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    Celui qui, avec Lucien Febvre, fonde en 1929 les Annales d'histoire économique et sociale, et donne naissance à une dynamique que les historiens baptiseront plus tard école des Annales, passée à la postérité par l'unité qu'elle a donnée, pendant un temps, à l'histoire française, a parfois eu des mots de génie. Dans ce passage, j'ai souligné ce qui me paraissait le plus important.


    "Mais lorsque certains lecteurs se plaignent que la moindre ligne, faisant cavalier seul au bas du texte, leur brouille la cervelle, lorsque certains éditeurs prétendent que leurs chalands, sans doute moins hypersensibles en réalité qu'ils ne veulent bien les peindre, souffrent le martyre à la vue de toute feuille ainsi déshonorée, ces délicats prouvent simplement leur imperméabilité aux plus élémentaires préceptes d'une morale de l'intelligence. Car, hors des libres jeux de la fantaisie, une affirmation n'a le droit de se produire qu'à la condition de pouvoir être vérifiée ; et pour un historien, s'il emploie un document, en indiquer le plus brièvement possible la provenance, c'est à dire le moyen de le retrouver, équivaut sans plus à se soumettre à une règle universelle de probité. Empoisonnée de dogmes et de mythes, notre opinion, même la moins ennemie des lumières, a perdu jusqu'au goût du contrôle. Le jour où, ayant pris soin d'abord de ne pas la rebuter par un oiseux pédantisme, nous aurons aussi réussi à la persuader de mesurer la valeur d'une connaissance sur son empressement à tordre le cou d'avance à la réfutation, les forces de la raison remporteront une de leurs plus éclatantes victoires. C'est à la préparer que travaillent nos humbles notes, nos petites références tatillonnes que moquent aujourd'hui, sans les comprendre, tant de beaux esprits."

    Apologie pour l'histoire, p.40.

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    Paul Zumthor n'est pas un historien de formation mais un philologue suisse, spécialiste de la littérature et en particulier de la poétique médiévale. Il avait notamment écrit une Histoire littéraire de la France médiévale VIème-XIVème siècle (1954). C'est donc, plutôt, un adepte de l'histoire culturelle. Il a enseigné successivement à l'université d'Amsterdam puis à l'université de Montréal, avant de s'éteindre en 1995, à 80 ans. En 1964, il publie cette biographie de Guillaume le Conquérant fréquemment rééditée depuis.

    La particularité du travail de Zumthor, c'est qu'il ne s'agit pas d'une biographie stricto sensu : le philologue replace le Conquérant dans son époque. Les 80 premières pages présentent ainsi "les travaux et les jours", le "monde féodal" et les repères chronologiques, dans la lignée des trois temps de Fernand Braudel.

    Rien n'était écrit pour Guillaume le Conquérant, bâtard du duc Robert le Diable, né en 1027, et désigné par son père comme héritier avant un pélerinage à Jérusalem dont celui-ci ne revient pas. Les barons normands profitent de l'occasion pour mettre le duché en coupe réglée : Guillaume doit d'abord récupérer son bien, jusqu'en 1066, il se bat continuellement, la première fois lors d'une révolte, à Val-ès-Dunes, en 1046. En épousant Mathilde, Guillaume, qui n'a ni concubines, ni bâtards, enfonce un coin dans la tradition du more danico chère à ses prédécesseurs. Il faut dire qu'il a fort à faire avec tous les membres de la famille ducale, parfois turbulents, issus de ces nombreuses unions... la Normandie devient au fil des années une terre prospère, le duc parraine le mouvement de la Trêve de Dieu dès 1047 mais en garde le contrôle, ce qui renforce son autorité. Guillaume choisit aussi les titulaires des grands offices ecclésiastiques, mais a tendance à les sélectionner pour leur compétence et non plus en fonction d'intérêts lignagers, bien que ce ne soit pas systématique.

    La grande affaire de Guillaume une fois son duché pris en main, c'est la conquête de l'Angleterre. Celle-ci se remet à peine des dernières grandes invasions danoises du début du XIème siècle. Le roi Edouard le Confesseur, qui n'a pas d'héritier direct, n'a qu'un pouvoir limité par celui des barons, dont Godwine et ses fils, les plus influents. Guillaume avait peut-être obtenu d'Edouard, dès 1052, l'assurance qu'il monterait sur le trône à sa mort. Mais quand celle-ci survient, en 1066, Harold, le fils de Godwine, s'empare du pouvoir, alors qu'il avait peut-être prêté un serment de fidélité à Guillaume.

    Celui-ci prépare donc une expédition d'importance pour conquérir l'Angleterre. D'importants moyens sont mobilisés en hommes, chevaux et matériels. Le 29 septembre, les Normands débarquent à Pevensey, tandis qu'Harold doit batailler au nord pour écraser un autre prétendant, Harald Hardrada le Norvégien. Quand Harold revient au sud pour affronter Guillaume, celui-ci est prêt à le recevoir. A Hastings, le 14 octobre, Guillaume remporte la victoire et élimine son concurrent, mais l'Angleterre n'est pas encore conquise, malgré le sacre du duc en décembre 1066 à Westminster. Il faudra plus d'une décennie de combats pour soumettre un territoire encore incomplètement pris en main par les Normands. Guillaume peut alors commencer à instaurer des lois similaires pour les Anglo-Saxons et les Normands, tandis qu'à la veille de sa mort, en 1087 le fameux Domesday Book dresse un état de ses possessions.

    Guillaume le Conquérant s'est montré, au final, un dirigeant politique avisé et un fin stratège, parvenant à tenir simultanément le duché et sa conquête, l'Angleterre. Son action est passée à la postérité en raison des nombreuses traces qu'elle a laissée : tapisserie de Bayeux, chansons de geste, chroniques d'historiens amis ou ennemis. Le duché de Normandie est la puissance montante en Occident à la fin du XIème siècle, et notamment parce que Guillaume a su jouer des apports extérieures, en faisant venir des personnages de premier plan dans plusieurs domaines (Lanfranc, Anselem du Bec, par exemple), anticipant ce que les historiens ont appelé la "renaissance" du XIIème siècle.

    Si Zumthor réussit bien à inscrire Guillaume le Conquérant, homme de l'an Mil, dans l'époque "romane", il n'achève pas son propos par une conclusion en bonne et due forme, ce qui est dommage. Les annexes sont développés, de même que la bibliographie, mise à jour pour cette réédition.


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    David Nicolle, spécialiste de l'art de la guerre médiéval, en particulier au Proche-Orient, revient dans ce volume de la collection Men-at-Arms sur cinq siècles d'histoire militaire, en examinant les armées romano-byzantines entre Constantin et Léon VI. Difficile d'être précis et suffisamment complet en si peu de pages...

    Nicolle souligne en introduction que la partie orientale de l'Empire romain est plus solide dès le milieu du IVème siècle, et insiste aussi sur les destructions opérées par les Sassanides au début du VIIème siècle lors du dernier grand conflit avec les Romains d'Orient. Les Byzantins adoptent une posture plus défensive et organisent le système des thèmes. L'époque est aussi marquée par des progrès technologiques, en particulier dans le domaine naval, mais aussi avec l'adoption des étriers pour la cavalerie.

    La présentation de l'armée romaine occidentale de Constantin à sa chute et trop rapide, de même que la réflexion sur les causes de la disparition de l'Empire romain d'Occident. Nicolle passe ensuite directement à l'époque de Justinien et à celle de Maurice, beaucoup mieux connues en raison de la présence de sources. Il souligne de manière intéressante que l'armée byzantine évolue déjà vers une "guérilla" contre les raids sassanides.

    Nicolle évoque ensuite "l'âge sombre" de Byzance, aux VIIème-VIIIème siècle. Il décrit en particulier l'apparition des thèmes et des tagmata, l'armée centrale, avant de brosser un portait du recrutement et des tactiques. Il finit sur la présentation de l'armée byzantine qui entame la reconquête à partir du IXème siècle. Le propos se conclut sur une liste de présentation des principaux voisins et alliés de Byzance, de peu d'intérêt car elle fait un peu catalogue. La bibliographie est abondante, quoiqu'un peu datée. Restent aussi les planches d'Angus McBride et leurs commentaires.

