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    Reporter au service Afrique de RFI, David Thomson a publié il y a bientôt six mois cet ouvrage sur les jihadistes français, qui m'intéresse d'autant plus que j'ai moi-même travaillé sur le phénomène des jihadistes français en Syrie. Comme il l'explique dans l'introduction, son livre se base sur des témoignages de jihadistes français, qu'il a pu approcher pendant son service en Tunisie et en Libye entre 2011 et 2013. Il n'a donc pas travaillé avec les autorités françaises ou les services de renseignement, ce qui offre un aperçu relativement neuf, même si l'on peut suivre certains djihadistes français via les réseaux sociaux -Facebook en particulier. Les 18 témoignages fournissent un échantillon représentatif de ce contingent français parti en Syrie : 9 convertis, 9 de culture musulmane, la moitié avec un passé de délinquant, une tranche d'âge de 17 à 28 ans, un engagement majoritaire au sein du front al-Nosra et de l'EIIL, devenu Etat Islamique le 28 juin dernier et surtout un point commun, Internet et les réseaux sociaux.


    Yassine, prothésiste dentaire à Paris, forme le projet de partir faire le djihad après avoir reçu la nouvelle de la mort de deux amis partis en Afghanistan, en 2011. Il n'a jamais songé à attaquer la France mais plutôt à partir se battre sur le champ de bataille. La Syrie se révèle bien plus facile d'accès que le Mali et AQMI auxquels il avait d'abord songé. Yassine, fasciné par la dimension eschatologique liée au pays de Sham dans le Coran, abandonne sa femme qui ne peut l'accompagner, en épouse une autre qui doit elle se marier avant de partir en Syrie. Il finance son expédition avec 10 000 euros de sa poche, des mandats venus de personnes qui soutiennent le djihad financièrement à travers toute l'Europe, mais aussi en escroquant les boîtes de crédit Sofinco et Cofidis. La pratique est montrée aux autres apprentis djihadistes via des vidéos faites ensuite. Yassine franchit la frontière, via la Turquie, en juillet 2013, puis gagne Alep. Il avait pourtant été interrogé par la DCRI quelques mois avant son départ.



    Souleymane et Clémence, de milieu plus modeste, sont gagnés à l'idée du djihad après avoir vu des vidéos de femmes et d'adolescents français partis en Syrie. Souleymane s'est converti après un questionnement personnel et via Internet, où il a rencontré sa femme, une convertie épousée en secret. Ils emmènent leur enfant de 3 ans, et gagnent la Turquie en voiture (!). Clémence vise d'ailleurs à fournir un "guide du djihad" pour ceux qui voudraient suivre le même chemin. C'est ainsi qu'ils rejoignent Alep, où selon un autre djihadiste français, il y aurait pas moins de 500 personnes d'origine française (familles comprises) à l'été 2013. Souleymane rejoint l'EIIL.

    Sirine, 25 ans, est issue d'une famille tunisienne adepte de l'idéologie de Bourguiba. Envoyée dans une école catholique, elle rejette cet héritage et se tourne vers le groupe Forsane Alizza, dissous en 2012. Elle prolonge son engagement sur Internet, discute avec des groupes armés dont Suqur al-Sham (les Faucons du Sham), aujourd'hui membre du Front Islamique, où a officié un Franco-Syrien, Ayachi, qui déconseillait pourtant aux Français de venir faire le djihad (il a été tué en juin 2013). Sirine aspire à rejoindre le front al-Nosra ou l'EIIL en Syrie.

    La conversion à un islam radical se fait maintenant presque systématiquement via Internet, selon D. Thomson. Clémence, issue d'un milieu rural, achète un jour le Coran et fait ensuite des recherches sur Internet, à 17 ans. C'est ainsi qu'elle rencontre des jeunes femmes qui lui donnent des vêtements auxquels elle n'a pas accès, puis son mari Souleymane, malgré l'hostilité évidente de sa famille. Loin des cellules, réseaux islamistes et recruteurs de mosquée, le djihad en Syrie se fait avant tout via Internet et les réseaux sociaux, Facebook en particulier pour les Français.

    Abu Nai'im, 23 ans, ancien dealer de banlieue, est recruteur pour l'EIIL en Syrie. Il est arrivé au printemps 2013, alors que les combats faisaient rage dans la ville d'Alep. Aujourd'hui, un an plus tard, la situation est plus stable. Il recrute via les réseaux sociaux quasiment à plein temps. Ceux-ci supplantent les anciens forums comme Ansar al-Haqq trop surveillés. Une des premières pages Facebook pro-djihad, Wake Up Oumma, comptait parmi ses membres J.-L. Sydney, le maître d'oeuvre de la cellule Cannes-Torcy, tué les armes à la main par le Raid en septembre 2012. Abou Selyan, le fondateur de cette page, a la révélation en trouvant sur Internet les prêches d'Omar Omsen (Diaby de son vrai nom), le chef spirituel de la brigade française d'al-Nosra. Ils prévoient de se rencontrer à Nice avec d'autres camarades en décembre 2011, mais sont tous arrêtés par les services français, avant d'être relâchés.

    L'exemple inspire d'autres pages comme celle de Guillaume, un converti d'origine albanaise élevé dans le catholicisme, Al-Mûminin. Il se convertit via les vidéos de Ben Laden et d'Omar Omsen. Plus tard, au printemps 2013, des Français voulant contourner Facebook qu'ils jugent impie lancent leur propre version de l'application, cette fois halal, Ansar Ghuraba. Ils évitent soigneusement de trop gloser sur des attentats sur le sol français, une véritable ligne rouge pour les autorités : ils ont plusieurs fois mis le hola. Les services de renseignement se servent d'ailleurs beaucoup d'Internet pour accumuler des preuves. Il est impossible de verrouiller complètement les sites : le forum Ansar al-Haqq, l'un des principaux de webosphère djihadiste francophone,a fait l'objet de mesures de rétorsion, un de ses administrateurs a été arrêté en septembre 2013, mais il est toujours actif.

    Mickaël, alias Abou Rayan, est un vétéran du djihad. Converti en 1993 après avoir le film Malcolm X, il commence à se radicaliser, puis subit une "seconde conversion" après le 11 septembre en accédant à l'idéologie d'al-Qaïda. Le Wallon ne fréquente alors plus les mosquées ni les groupes mais Internet, ses forums. Facebook, Youtube et autres plate-formes forment une nouvelle génération de djihadistes dès le début de la décennie 2010. AQPA inonde le web de vidéos avec Anwar al-Awlaki, un Yéménite qui a vécu aux Etats-Unis, qui aurait inspiré via ses textes la tuerie de Fort Hood au Texas en novembre 2009. Les Français ont encore peu  accès aux textes des autres penseurs comme Abou Musab al-Suri, plutôt traduits en anglais.

    Des figures du djihad servent de modèle. Ben Laden, bien sûr, qui fascine Abou Tasnim, jeune djihadiste de 20 ans. Mais aussi Abdullah Azzam, qui accueillait les combattants étrangers en Afghanistan contre les Soviétiques, ou Zarqawi, chef d'al-Qaïda en Irak. L'EIIL met en avant Abou Wahib, qui exécute des chauffeurs routiers chiites en Irak. D'autres vidéos montrent les actions destinées à convertir la population. Les textes d'Abou Mohammed al-Maqissi, le mentor de Zarqawi, sont abondamment diffusés. Une fois assimilée cette littérature, certains candidats n'ont besoin que de quelques vidéos pour partir faire le djihad : Abou Daoud, 18 ans, ancien délinquant, regarde celle d'un combattant racontant la bataille de Falloujah en 2004 ; Cédric, un converti, celle du bras droit de M. Belmolktar.

    En septembre 2012, quand l'ambassade américaine de Tunis est mise à sac par les islamistes radicaux, on trouve dans la foule plusieurs Français, comme Wilson, converti de 24 ans d'origine antillaise, et Abou Musab, franco-tunisien de 23 ans. Ils sont même déçus que Ansar al-Charia ait arrêté les frais pour éviter de trop dures représailles. Abou Iyadh, le chef du mouvement, vétéran du djihad, profite de la chute de Ben Ali en 2011 pour lancer son groupe, qui investit les mosquées, puis passe à l'action armée. La Tunisie attire alors de plus en plus de convertis français, comme Wilson. Il faut dire aussi que les Tunisiens sont parmi les plus nombreux parmi les combattants étrangers en Syrie, dès 2012. La Tunisie peut donc servir d'étape avant la Syrie. Le djihad donne même lieu sur place à un trafic de fausses recommandations (!). Pour ceux qui choissisent de rester en Tunisie, l'acceptation par les locaux est difficile comme le dit Abou Musab ; certains sont même déçus par les concessions qu'Ennahda, le parti au pouvoir, est obligé de faire, comme Abou Rayan. En 2013, les autorités tunisiennes commencent à resserrer l'étau autour des Français, d'autant que certains binationaux participent aux actions armées d'Ansar al-Charia.

    Les combattants français, en Syrie, se regroupent souvent. Une brigade française existe au sein de l'EIIL (D. Thomson parle de l'été 2012 mais à ce moment-là l'EIIL ne s'est pas encore déclaré, il ne naît qu'en avril 2013 comme il l'explique ensuite d'ailleurs), et pour le front al-Nosra depuis décembre 2013. Une cinquantaine de francophones dans chacune des brigades. Les deux formations sont hostiles l'une par rapport à l'autre et les Français naviguent souvent entre les deux. A son arrivée, Abou Tasnim est démarché par la brigade de l'EIIL. Souleymane veut rejoindre l'EIIL mais intègre finalement al-Nosra. Abou Nai'im fait le chemin inverse sous prétexte qu'al-Nosra se sert des combattants étrangers comme chair à canon. Omar Omsen, qui arrive en Syrie à l'automne 2013, devient le chef spirituel de la brigade française d'al-Nosra : d'après lui, dans ce mouvement, les combattants montent au front et visent d'abord la chute du régime avant l'application de leur conception de l'islam, contrairement à un EIIL beaucoup trop brutal. C'est cette brigade française d'al-Nosra que voulaient rejoindre les deux adolescents toulousains de 15 ans dont le départ a suscité l'émotion en janvier 2014.

    Abou Tasnim, un converti d'origine haïtienne issu d'une famille évangélique, n'est guère discret dans son comportement en public ou sur les réseaux sociaux. Avec Abou Ayoub, 17 ans, il part pour la Syrie. Ils ne sont pas inquiétés lors du passage à l'aéroport : comme de nombreux autres djihadistes, ils sont convaincus qu'on les laisse partir. Abou Tasnim se sert de son smartphone pour indiquer le moment où il franchit la frontière. Il subit un entraînement militaire avec al-Nosra mais ronge son frein dans l'attente d'être engagé au feu. Début 2014, il estime qu'il y a 400 à 500 combattants français en Syrie, sans compter les familles. Pour autant, commettre des attentats en France ne fait pas l'unanimité. Souleymane et Clémence, à Alep, sont plus préoccupés par les soucis quotidiens de la vie en Syrie. Yassine, devenu un vrai combattant professionnel, rêve surtout de mourir au combat. Omar Omsen est opposé aux attentats, mais c'est éluder, comme le rappelle l'auteur, le problème posé par le reclassement de ces combattants une fois la guerre terminée. Il souligne l'exemple du gang de Roubaix, formé de vétérans de la Bosnie, qui avait opéré en 1996. Abou Nai'im, au contraire, serait prêt à commettre des attaques sur le sol français, surtout à des fins de recrutement. Le risque d'attentats existe bel et bien.

    Le travail de D. Thomson est précieux, parce qu'il va piocher l'information à la source, les principaux concernés, les Français qui partent faire le djhad en Syrie. Contrairement à mon travail de compilation sur les djihadistes français, qui repose sur la presse, les déclarations officielles et autres informations en "open source", on a ici le témoignage direct des acteurs. Et quand bien même on pourrait parfois reprocher une contextualisation un peu trop rapide, il n'en demeure pas moins que le livre démonte toute une série de clichés trop souvent véhiculés. Par exemple, les convertis ne sont pas tous des Blancs "de souche" : on trouve de nombreux Français des territoires d'outre-mer. En outre, comme je l'avais constaté dans mon propre travail, le djihad en Syrie est aussi matrimonial : la part des combattants est compensée par celle des familles, mères et enfants. Sur les raisons du départ, D. Thomson fait la part belle au thème eschatologique lié au pays de Sham ; il parle moins du "djihad défensif", la défense des sunnites face aux exactions commises par le régime, qui revient pourtant souvent comme motif de départ. Que dire de la place d'Internet et des réseaux sociaux dans les conversions ? Indubitablement, on ne peut nier l'avènement de nouveaux modes de recrutement et de propagande via ces outils. Cependant, ces conversions font partie d'un tout : ainsi la position de la France, favorable à l'insurrection, et la bienveillance des autorités quant aux départs expliquent sans doute aussi le nombre du contingent, sans précédent. David Thomson aurait peut-être gagné à équilibrer la présentation des différents facteurs. Pour autant, l'auteur montre bien le décalage entre la Syrie et son djihad vus depuis la France et la réalité trouvée sur le terrain. Certains s'y accomplissent, d'autres beaucoup moins. Certains regrettent d'avoir emmené leur famille car les conditions de vie sont trop rudes. Au final, on gagnera beaucoup à parcourir le livre de D. Thomson : pour l'avoir lu deux fois, je l'ai dévoré à chaque lecture et les exemples concrets m'incitent à poursuivre toujours plus profondément mon travail sur les djihadistes français en Syrie. Le journaliste a le mérite de rendre beaucoup d'humanité à un sujet qui en est malheureusement trop souvent privé.




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    Octobre 667. Soeur Fidelma, qui a mis au monde son fils Alchu, dont le père est son inséparable compagnon le moine saxon Eadulf, s'ennuie dans le château de Cashel, où règne Colgu, son frère et souverain. Quand un chef de clan, Becc, vient demander l'aide du roi pour résoudre une série de meurtres commis sur des jeunes filles à la pleine lune, Fidelma ne peut résister. Malgré les grognements d'Eadulf, elle repart exercer son art d'avocate et enquêtrice...


    12ème aventure de soeur Fidelma, Les mystères de la lune voient le retour du couple d'enquêteurs à Cashel, en Irlande, et la naissance de leur fils Alchu, qui va permettre d'introduire un certain nombre de thèmes supplémentaires, que l'on sent dès ce premier tome. L'auteur insiste en particulier sur le questionnement maternel de Fidelma. Avec parfois un peu de lourdeur, il faut bien le dire.

    Au niveau du scénario, l'originalité tient à la présence d'Axioumitres, ancêtres des Ethiopiens, échoués par hasard sur le côtes irlandaises. Dommage d'ailleurs que l'auteur n'y consacre pas quelques pages dans son habituelle introduction historique. Pour le reste, on retrouve des thèmes assez classiques et les intrigues entremêlées sont finalement, encore une fois ,assez prévisibles, d'autant que Tremayne fournit encore une fois un peu trop d'indices avant le dénouement final, un problème qui revient fréquemment. A noter également l'apparition de Conri, seigneur de guerre des Ui Fidgente, le clan rebelle de Cashel, que l'on retrouvera plusieurs fois par la suite.


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    1942, Carélie. Un hameau, au bord d'un lac, accueille une batterie antiaérienne. Les soldats en garnison sont tellement bien reçus par les habitantes du cru, dont les hommes sont au front, qu'un officier en inspection les fait tous partir sauf leur commandant, le sergent Vaskov (Andrei Martynov), qui se voit affecter en remplacement deux pelotons féminins de la défense antiaérienne. Vaskov se retrouve donc le seul homme au milieu d'un village peuplée de femmes, civiles ou soldates... un jour, l'une des soldates aperçoit deux parachutistes allemands dans la forêt, non loin du village. Vaskov pense qu'ils peuvent être là pour saboter la voie ferrée importante qui passe non loin. Prenant 5 soldats, il s'enfonce dans les marais pour tendre une embuscade aux parachutistes. Mais les Soviétiques sont pris au piège lorsqu'ils découvrent avec horreur que les Fallschirmjäger ne sont pas 2, mais 16...


    Ici les aubes sont calmes est inspiré d'un roman de Boris Vasilyev. En 1972, il avait remporté un prix au Festival de Venise et avait même été nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger. Oublié aujourd'hui, comme nombre de films soviétiques sur la Grande Guerre Patriotique, il se divise en deux parties d'1h20 chacune, quasiment des films à part entière. Dans la première, les personnages sont mis en place, en particulier les 5 femmes qui accompagneront Vaskov ; longue, voire pénible parfois, elle cède la place à une seconde partie beaucoup plus rythmée avec la traque des parachutistes allemands qui se transforme en fuite éperdue pour la survie.

    Essentiellement tourné en noir et blanc, le film passe à la couleur pour les scènes de flash-back des 5 femmes concernées par l'expédition avec Vaskov, à propos de leur passé, qui n'apportent d'ailleurs pas grand chose au récit. En revanche, dès que commence la poursuite des parachutistes allemands, le film gagne en qualité, avec ce jeu de cache-cache mortel entre des femmes-soldats et leur chef vétéran de la guerre contre la Finlande et les parachutistes allemands en surnombre.

    Source : http://s3.amazonaws.com/auteurs_production/images/film/the-dawns-here-are-quiet/w448/the-dawns-here-are-quiet.jpg?1289446837


    Source : http://www.rowthree.com/wp-content/uploads/2011/02/Dawns-6.jpg

      Le film est intéressant à plus d'un titre, notamment à cause de la dimension anti-héroïque assez évidente (Vaskov n'a rien du héros traditionnel des films de la Grande Guerre Patriotique mais son humanité le rend par contrecoup encore plus attachant) et qui pousse même jusqu'à dénoncer l'absurdité de la guerre, avec ses femmes-soldats dont l'URSS a été quasiment la seule, pendant la Seconde Guerre mondiale, à faire pour ainsi dire une grande consommation, y compris dans les rôles combattants. C'est aussi évoquer des pans oubliés de la Grande Guerre Patriotique : le front de Carélie (même si ici, c'est l'arrière), la contribution féminine à l'Armée Rouge, etc. Les amateurs de militaria remarqueront que l'affût quadruple antiaérien avec lequel les soldats abattent un Fw 189 est en fait muni de mitrailleuses KPV de 14,5 mm, entrées en service après la guerre. A regarder à l'occasion.


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    Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec Mathieu Morant, spécialiste de l'armement et du matériel des insurgés syriens, entre autres (il s'intéresse aussi au régime, au Liban et aux guerres israëlo-arabes).

    En septembre 2013, peu de temps après les attaques chimiques du mois d'août, je publiais mon premier article consacré au conflit syrien1. Mon travail, dès le départ, a surtout été celui d'une compilation et d'une traduction, en français, des nombreux articles étrangers (en particulier en anglais) traitant des différents aspects militaires du conflit. Au fil des mois, l'insuffisance de la démarche m'est nettement apparue : la compilation et la traduction, quand bien même ont-elles leur utilité, ne sont pas satisfaisantes pour se prévaloir d'un authentique travail de fond sur le conflit syrien. C'est pourquoi je me suis tourné progressivement vers les sources directes (documents produits par les acteurs en présence, vidéos, photos, textes, etc), sans passer, forcément et systématiquement, par les intermédiaires que sont les spécialistes, même étrangers. Mon article récent sur la milice pro-régime Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 est l'illustration de l'évolution de mon travail personnel sur le conflit syrien. Aujourd'hui, avec l'aide de M. Morant, je continue sur cette lancée en proposant une analyse inédite ou presque, en français, sur la guerre en Syrie : un exemple choisi d'assauts rebelles sur des objectifs limités, au niveau sub-tactique, donc, présenté, expliqué, et remis dans le contexte plus large des opérations dans la province concernée et de l'évolution de l'insurrection depuis 2011. Un travail original à quatre mains qui, je l'espère, convaincra certains que je ne me limite plus forcément à de la compilation et de la traduction en français.




    L'insurrection progresse dans la province d'Idlib (avril-juin 2014)


    Le conflit syrien a pris un nouveau tour depuis le mois de juin dernier, en raison de la percée spectaculaire de l'EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant), devenu l'Etat Islamique (EI) le 28 juin, dans le nord de l'Irak, avec la prise de Mossoul (10 juin). Le régime syrien, quant à lui, avait lancé une contre-offensive limitée dans le sud du pays, dans la province de Deraa, et maintenait également la pression sur Alep, réalisant la jonction avec la garnison assiégée de la prison centrale (22 mai), puis mettant la main sur le district industriel de Sheikh Najjar, au nord-est de la ville (5 juillet). Cependant, la province d'Idlib, noyau historique de l'insurrection armée3, s'est retrouvée, de ce fait, assez dégarnie, et a été assez logiquement ciblée par les rebelles depuis le début de l'année 2014, ceux-ci y étant présents en force et de longue date4.

    L'objectif des rebelles, en particulier, est de contrôler les deux autoroutes clés qui permettraient au régime de mener plus efficacement, par voie terrestre, la reconquête d'Alep. L'autoroute M5 suite un axe nord-sud de Damas à Alep ; à Saraqib, une autre autoroute, la M4, s'embranche vers l'ouest à travers la province d'Idlib pour rejoindre la province de Lattaquié et la ville du même nom, sur la côte. Sur l'autoroute M5 se trouve en particulier la ville de Maarat al-Numan, près de laquelle se tiennent deux des bases militaires encore tenues par le régime dans la province d'Idlib : Wadi Deif à l'est de la localité et Hamadiyah au sud.


    Source : Institute Study of War.



    La première cible des rebelles syriens est Khan Sheykhoun, une cité qui se trouve au sud de la province d'Idlib et près de la frontière avec le nord de la province de Hama. Le régime les a chassés de la place à l'été 2012. Prendre la ville permettrait en effet aux rebelles de contrôler une plus importante portion de l'autoroute M5 et de préparer l'attaque éventuelle des deux bases militaires plus au nord, autour de Maarat-al-Numan. L'attaque sur Khan Sheykhoun, qui commence au printemps, implique notamment le groupe Suqour al-Sham5, membre du Front Islamique, les légions al-Sham6, liées aux Frères Musulmans syriens, le front al-Nosra7, et d'autres formations affiliées au label « Armée Syrienne Libre ». Le 15 avril, les rebelles annoncent avoir pris 3 checkpoints -sur les 21 checkpoints ou installations du régime autour de Khan Sheykhoun- au sud-ouest de la ville.


    Source : Institute Study of War.
     

    Dès le 5 mai, la guerre des mines commence par l'explosion souterraine du checkpoint de Al Sahaba, dans la périphérie est de la ville de Maarat al-Numan, et qui considérée comme la porte d'entrée ouest de la base de Wadi Deif, d'après M. Morant. L'opération est conduite par le Front Islamique, les légions al-Sham et une brigade locale de Maarat al-Numan8. Selon Mathieu Morant, après l'explosion, et une fois la position conquise, le travail de fourmis se poursuit, mais cette fois dans le but de récupérer munitions et armements. L'opération se termine par le retrait des rebelles des ruines du checkpoint d'Al Sahaba le 23 juin. Un ZSU-23/4, un T-72AV, et un BMP-1 seront extraits des ruines : hors d'usage, mais source non négligeable en munitions et pièces détachées. Le 14 mai, dix jours avant l'assaut final sur Khan Sheykhoun, Suqour al-Sham et les légions de Sham conduisent une explosion souterraine contre la base militaire de Wadi Deif, à l'est de Maarat-al-Numan, sur la « barrière » Tel Sawwadi, au nord-est de la base. Cette tactique de creuser des tunnels longue distance a été couramment employée à travers le pays pour faire sauter des cibles du régime difficiles à atteindre par ailleurs, comme à Alep, mais également à travers tout le pays. Ici le tunnel, long de 850 mètres, se termine sous la barrière visée. Les rebelles revendiquent d'avoir placé à son extrémité pas moins de 60 tonnes d'explosifs artisanaux. L'explosion détruit complètement l'objectif et les insurgés revendiquent la mort d'une centaine d'hommes du régime. Une semaine plus tard, le 23 mai, les légions de Sham annoncent un assaut sur Hesh, une localité entre Khan Sheykhoun et Maarat-al-Numan tenue par le régime, bientôt rejointes par le Front Islamique9, le Front des Révolutionnaires Syriens et d'autres groupes rebelles.

    Le 25 mai, une opération combinée entre le front al-Nosra et des groupes liés à l'ASL, notamment Harakat Hazm10 (qui a reçu des missiles TOW américains11) et le Front des Révolutionnaires Syriens12, s'attaque à la base militaire de Kazhanat. Les rebelles approchent par le nord et l'est et flanquent la position à l'ouest. Le front al-Nosra lance, avant l'assaut principal, deux véhicules kamikazes sur le périmètre. La place tombe dans la soirée et le lendemain, le checkpoint de Salam, dernière position du régime autour de Khan Sheykhoun, est pris. Le 26 mai 2014, Khan Sheykhoun est donc totalement aux mains de l'opposition.




    Source : Institute Study of War.


    Ce même 25 main, Suqour al-Sham et al-Nosra lancent une attaque conjointe contre les collines au sud de la ville d'Ariha, sur l'autoroute M4, contre deux installations militaires positionnées sur les hauteurs qui contrôlent l'accès au sud de la ville. Cet assaut exploite l'explosion de 4 véhicules kamikazes, dont celle d'un Américain originaire de Floride, auquel le front al-Nosra fait d'ailleurs une large publicité13. Il s'agit de l'attaque kamikaze simultanée parmi les plus coordonnées, jusqu'ici, de l'année 2014. L'infiltration d'Ariha, qui se situe sur l'autoroute M4, permet aux rebelles d'empêcher le régime d'approvisionner ou de renforcer ses forces dans les villes d'Idlib ou Alep. La présence du front al-Nosra dans les deux opérations, à Khan Sheykhoun et Ariha, suggère d'ailleurs une planification véritable côté rebelle, avec deux opérations simultanées. Parallèlement, le 3 juin 2014, al-Nosra, Suqour al-Sham et les légions de Sham créent une structure commune pour s'attaquer à Jisr al-Shughour, plus à l'ouest, une localité tenue par le régime sur l'autoroute M4, plus proche de la frontière avec la province de Lattaquié. Mais l'effort est cette fois mal coordonné, d'autant que les groupes affiliés ASL ne s'associent pas à l'entreprise et opèrent indépendamment, probablement pour ne pas collaborer avec al-Nosra. D'autant que la reprise de Kessab, tombée aux mains des rebelles en mars14, par le régime, met brutalement fin aux tentatives rebelles dans ce secteur.


    A l'assaut de la base militaire d'Hamadiyah (30 juin-16 juillet 2014)


    Fin juin-début juillet, les rebelles finissent par se concentrer sur la base militaire d'Hamadiyah, au sud-ouest de Maarat-al-Numan. La base est située le long de l'autoroute M5, et interdit l'accès à la ville depuis Khan Sheykhoun, plus au sud. Autour de la base, à l'ouest, se trouvent 4 checkpoints : Hanajak, Tafar, Dahman, and al-Midajin, qui forment un arc de cercle protégeant Hamadiyah de l'ouest au nord.


    Carte :  Stéphane Mantoux.




    Liste des groupes/coalitions rebelles impliqués lors des assauts contre les 3 checkpointsà l'ouest-nord-ouest de la base militaire de Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014.


    Nom du groupe/de la coalition etc
    Remarques

    Front des Révolutionnaires Syriens


    Fournit la brigade al-Ansar. Présent dans l'attaque sur les 3 checkpoints, avec un rôle majeur à Hanajak.


    Front de Libération Syrien (créé en janvier 2014 par le regroupement de 70 groupes différents ; proche de l'ASL)15


    Fournit la brigade Liwa Ahrar du 15 Mars de Kafrouma. Surtout présent dans les assauts de Taraf et al-Dahman.

    Suqur-al-Jabal




    Dispose probablement de missiles TOW ; aurait touché avec un T-55M capturé à al-Dahman. Présent à Taraf et al-Dahman.

