

    Religion : comme toujours la louange à Allah précède le début de la vidéo. Le départ des véhicules se fait sur un discours d'al-Adnani.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : l'introduction de la vidéo se fait sur fond du nasheed "Qad 'Azamna - قد عزمنا". La séquence d'entraînement a pour fond musical le nasheed "نشيد نهضنا نهضنا ". Le début de l'assaut sur le village puis les images des véhicules détruits ont le même nasheed en fond musical : "Oghzo 'Alayhim - أغزوا عليهم".




    Commentaires particuliers : cette vidéo d'un raid local, ponctuel, par une petite colonne motorisée de l'EI, est assez intéressante car elle montre un groupe relativement bien armé. Sur 40 hommes, 11 ont des mitrailleuses PK ou des lance-roquettes RPG-7 soit plus d'1 sur 4 ! De la même façon, on compte au moins 4 technicals avec arme lourde, soit au moins un homme sur quatre. La vidéo montre également que l'EI conserve la capacité de mener des raids éclairs selon un schéma de guérilla, plus destinés à frapper l'adversaire et à le chasser temporairement qu'à conserver le terrain.

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    Merci à Mathieu Morant.


    La 13ème division est un groupe armé rebelle qui a ses racines dans la ville de Maarat al-Numan, au sein de la province d'Idlib, d'où est originaire son chef, le colonel Saoud, qui a fait défection des forces du régime en mars 2012. Fondée en juin 2013, elle a su s'imposer comme un acteur dans le combat contre l'EIIL en décembre 2013-janvier 2014, avant d'être parmi les groupes récipiendiaires des premiers lance-missiles antichars TOW américains en avril-mai 2014, qu'elle a su utiliser à bon escient contre les véhicules du régime et de ses alliés. La 13ème division a des relations tendues avec le front al-Nosra qui chasse d'autres groupes rebelles dans la province d'Idlib à partir d'octobre 2014. Ce qui ne l'empêche pas de côtoyer le groupe lors de la capture des dernières positions de la province d'Idlib tenues par le régime de décembre 2014 à mai 2015. Ce dernier mois, elle rentre dans la structure de coordination Fatah Halab qui montre sa présence à Alep : la 13ème division est présente dans le nord-ouest du pays, à Idlib, Alep, Hama et Lattaquié. Elle est mise à mal par l'intervention russe, d'abord aérienne, puis plus directe, à partir de septembre 2015, qui se fait surtout sentir dans ses zones d'opérations. Avec la poussée du régime autour d'Alep en janvier-février 2016, la 13ème division doit à la fois combattre le régime, les Kurdes de l'YPG et l'Etat Islamique. Pour autant, elle est toujours capable d'aligner un bon nombre de combattants (difficile à estimer : sans doute plus de 1 000, mais jusqu'à quel effectif ?), elle est ravitaillée en missiles TOW (qu'elle continue à utiliser efficacement) et en autres armes par ses soutiens extérieurs, et elle reste fidèle à un projet post-Assad de transition vers un Etat civil, non islamique. En somme, un groupe rebelle parmi beaucoup d'autres qui compte dans le paysage de l'insurrection armée face au régime syrien.




    Historique


    La 13ème division est constituée le 17 juin 20131. Elle fait alors partie de l'éventail de groupes armés de l'insurrection rassemblés sous le label "Armée Syrienne Libre"2. Son chef est le lieutenant-colonel Ahmad Saoud, un officier de l'armée syrienne originaire de Maarat al-Numan qui a fait défection en mars 2012 après, notamment, les bombardements sur sa ville natale qui ont fait de nombreuses victimes civiles. Il servait alors dans la 137ème brigade mécanisée de la 17ème division de réserve à Deir-es-Zor. Il entraîne avec lui 27 hommes et regagne les environs de Maarat al-Numan. La première unité qu'il constitue est Liwa Ibad al-Rahman, forte d'un millier d'hommes, qui participe à la libération de Maarat al-Numan fin 2012. En 2013, il rejoint le label "Armée Syrienne Libre" en formant la 13ème division, qui compterait alors 1 800 hommes répartis en 10 compagnies avec 200 hommes en soutien logistique3. En juillet 2013, Saoud explique avoir reçu des armes du Qatar, de l'Arabie Saoudite et de la Libye ; d'autres sont vendues par les soldats du régime4. Dès 2013, ce groupe est sous les feux des projecteurs : l'EIIL, ancêtre de l'EI, capture un effet un de ses dépôts d'armes et de munitions en décembre 2013 à Kafranbel dans le district de Maarat al-Numan de la province d'Idlib. Le 13 décembre, l'EIIL arrête le chef de la 13ème division, à un checkpointà l'ouest d'Idlib, alors que celui-ci se rendait à une rencontre avec des chefs de l'EIIL à Taftanaz. Après des manifestations populaires à Maarat al-Numan et des pressions du commandement militaire d'Idlib, auquel appartient Saoud, ce dernier est finalement relâché le 31 décembre 2013. Mais l'affrontement est proche entre l'EIIL et la 13ème division5.

    Le colonel Saoud.