    Quand je relis ces volumes Men-at-Arms d'Osprey, je suis de plus en plus déçu : le format empêche de véritablement traiter la question de manière pertinente, et le survol ne peut satisfaire l'historien de formation, d'autant que de nombreux ouvrages anglo-saxons abordent le même sujet, de manière beaucoup plus détaillée, sans parler des travaux de l'école byzantine française, pas si invisible que cela. Une introduction à peine suffisante.


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    J'avais déjà eu l'occasion de présenter la collection de poche des éditions du CNRS, Biblis. Le numéro 28 est signé Pierre Maraval, professeur émérite d'histoire des religions à Paris IV-Sorbonne, spécialiste du christianisme ancien et de l'Antiquité Tardive. On lui doit déjà des biographies de Constantin (2011) et de Théodose (2009).

    Le plan de l'ouvrage déroute un peu car il n'y a pas d'introduction : Pierre Maraval attaque de but en blanc son sujet, en posant le cadre de l'Empire romain d'Orient (géographique, politique, administratif...), les acteurs (Justin, Justinien, Théodora), avant de passer au règne à proprement parler, mais sous l'angle thématique : la loi et l'ordre, les guerres de reconquête, les guerres défensives, les problèmes sociaux et économiques, la politique religieuse. Ce que chaque chapitre gagne en cohérence thématique, l'ouvrage y perd en cohérence chronologique car il est difficile, en fait, de suivre exactement le règne de Justinien et ses grandes étapes au fil des pages. On revient en arrière ou on saute dans le temps fréquemment. En outre, ce choix fait que le tout manque de contextualisation : on a du mal à saisir tous les tenants et aboutissants de l'arrivée au pouvoir de Justin, l'oncle de Justinien, de même que les origines, assez anciennes, du conflit entre chalcédoniens et monophysites, par exemple.

    L'idée phare de Maraval, qui est reprise dans la conclusion, c'est que l'Empire romain d'Orient était loin d'être un monde sur le déclin ou en décadence, selon la vue classique, comme le montre les entreprises de reconquête en Occident, l'oeuvre juridique, les réalisations artistiques ou culturelles, et la richesse de l'Empire. Mais le règne de Justinien n'a pas réussi, selon lui, à réduire l'écart social entre la poignée de puissants et les humiliores ; les guerres de reconquête, à contre-courant, ont été coûteuses, et ont empêché de protéger efficacement la partie la plus riche de l'Empire, l'Orient, en particulier contre les invasions perses. Pour Pierre Maraval, l'un des changements les plus importants est la disparition progressive du cadre urbain antique. Dans un monde qui devient chrétien, les églises, les hospices, les monastères deviennent plus importants que les monuments de la cité. Le règne de Justinien marque donc bien, selon lui, la fin de l'Antiquité en Orient.

    Dans un appendice ajouté au livre d'origine (un Que-Sais-Je paru en 1999), Maraval présente en détail le travail d'une historienne allemande paru en 2003 sur le même sujet : mais celle-ci fait une histoire des mentalités à partir du règne de Justinien. L'idée est que le règne de Justinien marque, là aussi, une coupure avec l'Antiquité, notamment après 540, et qu'on ne peut le voir comme un ensemble continu (il règne de 527 à 565). Ce qui est un peu étrange, c'est que Pierre Maraval semble souscrire à cette hypothèse mais le plan de son ouvrage ne le reflète pas vraiment. La bibliographie suit (en revanche, une seule carte au début, ce qui est un peu court).

    On a donc entre les mains, au final, un ouvrage d'introduction au sujet (c'est le rôle d'un Que-Sais-Je ?), mais sur l'interprétation du règne et les hypothèses, on reste un peu sur sa faim.


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    Le n°49 de 2ème Guerre Mondiale sort demain en maison de la presse, kiosque, etc.

    J'ai signé le dossier sur Prokhorovka. Un travail de commande, et honnêtement, au départ, j'étais sceptique sur le fait de réaliser quelque chose d'original, au vu de la quantité de dossiers ou articles déjà réalisés, en plus de l'ouvrage de Jean Lopez sur la bataille de Koursk. Et pourtant ! Il y avait des choses à dire, à la fois dans la description et l'analyse, en faisant appel aux derniers travaux anglo-saxons ou russes traduits en anglais : ce dossier doit beaucoup, en particulier, au dernier ouvrage de G. Nipe sur le côté allemand et à celui de V. Zamulin sur le côté soviétique. Plus de détails bientôt dans la traditionnelle vidéo de présentation.

    J'ai également écrit le premier volet d'une nouvelle chronique cinéma, consacrée ici au film Tobrouk, commando pour l'enfer (1967). Elle est plutôt descriptive (je présente en détails les éléments d'histoire militaire les plus intéressants évoqués par le film), mais j'en prépare déjà une autre où j'essaierai d'être plus analytique (histoire du cinéma, etc).

    Enfin, dans la suite de ma biographie succincte de Katoukov, ce numéro comprend une comparaison des 6 principaux commandants d'armées de chars soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. La comparaison est malheureusement trop rapide faute de place, mais je remercie en particulier Nicolas Pontic d'avoir publié cet article-là, car je n'aurais malheureusement pas pu le faire passer ailleurs. C'est à souligner.

    Un supplément en ligne sera bientôt proposé pour chaque article.

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    Présentation vidéo, comme d'habitude, du dossier du n°49 de 2ème Guerre Mondiale, consacré au mythique engagement de Prokhorovka (12 juillet 1943) pendant l'opération Zitadelle, l'offensive allemande contre le saillant de Koursk. Je présente successivement les trois parties du dossier, sans en dire trop car cela aurait été encore plus long -cela l'est déjà trop (!). Extraits du Deutsche Wochenschau consacrés à l'opération Zitadelle intercalés entre les parties.



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    Avril 1964. La Grande Allemagne, pour le 75ème anniversaire d'Adolf Hitler, s'apprête à accueillir le président américain Joe Kennedy. Dans ce futur uchronique, les nazis ont rejeté à la mer la tentative de débarquement du 6 juin 1944, provoquant le retrait américain de la guerre en Europe. Le Japon est cependant vaincu par le lâcher des bombes atomiques. Winston Churchill, exilé au Canada, meurt en 1953 tandis que l'ancien roi Edouard VIII remonte sur le trône. Les pays d'Europe occupée, rassemblés sous la bannière de la nouvelle Germanie, affrontent encore, à l'est, l'URSS. La rencontre entre Kennedy et Hitler doit raffermir les relations germano-américaines et ouvrir la Germanie aux médias d'Outre-Atlantique. Mais de nombreuses questions restent sans réponses, notamment le déplacement des Juifs à l'est pendant la guerre... à la veille de la rencontre historique, un cadavre est retrouvé flottant dans lac près de Berlin. Le major SS Xavier Marsch (Rutger Hauer) mène l'enquête et retrouve bientôt un témoin qui a vu des hommes se débarrasser du corps. Le mort est Joseph Buehler, un ancien membre important du parti nazi à la retraite, qui s'est entre autres occupé du "déplacement" des Juifs pendant la guerre...

    Le Crépuscule des Aigles (mauvaise traduction française du titre du roman à l'origine du téléfilm, et qui entretient la confusion avec le film de 1966 dédié aux combats aériens de la Grande Guerre) appartient à un genre cinématographique assez peu courant, l'uchronie, qui fait florès ces derniers temps dans la bande dessinée historique.

    C'est donc l'adaptation du roman de Richard Harris,Fatherland (1992), qu'a réalisée ici HBO, bien connu depuis pour ses séries à thème historique, dont certaines ont rencontré un grand succès. Par rapport au roman, le téléfilm insiste beaucoup moins sur l'arrière-plan politico-militaire : il y a d'ailleurs des changements, puisque le point de départ de l'uchronie pour Harris est le succès de Barbarossa en 1943, et d'ailleurs il ne précise pas le sort de Staline alors que le téléfilm, lui, le maintient à la tête de l'URSS en 1964 (à plus de 80 ans !). En outre, les nazis installent une sorte d'UE sous direction allemande et non pas un Etat à l'échelle de l'Europe appelé Germania, comme dans le téléfilm.