    Brigade des deux cheikhs Abou Bakr et d'Omar


    Présente seulement pour l'assaut sur Taraf. Groupe formé le 17 décembre 2013 à Maarat-al-Numan (province d'Idlib), plutôt proche de l'ASL, combat dans la province de Lattaquié en avril 2014 mais opère surtout dans celle d'Idlib16.


    13ème division de l'ASL

    Intervient à Taraf avec ses missiles TOW ; détruit 2 chars du régime.


    Légions al-Sham (Faylaq-al-Sham)




    Fournit surtout un appui-feu : char T-54 à al-Dahman, pick-ups armés de canons ou de mitrailleuses lourdes...

    Front Islamique


    Fournit au moins 2 chars, des T-72 dont 1 AV, pour les assauts.

    Front al-Nosra
    Intervient à Taraf et al-Dahman mais surtout pour pilonner les deux checkpointsà distance, pas pour les assauts visiblement.



    Sous l'effet de l'explosion souterraine du checkpoint d'Al Sahaba, le 5 mai 2014, ce T-72AV s'est retourné. A demi-enterré, il sera récupéré par les rebelles syriens durant les travaux de déblaiement qui suivront la prise de la position. (Source photo : Jabal Alzaweya Today)-Mathieu Morant.

    Juché sur un porte-char, ce ZSU-23-4 Shilka vient d'être extrait des ruines d'Al Sahaba. Si l'engin est probablement hors service, l'armement de bord, composés de 4 canons 2A7 de 23 mm, et ses munitions en fond une prise de choix. (Source photo : Al Mārra Today‎)-Mathieu Morant.


    Le 14 mai 2014, c'est au tour de la "barrière" de Tel Sawwadi, situé au nord-est de la base de Wadi Deif d'être soufflée par une puissante explosion. (Source photo : S.R.G.C Idlib)-Mathieu Morant.

    Vue comparative de la position de Tel Sawwadi, en haut, avant l'explosion, en bas, après l'attaque. (Source photo : S.R.G.C Idlib)-Mathieu Morant.


    Une vue de la position d'Al Sahaba, prise après l'explosion qui l'a complètement détruite. (Source photo : Lens Young Horany)-Mathieu Morant.

     

    • Le checkpoint d'Hanajak


    Les rebelles syriens attaquent manifestement, en premier, le checkpoint d'Hanajak, le plus au sud de l'arc de cercle ouest/nord formé par les 4 sites listés précédemment. Le choix est logique puisque c'est celui qui est le plus exposé, ne pouvant bénéficier de l'aide immédiate des autres. L'assaut contre Hanajak a lieu probablement le 1er juillet, après une préparation remontant à la veille. C'est la partie nord/nord-est du checkpoint qui semble visée par l'attaque. Le checkpoint est pilonné par un canon sans recul M60 yougoslave de 82 mm et mitraillé par plusieurs pickups embarquant une pièce bitube ZPU de 14,5 mm à l'arrière, ainsi que par une mitrailleuse DShK de 12,7 mm17. Un LRM RAK-12, du bataillon d'artillerie 318 du Front des Révolutionnaires Syriens, intervient également pour bombarder Hanajak18. Sous la protection de ce tir de couverture, deux chars T-6219 du Front des Révolutionnaires Syriens (qui envoient au moins un obus sur les défenses extérieures20) approchent des levées de terre qui entourent le checkpoint, ce qui permet à une vingtaine/trentaine de combattants21 (en gros l'équivalent d'une section) d'y parvenir. Un des T-62 avance ensuite pour prendre de flanc les défenseurs, suivis d'une dizaine d'hommes, tandis que d'autres fantassins pénètrent dans les premiers bâtiments. Les vidéos montrent ensuite les insurgés tirer avec leurs armes de poing (AK-47, PK, RPG-7, dont au moins 2 hommes sont équipés22) depuis les levées de terre et abords du checkpoint. Embossés derrière les levées de terre, les chars T-62 fournissent ensuite un appui-feu longue distance23. Mais les rebelles ne restent pas dans le checkpoint d'Hanajak, manifestement abandonné, peut-être en raison d'une trop grande proximité avec la base d'Hamidiyah. C'est pourquoi des vidéos montrent un second assaut, le 16 juillet. L'attaque est conduite à l'aide du T-55M n°39709824  capturé à al-Dahman et remis en service pour l'occasion, malgré les dommages subis par l'impact possible d'un missile TOW. Les fantassins qui montent à l'assaut sont accompagnés d'au moins un homme qui porte un brancard, pour secourir les blessés25. Pour l'appui, la brigade al-Ansar du Front des Révolutionnaires Syriens utilise un mortier pour pilonner le checkpoint26.



    Carte :  Stéphane Mantoux.
    Un lance-roquettes multiple RAK-12 de 128 mm du Front des Révolutionnaires Syriens (FRS) s'apprête à ouvrir le feu sur la position d'Hanajak. (Source photo : capture d'écran, Youtube)-Mathieu Morant.


    Deux combattants syriens du FRS observent les résultats des bombardements rebelles sur le Hanajak : à leurs côtés, un canon sans recul M60 de 82 mm. (Source photo : Lens Abu Dbak, Idlib)-Mathieu Morant.


    Ici photographiés sommairement abrités par des levées de terre sur la ligne de front d'Hamadiyah, ces deux T-62 du FRS ont appuyé le premier assaut sur Hanajak. (Source photo : Lens Abu Dbak, Idlib)-Mathieu Morant.


    Les 2 T-62 du Front des Révolutionnaires Syriens arrivent sur les levées de terre du checkpoint.-Capture d'écran.

    Une mitrailleuse de 12,7 mm ouvre le feu sur Hanajak.-Capture d'écran.

    Les premiers rebelles entrent dans les bâtiments.-Capture d'écran.

    Un technical armé de mitrailleuses lourdes KPV ouvre le feu sur Hanajak.-Capture d'écran.

    Un canon sans recul M60 yougoslave de 82 mm tire sur Hanajak.-Capture d'écran.

    Le RAK-12 du bataillon d'artillerie 318 du FRS ouvre le feu sur le checkpoint.-Capture d'écran.

    Un des 2 T-62 manoeuvre sur le flanc du checkpoint après que les fantassins aient rejoint les levées de terre.-Capture d'écran.

    Les rebelles tirent à la PK à l'intérieur du checkpoint depuis les levées de terre.-Capture d'écran.

    Le T-55M capturé à Al-Dahman devant Hanajak le 16 juillet. -Capture d'écran.

    Fantassins rebelles à l'assaut d'Hanajak le 16 juillet ; l'homme le plus à droite transporte un brancard.-Capture d'écran.

    Derrière le T-55M, les rebelles sont à couvert. Un des tireurs au RPG-7 transporte une roquette tandem Cobra égyptienne. -Capture d'écran.

    Même vue quelques secondes plus tard.-Capture d'écran.




    Montage du Front des Révolutionnaires Syriens montrant l'assaut sur Hanajak, le 1er juillet.



    Vidéo du Front des Révolutionnaires Syriens montrant le deuxième assaut sur Hanajak, le 16 juillet.




    • Le checkpoint de Taraf


    La deuxième cible des rebelles syriens est le checkpoint de Taraf, situé à environ 600 m au nord-ouest de celui d'Hanajak, et qui est le plus à l'ouest dans l'arc de cercle protégeant la base d'Hamadiyah. L'attaque (qui a lieu à partir du 7 juillet) est menée par un groupe nommé Liwa Suqur Jabal (et qui dispose à l'évidence de missiles TOW) et par la brigade des cheikhs Abou Bakr et Omar. Elle emploie au moins un char T-62 et un BMP-127. Le checkpoint est bombardé (notamment par des « canons de l'enfer » artisanaux) depuis l'ouest/sud-ouest, le bombardement précédant l'assaut au sol conduit par nombre de véhicules blindés (2 BMP-1, 2 T-72AV, 1 autre T-72) qui permettent, comme à Hanajak, d'ouvrir la voie aux fantassins (qui portent d'ailleurs tous ou presque un bandana orange pour éviter les tirs fratricides) jusqu'aux levées de terre entourant le checkpoint, lesquels pénètrent ensuite à l'intérieur. Lors de l'attaque, au moins un fantassin fait usage d'un RPG-22 contre le checkpoint. L'assaut se fait visiblement par l'ouest28. Durant la progression sur le checkpoint, l'un des T-72 qui précède l'infanterie expédie au moins 4 obus sur le bâtiment. La 13ème division de l'ASL, un des groupes équipés de missiles TOW américains, frappe un char T-72situé au nord de la base d'Hamadiya, sur la route menant à Taraf, à une distance d'environ 600 m, puis un T-55M29 qui lui est près du mur est du checkpoint et qui est touché à 1,5 km de distance. Comme a pu le découvrir M. Morant en examinant les cartes du terrain, le lance-missiles TOW est forcément situé au nord-est de la base militaire d'Hamadiyah, à proximité de l'autoroute M5, au sud de Maarat al-Numan. A propos de cette intervention d'un groupe armé de misiles TOW, on peut déduire que celui-ci est plus particulièrement chargé de cibler les blindés acheminés en renfort vers le checkpoint pour d'éventuelles contre-attaques ou ceux en position fixe qui peuvent gêner l'assaut. On note aussi que les rebelles évoluent assez aisément autour de la base, en dépit de la présence de checkpoints. Le Front des Révolutionnaires Syriens, qui participe également à l'assaut (avec les Brigades Ansar), fait un grand usage de RPG-7 une fois que l'infanterie a pénétré dans les levées de terre30. Une vidéo montre d'ailleurs un char du régime (T-62 probablement) qui manoeuvre autour du checkpoint lors d'une contre-attaque alors que les rebelles ont déjà pénétré à l'intérieur31. Un autre groupe rebelle, le Front de Libération Syrien, intervient aussi dans le combat. Une vidéo de ce groupe montre la concentration des blindés avant l'attaque protégée par un déploiement d'armes antiaériennes, mitrailleuse DShK de 12,7 mm montée au sol et canons antiaériens sur pickups32. Les bâtiments sont ensuite manifestement arasés pour ne pas que le régime puisse s'en resservir en cas de reprise. Un seul char T-55 semble avoir été capturé lors de la prise de la position par les insurgés (numéro 397165). La brigade Fatiheen des légions al-Sham est également présente lors de l'opération. Au total les rebelles ont engagé dans l'assaut 2 BMP-1 et au moins 5 chars33 (2 T-62, 2 T-72AV et 1 autre T-72), soit un nombre de blindés plus important que de coutume pour des opérations de cette ampleur. 2 des T-72 appartiennent au Front Islamique (on voit l'emblème de la coalition peint sur un des tubes) ce qui laisse à penser que les blindés de prise, côté rebelle, peuvent circuler de manière assez fluide localement entre les groupes travaillent parfois de concert. M. Morant confirme d'ailleurs que les chars sont souvent déplacés entre les différents secteurs par les rebelles, à l'aide de porte-chars. Après la prise du checkpoint, les insurgés enterrent au moins un de leurs morts, 2 autres sont visibles ainsi qu'au moins un blessé34. Le front al-Nosra, qui ne met en ligne une vidéo sur cette opération que le 11 août, semble également avoir été impliqué dans l'assaut sur Taraf. Cependant il ne participe pas, visiblement, directement à l'assaut mais aux tirs de harcèlement du checkpoint avec un T-55, un T-72 et un « canon de l'enfer » placés à 1 km environ au nord de Taraf35.




    Carte :  Stéphane Mantoux.

    Carte :  Stéphane Mantoux.

    Carte :  Stéphane Mantoux.



    Le 7 juillet 2014, la position de Taraf, ici vue durant les bombardements préliminaires, est à son tour prise d'assaut. (Source photo : Jabal Alzaweya Today)-Mathieu Morant.


    Le T-55M n°397465, saisi intact à l'intérieur de la position de Taraf, est ici filmé peu de temps après sa capture. (Source photo : capture d'écran, Youtube)--Mathieu Morant.


    Couvert par l'un des T-72AV déployés durant l'assaut, un groupe de combattants syriens progresse en direction du checkpoint de Taraf. (Source photo : Lens Abu Dbak, Idlib)-Mathieu Morant.


    Taraf vient de tomber aux mains des rebelles : visible sur cette photographie, le T-72 du Front Islamique qui à appuyer l'assaut. A l'arrière plan, un BMP-1 des légions al-Sham, sur lequel des briques de blindage réactif ont été ajouté. L'engin sera détruit dans la journée. (Source photo : Lens Abu Dbak, Idlib)-Mathieu Morant.


    Vue d'une fortification de campagne aménégée par les soldats du Régime à Taraf : les longues caisses de munitions contiennent à l'origine des roquettes de 122 mm Grad. (Source photo : S.R.G.C Idlib)-Mathieu Morant.


    Une fois Taraf contrôlée par les rebelles et les armes et munitions récupérées, la position sera rasée. (Source photo : Jabal Alzaweya Today)--Mathieu Morant.



    Soldat du régime tué à Taraf.-Capture d'écran.

    Les rebelles entrent dans les bâtiments.-Capture d'écran.

    Après la prise du checkpoint, les rebelles font sauter les bâtiments à l'explosif.-Capture d'écran.

    Un obus, probablement de char, frappe le checkpoint, sous la caméra de la brigade des cheikhs Abou Bakr et Omar.-Capture d'écran.

    Le T-55M capturé à Taraf.-Capture d'écran.

    Un des T-62 du FRS sous la caméra du Front de Libération de la Syrie (emblème en haut à gauche).-Capture d'écran.

    2 des T-72 stationnent devant les levées de terre du checkpoint. Le plus proche porte l'emblème du Front Islamique sur le tube ; celui du fond est un exemplaire à briquettes de blindage réactif en mauvais état.-Capture d'écran.

    La charge. Un T-72 avance suivi par l'infanterie, non loin suit un BMP-1.-Capture d'écran.

    La brigade Abou Bakr et Omar filme, à courte distance, un T-62 du régime qui manoeuvre pendant une contre-attaque sur le checkpoint.-Capture d'écran.

    2 BMP-1 utilisés par les rebelles pendant l'assaut, devant les levées de terre. A gauche un modèle classique, à droite l'exemplaire avec briquettes de blindage réactif de T-72 ajoutées, il sera détruit le 8 juillet devant al-Dahman.-Capture d'écran.

    Un blessé rebelle. Les groupes impliqués sont attentifs au soin des blessés, avec brancardiers suivant les combattants notamment. Ce blessé est ensuite évacué par véhicule.-Capture d'écran.




    Ci-dessous, montage réalisé après l'assaut et montrant celui-ci au ras du sol, au niveau des combattants rebelles.




    Vidéo de la brigade des cheikhs Abou Bakr et Omar montrant l'assaut sur Taraf à distance.




    Vidéo de la 13ème division de l'ASL montrant le tir de missile TOW sur le T-55M du régime situé près du rempart est de Taraf (1,5 km de distance).






    • Le checkpoint de Dahman


    Les insurgés s'attaquent enfin à un troisième checkpoint, al-Dahman, situé à 600 m environ au nord-est de celui de Taraf. C'est à nouveau l'un des groupes ayant pris part à la conquête du checkpoint de Taraf, le Front de Libération Syrien, qui conduit l'assaut, avec plusieurs blindés en tête. L'attaque démarre le 9 juillet. Un coup de sonde préalable entraîne, le 8 juillet, la destruction d'un BMP-1 bricolé avec des briquettes de T-72 en blindage supplémentaire. Utilisé précédemment durant l'assaut contre Taraf, l'engin est visiblement détruit au sud-ouest du checkpoint, juste à côté de la route qui passe à l'ouest, peut-être par l'aviation du régime36. Dès le 30 juin, un T-54 des légions al-Sham, probablement placé un peu à l'ouest du checkpoint, prenait à partie Dahman avec ses obus37. Une mitrailleuse lourde DShK de 12,7 mm est également employée38. Le Front des Révolutionnaires Syriens utilise aussi le LRM RAK-12 contre Dahman. Une brigade locale de Maarat al-Numan fait tirer également un « canon de l'enfer » artisanal39. L'approche se fait par le sud-sud-ouest, les chars (1 T-72AV et le T-55 n°397165 capturé à Taraf, remis en service) en tête. On remarque les traces de combats précédents avec la carcasse du BMP-1 détruit présente sur le terrain. L'appui-feu est assuré par des « canons de l'enfer » et mortiers artisanaux (peut-être regroupés en batterie d'ailleurs). On distingue également l'épave d'un char T-72 sur les levées de terre autour du checkpoint, autour desquelles les chars des rebelles viennent s'embosser. Plusieurs cadavres de soldats du régime, tués dans les combats, sont visibles au sol. Un autre T-55M, le n°397098, peut-être frappé par un missile TOW avant l'assaut40, est saisi par les rebelles. Un BMP-1 stationné non loin a manifestement été frappé, comme le T-72 détruit sur les levées de terre, par un projectile de « hell canon » qui a détruit sa pièce de 73 mm. Les chars servent encore une fois de couvert pour la progression de l'infanterie. Des pick-ups armés de bitubes KPV de 14,5 mm, de canons 2A7 de 23 mm ou de mitrailleuses DshK assurent encore la protection antiaérienne. Après avoir emporté le checkpoint, les insurgés se retranchent derrière les levées de terre qui en couvrent l'approche par l'est. Le Front des Révolutionnaires Syriens est également présent, bombarde le checkpoint avec un « canon de l'enfer »41 et engage plusieurs dizaines d'hommes. Le nombre de blindés mis en ligne suppose d'ailleurs la formation d'une véritable unité mécanisée ad hoc. Les légions al-Sham ont également déployé plusieurs pick-ups avec mitrailleuse lourde42. Le front al-Nosra, qui publie une vidéo de l'assaut sur al-Dahman également le 11 août, est là encore seulement concerné, à l'évidence, par le bombardement du checkpoint. Un « canon de l'enfer », notamment, situé à environ 1 km au nord-nord-ouest de al-Dahman, prend à partie le checkpoint et réussit un coup au but sur un véhicule (T-72 ? BMP-1 ?)43.



    Carte :  Stéphane Mantoux.



    Carte :  Stéphane Mantoux.


    Le checkpoint d'al-Dahman, le 7 juillet 2014, sous le feu de l'artillerie rebelle. (Source photo : capture d'écran, Youtube)-Mathieu Morant.






    Epave du BMP-1 à briquettes détruit le 8 juillet.-Capture d'écran.

    Un autre BMP-1 se prépare avant l'attaque, Front de Libération de Syrie.-Capture d'écran.

    Le BMP-1 du régime touché par un "canon de l'enfer" ; les rebelles récupèrent son contenu.-Capture d'écran.

    8 juillet ; le BMP-1 à briquettes des rebelles détruit lors d'une première tentative. Aviation ? -Capture d'écran.

    A gauche, le BMP-1 détruit et un char participant à l'assaut sur le checkpoint, au fond;-Capture d'écran.

    Renforts du FRS dans le checkpoint.-Capture d'écran.

    Le RAK-12 du FRS encore utilisé sur Al-Dahman.-Capture d'écran.

    Le T-55 en mauvais état, peut-être touché par un TOW, récupéré par les rebelles à al-Dahman. Plusieurs corps de soldats du régime sont visibles autour.-Capture d'écran.

    Le T-55 M au fond et au premier plan le T-72 probablement détruit par un tir de "hell canon" sur les levées de terre. -Capture d'écran.

    Les deux chars utilisés pour l'assaut sur al-Dahman : le T-55M capturé à Taraf et au fond un T-72. -Capture d'écran.




    Ci-dessous, vidéo du Front de Libération de la Syrie montrant l'assaut sur al-Dahman au ras du sol, au plus près des combattants.



    Vidéo à distance de l'assaut sur al-Dahman.






    Tableau récapitulatif des matériels blindés engagés par les rebelles syriens lors des assauts contre les 3 checkpointsà l'ouest-nord-ouest de la base militaire de Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014.


    Opérations
    Nombres et types de blindés engagés par les rebelles syriens
    Hanajak
    2 T-62 du Front des Révolutionnaires Syriens (1er assaut, 1er juillet).

    1 T-55 M (2ème assaut, 16 juillet).


    Taraf

    2 T-62 du Front des Révolutionnaires Syriens.

    3 T-72 (2 du Front Islamique, dont un AV ; 1 autre T-72 AV).

    1 BMP-1 avec blindage improvisé composés de briques de blindage réactif + plusieurs BMP-1

    1 T-55 et 1 T-72 du front al-Nosra en appui-feu, qui tirent depuis une position à environ 1 km au nord du checkpoint.



    Al-Dahman

    1 T-54 des légions al-Sham pour l'appui-feu à distance.

    1 BMP-1 avec blindage improvisé composés de briques de blindage réactif, détruit durant les combats

    1 T-72AV

    1 T-55M n°397165 (capturé à Taraf).



    Pertes en véhicules blindés subies par le régime lors lors des assauts contre les 3 checkpointsà l'ouest-nord-ouest de la base militaire de Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014.


    Opérations
    Pertes subies par le régime

    Hanajak


    Aucune.

    Taraf







    1 T-55 M (n° 397165) récupéré par les rebelles.

    1 T-55M détruit par un tir de missile TOW sur la façade est du checkpoint.

    1 T-72 détruit par un tir de missile TOW à 150 m environ de l'entrée nord de la base d'Hamadiyah.


    Al-Dahman

    1 T-72 détruit probablement par un tir de « canon de l'enfer ».

    1 BMP-1 touché au canon et à la plage avant par un tir de « canon de l'enfer » et dont le contenu est récupéré par les rebelles.

    1 T-55M (n° 397098) peut-être touché par un tir de missile TOW et récupéré par les rebelles.



    Pertes en véhicules blindés subies par les rebelles lors lors des assauts contre les 3 checkpointsà l'ouest-nord-ouest de la base militaire de Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014.


    Opérations
    Pertes subies par le régime

    Hanajak


    Aucune.


    Taraf


    Aucune.

    Al-Dahman

    1 BMP-1 vec blindage improvisé composés de briques de blindage réactif, probablement détruit par l'aviation du régime devant le checkpoint le 8 juillet.




    Conclusion


    L'insurrection syrienne a beaucoup évolué depuis les premiers accrochages survenus à partir de juin 201144. A partir de la mi-2012, les groupes locaux qui constituent l'essentiel du paysage insurgé commencent à se regrouper en coalitions plus large, à l'échelle d'une ou plusieurs provinces, puis du pays tout entier -le Front Islamique né en novembre 2013 étant sans doute la forme la plus aboutie du processus, mais on pense aussi à des constructions plus récentes, comme les légions al-Sham, le Front des Révolutionnaires Syriens, etc. Les effectifs augmentent, de même que l'armement, parfois acheminé depuis l'extérieur mais surtout pris sur le régime (comme l'illustre ici l'exemple des chars et véhicules blindés, décisifs dans les opérations contre les checkpoints autour de la base d'Hamadiyah). La mobilité des insurgés s'accroît aussi grâce à la mise en service de nombreux technicals et l'emploi de véhicules civils. Des coalitions plus larges se forment pour mener des attaques plus ambitieuses contre des objectifs plus lourdement défendus que les checkpoints ou autres installations locales.

    Malgré tout, les opérations menées par les rebelles conservent encore souvent un caractère provincial ou sub-provincial, comme on le voit très bien dans le cas de l'offensive d'Idlib depuis le printemps 2014. Les différentes coalitions rebelles, et même les plus puissantes, peinent à coordonner leur action au niveau du pays ou d'un ensemble de provinces. Même si les rebelles sont mieux armés qu'au début de l'insurrection, le manque d'armes lourdes face à l'appui-feu du régime, artillerie et surtout aviation, se fait cruellement sentir. Dans le cas de l'attaque successive des 3 checkpoints autour de la base militaire d'Hamadiyah, l'on constate ainsi que l'appui-feu et les tirs de couverture sont le fait d'armes artisanales (« canons de l'enfer ») ou d'armes relativement légères : canons sans recul de divers modèles, mitrailleuses lourdes de 12,7 et 14,5 mm, canons ZU-23-2 de 23 mm, etc, comme le précise M. Morant. C'est pourquoi les rebelles organisent ici un semblant d'unité blindée, avec les chars T-54/55/T-62/T-72 et les véhicules blindés BMP-1, pour constituer la première vague de l'assaut. En effet, l'artillerie et les armes de soutien sont en nombre insuffisant (des S-60 de 57 mm sont utilisés, Harakat Hazm déploie une poignée de M46 de 130 mm, plus les mortiers légers et lourds des divers groupes, même si mortiers et canons artisanaux sont plus utilisés, toujours d'après M. Morant), les blindés assurent la protection de l'infanterie, procèdent à l'appui-feu à distance et sont mis en avant lors des attaques directes. On note cependant une certaine fluidité dans l'utilisation des blindés entre groupes armés – le Front Islamique « prêtant » plusieurs T-72 alors qu'il est relativement peu présent dans les opérations. Ces caractéristiques expliquent aussi le patient travail d'approche de positions assez faiblement défendues comme les checkpoints : tir de chars ou de missiles antichars (TOW par exemple), bombardement préalable, destruction de véhicules placés aux endroits importants, etc. Et le choix de cibles relativement vulnérables, comme les checkpoints extérieurs aux bases, qui évitent de sacrifier inutilement, par exemples, les blindés de prise, qui seraient trop exposés. On note aussi l'attention portée aux soins d'éventuels blessés (deux exemples de brancadiers au plus près des combattants sur quatre assauts). Par ailleurs, les insurgés remettent parfois en état rapidement les blindés capturés, comme le prouve l'exemple du T-55M peut-être touché au missile TOW à al-Dahman le 9 juillet et réutilisé une semaine plus tard lors du second assaut contre Hanajak, ou celui du T-55 capturé à Taraf le 7 juillet et employé à al-Dahman deux jours plus tard. Les missiles TOW semblent utilisés soit directement pour détruire les blindés du régime, généralement embossés dans des positions défensives, soit en couverture, dans le but de stopper ou freiner toute contre-attaque blindée des soldats loyalistes. On note aussi que les rebelles se préoccupent des tirs fratricides.

    Les gains importants réalisés par l'insurrection dans la province d'Idlib depuis les mois de mars-avril 2014 montrent que les groupes rebelles conservent encore des capacités réelles, particulièrement aux endroits où le régime n'est pas capable de renforcer des garnisons plus ou moins isolées. Ce dernier avait, il faut le noter, levé une première fois le siège des deux bases de Wadi Deif et Hamadiya en avril 201345. Or, l'offensive du printemps et du début de l'été, relativement coordonnée à travers toute la province, montre que les rebelles sont sur le point de remettre le siège devant Hamadiya, voire Wadi Deif. Il faut noter aussi l'intervention, dans la prise des 3 checkpointsà l'ouest/nord-ouest de Hamadiyah, de formations rebelles en majorité liées au label Armée Syrienne Libre, comme le Front des Révolutionnaires Syriens promu depuis décembre 2013 par l'Arabie Saoudite, et qui a reçu des missiles TOW, à l'image d'autres groupes présents ici (comme la division 13 de l'ASL). La capacité de ces groupes armés appuyés par les Etats-Unis est cependant mise à mal, récemment, par l'offensive du front al-Nosra dans la province d'Idlib, qui cherche à se reconstituer un bastion après la perte de son assise orientale au profit de l'EI, en s'emparant du territoire du Front des Révolutionnaires Syriens en particulier46. Le front al-Nosra lutte tout simplement pour sa survie face au défi énorme posé par l'ascension de l'Etat Islamique47. Il est intéressant de voir, d'ailleurs, que le front al-Nosra collabore de loin avec les groupes engagés dans l'assaut des 3 checkpoints début juillet avant de se retourner contre certains avant la fin du même mois. Le conflit syrien reste donc extrêmement changeant, la situation sur le terrain évoluant très rapidement : il suffit de mesurer le nombre d'événements survenus depuis la chute de Mossoul, il y a à peine deux mois, pour s'en rendre compte.





