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    Ce livre est le produit d'un symposium tenu en 1998 et voulu par Louis Galambos, professeur d'histoire à l'université John Hopkins, lui-même opposant à la guerre du Viêtnam après avoir été un fervent soutien de la politique extérieure anticommuniste sous Eisenhower. Ce symposium, à travers quelques contributions seulement, s'intéressait à l'héritage de la guerre du Viêtnam pour les acteurs impliqués et à ses conséquences profondes pour les Etats-Unis. 

    Charles Neu, qui a coordonné l'ensemble, rappelle que le premier ambassadeur américain envoyé au Viêtnam, après le rétablissement des liens diplomatiques entre les deux pays, en 1997, était un ancien prisonnier de guerre américain à Hanoï. L'année suivante, les Etats-Unis démolissent l'ancienne et imposante ambassade américaine d'Hô Chi Minh Ville (précédemment Saïgon) pour en construire une beaucoup plus modeste. Ces symboles montrent aussi que l'héritage de la guerre du Viêtnam aux Etats-Unis est présent au quotidien. La guerre du Viêtnam caractérise la décennie 1960 si importante pour l'histoire du pays. Elle a eu un effet puissant sur toutes les institutions américaines, au premier rang desquelles l'armée. Mais la guerre a eu également un profond impact pour les Viêtnamiens, vainqueurs ou vaincus. Les historiens ont réussi à faire intervenir dans le symposium Robert McNamara, secrétaire à la Défense de Kennedy puis de Johnson, qui a joué un rôle non négligeable dans l'escalade de l'engagement américain avant de plaider pour le retrait. McNamara n'a commencé à se confier dans ses mémoires qu'à partir de 1995 ; en tant qu'homme politique, l'expérience viêtnamienne lui sert à tirer des leçons pour le présent.



    Comme le rappelle Charles Neu dans la première contribution, la guerre du Viêtnam a eu pour effet de faire sauter une partie de l'etablishment politique américain réuni autour de la défense des intérêts américains au nom de la guerre froide. Le Congrès passe d'un soutien massif en 1965 à une hostilité franche en 1969. Un basculement aussi flagrant que l'est l'inanité de la "théorie des dominos" prêtée à Eisenhower : la chute du Sud-Viêtnam n'a pas miné la position américaine en Asie du Sud-Est. La victoire durant la Seconde Guerre mondiale réinjecte aux Américains une dose appréciable de leur conscience d'une "destinée manifeste". Si l'administration Kennedy et sa "nouvelle frontière" sont divisées sur le conflit viêtnamien, il n'en demeure pas moins que les politiques américaines ont une vision de la guerre très marquée par la Seconde Guerre mondiale, tout comme les soldats qui débarquent au Sud-Viêtnam en 1965.  La méconnaissance est totale : la guerre ne correspond pas au "canon" américain, l'adversaire apparaît insaisissable, l'allié sud-viêtnamien est méprisé, et les Etats-Unis ne connaissent pas l'histoire, les traditions, la langue du pays. Le mythe du soldat américain libérateur de 1945 s'efface devant celui du GI évoluant au milieu d'une population hostile, ce qui entraîne parfois en réaction des exactions contre les biens ou les personnes. La division est précoce sur les causes de l'enlisement. Certains estiment qu'elle est dûe à des failles dans la société et la politique extérieure américaines ; d'autres à une "trahison de l'arrière" ; les soldats ont l'impression d'avoir été abandonnés. Tous s'accordent cependant sur le sentiment d'incertitude, de doute, qui marque les Etats-Unis.

    Brian Balogh souligne que les mots les plus associés à la guerre du Viêtnam par les Américains sont tragédie, cauchemar, bourbier. L'héritage s'inscrit d'abord dans les chiffres : 1,7 millions de morts de 1965 à 1975, dont 58 000 Américains et 220 000 soldats sud-viêtnamiens au moins ; 60 % des tués américains sont âgés de 17 à 21 ans d'après lui, ce qui est en réalité inexact (l'âge moyen est plus élevé). Non seulement la guerre du Viêtnam a fracassé le mythe de l'invincibilité américaine et de son rôle moral, mais elle a servi de tremplin à la contestation domestique. La méfiance est désormais de mise à l'égard du pouvoir présidentiel. Les choix de Johnson ont affaibli le parti démocrate. Progressivement le conflit devient une métaphore aux problèmes intérieurs des Etats-Unis, puis la cause de ces mêmes problèmes. Le cinéma d'Hollywood connaît un vide de dix ans entre Les Bérets Verts de John Wayne (1968), à la gloire de l'intervention américaine au Viêtnam, et les premiers films très critiques sur l'engagement des Etats-Unis. En réalité le pays a été bouleversé par la lutte pour les droits civiques, le pluralisme des acteurs sur le plan politique, l'entrée dans l'économie globale puis la fin de la guerre froide. C'est seulement après ce dernier événement que l'Etat américain revient à une relation plus apaisée avec la société civile.

    George C. Herring, historien précoce du conflit viêtnamien, explique combien l'armée américaine a été fracassée par l'expérience viêtnamienne. En 1971, les problèmes sont patents : les deux tiers des soldats consomment de la marijuana, 45% des drogues dures, plus de la moitié des hommes évacués pour raison médicale en septembre de cette année-là le sont à cause de problèmes liés à la consommation de drogues. Non seulement les tensions raciales entre Blancs et Noirs enflent, mais au fur et à mesure des années, le ressentiment contre les Viêtnamiens eux-mêmes gonfle, ainsi que l'illustre le cas resté tristement célèbre du massacre de My Lai. Ces problèmes de discipline sont liés à la manière dont la guerre a été menée mais aussi aux choix des institutions internes à l'armée. Dès le retrait américain, celle-ci cherche à remettre de l'ordre dans sa machine. La principale réforme est le passage d'une armée de conscription sélective à une armée professionnelle mais où contrairement au Viêtnam, la réserve est très proche de l'armée régulière, un souhait d'Abrams, devenu chef d'état-major en 1972 après avoir commandé au Viêtnam. Les fonctions logistiques notamment impliquent de nombreuses unités de réserve, dont l'intervention en cas de conflit devient presque indispensable. L'armée américaine se replonge aussi dans l'analyse militaire, en particulier stratégique. Après Zumwalt pour l'US Navy, l'US Army crée le TRADOC et autres centres d'études, mais prend pour modèle un conflit on ne peut plus conventionnel : la guerre du Kippour de 1973. L'AirLand Battle est conçue pour répondre à la menace soviétique en Europe. Le débat le plus houleux a lieu dans l'USAF. Chaque branche améliore l'entraînement : la Navy avec Top Gun pendant le conflit, l'USAF avec Red Flag après, de même que l'Army avec le National Training Center en 1981. Les Marines n'entament leur propre réforme qu'à la fin de la même décennie. Le Goldwater-Nichols Act de 1986 donne plus de pouvoir de direction aux militaires pendant les opérations pour éviter l'imbroglio viêtnamien. La victoire écrasante de l'armée américaine pendant la guerre du Golfe renforce la tendance à oublier les erreurs commises au Viêtnam, accélère le tout conventionnel et technologique et la fracture entre direction militaire et civile. On s'explique mieux les réticences de l'armée américaine à intervenir dans des crises comme celle en Yougoslavie pour lesquelles elle se juge mal taillée. Une force composée uniquement de volontaires pose un autre problème : elle se coupe de la société. C'est ainsi que les militaires américains rejettent encore fréquemment la faute, pour l'échec viêtnamien, sur la direction civile ou un manque de soutien de l'arrière.

    Robert K. Brigham montre que les dirigeants viêtnamiens communistes ont instrumentalisé l'héroïsme révolutionnaire notamment au temps des difficultés du Viêtnam réunifié, à partir de la décennie 1980. Les troubles commencent dès l'annonce de la réunification officielle des deux parties du pays et des premières nationalisations au sud. Le bureau politique du PC viêtnamien connaît des renouvellements générationnels mais tous ses membres sont des vétérans de la guerre d'Indochine puis de la guerre du Viêtnam. La valorisation de la guerre du Viêtnam se voit à travers l'incorporation massive, au 5ème congrès du parti en 1982, de milliers de soldats de l'armée vétérans de la guerre du Viêtnam. Il faut attendre la mort de Le Duan, un des principaux artisans de la guerre au Sud-Viêtnam, en 1986, pour que la chape de plomb se relâche, pour un temps. Des historiens et des écrivains commencent alors à contester la version officielle de l'histoire du conflit. Parmi ces derniers, Duong Thu Huong et Bao Ninh, une femme et un homme, tous les deux des vétérans de la guerre. Les bouddhistes aussi ont commencé alors à émerger comme une force de contestation, vite réprimée.

    Robert McNamara, enfin, plaide pour la réintroduction de la morale dans la politique étrangère américaine, une organisation collective mondiale capable de résoudre les conflits, dans le cadre d'un monde devenu multipolaire. Un système où les Etats-Unis doivent jouer un rôle moteur et au besoin faire appliquer les décisions par la force militaire. McNamara plaide aussi pour un désarmement nucléaire généralisé.

    L'ensemble représente un texte assez court (127 pages) mais appuyé sur près de 30 pages de notes pour toutes les contributions. Neu est le seul à spécifier explicitement que, de son point de vue, les Etats-Unis ne pouvaient remporter la guerre et n'aurait pas dû intervenir ; mais aucun autre ne prend la position inverse. Le titre de la contribution de Balogh peut tromper car le contenu renvoie plutôt au "syndrôme viêtnamien" en matière de politique étrangère, et au fait que la population américaine reporte toute la responsabilité sur la guerre du Viêtnam en lieu et place d'autres phénomènes qui font évoluer les Etats-Unis. Le papier de G.C. Herring est peut-être le mieux ficelé de l'ouvrage vu la place impartie. Le texte de McNamara n'est pas très convaincant, notamment parce que l'ancien secrétaire à la Défense se sert surtout de l'exemple revisité de la crise des missiles de Cuba en 1962 (!) et non de la guerre du Viêtnam, à peine évoquée. C'est d'autant plus consternant que dans son système de sécurité collective, les Etats-Unis seraient censés intervenir au nom de la défense de la démocratie ou de la violation des frontières, deux arguments utilisés pour l'intervention américaine au Viêtnam dont il a été l'un des plus ardents partisans, initialement... il y a quelques erreurs de détail et comme tout volume collectif, les contributions sont inégales, mais celles de Herring et Brigham, en particulier, valent le détour.




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    1942. Montgomery lance l'assaut à El Alamein tandis que les Américains débarquent en Afrique du Nord. Les Allemands doivent également faire face à des pilonnages aériens de plus en plus nombreux. Les Japonais, quant à eux, reculent face aux Soviétiques et aux Chinois rouges de Mao. Pour les soutenir, les Américains entrent en action avec l'US Navy et débarquent au nord de Vladivostok, fonçant jusqu'au lac Baïkal. L'Italie est menacée par l'opération Sirocco, qui vise à la faire sortir de la guerre... Mars 1943, Sicile. Le sous-lieutenant Nada, ancien de Decima Mas, est sauvé du peloton d'exécution par le Saint-Siège. Avec un autre rescapé, l'enseigne de vaisseau Velasco, il se voit confier une mission particulièrement dangereuse : récupérer un document écrit par le pape Pie XII, qui vient juste de périr sous les bombes américaines à Rome, confié à un pilote italien abattu par la DCA allemande au large de la Sicile...


    WW2.2 est la série uchronique sur la Seconde Guerre mondiale de Dargaud. Après un premier tome poussif, elle a connu une véritable montée en puissance, les tomes 3 et 4 en particulier étant nettement relevés. La série compte en tout 7 tomes. Le n°5 est encore bon, bien que peut-être inférieur aux deux précédents.