     


    Celui-ci privilégie donc l'enquête policière à l'arrière-plan uchronique, sans doute faute de moyens -assez limités il est vrai. L'officier SS et sa comparse d'opportunité, une journaliste américaine venue pour couvrir la rencontre à Berlin, vont donc s'attacher à mettre au jour un des secrets les plus enfouis de l'Allemagne nazie qui fera capoter ce moment historique. Tout cela dans un Berlin peuplé d'habitants privés d'informations autres que celle d'une propagande omniprésente, et où les délires architecturaux d'Albert Speer sont devenus réalité (grâce à quelques images de synthèse !). Les SS sont devenus une force de maintien de l'ordre, une simple police, qui patrouille nonchalamment dans les rues aux côtés des braves citoyens allemands (!). In fine, c'est l'occasion pour le réalisateur d'évoquer un sujet rebattu, celui de la responsabilité des Allemands quant à l'arrivée au pouvoir des nazis et de leur consentement au régime. Mais ici, les preuves des crimes ont disparu, soigneusement éliminés par les organes policiers du IIIème Reich : seuls restent les souvenirs d'une bande de vieillards qui ont participé au processus, et qui commencent à devenir gênants à l'heure de la réconciliation avec les Etats-Unis... c'est donc à la révélation de la Solution Finale qu'aboutit le téléfilm, avec ce moment phare qu'est le discours complètement nazifié de l'actrice Anna von Hagen (Jean Marsch), maîtresse de l'un des barbons, et qui évoque l'extermination des Juifs comme elles le feraient à propos de la destruction de cafards (!). Effrayant. De même que la conversion du bâtiment de Wannsee, où s'est décidé la Solution Finale, en maison de convalescence pour les soldats aveugles : une parabole, encore une fois, du comportement des Allemands face à la suppression des Juifs.

    Certes, on peut trouver à redire sur les moyens plutôt faibles, sur le jeu des acteurs, pas forcément extraordinaire (ça reste un téléfilm...), sur les voix françaises qui ne sont pas des meilleures, mais Le Crépuscule des Aigles vaut quand même le détour.

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    Xavier Hélary, maître de conférences en histoire médiévale à Paris IV-Sorbonne, est l'un des spécialistes français de l'histoire militaire du Moyen Age et de Jeanne d'Arc. Il revient dans ce volume de la collection L'histoire en batailles sur la "bataille des Eperons d'Or" : le 11 juillet 1302, à Courtrai, les fantassins flamands écrasent la chevalerie française : le jugement de Dieu a parlé, pour les contemporains, les prétentions de Philippe le Bel sont vaincues, et des deux côtés, la bataille sera l'un des ferments d'un sentiment national encore en devenir.

    Le comté de Flandres est alors l'un des grands fiefs du royaume de France. Mais avant les événements menant à Courtrai, le comte a souvent été fidèle au roi de France. Le comté englobe de nombreuses villes, qui ont développé une activité proto-industrielle autour de l'activité textile. A partir du dernier tiers du XIIIème siècle, une crise commence à se faire jour, provoquant des troubles urbains, tandis que la noblesse flamande s'efface de plus en plus.

    Sur ces problèmes vient se greffer la guerre entre le roi de France Philippe le Bel et le roi d'Angleterre Edouard Ier, à partir de 1294. Guy de Dampierre, le comte de Flandres, rejoint le parti anglais en 1297. Le roi de France envahit le comté et vient facilement à bout de la résistance cette même année. Edouard Ier s'est retiré en Angleterre et une paix est signée avec la France en 1299. Philippe le Bel met en coupe réglée la totalité du comté. Veut-il l'annexer au royaume ? Rien n'est moins sûr, mais les dépenses entraînées par son voyage sur place, en 1301, provoquent encore des troubles urbains. Jacques de Châtillon, le gouverneur royal, s'est pourtant montré conciliant. La révolte éclate d'abord à Gand, en mars 1302, pour des raisons fiscales, et les insurgés pactisent avec ceux de Bruges. Châtillon, venu à Bruges pour prévenir le soulèvement, se retrouve face à l'insurrection des meneurs, qui massacrent les Français : ce sont les "mâtines de Bruges" (18 mai 1302). La guerre est désormais inévitable.

    Philippe le Bel est à ce moment-là aux prises avec le conflit de prééminence contre le pape Boniface VIII. L'armée de Flandres est commandée par Robert d'Artois, un noble proche du roi, qui a l'expérience de la guerre et de l'administration et qui semble être partisans d'une ligne dure à l'égard du comté. La levée de l'armée en 1302 est la première à bien être connue grâce au développement de l'administration royale. A côté des grands officiers militaires, on trouve aussi des responsables civils, comme Pierre Flote, le "chancelier". Au total, quelques milliers de cavaliers, dont plusieurs centaines de chevaliers, et quelques milliers de fantassins. La chevalerie française tient encore le haut du pavé, mais Robert d'Artois lui, bien qu'ayant pris part à de nombreux combats, n'a pas l'expérience de la bataille rangée. En face, les milices communales flamandes sont bien rôdées : celle de Bruges, en particulier, comprend des hommes bien équipés. Elle est complétée par celle du Franc de Bruges (le territoire de la ville) et un autre corps de Flandre orientale. Les Gantois ne sont pas présents. Bien protégés, les fantassins flamands disposent du fameux goedendag. Ils sont renforcés par des Hollandais. Ils sont commandés par Guillaume de Juliers, qui n'a pas l'expérience de la guerre, contrairement à Jean Rénesse, habile tacticien. L'armée flamande est peut-être plus nombreuse, mais ce n'est pas un avantage décisif, pas plus que la connaissance du terrain : les Français sont bien renseignés et le connaissent pour l'avoir déjà fréquemment parcouru.

    Les Flamands assiègent alors la garnison française de Courtrai, retranchée dans le château. L'armée royale arrive sur place le 8 juillet 1302. Xavier Hélary fait le choix de rendre compte de la bataille à travers la source la plus détaillée, celle du curé brabançon Van Velthem, qui écrit dans la décennie 1310. L'armée française se décompose en "dix batailles" que Robert d'Artois regroupe en quatre corps : l'infanterie devant, deux groupes de cavalerie sur les ailes et une réserve de cavaliers. Les Flamands, adossés à la Lys, retranchés derrière deux ruisseaux, ont mis les piquiers et les arbalétriers devant, et les hommes armés de goedendag derrière. L'infanterie française engage le combat et semble avoir le dessus. La cavalerie française lance alors une première charge sur les deux ailes. Elle parvient à franchir les ruisseaux et entre en contact avec les fantassins flamands, mais les lignes de ceux-ci ne cèdent pas. Les cavaliers français ne peuvent se replier pour se reformer et sont pris au piège par les fossés des ruisseaux, dans lesquels ils viennent probablement s'écraser et où ils sont achevés par les fantassins adversers. Robert d'Artois intervient alors avec sa bataille, mais trouve aussi la mort de la même façon. Le récit de sa fin devient un enjeu pour les chroniqueurs, français ou flamands : a-t-il combattu jusqu'au bout ou a-t-il cherché à se rendre ? Pierre Flote tombe aussi dans les combats. Robert d'Artois a-t-il chargé pour sauver l'honneur de la chevalerie française ? En réalité, le fameux épisode des chroniqueurs semble tiré d'un précédent remontant à Saint Louis et à la fin de l'ancêtre de Robert à la Mansourah, pendant la croisade en Egypte.

    La réserve française s'enfuie et les Flamands restent maîtres du champ de bataille. L'armée française, qui n'a pas été complètement engagée, perd sans doute plusieurs centaines d'hommes, dont 200 chevaliers, et une soixantaine de grands personnages du royaume. Les Flamands prennent l'offensive. Philippe le Bel doit reconstituer l'armée, souder les énergies, d'où le récit pour expliquer la défaite : les fantassins flamands ont piégé la chevalerie avec des fossés, des chausse-trappes. L'énorme armée de Philippe le Bel -10 000 cavaliers, des milliers de fantassins- ne fait qu'une démonstration de force. Mais les Flamands se heurtent au dispositif français, bien établi sur ses forteresses. Après la mort de Boniface VIII, le roi de France peut se concentrer uniquement contre le comté et finit par remporter la victoire de Mons-en-Pévèle (18 août 1304). Le traité d'Athis (1305) règle le conflit mais la question de Flandre n'est pas terminée pour le royaume de France.