    1L'ensemble de mon travail est disponible ici : http://historicoblog3.blogspot.com/p/la-syrie-cest-par-ici.html
    3Dès le mois de juin 2011, des insurgés, probablement renforcés de déserteurs de l'armée, tuent les premiers soldats du régime à Jisr al-Shughour. L'insurrection se développe notamment dans le Jebel al-Zawiya, qui contrôle la route d'Alep, à l'automne 2011. Les premières attaques sur Maarat-al-Numan surviennent en octobre. Le colonel al-Assad, qui proclame en Turquie la naissance de l'Armée Syrienne Libre, est originaire de cette province. La province d'Idlib n'a pas une population composite propre à un affrontement de plus en plus sectaire, comme celle de Homs par exemple. Cf Joseph HOLLIDAY, The struggle for syria in 2011. An operational and regional analysis, MIDDLE EAST SECURITY REPORT 2, Institute for the Study of War, 2011, p.21-22.
    5Pour une présentation succincte de Suquour al-Sham, membre du Front Islamique et qui vient récemment de fusionner avec Jaysh al-Islam, autre composante du Front, lire : http://www.understandingwar.org/sites/default/files/Backgrounder_RebelGroupsJebelAlZawiyah_31July.pdf et https://www.ctc.usma.edu/posts/the-non-state-militant-landscape-in-syria
    6Sur les légions al-Sham (ou Faylaq-al-Sham), cf l'article de Raphaël Lefèvre : http://carnegieendowment.org/syriaincrisis/?fa=55344
    12Sur le Front des Révolutionnaires Syriens, cf http://carnegieendowment.org/syriaincrisis/?fa=53910 et les autres articles d'A. Lund sur le même site.
    15Merci à Yalla Souriya pour sa contribution à l'identification du groupe.
    16Merci à Yalla Souriya pour sa contribution à l'identification du groupe.
    44Jeffrey White, Andrew J. Tabler, Aaron Y. Zelin, SYRIA’S MILITARY OPPOSITION. How Effective, United, or Extremist ?, Policy Focus 128, SYRIA’S MILITARY OPPOSITION, THE WASHINGTON INSTITUTE FOR NEAR EAST POLICY, septembre 2013.

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    Je reviens un peu en retard sur le n°55 de 2ème Guerre Mondiale sorti il y a maintenant quelques temps, après avoir rappelé mes contributions.

    -p.4, plutôt d'accord avec la recension du livre sur la libération de Paris de J.-F. Muracciole, que j'avais fiché ici.

    - c'est d'ailleurs la source principale de l'article de Franck Ségretain, qui a réalisé la fiche, qui vient juste après, sur la libération de Paris, avec une ou deux autres références comme le travail d'Olivier Wieviorka. Aucune surprise donc.

    - le dossier est signé Vincent Bernard et il est consacré aux contre-attaques des Panzer en Normandie. Je n'ai pas appris grand chose, car j'ai beaucoup lu sur le sujet cette année, anniversaire(s) oblige(nt), sans compter que le dernier thématique du magazine traite d'un sujet approchant, ce qui fait un peu répétition. Je l'ai souvent dit, mais je reste assez dubitatif devant les témoignages d'acteurs (ici Kraemer, le commandant adjoint du I. SS-Panzerkorps, en deuxième partie du dossier) dépourvus de commentaire. Quand on regarde les sources de l'auteur, on constate qu'elles se constituent soit d'ouvrages récents assez généraux (celui de Benoît Rondeau qui donne la vision allemande de la bataille de Normandie, de manière large ; le livre d'Anthony Beevor qui est surtout un ouvrage de vulgarisation à destination du grand public), soit de documents américains publiés juste après la guerre. Or si en français la bibliographie se limite à quelques ouvrages, d'autres, en anglais, plus récents, traitent par exemple de la bataille de Mortain, comme celui de l'historien M. Reardon , ou des combats de la 30th I.D. (au moins un autre ouvrage d'historien, sans compter les témoignages).

    - la fiche personnage de Benoît Rondeau rejoint l'article sur la libération de Paris en évoquant von Choltitz (les sources citent d'ailleurs l'historien M. Reardon dont je parlais ci-dessus).

    - la fiche Uniforme de Jean-Patrick André est consacrée à un chasseur du 501ème régiment de chars de combat de la 2ème DB, toujours sur le thème de la libération de Paris.

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    This article was written in collaboration with Mathieu Morant, a specialist in weapons and equipment of Syrian insurgents, among others (he is also interested in the Syrian regime, Lebanon and the Israeli-Arab wars).


    In September 2013, shortly after the chemical attack of August, I published my first article on Syrian conflict1. My work, from the outset, has been mainly as a compilation and translation in French of many foreign articles (especially in english) dealing with various aspects of military conflict. Over the months, the inadequacy of the approach has clearly struck me : the compilation and translation, even though they have their uses, are not satisfactory to claim a genuine substantive work on the Syrian conflict . That's why I turned gradually to the direct sources (documents produced by the actors, videos, photos, texts, etc), without necessarily and systematically by intermediaries that are specialists, even strangers. My recent article on the pro-regime militia Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 is the illustration of the evolution of my personal work on the Syrian conflict. Today, with the help of M. Morant, I continue this momentum by offering a unique analysis or almost, in French, on the war in Syria : an example chosen from rebel assaults on limited objectives, explained and presented in the broader context of operations in the province concerned and the evolution of the insurgency from 2011. An original four hands-work, which I hope, will convince some that I do not necessarily limited to the compilation and translation into french.




    The insurgency grew in Idlib province (April-June 2014)


    The Syrian conflict has taken a new turn since last June because of the dramatic breakthrough of ISIS (Islamic State in Iraq and Sham, aka Levant), which became the Islamic State (EI) on June 28, in the north Iraq, with the capture of Mosul (June 10). The Syrian regime, meanwhile, launched a limited offensive in the south, in the province of Deraa, and also kept the pressure on Aleppo, realizing the junction with the besieged garrison of the Central Prison (May 22) and putting his hand on the industrial district of Sheikh Najjar, northeast of the city (5 July). However, Idlib province, the historic core of armed insurrection3, ended up, therefore, quite bald, and was logically targeted by rebels since the beginning of 2014. They are being present in strength and long date4.



    Source : Institute Study of War.



    The aim of the rebels, in particular, is to control the two key highways that allow the regime to lead more effectively, by land, the reconquest of Aleppo. The M5 following a north-south axis from Damascus to Aleppo ; from Saraqib an another highway, the M4, branches off westward across Idlib province to join the province of Latakia and the town of the same name, on the coast. On the M5 motorway is particularly the city of Maarat al-Numan, near which stand two military bases still held by the regime in Idlib province : Wadi Deif east of the town and the Hamadiyah south.

    The first target of the Syrian rebels is Sheykhoun Khan, a city located south of Idlib province and near the border with the northern province of Hama. The regime has driven the rebels from the place in the summer of 2012. The capture of the city would take effect for the rebels to control a larger portion of the M5 and prepare for possible attack on two military bases further north around Maarat al-Numan. The attack on Khan Sheykhoun, which begins in the spring, involves including Suqour al-Sham5, member of the Islamic Front, al-Sham legions6 related to the Syrian Muslim Brotherhood, al-Nosra7, and other affiliated groups from the the label "Free Syrian Army". On April 15, the rebels say they have taken three checkpoints -on 21 checkpoints or facilities plan around Khan Sheykhoun- southwest of the city.



    Source : Institute Study of War.
     


    On 5 May, the mine warfare begins with the underground explosion of Al Sahaba checkpoint on the outskirts of the city of Maarat al-Numan, regarded as the western gate of the base of Wadi Deif , according to M. Morant. The operation was led by the Islamic Front, the legions al-Sham and a local brigade of Maarat al-Numan8. According to Mathieu Morant, after the explosion, and once the position conquered, the work of ants continues, but this time in order to recover arms and ammunition. The operation ended with the withdrawal of the rebels from the ruins of Al Sahaba checkpoint June 23. A ZSU-23/4, a T-72AV, and BMP-1 will be extracted from the ruins : out of order, but significant source of ammunition and spare parts. On May 14, ten days before the final assault on Khan Sheykhoun, Suqour al-Sham and the legions of Sham lead an underground explosion against the military base of Wadi Deif, east of Maarat al-Numan on "barrier"As Sawwadi, northeast of the base. This tactic of digging tunnels long distance has been widely used across the country to blow up targets of the regime difficult to achieve, also in Aleppo, but also throughout the country. Here the tunnel, 850 meters long, ends underneath the barrier. Rebels claim to have placed its end not less than 60 tons of explosive. The explosion completely destroyed the target and insurgents claimed the death of a hundred men of the regime. A week later, on May 23, the legions of Sham announce assault on Hesh, a town between Khan and Sheykhoun Maarat al-Numan held by the regime, soon joined by the Islamic Front9, the Syria Revolutionaries Front and other rebel groups.

    On May 25, a combined operation between al-Nosra and others groups related to ASL, including Harakat Hazm10 (which received US TOW missiles11) and the Syria Revolutionaries Front12, attacks military base of Kazhanat . The rebels approaching from the north and east and flank the position from west. Al-Nosra launch, before the main assault, two suicide bombers vehicles on the perimeter. The place falls in the evening and the next day, the checkpoint Salaam, last position of the regime around Khan Sheykhoun, is taken. On 26 May 2014, Khan Sheykhoun is totally in the hands of the opposition.


    Source : Institute Study of War.


    The same May 25 Suqour al-Sham and al-Nosra launch joint attacks against the hills south of the city of Ariha, on the M4, against two military installations positioned on the heights that control access to the south of the city. This attack exploits the explosion of four suicide bombers vehicles, including that of a native American from Florida, which al-Nosra give a wide publicity13. Infiltration of Ariha, which is located on the M4, allowing rebels to prevent the regime to supply or reinforce its forces in the cities of Idlib and Aleppo. The presence of al-Nosra in both operations, Ariha and Khan Sheykhun, also suggests real planning from the rebel side, with two simultaneous operations. Meanwhile, June 3, 2014, al-Nosra, Suqur al-Sham and the legions of Sham create a common framework to attack Jisr al-Shughour, further west, a town held by the regime on the highway M4, closer to the border with the province of Latakia. But this time the effort is uncoordinated, especially as the FSA affiliated groups are not associated with the company and operate independently, probably to not cooperate with al-Nosra. Especially since the retake of Kessab, which has fallen to the rebels in March14, the failure puts an abrupt end to the rebel attempts in this area.




    Under the effectof the undergroundexplosionof AlSahabacheckpoint, May 5, 2014, this T-72AVturned. Ahalf-buried, it will be recoveredby Syrianrebels duringclearing operationsfollowing thecapture of theposition.(Photo source: Jabal AlzaweyaToday)-MathieuMorant.

    Perched onatank-transporter, ZSU-23-4 Shilkahas beenextracted from theruinsof AlSahaba. If the machine isprobablyoff,theboard armament, consisting of four23 mmcannons2A7, and ammunitionin the background, isa prize ofchoice.(Photo credit: AlMarraToday)-MathieuMorant.


    On 14May 2014it was the turnofthe "barrier"of TelSawwadi, locatednortheastof the baseofWadiDeif, beingblownby a powerfulexplosion.(Photo source:S.R.G.CIdlib)-MathieuMorant.

    Comparativeview of the positionof TelSawwadi, above,before the explosion, bottom,after the attack.(Photo source:S.R.G.CIdlib)-MathieuMorant.


    A viewof the AlSahabapositiontaken afterthe explosion thatcompletely destroyed it.(Photo source: LensYoungHorany)-MathieuMorant.

    Storming the Hamadiyah military base (June 30-July 16, 2014)


    In late June and early July, the rebels eventually focus on military base of Hamadiyah, southwest of Maarat al-Numan. The base is located along the M5, and prevents access to the city from Khan Sheykhoun further south. Around the base, to the west, there are 4 checkpoints : Hanajak, Tafar Dahman, and al-Midajin which form an arc protecting Hamadiyah from west to north.


    Map :  Stéphane Mantoux.




    List of rebel groups / coalitions involved in the attacks against the three checkpoints west-northwest of the military base Hamadiyah (Idlib province), in July 2014.




    Name of the group/coalition
    Comments

    Syria Revolutiaries Front


    Give al-Ansar brigade. Present on the 3 assaults, especially in Hanajak.


    Syria Liberation Front15 (created in January 2014, fusion of 70 rebel groupes ; FSA-related)16


    Give Liwa Ahrar March 15 of Kafrouma. Mainly present in Taraf and al-Dahman.

    Suqur-al-Jabal




    With TOW missiles probably ; shoot maybe a T-55M with them at al-Dahman ; present à Taraf et al-Dahman.

    Sheikhs Abu Bakr et Omar Brigade17


    Only present in Taraf. Created December, 17th, 2013, in Maarat-al-Numan (Idlib province), fight in Latakia in April 2014, but mainly in Idlib. FSA-related18.


    FSA 13th Division.

    Take part in Taraf with TOW missiles, destroy 2 tanks.


    Al-Sham Legions (Faylaq-al-Sham)




    Give support fire : T-54 in al-Dahman, pick-ups with machine guns and guns...

    Islamic Front


    Give at least 2 tank (one T-72AV at least).


    Al-Nosra Front


    Present in Taraf and al-Dahman but probably only for support fire.



    • Hanajak checkpoint

    Syrian rebels attack obviously first the Hanajak checkpoint, the southernmost of the arc of circle west / north formed by the four sites listed above. The choice is logical since it is it who is most at risk, not eligible for immediate help from others. The assault against Hanajak probably begins on July 1, after a preparation up to the day before. This is the northern / northeastern part of the checkpoint which seems object of the attack. The checkpoint is pounded by a Yugoslav M60 recoilless 82mm and strafed by several pickups boarding KPV 14.5 mm at the rear, as well as a machine gun DShK 12.7 mm19. A RAK-12 from the artillery battalion 318 of Syria Revolutionnaries Front also intervenes to bomb Hanajak20. Under the protection of this covering fire, two tanks T-6221 from the Syria Revolutionnaries Front (who send at least a shell on outer defenses22) approach embankments surrounding the checkpoint, allowing twenty / thirty combattants (roughly the equivalent of a platoon23) to achieve this. One of the T-62 then advance to outflank the defenders, followed by a dozen men, while other infantrymen entering the first buildings. The video then shows the insurgents fire their handguns (AK-47, PK, RPG-7, at least two men equiped24) from embankments and around the checkpoint. Embossed behind the levees, the T-62 tanks then provide fire support to long distance25. But the rebels did not remain in the Hanajak checkpoint, obviously abandoned, perhaps too close to the base of Hamidiyah. That is why videos show a second assault on July 16. The attack is conducted using the T-55M No. 39798826 captured al-Dahman and returned to service for the occasion, despite the damage of the possible impact of a TOW missile. The infantrymen going over the top accompanied by at least one man carrying a stretcher to rescue wounded27. For support, al-Ansar brigade of the Syria Revolutionnaries Front uses a mortar to pound the checkpoint28.




    Map :  Stéphane Mantoux.
    A multiplerocket launcherRAK-12128mm of Syria Revolutionaries Front is about to openfire ontheHanajakposition.(Photo source:screenshot, Youtube)-MathieuMorant.


    Two Syrianfighters of SRF observe the results ofrebelbombing ofHanajak:with them, a recoilless gunM6082mm.(Photo source: LensAbuDbak,Idlib)-MathieuMorant.


    Pictured herebrieflysheltered byleveeson the lineofHamadiyahfront,twoT-62 of SRF supported thefirst assaultonHanajak.(Photo source: LensAbuDbak,Idlib)-MathieuMorant.


    ThetwoT-62 of SRFarrive on theembankmentsofcheckpoint.Screen-Capture

    A12.7 mm machine gunopened fire onHanajak.-Screenshot.

    The formerrebelsenter into buildings-Screenshot.

    Technical Armed with KPVheavy machine gunsopened fire onHanajak.-Screenshot.

    YugoslavM60recoilless gunshootsHanajak.-Screenshot.

    TheRAK-12  from artillerybattalion 318 of SRF opened fire onthecheckpoint.Screen-Capture

    One of thetwoT-62operatingon the sideof the checkpointafterthe foot soldiershave joinedthe earth leveesScreen-Capture.

    Rebels fire with aPKinside thecheckpoint-Screen-Capture.

    T-55Mcapturedal-DahmanbeforeHanajak,July 16.-CaptureScreen.

    RebelinfantryassaultHanajakJuly 16 ;manrightmostcarries abrancard-Screen-Capture..

    Behind theT-55M, the rebelsarecovered.One of theshooters of RPG-7carrying atandemEgyptianCobra rocket.-CaptureScreen.

    Same view a few seconds later.-Screenshot.




    Mounting the SRF showingthe assault onHanajakon July 1.




    Video of the SRF showing thesecondassault onHanajak,July 16.




    • Taraf checkpoint

    The second target is Taraf checkpoint, located approximately 600 m northwest of that of Hanajak, and is the most westerly in the arc protecting the base of Hamadiyah. The attack (which takes place from July 7) is led by a group called Liwa Suqur Jabal (which has obviously TOW missiles) and the Sheikhs Abu Bakr and Omar brigade. It employs at least one tank T-62 and one BMP-129. The checkpoint is bombed (especially by "hell canon") from the west / southwest, the bombing being before the ground assault led by a number of armored vehicles (2 BMP-1, 2 T-72AV ,1 other T-72) that allow, as Hanajak, to open the way for infantry (which actually almost everyone wear orange bandana to avoid fratricide shoots) to the levees surrounding the checkpoint, which then penetrate inside. During the attack, at least a foot soldier used a RPG-22 against the checkpoint. The assault is obviously given from the west30. During the progression of the checkpoint, one of the T-72 sends at least four shells into the building. The FSA 13th Division, equipped with TOW missiles, hits a T-72 tank located north of the base of Hamadiya, on the road to Taraf, at a distance of about 600 m, then a T-55M31 which is itself close to the east wall of the checkpoint and which is hit 1.5 km away. As has been able to discover M. Morant by examining maps of the terrain, the TOW missile is necessarily located north-east of the military base Hamadiyah, close to the M5 highway, south of Maarat al-Numan . About the intervention of an armed group misiles TOW, we can deduce that it is specifically responsible for targeting armored reinforcements sent to the checkpoint for possible attacks against them or in a fixed position which may interfere with the assault. We also note that the rebels move quite easily around the base, despite the presence of checkpoints. The Syria Revolutionnaries Front, who is also involved in the assault (with al-Ansar Brigade), makes great use of RPG-7 once the infantry penetrated earth levees 32. A video also shows a tank regime (T-62 probably) maneuvering around the checkpoint during a counterattack as rebels have already penetrated inside33. Another rebel group, the Syria Liberation Front, is also involved in the fight. A video of this group shows the concentration of armor before the attack protected by air defense weapons, DShK 12.7 mm machine gun mounted on the ground and anti-aircraft guns on pickups34. The buildings were then leveled, obviously for the regime do not to reuse it in case of recovery. One T-55 tank seems to have been captured during the assault (number 397165). The brigade Fatiheen of al-Sham legions is also present during the operation. In total the rebels involved in the assault 2 BMP-1 and at least 5 tanks35 (2 T-62, 2 T-72AV and 1 other T-72), a number of armor larger than usual for operations of this magnitude. 2 T-72 belonging to the Islamic Front (you can see the emblem painted on one of the tubes) which suggests that the armor, rebel side, can move fairly fluidly between local groups when they work sometimes together. M. Morant also confirms that the tanks are often moved between different sectors by the rebels with tank transporters. After taking the checkpoint, the insurgents bury at least one of their dead, two others are visible and at least one wounded36. Al-Nosra, which put online a video on the assault on August 11, also seems to have been involved in the assault on Taraf. However, it did not take part, obviously, directly to the attack but to the harassing fire from the checkpoint with a T-55, T-72 and a homemade mortar placed about 1 km north of Taraf37.




    Map :  Stéphane Mantoux.

    Map :  Stéphane Mantoux.




    On 7July 2014,the position ofTaraf,seen hereduring the preliminarybombardment,in turn, isunder assault.(Photo source: JabalAlzaweyaToday)-MathieuMorant.


    T-55MNo.397465,seizedintactinsideTaraf,wasfilmedhereshortly afterhis capture.(Photo source:screenshot, Youtube)-MathieuMorant.


    Covered byaT-72AVdeployedduring the assault, a group ofSyrianfightersprogressingtowards theTarafcheckpoint.(Photo source: LensAbuDbak,Idlib)-MathieuMorant.


    Tarafhas just fallento the rebels:visiblein this photograph, the T-72thatthe IslamicFront has givento supportthe assault.In the background,aBMP-1 of al-Shamlegions, in whichreactive armorbrickswereadded.The vehicle will be destroyedin a day.(Photo source: LensAbuDbak,Idlib)-MathieuMorant.


    View of afield fortification built by soldiersof Taraf:longammunition boxescontain at the origin Grad122mm rockets.(Photo source:S.R.G.CIdlib)-MathieuMorant.


    Tarafcontrolled byrebels ; once recovered arms and ammunition, the positionwill be razed.(Photo source: JabalAlzaweyaToday)-MathieuMorant.


    Soldierkilled inregime-Taraf. screenshot.

    Rebelsenter the buildings.-Screen-Capture..

    After taking thecheckpoint, the rebelsare destorying buildings with explosif.-Screenshot.

    A shell, probably from tank,hitthe checkpoint,under the camera ofsheikhsAbuBakrandOmar brigade.-Screenshot.

    T-55Mcaptured  inTaraf-Screenshot.

    AT-62 of SRF under the camera of SyriaLiberation Front(emblemin the upper left).-screenshot.

    2T-72parkedin front of theembankmentsof the checkpoint.Nearestbears the emblemof the IslamicFront on thetube;that of thebackground is a T-72 with reactive armorin poor condition.-screenCapture.

    The charge.AT-72advancefollowedby infantry, not far belowaBMP-1-Screen Capture

    Abu Bakr andOmarBrigadefilm, short distance,aT-62 of the regime maneuvering- Screen-Capture..

    2BMP-1used by therebels forthe attack,before thelevees.Lefta classic model, right one with briquettes of reactive armorfrom T-72added,it will be destroyedon July 8beforeal-Dahman.-Screenshot.

    A rebelwounded.Thegroups involvedare attentiveto the careof the wounded,withstretcherfollowingfightersespecially. This is then evacuatedby véhicule-Screen-Capture..




    Belowmontageafter the assaultand pointingitat ground level,at therebel fighters.



    Video of thesheikhsAbuBakrandOmar brigadeshowingthe assault onTarafremotely.





    Video of the FSA 13th Division showingshootingTOWmissileon theT-55M of theregimenear the eastwall of Taraf(1.5km away).








    • al-Dahman checkpoint


    The insurgents finally tackle a third checkpoint, al-Dahman, located approximately 600 m northeast of the Taraf. This is again one of the groups that took part in the conquest of the Taraf checkpoint, the Syria Liberation Front, which led the assault, with several armored vehicles. The attack started on July 9. A probe before main attack, July 8, led to the destruction of a BMP-1 tinkered with briquettes of T-72 tank extra armor. Previously used during the assault against Taraf, the machine is visibly destroyed southwest of the checkpoint, just off the road that runs west, perhaps by aviation of the regime38. From June 30, a T-54 lo al-Sham legions, probably placed a little to the west of the checkpoint, shells Dahman with tank gun39. A heavy machine gun DShK 12.7mm is also used40. The Syria Revolutionnaries Front also uses the RAK-12 against Dahman. A local brigade of Maarat al-Numan also use a "hell canon"41. The approach is from the south-southwest, tanks (T-72AV and T-55M No. 397165 captured in Taraf, returned to service) in the lead. The traces of previous battles with the carcass of the BMP-1 destroyed are seen in the field. Fire support is provided by "hell canons" and makeshift mortars (perhaps grouped into battery). We can also see the wreckage of a T-72 tank on the levees around the checkpoint, around which the tanks of the rebels come to emboss. Several dead soldiers of the regime, killed in the fighting, are visible on the ground. Another T-55M, No. 397098, perhaps hit by a TOW missile before assault42, was seized by the rebels. A BMP-1 parked nearby was clearly hit, like the T-72 destroyed the levees, by a shot of "hell cannon" that destroyed his 73 mm gun. The tanks are once again in the lead to cover the infantry. Armed pick-ups with twin KPV 14.5 mm, 23 mm 2A7 guns or DShK anti-aircraft machine guns still provide protection. After winning the checkpoint, the insurgents are hiding behind levees that cover the approach from the east. The Syria Revolutionnaries Front is also present, bombards the checkpoint with a "hell canon" and commits several dozen men43. The number of armored vehicles assumes the formation of a true ad hoc mechanized unit, rebel side. The al-Sham legions also deployed several pick-ups with heavy machine guns44. Al-Nosra, which publishes a video of the attack on al-Dahman also on August 11, is still only concerned, obviously, with the bombing of the checkpoint. A handmade mortar, especially, the same as Taraf, located about 1 km north-northwest of al-Dahman, took part in the bombing. The video shows a hit on a vehicle (T-72? BMP-1? Other armor?). But it is not possible to say that this is indeed the mortar al-Nosra that has hit because the video is a montage of scenes briskly mixing Taraf and al-Dahman, besides the shooting probably will not all come visibly from al-Nosra45.




    Map :  Stéphane Mantoux et Mathieu Morant.




    Mounted on aFord pickup,aZU-23-2anti-aircraft gunof23 mmis about to openfire,shootingintightonal-Dahman.(Photo source:al-ShamCorps)-MathieuMorant.
    T-72AVof Syrianrebelsispicturedheremakingmovement towardal-Dahmanposition,7 July2014(Photo credit:AlMarraToday)-MathieuMorant.

    Southeastof the checkpointof al-Dahman, rebel fighters rest,sitting behindthe carcass of aBMP-1. The vehicle wasobviouslyhit by aprojectile (potentially from a"canonof hell") to the turret, destroying the barrel73 mm2A28Grom. Inthe background, riding on aberm, aT-72destroyed.(Photo source: S.R.G.CIdlib) -MathieuMorant.
    OnJuly 9, 2014, rebel fightersobservethe carcass ofBMP-1destroyedduring the fightingforal-Dahman.The vehicle wasmodifiedlocallyby addingreactive armorbricks:an illusoryprotection.(Photo source:al-ShamCorps)-MathieuMorant.

    T-55MNo.397098, probablyachieved byaTow missile,has been discoveredduring the assaultby Syrianfighters.After severalminutes of fightingto secure the area, the tankwas recovered...(Photo source: LensAbuDbak,Idlib)-MathieuMorant.

    Two Syrianfightershailcaptureof the T-55MNo.397098,which crossesthe carcass of theBMP-1destroyed.Note,in thebackpackof RPG ammo,an tandem anti-tankrocketCobraof Egyptian origin.(Photo source:al-AnsarbrigadeIdlib)-MathieuMorant.

    View ofone of the buildingsof the checkpointof al-Dahman,severely affectedby the fighting:again, cratesof ammunitionfor122 mmGradwere reusedfor protection,andfor the development ofpositionshots.(Photo source: LensYoungMa'arrawi)-MathieuMorant.

    Stuffed intopre-arranged firing position,a"canonof hell"has openedfire onal-Dahman.(Photo source:al-ShamCorps)-MathieuMorant.

    Proceeding toairdropfood containers, a helicopterMilMi8/17ofSyAAFisphotographed hereoverHamadiyahon 15July 2014(Photo source:IdlibSRGC)-MathieuMorant.


    The checkpointof al-Dahman,July 7, 2014,under fire fromrebelartillery.(Photo source:screenshot, Youtube)-MathieuMorant.















    Wreckof theBMP-1 destroyed to8July-Screen-Capture

    AnotherBMP-1preparesbefore the attack,Syria Liberation Front.-Screenshot.

    TheBMP-1hit by a"hell canon";rebelsregainits load.-screenCapture.

    July 8;BMP-1of the rebelsdestroyedduring a firstattempt.Aviation ?-CaptureScreen.

    Left, theBMP-1destroyed anda tankinvolved inthe attackon thecheckpointat the bottom-Capturescreen.