    Le scénariste a l'habileté de conserver certains éléments historiques, comme la victoire d'El Alamein et le débarquement en Afrique du Nord, mélangés à de la pure uchronie comme le maintien de l'alliance URSS-Allemagne et l'intervention américaine en faveur du Japon qui combat les Soviétiques. D'ailleurs chronologiquement l'invasion de la Sicile, qui commence le 10 juillet 1943 en réalité, est assez proche de celle de l'uchronie qui débute un peu plus tôt.

    Le scénario joue ici la carte italienne, un des belligérants les plus méconnus traditionnellement de la Seconde Guerre mondiale. Il n'est guère étonnant que les auteurs aient choisi d'évoquer un corps d'élite, la Decima Mas, celui des nageurs de combat et autres armes marines et sous-marines spéciales comme les Maiali -et qui historiquement d'ailleurs, restèrent souvent jusqu'à la fin avec Mussolini, après la capitulation de septembre 1943, sous la république de Salo ; certains contribuèrent même au néo-fascisme italien après 1945. L'évocation du rôle de la papauté n'est pas en soi inintéressant -avec un coup de paumade pour Pie XII- mais le scénario peine à en exploiter tous les ressorts. La réhabilitation des Italiens comme combattants -et notamment de leur marine- fait appel à des refrains connus : commandement inefficace ou incapable, fanatisme de quelques-uns, etc. L'ensemble du scénario peine à convaincre, l'histoire ne décolle pas, même si les auteurs jouent aussi sur le côté "mystère" (que contient donc la fameuse valise remise par Pie XII au pilote ?).



    Au final, le tome fait un peu redescendre la série en se rapprochant trop de l'histoire et sans doute pas assez de l'uchronie construite depuis le premier tome. Ces héros italiens, résistants malgré eux, manipulés par le Saint-Siège et pourchassés par leur propre armée sur fond de complot politico-religieux, ne font pas très crédibles. Malgré de belles planches, espérons que les deux derniers tomes feront remonter un peu l'épopée de WW2.2.




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    6 juin 1946. Goebbels, aux côtés de Laval, célèbre en Normandie l'échec du débarquement allié sur les plages, deux ans plus tôt. Murnau, à bord de son Lippisch et aux côtés des Horten Ho 229 et autres Me 262 dernier cri, assure la protection aérienne de l'événement contre les attaques des avions alliés. Il se souvient également du désastre du 6 juin 1944...

    Cette fois-ci, je dis stop. J'ai émis des réserves sur la série Wunderwaffen depuis le tome 3, mais avec Disaster Day -un titre qui fait fortement penser à une autre bande dessinée, D Day, le jour du désastre-, c'est la goutte d'eau.

    Commençons par l'auteur. Richard D. Nolane (pseudonyme d'Olivier Raynaud), s'intéresse, selon sa page Wikipédia, à la science-fiction, au fantastique et au paranormal. Il a participé, entre autres, à la rédaction de deux livres dans la collection rouge chez J'ai Lu, Les mystères de l'univers : un baptisé Des sociétés secrètes au paranormal, l'autre Les Illuminati. Rien de très remarquable jusque là, en plus d'une fascination évidente pour le mythe de l'occultisme nazi. Ce qui l'est davantage, ce sont les noms de ces deux coauteurs pour les ouvrages concernés. Le premier est Arnaud de l'Estoile, un auteur à classer à l'extrême-droite, plutôt dans une tendance catholique intégriste. La seconde, Geneviève Béduneau, a un profil encore plus détonnant. Elle a été candidate aux élections législatives de 2012 dans le 20ème arrondissement de Paris, sur une liste du Rassemblement Bleu Marine, où l'on trouve notamment nombre de candidats dont le Front National ne veut pas, pour des questions d'images, sur ses propres listes (identitaires, royalistes, etc). C'est en fait une militante du SIEL, un parti qui se propose notamment de faire la jonction entre l'UMP et le FN. Elle est proche de milieux catholiques intégristes, défend les criminels de guerre serbes du conflit en ex-Yougoslavie et, plus récemment, le régime syrien de Bachar el-Assad. Elle est en outre adepte de la théorie du complot à propos des attentats du 11 septembre : pour résumer, on peut la classer dans une extrême-droite piquée d'ésotérisme et sensible à l'occultisme. Pour revenir à Richard D. Nolane, il tient un nombre important de blogs en ligne, avec des contenus thématiques ; parmi ces derniers, celui-là, qui s'intéresse à la littérature que l'on pourrait appeler "naziexploitation", laquelle s'inspire du nazisme pour des romans laissant court à tous les fantasmes guerriers et sexuels issus du IIIème Reich, comme ceux deséditions Gerfaut que je commentais ici il y a quelques temps... quelles sont donc réellement les motivations de l'auteur ? Difficile à dire, puisqu'il collabore avec des personnes ouvertement associées avec l'extrême-droite (apparemment sans en être partisan, comme il nous le dit dans les commentaires ci-dessous), et qu'il semble très au fait du mythe de l'occultisme/ésotérisme nazi (ce qu'il  confirme également dans son commentaire).

    Quant au contenu même de la BD, il y a plusieurs éléments troublants, et ce n'est en rien lié au fait que ce soit une uchronie basée sur un renversement de la guerre en faveur des nazis. C'est plutôt l'insistance sur un point de vue quasi uniquement nazi de l'histoire, avec une fascination qui finit par mettre mal à l'aise et par interroger. Dans les premières planches de combat aérien du tome, p.6-9 notamment, et ce n'est pas la première fois, les Wunderwaffen aériennes ne font qu'une bouchée des appareils alliés, y compris à réaction. Aucun avion allemand n'est abattu. En ce qui concerne la mise à jour de l'opération Fortitude, on note aussi que l'auteur choisit de mettre en scène un traître homosexuel et deux autres Juifs, le premier étant trompé par un espion nazi qui se fait passer pour un communiste... ce qui permet aux dignitaires nazis, Himmler et Kaltenbrunner, de s'en donner à coeur joie sur le sujet. La deuxième séquence de combats aériens, où les Me 262 sont opposés à des B-17 et P-51 (p.14-19), elle aussi, ne voit aucun avion allemand tomber. Pire : l'auteur rajoute dans le sordide avec ce corps de pilote américain éjecté de son Mustang qui vient s'écraser en contrebas dans le cockpit d'un B-17 américain (!), avec tous les détails sanguinolents. On remarque aussi, lors de la séquence d'attaque au sol (p.23-30) de la Leibstandarte par des Mosquitos, que c'est un des appareils britanniques touchés par les Allemands qui s'écrase malencontreusement sur un bus bondé d'enfants qui passe par là... tout un symbole. Et là encore, les Mosquitos n'ont quasiment aucune possibilité de riposter face aux Me 262. Le thème de l'échec du D Day, lui, comme je le disais au début de la fiche, a déjà été utilisé dans la bande dessinée dans cette reprise du mythe de l'occultisme/ésotérisme nazi. L'auteur s'en donne ainsi à coeur joie pour nous montrer les He 219 Uhu tirer comme des pigeons les C-47 bourrés de parachutistes. Puis ce sont les Arado Ar 234 Blitz qui bombardent la flotte alliée avant que celle-ci ne soit désintégrée par des nuées d'éclairs que l'on devine liés à un phénomène occulte...

    Quant au bonus, le fiasco du Jour J vu par les médias (en fait Die Deutsche Wochenschau), il est théoriquement là pour prolonger l'uchronie. Mais que penser devant ce language reprenant la propagande nazie, mot pour mot ou presque, et ce même si c'est dans le cadre d'une uchronie ? Avec ces images de Dieppe qui furent bel et bien utilisées par la propagande du IIIème Reich pour rassurer la population allemande au moment du débarquement en Normandie, ou cette affiche inspirée des canons du docteur Goebbels... il manque une certaine distance, pour le lecteur, par rapport à l'utilisation de tels documents.

    Bref, Wunderwaffen, d'une idée plutôt entraînante au départ, tournant autour des armes "miracles" nazies et du mythe de l'ésotérisme/occultisme du IIIème Reich, commence à prendre un tour franchement contestable. La mise en scène de victoires continues des nazis grâce à des interventions paranormales ou à des avancées technologiques, provoquant un véritable carnage chez les alliés, interrogent sur les intentions profondes de l'auteur. S'agit-il seulement de proposer une énième uchronie sur le sujet, et ce quand bien même est-elle bien illustrée, ou de faire passer un message plus implicite ? On est en droit de se le demander. D'autant que l'auteur propose maintenant une uchronie sur la Première Guerre mondiale, Zeppelin's War, où intervient encore Hitler... de mon côté, Wunderwaffen, c'est terminé.




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    Je signale la parution pour le magazine 2ème Guerre Mondiale du dernier thématique, le N°36, écrit par mes soins (même si mon nom n'apparaît que dans l'ours, à la fin). C'est un texte qui accompagne des somptueux profils couleur de Thierry Vallet (parmi les meilleurs du marché) à propos des matériels, soviétiques et allemands utilisés durant la bataille de Koursk.

    Rien de très original, le sujet est rebattu dans les magazines, j'ai essayé d'être le plus précis possible dans l'espace qui m'était imparti pour chaque matériel (il y en a 22, dont les deux tiers sont allemands). Je précise aussi que le sujet m'a été imposé, je ne l'ai pas choisi : j'ai donc tenté de faire au mieux avec les contraintes de rédaction pour illustrer les profils. Néanmoins j'ai veillé à lister les ouvrages dont je me suis servi, une bonne quarantaine en tout, que vous trouverez sur la dernière page. Le lecteur saura ainsi d'où viennent les informations fournies ici, et il n'y aura aucune surprise particulière quant au contenu. Ce n'est pas pour dire que je ne l'ai pas fait sérieusement, loin de là, mais on traite ici d'un sujet assez classique, voilà tout.

    Bonne lecture !

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    669 ap. J.-C. . A Tara, la capitale des cinq royaumes d'Irlande, le haut roi Sechnassach est assassiné par Dubh Duin, chef de clan des Cinel Cairpre, dans sa chambre, à l'intérieur même de l'enceinte de la forteresse royale. Le meurtrier, pris sur le fait, se suicide sur les lieux. Pour résoudre l'affaire en toute impartialité, le successeur du haut-roi fait appel à Fidelma de Cashel et à son compagnon Eadulf afin de déterminer les raisons de la mort du souverain. La mort de Sechnassach risque en effet de plonger les cinq royaumes dans une guerre civile, d'autant que des brigands se réclament d'anciennes divinités multiplient les agressions contre les abbayes de Tara...

    Le dix-septième volume des enquêtes de soeur Fidelma, Une danse avec les démons, voit le trépas du haut-roi d'Irlande Sechnassach, que l'on voyait  intervenir dans plusieurs romans précédents, en particulier lors des dénouements avec les démonstrations de l'avocate pour élucider les crimes. Les thèmes utilisés par Peter Tremayne sont encore une fois très classiques pour la série. Ce tome-ci comporte une bonne enquête, peut-être un cran en-dessous des deux volumes précédents, parce qu'on devine progressivement l'identité des coupables. Malgré tout le scénario est bien construit, on ne s'ennuie pas. Il est d'ailleurs bâti sur un événement authentique tiré des Annales des rois d'Irlande. Encore une fois on peut regretter l'absence d'une carte a minima pour se repérer sommairement dans les royaumes d'Irlande et sur les lieux de l'action.



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    Richard H. Shultz est historien spécialiste des questions de sécurité internationale. Il est professeur de relations internationales à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l'université de Tufts, où il dirige un programme d'études sur les questions de sécurité internationale. Shultz, dès le début de sa carrière universitaire, s'est spécialisé sur la guerre du Viêtnam, en particulier la question de l'insurrection. Comme il a servi, en tant que civil, au ministère de la Défense, il a des contacts appréciables dans le milieu des militaires américains.