    Courtrai, la bataille des Eperons d'or (du nom des éperons des chevaliers français suspendus dans l'église de Courtrai), est l'objet, au XIXème siècle en particulier, d'un affrontement mémoriel entre historiens français (comme Brentano, proche de l'Action Française) et belges (tel Henri Pirenne). L'enjeu est de savoir si les Flamands ont piégé ou non la chevalerie française avec des fossés. Comme le montre Xavier Hélary, il faut se méfier des chroniques, qui tirent fréquemment leur substance d'une source commune. Un texte flamand produit juste après la bataille joue probablement ce rôle pour Courtrai. La bataille a connu ainsi, en Europe, un grand retentissement, jusqu'en Angleterre où l'on moque les malheurs du roi de France. A Roosebecke, en 1382, l'armée de Charles VI s'en souvient et met à sac après sa victoire sur les Flamands l'église Notre-Dame de Courtrai où avaient été suspendus les éperons. On se rappelle de Courtrai plus que des victoires françaises de 1304 ou 1382. Les historiens du XIXème siècle en font un moment national important car juste après la bataille, le sentiment national en a profité pour s'épanouir. Paradoxalement, ce sont les Flamands, au XXème siècle, qui reprendront ce symbole pour servir, parfois, leur volonté indépendantiste.

    Un ouvrage très intéressant et incontournable pour tout amateur ou passionné de l'histoire militaire du Moyen Age.


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    Nouvelle vidéo de présentation du premier volet de la nouvelle chronique cinéma pour le magazine 2ème Guerre Mondiale, que j'ai écrit, et qui porte sur le film Tobrouk, commando pour l'enfer (1967). La chronique est plus orientée description (du film, des événements qui l'ont inspiré, des points marquants) mais pour la prochaine, consacrée à un autre classique sur la Seconde Guerre mondiale, je partirai sans doute plus dans l'analyse cinématographique. Bon visionnage !



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    Comme son titre l'indique, le prochain café stratégique de l'Alliance Géostratégique sera consacré à un speed-blogging (!) où vous pourrez rencontrer certains membres du site.

    Malgré une situation financière plutôt tendue, je serai normalement présent moi aussi, aux côtés de certains camarades :

    Cidris – Cyberwarfare
     
    Guilhem Penent – De la Terre à la Lune
     
    Sonia Le Gouriellec – Good Morning Afrika
      Clarisse – les carnets de clarisse
    Florent de Saint Victor – Mars Attaque
     
    Benoist Bihan – La Plume et le Sabre
     
    Michel Goya – La voie de l’épée
     
    Olivier Schmitt – War Studies Publications


    Ce sera donc jeudi 4 juillet, à 19h00, au café le Concorde, comme d'habitude. Venez nombreux !

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    Il me reste encore une vidéo de présentation d'article à faire, et les suppléments à fournir ou indiquer, mais en attendant, retour sur le reste du n°49 de 2ème Guerre Mondiale. Le magazine repasse en bimestriel, et reste l'un des meilleurs sur le sujet car il adopte une approche globale, et pas seulement cantonnée à l'histoire militaire (on le voit à travers la nouvelle chronique cinéma, par exemple, etc). La mention des sources est, en outre, quasi systématique.

    Je signale aussi que j'ai réalisé plusieurs fiches de lecture que l'on peut trouver p.4-5 :

    - Le général Vauthier. Un officier visionnaire, un destin bouleversant, de Max Schiavon.
    - La fin. Allemagne 1944-1945, de Ian Kershaw.
    - Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires, de Jean-Pierre Azéma.
    - Moscou 1941, d'Alexander Werth (une réédition des carnets de l'auteur).

    - j'avais été prévenu par Nicolas Pontic : on trouve d'abord une "concession" au German Bias, le témoignage d'un survivant de la Waffen-SS de l'enfer de la poche de Halbe. Un petit encadré à la fin contextualise, fort heureusement, un peu ce témoignage fourni par Pierre Tiquet, un habitué du genre...

    - dans une première chronique Ecrire l'histoire, Vincent Bernard revient sur l'historien, l'histoire militaire, le militaria. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce que dit l'auteur sur l'école des Annales, qui certes crée péjorativement le terme "d'histoire bataille", mais c'est dans le cadre d'un renouvellement de la discipline et d'une stratégie institutionnelle et personnelle, aussi. Et les Annales n'ont pas négligé l'histoire militaire à l'occasion, tout en contribuant, assez paradoxalement, à forger les outils dont se sert aujourd'hui la fameuse "nouvelle histoire bataille" qui parfois trouve ses limites, comme le rappelle Vincent Bernard. Je suis justement en train de lire sur le sujet et je pense écrire des articles ici-même sous peu. Néanmoins, c'est intéressant d'en parler.

    - Jean-François Muracciole, dans une troisième partie, poursuit sa réflexion sur le bombardement stratégique pendant la guerre, avec l'aspect moral... qui ne pose pas problème aux belligérants, sauf en 1945 (bombardements sur l'Allemagne, puis bombardements atomiques). Il souligne aussi le relatif oubli des victimes des bombardements alliés sur l'Europe occupée, dans la mémoire du conflit.

    - Franck Ségretain termine sa série sur le PCF en évoquant son rôle au moment de la Libération et dans l'immédiat après-guerre. Très présent dans la Résistance, le parti communiste n'a cependant pas pu prendre le pouvoir en 1944 : il choisit la légalité et devient le premier parti politique aux élections d'avril 1945. La mémoire très sélective de son engagement dans la Résistance se met aussi en place. A noter que Franck Ségretain rappelle que le PCF se considérait comme le "parti des fusillés" mais pas comme celui des "75 000 fusillés" : le chiffre, effectivement avancé par les communistes pour la région parisienne, a en fait été repris par ses adversaires qui voulaient montrer le caractère outrancier des revendications.

    - un gros article ensuite de Benoît Rondeau sur le principe du "Germany First", la priorité supposée de la guerre contre l'Allemagne chez les Américains. En réalité, les moyens engagés contre le Japon, considéré par beaucoup comme l'adversaire principal, sont importants. Si le débarquement du 6 juin 1944 focalise l'attention sur l'Europe, la guerre n'en continue pas moins dans le Pacifique avec des moyens impressionnants, sans parler du théatre méditerranéen ou de l'Atlantique.

    - la fiche uniforme de Jean-Patrick André, p.78-79, complète mon dossier en présentant un tankiste de la 5ème armée de chars de la Garde.

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    Un peu en retard, je signale la parution, sur L'autre côté de la colline, du premier article de juillet, dû à Adrien Fontanellaz. Il porte sur la guerre vandale menée par Justinien au VIème siècle ap. J.-C. .

    J'ai moi-même pris du retard dans l'écriture de mon article pour juillet qui portera sur la bataille de Xuan Loc (1975), que j'avais déjà traitée mais trop insuffisamment à mon goût, je vais essayer de faire mieux cette fois. Bonne lecture !

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    Voici la dernière vidéo abordant les articles parus dans le n°49 de 2ème Guerre Mondiale, avec l'article faisant le portrait comparé des 6 commandants principaux des armées de chars soviétiques de la Grande Guerre Patriotique. L'idée m'est venue à la lecture de l'ouvrage de R. Armstrong (cité en bibliographie) et l'article est en quelque sorte un prolongement du livre : il offre aussi des pistes de réflexion intéressantes pour questionner la performance de l'Armée Rouge pendant le conflit. Bon visionnage !