    SRF reinforcementsin the checkpoint-Screen-Capture

    TheRAK-12 of SRF still usedon Al-Dahman.screenshot.

    TheT-55in poor condition, possiblyhit by aTOW,recovered bythe rebels toal-Dahman.Severalbodies of soldiersof the regimeare visible.-screenCapture.

    T-55Mto the bottom andin the foregroundtheT-72probably destroyedbya shot from"hellcannon"onthelevees. -CaptureScreen.

    Bothtanksusedfor the assault onal-Dahman:T-55Mcaptured at Tarafand aT-72.-CaptureScreen.




    Below,videoof the Syria Liberation Frontshowingthe assault onal-Dahmanat ground level,closer to thefighters.






    Remote videoof the attackonal-Dahman.







    Summary table of armored vehicles engaged by Syrian rebels in assaults against the three checkpoints west-northwest of the military base Hamadiyah (Idlib province), in July 2014.



    Operations
    Number and types of armored vehicles engaged by Syrian rebels
    Hanajak
    2 T-62, Syria Revolutionaries Front (first assault, July 1).

    1 T-55M (second assault, July 16)


    Taraf

    2 T-62, Syria Revolutionaries Front

    3 T-72 (2 from Islamic Front, one AV ; 1 another T-72 AV).

    1 BMP-1, improvised armor, from T-72 reactive armor + some others BMP-1

    1 T-55 and 1 T-72 from al-Nosra, support fire, from 1 km to the north.



    Al-Dahman

    1 T-54 from al-Sham Legions, support fire.

    1 BMP-1, improvised armor, from T-72 = destroyed during combat.

    1 T-72AV

    1 T-55M n°397165 (taken in Taraf).




    Losses in armored vehicles incurred by the Syrian regime during during attacks against the three checkpoints west-northwest of the military base Hamadiyah (Idlib province), July 2014.



    Operations
    Losses of the regime

    Hanajak


    Not.

    Taraf







    1 T-55 M (n° 397165) taken by rebels.

    1 T-55M destroyed by TOW missile, eastern side of checkpoint.

    1 T-72 destroyed by TOW missile, about 150 m north of Hamadiya military base.


    Al-Dahman

    1 T-72 destroyed maybe par « hell canon » shot on the top.

    1 BMP-1 hit by « hell canon » on the gun and upper part of the hull, inside wreckaged by rebels.

    1 T-55M (n° 397098) maybe hit by TOW missile and taken by rebels.




    Losses in armored vehicles suffered by rebels in assaults against the three checkpoints west-northwest of the military base Hamadiyah (Idlib province), in July 2014.



    Operations
    Losses of the rebels

    Hanajak


    Not.


    Taraf


    Not.

    Al-Dahman

    1 BMP-1 with improvised armor, from T-72, destroyed (burned) July 8, maybe by plane.



    Conclusion


    The Syrian uprising has evolved considerably since the first clashes occurred in June 201146. From mid-2012, local groups that make up the bulk of the insurgent landscape begin to gather in larger coalitions across one or more provinces, and the whole country -the Islamic Front born in November 2013 was without doubt the most complete form of the process, but we also think of more recent coalitions, like the legions al-Sham, the Syria Revolutionaries Front... The numbers are increasing, as well as weapons, sometimes fed from the outside but mostly took on the regime (as illustrated by the example of tanks and armored vehicles, in decisive operations against the checkpoints around the base of Hamadiyah). The mobility of insurgents is also increasing with the introduction of many technicals and the use of civilian vehicles. Broader coalitions are formed to carry out more ambitious attacks against heavily defended sites that checkpoints or other local facilities.

    Nevertheless, the operations of the rebels often still retain a provincial or sub-provincial character, as seen very well in the case of offensive Idlib since spring 2014 The various rebel coalitions, and even the more powerful, struggling to coordinate their action at the country level or set of provinces. Although the rebels are better armed than at the beginning of the insurgency, the lack of heavy weapons to face support fire from the regime, especially artillery and aviation, is acute. In the case of successive attacks of the three checkpoints around the military base of Hamadiyah, we thus see that fire support and cover fire are the result of homemade weapons ("canons of hell ") or relatively light weapons, recoilless rifles of various models, heavy machine guns of 12.7 mm and 14.5 mm, guns ZU-23-2 of 23 mm, as stated M. Morant. That is why the rebels organize here a semblance of armored unit, with tanks T-54/55 / T-62 / T-72 and BMP-1 armored vehicles, to form the first wave of the assault. Indeed, artillery and support weapons are in short supply (S-60 57 mm are used, Harakat Hazm deploys a handful of M46 130mm plus light and heavy mortars of various groups, though makeshift mortars and guns are used, again according to M. Morant), armor provide protection for the infantry, conduct fire support remotely and are highlighted in direct attacks. However, there is some fluidity in the use of armor between armed groups - the Islamic Front "paying" several T-72 while it has relatively minor role in the operations. These characteristics also explain the patient approach of positions relatively weakly defended as checkpoints : firing tanks or anti-tank missiles (TOW example), prior bombing, destruction of vehicles placed at important places, etc. And the choice of relatively soft targets, as external bases checkpoints, which avoid unnecessarily sacrifice, for exampl the tanks that would be too exposed. There is also attention to potential health injuries (two examples of medics closer in two of the four assaults). Moreover, insurgents sometimes refurbish quickly capturedarmor , as shown by the example of the T-55M which may have touched by the TOW missile at al-Dahman on July 9 and reused a week later in the second assault against Hanajak, or that of the T-55M captured on July 7 and Taraf employee al-Dahman two days later. TOW missiles seem to be directly used to destroy armor of the regime, usually embossed in defensive positions or cover, or sent to stop or slow down any attack against loyalist soldiers. We also note that the rebels are concerned by fratricide fire.

    The significant gains achieved by the insurgency in the province of Idlib since the months of March-April 2014 show that the rebel groups still retain a fighting power and spirit, particularly in areas where the regime is not capable to reinforce isolated garnisons. It had, it should be noted, lifted once the seat of the two bases of Wadi Deif and Hamadiya in April 201347. But the offensive of spring and early summer, relatively coordinated across the province, shows that the rebels are about to return in the siege to Hamadiya or Wadi Deif. Note also the intervention, in assaults of the three checkpoints west / northwest of Hamadiyah, of rebel formations mostly for the Free Syrian Army label, as the Syria Revolutionaries Front promoted since December 2013 by the Saudi Arabia, which has received TOW missiles, like other groups present here (as FSA 13th Division). The ability of these armed groups supported by the United States, however, is undermined recently by the offensive of al-Nosra in Idlib province, which seeks to recover a bastion after the loss of its eastern base in favor of Islamice State, by seizing the territory of the Syria Revolutionaries Front in particular48. Al-Nosra simply struggling to survive against the huge challenge posed by the rise of the Islamic State49. It is interesting to note, moreover, that al-Nosra working away with groups involved in the assault of three checkpoints early July before turning against some before the end of the month. The Syrian conflict is extremely unstable, the situation on the ground changes very quickly : just measure the number of events since the fall of Mosul, there are only two months, to realize.



    3Joseph HOLLIDAY, The struggle for syria in 2011. An operational and regional analysis, MIDDLE EAST SECURITY REPORT 2, Institute for the Study of War, 2011, p.21-22.
    16Thanks to Yalla Souriya for the help.
    18Thanks to Yalla Souriya for the help.
    46Jeffrey White, Andrew J. Tabler, Aaron Y. Zelin, SYRIA’S MILITARY OPPOSITION. How Effective, United, or Extremist ?, Policy Focus 128, SYRIA’S MILITARY OPPOSITION, THE WASHINGTON INSTITUTE FOR NEAR EAST POLICY, septembre 2013.

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    Cet  atlas édité par les éditions Argos, relativement récentes, et dont j'ai commenté plusieurs ouvrages reçus en service presse, est en fait composé d'extraits du magazine Carto, qui propose un certain niveau de vulgarisation en géographie et qui est édité par Areion (DSI, Histoire et Stratégie, etc). Le sommaire est thématique, soit divisé par continent (Europe, Moyen-Orient, Afrique, Asie, Amériques) ou par grand thème (Environnement, Enjeux internationaux).

    A dire vrai, comme j'ai acheté nombre de numéros de Carto en 2012, j'ai retrouvé beaucoup de choses déjà lues dans cet Atlas. D'autant qu'il n'y a rien de plus pour compléter cette compilation : pas d'introduction ni de conclusion générale, pas d'index, pas d'articles revus et augmentés pour l'occasion. C'est un peu dommage pour qui est déjà un lecteur de Carto, il peut se dispenser de cet atlas.

    Pour celui qui ne l'est pas, il trouvera une base de données et de cartes assez intéressantes, quoique toutes les cartes ne soient pas forcément très lisibles. Il y a néanmoins de nombreux thèmes ou pays intéressants ou méconnus qui sont évoqués. Parmi d'autres : artificialisation des terres en France, immigration en Norvège, la charia, etc. Par ailleurs, l'évolution des événements fait que l'atlas est déjà en grande partie daté sur les événements les plus récents, comme on peut le voir à propos du conflit syrien (p.46-47) ou bien d'autres sujets. Ce qu'il gagne en volume par le nombre de cartes, de données et de documents, l'atlas le perd aussi parfois par la faible ampleur du texte d'accompagnement/commentaire et donc de l'explication des documents présentés. Sans parler du fait qu'il n'ajoute rien à ce qui est déjà publié dans Carto...




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    Quelques nouvelles à propos des publications de mes collègues sur le blog collectif L'autre côté de la colline -de mon côté j'ai bien du mal à honorer mes engagements en raison de mon activité d'écriture, en particulier sur le conflit syrien...


    - Adrien Fontanellaz revient sur Aurore 8, la première bataille de Fao pendant la guerre Iran-Irak.


    - De mon côté, j'ai pu seulement mettre à jour rapidement le gros article sur l'armée impériale russe pendant la Grande Guerre (1914-1917), et il faudra encore probablement le faire car il y a d'autres références à exploiter.

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    Shelby Stanton est un ancien capitaine des Special Forces qui a servi pendant la guerre du Viêtnam en Thaïlande. Il a écrit après la guerre plusieurs ouvrages consacrés au conflit, dont celui-ci que j'avais commenté ici-même, et cet autre, également fiché ici. Stanton se classe plutôt dans le courant historiographique révisionniste, qui estime que la guerre aurait pu être gagnée par les Américains et que l'armée américaine n'a pas failli. Cependant, il est loin des excès d'un H. Summers, on pourrait le qualifier de compagnon de route du "révisionnisme". Ce livre-ci est consacré aux Special Forces en Asie du Sud-Est et non au seul Viêtnam, car de fait, les SF sont également intervenues dans les pays voisins, parfois avant le Viêtnam lui-même. Sans surprise, l'ouvrage de Stanton est avant tout un récit détaillé des opérations impliquant les SF, avec un minimum d'analyse. En revanche, cette fois-ci, les notes sont reportées à la fin de chaque chapitre.

    De petits détachements de Special Forces sont présents en Asie dès 1956. Cependant, le processus naît vraiment avec la création du 1st Special Forces Group basé à Okinawa, en 1957. Durant les premières années de son existence, les SF entraînent surtout les unités de pays alliés à former des forces spéciales : Taïwan, Corée du Sud et Sud-Viêtnam, aussi. Les SF participent ensuite à des exercices plus ambitieux aux côtés de l'armée thaïlandaise pour prévenir une guérilla communiste.



    En 1959, les SF, opérant en civil, du 77th SFG, sont envoyées au Laos pour aider à la reconstruction de l'armée laotienne. Mais les Américains peinent à travailler, notamment, de concert avec les Français. En 1960, les SF se retrouvent engagés au combat après un coup d'Etat qui fait basculer le pays dans la guerre civile, suivi d'une contre-attaque organisée par les Etats-Unis. Après la trêve en mai 1961, 300 hommes des SF participent à l'encadrement des forces armées laotiennes dans le cadre du programme White Star. Ils encadrent en particulier les tribus Kha et Méos, qui ne disposent que des surplus de la Seconde Guerre mondiale alors que les communistes du Pathet Lao sont équipés d'armes plus modernes par le Nord-Viêtnam quand le conflit reprend en 1962, avant la neutralisation. Les SF sont devenues le principal élément de contre-insurrection des Etats-Unis, mais ce premier engagement n'est guère concluant, mais s'il a permis de faire travailler les SF avec la CIA et d'autres instances.

    Les SF sont également présentes au Viêtnam dès 1957. Leur tâche principale va être de recruter et de former les montagnards, un groupe divers méprisé par les Viêtnamiens, pour contrer la mainmise du Viêtcong sur les campagnes et les zones peu accessibles au gouvernement. En février 1962, un premier détachement s'installe auprès des Rhade, dans la province de Darlac, près de Buon Enao. L'expérience fait tâche d'huile et en août, 5 équipes ont déjà organisé 10 000 Rhade pour ces missions. Le Viêtcong contre-attaque cependant et les SF subissent leurs premières pertes au combat. Le régime de Diêm n'apprécie guère l'effort américain à destination des montagnards et le fait sentir.

    Fin 1962, le 5th SFG arrive au Viêtnam ; Nha Trang devient le QG des SF. En janvier 1963, Plei Mrong, près de Kontum, est le premier camp des SF à être submergé par un assaut viêtcong, lors du développement des SF au Viêtnam, codé opération Switchback jusqu'en juillet 1963. En mars, Diêm aligne officiellement ses forces spéciales aéroportées sur les SF américaines. C'est le 1er novembre, la veille du jour où Diêm est assassiné lors d'un coup d'Etat, que les SF reçoivent pour mission de surveiller les frontières du Sud-Viêtnam en priorité. 18 camps sont bâtis à cet effet jusqu'en juin 1964. Les SF héritent aussi des forces paramilitaires organisées par la CIA comme les Hoa Ho ou les Cao Dai. Après la chute d'un camp dans le delta, les SF recrutent des mercenaires nungs, d'origine chinoise. Les assauts viêtcongs profitent souvent de complicités à l'intérieur des garnisons et d'un relâchement de la défense. Les relations entre les SF et leurs homologues sud-viêtnamiennes ne sont pas bonnes, d'autant plus après la révolte des montagnards en septembre 1964, qui après avoir massacré les Sud-Viêtnamiens dans les camps, sont ramenés au calme par les Américains.

    Le 5th SFG arrive au complet des Etats-Unis pour revigorer l'effort des SF en octobre 1964. Jusqu'à l'intervention directe des troupes américaines, les SF jouent le rôle de brigade de pompier pour parer aux assauts viêtcongs, de plus en plus hardis. Des combats particulièrement durs ont lieu sur les Hauts-Plateaux, le long de la route 19, en février-mars 1965. En juin 1965, le camp de Dong Xoai a bien du mal à résister à l'assaut de deux régiments viêtcongs. Dans le delta, les SF mettent en place une surveillance de la frontière mais ont du mal à recruter des hommes fiables. Autour de Saïgon, la présence du Viêtcong est tellement forte que les SF se concentrent sur l'interdiction et l'assaut sur les camps de base adverses.

    Les SF contribuent à la conservation de la province côtière de Bin Dinh. A la fin de 1965, elles alignent plus de 1 500 hommes, 78 camps avec près de 30 000 hommes et 2 300 Nungs. En octobre, l'attaque du camp de Plei Me voit l'entrée en scène d'une des premières grandes formations américaines engagées sur le terrain, la 1st Cavalry Division. Mais, en janvier 1966, le camp de Khe Sanh, à l'extrême nord-ouest du Sud-Viêtnam, est assailli. Les SF en abandonnent bientôt la garde aux Marines. Plus grave, deux mois plus tard, le camp de A Shau est abandonné après un assaut en règle : or cette vallée va servir de canal pour les concentrations ennemies dirigées vers l'intérieur, notamment Hué. A l'été 1966, les SF commencent à s'attaquer aux routes d'infiltration au sud, renforcées par les unités régulières qui s'engagent de plus en plus au feu.

    Les camps des SF, qui répondent à trois modèles généraux avec des adaptations locales, nécessitent une logistique importante. Dès mars 1967, les SF installent des camps dans les War Zones C et D, des camps de base viêtcongs au nord de Saïgon. L'adversaire réagit immédiatement et attaquent les camps en force, parfois avec succès, parfois sans, comme à Loc Ninh en octobre. Alors que les camps le long de la frontière des Hauts Plateaux sont retirés vers l'intérieur, celui de Dak To, attaqué dès le mois de mai, voit des combats acharnés en octobre-novembre ; de ce fait, le dispositif des camps est ramené vers la frontière et renforcé. Les SF construisent aussi le camp de Con Thien, assaili aussi entre mai et octobre 1967, et celui de Lang Vei pour remplacer Khe Sanh, attaqué également en mai.

    Pendant l'offensive du Têt, les SF se retrouvent engagés dans un combat conventionnel, en particulier en combat urbain, dans les localités investies par le Viêtcong, particulièrement sur les Hauts-Plateaux. Or les troupes encadrées sont peu aptes à ce type de combat. Le camp de Lang Vei subit le premier assaut blindé de la guerre, avec une dizaine de PT-76 : les pertes sont particulièrement lourdes. En mai 1968, le camp de Kham Duc, le dernier au nord-ouest du Sud-Viêtnam, est également abandonné après un assaut nord-viêtnamien. Les SF renforcent la protection antichar de leurs camps. En outre, cette année-là, les pertes et les besoins sont tels que de nombreux hommes n'ont pas la qualification SF, les volontaires diminuant et l'expérience aussi.

    Le général Abrams remplace le programme CIDG des SF et le divise en deux parties : les camp strike forces, environ 40 000 hommes, constituent les garnisons des camps ; les mobile strike forces sont des unités capables d'intervenir partout au Sud-Viêtnam (10 000 hommes environ). Les Viêtcongs lancent, sans succès, de nouvelles attaques contre les camps de la région de Saïgon en août-septembre 1968. C'est aussi en 1968 qu'est créé, à partir du détachement B-57, le projet Gamma, une mission de collecte de renseignements sur les zones adverses le long de la frontière et jusqu'au Cambodge. Dès octobre 1964, le projet Delta, à partir du détachement B-52, avait constitué des équipes pour la reconnaissance profonde, au Sud-Viêtnam, au milieu des sanctuaires ennemis, avec utilisation d'armes et d'uniformes adverses par les indigènes qualifiés. Les missions sont particulièrement dangereuses et les débuts laborieux. Plus tard, les SF formeront les Long Range Reconnaissance Patrols (LRRP). Les projets OMEGA et SIGMA calquent Delta, bien qu'un peu plus conventionnels, pour les commandement militaires du nord du Sud-Viêtnam et celui du sud (I et II Field Forces). Les SF participent également au MACV-SOG, créé en janvier 1964, qui conduit des opérations en Laos (Shining Brass puis Prairie Fire) et au Cambodge (Daniel Boon puis Salem House), ainsi que dans la zone démilitarisée (Nickel Steel) séparant les deux Viêtnams. La participation des SF au MACV-SOG est leur première utilisation dans un rôle de reconnaissance stratégique.

    Les SF disposent aussi rapidement de leur propre marine fluviale dans le delta du Mékong, mais les premiers aéroglisseurs n'arrivent qu'en octobre 1966. La collaboration est difficile avec les Sud-Viêtnamiens et l'adversaire particulièrement redoutable, notamment via les mines, les booby traps et embuscades savamment préparées. Moc Hoa devient la base des aéroglisseurs. Les opérations durent jusqu'à la fin de l'année 1970, date du retrait des SF du secteur.

    Les Mike Forces sont les héritières des Eagle Flights, forces de réaction rapide pour les camps des SF, créées dès octobre 1964. Elles servent à la défense des camps attaqués, aux raids, ou de réserve. Les SF créent aussi des Mobile Guerilla Forces qui s'enfoncent dans les sanctuaires adverses pour de courtes périodes, dans les opérations dites Blackjack. Le but recherché n'est pas la collecte de renseignements mais bien la destruction de l'adversaire. Les opérations Blackjack se complexifient avec le temps, comprenant même parfois une composante amphibie. Des Mobile Strike Commands plus conséquents sont créés début 1968 pour s'attaquer aux bastions viêtcongs imprenables jusque là, comme les Sept Montagnes dans la province de Chau Doc, en mars 1969.

    Les camps des SF sont maintenus près des frontières, pour des raisons politiques, même après l'arrêt du retrait américain par Nixon. Ils sont donc exposés à des assauts de plus en plus massifs et conventionnels, comme Ben Het en 1969 ou Dak Seang en 1970. Les SF se retirent en mars 1971 avec le départ du 5th SFG.

    Précédemment, les SF prennent également part, le 21 novembre 1970, au fameux raid de Son Tay pour libérer -en vain- des prisonniers américains au Nord-Viêtnam. Les SF créent ensuite le Special Mission Service sud-viêtnamien en janvier 1972 pour prendre la relève. Elles continuent d'opérer sur la base du MACV-SOG à Nakhom Phanom en Thaïlande. Lors de l'offensive de Pâques 1972, les SF sont engagés comme infanterie notamment à Kontum mais aussi plus tard lors de la contre-attaque pour reprendre Quang Tri. A partir de 1966 et jusqu'en mars 1972, les SF sont basées en Thaïlande où elles forment les troupes locales engagées au Viêtnam et contrent les incursions adverses, notamment vers les bases américaines. Après le coup d'Etat au Cambodge de mars 1970, elles entraînent également l'armée locale, mais doivent en parallèle, en 1972, réentraîner les Sud-Viêtnamiens !

    En conclusion, l'auteur rappelle que les SF ont été employées en Asie du Sud-Est bien au-delà de la mission qui leur était dévolue au départ. Elles ont non seulement contribué à former les armées des alliés, mais ont aussi été engagées comme infanterie, sans compter le programme CIDG. Pour l'auteur d'ailleurs, la dissolution de ce programme a libéré les SF d'un grand fardeau. Le 1st SFG, dissous en juin 1974, est pourtant recréé moins de dix ans plus tard.

    Le livre de Stanton a son utilité, à savoir fournir un premier aperçu utile de l'action des Special Forces en Asie du Sud-Est pendant la période concernée. Il est très clair sur l'évolution des missions et les différences entre les projets spéciaux, par exemple, ce qui est appréciable. Le livre est illustré par de nombreuses cartes qui malheureusement sont toutes reportées en fin de volume, ce qui oblige à jongler entre les pages pour se repérer correctement. Mais Stanton, soucieux de défendre l'honneur et l'action de son corps d'origine, laisse de côté une analyse un peu plus poussée des SF au Viêtnam. L'hostilité latente avec les Sud-Viêtnamiens, et même celle relevée à l'égard des Français au Laos, masquent mal un problème sérieux : les SF ont de fait joué le rôle qu'auraient dû tenir les Sud-Viêtnamiens. En établissant un contact fructueux avec les Montagnards et en remplissant les missions qui auraient dû revenir aux forces spéciales sud-viêtnamiennes, elles se sont substituées à des acteurs locaux qui n'ont jamais eu l'occasion d'être formés à ces missions et de les assumer. Les limites du texte, qui s'arrêtent donc à un récit dépourvu de commentaire ou presque, se comprennent assez bien si l'on songe que la bibliographie mentionnée en fin de volume ne contient que des documents publiés par les SF pendant la guerre et une dizaine de sources secondaires. Difficile pour Stanton de faire mieux sur ce sujet, même s'il apporte des témoignages que l'on ne trouve pas dans les publications officielles américaines sur la contribution des SF au Viêtnam. Il a néanmoins su montrer dans les deux ouvrages que j'ai fichés précédemment qu'il était capable, parfois, au détour des lignes, d'aller un peu plus loin dans l'analyse. 



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    Merci à M. Morant pour l'aide apportée dans la rédaction de ce billet, en particulier sur l'identification des matériels.


    Après avoir analysé l'assaut des rebelles syriens sur 3 des 4 checkpoints entourant la base militaire d'Hamadiyah (province d'Idlib), en juillet 2014, avec Mathieu Morant1, je me propose cette fois de revenir sur une autre opération menée par les rebelles syriens, dans un contexte militaire complètement différent. Le siège de Mleha, en effet, ne se déroule pas en milieu rural, où se situait la base d'Hamadiyah (même si elle jouxte la localité de Maarat-al-Numan), mais à proximité immédiate de Damas, la capitale, dans un espace densément urbanisé. Je me concentre ici volontairement, encore une fois, du côté rebelle, et je n'évoquerai les forces du régime qu'en contrepoint2. Les acteurs et les formes de combat changent mais l'on peut aussi distinguer des caractéristiques communes, sur le plan tactique, au sein du paysage insurgé. L'analyse portera ici plus particulièrement sur la tentative réussie de forcer le blocus autour de Mleha par les rebelles, depuis l'extérieur en particulier, le 3 août 2014, qui est l'oeuvre, principalement, d'une des formations rebelles les plus puissantes : Jaysh-al-Islam.




    Mleha : un siège de 135 jours (3/4 avril-14 août 2014)


    La ville de Mleha, au sud-est de Damas, a été le théâtre d'une bataille acharnée entre le régime syrien et les rebelles depuis le mois d'avril 2014 jusqu'au 14 août. Les forces du régime commencent leur assaut le 3 avril, alors même qu'elles renouvellent également leur offensive contre le quartier de Jobar, dans l'est de la capitale. Mleha est en effet considérée comme une des portes d'entrée de la Ghouta orientale, encore tenue par les rebelles, malgré l'encerclement mis en place par les forces du régime autour de cette dernière région (qui a également connu les attaques chimiques du mois d'août 2013) et les combats dans le Qalamoun (depuis l'automne 2013), région montagneuse voisine du Liban d'où provenait une partie du ravitaillement de la Ghouta orientale. Le 2 mai, les rebelles lancent une contre-attaque et parviennent à occuper la partie nord de la ville voisine de Jaramana, où de nombreux Druzes servent au sein des forces pro-régime3. Dès le lendemain, les forces du régime contre-attaquent et avancent jusqu'au coeur de la ville le 4 mai ; le Hezbollah joue un rôle notable dans cette percée. Le 5 mai, un contingent de rebelles arrive de Douma et engage les forces du régime qui installent le siège de la localité. 




    3 cartes montrant l'évolution des lignes de front à Damas et sa banlieue, ainsi que dans l'est de la Ghouta. Mleha est sur le flanc ouest de la zone tenue par les rebelles dans la Ghouta orientale.
     

    A ce moment-là, le régime a déjà engagé à Mleha des formations de la Garde Républicaine (qui chapeautent le siège en quelque sorte), certains éléments survivants de l'ancienne 4ème division blindée, autre formation prétorienne du régime, les Forces Nationales de Défense, des conseillers militaires iraniens, des miliciens irakiens (dont la nouvelle milice Liwa Assad Allah al-Ghaleb4), d'autres milices (comme la Garde Nationaliste Arabe5) et même le Hezbollah6 (une brigade complète), autrement dit une bonne partie de l'éventail des forces à sa disposition. Les drones iraniens sont également aperçus en mai au-dessus de Mleha. L'aviation du régime intervient de manière particulièrement soutenue au-dessus de la ville. Les forces du régime, dès qu'elles rencontrent trop de résistance, se retirent pour laisser l'aviation et l'artillerie écraser toute opposition, probablement pour limiter les pertes en infanterie. Cela n'empêche pas le général Hussein Ishaq, commandant la défense antiaérienne du régime (une branche de l'armée de l'air) d'être tué dans les combats le 18 mai7. Côté rebelle, les combats sont essentiellement conduits par Jaysh al-Islam8, le groupe de Zahran Alloush (membre du Front Islamique), le front al-Nosra et quelques autres groupes armés locaux, comme le corps al-Rahman9 (une brigade à Mleha ; une autre, équipée de missiles TOW américains, opère dans l'est du Qalamoun), mais aussi les brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa10, membres de l'Union Islamique Ajnad al-Sham11, la coalition rivale de Jaysh al-Islam à l'est de Damas née en novembre 201312

    Carte de localisation de Mleha par rapport à Damas.-Stéphane Mantoux.
     