    Saoud a raconté sa détention dans les geôles de l'EIIL en mars 2014. Détenu à Binnish, il est toutefois mieux traité que d'autres de ses codétenus. La 13ème division a participé à l'offensive lancée contre l'EIIL en janvier 2014 par les rebelles syriens. Saoud affirme que le combat contre l'EIIL est devenu une priorité, au détriment de l'affrontement contre le régime6. En avril 2014, la 13ème division est parmi les premiers groupes rebelles à recevoir les missiles antichars TOW livrés par les Américains au Conseil Militaire Suprême, branche armée de la Coalition Nationale Syrienne7. Dans une interview de mai 2014, Saoud affirme vouloir créer un régime politique civil après la chute d'Assad. La 13ème division est soutenue par les Amis de la Syrie, qui fourniraient aussi l'entraînement pour la manipulation des missiles. La livraison des missiles permet à la 13ème division d'augmenter la pression sur les forces du régime à Alep (Sheikh Najjar), Khan Sheykhoun, Morek. Saoud prétend aussi vouloir incorporer les Kurdes dans une future armée nationale et ne recevoir aucune aide de la Coalition Nationale Syrienne, la représentation politique extérieure. En revanche, il souhaite le retour des terres occupées par Israël à la Syrie8. En août 2014, avec 17 autres groupes rebelles, la 13ème division participe à la création du Conseil de Commandement Révolutionnaire, autre tentative pour fédérer les groupes armés en lien avec l'opposition extérieure. Elle reproche aux Américains les frappes aériennes contre l'Etat Islamique, alors que l'équipement et l'armement promis tardent à arriver9. Fin octobre 2014, le front al-Nosra s'implante dans le Jabal al-Zawiya en repoussant des groupes rebelles soutenus par les Etats-Unis qui avaient eux aussi reçu des missiles TOW comme Harakat Hazm et le Front des Révolutionnaires Syriens de Jamal Maarouf. La situation est alors tendue entre la 13ème division et le front al-Nosra. En décembre, alors que la 13ème division est toujours partie prenante du Conseil de Commandement Révolutionnaire qui tente d'unifier divers courant de l'insurrection armée, elle participe à la prise de la base du régime à Wadi Deif et également à celle d'Hamidiyah, aux côtés du front al-Nosra, de Jund al-Aqsa et de dizaines d'autres groupes rebelles impliqués dans ces deux opérations10.


    Lance-missiles antichars TOW (2014).



    Mitrailleuse PK.

    Mitrailleuse DSHK (12,7 mm) sur pikc-up.
    Et sur trépied.


    Mortier de 120 mm.
    KPV sur pick-up en tir antiaérien.


    En avril 2015, la 13ème division participe, aux côtés de Jaysh al-Fateh (Armée de la Conquête, dont fait notamment partie le front al-Nosra : une structure de coordination militaire assez lâche...), à la reconquête de Jisr al-Shughur, l'un des derniers bastions du régime dans la province d'Idlib11. Elle est également là lors de la prise d'Ariha en mai 2015. Au mois de mai, elle rejoint Fatah Halab, une coordination de groupes reliés à l'Armée Syrienne Libre et de groupes islamistes opérant dans la province d'Alep. La 13ème division participe également aux offensives dans le nord-ouest de la province de Hama. Elle figure en bonne place dans le portrait de l'insurrection syrienne dressé par l'Institute for the Study of War d'octobre 201512. L'intervention russe fin septembre 2015 précipite des livraisons de missiles TOW par les Etats-Unis dont se félicite Saoud, le chef de la 13ème division13. En revanche il déplore l'absence de livraison d'armes antiaériennes, qu'il serait prêt à utiliser même contre les appareils russes. Les bombardements russes obligent d'ailleurs Saoud à se battre aux côtés de Jaysh al-Fateh, donc du front al-Nosra14. Les livraisons d'armes autres que les missiles TOW permettent aux rebelles de tenir sous le feu d'un régime revigoré par l'intervention russe15.







    ZPU-2 sur pick-up.

    Matraquée par l'aviation russe, la 13ème division, malgré l'envoi d'hommes et de matériels, ne peut empêcher les forces du régime, à l'instar des autres groupes rebelles, de percer vers les villages chiites de Nubl et Zahra début février 201616. Elle reçoit toutefois des livraisons d'armes et de munitions, comme ces roquettes Grad de 122 mm expédiées début février dont la provenance ne peut être que supposée (Arabie Saoudite, Etats-Unis ?).

    Les ronds rouges représentent les secteurs où opèrent la 13ème division, présente dans le nord-ouest du pays.



    Opérations récentes


    Actuellement, la 13ème division combat au nord d'Alep les Kurdes de l'YPG et leurs alliés des SDF qui sont sortis du canton d'Afrin après l'offensive du régime sur Zahra et Nubl, et foncent vers l'est, prenant en tenailles les rebelles avec l'EI et le régime. Elle revendique le 24 février la destruction d'un technical avec KPV des Kurdes et d'un de leurs dépôts de munitions. Le colonel Saoud annonce le 23 février sur sa page Facebook que la brigade Saladin de la 13ème division, célèbre pour avoir combattu à Khan Shaykhoun, est arrivée sur le front de Sheikh Maqsood (visiblement cette brigade est arrivée début février au nord d'Alep). Parallèlement la 13ème division continue de combattre le régime. Le 18 février, une vidéo montre les combats livrés contre l'YPG dans le secteur de Kaljibrin, au nord-ouest de Mare, à l'est de la route Alep-Tal Riffat-Azaz, au nord-est de Tal Riffat. Sur la légende d'une image postée le 17 février, la 13ème division prétend avoir repoussé les Kurdes et repris les silos de Kaljibrin. Le 16 février, elle revendique la destruction d'un pick-up des YPG au missile TOW. Avant la conclusion de la percée du régime vers Zahra et Nubl et l'offensive des Kurdes de l'YPG, la 13ème division a également attaqué une position du régime au sud d'Alep, à Khalidiyah, tout en se battant à Ratyan, au nord d'Alep, et en maintenant un contingent dans la province de Hama. La 13ème division a aussi des hommes qui se battent dans la province de Lattaquié, dans la montagne des Turkmènes (dont ceux de la brigade Khan Sheykhoun).




    Armement, organisations et effectifs


    Sur le plan militaire, la 13ème division se signale, de par l'observation de ses documents (notamment vidéos) par une meilleure tenue que d'autres groupes rebelles. Cela est probablement dû à sa composition d'origine autour de défecteurs des forces du régime, dont des officiers comme Saoud. La discipline de feu est bonne. Les hommes reçoivent visiblement un entraînement préalable à leur montée au front. Les opérateurs des armes lourdes comme les missiles TOW ont manifestement été formés à l'utilisation de leurs matériels. On note aussi la présence fréquente d'uniformes et l'emploi de certaines tactiques.