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    1945. Un sergent américain, David Brent (James Best) poursuit avec deux hommes un sniper dans les ruines d'un village allemand. Il parvient à l'abattre mais pas avant que ses deux camarades ne se soient faits tués. Recueilli par une Allemande, Helga (Susan Cummings), qui voit en lui un moyen de subsister et de soigner son jeune frère mutilé, Franz, le sergent doit se cacher des Waffen-SS qui lancent une contre-attaque avant d'être repoussés par les Américains. En dépit de la politique de non-fraternisation, le sergent, tombé amoureux de son hôte, choisit de rester en Allemagne et de l'épouser, tout en servant dans les forces d'occupation. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que tous les Allemands n'ont pas baissé les armes : un mouvement de guérilla clandestin, le Werwolf, se met en place...

    Samuel Fuller a combattu, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la 1st Infantry Division "Big Red One". Il fera un film de cette expérience, Au-delà de la gloire, en 1980 seulement. Verboten ! (interdit, en allemand, ce qui renvoie à la politique de non-fraternisation, et mal traduit en français par Ordres secrets aux espions nazis) est le premier retour de Fuller sur le conflit après plusieurs films consacrés à la guerre de Corée. Il aborde un sujet finalement peu connu, celui de la reconstruction et de la dénazification de l'Allemagne occupée.

    Fuller joue la carte de l'authenticité en faisant du héros un soldat de la 45th Infantry Division (157th Infantry Regiment), une unité qui a effectivement rencontré une certaine résistance lors de son parcours en Allemagne, d'Aschaffenbourg à Bamberg jusqu'à Nuremberg. Le village fictif de Rothbach, où se situe l'action du film, se situe d'ailleurs au sud-ouest de Nuremberg, en Bavière, un véritable sanctuaire du nazisme, et ce n'est probablement pas par hasard non plus.

    Le propos du réalisateur est sans doute de montrer que tous les Allemands n'étaient pas des nazis -on est à l'heure de l'OTAN et de la Bundeswehr... mais aussi de souligner les difficultés de l'administration américaine d'occupation, qui n'a pas beaucoup d'effectifs et qui doit avoir recours à d'anciens nazis pour maintenir l'ordre avec la police ou procéder au déminage des routes ou des bâtiments -ce qui arrange bien, dans le film, les membres du Werwolf. Ce dernier mouvement, de fait, n'a eu qu'un impact bien faible -mais réel, ce n'est pas un mythe- en dépit de ce qu'avait voulu Himmler. Le Werwolf, dans le film, est là pour rappeler que le nazisme est loin d'être mort. La musique participe aussi à cette séparation entre Allemands et nazis : aux premiers correspondent des morceaux de Beethoven et aux seconds, ceux de Wagner. Le personnage d'Helga est peut-être le plus intéressant : opportuniste, elle a accueilli l'Américain pour survivre, mais finit par en tomber amoureux. Elle fait face au passé nazi en décidant finalement d'emmener son frère Franz, qui a rejoint le Werwolf, à une séance du tribunal de Nuremberg (Fuller utilise beaucoup d'images d'archives) pour lui ouvrir les yeux. Le réalisateur montre ainsi l'extermination des Juifs et autres indésirables par le régime nazi, à l'état brut, sans commentaire.

    Verboten (!) n'est pas le film le plus connu de Samuel Fuller et pourtant, c'est l'un des plus intéressants. A ne pas manquer.





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    Et voici les suppléments à deux ensembles parus dans le n°49 de 2ème Guerre Mondiale.

    Celui pour le comparatif des 6 commandants d'armées de chars soviétiques est déjà en ligne : il s'agit d'un article paru sur le blog L'autre côté de la colline et qui présente en détails Mikhaïl Katoukov, l'un des 6 officiers en question, et qui dirige la 1ère armée de chars à partir de 1943. C'est par ici.

    Pour le dossier sur Prokhorovka, je vous offre une partie coupée qui résumait le déroulement des opérations entre les 5 et 12 juillet, et qui faisait le lien entre les première et deuxième parties.


    L'opération Zitadelle sur le flanc sud du saillant de Koursk démarre aux premières heures du 5 juillet. L'assaut initial est plutôt décevant dans le secteur du XLVIII. Panzerkorps, meilleur pour le II. SS-Panzerkorps. Hoth voit ses craintes confirmés par le blocage du III. Panzerkorps sur son flanc droit. La deuxième ligne de défense soviétique est loin d'être atteinte, mais Hoth reste confiant : les divisions allemandes n'ont visiblement pas encore rencontré d'éléments de corps blindés ou mécanisés soviétiques, et il pense avoir encore un jour supplémentaire avant l'arrivée des réserves opératives de l'Armée Rouge. Or, en réalité, Vatoutine a déjà mis en mouvement la 1ère armée de chars de Katoukov et les 2ème (à la jonction entre la 6ème et 7ème armée de la Garde) et 5ème (pour barrer la Psel) corps blindés de la Garde. Ce sont pas moins d'un millier de blindés que Vatoutine place à la fois dans un rôle offensif et défensif.

    Le 6 juillet, le II. SS-Panzerkorps, dont les deux flancs sont exposés, est violemment contre-attaqué par les 2ème et 5ème corps blindés de la Garde et par les éléments de la 1ère armée de chars. Hausser envoie la Totenkopf pour essayer de franchir le Donetz Nord et soulager le III. Panzerkorps, mais elle ne peut venir à bout de la 375ème division de fusiliers soviétiques retranchée là. Les pertes soviétiques sont lourdes et Vatoutine demande, en fin d'après-midi du 6 juillet, le déblocage des réserves stratégiques pour repousser l'assaut de la 4. Panzerarmee. Staline ordonne le tranfert au Front de Voronej des 2ème et 10ème corps blindés, tandis que le Front de la Steppe met en mouvement la 5ème armée de chars de Rotmistrov et la 5ème armée de la Garde. Ce sont, à nouveau, plus d'un millier de blindés soviétiques qui rallient le champ de bataille. Hoth se rend compte que les réserves opératives sont entrées en action dès le deuxième jour de l'offensive, alors que le XLVIII. Panzerkorps n'est pas encore venu à bout de la deuxième ligne défensive soviétique.

    Le 7 juillet, le II. SS-Panzerkorps avance davantage que son voisin de gauche : il emporte la deuxième ligne de défense et il n'est plus qu'à une dizaine de kilomètres des faubourgs de Prokhorovka. Mais Hoth choisit d'arrêter la progression au nord-est des Waffen-SS pour les réorienter à l'ouest, afin de soutenir le XLVIII. Panzerkorps. Or, Vatoutine a prévu de lancer une contre-attaque contre le II. SS-Panzerkorps le 8 juillet avec 4 corps blindés. Hoth cherche en fait à encercler avec les deux corps blindés les unités de chars soviétiques dans la boucle de la Pena. Le 10ème corps blindé s'attaque à la Leibstandarte, les 5ème corps blindé de la Garde et 2ème corps blindé à la Das Reich, tandis que le 2ème corps blindé de la Garde avance sur le secteur évacué par la Totenkopf. Ce sont près de 600 chars que les Soviétiques jettent contre les Waffen-SS privés de leurs blindés envoyés plus à l'ouest. Mais l'assaut de Vatoutine, qui aurait pu avoir des conséquences incalculables, n'est pas coordonné et dégénère en une multitude d'attaques tronçonnées que les Allemands vont pouvoir repousser, en profitant notamment des nombreux canons antichars présents au sein de la Das Reich. L'aviation allemande intervient aussi avec ses appareils d'attaque au sol Hs 129 et détruit un certain nombre de blindés soviétiques du 2ème corps blindé de la Garde, tandis que la brigade de tête du 10ème corps blindé est étrillée par les Tigres en réparation de la Das Reich. Manstein, inquiet de la situation sur son flanc est, fait déplacer deux des divisions du XXIV. Panzerkorps de réserve près de Kharkov. En face, l'Armée Rouge met en branle vers Prokhorovka la 5ème armée de chars de la Garde, et la 5ème armée de la Garde, qui rejoint le Psel, entre Oboïan et Prokhorovka : des divisions contre des armées.