    Coincés à l'intérieur de la ville encerclée par le régime à partir du 9/10 juillet, les rebelles tentent une première sortie le 16 juillet, précédés de l'explosion d'un kamikaze du front al-Nosra. Plusieurs centaines de combattants tentent ensuite de force le blocus à partir du 3 août, en rejoignant les rebelles encerclés. Mais le régime resserre l'étau et les assiégés, pilonnés par l'aviation et l'artillerie, sont contraints d'évacuer la ville dix jours plus tard. Les 400 derniers insurgés évacuent Mleha en direction de Jisreen et Kfar Batna, au nord, laissant derrière eux leurs morts et leurs armes lourdes. Le Front Islamique évacue aussi le village d'al-Bulaha. Les combats durant les deux derniers jours du siège ont été particulièrement acharnés : les combattants irakiens pro-régime auraient perdu 45 tués, revendiquant la mort de 115 rebelles. Les rebelles ont réussi à tenir en utilisant, notamment, de nombreux tunnels pour assurer leur logistique (dont un mesurant plus d'un kilomètre de long), rendant la progression des forces pro-régime particulièrement difficile13.


    Jaysh al-Islam : un exemple de groupe rebelle au combat


    Jaysh al-Islam (Armée de l'Islam), le groupe qui pilote l'essentiel des forces rebelles pendant le siège de Mleha, est le résultat de la recomposition du paysage des insurgés syriens après les attaques chimiques du 21 août 2013 et l'accord négocié avec le régime. Le groupe naît le 29 septembre 2013 de la fusion d'une cinquantaine de groupes armés opérant essentiellement dans la région de Damas. Le noyau du mouvement est cependant Liwa al-Islam14, un des groupes rebelles les plus puissants du moment, né dès l'été 2011 et devenu Liwa al-Islam en 2012 ; c'est l'une des factions les plus actives à l'est de Damas15. Très critique du label Armée Syrienne Libre et de la représentation politique extérieure de l'insurrection, Liwa al-Islam, dirigé par Zahran Allousch, reçoit alors le soutien de plus en plus marqué de l'Arabie Saoudite16. Près de deux mois plus tard, Jaysh al-Islam rejoint 6 autres groupes pour constituer la coalition la plus puissante formée jusqu'ici par l'insurrection syrienne, le Front Islamique, créé le 22 novembre 201317. Zahran Alloush prend d'ailleurs la tête des opérations militaires de cette nouvelle coalition où Jaysh al-Islam côtoie Ahrar al-Sham et Liwa al-Tawhid, deux des autres groupes parmi les plus puissants du paysage insurgé. 

    Emblème de Liwa al-Islam, composante principale de Jaysh al-Islam.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/40/Jaysh_al-Islam_logo.jpg


    Emblème de Jaysh al-Islam, calqué sur celui du Front Islamique.-Source : https://www.facebook.com/islamarmynews/photos/a.561350980635794.1073741825.561251493979076/561353073968918/?type=1&permPage=1


     

    Zahran Alloush, le chef de Jaysh al-Islam, est connu pour ses discours enflammés insistant sur une guerre sectaire, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis d'autres rebelles, y compris au sein du Front Islamique. C'est également un adversaire farouche de l'EIIL dès 2013, devenu Etat Islamique (EI) en juin 2014, ce que l'on peut voir au moment de l'escalade menant à l'offensive rebelle anti-EIIL en janvier 201418. En revanche, Alloush a longtemps entretenu de bonnes relations avec le front al-Nosra, avec lequel son groupe a combattu dans la région de Damas. En juillet 2014, Jaysh al-Islam a annoncé sa fusion avec une autre composante du Front Islamique, Suquour al-Sham. On retrouve là des fractures préexistantes à la création du Front Islamique en novembre 2013. Les deux groupes faisaient en effet partie d'une coalition précédente, le Front Islamique de Libération de la Syrie, né en septembre 2012, aux côtés de Liwa al-Tawhid, autre formation du Front Islamique. Au contraire, d'autres composantes du Front Islamique, et notamment Ahrar al-Sham, étaient eux partie intégrantes du Front Islamique Syrien, créé le 21 décembre 2012. Jaysh al-Islam et Suqour al-Sham regroupent ensuite sous leur bannière d'autres groupes importants dans une nouvelle alliance comprenant 18 signataires, parmi lesquels le Front des Révolutionnaires Syriens19, Harakat Hazm20, Jaysh al-Mujahideen21, l'Union Islamique Ajnad al-Sham, les brigades Noureddine al-Zanki, les légions al-Sham22, Liwa al-Haaq et les Boucliers de Protection23. A partir des 20-21 juillet, Jaysh al-Islam est en point dans le combat contre la présence de l'Etat Islamique à Yalda, un faubourg très contesté du sud de Damas, aux côtés de l'Union Islamique Ajnad al-Sham, du front al-Nosra et de groupes liés au label ASL24. Jaysh al-Islam cherche à tout prix à éviter que l'EI s'implante de manière trop prononcée dans la région de Damas, qu'elle considère comme sa chasse gardée. 

    Zahran Alloush, le chef de Jaysh-al-Islam.-Source : http://3.bp.blogspot.com/-1LpsQAe_DAk/UrzCjMRNfPI/AAAAAAAAFB8/8gq9j2jK0XE/s1600/20131123-185350.jpg
     


    Une autre caractéristique importante de Jaysh-al-Islam est d'être un groupe rebelle assez bien pourvu en armement lourd. Le 6 octobre 2012, Liwa-al-Islam capture deux lanceurs SA-8 Gecko avec au moins six missiles25. Jaysh al-Islam utilise plusieurs fois les missiles SAM, notamment contre les hélicoptères : le 17 janvier 2014, un Mi-17 est ainsi peut-être abattu par le groupe avec un SA-8 au-dessus de Daraya, au sud de Damas26. Plus impressionnant encore bien que purement symbolique, Jaysh al-Islam a été capable de récupérer 2 avions L-39ZA sur la base aérienne de Kshesh, tombée le 12 février 2013, où opéraient justement 3 escadrilles utilisant cet appareil ; le groupe a pu tourner une vidéo où on voit les L-39 évoluer sur une piste27. Jaysh al-Islam aurait mis à profit l'argent saoudien pour corrompre un officier de la 4ème division blindée, unité prétorienne du régime Assad, et acquérir 2 chars T-72AV et 2 véhicules de combat BMP-1, sans que l'on ait davantage de détails sur cette affaire. Le groupe dispose aussi d'au moins un automoteur antiaérien ZSU 23/4 de prise. En outre, il a développé ses propres ateliers artisanaux pour aménager les véhicules blindés capturés, et les modifications apportées constituent peut-être sa plus grande originalité par rapport à d'autres groupes rebelles tout aussi bien équipés en véhicules blindés. Sa flotte comprend plusieurs chars de combat : des T-72AV, dont un exemplaire modifié localement (blindage frontal et arrière renforcé), des T-72M1, et des T-55, dont un modèle T-55M, dont le blindage a été une nouvelle fois modifié dans leurs ateliers. Plusieurs blindés BMP-1 et AMB-S complètent la flotte de Jaysh al-Islam. Capturés en nombre important dans la région de Damas, des automoteurs ZSU-23/4 sont souvent utilisés pour l'appui au sol, comme le montre l'exemple de Mleha. S'il est difficile d'établir le nombre exact de chars et blindés en service avec Jaysh al-Islam, certaines vidéos publiées par le groupe montrent 2 T-72AV, 1 T-72M1, 3 BMP-1, 1 AMB-S et deux automoteurs ZSU-23/4 évoluer en convoi : ce n’est pas la flotte la plus impressionnante de l’insurrection syrienne, et Jaysh al-Islam n’en fait qu’une utilisation limitée sur le plan tactique, comme le montre l’exemple choisi à Mleha. Cependant, il est important de savoir que cette flotte existe pour comprendre les conditions de l’affrontement décrit.


    Aperçu du matériel blindé de Jaysh al-Islam : en tête, le ZSU 23/4 que l'on retrouvera à Mleha.-Source : https://pbs.twimg.com/media/Bj5bAcpCEAAGGMJ.jpg:large



    Forcer le blocus : dimanche 3 août 2014


    Le dimanche 3 août 2014, les rebelles basés à l'extérieur de Mleha lancent une attaque pour secourir les quelques centaines d'insurgés pris au piège dans la ville depuis le 9 juillet, soit 24 jours29. Cette attaque se combine avec une poussée des assiégés en direction de la pince attaquant depuis l'extérieur. Elle s'ouvre par l'explosion d'un kamikaze du front al-Nosra lancé sur les positions du régime dans un BMP-1 bourré d'explosifs30. L'aviation du régime est particulièrement active pour soutenir la contre-attaque des forces au sol et lance pas moins de 5 raids sur Mleha pour la seule journée du 5 août31. L'offensive pour s'ouvrir une voie jusqu'aux assiégés de Mleha est conduite essentiellement par Jaysh al-Islam, qui y perd des combattants, comme Abdul Rahman al-Dirani32. Dès le 7 août cependant, le régime réussit à refermer le siège autour des défenseurs de la ville. Le 12 août, ce sont pas moins de 11 raids aériens qui frappent Mleha33 ainsi que 22 frappes d'artillerie34. Le 13 août, on compte encore 7 raids aériens et une dizaine de tirs de missiles sur la localité35. Le 14 août, les 400 derniers rebelles pris au piège dans Mleha se retirent de la ville36. Selon le conseil local de la ville, les rebelles auraient perdu 400 tués durant le siège de 4 mois, tandis qu'un millier de combattants du régime y aurait perdu la vie, sans parler de dizaines de véhicules détruits lors des combats37. Toujours selon la même source, dès le lendemain, les miliciens des Forces Nationales de Défense mettent la ville au pillage38.






    Abu Alaa al-Tunisi, le kamikaze du front al-Nosra devant le BMP-1 bourré d'explosifs qui va ouvrir la voie.







    Positions tenues par le régime autour de Mleha (cercles rouges) et attaques rebelles pour faire la jonction, sur le corridor nord (flèches jaunes).-Stéphane Mantoux.




    Les mouvements de Jaysh-al-Islam lors de la percée du 3 août, d'après les vidéos du groupe. En rouge, les positions du régime.-Stéphane Mantoux.






    Groupes/coalitions rebelles engagés
    Remarques

    Jaysh-al-Islam (Front Islamique)

    Conduit l'essentiel de l'effort depuis l'extérieur, le seul à mettre en ligne des moyens blindés.


    Front al-Nosra

    Lance un BMP-1 kamikaze peut-être piloté par un étranger (Tunisien?) pour ouvrir la voie à l'assaut des autres formations.


    Brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa (Union Islamique Ajnad-al-Sham)


    Participe à la percée, mais incertitude sur le rôle exact (depuis l'extérieur, l'intérieur ?)


    Corps al-Rahman (dispose de missiles TOW américains, proche du label ASL)


    Participe à la percée, probablement depuis l'extérieur.


    La première vidéo mise en ligne par Jaysh al-Islam sur la percée du 3 août montre l'insertion des premiers combattants à travers le corridor au nord de Mleha, un espace ouvert mais battu par le feu des positions du régime de part et d'autre, à l'ouest et à l'est. Ce corridor constitue le passage obligé pour faire la jonction avec les assiégés. Les fantassins, qui portent un bandana bleu pour éviter les tirs fratrices, s'élancent à découvert pour rallier la protection fournie par les bâtiments, en s'abritant au passage derrière une carcasse de T-72 restée sur le terrain. Au moins un des assaillants est tué pendant la progression. Un tir de suppression est fourni par un tireur au RPG-739. Sur cette première vidéo, les assaillants évoluent peut-être, depuis le nord, sur le flanc ouest du corridor, à l'ouest de l'usine de caoutchouc (Rubber Plant), ce qui laisserait à penser, comme le confirme l'une des vidéos suivantes, que l'objectif est bien d'empêcher les tirs du régime sur le corridor visé en nettoyant les flancs ouest et est. Une deuxième vidéo montre un bâtiment investi par Jaysh al-Islam avec des vivres, en particulier, abandonnés par les hommes du régime40. La troisième vidéo révèle quelques prises matérielles dans le même bâtiment : un gilet pare-balles, un fusil de précision Dragunov, un RPG avec des munitions41. La quatrième vidéo montre un T-72 de Jaysh al-Islam franchissant une levée de terre devant la mosquée de Dalati, sur le flanc est du corridor, puis progressant vers l'est pour couvrir l'assaut de fantassins sur le bâtiment immédiatement au sud-est de la mosquée, tenu par les forces du régime et qui permet lui aussi d'arroser le corridor emprunté par les rebelles42. Le bâtiment est pris après un assaut en règle d'au moins une dizaine de fantassins, dont un tireur RPG (il semble bien que ce soit celui dont on voit l'intérieur précédemment, avec les prises). Une cinquième vidéo, un peu plus longue, postée un peu plus tard, le 10 août, donne un aperçu général de l'assaut. On y voit les commandants de Jaysh-al-islam effectuer une reconnaissance visuelle du corridor et déterminer les axes d'assaut sur un écran représentant une vue satellite du champ de bataille : il apparaît bien, comme le confirment les vidéos précédentes, que la tentative de jonction avec les assiégés passe par le nettoyage des flancs du corridor, de façon à ce que celui-ci ne soit pas battu par les tirs des forces du régime. Un T-72, celui déjà vu précédemment, et le ZSU 23/4 de Jaysh-al-islam couvrent les fantassins. La caméra filme aussi un raid d'un MiG-23 du régime pris à partie par plusieurs pièces antiaériennes montées sur pickups43.

    Un T-72 de Jaysh al-Islam couvre la progression des fantassins.

    A l'abri derrière un T-72, les hommes de Jaysh-al-Islam approchent de leur objectif.

    Une carcasse de T-72, appartenant probablement au régime, sert de couvert aux combattants de Jaysh-al-Islam lors d'un bond dans le corridor.

    L'assaut. Les combattants de Jaysh-al-Islam se lancent en terrain découvert en passant par un trou réalisé dans le mur d'un bâtiment. Les bandanas bleus visent à éviter les tirs fratricides.

    Mouvement des hommes de Jaysh al-Islam, probablement à l'ouest du corridor, sur le flanc ouest de la "Rubber Plant" indiquée sur la carte.


    Le Front Islamique44, la coalition dont fait partie Jaysh al-Islam, a également mis en ligne quelques vidéos supplémentaires relatives à l'opération du 3 août. On y voit notamment un deuxième char T-72 engagé par Jaysh al-Islam, qui protège l'avance d'une dizaine de fantassins45. Une deuxième vidéo montre une escouade de fantassins, avec un tireur RPG, progresser à travers les bâtiments en profitant de la protection du char T-72 stationné non loin46. Une troisième séquence met en scène le ZSU 23/4 Shilka de Jaysh-al-Islam, dont on reconnaît l'emblème peint sur le flanc du véhicule, utilisé en tir tendu contre des bâtiments47. Dans une dernière vidéo, un des T-72 du groupe intervient lui aussi pour pilonner le même objectif que le Shilka48.



    Un MiG-23 du régime syrien survole les combattants de Jaysh-al-Islam.

    Une prise : un fusil de précision Dragunov.

    Un RPG fait également partie du butin.

    A l'est du corridor, les fantassins de Jaysh al-Islam s'apprête à pénétrer dans un bâtiment tenu par le régime, comme le montre les fortifications sommaires, après avoir jeté des grenades à l'intérieur.

    A l'assaut à travers les murs des jardins de cours intérieures. Les bandanas bleus sont bien visibles.

    Progression à travers les jardins. Un combattant tire à l'AK-47 pour permettre le passage de ses camarades.

    Le long du mur d'enceinte entourant le bâtiment assailli plus haut. L'escouade compte un tireur RPG et un autre homme portant les roquettes.


    Autre groupe qui participe aux combats de Mleha, les brigades et bataillons al-Habib et al-Mustafa49, qui appartiennent à l'Union Islamique Ajnad al-Sham, la coalition rivale de Jaysh-al-Islam sur la région de Damas, mais qui a renforcé sa coopération avec celle-ci depuis quelques mois. Le 4 août, le groupe met en ligne la vidéo montrant la destruction d'un char T-72 du régime dans Mleha50. Une deuxième vidéo laisse penser que le groupe a effectivement participé à la tentative de jonction entre assiégés et forces à l'extérieur de la ville51. Une autre vidéo postée un peu plus tard, le 8 août, montre les tunnels utilisés par les défenseurs à l'intérieur de la ville ainsi que la proximité des lignes de front en contexte urbain : on aperçoit le drapeau du régime et les barricades improvisées par les forces du régime52. Deux jours après la chute de Mleha, le 16 août, le groupe met en ligne la bande annonce d'un documentaire à venir consacré au siège53. De son côté, l'Union Islamique Ajnad al-Sham, coalition dont fait partie l'unité, publie une courte vidéo le 8 août montrant l'attaque menée le 3 sur le corridor au nord de Mleha expliquée sur un écran avec projection d'un film54.



    A quelques centaines de mètres des positions des brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa flotte le drapeau du régime syrien.

    Un T-72 touché le 3 août, jour de la percée.

    Sur une position dans Mleha, un tireur RPG pose avec son arme.

    Photo posée pour le photographe d'un combattant de la brigade dans Mleha.

    Un autre T-72 du régime tente de venir en aide au véhicule touché.

    Un des tunnels creusés par les insurgés dans Mleha.

    Le 8 août, l'Union Islamique Ajnad al-Sham publie une courte vidéo où l'on voit une projection à propos de l'opération du 3. On reconnaît aisément le corridor visé sur cette image.



    Dernier groupe à prendre part aux combats de Mleha, le corps al-Rahman55, dont une brigade est présente (une autre combat dans le Qalamoun et dispose de missiles TOW). L'unité filme à distance l'explosion du BMP-1 kamikaze lancé par al-Nosra pour faciliter l'assaut sur le corridor56. On voit ensuite les fantassins échanger des tirs avec les positions du régime57. Les hommes du groupe portent des bandanas bleus pour éviter les tirs fratricides, comme ceux de Jaysh-al-Islam, ce qui témoigne probablement d'un certain degré de coordination entre les groupes impliqués. Le corps Rahman engage aussi plusieurs pickups armés de mitrailleuses lourdes : un avec une ZPU-2, un autre avec un canon de 23 mm, un autre avec un canon de 14,5 mm58. Le 6 août, le groupe met en ligne la vidéo montrant l'utilisation d'un canon de 23 mm bricolé et monté sur affût pour le tir de précision59. Une autre vidéo montre l'emploi d'un canon improvisé60. Le 14 août, une vidéo montre l'utilisation de plusieurs mortiers61.

    Le corps al-Rahman filme à distance l'explosion du BMP-1 kamikaze d'al-Nosra qui ouvre la voie.

    Le corps al-Rahman utilise un canon de 23 mm monté sur affût pour le tir de précision.

    Canon artisanal du corps al-Rahman en action à Mleha.

    L'infanterie engage les positions du régime après l'explosion du BMP kamikaze.



    Groupe rebelle
    Type et nombre de véhicules blindés engagés

    Jaysh al-Islam

    Au moins 2 chars T-72 
    (1 AV et 1 M1)
    et 1 automoteur antiaérien ZSU 23/4 Shilka utilisé pour des tirs au sol.







    Le MiG-23 du régime vu de plus près.

    Reconnaissance des lieux avant l'attaque par les commandants de Jaysh-al-Islam.



    Plusieurs vues du Shilka engagé en soutien de l'attaque. On reconnaît l'emblème de Jaysh-al-Islam sur le flanc du véhicule.





    Plusieurs vues des T-72 déployés par Jaysh-al-Islam : au moins 2 voire 3 chars soutiennent l'assaut, on reconnaît là encore l'emblème du groupe sur le flanc de la tourelle du dernier, qui passe devant la mosquée.


    Un combattant de Jaysh-al-Islam a été tué pendant la progression sur le flanc ouest du corridor.

    Avant l'attaque, les chefs de Jaysh-al-Islam déterminent les axes de progression avec une vue satellite. On reconnaît aisément le corridor et ses flancs tels que désignés sur les cartes ci-dessus.



    Conclusion


    L'analyse de la tentative de percée du blocus imposé par le régime aux rebelles de Mleha, le 3 août dernier, offre des conclusions intéressantes, d'autant plus si on les compare à celles émises au moment de terminer notre premier article sur l'assaut des checkpoints autour de la base militaire d'Hamadiyah. Dans ce cas précis, côté rebelle, on ne trouve plus qu'un acteur principal ou presque, Jaysh al-Islam. Le front al-Nosra s'est contenté de fournir un kamikaze qui, comme souvent lors du conflit syrien, fait office « d'artillerie consommable » pour pallier au manque de puissance de feu (le groupe a encore peu communiqué sur les derniers moments du siège de Mleha), même s'il a été assez présent lors du siège. Les rebelles, contrairement à Hamadiyah, semblent manquer ici d'artillerie, même artisanale : les pièces sont beaucoup moins présentes que dans la province d'Idlib.Les deux autres groupes repérés n'ont joué qu'un rôle moindre dans la percée. Jaysh-al-Islam incarne sans doute assez bien le degré de sophistication militaire auquel sont parvenus les groupes rebelles les plus puissants après trois années de guerre. La formation de Zahran Alloush dispose ainsi d'une composante blindée dont les équipages, on le sait par la publicité que le groupe en a faite, bénéficient d'un entraînement dans une véritable école de la guerre mécanisée62. Les vidéos de l'engagement du 3 août montrent à l'évidence le souci de préserver les T-72 et le ZSU 23/4 de la destruction, et ce même si les chars en particulier fournissent une protection pour la progression des fantassins, comme à Hamadiyah. On remarque aussi que les véhicules ne font pas une consommation outrancière de munitions. D'ailleurs la prudence prévaut puisque le nombre de véhicules engagés par rapport à la flotte disponible est somme toute limité. Plus largement, la planification rebelle est ici à la mesure de l'importance de l'opération, qui vise à rétablir le contact avec les assiégés isolés dans la ville depuis près d'un mois. La reconnaissance visuelle se couple de briefingsà partir d'images satellites pour faciliter la progression. Les combattants arborent des brassards de couleur bleue pour éviter les tirs fratricides, une précaution que l'on avait déjà noté à Hamadiyah. Les tunnels, qui ont joué un grand rôle côté rebelle lors du siège de Mleha, ont probablement facilité l'acheminement des forces et l'approvisionnement logistique. En revanche, on n'observe pas d'attention portés aux blessés (pas de brancardiers ou de soins donnés visibles, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas cependant). Il faut noter aussi que sur le plan tactique, Jaysh-al-Islam bâtit un vrai plan d'opérations en choisissant de cibler les bâtiments situés de part et d'autre du corridor au nord de Mleha, qui sont tenus par le régime, et qui menacent de leurs feux l'opération de jonction. Ces bâtiments sont assaillis sous le couvert des chars, l'infanterie progressant en profitant des couverts offerts par le contexte urbain. Le régime, quant à lui, qui a peu communiqué sur cette opération rebelle, se repose surtout sur sa puissance de feu pour l'emporter, établissant un cordon pour étrangler les rebelles défendant Mleha et réinstallant le siège quelques jours après la percée réussie (ce qui témoigne peut-être aussi, à leur niveau, de la formation dispensée par les conseillers étrangers, Iraniens, etc). Les insurgés ont dû évacuer Mleha le 14 août et se sont repliés dans les environs ; mais le succès du régime a été particulièrement coûteux. Il aura fallu quatre mois de siège, dont pas loin de trois de combats urbains intenses, pour encercler et chasser les rebelles, au prix de lourdes pertes en hommes et en véhicules probablement, que le régime peut difficilement se permettre. Non loin de Mleha, au nord-ouest, les insurgés tiennent d'ailleurs toujours dans le quartier de Jobar, à l'est du centre-ville de Damas, et ont été capables encore récemment de lancer des attaques en direction de celui-ci.



    2La chaîne Youtube des Forces Nationales de Défense, la milice pro-régime, qui a elle aussi combattu à Mleha, offre un bon aperçu de la production audiovisuelle du régime syrien : https://www.youtube.com/channel/UCrYXrQdrpBvKsI14OlAMu0A/videos
    3Notamment au sein de la nouvelle milice irakienne comprenant des Syriens, Liwa Assad Allah al-Ghaleb : http://historicoblog3.blogspot.com/2014/06/de-la-syrie-lirak-de-lirak-la-syrie.html
    18Pour A. Lund, Allousch est même le plus anti-EIIL dans le Front Islamique : http://carnegieendowment.org/syriaincrisis/?fa=54121

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    Je commente, un peu en retard de presque un an (!) -je me suis un peu laissé déborder par les lectures et service presse...-, ce numéro du magazine Histoire et Images Médiévales consacré aux grandes batailles du Moyen Age.

    C'est un numéro inégal, pour plusieurs raisons. D'abord, le propos se concentre sur l'espace occidental ou bien des croisades, pour faire vite, ce qui en restreint nettement l'envergure. Ensuite, la qualité du traitement varie selon les exemples choisis. Enfin, il y a de nombreuses coquilles dans le texte qui ont échappé semble-t-il à une relecture, particulièrement dans quelques-uns des articles présentés.

    C'est ainsi que l'article initial sur les Champs Catalauniques -pourtant écrit par Edina Bozoky, excusez du peu- passe très vite sur la contextualisation de la campagne de 451, sans compter que la carte qui illustre le texte est tirée de Wikipédia... et pas franchement des meilleures. On attendait un peu mieux du magazine. De même la vue schématique de la bataille est contestable notamment sur la dernière phase montrée.

    La partie sur la bataille de Poitiers (732) est déjà meilleure, même si la bibliographie aurait peut-être gagnée à compter aussi des titres étrangers et pas uniquement français. Ceci dit les enjeux très contemporains autour de la bataille sont correctement évoqués, on ne peut que s'en féliciter.

    La présentation de la bataille de Hastings, correcte, s'appuie largement sur l'ouvrage de Pierre Bouët qui a ouvert la collection L'histoire en batailles chez Tallandier. En revanche, le récit de la bataille de Manzikert comprend de nombreuses coquilles et ne mentionne aucune source, ce qui est problématique, d'autant que là aussi la carte, un peu limite, est tout droit issue de Wikipédia.

    La description de la bataille de Hattin fait un bon usage, entre autres, du volume Osprey de D. Nicolle. En revanche celle du siège de Château-Gaillard est un peu courte et non sourcée. Le travail de G. Duby fournit l'essentiel de la matière à l'article sur la bataille de Bouvines. Il est dommage par contre que la réflexion sur les guerres écossaises de l'Angleterre soit si courte et appuyée sur un seul ouvrage, car le sujet était intéressant, dans la liste choisie.

    Les batailles suivantes sont traitées par des historiens ou auteurs de livres qui à l'évidence maîtrisent davantage leur sujet : Guy Le Moing pour la bataille de l'Ecluse, Laurence Moal pour celle d'Auray et Sylvain Gouguenheim pour Tannenberg. Le récit de la bataille d'Azincourt est plutôt de bonne facture de même que celui du siège de Constantinople (1453), même s'il manque des titres dans la bibliographie indicative. On s'étonne en revanche que le dernier article, sur les batailles de Grandson et Morat, mentionne en bibliographie l'article Wikipédia sur les cantons suisses (!) alors qu'il cite par ailleurs des titres tout à fait suffisants par rapport à ce qui est écrit.

    En conclusion, un thématique très inégal, avec de bons morceaux mais d'autres qui le sont beaucoup moins. Et un grande faiblesse sur les cartes et schémas tactiques, contrairement aux autres illustrations, toujours bien présentées, comme de coutume. Ceux qui ont les livres des auteurs (cf les fiches que j'indique en liens) n'apprendront sans doute pas grand chose ; pour les autres, les textes peuvent servir de point de départ au cas par cas, mais il faudra aller lire ailleurs pour aller un peu plus loin.