    La 13ème division dispose toujours de missiles TOW (au moins 8 tirs de missiles depuis le début du mois de février 2016 si l'on se fie aux vidéos publiés par le groupe). Le 24 février, un lanceur TOW prend pour cible un bulldozer des YPG. Une autre vidéo montre un technical avec bitube ZPU-2 de 14,5 mm tirer de nuit sur les positions kurdes. Le 23 février, un tireur TOW cible un sniper des YPG retranché dans un bâtiment. Le 21 février, une vidéo montre une salve de roquettes Grad tirée par un lanceur monté sur camion la veille sur les positions du régime à Alep. Le camion est un MAN turc17équipé d'un BM-21 ; les artilleurs appartiennent en fait aux brigades al-Furqan, autre membre de Fatah Halab. Des images du même jour montre le transport et l'installation d'un lanceur TOW par 3 hommes. Sur une autre image du 20 février, on voit un tireur PK protéger le lanceur. La photo du 17 février à Kaljibrin montre deux technicals, l'un avec un KPV de 14,5 mm et l'autre avec la version bitube de la même arme (ZPU-2). Une vidéo du même combat permet de voir plusieurs technicals (dont un bitube ZPU-2 sur Toyota Hilux) appuyant plusieurs dizaines de fantassins. Le 16 février, un tir de missile TOW pulvérise un véhicule kurde. Le 11 février, la 13ème division filme le lanceur Grad (à 40 tubes, BM-21) monté sur camion, sur les positions du régime, conjointement avec la division du Nord (fusion récente de deux groupes, la 101ème division d'infanterie et Liwa Fursan al-Haqq, eux aussi récipiendaires de missiles TOW). Une vidéo mise en ligne le même jour montre ce même matériel en action le 7 février contre les positions du régime à Zahra et Raytan. On peut voir l'assaut des fantassins de la 13ème division, couvert par des armes lourdes, le 3 février, contre le village de Khalidiyah au sud d'Alep. L'assaut a été préparé par des tirs de mortiers. Le 2 février, un tir de missile TOW détruit un véhicule du régime près de Ratyan, au nord d'Alep. Les rebelles filment aussi un Mi-24 du régime lâchant des barrils explosifs sur leurs positions. Le même jour, un missile TOW frappe un BMP-1 du régime sur une autre vidéo. Le 29 janvier, la 13ème division filme un MiG-23 du régime frappant ses positions au nord de la province de Hama, en le présentant comme un appareil russe. Le 21 janvier, un tireur TOW frappe une position de missile antichar Kornet du régime syrien. La 13ème division possède également au moins un mortier de 120 mm que l'on voit mis en batterie dans le secteur de Khan Touman, au sud d'Alep. Au niveau de l'armement individuel, le trio AK-47/PK/RPG-7 domine largement. Les rebelles utilisent également des canons sans recul SPG-9. La 13ème division possède aussi au moins un canon D-30 de 122 mm que l'on voit photographié le 8 février. La brigade Khan Sheykoun utilise un KPV monté sur pick-up contre les avions adverses de même qu'une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm sur trépied. Le groupe emploie également des canons sans recul SPG-9.












    Le 15 février, Saoud pose avec 18 hommes de son unité, dont 2 seulement sont armés avec des AK-47. Une photo du 13 février montre une douzaine d'hommes à bord de deux pick-up. De manière générale, les opérations de la 13ème division, sur ses images de propagande, impliquent au maximum quelques dizaines de combattants avec quelques moyens d'appui (missiles TOW et autres). On note cependant que la 13ème division comporte des subdivisions comme cette brigade Saladin rapatriée du sud. Il y a aussi la 56ème brigade d'infanterie qui dispose de sa propre page Facebook18. La 56ème brigade poste une vidéo début février de ses hommes sur le mont Kurde : ils débarquent d'un pick-up et se retranchent sur une hauteur à l'aide d'un bulldozer, et creusent des tranchées. Ils ont un mortier. Un document récent de la 13ème division prétend que le groupe rassemble 6 000 hommes, en différentes factions (éléments ralliés d'autres groupes peut-être), ce qui semble beaucoup ; on se rappelle que Saoud prétendait avoir sous ses ordres 1 800 hommes en mars 2014.




    Idéologie et propagande


    La 13ème division dispose de sa page Facebook19, d'un compte Twitter20 et d'une chaîne Youtube21 où elle poste ses vidéos. Cette présence sur les réseaux sociaux ainsi que celles qui y sont associées permet d'entrevoir ses objectifs.

    L'emblème de l'unité n'a pas changé depuis 2013 : aux couleurs de la révolution syrienne (bandes horizontales verte, blanche et noire avec les 3 étoiles rouges sur la deuxième, soit la reprise du premier drapeau de la Syrie indépendante) s'ajoute le nom de l'unité en bas. La 13ème division utilise aussi le logo de l'Armée Syrienne Libre. Les subdivisions reprennent les mêmes symboles.


     


    Globalement, le programme défendu par Saoud se retrouve sur les pages Facebook ou comptes Twitter associés au groupe. On note d'ailleurs un certain nombre de références occidentales dans les productions. Les combattants de la division, sur leurs pages, manifestent souvent une religiosité qui n'a rien de fanatique mais qui est davantage lié au contexte de guerre, à la présence de la mort, etc (même si certains sont plus "durs" que d'autres).

    Les vidéos du groupe comprennent un effet visuel initial travaillé qui est récent (février 2016), montrant le logo de l'unité. Sur le reste des vidéos, on voit toujours l'emblème de la 13ème division en haut à gauche et celui du Fatah Halab en haut à droite (depuis que la 13ème division en fait partie) Dans une vidéo du 23 février, l'unité n'hésite pas à monter une caméra type GoPro sur un lance-missiles TOW au moment du tir. Sur une page Facebook d'un des combattants de la division, on peut voir cet homme sur le front avec une GoPro fixée sur le front. Le colonel Saoud est également mis en avant : on le voit parler à la télévision dans un reportage du 22 février. Une photo du 12 février montre une vingtaine formant des pyramides par groupes de dix, avec l'homme au sommet brandissant un drapeau, l'un étant celui de la 13ème division. La photo de couverture de la page Facebook du 11 février montre deux soldats en tenue américaine. Les vidéos sont également l'occasion de présenter des déclarations communes comme cela du 8 février lue par un combattant entouré de 5 autres (déclaration commune avec la divison Nord et le Front du Levant). Le 21 janvier, Saoud rend visite aux Casques Blancs de la défense civile qui interviennent pour secourir les blessés après les frappes aériennes du régime ou des Russes. Saoud a son propre compte Twitter22. Il retweete les opinions d'autres chefs rebelles ou de rebelles du secteur d'action de la 13ème division. Sur sa page Facebook23, il vante les prouesses de ses jeunes combattants. Il a aussi créé récemment une page Facebook pour le bétail de la province d'Idlib : il a financé une campagne de vaccination des animaux24. La 56ème brigade d'infanterie, quant à elle, honore ses "martyrs" sur sa page. Sur la page Facebook d'un reporter photographe de la 13ème division, on trouve un montage représentant un photographe au premier plan et un autre rebelle à l'arrière-plan armé d'un canon sans recul ou lance-roquettes antichar, sur fond d'affiche de jeu vidéo de la Seconde Guerre mondiale (on reconnaît les véhicules allemands). La page Facebook de la brigade Khan Sheykhoun25 de la 13ème division montre un camion distribuant de l'eau aux habitants. Un combattant de la brigade partage un reportage montrant la tombe d'Abdelkader Saleh, l'ancien chef de la brigade al-Tawhid tué en novembre 2013.
