    Au 9 juillet, le XLVIII. Panzerkorps n'a toujours pas réussi à détruire les forces blindées soviétiques dans la boucle de la Pena. Hoth renvoie les blindés au II. SS-Panzerkorps, inquiet des contre-attaques de la veille. Il semble encore se soucier de détruire les réserves opératives soviétiques à l'ouest plutôt que de pousser vers le Psel, en parallèle de la progression des Waffen-SS. George Nipe pense que Hoth souhaite avant tout détruire la 1ère armée de chars de Katoukov avant d'envoyer le XLVIII. Panzerkorps soutenir la progression du II. SS-Panzerkorps au nord-est, vers Prokhorovka. D'après lui, Hoth, qui a bien prévu cette dernière progression dès le mois de mai, n'a pas déplacé l'effort vers le nord-est pour aller à la rencontre de la 5ème armée de chars de la Garde soviétique, puisqu'il n'a, selon lui, pas connaissance de l'arrivée de cette formation. Vatoutine, de son côté, renforce la 1ère armée de chars de Katoukov en retirant les 5ème corps blindé de la Garde et 10ème corps blindé du secteur de Prokhorovka pour les déplacer sur la route d'Oboïan.

    Pour le 10 juillet, les deux objectifs restent l'encerclement des blindés dans la boucle de la Pena à l'ouest et la capture des hauteurs dominant Prokhorovka et le franchissement du Psel à l'est par les Waffen-SS pour attaquer la localité elle-même. La Totenkopf parvient finalement à prendre pied sur la rive nord du Psel, au prix de durs combats. Le lendemain, la division fait passer ses chars au nord de la rivière après avoir construit des ouvrages sur le cours d'eau. La Leibstandarte avance sur Prokhorovka malgré la tenace résistance du 2ème corps de chars de Popov, épuisé, qui est relevé dans la nuit du 10 au 11 par une des divisions de la 5ème armée de la Garde, la 9ème aéroportée du colonel Sazonov. Cette même armée envoie plusieurs divisions, dont la 95ème de fusiliers de la Garde, face aux hommes de la Totenkopf au nord du Psel.

    Le 11 juillet, Hoth est confirmé dans son attention sur le flanc ouest par l'apparition du 10ème corps blindé soviétique dans le secteur, dont le commandant adjoint est d'ailleurs tué dans les combats, et son corps retrouvé par les Allemands avec certains documents importants. Hoth pense qu'il lui est finalement plus profitable d'écraser les réserves opératives soviétiques au sud du Psel, dans un terrain compartimenté, plutôt que d'aller franchir la rivière lourdement défendue et de détruire les blindés soviétiques au nord du cours d'eau. En outre, les contre-attaques blindées semblent cesser à l'est et le III. Panzerkorps a enfin débloqué la situation sur le Donetz Nord. Hoth enjoint à Hausser d'engager les forces soviétiques au nord du Psel et de nettoyer les approches de Prokhorovka.

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    Gérone, Espagne, 1348-1353. La ville accueille la deuxième plus importante communauté juive de toute la Catalogne médiévale, frappée par la Grande Peste qui décime la population. Isaac, médecin de son état, devenu aveugle, est régulièrement sollicité par les autorités, et notamment l'évêque, pour résoudre des enquêtes criminelles. Or, une suivante de la reine d'Aragon, déguisée en nonne, est retrouvée morte dans un des bains publics de la ville. Isaac, qui doit également soigner la nièce de l'évêque victime d'une blessure infectée dans son couvent, ne se doute pas qu'il va avoir à faire à un complot où la politique et la religion menacent directement son ami l'évêque et le trône d'Aragon...

    Merci à mon épouse de m'avoir fait découvrir cette série de la collection Grands Détectives, qui date déjà de quelques années. Caroline Roe, doctorante canadienne en études médiévales, a commencé à écrire des romans policiers dès 1986. Après une première série située dans le Canada contemporain, elle signe, en 1998, ce premier tome des aventures du médecin juif Isaac, situé dans la Catalogne du XIVème siècle. La particularité de la série est que les personnages principaux sont inspirés de figures authentiques de la Catalogne médiévale, au prix de quelques anachronismes. L'évêque Bérenger a bien existé au XIVème siècle, quand à Isaac l'aveugle, il est inspiré d'un célèbre savant juif des XIIème-XIIIème siècle qui a vécu dans le sud de la France.

    Ce premier tome, assez dense, s'attache surtout à mettre en place les personnages, et il est plus orienté vers l'enquête policière proprement dite que vers la description exclusive de l'arrière-plan historique, un défaut que l'on retrouve fréquemment dans cette collection. Le suspense est donc maintenu jusqu'à la fin. Tous les éléments sont présents pour lier les personnages entre eux (la famille d'Isaac notamment), mais parfois de manière un peu décousue ou espacée, et il est parfois difficile de rassembler tous les morceaux. Néanmoins, c'est un bon début qui donne envie de lire les suivants, dans un cadre géographique et une période finalement assez peu traités chez Grands Détectives.


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    Août 1942. Une unité de sapeurs allemands, retirée du front d'Afrique du Nord, assiste à une cérémonie où plusieurs hommes vont être décorés pour faits d'armes. Un nouveau lieutenant, Hans von Witzland (Thomas Kretschmann), est présent. Le sergent Manfred "Rollo" Rohleder (Jochen Nickel), à la tenue négligée, n'est finalement pas décoré. Rohleder et son ami, le caporal Fritz Reiser (Dominique Horwitz),étaient proches de l'ancien lieutenant, blessé en Afrique. Les sapeurs sont finalement envoyés sur le front de l'est, où fait rage la bataille de Stalingrad. Ils peuvent constater à leur arrivée que les combats n'ont rien d'une partie de plaisir ou d'actions d'arrière-garde, contrairement à ce que prétend la propagande de Goebbels. Von Witzland est témoin de la brutalité de certains soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, qui laisse les autres officiers complètement indifférents. Commandés par le capitaine Hermann Musk (Karel Hermanek), les sapeurs attaquent une des usines de Stalingrad et s'emparent de leur objectif, mais au prix de très lourdes pertes. Ils sont alors plongés dans la terrible lutte d'attrition qui dévaste les ruines de Stalingrad...

    La bataille de Stalingrad a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, aussi bien en Occident qu'en URSS et en Russie. On retient surtout le film de Jean-Jacques Annaud (2001), mais il avait été précédé par bien d'autres comme celui de Joseph Vilsmaier. A noter que Fedor Bondartchouk prépare un nouveau film sur Stalingrad qui sortira cette année, avec Thomas Kretschmann, qui jouait dans celui de Vilsmaier (je remets la bande-annonce pour ceux qui l'auraient manquée).





    Vilsmaier choisit de traiter du côté allemand, quasi exclusivement. Le film a été tourné en Italie, en Finlande et en République tchèque, et le réalisateur a bénéficié d'un conseiller militaire allemand pour le tournage. Celui-ci choisit de focaliser le propos sur une section de sapeurs d'un des bataillons effectivement dépêchés dans Stalingrad juste avant la contre-offensive soviétique du 19 novembre 1942. Ces bataillons devaient permettre de réduire les dernières poches de l'Armée Rouge sur la rive de la Volga. On sait qu'il n'en fut rien. Ces bataillons d'élite furent, eux aussi, décimés dans ce désastre allemand. Vilsmaier a l'intelligence d'élargir le propos et de ne pas montrer simplement la déchéance des soldats de la Wehrmacht encerclés dans la ville et de plus en plus livrés à leur propre sort. Il montre ainsi la brutalité des combattants allemands à l'égard des soldats soviétiques et leur indifférence relative à l'égard du sort des civils pris en plein milieu de la bataille -qui sont d'ailleurs, pour certains, fusillés, une fois l'encerclement réalisé, pour ne pas avoir à les nourrir (une scène d'exécution est montrée dans le film).


    Ci-dessous, l'arrivée des sapeurs à Stalingrad, la fameuse scène de la brutalité des soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, et l'assaut de l'usine.