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    Thanks Mr. Morant for his help in writing this post, in particular for the identification of material.

    After analyzing the attack of the Syrian rebels on 3 of the 4 checkpoints surrounding the Hamadiyah military base (Idlib province) in July 2014, with Mathieu Morant1, I propose this time to reconsider another operation by Syrian rebels, in a completely different military context. The siege of Mleha indeed does not take place in rural areas, where stood the base of Hamadiyah (although it adjoins the town of Maarat al-Numan), but close to the capital, Damascus, in a space densely urbanized. I focus here voluntarily, again, about the rebel side, and I did only mention the regime forces when the text needs it. Actors and forms of combat are changing but we can also distinguish common features, tactically, in the insurgent landscape. The analysis will focus here specifically on the successful attempt to break the blockade around Mleha by the rebels, especially from outside, August 3, 2014, which is the work mainly of one of the most powerful rebel formations : Jaysh al-Islam.




    Mleha : a 135 days-siege (April 3rd/4th-August 2014, 14th)


    The city of Mleha, southeast of Damascus, was the scene of a fierce battle between the Syrian regime and rebels since April 2014 to 14th August. Regime forces begin their assault on April 3, even though they also renew their offensive against the Jobar neighborhood in the east of the capital. Mleha is indeed considered one of the entrance of the eastern Ghouta, still held by the rebels, despite the cordon set up by regime forces around the latter region (which also had taken the chemical attack of the month of August 2013) and fighting in Qalamoun (since fall 2013), neighboring mountainous region of Lebanon where some supplies to the eastern Ghouta come from. On May 2, the rebels launched an attack and come to occupy the northern part of the neighboring town of Jaramana, where many Druze serve in the pro-régime forces2. The next day, regime forces strike back and move to the heart of the city on May 4 ; Hezbollah plays a significant role in this breakthrough. On May 5, a contingent of rebels arrives from Duma and assaulted regime forces who install the siege of the locality.





    Maps of the conflict in Damascus and its region, 2013-2014.


    At that time, the regime has already committed to Mleha the Republican Guard (which leads the siege), some surviving elements of the old 4th Armored Division, another praetorian force of the regime, the National Defense Forces, Iranian military advisers, Iraqi militia (including the new militia Liwa al-Assad Allah Ghaleb3), other militias (like the Arab Nationalist Guard4) and even Hezbollah5 (a full brigade), ie much of the range of the forces at his disposal. Iranian drones are also seen in May over Mleha. The air raids are particularly strong over the city. Regime forces, as they encounter too much resistance, withdrew to let the aircraft and artillery to crush all opposition, probably to limit losses in infantry. This does not preclude the General Hussein Ishaq, commander of the air defense system (a branch of the air force) to be killed in battle May 18th6. Into rebel side, fighting is mainly driven by Jaysh al-Islam7, Zahran Alloush group's (member of the Islamic Front), al-Nusra and some other local armed groups, such as al-Rahman Corps8 (a brigade in Mleha ; another, equipped with American TOW operates in eastern Qalamoun), but also the brigades and battalions al-Habib al-Mustafa9, members of the Islamic Union Ajnad al-Sham10, the rival coalition for Jaysh al-Islam in the east of Damascus, born in November 201311.


    Map showing Mleha in Damascus Region (yellow circle).-Stéphane Mantoux.


    Trapped inside the city surrounded by the regime since 9/10 July, the rebels attempted a first breakout on July 16, preceded by the explosion of a suicide bomber from al-Nosra. Several hundred fighters then try to force the blockade the August, 3rd, joining the rebels surrounded. But the regime tightens the noose and the besieged, shelled by aviation and artillery, were forced to evacuate the city ten days later. The last 400 insurgents evacuate Mleha towards Kfar Batna and Jisreen, to the north, leaving behind their dead and heavy weapons. The Islamic Front also evacuated the village of al-Bulaha. The fighting in the last two days of the siege were particularly fierce : pro-regime Iraqi fighters have lost 45 killed, claiming killing 115 rebels. The rebels managed to keep using, for instance, many tunnels for their logistics (including one measuring more than a mile long) making progress particularly hard for pro-regime forces12.


    Jaysh al-Islam : an example of a rebel group


    Jaysh al-Islam (Army of Islam), the group that controls most of the rebel forces during the siege of Mleha, is the result of the reconstruction of the Syrian insurgent landscape after chemical attack of 21 August 2013 and the agreement negotiated with the regime. The group was born September 29, 2013 from the merger of fifty armed groups operating mainly in the Damascus area. The core of the movement is, however, Liwa al-Islam13, one of the most powerful of the rebel groups, born in summer 2011 and which became Liwa al-Islam in 2012 ; this is one of the most active factions of Damas14. Very critical of the Free Syrian Army and of the external political representation of the uprising, Liwa al-Islam, led by Zahran Alloush, receives the support more and more marked of Saudi Arabia15. Nearly two months later, Jaysh al-Islam joined six other groups to be the most powerful coalition so far of the Syrian uprising, the Islamic Front, created November 22th 201316. Zahran Alloush also takes head of military operations of this new coalition, among which Jaysh al-Islam is alongside Ahrar-al-Sham and Liwa al-Tawhid, two other groups among the most powerful of the insurgent landscape.


    Liwa al-Islam flag..-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/40/Jaysh_al-Islam_logo.jpg


    Jaysh al-Islam flag.-Source : https://www.facebook.com/islamarmynews/photos/a.561350980635794.1073741825.561251493979076/561353073968918/?type=1&permPage=1




    Zahran Alloush, head of Jaysh al-Islam, is known for his fiery speeches emphasizing a sectarian war, which puts him hard with other rebels, including within the Islamic Front . He is also a fierce opponent of ISIS since 2013, became Islamic State (IS) in June 2014, that can be seen at the time of escalation to the anti-ISIS rebel offensive in January 201417. However, Alloush has long good relations with al-Nosra, with which the group fought in the Damascus area. In July 2014, Jaysh al-Islam announced its merger with another component of the Islamic Front, Suqur al-Sham. Here we find fractures already existing in the creation of Islamic Front in November 2013. The two groups were in fact part of a previous coalition, the Islamic Front for the Liberation of Syria, born in September 2012, alongside Liwa al-Tawhid, another formation of the Islamic Front. In contrast, other components of the Islamic Front, including Ahrar al-Sham, were themselves integral part of the Syrian Islamic Front, formed on 21 December 2012. Jaysh al-Islam and Suqur al-Sham then grouped under their banner other large groups in a new alliance with 18 signatories, including the Syria Revolutionaries Front18, Harakat Hazm19, Jaysh al-Mujahideen20, the Islamic Union Ajnad al-Sham21, Noureddine al-Zanki brigades, the al-Sham legions22, Liwa al -Haaq and Protection Shields. Since 20-21 July, Jaysh al-Islam is at the point in the fight against the presence of the Islamic State in Yalda, a highly contested southern Damascus suburb, along with the Islamic Union Ajnad al-Sham, al-Nosra and FSA groups23. Jaysh al-Islam wants at all costs to avoid the IS sets up in the Damascus area, which it considers its turf.


    Zahran Alloush.-Source : http://3.bp.blogspot.com/-1LpsQAe_DAk/UrzCjMRNfPI/AAAAAAAAFB8/8gq9j2jK0XE/s1600/20131123-185350.jpg


    Another important feature of Jaysh al-Islam is being a rebel group fairly well supplied with heavy weaponry. On 6 October 2012, Liwa al-Islam capture two SA-8 Gecko launchers with at least six missiles24. Jaysh al-Islam use SAM missiles, especially against helicopters : January 17, 2014, a Mi-17 is perhaps shot down by a SA-8 above Daraya, south of Damascus25. Even more impressive though purely symbolic, Jaysh al-Islam has been able to recover two planes L-39ZA on Kshesh airbase, which fell 12 February 2013, where just three squadrons operated using this plane ; the group was able to put online a video where we see the L-39 evolve over a runway26. Jaysh al-Islam would have taken advantage of Saudi money to bribe an officer of the 4th Armored Division, praetorian unit of the Assad regime, and acquire two tanks T-72AV and 2 combat vehicles BMP-1, without we have more details on this case. In addition, the group has developed its own craft workshops to develop the captured armored vehicles, and changes are perhaps his greatest originality compared to other rebel groups equally well equipped with armored vehicles. Its fleet includes several tanks : some T-72AV, with one locally modified (frontal armor and reinforced rear), some T-72M1 and T-55, with one T-55M whom the shield was again changed in their workshops. Several armored vehicles BMP-1 and AMB-S complement the fleet of Jaysh al-Islam. Caught in large numbers in the region of Damascus, ZSU-23/4 are often used for ground support, as shown in the example of Mleha. While it is difficult to establish the exact number of tanks and armored vehicles in service with Jaysh al-Islam, some videos released by the group show 2 T-72AV, 1 T-72M1, 3 BMP-1, 1 AMB-S and 2 ZSU-23/4 move in convoy : it is not the most impressive fleet of the Syrian uprising, and Jaysh al-Islam in fact makes only limited tactically use of it, as shown by the example chosen in the siege Mleha. However, it is important to know this fleet to understand the condition of the battle27.



    Armored vehicles of Jaysh al-Islam, with ZSU 23/4 in the lead.-Source : https://pbs.twimg.com/media/Bj5bAcpCEAAGGMJ.jpg:large




    Break the Blockade : Sunday, August 3, 2014


    On Sunday, August 3, 2014, the rebels based outside Mleha launch an attack to rescue hundreds of insurgents trapped in the city since July 9, so 24 days28. This attack is combined with a push from the besieged to the outside. It opens with the explosion of a suicide bomber of al-Nosra launched on the positions of the regime in a BMP-1 packed with explosives29. The aviation is particularly active in supporting the regime forces against ground attack and launch 5 raids on Mleha for a single day, 5 August30. The offensive to open a way to the besieged Mleha is conducted primarily by Jaysh al-Islam, who loses fighters, like Abdul Rahman al-Dirani31. From August 7, however, the regime managed to close around the headquarters of the defenders of the city. On 12 August, they are no less than 11 air raids that hit Mleha32 and 22 artillery strikes33. On August 13, there are still seven air raids and a dozen missile strikes on the city34. On August 14, the last 400 rebels trapped in Mleha withdraw from the town35. According to the local council of the city, the rebels lost 400 killed during the siege of four months, while a thousand fighters regime would lost their lives, not to mention dozens of vehicles destroyed in combat36. According to the same source, the next day, the militiamen of the National Defense Forces begin to sack the city37.







    Abu Alaa al-Tunisi, kamikaze from al-Nosra in front of the BMP-1packed with explosives.







    Red circles : regime positions around Mleha, for the siege ; yellow arrows : the breakout of the August 3rd.-Stéphane Mantoux.




    Red circles : regime position ; yellow : movements and forces of the rebels.-Stéphane Mantoux.








    Rebel Groups/Coalitions
    Commentary

    Jaysh-al-Islam (Islamic Front)

    Conducts most of the effort from the outside, the only one to engage armored assets.


    Al-Nusra

    Launches a BMP-1 which may be driven by a stranger (Tunisian ?) to pave the way for the onslaught of other formations.



    Brigades and battalions al-Habib al-Mustafa (Islamic Union Ajnad-al-Sham)


    Participates in the breakthrough, but uncertainty about the exact role (outside, inside ?)


    Al-Rahman Corps (dispose de missiles TOW américains, proche du label ASL)


    Participates in the breakthrough, probably from the outside.


    The first video posted by Jaysh al-Islam on the breakthroug,h August 3, shows the insertion of the first fighters across the corridor north of Mleha, but beaten by an open fire of the regime from both west and east. This corridor is the necessary step to link up with the besieged. Infantrymen, wearing a blue bandana to avoid fratrices shots, rush short to rally the protection provided by buildings, by hiding behind a carcass T-72 which remained on the ground. At least one of the attackers was killed during the advance. Suppressive fire is provided by a RPG-7 shooter38. In this first video, the attackers may be moving from the north, on the west side of the corridor west of the Rubber Plant, which would suggest, as confirmed by a the following videos, the goal is to prevent the firing on the corridor by cleaning the west and east sides. A second video shows a building invested by Jaysh al-Islam with food, in particular, abandoned by the men of regime39. The third video reveals some material taken in the same building : a bulletproof vest, a Dragunov sniper rifle, a RPG with ammo40. The fourth video shows a T-72 of Jaysh al-Islam crossed a berm in front of the mosque Dalati, on the east side of the corridor, then progressing eastward to cover the infantry assault on the building immediately south-east of the mosque, occupied by regime forces and which also permits to fire on the corridor41. The building was taken after an assault from at least a dozen infantrymen, including a RPG shooter (it seems that it is the building which is seen before, with the spoils). A fifth video, a little longer, posted a little later, on August 10, provides an overview of the assault. It shows commanders of Jaysh al-Islam in a visual recognition of the corridor and they determine the areas of assault on a screen showing a satellite view of the battlefield : we see, as confirmed by the previous videos, the attempt junction with the besieged involves cleaning the sides of the corridor. A T-72, previously seen, and a ZSU-23/4 of Jaysh al-Islam cover the infantry. The camera also films a raid of a MiG-23 attacked by several anti-aircraft guns mounted on pickups42.


    A T-72 of JAI.

    Infantrymen of JAI behind a T-72.

    Fighters of JAI take cover behind a destroyed T-72.

    Fighters of JAI run to assault. They wear a blue strip to avoid fratricide fire.

    Fighters of JAI move probably in the west part of the corridor, to the west of Rubber Plant.


    Islamic Front43, the coalition which includes Jaysh al-Islam, has also posted a few more videos relating to the operation of 3 August. The pictures depict a second T-72 tank led by Jaysh al-Islam, which protects advance of a dozen of infantrymen44. A second video shows a squad of infantry, with a RPG shooter, progress through the buildings and enjoy the protection of the T-72 tank parked near45. A third sequence depicts the ZSU 23/4 Shilka of Jaysh al-Islam, which the emblem painted on the side of the vehicle, used to fire against buildings46. In a last video, one of the T-72 also intervenes to pound the same objective as the Shilka47.


     A MiG-23 above JAI's fighters.

    A fighter of JAI shows a captured SVD.

    Among the spoils, a RPG.

    East for the corridor, JAI's fighters are assaulting a building occupied by regime forces ; they are throwing grenades inside.

    Assault among gardens.

    A fighter shoot with his AK-47 to cover his companions.

    Behind the wall around the building assaulted above. The squad has a RPG shooter.


    Another group that participated in the battles of Mleha is the brigades and battalions al-Habib al-Mustafa48 and which belong to the Islamic Union Ajnad al-Sham, the rival coalition of Jaysh al-Islam on the Damascus area, but strengthened its cooperation with it for several months. On 4 August, the group puts online video showing the destruction of a T-72 tank of the regime in Mleha49. A second video suggests that the group actually participated in the attempted connection between besieged and forces outside of town50. Another video posted later, on August 8, shows the tunnels used by the defenders inside the city and the proximity of the front lines in the urban context : you can see the flag of the regime and improvised barricades by regime forces51. Two days after the fall of Mleha, August 16, the group launches the trailer of an upcoming documentary devoted to the siege52. For its part, the Islamic Union Ajnad al-Sham, a coalition which includes the unit, is posting a short video the Aug. 8 showing attack on the 3rd August into the corridor north of Mleha explained on screen with a projection53.



    Not far from brigades and battallions al-Habib al-Mustafa, regime positions with flag of the regime.

    August 3rd : a T-72 burned by missile.

    A RPG shooter with his weapon.

    Posed picture of a fighter.

    An another T-72 of the regime tries to help the other which is hit.

    Tunnel in Mleha.

    August 8th : a video maken by IUAAS about the breakout of August 3rd. We recognize the map of the corridor.


    Last group to take part in the battles of Mleha is the al-Rahman Corps54, including a brigade (another fight in the Qalamoun and has TOW missiles). The unit is filming the explosion of BMP-1 SVIED launched by al-Nosra to facilitate the assault on corridor55. We then see the infantry exchanging fire with the positions of regime56. The men in the group wear blue bandanas to avoid fratricide fire, like those of Jaysh al-Islam, which probably indicates a certain degree of coordination among the groups involved. The al-Rahman Corps also committed several armed pickups with heavy machine guns, one with a ZPU-2, another with a 23 mm gun, one with a 14.5 mm gun57. On 6 August, the group puts online video showing the use of a 23 mm gun mounted on makeshift lookout for sniping58. Another video shows the use of a improvised gun59. On 14 August, a video shows the use of several mortars60.


    The BMP-1drived by the foreign fighter of Al-Nusra has exploded.

    Improvised 23 mm for sniping.

    Homemade canon in action, Al-Rahman Corps.

    The fire is open on regime positions.



    Rebel Group
    Type/Number of armored vehicles

    Jaysh al-Islam

    2 T-72 tanks at least (1 AV et 1 M1) and 1 ZSU 23/4 Shilka used for ground fire.








    The MiG-23 seen closer.

    Recon from the commander of JAI before the attack.



    Some shotscreens of the ZSU 23/4 with the emblem of JAI.





    Some screenshots of the T-72 from JAI, 2 or 3 are used in the battle.


    A JAI's fighter killed during the advance in the west of the corridor.

    Before the attack, JAI's commanders shows the way of attacks in a satellite view of the battlefied. Again we recognize the corridor.


    Conclusion


    Analysis of the rebel attempt to break the blockade imposed by the regime to Mleha, August 3, offers interesting conclusions, especially when compared to those issued at the time to complete our first article on the assault of the checkpoints around the Hamadiyah military base. In this case, rebellious side, there is a major player, Jaysh al-Islam. The al-Nosra front has merely provided a suicide bomber who, as so often in the Syrian conflict, acts as "consumable artillery" to compensate for the lack of firepower -the group has still not communicated about the last moments of Mleha siege. The rebels, unlike Hamadiyah, seem to lack artillery here, even homemade : the guns/mortars are much less prevalent than in Idlib province. The other two identified groups have played a lesser role in the breakthrough. Jaysh al-Islam embodies probably pretty well the degree of military sophistication reached by the most powerful rebel groups after three years of war. Training Zahran Alloush's group has an armored component whose crews, we know from the publicity that the group has made, benefit from training in a school of mechanized war61. Videos of the engagement of August 3 clearly show the need to preserve the T-72 and ZSU 23/4 of the destruction, even if the tanks in particular provide protection for advancing infantry, as to Hamadiyah. We also note that vehicles make not an extreme consumption of ammunition. Moreover caution prevails since the numbers of vehicles in relation to the available fleet is altogether limited. More broadly, the rebel planning is measuring by the size of the operation, which aims to re-establish contact with the besieged isolated in the city for nearly a month. Visual recognition couples to briefings from satellite images to facilitate progress. The fighters wear armbands blue to avoid fratricide fire, a precaution which had already noted in Hamadiyah. The tunnels, which have played a large rôle to the rebel side during the siege of Mleha, probably facilitated the delivery of forces and logistical supply. However, there is no evidence of attention paid to the injured (no stretchers or corpsmen are visible, which is not to say that there are not). Note also that tactically, Jaysh al-Islam builds a real plan of operations by choosing to target the buildings on either side of the corridor north of Mleha who are required by the plan, and that threaten with their fires the joining operation. These buildings are attacked under cover of tanks, infantry advancing enjoying cover offered by the urban context. The regime, meanwhile, give little news on this rebel operation, rests primarily on firepower to win, setting up a cord to strangle the rebels defending Mleha and reinstalling the siege a few days after the successful breakthrough (that who may testify as to their level of training provided by foreign advisers, Iranians, etc). Insurgents have evacuated Mleha August 14 and retreated around ; but the success of the regime was particularly expensive. It took four months of siege, including almost three of intense urban combat, to drive and encircle the rebels, with likely heavy losses in men and vehicles that the regime can ill afford. Not far from Mleha, northwest, insurgents also always fight in the neighborhood of Jobar, east of downtown Damascus, and until recently were able to launch attacks towards it.



    27Thanks to Mathieu Morant for bringing many details about the armored vehicles of Jaysh al-Islam.

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    Jean-François Solnon est un historien français, professeur d'histoire moderne à l'université de Besançon. Ses thèmes de recherche de prédilection comprennent notamment les institutions et la société de la France d'Ancien Régime, la société des princes, le pouvoir royal et la famille royale, ou bien encore les relations entre monde européen et monde ottoman.

    On ne s'étonne donc pas que l'historien ait choisi une biographie d'Henri III, parue initialement en 2001 chez Perrin en grand format puis rééditée dans la collection de poche Tempus quelques années plus tard.

    Curieux prologue que celui du livre, où l'historien fait parler le duc de Nemours, qui demande au petit Henri sa religion, alors que les protestants projettent de l'éloigner de la cour et de le prendre sous leur aile, en 1561.

    Né en 1551, fils de Catherine de Médicis, Henri, qui s'appelle alors Alexandre Edouard (choix diplomatiques obligent...), reçoit l'éducation propre à un prince, et sera l'un des plus éloquents du siècle. C'est encore un enfant qui assiste à la mort de son père, Henri II, en 1559, par accident.



    Son frère François II ne règne pas très longtemps et meurt en 1560. Le temps de pendre les conjurés d'Amboise qui ont cherché à enlever le roi pour le soustraire à l'influence des Guise. Catherine de Médicis oeuvre à la conciliation, à travers le colloque de Poissy, puis l'édit de Saint-Germain (1562). Peine perdue, le massacre de Wassy ouvre les hostilités, dans lesquelles se jettent les protestants. Catherine emmène Henri dans le grand tour de France que la cour réalise en 1564. Le frère de Charles IX, le préféré de sa mère, promet déjà beaucoup, aux dires mêmes du duc d'Albe, servant de Philippe II. Il est impressionné par les fêtes qu'organise Catherine pendant le voyage et qui ont souvent un sens politique à peine déguisé.

    C'est en 1567-1569 que Henri, devenu duc d'Anjou, s'affirme, sur le champ de bataille. Les victoires de Jarnac et de Moncontour ne sont pas décisives mais elles façonnent l'homme, épaulé par le cardinal de Lorraine qui devient une sorte de mentor. La paix boîteuse de 1570 n'apaise pas les tensions. Henri accumule les conquêtes féminines mais répugne au projet envisagé par sa mère : épouser Elisabeth Ière d'Angleterre. Tandis que Charles IX joue la conciliation avec Coligny, Henri incarne le volet "catholique" d'une politique royale qui n'est pas fragmentée, selon l'historien, même si la guerre en Hollande est lourde de menaces pour l'équilibre en France.

    Henri n'a pas joué un rôle déterminant dans le massacre de la Saint-Barthélémy, contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, le tout relevant aussi de la légende noire qui entoure Catherine de Médicis. En réalité, l'Espagne et les Guise ont piloté l'opération, pour la première dès l'attentat manqué contre Coligny le 22 août, et pour les seconds deux jours plus tard. Henri n'a probablement pas participé au massacre, et à dire vrai, on ne sait pas trop ce qu'il a fait. En outre depuis juillet 1572 il est occupé par la succession au trône de Pologne, qu'il convoite. Henri part assiéger La Rochelle, jusqu'en 1573. Il s'expose en première ligne, au grand dam de sa mère, mais se constitue aussi une cour de fidèles. Devenu roi de Pologne par défaut, Henri doit quitter Marie de Clèves, et partir pour un royaume où le système de gouvernement est bien différent de celui de la France.

    Arrivé en Pologne en janvier 1574, après avoir traversé le Saint-Empire, non sans risques, Henri se languit bientôt de porter la couronne. L'évasion, rocambolesque, ne tarde pas. Avant de revenir en France, il s'attarde auprès de l'empereur Maximilien mais surtout des fastes de Venise, qui lui laissent une impression durable. Henri III sera un roi qui rétablira l'étiquette, montrera une religiosité exacerbée, épousera Louis de Vaudémont, qu'il aimait sincèrement et qui n'avait aucune ambition politique. Roi désargenté, trahi par un frère, François d'Alençon, allié à des protestants, Henri III se réfugie dans des divertissements vus comme indignes par la population, mais qui servent en fait de soupape. Malgré la signature de l'édit de Beaulieu, pour lui un camouflet, Henri III obtient en 1576 le soutien des premières ligues qui se forment comme une réaction catholique.

    A la cour, les "mignons" du roi affrontent ceux de François d'Alençon et ceux du duc de Guise, dans un duel resté célèbre en particulier. Le terme a pris en un sens péjoratif sous la plume de leurs adversaires, mais les "mignons"étaient avant tout des hommes qui devaient tout au roi et seulement à lui, ce qui était propre à exciter des jalousies. Pendant les 7 années que dure une paix fragile, Henri III légifère beaucoup, règle le cérémonial de cour, tentant ainsi de domestiquer la noblesse. La "guerre des amoureux" ne débouche sur rien. Et Henri III attend désespérement un héritier... en favorisant les mignons, qui accumulent prébendes et dignités, le roi ne parvient pas à détourner le mécontentement de sa propre personne.

    Amateur de danse, Henri III fut aussi un homme de l'esprit, et non un mécène, bien qu'il ait gardé des divertissements d'adolescent. Il reçoit ainsi un certain Giordano Bruno. Il introduit la mode des petits chiens et des bilboquets. L'accusation d'homosexualité, proférée par les adversaires du souverain, fait fi des nombreuses conquêtes féminines, même si le roi a pu paraître éfféminé. En 1582, l'espoir d'un héritier le fait se tourner de plus en plus vers la religion. Mais la mort de François d'Anjou, en 1584, place en successeur potentiel Henri de Navarre, le huguenot. De quoi provoquer la naissance de la Sainte Ligue à Paris puis de la Ligue des Guises, en 1585, soutenue par l'Espagne. Le traité de Nemours est une capitulation.

    Joyeuse, le mignon du roi, est tué à Coutras contre Henri de Navarre, alors qu'Henri de Guise triomphe des reîtres allemands. En mai 1588, Henri de Guise entre à Paris où les barricades se sont dressées contre le roi, alors que l'Espagne s'apprête à lancer l'Invincible Armada contre l'Angleterre. La défaite de la flotte donne des ailes à Henri III, réfugié à Blois. Après avoir changé son gouvernement pour éliminer les fidèles de sa mère, il ordonne l'assassinat d'Henri et du cardinal de Guise, le 23 décembre. Allié à Henri de Navarre, en avril 1589, c'est alors que les deux forces réunies assiègent Paris, où les ligueurs se déchaînent contre le roi, que celui-ci est assassiné, le 1er août, par le moine dominicain Jacques Clément. Lequel ne fait que traduire l'éloge du tyrannicide en vigueur pendant les guerres de religion, d'abord chez les protestants, puis chez les catholiques ; s'il a agi seul, il a été entouré d'un milieu qui a favorisé sa décision.

    Henri III, au final, est une personnalité complexe. Ses goûts, ses penchants, ne sont pas ceux de la majorité de ses contemporains. Soucieux de l'autorité royale, Henri III a gouverné, légiféré, ne se révélant pleinement qu'avec la crise de successsion ouverte en 1584. Digne héritier de François Ier, il a assuré la survie de la monarchie française en des temps plus que troublés. 

    La biographie de J.-F. Solnon se présente, au total, comme une oeuvre de vulgarisation destinée au grand public -ce qui explique d'ailleurs la faiblesse de l'appareil critique, qui fait suite à une chronologie du souverain et à des arbres généalogiques. Néanmoins l'historien maîtrise son sujet, et la réhabilitation d'Henri III, déjà entamée lorsqu'il écrit, est plutôt convaincante.