    Ce livre, paru en 1999, en bénéficie. Shultz s'attaque en effet à l'histoire de la campagne secrète menée par les Etats-Unis contre le Nord-Viêtnam entre 1964 et 1972. Pour ce faire, il a bénéficié de documents déclassifiés du MACV-SOG en 1995, ainsi que de l'aide du commandant de l'Army Special Operations Command de l'époque, le général Scott, qui a déclassifié des documents et encouragé les officiers vétérans à témoigner. Shultz s'intéresse non seulement au volet militaire de l'opération mais aussi à l'implication des administrations politiques américaines successives dans celle-ci. L'historien, à travers 8 chapitres, explique comment le président Kennedy lance l'opération dès janvier 1961, qui débouche en 1964 sur l'OPLAN 34A, qui forme la base de la campagne clandestine contre le Nord-Viêtnam. Puis il explique la lente mise en oeuvre de cette opération et ses différentes composantes, qui visent deux centres de gravité adverses : la sécurité intérieure du Nord-Viêtnam et la piste Hô Chi Minh. Il évoque également la non intégration ou presque de ces opérations dans la stratégie générale du commandement américain pendant la guerre. Pour conclure, il montre combien Kennedy avait voulu utiliser cette campagne clandestine pour affaiblir le nord, la transférant de la CIA aux militaires ; Johnson y mit pourtant de fortes contraintes politiques. En 1968, malgré les échecs, les Nord-Viêtnamiens s'inquiètent de la proportion prise par la campagne, développent leur contre-espionnage et la protection de la piste Hô Chi Minh.



    Dès 1961, Kennedy, féru de contre-insurrection et de l'emploi des forces spéciales, veut mener une campagne clandestine pour empêcher Hanoï de déstabiliser le Sud-Viêtnam. La CIA a alors l'expérience la plus importante, comme le montre certains succès, en Iran (1953), au Guatemala (1954) mais en revanche, elle s'est heurtée à un mur face au bloc de l'est. Contre le Nord-Viêtnam, les opérations débutent dès 1954 mais sur une fréquence irrégulière. Après le désastre de la baie des Cochons, Kennedy délègue cette tâche au Pentagone. En 1962, la "neutralisation" du Laos après un début de guerre civile laisse cependant en état le système logistique nord-viêtnamien baptisé ensuite piste Hô Chi Minh. La CIA n'arrive pas à implanter des agents au Nord-Viêtnam, régime communiste particulièrement imperméable, et mène de petites opérations spéciales maritimes sur les côtes. C'est alors que la situation du Sud-Viêtnam se dégrade, dans la première moitié de 1963, qu'est conçu l'OPLAN 34A, qui n'entre en oeuvre qu'en 1964 après la formation du MACV-SOG pour l'appliquer.

    Le colonel Russell, son premier chef, est issu des Special Forces, plus taillées pour la contre-insurrection que pour la guerre non-conventionnelle. Les moyens prêtés par la CIA sont faibles et les Américains ne font pas confiance à leurs homologues sud-viêtnamiens des forces spéciales et du renseignement, de peur de fuites. Et ce alors même que le Nord-Viêtnam accélère l'envoi d'hommes et de matériel au sud. Le commandement américain au Viêtnam ne semble pas prendre au sérieux ces opérations, comme le constate le second chef du MACV-SOG, Don Blackburn. Hormis l'insertion d'agents au Nord, celui-ci mène des opérations maritimes clandestines, de la guerre psychologique et des opérations secrètes contre la piste Hô Chi Minh, d'abord au Laos. Cette dernière branche, commandée au départ par Bull Simons, va progressivement devenir la plus importante. Le MACV-SOG dispose de ses propres hélicoptères, fournis parfois par les Sud-Viêtnamiens, d'une division logistique et d'une autre de communications. L'approbation des missions par le pouvoir politique, en particulier celles au Laos, suit une chaîne particulièrement lourde. Il faut dire que la CIA mène sa propre guerre au nord du Laos avec les Hmongs et rechigne à voir le MACV-SOG empiéter sur ses plate-bandes.

    De fait, les Américains n'ont pas l'expérience, comme leur adversaire, des structures clandestines, sans compter que le gouvernement du Sud-Viêtnam a de sérieux handicaps. La CIA insère 40 équipes d'agents entre la période 1961-1963 qui sont quasiment tous éliminés par les Nord-Viêtnamiens. Les quelques équipes qui communiquement encore ont en fait été retournées par les Nord-Viêtnamiens ou manipulées par eux pour intoxiquer les Américains. La CIA avait laissé le recrutement des agents aux Sud-Viêtnamiens. En outre, le pouvoir politique ne veut pas que les militaires établissent un mouvement de résistance au Nord-Viêtnam, ce qui serait considéré comme un degré d'escalade trop risqué... Singlaub, qui prend la tête du MACV-SOG en mai 1966, doit pourtant continuer d'envoyer des agents. Les Américains qui travaillent dans cette branche sont pour la plupart sans expérience de ce genre de mission. Hanoï, rompu à la guerre secrète et disposant d'un appareil de sécurité conséquent, n'a aucun mal à déjouer les tentatives d'infiltration américaines. En mars 1968, les Américains changent enfin de stratégie : ils vont eux aussi mener des opérations d'intoxication en jouant sur la paranoïa prêtée aux communistes. Ils recrutent des prisonniers de guerre nord-viêtnamiens qui sont renvoyés au Nord-Viêtnam, pour jeter la suspicion dans les rangs de l'armée. D'autres prisonniers capturés lors des opérations maritimes secrètes sont emmenés dans l'île du Paradis, au large du Sud-Viêtnam, où on cherche à leur faire croire à l'existence d'un authentique mouvement de résistance au Nord-Viêtnam, la Ligue des Patriotes de l'Epée Sacrée. Un autre projet met en oeuvre de fausses communications radios laissent croire que des agents opèrent au Nord-Viêtnam, avec parachutages associés pour en renforcer la crédibilité. Les équipes Strata, qui effectuent des incursions au Nord-Viêtnam, juste au nord de la zone démilitarisée, laissent sciemment du matériel de guerre psychologique en rapport avec ces opérations d'intoxication. Celles-ci sont stoppées en novembre 1968 alors même qu'elles commencent à sérieusement inquiéter les Nord-Viêtnamiens, qui exagèrent l'effort américain comme cela était prévu.

    La guerre psychologique souffre elle aussi du manque de personnel qualifié, même si des Viêtnamiens du Nord ayant fui en 1954 au Sud contribuent aux opérations. Fausse propagande nord-viêtnamienne, lettres factices exerçant des chantages, fausses stations de radios et surtout la Ligue des Patriotes de l'Epée Sacrée sont le lot quotidien de cette branche du MACV-SOG, qui fabrique aussi de la fausse monnaie ou des caisses de matériel piégé. La Ligue des Patriotes de l'Epée Sacrée tire son nom de l'épée légendaire de Le Loi, qui a chassé les Chinois de la dynastie Ming au XIVème siècle, et dont l'épée représente le mandat céleste accordé pour ce faire. Plus d'un millier de prisonniers passe, entre 1964 et 1968, sur l'île du Paradis, au large de Da Nang, pour être persuadés qu'existe ce mouvement de résistance nationaliste au Nord-Viêtnam. Le MACV-SOG crée aussi une fausse radio Hanoï et parasite celle du Viêtcong au sud. Il parachute de la propagande mais aussi de fausses lettres de soldats nord-viêtnamiens au sud, des lettres compromettantes pour des cadres importants (fausses encore une fois). Les Américains achètent aussi des munitions d'AK-47 ou des obus de mortiers de 82 mm dans des pays tiers et les piègent, puis les disséminent sur la piste Hô Chi Minh. Les Américains ne peuvent cependant développer plus avant le programme au Nord-Viêtnam, car le pouvoir politique ne souhaite pas revivre le précédent hongrois de 1956. Le manque de ligne stratégique claire et de système d'évaluation nuit à l'effort. Là encore, avant l'arrêt de novembre 1968, Hanoï s'inquiète et prend des contre-mesures, exagérant la menace.

    Dès 1961, un ancien Marine de la CIA, Gougelmann, mène des opérations maritimes secrètes contre le Nord-Viêtnam à partir de Da Nang. Ces opérations restent d'ampleur limitée avec des embarcations légères spécialisées, mais elles sont vues par le pouvoir politique américain comme la composante la plus efficace de l'OPLAN 34A à son lancement. En réalité, la branche maritime souffre des mêmes difficultés que les autres, notamment dans le recrutement sud-viêtnamien. D'autant que les règles d'engagement empêchent les Américains de participer à des missions contre le Nord-Viêtnam. La chaîne d'approbation des missions, là encore, est excessivement lourde. Les résultats des premières opérations, en 1964, sont maigres, mais conduisent néanmoins à l'incident du golfe du Tonkin en août, prétexte que saisit Johnson pour engager les Etats-Unis dans la guerre. Si les opérations maritimes constituent une gêne pour Hanoï en 1965, en interdisant les sorties de bateaux, les Nord-Viêtnamiens réagissent en renforçant les défenses côtières dès l'année suivante ; les Sud-Viêtnamiens, de moins en moins motivés, ne coulent plus que des jonques de pêche... comme le MACV-SOG ne mène plus de débarquements au Nord-Viêtnam, ses moyens maritimes sont engagés contre le Viêtcong au Sud... arrêtées en novembre 1968, les opérations maritimes auront finalement peu produit de résultats alors que le pouvoir politique américain en attendait beaucoup.

    Comme le révèle l'ancien colonel nord-viêtnamien Bui Tin en 1995, la piste Hô Chi Minh constitue bien l'un des centres de gravité de Hanoï. La neutralisation du Laos en 1962 se fait au prix du maintien de la piste Hô Chi Minh. Dès 1964, le MACV-SOG envoie des équipes baptisées Leaping Lena dans des incursions au Laos pour sonder ce dispositif logistique, missions périlleuses dont bien peu d'équipes reviennent. En 1965, Bull Simons prend la tête de la branche chargée d'interdire la piste Hô Chi Minh. Il installe sa base d'opérations à Kham Duc. Simons fait appel à des officiers vétérans de ce genre de missions, comme Larry Thorne, un Finlandais qui a combattu contre les Soviétiques aux côtés des nazis avant de passer dans les Special Forcesà la faveur de la guerre froide. Des sergents des Special Forces conduisent les opérations au Laos, comme Dick Meadows, véritable légende du projet Shining Brass (les incursions au Laos). Les équipes sont renforcées de mercenaires nungs chinois et de montagnards. Le MACV-SOG se heurte cependant à la personnalité de l'ambassadeur américain au Laos, Sullivan, qui voit d'un mauvais oeil ces incursions des Special Forces qui risquent de remettre en cause l'accord de 1962. Les missions se développent en 1966, ramènent des prisonniers, pour des pertes encore limitées. Les pénétrations au Laos sont étendues plus loin avec un nouveau nom de code, Prairie Fire. Elles sont de mise aussi au Cambodge, à partir de 1967 (missions Daniel Boone). Les Nord-Viêtnamiens réagissent en 1968, l'année du Têt. Des milliers d'hommes gardent les abords de la piste, surveillée par des guetteurs. Hanoï étudie les modes opératoires du MACV-SOG. Des troupes spéciales, comme l'unique 305ème brigade aéroportée de l'armée nord-viêtnamienne, traquent les équipes américaines, sans pitié. Les Nord-Viêtnamiens plantent des taupes au Sud-Viêtnam pour être prévenus à l'avance des opérations, et pour attaquer précisément les bases de lancement des opérations. Les pertes montent alors même qu'en raison du Têt, les missions se concentrent au Sud-Viêtnam. En 1969, les incursions au Laos provoquent 50% de pertes. Celles au Cambodge sont plus faciles (nouveau nom de code : Salem House) mais apportent peu de renseignements. En 1970, avec le retrait américain en marche, le Laos devient quasiment imperméable. Pour l'opération Lam Son 719, en février 1971, le MACV-SOG tente de mettre en oeuvre des diversions pour aider l'ARVN. Suite à l'échec sud-viêtnamien, les missions Prairie Fire incluent désormais le nord du Sud-Viêtnam investi par les Nord-Viêtnamiens. C'est le manque de renseignements humains fiables qui explique aussi la surprise américaine devant l'ampleur de l'offensive de Pâques 1972.