     

    La reconstitution est impressionnante et les scènes de combat sont devenues quasiment mythiques (assaut des T-34/85, ici mal placés mais qui font tellement plaisir à voir, contre les Pak et les fantassins allemands, notamment). Sur le plan cinématographique, je trouve que le film se tient bien jusqu'à cette dernière scène (le duel face aux chars soviétiques), en revanche, la dernière grosse demi-heure sombre un peu plus dans le pathos -ce qui, vu le sujet, est certes quasiment inévitable- et parfois dans l'invraisemblable (l'exécution du capitaine allemand ; la tentative de sortie désespérée du Kessel avec une Soviétique "retournée" par l'attention du lieutenant von Witzlandà). En revanche, le final résume à lui seul le choc terrible que constitue la défaite de Stalingrad pour Hitler et l'Allemagne nazie. Le Stalingrad de Vilsmaier est d'une certaine façon incontournable pour qui s'intéresse au front de l'est : loin des thèmes choisis par Annaud, il offre, d'une certaine façon, une vision beaucoup plus crue de ce qu'a été cet affrontement titanesque dans les décombres de la ville.


    Ci-dessous, la scène mythique où les restes du bataillon disciplinaire allemand affrontent les T-34 soviétiques.




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    La collection Folio Biographies est assez inégale, comme de nombreuses autres du même type. Il faut faire attention à qui écrit pour être pleinement satisfait... ce tome dédié à Kennedy, signé Vincent Michelot, agrégé d'anglais, professeur d'histoire politique des Etats-Unis à Sciences Po, fait plutôt partie des bons volumes.

    L'hypothèse développée par Vincent Michelot est que le court mandat de Kennedy comme président représente une transition à la fois pendant la guerre froide, entre les deux blocs, mais aussi sur un plan intérieur. Le règne de F.D. Roosevelt marque l'amorce d'un changement américain vers la modernité, mais celle-ci n'est pas encore inscrite dans la loi et le système politique des Etats-Unis. Les deux grands partis, démocrate et républicain, sont de grosses machines, dominées par des Blancs mâles, quasi médiévales. L'élection de Kennedy, âgé seulement de 43 ans, catholique de sucroît, est donc en soi un bouleversement. En 1960, les Etats-Unis restent sous la coupe d'un pôle conservateur de représentants élus qui n'ont pas encore acté de l'aspiration des Noirs à exercer pleinement leurs droits civiques ; en outre, Eisenhower a dénoncé, avant de quitter ses fonctions, le "complexe militaro-industriel" qui prendrait d'autant plus d'importance avec la guerre froide... à la fin de la décennie 1960, les Etats-Unis ont effectué le virage vers la modernité et ressemblent déjà plus à ce que seront ceux de Barack Obama. Pourtant, ce virage doit autant à Lyndon Johnson, le successeur de Kennedy, et à sa "Grande Société", qu'à JFK lui-même. En réalité, les deux présidences se suivent et se complètent : Kennedy a plus marqué la scène sur le plan extérieur, Johnson sur le plan intérieur, comme deux volets complémentaire de l'incarnation de l'Etat américain. Les deux hommes symbolisent l'exception  de la fonction présidentielle américaine. La fin tragique de Kennedy conduit à ce que sa présidence passe rapidement au range de mythe, d'autant plus que les présidents américains sont souvent comparés. Pour Vincent Michelot, Kennedy marque les esprits car il tourne les conventions pour mieux les faire imploser de l'intérieur : c'est ainsi qu'il procède avec le parti démocrate encore largement tributaire des "Dixicrates" (les démocrates sudistes ségrégationnistes). Et Kennedy se construit également par rapport à la figure de son père, de son milieu d'origine, de ses racines irlandaises et catholiques.

    Kennedy a manoeuvré avec le pôle conservateur pour faire passer quelques projets importants sur le plan intérieur : le programme spatial, les mesures en faveur des handicapés, le Peace Corps, des baisses d'impôts. En revanche, il ne peut prolonger l'action de l'Etat-Providence tel que l'avait conçu Roosevelt : le barrage est infranchissable. C'est Johnson, plus en faveur auprès des Dixiecrates, qui arrive à légiférer sur l'assistance aux pauvres, sur la couverture médicale, et d'autres projets sociaux. Johnson, profitant de l'émotion suscitée par l'assassinat de Kennedy et par l'avance obtenue aux élections de 1964, parvient aussi à capitaliser sur l'action en faveur des droits civiques. Sur le Viêtnam, Kennedy en a fait un théâtre de choix de containment face au communisme plutôt que le Laos voisin : pour citer Bundy, conseiller national à la sécurité, Kennedy s'engageait au Viêtnam car il ne s'agissait pas d'être bête, Johnson car il ne s'agissait pas d'être lâche.

    Peut-être, d'ailleurs, que Vincent Michelot n'insiste pas assez sur ce dernier point -la politique de Kennedy en Asie du Sud-Est : on peut le regretter. De la même façon, il choisit de ne pas aborder la question de l'assassinat de Kennedy, ce qui est plus logique car son propos porte sur le personnage lui-même, son parcours avant et pendant sa présidence, et beaucoup a été dit sur le sujet. J'aurais aimé cependant qu'il y revienne un peu. La bibliographie, citée après la conclusion, est essentiellement anglophone, ce qui est classique pour un tel sujet. Une lecture qui reste stimulante et qui est une excellente introduction à JFK.


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    Sur le blog collectif L'autre côté de la colline, David François propose le deuxième article du mois, dédié aux affrontements dans les rues de Berlin entre communistes et nazis, jusqu'à l'arrivée d'Hitler au pouvoir, en 1933. Un thème original et peu traité qui nous fait sortir de l'histoire militaire à proprement parler, ce qui risque d'ailleurs de se reproduire dans les prochains articles.

    Pour l'instant, je reste pour ma part dans l'histoire militaire avec, à paraître le 20 juillet, un nouvel article sur la bataille de Xuan Loc (1975), que j'avais déjà traitée il y a un an pour l'Alliance Géostratégique. Mais cette fois-ci, je proposerai un portrait plus précis de la bataille elle-même, grâce à l'utilisation de nouvelles sources dont je ne disposais pas l'an passé.

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  • 07/10/13--05:36: Un an après...
  • Voilà un an que je suis en disponibilité de l'Education Nationale, comme je l'annonçais à l'époque. L'heure de tirer un petit bilan.

    A la question principale que je me posais alors, à savoir est-il possible de redémarrer en sortant de l'Education Nationale et d'exercer une autre activité, même au début "de secours", et de s'en sortir, la réponse est clairement oui. Il n'y a donc aucune fatalité pour les enseignants qui vivent mal leur profession et qui veulent passer à autre chose. Simplement, il faut un peu préparer le terrain en amont, c'est certain : c'était mon cas. Petit tour d'horizon des pistes que j'avais choisies.




    1) La presse spécialisée en histoire militaire. J'avais déjà travaillé comme pigiste pour le magazine Champs de bataille,étant étudiant, mais la problématique était différente. Disons-le tout de suite, pour les personnes intéressées, il n'y a pas d'espoir ou presque d'obtenir une place avec un CDD et un CDI. Il faut se contenter d'être pigiste, c'est à dire d'écrire des articles, dossiers, magazines entiers, parfois, en étant payé à la page -les prix variant selon les employeurs et en fonction de la quantité produite, on peut gagner assez d'argent -à condition que les articles intéressent, ce qui est un autre problème. C'est un statut qui a ses avantages (liberté assez grande dans le travail, rythme autodéfini d'écriture, etc) mais aussi de graves inconvénients (paiement souvent décalé après publication, ce qui est pénible, employeurs qui parfois ne s'embarrassent pas d'établir des relations régulières et un tantinet correctes -ou alors qui sont mielleux au début et beaucoup moins par la suite-, aucune couverture sociale par défaut, etc).