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    Asaib Ahl al-Haq (AAH), véritable tête de pont de l'Iran en Irak depuis 2006, a connu des évolutions notables jusqu'à l'offensive actuelle de ce qui est devenu l'Etat Islamique (EI) dans le nord du pays. Conçu comme le noyau des « groupes spéciaux » censés renouveler les attaques des milices chiites contre les forces américaines, le groupe est devenu, après le retrait des Etats-Unis, une formation politique capable de concurrencer le sadrisme. Mais l'appareil militaire, contrairement à ce qui avait été annoncé, n'a jamais disparu : dès 2012, il fournit des combattants aux milices étrangères pro-régime en Syrie, puis, devant la montée en puissance d'al-Qaïda en Irak devenu EIIL en 2013, combat de plus en plus en Irak. Le Premier Ministre Nouri al-Maliki a su aussi récupérer AAH et ses soldats pour faire pièce à ses opposants chiites, mais aussi pour combattre l'EIIL dès janvier 2014 dans la province d'Anbar entrée en rébellion sous les auspices du groupe djihadiste. Après l'offensive de l'EIIL dans le nord et la chute de Mossoul, AHH et ses miliciens sont en première ligne, à tous les points cardinaux autour de Bagdad, pour affronter l'EI, mais perpètre aussi, de nouveau, des massacres sectaires contre les sunnites. L'étude de la production, sur les réseaux sociaux, d'une des brigades irakiennes d'AAH permet d'approcher non seulement le mode opératoire de l'organisation, ses tactiques, son équipement, les lieux où elle combat, mais aussi l'idéologie qui est véhiculée et qui s'assimile largement à celles des groupes étrangers financés, armés et encadrés par l'Iran depuis plusieurs décennies.




    Le noyau des « groupes spéciaux » iraniens en Irak (2006-2008)


    Asaib Ahl al-Haq est probablement le noyau des « groupes spéciaux » iraniens en Irak tels que les Américains ont pu les définir à partir de juillet 20071. Plus précisément, ces « groupes spéciaux » liés à Qais Khazali, qui en est le parrain, naissent à la mi-2006, pendant l'occupation américaine de l'Irak. Ils constituent un nouvel effort de la part de la force al-Qods des Pasdarans iraniens et du Hezbollah pour entraîner, armer et financer des milices chiites en Irak.

    Logo de AAH.


    Khazali est un ancien du mouvement sadriste en Irak. Il rompt avec Moqtada al-Sadr au moment de la seconde insurrection à Najaf, en août 2004. En septembre 2004, il retourne dans le quartier de Sadr City à Bagdad et conduit ses propres opérations en dehors de celles de l'armée du Mahdi, la milice sadriste. En octobre, il ignore le cessez-le-feu conclu entre Moqtada al-Sadr et le gouvernement irakien. Moqtada al-Sadr semble alors se réconcilier avec Khazali, mais celui-ci dirige sa propre faction à l'intérieur du mouvement sadriste jusqu'en mars 2005 au moins.

    Qais Khazali, chef et fondateur d'AAH.-Source : http://english.al-akhbar.com/sites/default/files/imagecache/5cols/leading_images/Qais_al-Khazali_pic_1.jpg


    Il est impossible de dire jusqu'à quand dure cette réconciliation mais Khazali choisit de piloter les « groupes spéciaux » iraniens en juin 2006, soit à peine un an plus tard. Les membres des groupes spéciaux reçoivent un entraînement en Iran fourni par des membres du Hezbollah. Ils voyagent par groupes de 20 à 60, et leur entraînement dure de 4 à 6 semaines. Ils apprennent l'utilisation des mortiers, des roquettes, des fusils de précision, la collecte de renseignements, les kidnappings et l'utilisation des EFP (Explosively-Formed Penetrators, un type particulièrement létal d'IED qui peut venir à bout des véhicules lourds).

    Le 20 janvier 2007, des membres déguisés avec uniformes, véhicules et cartes d'identité, attaquent le centre de coordination provinciale de Kerbala où se tient une réunion d'Américains et d'Irakiens pour discuter des mesures de sécurité durant le pélerinage de l'ashura. Les groupes spéciaux tuent 5 soldats américains et en blessent 3 autres. Les renseignements réunis par les Américains permettent cependanr d'arrêter Qais Khazali, son frère Laith et un membre du Hezbollah, Ali Musa Daqduq, à Bassorah, le 20 mars suivant. Akram al‐Kabi prend la suite. Il dirige l'Armée du Mahdi jusqu'en mai 2007 avant d'être révoqué par Muqtada al-Sadr. Les « groupes spéciaux », après une nouvelle période d'entraînement, privilégient désormais les attaques au mortier et à la roquette, indirectes, dès le début 2008. Devant la traque menée par les forces de la coalition et l'armée irakienne, des milliers de membres des « groupes spéciaux » n'hésitent pas à se réfugier en Iran puis à revenir plus tard.

    Asaib Ahl al-Haqq (AAH) apparaît dès le mois de juin 2006 quand sont créés les groupes spéciaux. D'après le gouvernement américain, Abdul Reza Shahlai (alias Hajji Yusif), un commandant adjoint de la force al-Qods, fournit une assistance à Khazali pour la création d'AAH. Sa première attaque revendiquée a lieu pour soutenir le Hezbollah alors en guerre contre Israël. Dès 2006, elle se divise en quatre sous-commandements : la brigade de l'imam al-Ali, responsable pour le sud de l'Irak ; la brigade de l'imam al-Khazem, qui opère à l'ouest de Bagdad ; la brigade de l'imam al-Hadi, qui est à l'est de la capitale ; et la brigade de l'imam al-Askeri responsable des provinces de Diyala et Kirkouk. AAH commence par des attaques au mortier, à la roquette ou des tirs de snipers, mais la publicité de ces actions n'est faite massivement qu'à l'été 2007, ce qui montre qu'il y a eu sans doute réorganisation durant le premier semestre de cette année. La milice opère surtout dans le quartier de Sadr City et aux alentours ; de mai à juillet 2008, de nombreux combattants se réfugient en Iran pour échapper à la capture après l'offensive des forces de la coalition sur le quartier. En août, Moqtada al-Sadr annonce la dissolution de l'Armée du Mahdi et la formation d'une milice plus réduite et plus disciplinée, les Brigades du Jour Promis.

    A l'été et à l'automne 2008, AAH multiplie les attaques à l'EFP, les kidnappings, les intimidations et les actes de violence sectaire. En septembre, Akram al‐Kabi est désormais à la tête du mouvement. Il est difficile de savoir si AAH a existé aux côtés des « groupes spéciaux » ou en a été le noyau. Une spécialiste américaine, dès 2008, penchent pour la seconde hypothèse, qui est la plus probable2. Un mois plus tard, les Américains arrêtent un des responsables financiers d'AAH avec plus de 400 000 dollars.


    L'Iran change de mode opératoire en Irak (2008-2012)


    L'Iran, en créant les groupes spéciaux, cherche aussi à rééditer le modèle du Hezbollah et à installer en Irak des formations qui pourront se prévaloir de leur résistance à l'occupant américain après le retrait des Etats-Unis de l'Irak3. Téhéran avait ainsi prévu des groupes opérant ouvertement et d'autres de manière clandestine, et ce dès avant l'invasion de l'Irak en 2003 par les Américains. A l'été 2009, les « groupes spéciaux », après leur retrait de 2008, se réinstallent progressivement en Irak, profitant du fait que la sécurité à l'intérieur des villes, où ils opèrent essentiellement, est laissée aux forces irakiennes. Jusqu'au mois de mars 2010, le Premier Ministre irakien Nouri al-Maliki, pour s'attirer les bonnes grâces des chiites, met son veto à une opération dirigée contre les « groupes spéciaux » par l'armée irakienne et les Américains, pourtant réclamée par les Etats-Unis. Le gouvernement irakien fait également relâcher les prisonniers issus des « groupes spéciaux » au fur et à mesure qu'ils sont transférés à son autorité par les forces américaines. Khazali est ainsi échangé contre le Britannique Peter Moore, kidnappé, le 5 janvier 2010 par AAH en 2007.

    L'Iran a clairement changé de mode opératoire, après avoir essayé d'appliquer en Irak le succès rencontré par le Hezbollah durant la guerre contre Israël à l'été 2006, jusqu'en 20074. Désormais, il favorise la promotion d'Irakiens dans les cellules des groupes spéciaux et envoient plus discrètement ses Pasdarans, pour éviter les arrestations importantes des années 2005-2007. L'Iran contrôle aussi plus étroitement l'utilisation des armes fournies : le chef de cellule est comptable pour chaque armement, y compris les EFP, fournissant les moyens aux combattants les plus expérimentés et les mieux payés (de 4 à 13 000 dollars pour une attaque à la roquette ou à l'IED). Le passage par la frontière des armements n'a pas foncièrement changé : par terre ou voie d'eau, avec l'appui des forces armées iraniennes, en profitant de la corruption irakienne, des anciens réseaux de contrebande et du manque d'équipement sophistiqué des garde-frontières. L'Iran privilégie d'ailleurs les forces américaines comme cible principale, et non plus les affrontements sectaires : les roquettes de 107, 122 et 240 mm pleuvent sur les bases américaines. Les attaques sont aussi plus sophistiquées, avec emploi de mortiers de 60 à 81 mm à Bagdad et dans les principales villes, tir de roquette à l'horizontal ou en salves par lance-roquettes multiples montés sur véhicules. Les attaques à l'EFP ciblent les véhicules américains et cherchent à réduire autant que faire se peut les pertes civiles irakiennes. Outre la sophistication des munitions utilisées et les trésors d'imagination déployées par les cellules d'artificiers, celles-ci font aussi usage d'IED en « daisy chain » utilisant de nombreux obus d'artillerie de 122 ou 155 mm reliés entre eux. Les prises sur les stocks d'armes des groupes spéciaux montrent cependant la présence continue de pistolets à silencieux et d'IED magnétiques pour la pose sous les véhicules : les « groupes spéciaux » continuent donc probablement les assassinats ciblés sur des Irakiens.

    En juin 2011, les Américains déplorent leur plus haut taux de pertes mensuel depuis trois ans : 14 soldats tués dont 12 par les « groupes spéciaux » iraniens. A ce moment-là, ce n'est pas AAH qui est considéré par l'armée américaine comme la principale menace, mais un autre groupe spécial, Kataib Hezbollah, qui est beaucoup plus, lui, une extension de la force al-Qods en Irak. Il comprend 500 à 1 000 membres et recrute largement parmi les vétérans du corps Badr, une organisation iranienne bien antérieure à l'invasion américaine de 2003. Kataib Hezbollah opère en véritables unités commandos à l'image de certaines formations du Hezbollah libanais ou de la force al-Qods : copies iraniennes du H&K MP5, copies chinoises du fusil d'assaut M16A1, gilets pare-balles, visées optiques, jumelles de vision nocturne, lance-roquettes antichars RPG-29 et même lance-missiles sol-air portables5.

    Un supporter d'AAH, en janvier 2012. Source : http://images.alarabiya.net/af/f5/640x392_21029_186825.jpg

    Ci-dessous, vidéo de propagande de Kataib Hezbollah (juin 2014).




    La libération d'Ali Mussa Daqduq, en novembre 2012, rappelle pourtant que AHH a des liens étroits avec l'Iran et le Hezbollah. Daqdud rend compte à Youssef Hashim, qui dirige les opérations spéciales du Hezbollah, et lui-même est redevable devant Abdul Reza Shahlai, qui chapeaute alors les opérations extérieures de la force al-Qods des Pasdarans iraniens. Shahlai est par exemple derrière la tentative d'assassinat de l'ambassadeur saoudien à Washington en 2011. Tous sont eux-mêmes sous le regard étroit de Qasseim Soleimani, le chef de la force al-Qods6.

    Après le retrait américain en décembre 2011, AAH annonce la fin de son activité armée et rejoint le paysage politique irakien. Le groupe se calque sur le modèle du Hezbollah pour obtenir le soutien populaire. En 2012, AAH se reformate comme une organisation nationaliste de résistance islamique, visant les minorités, installant des bureaux politiques partout à travers l'Irak. Elle déploie aussi une activité charitable et devient une véritable force politique. Mais AAH, et ce depuis 2006, est en concurrence avec le mouvement sadriste. La campagne d'assassinats politiques ciblés en 2012 montre que la milice du mouvement n'a pas disparu, loin de là. Désormais dirigée par Hassan Salem, elle est même capable de se projeter en dehors de l'Irak, si besoin, sur demande de l'Iran, comme le montre l'intervention aux côtés du régime syrien. Depuis 2010, AAH est particulièrement présente à Bagdad, où elle entretient deux bureaux politiques et organise de nombreuses manifestations publiques. Ailleurs dans le pays, l'organisation a même réussi à investir des bastions historiques du mouvement sadriste. Les réseaux religieux chiites sont eux aussi infiltrés par le biais de l'école du « Sceau des Apôtres », à des fins de propagande et de recrutement. C'est une façon de promouvoir les intérêts iraniens tout en ayant un discours d'unité nationale. Dès 2011, AAH s'est également installé au Liban, ouvrant une représentation politique à Beyrouth, ce qui témoigne là encore d'un soutien important de l'Iran.


    Du combat en Syrie au retour en Irak contre l'EEIL/EI (2012-2014)


    AAH est intervenue de plusieurs façons différentes aux côtés du régime syrien. Elle alimente en combattants la plus ancienne milice étrangère pro-régimen, Liwa Abou Fadl al-Abbas (LAFA), apparue dès l'automne 20127. Elle en fournit aussi à Liwa Zulfiqar, une nouvelle milice pro-régime créée à partir de LAFA en juin 2013, au moment où le soutien étranger de l'Iran et du Hezbollah auprès du régime syrien est de plus en plus manifeste et massif8. Elle est probablement aussi partie prenante dans une autre milice pro-régime, Liwa Ammar Ibn Yassir, qui est l'une des premières à ne pas intervenir dans la région de Damas, en particulier pour protéger le sanctuaire chiite de Zaynab, au sud de la capitale, mais à Alep9. Enfin, en juillet 2013, AAH dévoile la structure qui accueille ses combattants en Syrie, une sorte de corps expéditionnaire en quelque sorte : Asa’ib Ahl al-Haq-Liwa’a Kafeel Zaynab. Ce corps expéditionnaire collabore étroitement avec le Hezbollah libanais en Syrie, ce qui n'est pas étonnant puisque le Hezbollah a participé à la formation initiale et continue d'AAH. Muhammad al-Tabatabai, un ancien chef sadriste et fondateur d'AAH, a même visité les miliciens engagés en Syrie à l'été 201310. AAH continue aussi d'alimenter de nouvelles milices « paravents » en Syrie, comme Liwa’a al-Hamad11 ou Faylak Wa’ad al-Sadiq12. Au final, AAH est sans doute le « groupe spécial » iranien en Irak qui contribue le plus, en nombre de combattants, au soutien du régime syrien13.


    Ci-dessous, des combattants d'Asaib Ahl al-Haqq en Syrie, à Alep.



    En Irak, AAH se trouve en première ligne à partir du moment où l'EIIL réinvestit la province d'Anbar, à l'ouest de Bagdad, profitant du mécontentement sunnite à l'égard du gouvernement de N. Al-Maliki, en décembre 2013. Dès ce mois-ci, probablement, AAH redéploie une partie de ses vétérans de Syrie vers l'Irak, pour opérer dans la province d'Anbar en particulier14. Cet engagement contre l'EIIL vaut à AAH d'être pris pour cible par ce dernier : le 26 avril 2014, un rassemblement politique à Bagdad est victime d'un attentat kamikaze, qui tue 37 personnes, dont 10 vétérans des combats en Syrie. AAH est aussi accusé par l'opposition chiite au Premier Ministre, et notamment le mouvement sadriste, de fournir des hommes à une force spéciale paramilitaire chargée à la fois d'opérations de police contre l'EIIL dans la province d'Anbar, mais aussi de cibler les opposants chiites à N. Al-Maliki. Ce dernier utilise aussi les services d'AAH dans la province de Diyala, au centre-est de l'Irak : la milice est accusée d'avoir exécuté de sang froid, dans la ville de Buhriz, 23 civils en mars 2014. AAH est également pointée du doigt dans le « nettoyage » de tribus sunnites autour de la ville de Bassorah, pour garantir une population chiite homogène dans la région15. D'après le blog Musings on Iraq, c'est en fait dès le début de l'année 2013 que AAH a recentré une partie de son activité militaire en Irak, en raison du renouveau de ce qui est devenu l'EIIL dans ce pays, après s'être engagé en Syrie et dans l'activisme politique en 201216. Ce recours aux milices des « groupes spéciaux iraniens » se fait avec l'aval du Premier Ministre Al-Maliki, non seulement pour affaiblir ses adversaires chiites mais aussi pour se constituer une sorte d'armée privée : les miliciens sont intégrés dans la structure des forces de sécurité et de l'armée et en reçoivent les uniformes, les insignes, si ce n'est les armes.

    AAH accélère l'effort de recrutement en Irak, pour contrer la menace grandissante de l'EIIL, dès le mois d'avril 2014, à l'instar des autres groupes spéciaux iraniens comme Kataib Hezbollah. Ceux-ci travaillent en étroite collaboration avec les forces de sécurité et l'armée irakienne. C'est ainsi qu'AAH participe aux combats pour Falloujah dans la province d'Anbar dès le mois de janvier (un de ses commandants, qui a combattu en Syrie, est d'ailleurs tué17). Dès le 5 juin, avant même la chute de Mossoul aux mains de l'EIIL, AAH est présente, avec nombre d'autres milices des groupes spéciaux et autres, dans la ville sainte pour les chiites de Samarra18. En raison de l'effondrement d'une partie de l'armée irakienne et des difficultés de cette dernière à conduire la contre-offensive face à ce qui est devenu l'Etat Islamique (EI), les groupes spéciaux iraniens, et AAH en particulier, constituent désormais un acteur avec lequel il va falloir compter sur le plan militaire. Ce qui n'empêche pas AAH de revenir à une logique sectaire : le 21 août, une unité de miliciens associé à AAH a probablement commis un massacre contre des sunnites dans une mosquée de la province de Diyala, où les groupes spéciaux (en particulier l'organisation Badr pour cette province) sont particulièrement présents19. AAH avait déjà été accusée de l'exécution de 50 Irakiens dans la province de Babil, au sud de Bagdad, au mois de juillet 201420.


    Ci-dessous, des combattants d'AAH aux côtés de l'armée irakienne au combat contre l'EI dans la province de Diyala (juillet 2014).




    Un exemple d'unité d'AAH au combat contre l'EI en Irak : la brigade de l'Imam Al-Ali


    Kataab Imam Ali, ou la brigade de l'imam al-Ali, la subdivision pour le sud de l'Irak de AAH, représente un exemple intéressant de la production du groupe en ligne, via les réseaux sociaux21, à propos de ses opérations militaires, en particulier contre l'EI, en Irak.

    Une première vidéo, le 2 juillet, constitue pour ainsi dire une bande-annonce de présentation de la brigade. Sur fond de chant chiite en l'honneur de Kataab Imam Ali, on peut distinguer les hommes à l'entraînement, de nuit, manipulant mortiers et roquettes pour les attaques indirectes, mais aussi des armes légères, M4, fusil d'assaut britannique SA80 de prise, lance-roquettes antichar, etc. Les hommes qui s'entraînent de nuit ont le visage noirci et sont équipés de tenues militaires. D'autres extraits montrent les combattants de la brigade intégrés aux forces régulières irakiennes. Le tout est entrecoupé de clips montrant soit les villes chiites irakiennes, soit des personnages importants du chiisme, en particulier Ali et son épée à deux pointes Zulfiqar, ou des emblèmes de celui-ci, comme le drapeau rouge d'Huseyn, le fils d'Ali tué à la bataille de Kerbala, qui est au-dessus de la tombe de celui-ci22. La publication du premier emblème de la brigade, le 3 juillet, s'accompagne d'un texte précisant qu'une des sous-unités de la brigade est partie combattre dans la province de Diyala, au nord-est de Bagdad, ce qui montre que les formations circulent apparemment volontiers dans les subdivisions en fonction des besoins23. Le lendemain, la brigade de l'imam Ali indique avoir repris des positions à l'EI dans la province d'Anbar, à l'ouest de Bagdad, et publie une photo montrant quelques munitions capturées24. Ce même jour, la brigade loue l'effort de sa composante logistique qui ravitaille en munitions les combattants de première ligne25.

    Un combattant de la brigade Imal al-Ali avec un RPG-7 muni d'une roquette tandem.

    Les combattants d'AAH sont manifestement bien équipés individuellement.

    Les membres d'AAH avec les uniformes et l'équipement de l'armée irakienne.

    Manoeuvres nocturnes pour une vidéo de promotion. Un combattant épaule un lance-roquettes antichar RPG-29.

    Visage noirci, arme occidentale ou sa copie étrangère pour ce combattant de la brigade Imam al-Ali.

    Première vue de la copie iranienne du fusil de sniping lourd en 12,7 mm Steyr HS 50. La brigade en a au moins un exemplaire.

    La même arme.

    Un combattant équipé d'un M4.

    Au premier plan, ce combattant camouflé vise avec un SA80 britannique.

    Autre vue d'un combattant armé d'un M4, ou sa copie étrangère, et d'un lance-grenades.

    Une batterie de roquettes individuelles est préparée pour le tir.

    Un tube lance-roquettes est chargé.

    Autre vue de la batterie de roquettes préparée par la brigade.




    Le 8 juillet, le groupe publie une photo de combattants utilisant une mitrailleuse lourde M2 de 12,7 mm26. Toujours le 8, la brigade remet en ligne la photo de la province d'Anbar accompagnée d'un commentaire précisant que la prise d'explosifs et de containers pour les dissimuler (une nouvelle photo est ajoutée) s'est faite dans la région de Ramadi27. Le 13 juillet, ce sont les snipers de la formation des opérations spéciales qui sont mis en avant : deux photo présentent les tireurs d'élite armés non seulement d'un Dragunov mais aussi d'un HS 50 Steyr ou plutôt sa copie iranienne, l'AM-5028. Cette dernière arme a été utilisée par le Hezbollah et les milices étrangères pro-régime en Syrie29, mais on l'a vu aussi plus récemment entre les mains de l'armée irakienne, avec des passerelles possibles entre les deux composantes30. Un de ces fusils anti-sniper apparaît déjà dans la vidéo du 2 juillet. Le 14 juillet, un groupe de combattants de la brigade de l'imam Ali pose à côté d'un hélicoptère Mi-8 de l'armée irakienne : il aurait pris part à des combats dans la province de Salahuddine contre l'EI, aux côtés des formations régulières31. La brigade prétend d'ailleurs avoir combattu contre des Tunisiens appartenant à l'EI32. Le lendemain, 15 juillet, la page Facebook du groupe montre une photo où l'on voit un homme déployer un drapeau avec des symboles chiites, dont probablement Ali et Abbas, le combattant de la bataille de Kerbala aux côtés d'Huseyn, mais aussi un dôme doré33.

    Véhicule de la brigade Imam al-Ali. On reconnaît l'emblème de la brigade.

    Ramadi, province d'Anbar : la brigade expose des munitions prises à l'EI et qui auraient servi à fabriquer des pièges explosifs.

    Autre vue de la même scène, les bidons servent de containers aux engins.

    Une mitrailleuse M2 de 12,7 mm utilisée par les combattants chiites de la brigade.

    La brigade de l'Imam al-Ali dispose apparemment d'au moins un exemplaire de la copie iranienne du fusil de sniping lourd Steyr HS 50.

    La même arme avec un autre sniper équipé d'un SVD Dragunov à droite.

    Photo de groupe. On note que la plupart des miliciens sont équipés de M16/M4 américains.

    Les photos de groupe mettent comme souvent en évidence le drapeau et les autres emblèmes de la brigade.

    Devant un Mi-8 de l'armée irakienne : les combattants de la brigade ont probablement été aérotransportés durant les opérations du mois de juillet.

    Un drapeau qui montre la tombe, probablement, de l'imam Huseyn à Kerbala. Le personnage central est probablement Ali ; en haut à droite, peut-être Abbas, le compagnon d'Huseyn à Kerbala.


    Le 16 juillet, la brigade Imam al-Ali publie une première photo de ses véhicules en opération en Irak : des roquettes tirées depuis des LRM (Type 63 chinois probablement, 107 mm) montés sur véhicules légers34. Le même jour, une photo montre un convoi de la brigade se diriger vers la province de Salahuddine, mélangé à des véhicules de l'armée régulière dont au moins un Humvee35. Le 17 juillet, les snipers sont une nouvelle fois mis à l'honneur avec une photo montrant un tireur délite portant un SVD Dragunov36. Une autre photo de groupe est accompagnée d'un commentaire mentionnant la participation à des combats contre l'EI dans la province de Diyala37. Le lendemain, le groupe met en ligne une photo de combattants transportés dans des pick-ups flambant neuf38. Le 26 juillet, un billet proclame le soutient de la brigade aux chrétiens chassés de Mossoul et accueillis à Bagdad39. Le lendemain, un communiqué d'opérations précise que la brigade participe à l'encerclement de Tikrit en vue d'une contre-attaque contre l'EI qui s'est emparé de la ville précédemment40. Ce même jour, la brigade revendique l'élimination de 11 combattants de l'EI pour la seule province de Diyala41.

    La première photo postée par le groupe montrant une jeep équipée d'un LRM Type 63 chinois, qui est fréquemment utilisé.

    Convoi de la brigade, avec un Humvee de l'armée irakienne à l'arrière-plan. On note le second emblème de la brigade à gauche.

    Le Type 63 monté sur Jeep en action.

    Sur cette photo de groupe, on distingue plusieurs dizaines de combattants de la brigade, dont l'effectif se monte probablement à plusieurs centaines d'hommes.

    Un tireur d'élite armé d'un Dragunov que l'on verra apparaître à plusieurs reprises sur les photos du groupe.

    Convoi de la brigade. Les pick-ups sont flambant neuf.

    Sur la ligne de front, les hommes de la brigade sont abrités derrière une levée de terre.


    Le 2 août, une photo montre les mortiers de la brigade en action42. Une autre photo postée la même journée montre toujours le même tireur d'élite équipé de son SVD Dragunov43. Le même jour, la brigade revendique la mort de 10 combattants de l'EI dans la région de Mossoul, dont un Saoudien44. Le 4 août, la brigade prétend avoir incorporé dans ses effectifs présents dans la région 125 jeunes gens volontaires45. Le 6 août, la brigade ajoute 4 membres de l'EI de plus à son actif à Mossoul46. Le 9 août, elle revendique l'assassinat, lors d'une opération spéciale, d'un responsable de recrutement étranger de l'EI, toujours à Mossoul47. Ce même jour, des photo montrent des camions civils légers sur lesquels ont été montés des mitrailleuses lourdes DShK de 12,7 mm48. La brigade dispose aussi d'une unité du génie qui procède à la neutralisation de mines et autres engins explosifs installés par l'EI sur les routes de la province de Diyala49. Des mortiers sont également utilisés, en batterie, dans les combats contre l'EI dans cette dernière province50. Le 11 août, 3 corps de tués de la brigade sont rapatriés par hélicoptère Mi-8 de l'armée irakienne ; les cercueils, portés par les miliciens, recouverts du drapeau de la brigade et du drapeau de l'Irak, sont promenés à travers les rues51. Deux jours plus tard, la brigade revendique la mort de 4 combattants de l'EI à Mossoul52. Une vidéo mise en ligne le 14 août montre les corps des 3 combattants décédés rapatriés par Mi-8 et accueillis par des convois de véhicules marqués de l'emblème de la brigade53. Le 15 août, une vidéo permet de voir le LRM Type 63 monté sur jeep tirer sur Tuz Khurmatu, une ville d'un district de la province de Salahuddine, à environ 90 km au sud de Kirkouk, occupée par l'EI54. Une autre vidéo montre les combats dans ce secteur : les fantassins, abrités derrière des levées de terre, tirent notamment à la mitrailleuse PK. La caméra s'attarde sur un Toyota Hilux abandonné par les combattants de l'EI, marqué de l'étendard noir des djihadistes, et sur un autre en flammes. Les miliciens de la brigade, relativement nombreux comme on peut le voir sur une des séquences, fêtent leur victoire par des coups de feu tirés en l'air55. Une troisième vidéo montre des armes lourdes pilonnant les positions de l'EI, toujours dans la province de Salahuddine (district de Yathrib) : pièce quadruple antiaérienne de mitrailleuses KPV en 14,5 mm (ZPU-4), mitrailleuse lourde de 12,7 mm, mortiers de 82 mm56. Ce même jour, une photo montre les responsables d'AAH en vol pour aller inspecter les unités engagées au combat dans la province de Salahuddine. On les voit ensuite dans la province de Diyala, avec l'uniforme la brigade. Une autre photo les montre en inspection sur Camp Speicher, dans la province de Tikrit57. Sur un autre cliché, alors qu'on les voit en vol vers Tikrit, ils sont accompagnés d'un général irakien58.