    Pour les chefs successifs du MACV-SOG, les commandants américains au Viêtnam n'ont jamais cherché à intégrer le dispositif dans leur stratégie. Westmoreland le tolère mais ne l'emploie pas à bon escient. Abrams est encore plus hostile. Les militaires américains n'ont jamais tenu en grande estime les Special Forces prisées par Kennedy, ni considéré avec beaucoup d'intérêt l'OPLAN 34A. Westmoreland n'a jamais vu l'utilité du MACV-SOG. Il n'y a en fait aucune stratégie définitive : le commandement de théâtre est divisé entre le Pacific Command (qui ne s'intéresse pas plus aux opérations spéciales) et le MACV, sans compter les ambassadeurs des pays voisins. Lansdale, poussé en avant par Kennedy, est évincé d'un possible commandement de l'ensemble de ces opérations par les militaires réguliers.

    Autour de Kennedy, son administration est une fervente supportrice de l'emploi d'opérations spéciales contre Hanoï : Robert Kennedy, Walt Rostow, et même McNamara. Elle ne sait pas en revanche que l'armée américaine a encore moins les moyens de mener ce genre de missions que la CIA. Johnson, lui, poursuit sur la lancée de Kennedy et accroît le volume des opérations spéciales, au Nord-Viêtnam mais également au Laos, tout en posant des bornes strictes pour éviter une escalade redoutée avec la Chine ou l'URSS, ce qui pose les règles des opérations du MACV-SOG jusqu'à la fin de la guerre.

    Pour Shultz, tous les présidents américains de la guerre froide ont eu recours aux opérations clandestines. Ils ont tous eu des conseillers qui ont poussé à leur emploi. Ces opérations ont bien été pilotées par la Maison Blanche. Ces opérations passent de la CIA au Pentagone au Viêtnam. Mais l'armée manque de personnel expérimenté et les chefs voient d'un mauvais oeil les adeptes de ces opérations clandestines. La CIA ne collabore pas non plus de manière étroite avec l'armée. Le MACV-SOG connaît certains succès seulement en 1968, après des échecs retentissants comme l'insertion d'agents au Nord-Viêtnam (avec la perte de pas moins de 500 agents). Les Special Forces, comme le reste de l'armée américaine, sortent hagardes du conflit. Il faudra attendre 1986 pour assister à la création d'un Special Operations Command et la décennie 1990 pour voir le potentiel des Special Forcesà nouveau reconnu.

    Au final, un livre essentiellement bâti sur des sources primaires, qui offre une bonne analyse de ce qu'a été le MACV-SOG durant la guerre du Viêtnam, ses limites, son échec final mais aussi les quelques succès à son actif. Shultz soutient l'idée qu'Hanoï avait largement infiltré l'armée et le gouvernement sud-viêtnamiens, compromettant nombre d'opérations, et que le recrutement laissait à désirer au Sud-Viêtnam. Il y a effectivement des faits qui corroborent cette hypothèse mais il conviendrait de ne pas en faire forcément le facteur décisif de l'échec américain, comme le font certains vétérans interrogés dans le livre.




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    Idée très intéressante que celle des éditions Glénat, partenaire ici des éditions Fayard, pour cette nouvelle collection, Ils ont fait l'histoire, dont les premiers tomes sont sortis en début d'année. Celle-ci associe scénaristes et dessinateurs de BD et historiens universitaires (sérieux) pour retracer la vie de grands personnages ayant marqué l'histoire.

    Le tome consacré à Charlemagne bénéficie ainsi du concours de Geneviève Bührer-Thierry, ancienne élève de l'ENS Saint-Cloud, agrégée d'histoire, professeur d'histoire médiévale à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée, codirectrice de la revue Médiévales. En tant que spécialiste des relations de pouvoir dans le monde franc et germanique du Haut Moyen-Age, j'avais eu l'occasion de la lire pour mon sujet d'histoire médiévale à l'agrégation.

    Outre les 48 pages de BD, l'historienne signe aussi en fin de volume un encart avec 5 pages racontant l'essentiel sur Charlemagne -le tout bien illustré et légendé. La partie la plus intéressante, qui vient ensuite, est sans doute le "making of" de la BD. Geneviève Bührer-Thierry explique ainsi que les sources sur la vie de Charlemagne sont nombreuses juste après sa mort : la vie d'Eginhard, bien sûr, mais aussi le Livre des papes pour les relations avec la papauté et les nombreuses correspondances épistolaires. L'historienne a fait le choix de ne pas s'appuyer sur les sources tardives comme le texte du moine de Saint-Gall, de la fin du IXème siècle, d'où est tirée la légende républicaine d'un Charlemagne inventaire de l'école. En revanche, elle souligne dans la BD le rôle d'Alcuin pour promouvoir l'instruction. Elle écarte d'autres aspects de la légende, comme la reconstruction de la bataille de Roncevaux par La chanson de Roland et le mythe de l'empereur à la barbe fleurie, alors qu'en réalité, on est bien en peine de retrouver une représentation fidèle de Charlemagne. La reconstitution des décors est rendue difficile par l'absence de vestiges monumentaux, hormis Aix et quelques églises ; c'est particulièrement vrai pour Rome. Si on connaît bien les éléments de la culture matérielle par l'archéologie, il est difficile en revanche de restituer les couleurs exactes. Le parti pris narratif choisit d'arrêter l'album avec le sacre en 800 ; la narration fait aussi des raccourcis pour introduire des personnages sur un temps plus resserré qu'en réalité. Le propos de l'historienne se complète d'une chronologie et d'une bibliographie indicative, ce qui est une excellente chose.






    Le dessin de Gwendal Lemercier, qui a déjà traité des séries de BD médiévales-fantastiques, cadre bien avec le propos. Le défi consistait ici dans le traitement d'une vie bien remplie, celle de Charlemagne, que les auteurs ont choisi de cisailler pour ne l'aborder que dans la partie la plus intense, finalement, jusqu'en 800. Néanmoins, on n'évite pas les cases explicatives pour bien situer l'action et pour la personne qui découvre le sujet, il peut être utile de commencer la BD par les 5 pages du dossier de l'historienne Geneviève Bührer-Thierry, pour ne pas être perdu. L'avantage de ce dernier est aussi que l'historienne souligne les limites de l'exercice, mené pourtant par une universitaire : le lecteur est prévenu. Ce qui est important ici, c'est que la collaboration entre auteurs de BD et historiens universitaires permet à l'outil qu'est la bande dessinée de devenir un moyen de vulgarisation crédible sur un sujet d'histoire sérieux, ici la vie de Charlemagne. La finalité est aussi pédagogique et il est clair que cette collection de BD se destine à être utilisée par les enseignants du secondaire, les CDI et autres acteurs de l'Education Nationale concernés. Un beau et sérieux travail de vulgarisation historique à destination du grand public.




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    Benoît Rondeau, mon collègue du magazine 2ème Guerre Mondiale, est très productif depuis l'an passé. Après l'ouvrage consacré à l'Afrikakorps et celui dédié à la vision allemande de la campagne de Normandie, ce livre-ci aborde les divisions du débarquement.

    Les divisions sont en effet, comme le rappelle l'auteur, les "chevilles ouvrières" de la campagne, véritables armées en miniature. C'est pourquoi la mémoire a souvent retenu les faits d'armes ou autres actes des divisions, même si Benoît Rondeau évoque aussi quelques formations plus petites ou plus grandes qui ont elles aussi retenu l'attention. Cette courte présentation ne permet pas bien sûr d'être exhaustif car, on s'en doute, la réalité est un plus complexe.

    La sélection de divisions, qui se présente un peu comme une liste, est néanmoins découpée en trois parties : le jour J, la phase d'enlisement et la percée et la victoire des alliés. Pour chaque division, on trouve le même format : un mannequin avec uniforme et équipement commenté, un historique rapide de l'unité pendant la bataille puis jusqu'à la fin de la guerre, des photos commentées et un encadré développant un point plus précis. Pour la première partie, toutes les divisions alliées impliquées dans le débarquement sont passées en revue, ainsi que d'autres formations comme les Funnies de la 79th Armoured Division de Hobart, les commandos ou les Rangers. Côté allemand ne sont évoqués, dans cette première partie, que les 352. et 716. I.D. qui encaissent le gros du débarquement, et la 21. Panzerdivision.

    Dans la partie sur l'enlisement, Benoît Rondeau commence en revanche avec quelques unités allemandes, Fallschirmjäger-Regiment 6, 12. SS-Panzerdivision et Panzer-Lehr. Là encore on note la présence de quelques unités hors divisions comme les Osttruppen, les s. Panzer-Abteilungen de Tigres ou le III. Flak-Korps. Côté allié sont abordées aussi bien les divisions britanniques qu'américaines ou canadiennes.

    La dernière partie permet de mettre en lumière les divisions blindées américaines, des formations non divisionnaires comme le s. Panzerjäger Abteilung 654 ou les divisions engagées plus tardivement, 9. Panzerdivision ou 116. Panzerdivision côté allemand par exemple. Benoît Rondeau termine sur la 2ème division blindée française et la 1ère division blindée polonaise, sans oublier les US Cavalry Groups.

    Au total, un ouvrage qui se présente surtout comme un outil de travail, idéal si on recherche des informations rapidement disponible sur telle ou telle division de la campagne de Normandie -elles n'y sont pas toutes mais la plupart s'y trouvent quand même. Le texte est clair, les légendes des illustrations également, même si quelques photos ne semblent pas correspondre aux légendes (changements de dernière minute ?). Le livre se termine sur une liste des divisions engagées dans la bataille de Normandie (mais où il manque des divisions canadiennes, semble-t-il ?) et par une bibliographie sélective. A côté d'ouvrages grand public (Beevor), ou plus spécialisés en histoire militaire (Osprey), ou de nature universitaire (T. Copp, etc), on constate aussi la présence d'ouvrages ou de magazines comme ceux des éditions Heimdal ou Histoire et Collections,. Le livre n'apprendra probablement pas grand chose aux passionnés et autres férus de la campagne de Normandie, il se destine plus aux personnes déjà un peu familières du sujet qui souhaitent approfondir leurs connaissances.


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    670 ap. J.-C. .Au concile d'Autun, qui réunit représentants des églises celtes et romaines, l'abbé Dabhoc de Tulach Oc, chef délégué du groupe irlandais, partisan de Rome, est retrouvé asssassiné avec à ses côtés, inconscients, Cadfan, abbé de Gwynedd et Ordgar, évêque de Kent, qui en sont presque venus aux mains précédemment lors des débats. Devant un crime pour le moins mystérieux et qui menace de semer la discorde parmi les royaumes d'Angleterre et d'Irlande, l'abbé Segdae, chef de la délégation irlandaise, sollicite soeur Fidelma, venue pour être conseillère juridique du concile, et accompagnée de son époux frère Eadulf, afin de démêler les fils d'une machination complexe...

    Avec ce dix-septième tome des enquêtes de soeur Fidelma (à l'exception d'un recueil de nouvelles intercalé), Peter Tremayne continue sur une très bonne lancée à l'intérieur de la série puisque cela fait maintenant quatre tomes que le niveau est assez relevé. Ici, l'auteur situe à nouveau l'action en dehors de l'Irlande, dans un des royaumes francs, ce qui a pour effet de dépayser le lecteur des habituels thèmes irlandais. Néanmoins les problématiques abordées par Tremayne restent assez similaires, globalement. Au niveau de l'intrigue, une petite faiblesse tout de même par rapport aux précédents : la fin de l'enquête en dit trop, en dissimulant un indice qui permet de découvrir l'identité du meurtrier avant la confrontation finale. Le concile des maudits ne s'élève donc pas complètement au niveau des tomes précédents, mais n'en demeure pas moins un bon volume. On regrette encore une fois de ne pouvoir se situer dans les lieux évoqués ou les bâtiments (abbaye d'Autun), faute de cartes ou de plans.



