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    Dominique Lormier est un écrivain qui multiplie ces dernières années les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale (entre autres sujets de prédilection, car il écrit beaucoup...). Depuis 2005 et la publication du livre Comme des lions : le sacrifice héroïque de l'armée française, il s'est engagé dans une entreprise de réhabilitation de la performance des soldats français pendant la campagne de mai-juin 1940, tant il est vrai que le souvenir d'une débâcle sans nom reste encore attaché à la prestation de l'armée française face aux Allemands. Ces ouvrages sont ainsi des plaidoyers, plutôt descriptifs, et qui tirent peut-être un peu trop sur la corde du "cocorico" national en voulant redresser l'image du soldat français de 1940.

    Cet ouvrage sur la bataille de Stonne ne déroge pas à la règle. L'auteur se fait un plaisir de rappeler en introduction que l'historiographie n'a pas beaucoup progressé sur la campagne de France... ce qui est loin d'être le cas, en particulier depuis le début des années 2000. La comparaison des pertes allemandes quotidiennes entre la campagne de France et l'opération Barbarossa (plus élevées dans le premier cas, d'après Dominique Lormier ?) peut prêter à sourire quand on se rappelle l'ampleur des opérations sur le front russe. La bataille de Stonne serait relativement méconnue, elle aussi -alors que l'auteur, faisant le tour des publications consacrées au sujet, ne peut que constater qu'elles se multiplient depuis quelques années : un autre ouvrage, des articles dans revues spécialisées comme Batailles et Blindés, etc. Stonne, le "Verdun de 1940" selon de nombreux témoignages d'officiers, soldats et historiens allemands, a été en effet l'enjeu de combats acharnés en raison de sa position géographique : dominant la plaine de Sedan, le village aurait pu être le point de départ d'une contre-attaque française sur le flanc des Panzerdivisionen engagées dans la course à la Manche. Pour les Allemands, la possession du village sécurisait leurs arrières.

    La première partie (les 75 premières pages, soit presque la moitié du total...) est consacrée à un tableau des forces en présence pendant la campagne de France, française et allemands en particulier, et à un résumé de l'offensive jusqu'à la bataille de Stonne. Le lecteur de Comme des lions... n'apprendra pas grand chose de neuf. P.38, en parlant du général Huntzinger, Dominique Lormier a cette phrase étonnante : "Nous sommes loin de la brillante carrière d'un général Rommel ayant acquis ses grades par des exploits militaires retentissants sur les fronts français, italien et roumain en 1914-1918." . Certes, si Rommel reste dans la Reichswehr en 1919 en raison de son expérience au feu, quand on sait que Rommel n'a dû son avancement après l'arrivée au pouvoir d'Hitler qu'à ses relations privilégiées avec le Führer, et ce jusqu'à pendant la Seconde Guerre mondiale, l'affirmation a de quoi surprendre.


    Ci-dessous, épisode de la série Greatest Tank Battles dédiée à la campagne de France avec évocation de la bataille de Stonne. Le documentaire a même fait appel à François Vauvilliers de la maison Histoire et Collections... et met quelques images de T-34 détruits (!) après l'évocation de la bataille de Stonne !
     

     



    La deuxième partie revient sur les premiers combats à Stonne, livrés les 14 et 15 mai 1940. La 10. Panzerdivision et le régiment Grossdeutschland butent sur la résistance tenace des 3ème DIM, 3ème DCR et 6ème GRDI en particulier. La qualité de la défense s'explique par la présence de nombreux canons antichars, de blindés capables de tenir la dragée haute aux antichars et chars allemands -H-39, B1bis- et à une artillerie française bien placée et bien renseignée, donc très meurtrière dans ses feux. A noter quand même que le pilonnage de l'artillerie allemande et des Stukas rend progressivement intenable l'occupation du village lui-même par les troupes françaises, Stonne étant bientôt évacué, les troupes s'installant de part et d'autre.



    Ci-dessous, reportage de France 3 Champagne/Ardennes sur la bataille de Stonne. En plein dans la "frénésie des lions de 1940", même si le reportage rappelle quand même, au détour d'une phrase, que la bataille n'a rien changé au sort de la campagne... ouf !