    1Documents publiés par la 13ème division.
    2Sur l'ASL, voir http://www.joshualandis.com/blog/the-free-syrian-army-doesnt-exist/ et plus récemment http://www.joshualandis.com/blog/media-maskirovka-russia-and-the-free-syrian-army/
    3http://www.aljazeera.com/indepth/features/2014/03/syria-rebel-recounts-his-time-an-isil-jail-20143911113109123.html
    4http://www.truth-out.org/speakout/item/17404-interview-with-lieutenant-of-the-free-syrian-army
    5http://www.syriadeeply.org/articles/2013/12/4492/pressure-isis-releases-fsa-prisoner/
    6http://www.aljazeera.com/indepth/features/2014/03/syria-rebel-recounts-his-time-an-isil-jail-20143911113109123.html
    7https://tahrirsouri.com/2014/05/09/9-fsa-factions-in-possession-of-tow-missiles-as-obama-mulls-greater-involvement-in-syria/
    8https://tahrirsouri.com/2014/05/17/exclusive-interview-with-ahmad-al-saoud-head-of-division-13-one-of-the-9-factions-given-access-to-tow-missiles/
    9http://www.bbc.com/news/world-middle-east-29510994
    10http://www.bbc.com/news/world-middle-east-30476609
    11http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/jabhat-al-nusra-seizes-control-of-major-syrian-government-stronghold-with-jihadist-coalition-10203764.html
    12http://understandingwar.org/sites/default/files/Syrian%20Opposition%20Guide_0.pdf
    13http://www.nytimes.com/2015/10/13/world/middleeast/syria-russia-airstrikes.html
    14http://www.alaraby.co.uk/english/news/2015/10/15/iran-and-hizballah-send-fighters-for-major-syria-offensive
    15http://www.huffingtonpost.com/charles-lister/russias-intervention-in-s_b_8350266.html
    16https://www.alaraby.co.uk/english/news/2016/2/2/syrian-army-presses-aleppo-attack
    17https://twitter.com/ToyotaWars
    18https://www.facebook.com/The56InfantryBrigade/timeline
    19https://www.facebook.com/%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B1%D9%82%D8%A9-13-Alferqa13-624557941016820/?ref=br_rs
    20https://twitter.com/13alferqa13
    21https://www.youtube.com/channel/UCGECSQCwC2zOcJRXIOG22ww/videos
    22https://twitter.com/alferqa13
    23https://www.facebook.com/ahmd.alsoud5
    24https://www.facebook.com/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%B1%D9%88%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D9%88%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D8%AF%D9%84%D8%A8-%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B1%D9%82%D8%A9-13-1653401421608687/
    25https://www.facebook.com/%D8%AA%D8%AC%D9%85%D8%B9-%D9%83%D8%AA%D8%A7%D8%A6%D8%A8-%D8%AE%D8%A7%D9%86-%D8%B4%D9%8A%D8%AE%D9%88%D9%86-%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B1%D9%82%D8%A9-13-456423224493264/

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    Merci à https://twitter.com/green_lemonnn


    Titre : La victoire vient de Dieu et la conquête est proche.

    Durée : 14 minutes 40 secondes.

    Lieu(x) : nous sommes dans le wilayat Shamal Bagdad de l'EI, au nord de Bagdad donc. Le début de la vidéo mentionne les environs du barrage de Samarra comme lieu de l'action. Le barrage se trouve juste à l'ouest de la ville de Samarra, qui se situe à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Bagdad.



    Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne le 9 février. Je n'ai pas trouvé de reportage photo associé à cette vidéo. https://twitter.com/IraqEye me signale que des photos du 5-6 janvier reflètent cette opération. Il y a donc plus d'un mois de décalage cette fois entre la publication de la vidéo et les événements relatés.

    Type de vidéo : c'est une vidéo d'attaque de positions fixes par une colonne mobile de l'EI. Beaucoup de ce type de vidéos en Irak ces derniers mois.

    Découpage (séquences) : il n'y a pas d'introduction dans cette vidéo. La première partie (environ 4 minutes 30 secondes) montre l'attaque sur l'installation adverse et le butin. Une deuxième partie montre la poursuite et l'exécution de fuyards, puis sans transition, le renouveau de l'attaque (environ 10 minutes).



    Forces attaquées/adversaire :à la fin de la vidéo, sur un bulldozer blindé capturé, on voit l'emblème de la branche militaire de l'organisation Badr. C'est donc elle qui subit cette attaque de l'EI. Peut-être s'agit-il de miliciens intégrés à la mobilisation populaire. L'explosion du kamikaze entraîne la débandade du dispositif des miliciens. Lors de la poursuite, on voit 6 fantassins courant le long de 3 pick-up blancs qui prennent la fuite. L'EI filme ensuite une douzaine de miliciens qui s'enfuient au loin. 8 fuyards sont abattus. Plus tard, quand l'EI reprend sa progression, on voit que les miliciens disposent de plusieurs véhicules blindés et un bulldozer blindé. Ils finissent par se retirer en pick-up. Néanmoins il semble que l'armée irakienne encadrait les miliciens du Badr : l'homme maintenu au sol puis égorgé est semble-t-il un capitaine. (merci à https://twitter.com/IraqEye).

