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    670 ap. J.-C. . De retour du concile d'Autun vers l'Irlande, soeur Fidelma, accompagnée de frère Eadulf, embarque au port de Naoned (Nantes) sur l'Oie Bernache, le navire qu'elle avait déjà utilisé pour son pélerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle y retrouve son cousin Bressal, ambassadeur de son frère, le roi Colgu de Cashel auprès du roi des Bretons. Mais au large des côtes bretonnes, l'Oie Bernache est assaillie par un navire mystérieux et abordé. Le chef des agresseurs tue Murchad, le capitaine du navire, et Bressal, le cousin de Fidelma. Celle-ci et Eadulf ont tout juste le temps de sauter à l'eau et d'être recueillis par frère Metellus, qui officie sur la péninsule où ils échouent. Or le navire agresseur porte l'emblème de la colombe, qui est justement celui du clan Canao, qui règne sur la péninsule...

    Enfin une carte pour se repérer un peu dans ce dix-huitième volume des enquêtes de soeur Fidelma ! Et ce d'autant plus qu'à nouveau, comme dans le tome précédent, l'action se déroule en dehors de l'Irlande, ici en Bretagne (l'auteur ayant bénéficié de propositions de ses amis bretons de Sarzeau, au sud-ouest de Vannes, autour du golfe du Morbihan). Peter Tremayne y rajoute une dose d'exotisme avec ce Byzantin qui apporte avec lui le feu grégeois... la qualité est encore au rendez-vous avec une intrigue dont on ne dénoue un des fils qu'à la fin du volume, mais la solution finale est beaucoup plus difficile à trouver. On reste donc dans la lignée de bons volumes qui durent depuis 4 ou 5 tomes déjà. Avec le temps, la série a gagné en profondeur.



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    Missouri, 26 janvier 1875. William Pinkerton, fils du fondateur de l'agence de détectives privés du même nom, attaque avec ses hommes une maison où il pense trouver les frères James. Ceux-ci n'y sont pas mais la maison est incendiée pendant l'attaque, et certains de ses occupants tués, ce qui oblige Pinkerton à se justifier devant la presse. Celui-ci envoie Daniels, ancien caporal nordiste, pour seconder son fils dans la traque des frères James...

    Petite déception avec cette BD dont j'attendais mieux. Je m'attendais à quelque chose collant de plus près à la réalité historique ou du moins traçant le canevas de l'histoire des frères James, qui en réalité n'apparaissent quasiment pas dans le volume. La traque des frères James, mêlant réalité et fiction, n'est en réalité que le prétexte à une réflexion sur l'ambition démesurée du fils Pinkerton, prêt à tout pour réaliser sa tâche, et qui reflète celle du père, manoeuvrant dans les hautes sphères sociales et politiques de Chicago. La présentation des personnages est réduite au minimum et la fin de Jesse James expédiée en quelques pages : dommage, car l'histoire méritait mieux. En outre le dessin fait aussi que certains personnages se ressemblent, il est parfois difficile de les reconnaître exactement. On regrette que l'histoire n'ait pas été développée sur plusieurs volumes, ce qui aurait été sans doute plus efficace.





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    Avec La parole des morts, Peter Tremayne livre un second recueil de nouvelles au sein du monde soeur Fidelma, avocate et religieuse irlandaise du VIIème siècle de notre ère. Il fait suite à De la ciguë pour les vêpres qui s'intercalait entre les 9ème et 10ème volumes de la série. Comme dans ce dernier, Fidelma enquête ici seule, sauf pour la dernière nouvelle où elle voyage en compagnie d'Eadulf, à Canterbury. Ici Tremayne a créé des nouvelles pour répondre à des demandes de lecteurs ou pour développer des thèmes particuliers. On retrouve des personnages récurrents, notamment Laisran de Durrow qui a conseillé à Fidelma d'entrer dans les ordres tout en poursuivant sa carrière d'avocate.

    Ce second tome de nouvelles est peut-être un ton en-dessous du précédent. La première nouvelle, La parole des morts, qui donne son titre au volume, finit un peu en queue de poisson. On devine facilement la solution de celle intitulée "Le cadavre du jour saint" ou de "L'astrologue qui avait prédit sa fin". "La flétrissure" est peut-être la meilleure du volume, bien qu'elle ne soit pas des plus palpitantes. "La lune noire se lève" et "Comme un chien revenant" sont également de bonne facture. On trouve par contre assez aisément la solution pour "La banshee" et même pour "L'héritier présomptif". Une autre des meilleures nouvelles de l'ensemble est "Qui a volé le poisson". "Au loup !" et "Epines éparses", en revanche, se résolvent facilement. Dans "L'or la nuit", Tremayne, comme dans certains de ses romans, laisse un indice qui fournit la solution à qui est attentif. "Mort d'une idole" semble avoir en partie inspiré à l'auteur le tome suivant des enquêtes de Fidelma, que je commenterai prochainement. L'histoire du "Père nourricier" est particulièrement sordide. Le volume se termine sur "L'aigle perdue", une vraie/fausse enquête qui fait appel au mythe de l'aigle perdue de la IXème légion. 

    Au final, un second recueil de nouvelles aussi inégal que le premier, à l'image de la série, bien que Tremayne ait relevé la qualité des dernières enquêtes, depuis plusieurs tomes. 



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    Le dernier numéro du magazine 2ème Guerre Mondiale est paru (56).

    Vous y trouverez un dossier que j'ai signé consacré à Joachim Peiper, véritable "icône" de la Waffen-SS, encore aujourd'hui, dans une certaine littérature. C'est moi qui ait proposé, il y a déjà longtemps, ce sujet "German Bias" au rédacteur en chef car il me semblait intéressant de revenir sur ce personnage à travers un dossier appuyé sur une bibliographie solide (et pour le coup, commentée par mes soins, ce qui est une première dans mon cas pour le magazine, me semble-t-il), chose rare dans la littérature spécialisée. L'occasion de ne pas parler seulement du Peiper "soldat", mais aussi du SS et par extension du Waffen-SS, et pas que dans sa dimension militaire. D'ailleurs je termine le dossier sur la fin de la vie de Peiper après 1945 jusqu'à sa disparition mystérieuse en 1976 -j'ai préféré privilégier ce récit, cette fois, à l'approche historiographique du sujet que j'aurais pu mener pour boucler ce dossier.

    Le seul autre papier que je signe dans ce numéro est la chronique cinéma consacré à un grand film du genre des camps de prisonniers de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, Stalag 17.

    Bonne lecture !

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    J'avais déjà eu l'occasion de ficher sur ce blog un des ouvrages d'Eric M. Bergerud, historien militaire américain, consacré à la guerre du Viêtnam. Il s'agissait d'une collection de témoignages américains de vétérans de la 25th Infantry Division, qui à vrai dire s'était avérée assez peu intéressante, notamment car complètement dépourvue d'appareil critique, à la fois dans le texte (a minima) et surtout en notes et bibliographie. C'est donc avec un certain a priori que j'ai acquis un livre un peu plus ancien du même auteur qui, comme le titre l'annonce, cherche à démonter les mécanismes de la défaite américaine au Viêtnam à travers le parcours d'une province du Sud-Viêtnam. Fort heureusement cette fois-ci, le résultat est d'un tout autre calibre, et il aurait été dommage de passer à côté.

    Bergerud explique en introduction pourquoi il a choisi de mener l'analyse d'une province pendant la guerre. D'abord parce que la province est la catégorie administrative clé du Sud-Viêtnam rural pendant le conflit. Ensuite, Hau Nghia, créée en octobre 1963, juste avant la chute de Diêm, a la particularité de se situer entre Saïgon et les bases communistes près de la frontière cambodgienne ; en outre elle est peuplée majoritairement de Viêtnamiens et de paysans, et les Américains y ont été présents longtemps. Bergerud, au départ, avait été influencé par les vétérans américains qui pensaient que la guerre avait été mal conduite sur le plan militaire, que la stratégie de Westmoreland en particulier était inappropriée dans le Sud-Viêtnam rural. Progressivement, il en est venu à penser qu'en réalité, les Américains n'avaient aucune chance de l'emporter et ce dès l'intervention décidée par Johnson. Il explique cette situation par quatre facteurs : le manque de soutien des paysans et du monde rural pour le gouvernement sud-viêtnamien ; la très grande présence au contraire, dans ces mêmes couches de la population, du Front National de Libération ; l'importance que les Américains ont accordé au combat politique en zone rurale, mais sans jamais pouvoir renforcer la légitimité du gouvernement sud-viêtnamien ; enfin, l'inexorabilité de la lutte militaire contre les forces du FNL, qui crée des problèmes insurmontables. Bergerud s'appuie pour cette monographie sur des sources primaires américaines, et sur les interrogatoires des défecteurs du Viêtcong pendant la guerre.



    Le livre suit un plan chronologique, assez logiquement. La province de Hau Nghia est créée juste avant la chute de Diêm. Celui-ci a consolidé son pouvoir dès 1955 mais n'a pas réussi à gagner l'adhésion des masses rurales du Sud-Viêtnam. Les réseaux Viêtminh demeurés au sud après 1954, bien que durement frappés au début du règne de Diêm, vont en profiter à partir de 1959, quand Hanoï relance l'insurrection. Très rapidement ils coupent la population rurale du gouvernement de Saïgon. En outre, Diêm n'a pas les moyens, militairement parlant, d'affronter l'insurrection. Ce n'est pas tant que l'ARVN soit mal adaptée car trop conventionnelle ; le régime bénéficie aussi de milices, mais en réalité, c'est l'encadrement qui pèche tout comme la motivation des soldats. L'administration Kennedy est consciente du manque de soutien populaire du régime de Diêm mais hésite à intervenir directement dans les affaires du Sud-Viêtnam. L'exemple des montagnards, chapeautés par les Special Forces mais qui ont des relations très tendues avec les Sud-Viêtnamiens, montre que le court-circuitage du régime sudiste n'est pas toujours la bonne solution. Le programme des hameaux stratégiques n'améliore aucunement la situation militaire et achève de ruiner ce qui restait de légitimité à Diêm, qui tombe dans l'indifférence de la population. Le coup d'Etat crée un vide du pouvoir où l'armée reste la seule force capable de s'opposer aux communistes. Mais cette armée subit des coups sévères car Hanoï et le FNL choisissent de s'engouffrer dans la brèche ouverte par la mort de Diêm pour s'emparer du pays. Les Américains tentent de mettre en place un programme de pacification, en vain.

    Hau Nghia est située au nord-ouest de Saïgon. C'est une province densément peuplée de paysans. Au moment de sa création, en octobre 1963, par Diêm, c'est déjà un bastion du Viêtcong. Province de paysans pauvres, Hau Nghia est sensible au programme de redistribution des terres mis en place par le FNL dans les zones contrôlées, de même qu'à la résistance à la conscription. Ce qui ne veut pas dire qu'il est facile, d'ailleurs, pour le FLN de recruter pour ses unités militaires. L'endoctrination et la propagande n'empêchent pas les problèmes quotidiens. Le FLN règne aussi par la terreur mais sait surtout s'imposer comme l'acteur incontournable devant le vide du gouvernement sud-viêtnamien. Ce dernier, qui lutte pour sa survie dans la province, procède à l'utilisation de défoliants dès la fin 1962 ; puis ce sont les tirs d'artillerie et les frappes aériennes., avec les "free fire zones". Westmoreland a fait déplacer dans la province la 25ème division de l'ARVN à la mi-1964, sans grand résultat : l'unité a mauvaise réputation, les relations sont tendues avec la population et la division n'arrive pas à gonfler les Forces Régionales et Populaires (milices). La propagande de Saïgon ne fait pas le poids ; quand les premiers Américains viennent tâter le terrain au second semestre 1965, la simple circulation dans la province est périlleuse. Une analyse demandée par l'armée américaine conclut que le FLN est victorieux à Hau Nghia : seule l'intervention directe des Américains empêche l'effondrement.