     



    Dans la troisième partie, Dominique Lormier raconte les exploits des chars lourds français B1bis qui sèment un temps la terreur parmi les troupes allemandes, avant que celles-ci ne trouvent certains points faibles, comme la grille de ventilation présente sur le côté du char. Les Français sont renforcés par des éléments de la 6ème DIC tandis que les Allemands engagent deux divisions d'infanterie, les 16. et 24. ID., mieux adaptées sans doute à ce combat d'attrition que des Panzerdivisionen...

    Enfin, pour la quatrième et dernière partie, l'auteur explique comment les attaques allemandes sont successivement brisées entre les 18 et 25 mai. L'artillerie française fait encore une fois preuve de brio en raison de maladresses allemandes -faible discipline radio, officiers perdus avec des documents importants en première ligne. Fantassins, cavaliers des GRDI et troupes coloniales luttent pied à pied. Du 14 au 25 mai, les Français perdent 7500 hommes sur 42500 engagés (17%), les Allemands 26500 sur 90000 (29%). Mais Dominique Lormier ne donne pas la composition tués/blessés/disparus/prisonniers, qui serait peut-être intéressante à connaître. D'après le témoignage d'un ancien officier d'unité antichar française présent lors des combats (et lui aussi auteur d'un livre sur le sujet), Stonne est l'un des rares exemples de bonne coordination interarmes du côté français, pendant la campagne (même si l'absence de l'aviation est quelque peu ressentie, en particulier pour abattre les avions de reconnaissance allemands qui règlent les tirs d'artillerie).

    En conclusion, Dominique Lormier précise que la résistance française à Stonne a contraint les Allemands à y engager d'importants effectifs. Une autre offensive allemande les 9 et 10 juin est également repoussée, mais les Panzerdivisionen finissent par pousser plus à l'ouest, au nord de Reims, malgré des pertes en chars conséquentes.

    Si le livre fournit une bonne description de la bataille de Stonne et une bibliographie indicative, l'on peut regretter, d'abord, l'absence de cartes de situation plus précises (hormis une carte générale présente en début de volume) qui oblige à s'imaginer mentalement les lieux du combat. Il n'y a pas non plus d'illustrations, ce qui est dommage. Le plus regrettable sans doute, c'est que ce livre, sorti en 2010, pour l'anniversaire des 70 ans de la campagne de France, s'inscrit pleinement dans une frénésie "commémorative" cherchant à aller au-delà du travail historiographique déjà mené et qui fait la part belle aux défauts de la belle mécanique allemande et au contraire aux atouts de l'armée française et de l'effort de réarmement mené en particulier par le Front Populaire. Dominique Lormier met ainsi au pinacle les combats autour de Stonne qui n'ont pas eu un grand impact sur le déroulement de la campagne : les Panzerdivisionen ne sont pas inquiétées dans leur cavalcade vers la Manche... ce que l'auteur, qui ne fait pas de contextualisation, ne rappelle pas. Ce récit purement factuel n'apporte pas grand chose de neuf et semble surtout servir la volonté de Dominiquer Lormier de revaloriser à tout crin la prestation du soldat français en 1940. Au mieux, on peut le conseiller à des lecteurs novices souhaitant sortir des stéréotypes éculés sur la campagne de France, mais il faudra aller voir d'autres ouvrages pour comprendre un peu mieux les tenants et les aboutissants des récentes évolutions historiographiques.


    N'hésitez pas à cliquer sur les liens ci-dessous pour soutenir le blog, voire à acquérir les ouvrages si vous êtes intéressés.





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    Comme promis, en avant-première, une présentation rapide du contenu du prochain numéro du magazine Histoire et Stratégie, que j'ai écrit, et qui est dédié aux opérations aéromobiles. La vidéo dure 11 mn mais je n'interviens que pendant 5 mn environ : j'ai enrichi mes interventions d'un extrait de la série L'enfer du devoir (1987) et d'extraits de deux documentaires en rapport avec le sujet traité (Discovery Channel,Wings, sur le Mi-24 et l'Afghanistan, et Vietnam in HD de History Channel). Bon visionnage !





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    Adrien Fontanellaz nous propose sa recension du dernier numéro de Guerres et Histoire. Pour ma part, ne l'ayant pas encore reçu et donc lu, je ne me prononce pas. Le dossier semble remplir son objectif de vulgarisation même si le terme de révolution militaire peut désormais laisser un peu dubitatif, comme Laurent Henninger le rappelle lui-même dans la vidéo de présentation du dossier. L'avantage est d'abord de sortir enfin de la période contemporains dans laquelle les dossiers de Guerres et Histoire avaient tendance à s'enfermer. Gageons que ce sera renouvelé avec d'autres thèmes et d'autres périodes.