    Effectifs engagés/tactiques : au début de la vidéo, lors de la progression vers l'objectif, on compte une vingtaine d'hommes avec au moins une mitrailleuse PK. Au moment de l'attaque après l'explosion du véhicule kamikaze, on voit plusieurs escouades (de 7-8 hommes chacune) marcher vers la caserne. Au moment de la reprise de l'attaque après la poursuite des fuyards, on voit un groupe de combat de 8 hommes avec tireur PK et peut-être un tireur SVD Dragunov. A ce moment-là, les combattants sont qualifiés d'inghimasi. La colonne de l'EI comprend probablement plusieurs dizaines d'hommes appuyés par un certain nombre de technicals et autres véhicules.





    Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : la cible est bombardée avant l'attaque par un couple de mortiers (un de 82 mm et un de 120 mm).






    Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : pour protéger le véhicule kamikaze qui se jette sur une caserne, les combattants de l'EI font tirer un bitube ZPU-2 de 14,5 mm monté sur Toyota Hilux, de même qu'une DSHK de 12,7 mm sur pick-up protégée par un bouclier, et un KPV de 14,5 mm monté sur Toyota Hilux et protégé par un bouclier. Il y a aussi un bitube de 37 mm antiaérien monté sur camion (probablement un Type 65 ou 74 chinois, copie du 37 mm AA M1939 soviétique).









    Un technical avec ZU-23 monotube couvre la progression des fantassins vers la caserne adverse qui est visée. Le même tire ensuite sur les miliciens du Badr qui s'enfuient.



    Le ZPU-2 sur Hilux prend à parti un appareil volant à haute altitude et 2 hélicoptères de l'aviation irakienne.






    Un autre ZPU-2 sur technical ouvre le feu sur les troupes adverses après la poursuite des fuyards. Le technical avec ZU-23 monotube tire également sur les miliciens et leurs véhicules (notamment le bulldozer blindé).






    Kamikazes (identité) : Abu Muwaiya Al Shami (un Syrien).



    Véhicules kamikazes (types, impact) : Abu Muwaiya Al Shami pilote un Humvee dont l'avant a été renforcé de blindage artisanal, de même que la partie arrière ce qui forme un cube sur la plate-forme. Le Humvee pénètre jusqu'au milieu de la position adverse (on voit les combattants ennemis s'enfuir à son approche) et explose, détruisant plusieurs véhicules comme on le voit par la suite.










    Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) : les combattants sont transportés en pick-up. Les fantassins sont armés d'AK-47, de M-16, de mitrailleuses PK, de RPG-7. Une mitrailleuse lourde DSHK de 12,7 mm sur trépied couvre la progression du kamikaze, de même qu'une mitrailleuse PK.


















    Une mitrailleuse PK, un tireur avec M4, un autre tireur PK avec M-16 dans le dos tirent sur un groupe de 8 fuyards du Badr. Traqués par les fantassins de l'EI, ceux-ci sont pris à revers par un groupe embarqué sur pick-up. Un cadavre est criblé de balles pour la caméra. Un autre est égorgé après capture, un troisième est abattu d'une balle dans la tête puis criblé de balles.



    Au moment de la reprise de l'attaque, un tireur PK avec AK-47 dans le dos ouvre le feu, bande de munitions tenue par un pourvoyeur.


    Destructions de véhicules adverses : Au moins 3 véhicules sont en feu (dont un renversé), probablement suite à l'explosion du kamikaze. Un camion portant un bitube ZU-23 de 23 mm, avec logo sur la portière du conducteur, a été endommagé. Un autre camion est couché sur le côté.





    Butin matériel : un bulldozer et 2 pick-up sont abandonnés en bon état, de même qu'un véhicule léger iranien Safir avec canon sans recul M40 de 106 mm. Les combattants de l'EI évacuent un des pick-up bricolés avec cage arrière typique des milices chiites et le Safir avec le canon SR de 106. A la fin de la vidéo, les miliciens abandonnent un bulldozer blindé Fiat Allis sur lequel apparaît le logo de la branche militaire du Badr.






    Morts/prisonniers/blessés adverses : un groupe de 8 fuyards du Badr abattus. Les pertes sont probablement plus lourdes (je compte une dizaine de morts dans la scène où l'EI rattrape et exécute des fuyards).




















    Morts/blessés de l'EI : néant.

    Effets visuels/montage/techniques de propagande : la louange traditionnelle à Allah est suivie du logo du wilayat, avec effet visuel comme de coutume, et dont le nom est sous-titré en anglais. Au moment où le caméraman s'approche des véhicules adverses détruits ou abandonnés, on aperçoit un des fantassins de l'EI portant une caméra GoPro sur le front. A ce moment-là, 3 hommes se mettent le front sur le sol pour rendre grâce à Dieu.



    Religion : au moment de l'investissement de la deuxième position, on entend un discours d'al-Adnani.

    Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : au moment de la prise du butin après l'assaut de la première position, on entend le nasheed "Al Hamdulila". Au moment de la poursuite, c'est le nasheed "سرايا دولتي هيا".




    Commentaires particuliers : cette vidéo se distingue par sa violence dans l'exécution des fuyards du Badr. On voit le but de l'EI : terroriser l'adversaire en montrant qu'aucun prisonnier ne sera fait.



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    J'ai arrêté ma collaboration avec le magazine 2ème Guerre Mondiale de Nicolas Pontic il y a maintenant plus de 6 mois. Il me restait cependant un écrit à publier dans ce magazine : un projet de thématique sur les U-Boote, qui n'a finalement pas été édité, mais qui ressort sous la forme de 2 (au lieu de 3 initialement) parties dont la première dans le numéro 64.

    Il s'agit de réflexions non pas tant sur l'histoire opérationnelle des U-Boote (traitée toutefois dans cette première partie) que de l'héritage de la Grande Guerre, le rapport des sous-mariniers au nazisme et le mythe nazi construit pendant et après la guerre sur les sous-marins (à venir dans la deuxième partie). Pour sortir finalement d'une historie-bataille sur les U-Boote qu'on nous revend à toutes les sauces (et je ne parle même pas de l'aspect matériel...) Le projet de thématique comprenait une bibliographie commentée qui malheureusement, faute de place comme toujours, sera probablement reportée sur le site du magazine.