    Cette année m'a permis de travailler pour de nombreux magazines différents du secteur (pas tous, bien sûr), ce qui m'autorise à analyser leur fonctionnement, les qualités et les défauts de chacun. J'ai été surpris d'abord par la richesse et la variété des intervenants : on trouve de tout , du pire au très bon. Comme souvent, de la même façon que les ouvrages que je peux commenter ici sur l'histoire militaire ou l'histoire tout court, tout dépend de la personne qui écrit et/ou qui dirige. Après un peu de pratique, on distingue assez vite les magazines ou groupes de presse qui proposent le contenu le plus intéressant, ce qui ne signifie pas d'ailleurs que ce sont ceux qui se vendent le mieux (mais les chiffres ne sont quasiment jamais révélés, on ne peut que l'apprendre de manière détournée, et encore, c'est plutôt des tendances que des données numériques). En effet, on pourra dire ce que l'on voudra, mais pour vendre, il faut encore mettre de l'Allemand, de préférence du Panzer et du Waffen-SS. Un argument commercial qu'il faudrait d'ailleurs prouver avec une analyse serrée et chiffrée, pour ne pas parler dans le vide (mais les chiffres sont, là encore, évidemment très difficiles à obtenir). Ceci étant dit, on peut évoquer l'armée allemande, à condition de ne pas ressasser tout le temps les mêmes sujets, de piocher dans les derniers ouvrages parus, et de suivre une méthode que j'appelle, par défaut, "historienne". Comprenez : une problématisation, des sources (eh oui, gros mot pour certains...), quelques notes de bas de pages (sans que cela atteigne le niveau d'une revue scientifique : on reste sur des magazines de vulgarisation, ce ne sont pas non plus des références que l'on citerait à tours de bras dans des livres plus sérieux...), une analyse véritable. Or, tous les magazines sont loin de le faire, pour des raisons assez variées, d'ailleurs. Et ce que l'on baptise péjorativement le "German Bias" finit aussi par faire tourner en rond : on s'enferme dans les mêmes sujets, dans un cercle restreint, et on ne fait plus que ça. On finit même par se convaincre que c'est un postulat incontournable (!). Personnellement, je refuse de me laisser enfermer ainsi. C'est entre autres ce constat qui est à l'origine de la naissance du blog collectif L'autre côté de la colline, avec mes deux amis, depuis mars dernier. Ce n'est pas le seul problème, d'ailleurs, pour certains magazines.

    Ne noircissions pas complètement le tableau : comme je le disais, tout n'est pas à jeter. Il y a de bons magazines, non exempts de défauts eux aussi -on peut toujours s'améliorer-, qui remplissent les conditions que je viens d'énumérer, du moins pour l'essentiel. Avec même des rédacteurs en chefs agréables, disponibles, prêts à accepter la critique, à débattre, à proposer des solutions ou des innovations pour s'améliorer. Il y en a peu, mais il y en a. C'est donc rassurant. Malheureusement le secteur n'offre pas de perspective d'emploi stable dans un avenir proche, pour ma part. Ce ne peut être donc qu'une solution temporaire.


    2) Les ouvrages. J'avais déjà démarré le premier au moment de ma disponibilité. Il es terminé et sortira à la fin de l'été, j'en reparlerai alors. Il paraîtra dans la collection L'histoire en batailles, chez Tallandier, et portera sur l'offensive du Têt. La collection étant clairement orientée vers le grand public et la vulgarisation, ce sera le propos de cet ouvrage : il ne faudra pas y chercher une analyse fouillée sur le plan du matériel ou une relation très détaillée des combats. C'est une présentation synthétique, problématisée et le plus actualisé possible historiographiquement, de ce moment important de la guerre du Viêtnam, à laquelle je m'intéresse depuis maintenant plusieurs années.

    Ce travail d'écriture a été intense et passionnant et m'a permis, aussi, d'entrer dans le monde de l'édition pour voir comment il fonctionnait. J'ai d'autres projets d'ouvrages en cours qui pourront peut-être se concrétiser dès cette année. Là encore, tout reste possible à condition de s'en donner les moyens, mais aussi d'avoir les réseaux pour, comme j'ai pu m'en rendre compte. Merci d'ailleurs à ceux qui m'ont donné un coup de pouce, et qui se reconnaîtront.


    3) La thèse. Le gros morceau, et probablement une voie de sortie possible si je ne trouve malheureusement pas d'emploi stable dans les secteurs précédents. J'avoue avoir sans cesse reporter le moment de m'y mettre sérieusement. Pourtant, c'est pour cela que j'avais passé l'agrégation d'histoire : l'historien de formation que je suis aspire à travailler à nouveau sur des sources primaires, avec de vrais questionnements, pour faire un travail de fond qui apporte quelque chose à la recherche -j'aime beaucoup faire de la vulgarisation, la plus intelligente possible, mais cela ne me satisfait pas complètement.

    Pris par mes travaux d'écriture dans les magazines en raison d'impératifs financiers, je ne m'y suis mis qu'en mai-juin dernier. J'ai un directeur de thèse potentiel -et pas des moindre- j'ai des contacts avec des personnes qui travailleraient sur des sujets proches du mien. Fin juin, j'ai fourni un gros travail pour tenter, lors d'un oral, d'obtenir une allocation doctorale à l'université de Paris I, où se trouve le laboratoire et le directeur de recherches que je souhaitais rejoindre. J'ai malheureusement échoué : il faut dire que ma préparation s'est faite dans un temps très court (trop court, probablement), que la concurrence était au rendez-vous, et puis, il faut bien le reconnaître, Paris I,  c'est d'un autre niveau que la presse spécialisée en histoire militaire. Il n'y a aucune honte à la reconnaître et c'est même plutôt rassurant.

    Malgré cet échec, la piste de la thèse reste pour moi la plus sérieuse et surtout la plus stimulante, même si pour cela je dois retourner dans l'Education Nationale. Cela me donnera peut-être enfin la motivation nécessaire pour apprendre sérieusement le russe, par exemple, de façon à avoir accès à certaines sources. Il me semble aussi que c'est finalement, pour moi, la meilleure solution. Tout comme j'avais vu les limites propres au fonctionnement actuel de l'Education Nationale au bout de deux ans, et ne les avais pas supportées, j'ai également rencontré les limites de l'écriture en tant que pigiste dans la presse spécialisée, qui contient ses propres problèmes, dans un tout autre registre. Mon statut d'agrégé d'histoire, attaché à certaines exigences, me pousse vers la recherche sérieuse et ce projet de thèse, quite à ne pas trouver de place ensuite, ce qui sera probablement le cas. Mais avec la satisfaction, au moins, d'avoir été jusqu'au bout de la démarche.


    4) Internet. Je tiens à le mentionner car c'est une vraie possibilité alternative, pour l'histoire militaire, comme j'essaie de le montrer sur ce blog et ailleurs. Je participe moins, depuis l'an passé, à l'Alliance Géostratégique, même si j'ai eu l'occasion récemment de rencontrer plusieurs collègues blogueurs que je n'avais pas encore vus. Il faut dire que mes autres activités m'ont laissé moins de temps pour ce faire.

    En revanche, si j'ai lancé l'idée de L'autre côté de la colline avec Adrien Fontanellaz et David François, c'est parce que nous voulions proposer une "vulgarisation" de qualité, si possible, en termes d'articles sur l'histoire militaire, avec des normes "historiennes". Nous sommes limités par le fait que nous ne sommes que trois, mais c'est également un facteur de cohésion : nous nous entendons bien, nous nous sommes rencontrés de visu, et tous les trois respectons les "canons" d'une méthode inspirée de l'université, et traitons de sujets différents et complémentaires. Par ailleurs nous cherchons à élargir le spectre : nous sommes preneurs de contributions externes respectant cette méthode (c'est déjà arrivé une fois), nous interviewons des historiens universitaires, etc. C'est une expérience très enrichissante. Je crois aussi que c'est une forme de réponse aux problèmes rencontrés dans les magazines que j'évoquais ci-dessus. Une des leçons que j'ai tirées de mon travail de pigiste, c'est bien que la plupart des magazines spécialisés du secteur n'a pas encore intégré l'apport que pouvait constituer Internet, en termes de contenus.


    Pour conclure, je ne suis pas arrivé véritablement à l'objectif que je m'étais fixé -pas d'emploi stable avec salaire fixe retrouvé- mais le bilan, sur un an, est loin d'être négatif, ne serait-ce qu'en termes de publications papier ou en ligne et de ce que j'ai pu apprendre sur les secteurs concernés. Il faut maintenant rebondir pour faire mieux, si possible, dans la deuxième année de disponibilité que j'ai obtenue.

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