    Pour Bergerud, l'armée américaine qui se déploie au Viêtnam à partir de 1965 est la meilleure jusque là de toutes celles envoyées au combat par les Etats-Unis (sic). D'après lui l'armée américaine, dès la Seconde Guerre mondiale, se démarque avant tout de ses adversaires par l'abondance de son soutien aérien tactique et par sa supériorité logistique. Mais c'est une armée sensible aux pertes, où l'on trouve aussi peu de soldats, numériquement, en première ligne et beaucoup à l'arrière, et qui a recours facilement à la puissance de feu pour briser une opposition adverse, ce qui n'est pas poser des problèmes au Sud-Viêtnam. En outre, les Américains n'ont pas vraiment de stratégie au moment de l'intervention, comme le montre l'engagement de la première unité, la 173rd Airborne Brigade, qui combat à Hau Nghia dès 1965 sans obtenir vraiment de résultats probants. En face, on trouve 2 divisions viêtcongs de forces régulières autour de Saïgon, sans compter plusieurs régiments indépendants, 4 bataillons de forces locales et des miliciens. Dès 1966-1967, ils sont armés de copies chinoises de l'AK-47, en plus de celles du PPSh-41, de RPG et autres armes plus modernes. Cette répartition en trois niveaux donne non seulement au Viêtcong l'initiative stratégique mais aussi une présence beaucoup plus forte sur le terrain que celle de l'adversaire. Hau Nghia comprend une partie du "triangle de fer", est proche de la War Zone C et a une frontière commune avec le Cambodge. Les atouts sud-viêtnamiens sont faibles : il faut attendre l'arrivée de la 25th Infantry Division américaine dans la province, en janvier 1966, pour que le combat soit vraiment relancé, bien que le MACV n'est pas une stratégie claire.

    La 25th Infantry Division, qui faisait partie de celles envisagées pour un déploiement au Viêtnam dès 1952, s'installe à Cu Chi. Son camp de base et la route n°1 qui l'alimentent deviennent des cibles de choix pour le Viêtcong. Les premières opérations "search and destroy" commencent fin mars 1966. Elles n'amènent que peu de résultats et montrent que le Viêtcong attaque quand il le souhaite, refusant le combat dans l'autre cas. La 25th ID, qui dispose d'une très bonne cohésion dans son effectif de  départ, s'effrite au fur et à mesure du turnover. Les soldats américains, contrairement à leurs adversaires, saisissent mal les buts de leur intervention, sont victimes du climat, des pièges, craignent les incursions dans les bastions ennemis comme les bois de Ho Bo. L'artillerie est beaucoup utilisée. Les Américains s'enferrent dans une guerre attrition qui, même sur le plan humain, est relativement coûteuse.

    En 1966-1967, les Américains tentent de relancer la pacification, sans changer fondamentalement de recettes. En réalité, le programme sud-viêtnamien, exécuté à la va-vite, souffre d'un manque d'entraînement des cadres. La 25th Infantry Division tente d'y contribuer. Mais l'effort américain est mal organisé et entre en compétition avec celui des Sud-Viêtnamiens. Les conseillers militaires américains font face à la corruption et à l'incompétence de nombreux cadres sud-viêtnamiens. Néanmoins le programme de ralliements (Chieu Hoi) et la reconstitution des Forces Régionales et Populaires donnent quelques résultats. Mais tout cela coûte cher en argent et en vies humaines, alors que le FNL contrôle la province la nuit et une bonne partie pendant la journée. Bergerud revient sur le terme de "body count" et explique que les pertes civiles et militaires viêtnamiennes sont en réalité très difficiles à vérifier. L'historien explique que les soldats américains connaissent mal l'environnement où ils opèrent : ils se méfient de la population, vue comme complice de l'ennemi. Pourtant d'après lui les pertes civiles ne sont pas provoquées essentiellement par des violences gratuites mais plutôt par les opérations de combat. L'armée américaine ne parvient à renverser la situation qu'avec l'emploi de la force militaire, rien d'autre.

    L'offensive du Têt survient alors que les dirigeants américains se persuadent qu'ils sont en train de remporter la guerre. La province de Hau Nghia est concernée au premier chef car l'offensive déclenche une période de combats intenses qui durent en fait un an et demi. D'abord parce qu'elle est un lieu de transit vers Saïgon ; ensuite parce que les Américains et les Sud-Viêtnamiens, pour éviter une répétition du Têt, relancent l'effort de pacification ; enfin parce que l'ouverture des négociations presse les deux camps d'affirmer leur mainmise territoriale. En octobre 1969, le FLN a perdu sa composante militaire dans la province ; mais le moment pendant lequel le gouvernement sud-viêtnamien contrôle Hau Nghia correspond au retrait américain. En 1971 le FNL commence à se réinstaller et dès l'année suivante la province est de nouveau contestée. Les Nord-Viêtnamiens ne font leur entrée dans la province qu'en mars 1968. L'offensive, coûteuse pour le FLN, détruit cependant l'effort de pacification sud-viêtnamien dans la province. Elle renforce l'animosité des soldats américains contre la population. Un calme relatif survient de mai à août 1968, après les lourdes pertes subies par le FNL.

    Dès novembre 1968, Abrams, le nouveau commandant en chef au Viêtnam, lance un nouvel effort de pacification sur le même modèle que précédemment, mais avec des renforts américains et un plus grand nombre de troupes sud-viêtnamiennes. Les ralliements se multiplient. Mais les soldats américains conservent le plus grand mépris, lors des opérations conjointes, à l'égard de l'ARVN. Et les incidents avec la population se multiplient. Plus grave : le gouvernement sud-viêtnamien ne capitalise pas politiquement parlant sur le succès militaire du Têt.

    La stratégie est pourtant maintenue en janvier 1969, au moment où Hanoï relance, sur une échelle moindre, une réédition du Têt. La surprise a cependant disparu. Le Têt de février 1969 met au premier plan les sapeurs, qui parviennent à pénétrer dans la base de Cu Chi. Militairement l'effort est à nouveau coûteux. L'effort demandé dans la province de Hau Nghia est tel que le recrutement du Viêtcong devient difficile et que le FNL est pratiquement coupé de la population. Les survivants refluent au Cambodge. Mais 1969 reste plutôt la pire année pour le Viêtcong, et pas la meilleure pour le gouvernement de Saïgon, car le gouvernement sud-viêtnamien n'arrive pas à se gagner les faveurs des ruraux de Hau Nghia.

    La pacification passe notamment par le fameux programme "Phoenix", encadré par la CIA, exécuté contre l'infrastructure Viêtcong par les Provincial Reconnaissance Units (PRU). La tâche est difficile car il faut débusquer les cadres "illégaux" en plus de ceux légaux. Mais le programme ne connaît pas le succès en 1969 à Hau Nghia : le renseignement fait défaut, les Sud-Viêtnamiens rechignent à collaborer, et on craint aussi les représailles des escouades de tueurs du Viêtcong, qui fonctionnent bien. Les Forces Régionales et Populaires augmentent en nombre, mais pas en qualité. Le développement des villages ne prend pas, d'autant que le FNL harcèle suffisamment pour le gêner. Les relations américano-sud-viêtnamiennes atteignent leur nadir en 1969 car la personnalité du chef de province, officier de l'ARVN, pose problème aux Américains, en particulier dans le commandement de la 25th Infantry Division.

    La stratégie américaine se maintient en 1970, alors que les unités commencent à se retirer. L'invasion du Cambodge en avril-mai 1970 permet de faire temporairement sauter la menace des sanctuaires viêtcongs à proximité de la province. La 25th ID quitte le Sud-Viêtnam à la fin de l'année : elle aura perdu près de 5 000 tués dans le pays. Fin 1970, le programme de pacification atteint son point culminant. Thieu promulgue une réforme de la propriété du sol, mais trop tard.

    En 1971, le FNL évite le contact mais se réinstalle dans la province, qui n'est pas tenue par les milices censées assurer la pacification, peu motivées. Les Forces Régionales sont reprises en main en janvier 1971 mais le Viêtcong parvient à surmonter l'effort de pacification. Phoenix ne donnant pas de résultat, l'effort est transmis à la police sud-viêtnamienne, connue pour être inefficace en dehors des villes. Les régiments nord-viêtnamiens qui entrent dans la province au moment de l'offensive de Pâques 1972 (avril-mai) achèvent de marquer le retour du Viêtcong. Le gouvernement sud-viêtnamien brise l'offensive par la force, contrôle les routes et les villages, mais l'appareil viêtcong reste présent, avec ses sanctuaires au Cambodge et des forces régulières à proximité. En 1975, la province de Hau Nghia est occupée par les Nord-Viêtnamiens sans combat ou presque.

    En conclusion, Bergerud rappelle qu'à son époque (en 1990), le débat historiographique sur le Viêtnam se cristallise en plusieurs chapelles. Les anciens chefs militaires ou politiques, qui se croient trahis par le Congrès ; les officiers vétérans, comme Harry Summers, qui pensent que les Etats-Unis n'ont pas appliqué la force là où il le fallait ; enfin, ceux qui ont participé à la pacification et qui estiment que l'armée américaine n'avait pas compris le caractère politique du conflit. Pour l'historien, en réalité, le Viêtcong avait remporté la bataille de la légitimité dans les zones rurales dès 1965. Il avait donc un ascendant moral, et le gouvernement sud-viêtnamien n'a jamais été en mesure de le reprendre. En outre, militairement parlant, les Américains n'ont pas réussi à éradiquer le Viêtcong, même s'ils s'en sont approchés après le Têt. L'armée américaine a mené la pacification, avait pensé à la contre-insurrection : s'en prendre à des objectifs plus vitaux comme la piste Hô Chi Minh ou le Nord-Viêtnam lui-même comprenait une part de risques. Bergerud termine sur l'idée que l'armée américaine a tout simplement sous-estimé les difficultés d'affronter un adversaire comme le Viêtcong et les Nord-Viêtnamien, alors que les responsables politiques ont sous-estimé la volonté et la ténacité de ces derniers et surestimé celles de leur population et de leur armée.

    L'historien rajoute en fin d'ouvrage une bibliographie secondaire de 4 pages, utile pour aller plus loin. Au final, le livre de Bergerud sur les dynamiques de la défaite dans la province de Hau Nghia s'avère beaucoup plus convaincant que la collection de témoignages américains de la 25th Infantry Division. En examinant la guerre du Viêtnam au niveau opérationnel, à l'échelle d'une province, il montre que les Américains ne pouvaient pas l'emporter, quelle que soit la méthode choisie. Alors que le débat historiographique sur le conflit fait toujours rage, cette lecture conserve toute sa pertinence. Pour ceux qui veulent aller plus loin, Bergerud revient récemment sur son ouvrage, plus de 20 ans après, ici, sous forme d'interview/correspondance avec un tiers.



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    1er janvier 1916. Le médecin aide-major Louis-Charles Bouteloup rejoint le front, dans une carriole. Il remplace le lieutenant Jacquin, tué, à la 13ème escouade d'ambulanciers. Accueilli par le sergent de l'escouade, ancien prêtre, Bouteloup, qui traîne derrière lui des problèmes familiaux, découvre bientôt la réalité cruelle de la guerre des tranchées...

    Parmi la floraison de bandes dessinées sur la Première Guerre mondiale, centenaire oblige, de plus ou moins bonne tenue, je découvre un peu en retard L'ambulance 13, qui dès le premier tome s'affirme comme une vraie réussite. Il s'agit en fait de l'adaptation d'un roman paru plus tôt en 2010.