    Ces deux contributions seront donc bien les dernières de mon fait pour le magazine 2ème Guerre Mondiale. Bonne lecture.

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    Comment analyser les tactiques militaires de l'EI ? Travaillant sur l'analyse de leurs vidéos militaires depuis plus de six mois désormais1, la meilleure solution m'a paru être de partir de cas concrets pour en tirer des conclusions plus générales. Pour ce faire, j'ai dressé un questionnaire-type que j'applique maintenant à chaque vidéo militaire de l'EI, afin de la renseigner au mieux. Le passage des 5 premières vidéos (janvier-février 2016) par ce questionnaire-type permet de dresser une esquisse des tactiques employées par l'EI. Dans cette démarche, je m'appuie sur un article récent du CTC Sentinel2écrit par un véritable spécialiste, ce que je ne suis pas. Il est évident, en effet, que davantage de lectures me sont nécessaires pour déterminer en particulier les origines des méthodes de combat employées par l'EI que l'on peut observer à travers leurs vidéos.




    Les chevaliers de la victoire - épisode 6 (wilayat Falloujah)


    Cette vidéo a été mise en ligne le 26 janvier 20163. Elle évoque une opération qui a manifestement eu lieu le 1er janvier précédent, dans le secteur de Saqlawiyah, ville au nord-ouest de Falloujah, dans la province irakienne d'al-Anbar, que l'armée irakienne tente de reprendre à l'EI. Ce dernier attaque une installation fixe de l'armée irakienne, probablement une caserne défendue par une petite garnison. Les défenseurs disposent de véhicules (plusieurs Humvees) et surtout d'un char T-72 qui va donne du fil à retordre aux attaquants. Ils sont appuyés par des appareils américains (1 A-10, 1 C-130J-30) et irakiens (1 Su-25).

     

    Pour attaquer cet objectif, l'Etat Islamique engage quelques dizaines d'hommes, dont au moins un tireur RPG-7, plusieurs tireurs à la mitrailleuse PK et au moins un tireur d'élite avec SVD Dragunov. La caserne est bombardée avec un canon sans recul SPG-9 porté à l'épaule par un combattant, par un mortier de 82 mm et un autre léger de 50/60 mm. Le T-72 est engagé par le SPG-9 et le tireur RPG-7 (sans succès). Au crépuscule, l'EI engage des inghimasi qui font partie du groupe d'assaut : l'un se fait sauter avec sa ceinture explosive contre le char T-72 et un autre également à l'intérieur de la caserne. En appui, le groupe d'assaut dispose aussi d'une mitrailleuse M2HB et d'une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm, bien protégées derrière des positions de sacs de sable, qu'il va changer plusieurs fois de position. Le groupe d'assaut engage un bulldozer blindé pour ouvrir la voie à ses fantassins dans l'installation. Les défenseurs font sauter une chaîne d'IED devant lui, sans le détruire, mais le bulldozer ne peut accomplir sa tâche et se replie. Un canon de KPV de 14,5 mm monté sur pick-up prend pour cible les appareils venant soutenir les défenseurs. Un kamikaze irakien sur VBIED est alors lancé sur camion protégé par un blindage artisanal pour ouvrir la voie dans l'installation : il explose contre celle-ci, mais le groupe d'assaut ne peut emporter la place -la fin de la vidéo sur l'investissement et le butin semble être un montage à partir d'images anciennes.


     


    Cet exemple nous montre d'abord que l'Etat Islamique, à l'offensive, n'hésite pas à attaquer un objectif en infériorité numérique. Ici nous ne connaissons pas la taille de la garnison mais le ratio est au plus de 1 contre 1 et probablement légèrement en défaveur de l'EI4. L'organisation a donc du mal à se départir des habitudes héritées de l'époque de la guérilla en Irak, alors même qu'elle mène un type de guerre différent. Ce qui est intéressant ici, c'est l'emploi des inghimasi avant le VBIED, configuration assez rare dans les choix tactiques de l'EI. Les inghimasi sont les troupes de choc de l'EI, revêtus de ceintures d'explosifs qu'ils font exploser si besoin est (ce qui est le cas ici pour deux d'entre eux au moins), entraînés pour le combat rapprochés et pour s'emparer de positions difficiles comme les points fortifiés. Généralement ils suivent l'emploi du ou des VBIED programmés pour ouvrir l'attaque. Ici, ils sont lancés directement sur l'installation probablement pour neutraliser le char T-72 qui semble avoir gêné l'assaut de l'EI. On note aussi que les 2 inghimasi morts au combat sont un Syrien et un Irakien, ce qui tranche avec l'idée que les inghimasi sont pour beaucoup des combattants étrangers (en tout cas ici ce sont des locaux que l'EI choisit de mettre en avant, c'est à remarquer). Autre apport tactique intéressant, l'emploi d'un bulldozer blindé non comme VBIED comme cela arrive de plus en plus désormais, mais comme engin de génie destiné à ouvrir la voie aux inghimasi. Malgré l'échec final probable de l'assaut, on note la souplesse tactique de l'EI puisque même les schémas "classiques" d'emplois des forces peuvent être modifiés en fonction des circonstances.

     


    Le raid des Vautours - Wilayat al-Anbar


    Cette vidéo publiée le 3 février 20165 est un montage montrant en particulier deux séquences importantes : la première concerne des attaques avec VBIED menées à 70 km à l'ouest de Ramadi, dans la seconde quinzaine de janvier probablement, et la seconde montre l'assaut d'un petit poste près de Nukhayb, plus au sud, à moins de 100 km de la frontière saoudienne, le 4 janvier ou peut-être plus tôt, en décembre 2015. Les attaques avec VBIED visent manifestement la police fédérale irakienne tandis qu'à Nukhayb c'est l'armée qui semble ciblée.

     

    A l'ouest de Ramadi, l'EI engage 3 VBIED (deux pick-up blindés artisanalement et un camion-benne lui aussi renforcé avec du blindage artisanal) pilotés par 2 Irakiens et 1 Syrien. Ils sont lancés successivement tous les 3 contre le même objectif, des positions de la police fédérale. Leur progression est couverte par les tirs de 2 mitrailleuses PK. Il y a également en soutien deux technicals, l'un avec un canon KPV de 14,5 mm et l'autre avec un canon ZU-23 monotube.