    Le même tireur SVD que sur la photo plus haut.

    Les mortiers de 82 mm de la brigade en action.

    Portait de combattants ; l'homme de gauche tient à la fois une M4 et un AKM. De manière générale, les hommes de la briagde apparaissent "surarmés", certains portent même des pistolets attachés aux chevilles sur certaines vidéos.

    AAH a gardé de son action indirecte contre les troupes américaines une forte présence de mortiers pour l'appui-feu.

    Ces camions légers sont équipés sur la plage arrière d'une mitrailleuse lourde DShK de 12,7 mm, la brigade en a plusieurs de ce type.

    Tir de mortier la nuit. Plusieurs séquences laissent penser que la brigade conduit aussi des opérations nocturnes, ponctuellement, et pas seulement pour la propagande en ligne.

    Un groupe de la brigade conduit une opération de déminage dans la province de Diyala.

    Les technicals avec mitrailleuse lourde de 12,7 mm en action.

    Cérémonie pour les 3 combattants de la brigade tués et ramenés par hélicoptère Mi-8. Les drapeaux du groupe recouvrent les cercueils.

    Autre vue de la même scène.

    2 Mi-8 viennent de déposer les corps, un impressionnant cortège les attend.

    Vue de l'arrivée des Mi-8 quelques instants plus tôt.



    Les responsables d'AAH en visite sur le front, portant l'uniforme de la brigade.

    A côté des responsables d'AAH, à droite, un général de l'armée irakienne.

    Les responsables d'AAH en visite au camp Speicher, près de Tikrit.

    Dans l'avion, en route vers le front. L'homme du milieu, un cadre important d'AAH, ainsi que celui de droite, apparaît dans de nombreuses photos.

    Un affût ZPU-4 avec 4 mitrailleuses KPV en 14,5 mm utilisé en tir tendu.

    Après la bataille à Tur Khuzmatu, les combattants de la brigade se réjouissent en tirant en l'air.

    Une mitrailleuse lourde de 12,7 mm utilisée à Tur Khuzmatu.

    Un mortier de 82 mm ouvre le feu sur les positions de l'EI.

    Toujours le tir de mortier.

    Un pick-up de l'EI a été incendié à Tur Khuzmatu.

    Le premier homme tire à la PK à la hanche, l'homme à l'arrière-plan est armé d'un M4.

    Rafale de PK d'un combattant de la brigade.

    La jeep avec le Type 63 en action.

    La roquette du Type 63 file vers son objectif.

    La roquette est partie, elle est visible en vol.

    Un Toyota Hilux frappé de l'étendard noir de l'EI a été abandonné. Il est inspecté par les combattants de la brigade.



    Le 16 août, la brigade de l'Imam Al-Ali annonce encore avoir tué 5 combattans de l'EI à Mossoul59. Deux jours plus tard, une nouvelle vidéo montre les chefs d'AAH en visite auprès des combattants de la brigade, avant que ceux-ci ne partent en direction d'Amerli, une bourgade de Turkmènes chiites assiégée depuis le mois de juin par l'EI, à 180 km au nord de Bagdad60. Le 21 août, une vidéo présente la milice au combat en compilant notamment les vidéos précédentes et en y ajoutant quelques extraits. L'insistance est plus de mise que de coutume sur les portraits de combattants, les symboles chiites (jusqu'au baiser sur le cercueil d'un des trois martyrs tués en août), et les convois de véhicules61. Un communiqué du 22 août montre que la brigade combat encore largement dans la province de Salahuddin, de Samarra au camp Speicher62. Le 23 août, on voit d'ailleurs le secrétaire général d'AAH au sanctuaire chiite de Samarra63. Le lendemain, une autre vidéo montre un convoi en route vers Amerli et les préparatifs de l'expédition64. Une autre vidéo montre le cortège funéraire de deux combattants tués dans les combats pour lever le siège d'Amerli65 : un cadre, Saeb Al Aboodi et un milicien, Mostafa Shehab Al-aboudi66. Les deux martyrs sont enterrés à Najaf67. La vidéo suivante de la brigade, postée le 26 août, montre le cadre tué à Amerli, Saeb Al Aboodi, pendant les opérations à Tuz Khurmatu, plus tôt dans le mois68. Une autre postée le même jour montre les funérailles de ce même cadre69. La brigade combat manifestement toujours à Tuz Khurmatu70. La dernière vidéo de la brigade étudiée ici (je me suis arrêté au 26 août) est une compilation des clips précédents enrichie de quelques images supplémentaires, sur un fond musical chiite repris souvent, avec également incorporation d'images de lieux saints ou de combats historiques à travers des films, comme la bataille de Kerbala71.

    Convoi de la brigade en route vers le front.

    Le cadre d'AAH effectue une visite au sanctuaire chiite de Samarra.

    Enterrement d'un commandant de la brigade et d'un milicien tués lors de la poussée vers Amerli, à Najaf.


    Poster montrant Saeb Al Aboodi, cadre de la brigade tué lors de la poussée vers Amerli.

    Saeb Al Aboodi et le milicien tué lors de la poussée vers Amerli, sur les posters du cortège funéraire.

    Le pick-up noir transporte le corps de Saeb Al Aboodi.



    Conclusion


    L'étude des communiqués, documents audiovisuels et autres de la brigade Imam al-Ali, une des composantes d'AAH en Irak, permet de tirer quelques enseignements sur ses modes opératoires tactiques, son armement, son équipement, son idéologie au combat contre l'EI. De la période de l'occupation américaine, le groupe a conservé l'utilisation d'armes indirectes, mortiers de 82 mm ou approchant et roquettes, tirées seules ou en salves à partir de véhicule, comme le montre l'unique jeep dotée d'un Type 63 chinois que l'on voit fréquemment dans les vidéos, en action ou au sein des convois, fusils de précision (avec apport d'armes lourdes iraniennes). Il conserve aussi l'emploi d'armes occidentales en plus des armes soviétiques ou chinoises, notamment pour les armes de poing : fusils d'assaut M4 ou M16, SA 80, etc. A l'ensemble se rajoutent quelques armes lourdes comme les mitrailleuses de 12,7 mm, DshK ou M2, et l'affût quadruple de KPV 14,5 mm ZPU-4 que l'on peut observer sur les vidéos.

    Mais la brigade Imam al-Ali a aussi cette particularité, sur la période allant de fin juin à fin août 2014 que nous avons étudié, de travailler de concert avec l'armée et les forces de sécurité irakiennes contre l'EI. Non seulement on observe des officiers généraux qui accompagnent l'encadrement de la milice en inspection sur le front, mais les hélicoptères Mi-8 qui servent à aérotransporter les combattants ou les corps des « martyrs » sont fournis par les forces régulières. De même que les Humvee et probablement d'autres équipements que l'on observe au sein des convois de la brigade sur les vidéos. L'étude confirme donc ce que nombre de spécialistes avaient mis en avant : l'étroite imbrication, depuis des mois, des « groupes spéciaux » iraniens et des forces régulières irakiennes dans le combat contre ce qui est devenu en juin dernier l'EI. Sur le plan tactique, la brigade de l'Imam al-Ali, qui normalement correspond à la subdivision sud d'AAH, n'est jamais vue au combat dans cette région. Elle opère dans un arc de cercle qui va de la province d'Anbar, à l'ouest de Bagdad (Ramadi), au nord de la capitale et jusqu'au nord-est, avec les provinces de Salahuddine et de Diyala. Ses unités ont combattu en particulier dans la localité de Tuz Khurmatu, d'où proviennent de nombreux documents iconographiques, et pour lever le siège d'Amerli. Il n'est donc probablement pas exclu qu'une formation de la brigade ait pu commettre le massacre de la mosquée située dans la province de Diyala, le 21 août dernier. Je n'ai pas d'explication à fournir pour cette incohérence au niveau de la répartition géographique, sauf peut-être que la menace de l'EI sur le flanc sud de Bagdad, notamment au nord de la province de Babil, est peut-être traitée par d'autres formations ce qui permet dans ce cas à la brigade de faire tourner ses forces là où elles sont nécessaires. Autre hypothèse : les subdivisions d'AAH correspondraient davantage à des bassins de recrutement qu'à des zones d'action opérationnelle. Sur plan de l'engagement au feu, la brigade de l'Imam al-Ali se présente avant tout comme une force d'infanterie légère bien entraînée, très mobile via les pick-up et autres technicals improvisés, sans parler des véhicules fournis par l'armée irakienne (et jusqu'aux hélicoptères donc). La brigade fait un large usage de son appui-feu indirect pour « ramollir » la résistance avant l'assaut : mortiers, roquettes (notamment le LRM monté sur jeep), mitrailleuses lourdes ou antiaériennes en tir tendu, quelques lance-roquettes antichars. L'effectif est difficile à estimer mais il est probable que la seule brigade de l'Imam al-Ali aligne plusieurs centaines de combattants, de ce qu'on peut voir des images, et elle ne constitue qu'un quart du total.

    Le premier emblème de la brigade Imam al-Ali, subdivision d'AAH.

    Deuxième emblème de la brigade de l'imam al-Ali que l'on voit souvent dans les documents du groupe.


    Le niveau de pertes admis est relativement faible (moins d'une dizaine de tués sur la période considérée), preuve, probablement, que les engagements ne sont pas forcément très soutenus, mais peut-être aussi, néanmoins, que la milice a un degré notable d'efficacité, ce qui serait assez logique vu son historique. Sur le plan idéologique, AAH fait une large place à l'imagerie chiite combattante : Ali et son épée à deux pointes, Zulfiqar, Abbas, le drapeau rouge d'Huseyn, sans compter le culte traditionnel porté aux « martyrs », comme on le voit très bien dans le cas de la brigade de l'Imam al-Ali. Les emblèmes choisis par le groupe sont de ce point de vue instructifs. Le premier, sur fond vert, présente la carte de l'Irak dans laquelle est contenu un dôme doré, probablement celui du tombeau d'Huseyn à Kerbala. De part et d'autre de la carte, l'épée à deux pointes d'Ali, le tout environné de vert. Un second insigne, que l'on retrouve parfois sur les épaules des combattants ou d'autres parties de leur uniforme, consiste en en cercle sur fond jaune, contenant toujours les deux épées, la carte de l'Irak en vers mais avec cette fois une AK-47 en position centrale. On se rapproche ici de l'emblème du Hezbollah libanais, formateur initial d'AAH, et de l'emblème de la milice AAH elle-même. Car quand bien même AAH a évolué au fil des années, devenant un parti politique en plus d'une organisation armée, il n'en demeure pas moins étroitement liée à l'Iran, qui par l'intermédiaire des « groupes spéciaux », dispose en Irak, mais aussi en Syrie, de pions supplémentaires en plus de ses Pasdarans. Des pions dont l'importance est peut-être plus considérable encore dans le second pays, mais en Irak, les événements de ces deux derniers mois montrent qu'ils constituent une force non négligeable : c'est parce que AAH et les autres « groupes spéciaux » ont « lâché » N. Al-Maliki qui celui-ci, entre autres, a été contraint à la démission72. Ce sont donc des acteurs qui ne sont pas à sous-estimer.




    1Marisa Cochrane, Asaib Ahl al‐Haq and the Khazali Special Groups Network, Backgrounder 38, Institute for the Study of War, 13 janvier 2008.
    2Marisa Cochrane, Asaib Ahl al‐Haq and the Khazali Special Groups Network, Backgrounder 38, Institute for the Study of War, 13 janvier 2008.
    3Michael Knights, « The Evolution of Iran’s Special Groups in Iraq », CTC Sentinel, Novembre 2010, Vol. 3, Issue 11-12, p.12-16.
    4Le général Soleimani, qui dirige la force al-Qods des Pasdarans, reçoit alors carte blanche pour « bouter les Américains hors d'Irak » : le nombre d'attaques à l'EFP est de 42 par mois entre août et octobre 2006, 88 en juillet 2007. 43 caches d'armes majeures iraniennes sont découvertes au premier semestre 2007. L'Iran ne stoppe le processus que lorsque les chiites irakiens commencent à se déchirer entre eux, notamment à Kerbala en août 2007.
    5Michael Knights, « Shia strength - Iraqi militants adapt to the US drawdown », Jane's Intelligence Review, 30 septembre 2011.
    6Sam Wyer, THE RESURGENCE OF ASA’IB AHL AL-HAQ, MIDDLE EAST SECURITY REPORT 7, The Institute for the Study of War, décembre 2012.
    13D'après un témoignage recueilli dans cet article, le cimetière de Najaf accueillerait déjà, en mars 2014, 500 corps de combattants d'AAH tués en Syrie depuis le début de l'engagement du groupe aux côtés du régime : http://www.theguardian.com/world/2014/mar/12/iraq-battle-dead-valley-peace-syria
    15Nicholas A. Heras, « Iraqi Shi ’a Militia Asa ’ib Ahl al -Haq Expands Operations to Syria », Terrorism Monitor, Volume XII, Issue 10, 16 mai 2014, The Jamestown Foundation.
    21Ce travail a été notamment réalisé via la page Facebook de la brigade, et d'une autre page Facebook de soutien à celle-ci : https://www.facebook.com/kataabimamali/timeline et https://www.facebook.com/pages/%D8%A3%D8%A8%D8%B7%D8%A7%D9%84-%D9%83%D8%AA%D8%A7%D8%A6%D8%A8-%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%85%D8%A7%D9%85-%D8%B9%D9%84%D9%8A-%D8%B9/1434104030209803, ainsi que de la chaîne Youtube officielle de la brigade.

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    Novembre 667. Fidelma et Eadulf, qui reviennent à peine du territoire d'un clan où ils ont réussi à résoudre une série de meurtres mystérieux, apprennent en chemin une terrible nouvelle : Alchu, leur fils, a été enlevé pendant leur absence. Abattue, Fidelma, qui se sent coupable d'avoir négligé son fils et son père, sombre dans le désespoir. La tension est telle que de violents éclats ont lieu entre les deux époux. Eadulf va devoir prendre le taureau par les cornes pour retrouver son fils...

    Le treizième tome des aventures de soeur Fidelma joue à nouveau beaucoup sur la relation entre l'enquêtrice et son mari, Eadulf, distendue par la disparition de leur enfant et les reproches mutuels qu'il s'adresse. A nouveau, si l'on peut regretter que l'auteur donne un peu trop d'indices qui permettent assez facilement de résoudre l'énigme, le tome vaut par contre par le rôle d'Eadulf qui, à l'instar de volumes précédents, résoud à lui seul une bonne partie de l'enquête. On retrouve dans ce tome Conri, le seigneur de guerre des Ui Fidgente croisé dans l'histoire précédente, mais aussi Della, la vieille amie de Fidelma, ancienne prostituée violée.

    A noter aussi, outre, toujours, l'absence de carte plus fine pour se réperer, celle du mémorandum place d'ordinaire en tête de volume, sur le contexte historique de la série. Une postface renvoie au site de la société créée par les passionnés et à sa revue pour plus de détails.




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    Janvier 668. Un navire gaulois, trompé par des naufrageurs, s'échoue sur les terres des Ui Fidgente, dans le royaume de Muman. Le seul survivant, qui a vu ses compagnons se faire massacrer sur la plage par les naufrageurs, est sauvé par un groupe de religieuses de l'abbaye d'Ard Fhearta. Mais il voit, impuissant, l'abbesse se faire tuer par les mêmes hommes ; déguisé en moine, il échappe à la mort et part en captivité avec les soeurs. Fidelma et Eadulf sont sollicités par le chef des Ui Fidgente pour faire la lumière sur cette affaire, en compagnie de Conri, leur ami chef de guerre de ce peuple, dont la présence est bienvenue sur un territoire foncièrement hostile à la royauté de Cashel. L'enquête prendra bien des tours et détours avant d'arriver à sa conclusion...

    Maître des âmes, 14ème volume des enquêtes de soeur Fidelma (15ème si on compte un recueil de nouvelles intercalé dans l'ordre), est à mon sens l'un des meilleurs tomes de la série depuis le début. Les thèmes sont classiques -opposition Eglise de Rome/Eglise irlandaise, querelles à l'intérieur du royaume de Muman, conflits personnels, etc- mais l'intrigue est cette fois bien menée et difficile à démêler. Peter Tremayne sait brouiller les pistes pour proposer, sans trop donner d'indices, de fausses hypothèqes que l'on peut suivre facilement avec de se rendre compte qu'on s'est trompé. En revanche, il est difficile d'attaquer la série avec ce tome, je pense, car il faut bien connaître les tomes précédents, et jusqu'à de plus anciens aussi, pour saisir tous les enjeux. Hormis ce détail, un tome des plus passionnants, sur lequel je m'étais arrêté dans mes lectures en juillet en raison de différents travaux d'écriture.




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    Marseille, été 1906. Panique à l’anse de Maldormé, dans le quartier de Malmousque : le notaire Théophile Deshôtels est retrouvé pendu à l’espagnolette de la fenêtre de sa chambre. Raoul Signoret, en chasse d’informations pour la rubrique judiciaire du Petit Provençal, se lance à corps perdu dans l’enquête, avec l’aide de son fidèle oncle Eugène chef de la police, et de Placide Boucard, ancien reporter. Tout semble accuser la gouvernante, une Allemande, Lislotte Ullman, une femme froide peu appréciée du fils de la victime. En dépit des efforts de l’avocat Bernard Pignet, ami d’enfance de Raoul, « La Bochesse» est condamnée par la cour d’assises à 20 ans de réclusion. A la joie des riverains, qui comptent bien désormais se concentrer sur l’étape marseillaise du Tour de France… Mais Raoul est persuadé de son innocence et, le jour où la pauvre femme se suicide dans sa cellule, laissant un petit orphelin, il se lance dans une périlleuse enquête. Heureusement Cécile est là pour jouer les infirmières espionnes, et Eugène pour l’empêcher se battre en duel…


    Première rencontre avec les romans de Jean Contrucci, via mon épouse, qui me prête ce volume. Jean Contrucci est un journaliste et auteur de romans policiers : dans cette série, Les nouveaux mystères de Marseille, un clin d'oeil indirect à Emile Zola, ce tome-ci est le sixième (!), je ne commence donc pas la série exactement par le début...

    Il y a des tonalités très contemporaines aux thèmes choisis par l'auteur dans ce tome : la rumeur, la manipulation, le racisme, la haine de l'autre... et l'auteur joue évidemment beaucoup de sa connaissance intime de Marseille et des Marseillais, où se déroule toute l'action. L'intrigue joue fortement des rebondissements et des coups de théâtre ,et privilégie peut-être davantage l'action (notamment pour le personnage principal et ses adjuvants) que la sophistication du crime et de l'enquête. Au final, ça se lit plutôt bien, notamment en raison du style de l'auteur. Il me reste à découvrir les tomes précédents et suivants pour être plus complet (!). 




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    Cette collection "Série des séries" aux PUF, dirigée par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Claire Sécail, a pour but d'analyser les séries télévisées produites ces dernières années, particulièrement aux Etats-Unis, de comprendre les raisons de leur étonnant succès et d'offrir des clés de lecture à propos d'elles.

    Le volume sur la (ou plutôt les, puisqu'il y avait, en plus de la série d'origine, la seule à continuer encore, deux séries dérivées aujourd'hui arrêtées) série Les Experts, que j'affectionnais particulièrement au moment de son lancement et qu'il m'arrive encore de suivre, pour les épisodes que je n'ai pas vus, aujourd'hui, est l'oeuvre de Gérard Wajcman. Ce dernier est un écrivain et un psychanaliste, maître de conférences à Paris 8, et dirige le Centre d'étude d'histoire et de théorie du regard.

    Pour l'auteur, la série Les Experts incarne probablement le mieux possible le récit du monde d'aujourd'hui, un monde qui ne veut pas croire à l'impossible, et particulièrement dans le domaine du crime. Notre époque a connu ainsi un événement réel remettant les représentations en question : les attentats du 11 septembre 2001. Les Experts démarre en 2000, un peine un an plus tôt.

    Ci-dessous, la parodie de Horatio Caine, le chef de l'équipe des Experts : Miami, par Jim Carey.



    Une des séries les plus regardées dans le monde durant la décennie précédente, Les Experts appartient au genre des séries policières montrant l'enquête de fonctionnaires de police. Les crimes multiples et parallèles dans chaque épisode, et qui parfois se téléscopent, sont le moteur de la série. La multiplicité serait d'ailleurs, selon Wajcman, le témoin d'une désorientation du sujet moderne. Plus précisément, Les Experts met en scène une brigade de nuit de la police scientifique de Las Vegas : la science contre le crime, donc. Le concepteur a d'ailleurs eu du mal à vendre son idée, avant de connaître le succès que l'on sait.

    Les Experts donnent ensuite naissance à Les Experts : Miami puis Manhattan. C'est que le crime est d'abord urbain. Et c'est tout le rôle des experts que de transformer, par le regard, la ville en scène de crime. S'assurer que la scène de crime n'a pas été "contaminée", en mettant à distance tous les non-experts ; récolter les indices ; travailler dessus, voilà le quotidien de la série, tout en faisant une abondante publicité aux dernières merveilles technologiques utilisées par les techniciens, et parfaitement authentiques pour la plupart.

    Pour les experts, la preuve est un indice qui a parlé. La mort est le commencement de tout. L'indice matériel prime, analysé, décortiqué dans un environnement aseptisé. Il est considéré comme supérieur au témoignage, suivant le principe de Locard, datant des années 1930, selon lequel un crime laisse toujours des traces. Dans Les Experts, tout crime est matériel, et aucun matériel n'est par définition impénétrable. Les laboratoires de verre des experts sont refermés sur eux-mêmes et ne sont transparents que pour l'équipe, entre experts. Les Experts s'intéressent au crime, pas au criminel, et presque pas à la victime : triomphe, selon Wajcman, du "dessein inanimé de la science" (p.60).

    La police scientifique est la police de la mort, ainsi que le montre la place grandissante du médecin légiste au détriment de l'enquêteur. A tel point que la série n'hésite pas à montrer les autopsies, non pas pour l'aspect "gore" mais toujours dans la quête de l'indice matériel et de l'élucidation du crime. Comme dans une autre série, Dr House, on ne vise pas ici la thérapeutique mais la résolution d'une énigme, crime ou maladie. A tel point qu'un médecin qui soigne ne peut être un expert, homme de la mort.

    La fin de la saison 5 des Experts, qui se termine avec deux épisodes, a fait appel à Quentin Tarantino, grand fan de la série. Elle décortique tout ce qui fait l'esprit de la série, à savoir que la science est partout, adossée à la technique. La figure du détective solitaire semble s'effacer devant le travail collectif, froid et technicien des experts. Grissom, le chef de l'équipe des Experts, n'est pas à sa place par progression hiérarchique mais en raison de son savoir. Le double épisode de Tarantino retourne les méthodes des experts contre eux, remet en cause le culte de l'indice de la police scientifique et la confusion entre exactitude et vérité. Traiter le crime comme un fait purement matériel, sans les personnes, montre les limites d'une science réduite au silence. Tarantino remet les victimes au centre de l'histoire et montre que même la police scientifique peut se tromper.

    Pour les experts, la vérité n'est pas de l'ordre du dire (p.127). C'est une série d'une époque du discours de la science, de la frénésie, même, de la science. Dans une époque moderne déshumanisée, les hommes cherchent toujours un sens à leur existence. Et si la religion ne peut rivaliser parfois avec la science, l'intervention de Tarantino montre que le regard de l'art peut encore contrer la politique des choses (p.136).




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    Janvier 668 ap. J.-C. . Dans la forteresse de Cashel, Fidelma et Eadulf, qui ont vécu un an et un jour en commun selon la loi irlandaise, sont sur le point de se marier. La veille de la célébration, l'abbé Ultan de Cill Ria, du royaume des Ulaidh du Nord, est retrouvé assassiné dans sa chambre. Partisan de l'église romaine, il s'était fait un nombre considérable d'ennemis dans les cinq royaumes irlandais. En outre, deux témoins voient le souverain du royaume de Connacht, Muirchertach, quitter la chambre d'Ultan peu après sa mort. Ce qui devait se dérouler en cérémonie de réjouissances laisse la place à une enquête particulièrement complexe et délicate, au vu des tensions entre royaumes irlandais et entre obédiences religieuses...

    Une prière pour les damnés, le quinzième volume des enquêtes de soeur Fidelma, est à ranger, comme son prédécesseur Maître des âmes, au rang des meilleurs de la série jusqu'ici. Peter Tremayne conserve les thèmes classiques qui constituent la trame de ses romans policiers (affrontements entre royaumes irlandais, entre positions religieuses, problèmes des rapports sociaux à l'intérieur des lois irlandaises et face au statut religieux, place des femmes, etc) mais développe ici une enquête policière particulièrement efficace. Ce tome voit l'entrée en scène -rapide en raison de son assassinat- d'Ultan, la figure un peu lointaine qui a causé bien des soucis à Fidelma et Eadulf dans certains des premiers tomes par les machinations orchestrées contre le royaume de Cashel en particulier. La dénonciation de l'Eglise de Rome est toujours un peu convenue mais il est en revanche difficile de trouver la solution du crime avant les dernières pages, bien que Tremayne ait encore une fois laissé un indice avant la fin que je n'ai pas repéré cette fois-ci. Un bon polar sur fond historique original, à déguster sans modération.




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    Le débarquement en Provence du 15 août 1944 a souvent été "éclipsé" par son grand frère de Normandie du 6 juin 1944. En 1962, Jacques Robichon publie cet ouvrage assez imposant (plus de 500 pages de texte) sur le débarquement en Provence, réédité en poche par J'ai Lu dans la collection bleue en 1970 et même encore récemment, aux Presses de la Cité, en 2003. Robichon s'est notamment appuyé, dans son travail, sur les ouvrages de Morison aux Etats-Unis et sur les services des armées en France, en Allemagne, et au Canada. Il a puisé également dans de nombreux témoignages d'acteurs : ceux de Speidel côté allemand ou de De Lattre côté français, de Churchill côté anglais, ou bien encore dans ceux plus obscurs des résistants locaux, ou du journaliste Pierre Ichac. Il a également pris contact avec de nombreux survivants, en particulier français, mais aussi allemands, plus d'un millier de personnes lui ayant répondu par écrit.

    Le résultat est un récit vivant, mais très classique dans la forme, de la genèse, du déroulement et des conséquences (jusqu'à la jonction entre 2ème DB et 1ère DFL en septembre 1944) du débarquement en Provence. Le livre fait immédiatement penser au Jour le plus long de C. Ryan, dont il est d'ailleurs contemporain, avec les mêmes défauts et peut-être un peu moins de qualités (style moins enlevé notamment). Il a sans doute le mérite, en français, d'être le premier à aborder le sujet dans l'ensemble, mais il se repose beaucoup sur des témoignages, anecdotes rapportées et pas forcément recoupées, bref, un travail simple qui se limite au minimum. Et qui est aussi marqué par une très forte tendance à ne traiter en détails que les aspects français de l'opération, beaucoup moins les côtés américain et allemand, qui sont cependants présents. Idéal sans doute pour une première approche ou découverte du sujet, ce travail, longtemps resté une référence, a été dépassé depuis par des travaux français -sans parler de ceux étrangers- plus sérieux, se reposant davantage sur des documents d'archives et faisant appel à une méthode plus historienne (on pense à ceux de Paul Gaujac dès les années 1980, mais depuis à d'autres qui lui ont succédé). On ira donc chercher de ce côté pour avoir un point de vue actualisé du sujet.




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