    La qualité de ce premier tome est de mêler fiction et côté documentaire et pédagogique. La vision de la guerre des tranchées par un officier médecin à peine sorti de la faculté de médecine permet au lecteur de s'identifier au personnage qui découvre la réalité de la Première Guerre mondiale. Les auteurs veillent également à peindre dès le départ de fortes individualités au sein de l'escouade d'ambulanciers, qui constituent tout de suite un décor quasi familier. La rencontre avec soeur Isabelle laisse également augurer de futurs développements. Un reproche peut-être, l'intervention récurrente du narrateur, Bouteloup, casse peut-être le rythme de certaines séquences. L'évocation assez précise du travail des ambulanciers et des médecins sur les blessés rappelle que la bande dessinée a bénéficié du concours du service de santé des armées. On n'échappe pas cependant à la scène classique de fraternisation qui conclut l'album et qui sent un peu trop le réchauffé. Néanmoins, c'est avec plaisir que je découvrirai les tomes suivants car ce premier volume est de bonne facture.




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    670. Dans l'abbaye de Lios Mor, un moine érudit de retour de Terre Sainte est retrouvé poignardé dans sa cellule, fermée de l'intérieur. Les manuscrits qu'il avait ramenés avec lui ont été subtilisés. Soeur Fidelma et son époux, Eadulf, sont envoyés dans l'abbaye pour résoudre, à nouveau, une affaire criminelle plus complexe qu'il n'y paraît...

    Peter Tremayne est l'un des pseudonymes du romancier Peter Berresford Ellis, auteur de plus de 90 romans et 95 nouvelles. Sa série la plus fameuse est celle de soeur Fidelma, une religieuse irlandaise, avocate des cours de justice, qui travaille sur des affaires criminelles dans l'Irlande et l'Europe du VIIème siècle de notre ère. Ces enquêtes policières se situent dans la droite ligne du Nom de la Rose d'Umberto Ecco et surtout des enquêtes de Frère Cadfaël, le personnage créé par Ellis Peters et que l'on peut retrouver dans la même collection. La renommée de la série a dépassé les frontières, donnant même naissance à une société internationale de Soeur Fidelma basée à Charleston, en Caroline du Sud, avec son propre site internet.

    Le premier tome, Absolution par le meurtre, est sorti en 1994. La série en compte actuellement 24 (dont deux recueils de nouvelles). Si l'essentiel des intrigues a lieu en Irlande, soeur Fidelma voyage aussi dans le reste de l'Europe, à Rome, dans les royaumes francs (Autun), dans la Bretagne (pays de Galles, royaumes angles et saxons) et une des enquêtes a même lieu lors d'un trajet maritime vers l'Espagne. L'un des thèmes fétiches de l'auteur est de mettre en opposition l'Irlande des premiers siècles après la conversion chrétienne, dont la société et la pratique religieuse restent originales, avec les autres sociétés et la religion romaine. Ce thème général se décline en une multitude de sous-thèmes : différences entre les systèmes de gouvernement, entre les systèmes juridiques, place de l'esclavage ou des femmes, etc. Autre thème récurrent : celui des tensions internes à l'Irlande, les conflits entre le Haut Roi et les souverains des 5 royaumes, les guerres entre clans, différents aspects de la société irlandaise, etc. Par dessus cet ensemble se rajoute, quasiment à chaque fois, le conflit entre la chrétienté irlandaise et le pouvoir romain, décliné lui aussi selon différentes thématiques (opposition pour la suprématie dans les îles britanniques, tolérance de l'héritage païen, application des principes chrétiens ou non au cadre juridique, célibat du clergé, valeur de l'astrologie, etc). Le succès de la série vient probablement du fait que ces thèmes renvoient, aussi, à certaines réalités contemporaines : en outre, la dimension historique est soignée, bien que les intrigues soient de qualité inégale, même si globalement, elles sont plutôt bien construites.

    Un calice de sang, qui est le 21ème tome paru en français, ne déroge pas à la tradition de soeur Fidelma. Cependant, le thème général abordé ici est traité quasiment pour la première fois, ce qui amène un petit souffle de fraîcheur. D'ailleurs l'auteur s'en explique par quelques pages en fin de volume. L'action se déroule en Irlande, comme souvent, mais l'enquête est bien menée et il est difficile de déterminer exactement toutes les responsabilités -souvent complexes dans les crimes traités par soeur Fidelma- avant la solution. On devine facilement l'identité d'un des coupables mais celle de son complice reste bien dissimulée jusqu'à la fin. J'ai par contre l'impression que l'histoire de Tremayne reprend une des nouvelles du second recueil, La parole des morts, car la ressemblance est furieuse.  Un calice de sang est peut-être un ton en-dessous de la série excellente autour du quinzième volume mais se laisse néanmoins bien lire dans la suite des précédents.


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    Dans la livraison d'octobre du magazine DSI (n°107), vous trouverez un court article que j'ai écrit intitulé "D'al-Qaïda en Irak à l'Etat Islamique (2003-2014)". Merci à Joseph Henrotin de m'avoir sollicité pour ce faire.

    Il s'agit d'une (très) rapide synthèse sur les racines de ce qui est devenu l'Etat Islamique, en partant de Zarqawi puis de la naissance d'al-Qaïda en Irak. La place étant réduite pour traiter plus d'une décennie, il a évidemment fallu faire des choix en termes de contenu et de notes pour les références, aussi. De par mon travail sur la Syrie je connaissais davantage la fin de la période, néanmoins j'ai beaucoup lu pour être en mesure d'insister sur les points phares du reste de la période.

    Bonne lecture.

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    1492. Après 40 jours de navigation, les deux navires menés par Colomb Pacha touche terre, quelque part sur le continent américain. Cinq ans plus tôt, alors que le roi Ferdinand d'Espagne attaquait l'émirat de Cordoue, 20 000 combattants maures venus du Maghreb et fanatisés par le "maître de guerre" infligeait une défaite aux Espagnols dans la plaine de Santa Fe. Colomb tente en vain de vendre son projet d'expédition au roi de France. Déçu, il se convertit à l'islam, rassemble des équipages et des spécialistes chrétiens, juifs, pour son expédition. Surveillé par Moktar, l'oeil fanatique du maître de guerre, Colomb s'enfonce à l'intérieur de la forêt avec ses compagnons...

    Ce tome de l'inégale mais parfois excellente collection uchronique Jour J, de Delcourt, rappelle un peu le précédent,Le Lion d'Egypte, en ce sens que l'histoire uchronique développée ici est suffisamment exploitée dans un seul tome et colle donc bien au format de la collection. On se dit tout de même en refermant la BD que certaines idées sont tellement bonnes qu'elles mériteraient une série entière à elles seules.


    L'idée de départ de l'uchronie est bien trouvée : et si la Reconquista de la fin du XVème siècle avait échoué et que l'Espagne était restée musulmane ? D'où l'idée d'un Christophe Colomb converti à l'islam pour financer son expédition... et qui touche terre sur le continent américain, où l'attendent certaines surprises, liées là encore à des faits historiques que l'on connaît d'ailleurs de mieux en mieux ces dernières années. Un regret toutefois : deux petites erreurs qui se sont glissées au fil des cases. Page 5, l'émir de Cordoue devient l'émir de Corfou (l'erreur est corrigée ensuite), et p.11, Isidore de Séville aurait vécu en 600 av. J.-C. (sic), alors que c'est bien sûr après.


    Les auteurs ont fait le choix de se concentrer non pas sur l'uchronie elle-même et ses suites directes -les musulmans redressent la barre en Espagne, découvrent l'Amérique à la place des Européens et deviennent donc le centre du monde- mais sur le voyage d'exploration de Colomb devenu musulman. Le scénario tourne donc autour du fanatisme religieux et du contact avec des autochtones ou des autres étrangers qui ont précédé l'islam en Amérique (sic). Le tout renforcé par un dessin plutôt sombre qui colle bien aux tensions à l'intérieur des équipages, aux scènes de combat et de mort. Avec une perspective renversée en forme de pied-de-nez avec notre situation actuelle, où le monde musulman serait en position centrale... ramassé sur un tome, c'est peut-être pour le coup l'un des plus efficaces de la série, dans le principe ; je l'ai préféré au précédent.



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    En plus du dossier et de la chronique que j'ai déjà signalée et qui font partie de ce numéro, je précise qu'une de mes fiches de lecture apparaît p.5 (résumé de celle sur le livre à propos de l'atlas de Stalingrad d'A. Joly).

    - la double page Actualité : focus est consacrée à l'Ukraine et aux Ukrainiens pendant la Seconde Guerre mondiale (et non à la Crimée et la Seconde Guerre mondiale, comme indiqué en haut de la p.9, traité dans un numéro précédent). Difficile d'être efficace en deux pages, vu le sujet. La chronologie indicative sur le conflit ukrainien, en bas de la p.9, ne fait bizarrement pas mention de l'intervention russe en Crimée au début de l'année (un oubli ?). Les deux références citées en notes renvoient en fait à deux liens internet sur le même site, infooukes.com.  Mais ce sont des travaux déjà anciens : l'article de P. Potichnyj, a manifestement été rédigé dans les années 1980 ; l'ouvrage d'A. Gregorovich, mis en ligne en 1995 pour le cinquantenaire de la victoire de 1945, a été écrit juste après la chute de l'URSS. Or, bénéficiant d'ouvertures d'archives et autres avancées plus récentes, les travaux se sont depuis multipliés, en anglais tout particulièrement, sur la place de l'Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale. Même si l'on met de côté l'ouvrage de T. Snyder, très débattu, de nombreux autres livres (ou articles de revues) sont venus éclairer notre connaissance du phénomène de la collaboration ukrainienne avec les nazis, de l'implication des Ukrainiens dans le mouvement des partisans, etc. Du coup, on peut se demander si la conclusion de Potichnyj que cite l'auteur a la fin du focus est toujours valide : les Ukrainiens avaient-il majoritairement un agenda politique nationaliste, que ce soit contre les nazis ou les soviétiques ? Il y a eu en fait des expériences très différentes à l'ouest et à l'est de l'Ukraine, et même entre régions de l'ouest du pays pour descendre à un niveau plus réduit. Plus de 5 millions d'Ukrainiens ont servi dans l'Armée Rouge ou dans les partisans, qui pour ces derniers ont compté probablement jusqu'à 50 000 hommes fin 1943, alors que l'OUN-B alignait à la même période pas plus de 20 à 23 000 hommes. L'OUN puis l'UPA n'ont pas combattu de la même façon les Soviétiques et les Allemands : pour ces derniers, ils ont tué à peine quelques centaines d'hommes, notamment des formations de police composées d'anciens prisonniers polonais ou soviétiques. Au contraire, 55% des chefs de l'UPA ont été tués au combat contre les forces soviétiques ou alliées, alors que les partisans soviétiques en Ukraine, d'après les sources allemandes elles-mêmes, auraient tué au bas mot 15 à 25 000 adversaires (soldats, policiers, miliciens supplétifs, etc). En réalité, la perspective nationaliste était très peu présente chez les Ukrainiens servant dans les partisans (encadrés par des Russes du NKVD) ou dans l'Armée Rouge. Contrairement à l'OUN/UPA où l'essentiel de l'effectif était ukrainien, pro-nazi en grande partie, et a participé à des massacres de Polonais ou de Juifs. Malgré la focalisation récente de l'historiographie sur les collaborateurs (et l'assimilation maladroite qui peut être faite avec l'ensemble des Ukrainiens), ceux-ci ont relativement été probablement bien moins nombreux (même en comptant, en plus de l'OUN, les unités de sécurité et la division SS Galice, entre autres) que les Ukrainiens servant côté soviétique (partisans, Armée Rouge, etc). Plus intéressantes encore sont les questions, que je ne développerai pas ici, de mémoire et d'instrumentalisation de l'histoire par les différents acteurs pendant la guerre froide puis après la chute de l'URSS et  la naissance de l'Ukraine, jusqu'au conflit actuel. La rhétorique et la réhabilitation nationaliste n'ont pas l'exclusivité du discours parmi les acteurs en présence.