     

    Contre le petit poste de l'armée à Nukhayb, le groupe d'assaut de l'EI se compose d'au moins une douzaine d'hommes et d'au moins 2 technicals (l'un avec canon KPV de 14,5 mm, l'autre avec bitube ZU-23 de 23 mm). Le groupe d'assaut lance un VBIED (un pick-up renforcé de blindage artisanal) piloté par un Syrien qui se jette contre le poste. Il est suivi par des inghimasi dont l'un déclenche également sa ceinture d'explosifs dans ou à proximité de l'installation. Les dégâts sont considérables : on peut voir au moins 3 Humvees détruits par les explosions. Les hommes de l'EI qui pénètrent dans la position n'ont qu'à achever le dernier survivant.

     

    Ce deuxième exemple nous permet de revenir sur le rôle des VBIED pour l'EI6. Avec les attaques à l'ouest de Ramadi, on voit que l'héirtage de l'armée irakienne de Saddam Hussein, qui privilégie dès l'après-guerre du Kippour (1973) la puissance de feu, s'est maintenu. L'EI utilise une vague de VBIED (3 ici) pour pallier l'absence de blindés ou d'artillerie, qu'il peut posséder ailleurs et utiliser en lieu et place des VBIED, ou combinés à ceux-ci. La rigidité de l'armée irakienne de Saddam se retrouve dans la désignation d'objectifs fixes qui restent la cible des VBIED et qui ne changent pas au cours de l'opération : dans notre cas les 3 explosent quasiment au même endroit sur les positions de la police fédérale. Dans la deuxième séquence montrant l'assaut du poste de Nukhayb, nous avons par contre un assaut "type" de l'Etat Islamique : le VBIED ouvre la voie pour pallier le manque d'artillerie ou de blindés, il est suivi par les inghimasi dont un au moins se fait exploser à proximité ou dans la position, et l'infanterie n'a plus qu'à achever le travail (les dégâts des explosions étant ici particulièrement considérables ; il n'y a qu'un seul survivant, vite éliminé).


    A l'ombre des épées - Wilayat Homs


    Cette vidéo publiée le 9 février 20167 est un gros montage de séquences tournées sur le front de Palmyre, à différents endroits. Des tirs de missiles antichars correspondent à des images de novembre-décembre 2015. Un assaut sur des positions du régime a eu lieu les 12-13 janvier 2016 à al-Dawaa, à quelques kilomètres à l'ouest de Palmyre. Une autre attaque de positions du régime prend à Qasr al-Halabat, à 20 km au sud-ouest de Palmyre. L'Etat Islamique fait face ici au régime syrien : on ne voit que des fantassins en action hormis lors des tirs de missiles antichars et lors des vues du butin. Le régime est soutenu par les Russes : lors de l'assaut sur les positions d'al-Dawaa, 2 Su-24 Fencer bombardent les positions de l'EI. A Qasr al-Halabat, ce sont deux hélicoptères de combat Mi-24P Hinds qui attaquent les combattants de l'EI, l'un tirant des salves de roquettes tandis que l'autre le couvre, selon une tactique souvent vue à l'oeuvre depuis leur intervention en Syrie.


    L'EI engage des équipes de tireurs antichars avec lance-missiles pour frapper des véhicules du régime. Une équipe avec un lanceur 9K111 Fagot (AT-4 Spigot) comptant 3 hommes (tireur, observateur et pourvoyeur) frappe un pick-up. Une autre équipe (ou la même) avec Spigot touche un char T-55. Une autre équipe avec un lanceur 9K113 Konkurs (AT-5 Spandrel) envoie un missile sur une position du régime comptant plusieurs tentes, Toyota LandCruiser et 3 pick-up. Le missile frappe le Land Cruiser ; puis un second détruit l'un des pick-up. Un autre tir de missile (on ne voit pas le lanceur ; d'après des photos publiées avant la vidéo, il s'agit peut-être cette fois d'un HJ-8) touche un char T-55 qui précède un BMP-1. On voit un autre char en train de brûler (peut-être le T-55 touché juste avant dans la séquence).

     


    L'EI montre également son artillerie en action sur ce front. On voit un canon D-30 de 122 mm en train de faire feu, ainsi que 2 mortiers bien protégés derrière des positions défensives et 1 "canon de l'enfer".

     

    L'assaut sur les positions du régime à al-Dawaa engage des effectifs des moyens assez conséquents. On peut voir sur les positions de départ de l'EI un char T-55, un char T-72, un BMP-1 détourellé servant de transport de troupes à des inghimasi. Il y a également un bulldozer qui a sans doute aménagé les levées de terre visibles et des pick-up dont un porte des barrils d'essence sur la plate-forme arrière (sans doute un véhicule pour le ravitaillement en carburant). Le T-55 part en tête suivi par le BMP-1. On voit ensuite le T-72 progresser vers les positions du régime, tirant 3 obus de 125 mm et avec sa mitrailleuse coaxiale simultanément. Le T-72 tire encore 2 obus pour couvrir l'approche de fantassins débarqués d'un pick-up vers une des positions du régime protégée par des empilements de caisses de roquettes Grad. Un ZU-23 monté sur Toyota Land Cruiser tire également sur cette position. Le groupe de combat de l'EI qui monte à l'assaut comprend un groupe avec tireur PK et pourvoyeur, tireur d'élite avec Steyr SSG 69 et observateur. Il y a également une 2ème équipe PK ainsi qu'un tireur RPG-7. Le tireur d'élite fait feu sur les hommes du régime qui se montrent en dehors des protections défensives de leurs positions. Un combat rapproché s'engage sur l'une des positions du régime, les deux camps s'expédient des grenades ; les défenseurs font intervenir de l'artillerie légère (mortiers probablement). La position est finalement prise par les combattants de l'EI. On voit plusieurs corps de combattants du régime, dont un qui est décapité par les vainqueurs. Le butin matériel est impressionnant : outre un fusil d'assaut AK-74 avec lance-grenades et un fusil de précision SVD, les combattants de l'EI s'emparent de caisses de munitions (dont du 7,62 mm), d'un canon sans recul M40 iranien de 106 mm avec munitions, d'un lanceur improvisé DIY IRAM avec ses roquettes (fabriqués à partir de roquettes de 107 mm iraniennes semble-t-il), d'un pick-up Toyota Tacoma, d'un guntruck, doté d'un blindage improvisé, de verrins de stabilisation hydraulique, et dont le canon S-60 AZP de 57 mm est également protégé de plaques de blindage, et de 2 chars T-55M dont l'un évacué sur un porte-chars. On voit également ensuite des munitions de 14,5 mm, un mortier léger iranien de 60 mm (HM-12 ou 13) avec ses munitions, au moins 3 missiles 9M111-2 (pour le lance-missile AC 9K111 Fagot), au moins 2 missiles 9M113M (pour le lance-missile 9K113 Konkurs) et un lanceur 9P135 (pour le Fagot).