    - Franck Ségretain traite d'un sujet classique, la libération de Strasbourg par la 2ème DB en novembre 1944. Rien à dire de particulier sur le fond mais je trouve l'auteur un peu sévère sur la performance des divisions blindées américaines : effectivement elles manquent d'expérience, pour la plupart, au printemps 1944, mais l'opération Cobra donne les premières possibilités de manoeuvre et certaines divisions font déjà preuve d'une grande souplesse au feu, comme la 4th Armored. C'est seulement à partir de ce moment que les divisions blindées américaines peuvent être réellement utilisées pour des missions d'exploitation. Steven J. Zaloga, à travers un ouvrage qu'il me reste à ficher, avait bien fait le tour de ces questions de doctrine de l'arme blindée américaine, via le suivi du char Sherman, un des principaux exécutants. Je trouve Franck Ségretain plus intéressant sur ses sujets de prédilection, les phénomène d'occupation, résistance et répression en France, que sur ce thème d'histoire militaire pure.

    - dans la chronique Ecrire l'histoire, B. Rondeau revient sur les questions de terminologie : comment désigne-t-on le 6 juin 1944, le conflit germano-soviétique ou la guerre du Pacifique. Ou quand même la dénomination d'une guerre est porteuse de sens et de subjectivité.

    - la fiche personnage de Vincent Bernard porte sur le général Guillaume, personnage il est vrai méconnu, qui a notamment mené au combat les goumiers marocains en Italie mais aussi les tirailleurs algériens, plus tard. Je me souviens de lui surtout parce qu'il a été attaché militaire à Moscou juste après la guerre et qu'il a écrit à ce moment-là un des rares livres en français consacré à l'Armée Rouge et à sa performance durant le conflit. A noter que la bibliographie indicative comprend un livre sur la campagne d'Italie d'un certain J.-C. Notin, qui avant de traiter "à la suite" les conflits actuels où est engagée à la France (plutôt sous l'angle de l'histoire officielle, quoique cela soit un peu moins vrai paraît-il pour son ouvrage sur la guerre au Mali, que je n'ai pas lu), a effectivement écrit quelques livres d'histoire.

    - le même auteur signe un article sur le s. Panzer-Abteilung 508, un des bataillons de Tigres les moins connus, mais quand même souvent déjà abordé dans la presse spécialisée, et qui a servi exclusivement en Italie. Le contenu est classique, c'est un historique d'unité. Je m'interroge toujours par contre, à titre personnel et quand je vois le tableau des "rendements" des bataillons de Tigres, sur la crédibilité à accorder aux sources allemandes, un peu comme dans le cas des victoires aériennes. Que le Tigre ait remporté de nombre de succès contre les blindés alliés, c'est indubitable. Mais quelqu'un comme Schneider, cité en bibliographie, ne se repose que sur les sources allemandes, quasiment sans les critiquer. Même Wilbeck, également cité, beaucoup plus critique sur les bataillons de Tigres, fait peut-être un peu trop confiance aux chiffres allemands. J'avais rapidement réfléchi à la question, à partir de la perspective des spécialistes russes, dans mon article sur l'as des chars Dimitri Lavrinenko.

    - le dernier article est plus original : Benoît Rondeau tente de dresser un rapide portrait de la 8th Army. Une armée symboliquement importante pour le Royaume-Uni, mais qui souffre de faiblesses tactiques, en dépit de réelles qualités, en défense, pour les raids en profondeur, etc. Elle pâtit du manque de coopération interarmes et d'une acclimatation nécessaire à la guerre du désert, comme les autres belligérants. Dans le domaine logistique en revanche, la supériorité britannique est nette, et le problème matériel pas si à l'avantage que ça de l'Allemagne. La 8th Army souffre peut-être en revanche, vu sa composition multinationale, d'un manque d'homogénéité et d'esprit corps, du moins selon l'auteur jusqu'à El Alamein. Par contre, à l'inverse de l'Afrika Korps, elle n'a jamais été considérée comme secondaire. A noter que l'auteur commente sa bibliographie, ce que j'ai également fait pour la première fois dans le magazine avec mon dossier "Peiper", lui aussi très classique (pour le sujet en tout cas). Une première que je compte rééditer si possible.

    - la fiche Uniformes porte sur un fantassin britannique de la 5th Infantry Division de la 8th Army en Sicile.

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    Bernard Lanne (disparu en 2000) est un ancien administrateur de la France d'outre-mer, ayant servi au Tchad entre 1960 et 1975. Il a été directeur de cabinet de François Tombalbaye (1960-1961) et a été le premier directeur de l'ENA tchadienne (1963-1974). Sa carrière s'achève à la Documentation Française, où il devient rédacteur en chef de la revue Afrique Contemporaine. Il a beaucoup écrit ensuite sur l'histoire politique du Tchad au XXème siècle, dont il est devenu un des spécialistes.

    Dans ce livre de plus de 300 pages, Bernard Lanne s'intéresse à la période s'étalant de 1945 à 1958, moment où le Tchad passe du régime colonial à une très large autonomie interne, préfigurant l'indépendance. L'auteur a bénéficié du concours de Gabriel Lisette, personnage politique important de l'époque. 

    Le Tchad, qui fait partie de l'AEF depuis sa création, a souvent changé de statut. Il ne devient vraiment une colonie, dirigée par un gouverneur qui n'est pas un militaire, qu'en 1938... Le Tchad est divisé en 10 circonscriptions administratives, elles-mêmes réparties en subdivisions. Le gouverneur, qui dispose de peu de moyens, gouverne grâce aux chefs de cantons et de villages : les chefs traditionnels dans le nord musulman, ou ceux créés par le colonisateur dans le sud où il n'y en avait pas, historiquement. Les communications et les transports sont difficiles. C'est la Seconde Guerre mondiale, où le Tchad joue un rôle important pour la France Libre, qui ouvre le pays sur l'extérieur et de même sur le plan politique. Les libertés fondamentales, qui n'existaient pas ou de manière réduite, sont accordées ; les prestations dues par les indigènes, parfois de véritables corvées, sont abolies.



    Il existait aussi deux justices, une française et une indigène, système aboli par une réforme de 1946-1947 qui ne conserve que la première. La participation des indigènes à l'administration est réduite. Sur le plan politique, il faut attendre 1937-1939 pour avoir une représentation des indigènes à travers un double collège, en plus des conseils. C'est avec la guerre qu'est créée la catégorie des "notables évolués" qui obtiennent le droit de vote (catégorie dont fait déjà partie François Tombalbaye).

    Le Tchad, avec un suffrage restreint, adopte, appuie la formation de l'Assemblée constituante. Le corps électoral s'élargit progressivement et le Tchad rejoint l'Union Française. Si le poste de gouverneur de l'AEF est instable après la guerre, le premier titulaire du poste de gouverneur du Tchad, Rogué, reste en fonction jusqu'en 1949.

    C'est en novembre 1946 qu'est élu un personnage politique amené à jouer un rôle important dans ces années du Tchad : Gabriel Lisette, fonctionnaire guadeloupéen arrivé au Tchad et qui se rattache d'abord aux compagnons de route du communisme, ce qui ne signifie pas d'ailleurs qu'il milite pour l'indépendance et la révolution.

    Des incidents ont cependant lieu à Fort-Archambault où des partisans de Lisette tiennent un discours antifrançais, puis à Fort-Lamy où des Saras s'affrontent aux musulmans. Au même moment les institutions sont réformées avec la création d'un conseil représentatif. On voit alors émerger les premier partis politiques : le PPT, créé autour de Lisette en décembre 1946, qui suit le programme du RDA de Bamako ; l'UDT, loyaliste, autour de chefs de cantons et de certains chefs musulmans. Il y a encore des affrontements à Fort-Archambault et Fort-Lamy en 1947. C'est à ce moment-là qu'Abba Siddick, un médecin qui oeuvre dans l'est du Tchad, est accusé de complot antifrançais au moment du Ramadan, dans une véritable psychose française du soulèvement indigène. Les élections de 1948 montrent un déclin relatif du PPT mais celui-ci reste bien structuré. Les syndicats se développent, tout comme la presse.

    Le PPT tient son congrès en 1950, malgré les barrières mises en place par le pouvoir français. Jusqu'alors influent auprès des fonctionnaires urbains, le parti étend son emprise sur les paysans aisés qui cultivent le coton. François Tombalbaye est l'un de ses meilleurs atouts, notamment au Moyen-Chari. Une véritable révolte contre les chefs abusifs éclatent dans le Logone, au sud, en 1950, qui montre la lassitude de la population, l'implantation du PPT et aussi les angoisses de l'administration française. C'est également en 1950 qu'apparaît le PSIT d'Ahmed Koulamallah, qui se place entre le PPT et l'UDT. 

    Alors que le RDA rallie l'UDSR et se désapparente des communistes, le gouverneur De Mauduit, qui veut fêter le cinquantenaire de la bataille de Kousseri, est désavoué par Mitterrand, devenu ministre de l'Outre-Mer. La révision des listes électorales est très inégale selon les circonscriptions. L'UDT remporte les élections de 1951, le PPT se maintient bien au Moyen-Chari. Les partis battus fondent le Front de Défense des Droits Civiques du Tchad. L'UDT gagne cependant les élections locales de mars 1952, mais Lisette fait figure de chef de parti, alors que l'UDT n'en a pas.

    Mais des troubles ont encore lieu dans le district de Moundou, dans le Logone. A Bébalem, les tirailleurs tirent sur la foule et tuent 24 personnes. Le chef local faisait l'unanimité contre lui. Les manifestants n'étaient cependant pas menaçants et la répression a été disproportionnée, le tout dans une période de vide de l'administration qui a favorisé les abus des chefs. La culture imposée du coton provoquait le mécontentement, le PPT était bien implanté, de même que le protestantisme.

    Les années 1953-1956 sont marquées par un calme relatif. L'UDT, mal en point, est remplacée par l'AST créée en 1954. L'UDIT, fondée elle aussi en 1954, cherche à se placer entre l'AST et le PPT. De nouvelles collectivités territoriales sont formées, les chefferies et redevances coutumières revues. Les cantons du Logone sont morcellés. Une loi municipale donne de nouveaux postes aux Tchadiens. L'enseignement progresse, de même que la production de coton. Le PPT sort haut la main en tête des élections de 1956, où on vote surtout dans le sud du pays, moins dans le nord. Les lieutenants de Lisette provoquent encore des incidents dans le Logone cette année-là. Le parti remporte aussi les élections municipales à Fort-Lamy. Le socialisme tchadien, déchiré, donne naissance au Mouvement Socialiste Africain de Koulamallah (1957). Les élections suite à l'adoption de la loi-cadre de 1956 donne la victoire au PPT mais celui-ci ne peut gouverner sans ses alliés des autres partis.

    La loi-cadre crée un conseil de gouvernement mais ne tranche pas entre l'autonomie interne et la décentralisation. Si la loi-cadre s'installe facilement, des incidents éclatent encore à Moundou (cette fois entre un couple d'Européens et des Tchadiens) et à Karmé entre nomades et sédentaires en 1957.

    L'arrivée au pouvoir du général De Gaulle, en 1958, accélère les tensions entre les formations politiques tchadiennes. De Gaulle vient au Tchad en août. Le Tchad vote oui au référendum de septembre 1958, qui maintient donc la présence française. La République du Tchad est officiellement constituée le 28 novembre suivant. Elle conserve encore des liens institutionnels très forts avec la France.

    En conclusion, Bernard Lanne souligne qu'en 1945, le Tchad était sans aucun doute le territoire le plus en retard de l'AEF. Le système colonial est profondément modifié par les réformes de 1946-47. Les intentions françaises sont bousculées par le PPT, qui veut un changement plus rapide, et la population aussi, comme elle le fait savoir notamment en 1951-1952. A ce moment-là, la constitution de 1946 avait plutôt opté pour l'assimilation, qui exigeait du temps. La loi-cadre de 1956, elle, ouvre vers l'indépendance, qui en aurait demandé également : le Tchad devient pourtant indépendant dès le 11 août 1960.



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