     

    Le combat à Qasr al-Halabat se déroule en zone montagneuse. Le groupe de combat de l'EI progresse vers une hauteur où se trouve une position du régime : il comprend un tireur PK, un tireur RPG-7 et un tireur d'élite sur SVD Dragunov. Les fantassins de l'EI sont pris à partie par 2 Mi-24P russes mais ont des positions protégées avec sacs de sable. Ils finissent par prendre la position ennemie et capturent un RPG-7.

     

    L'EI utilise désormais régulièrement des équipes antichars mobiles, aussi bien en défense qu'en attaque, pour éliminer des objectifs de haute valeur : chars, véhicules blindés, mais aussi pick-up comme ici, ou positions fortifiées pouvant entraver la progression. Les lanceurs et les missiles eux-mêmes viennent de prises sur le régime syrien (comme à Palmyre en mai 2015, mais aussi dans d'autres batailles :à al-Qaryatayn en août 2015, l'EI récupère des caisses de missiles Kornet) ou sur les rebelles syriens (TOW, très rare cependant, HJ-8, etc) principalement. Quant à l'emploi, il est probable que plusieurs influences croisées ont joué dans la maîtrise de ce type d'armement -avec peut-être celle du contingent "tchétchène". Par la suite, l'EI a eu l'occasion de raffiner les tactiques d'emploi des missiles antichars contre le régime en Syrie, contre les rebelles, sans parler des camps d'entraînement installés en Syrie ou en Irak pour entraîner les équipes de tireurs/observateurs/pourvoyeurs que l'on voit ici à l'oeuvre, par exemple, à Palmyre. On peut remarquer dans cette vidéo, contrairement à la précédente, qu'en l'absence de VBIED pour un assaut, l'EI utilise ses véhicules blindés de prise et les met en avant pour ouvrir la voie à l'infanterie. C'est ici le rôle joué par le char T-72. On est bien dans la ligne des tactiques de l'armée irakienne sous Saddam Hussein8. On note également la présence d'une escouade d'inghimasi mécanisée sur BMP-1 détourellé. L'assaut frontal semble ici privilégié avec des moyens d'appui (artillerie et mortiers) qui sont regroupés. Les escouades de fantassins de l'EI sont souvent lourdement armées : ici le groupe d'assaut contre les positions du régime à al-Dawaa comprend plusieurs mitrailleuses PK, un tireur d'élite et un tireur RPG-7 (souvent les porteurs d'armes lourdes transportent en plus une arme individuelle). On remarque enfin que l'intervention de l'aviation russe ne représente pas une gêne pour les combattants de l'EI : les Su-24 larguent leurs projectiles bien trop loin et les Mi-24, qui constituent une menace plus crédible, n'empêchent pourtant pas les fantassins de progresser sur les pitons rocheux.

     


    Le raid sur le village d'al-Azim - Wilayat Diyala


    Cette vidéo a été mise en ligne le 15 février 20169. Elle reflète probablement des opérations du mois de janvier. Elle met en scène un raid sur le village d'al-Azim, au nord-ouest de la province de Diyala, près de la province de Salahuddine. La garnison du village semble constituée de miliciens chiites de la mobilisation populaire, disposant de quelques véhicules blindés, de pick-up et de camions pour le transport. Un hélicoptère de combat Mi-35 et un hélicoptère Bell IA-407 de l'aviation irakienne sont filmés par l'EI au-dessus du champ de bataille.

     

    Du côté de l'EI, nous avons une colonne motorisée pour le raid de taille réduite mais qui permet, vu les images, d'être assez précis sur sa composition. La colonne comprend au moins 10 véhicules dont 2 technicals avec canon KPV de 14,5 mm, 1 avec ZU-23 monotube de 23 mm et un autre avec mitrailleuse M2HB de 12,7 mm. Un autre canon KPV est monté sur la plate-forme arrière d'un camion léger Kia Motors. En comptant le caméraman et le chef de groupe, la colonne compte au moins 41 hommes, dont 5 tireurs RPG-7, 6 tireurs PK, 14 fantassins avec AK-47 ou dérivés, 3 fantassins avec M-16 et 2 tireurs d'élite sur SVD Dragunov. Tous les hommes sauf 2 (et le chef de groupe) portent un brassard d'identification blanc autour de la tête.


     

    Le combat est assez bref. La seule arme d'appui est un mortier artisanal. Le KPV sur camion léger engage les véhicules des miliciens (M113 et Humvee) qui prennent rapidement la fuite, abandonnant un fusil SVD. Les combattants de l'EI font un prisonnier et incendie 2 véhicules, dont un Humvee de couleur sombre (forces spéciales/police irakienne).


     

    Cette vidéo montre que dans la province de Diyala, où les milices chiites et les forces de sécurité irakiennes sont intervenues en force pour contrer l'EI dès 2014, l'organisation est capable de revenir à des tactiques de guérilla. Ici, la vidéo montre un raid motorisé mené par une petite colonne littéralement surarmée : 4 technicals sur 10 véhicules, 5 tireurs RPG-7 et 6 tireurs PK sur 40 hommes, sans compter les 2 tireurs au SVD. C'est donc un effet "boule de feu" qui est recherché en concentrant le maximum de puissance de feu sur un objectif réduit (un petit poste local tenu par les miliciens chiites probablement). Manifestement l'EI est également bien renseigné car le groupe d'assa