    Avec près de deux ans d’existence, la revue Guerre & Histoire est maintenant bien installée dans la presse spécialisée.  Voici une recension brève et non exhaustive du dernier numéro en date, l’index complet se trouvant ici. (http://historicoblog3.blogspot.ch/2012/12/guerres-et-histoire-n10-sortie-le.html)

    L’éditorial de Jean Lopez invoque la vocation du magazine, à savoir contribuer à la réhabilitation de l’histoire militaire, puis introduit le dossier central du numéro, consacré à la guerre de Cent ans. Ce dernier est des plus intéressants, du moins pour un néophyte en la matière à mon image. Il comprend, entre autres, un article de Benoist Bihan qui décrit les mutations subies par l’ost royal, un autre détaille les aspects techniques et tactiques du Longbow, mais aussi le contexte sociologique particulier qui permit sa diffusion en Angleterre. Une interview de deux pages de Philippe Contamine menée par Laurent Henninger revient par ailleurs sur la campagne de Jeanne d’Arc. Ce dossier central a l’avantage de revenir sur une période, qui malgré son importance, reste moins évoquée que d’autres, et relaie aussi auprès du lectorat francophone les théories répandues dans le monde anglo-saxon sur les révolutions militaires. En effet, cette série de guerres aurait été la matrice du passage de l’état médiéval à l’état moderne, avec l’émergence de l’infanterie, l’apparition du canon, le déclin de la chevalerie, l’apparition d’armées soldées directement par le roi et la nécessité de disposer de systèmes fiscaux permettant de les financer etc… On peut par contre se demander si parler de révolution pour décrire des processus graduels s’étalant sur plusieurs siècles est adapté ; le royaume de France n’est pas passé de Louis XI à Louis XIV du jour au lendemain. 

    Un autre point fort de ce numéro est l’interview de Zvika Gringold, tankiste israélien de la 188e brigade de Tsahal. Celui-ci décrit les conditions dantesques vécues par les équipages de chars lors des affrontements sur le plateau du Golan en 1973. Certains aspects tactiques très intéressants en ressortent, comme la coordination entre infanterie et blindés syriens, ainsi que les méthodes utilisées par les équipages israéliens pour contrer les missiles Sagger ennemis. Des encarts bienvenus mettent en perspective l’interview et détaillent brièvement le contexte et les buts de l’offensive syrienne.

    Ce numéro comprend par ailleurs un article de Farid Ameur sur la guerre de 1812 entre les Etats-Unis et l’Angleterre, un sujet là aussi peu traité. Laurent Pericone revient sur les Liberty Ships, qui résument à eux seuls la toute-puissance des USA en guerre, et Eric Tréguier relate la bataille des Champs Catalauniques, en relativisant l’implication des Huns et des Romains. Michel Goya présente par ailleurs Ardant du Picq, visionnaire ayant perçu très tôt l’importance de la peur chez le combattant et la nécessité d’adapter les tactiques d’infanterie en fonction de l’importance grandissante du feu tout au long du XIXième siècle. A noter qu’une recension récente sur le blog Ma pile de livres (http://www.mapiledelivres.org/dotclear/index.php?post/2012/11/25/Etudes-sur-le-Combat%2C-de-Charles-Ardant-du-Picq) se montrait assez sévère avec un des ouvrages de ce dernier. Jeanne Taaffe commet un très intéressant article sur la New Model Army de Cromwell, alors que Yasha MacLasha revient sur le mythe de la charge polonaise contre les panzers en septembre 1939.  Si la revendication de « casser du mythe » exprimée par le titre de la rubrique est une ficelle marketing un peu lourde, l’article en lui-même revient de manière vraiment intéressante sur la fabrication de cette image d’Epinal de la deuxième guerre mondiale, qui a fini par symboliser à elle seule la campagne de Pologne.

    Enfin, le lecteur trouvera les rubriques habituelles du magazine, dont les chroniques de Charles Turpin et Jean-Dominique Merchet, et la critique de livres, films et jeux récemment sortis.

    Bref, ce dixième numéro aborde des sujets variés et dans l’ensemble peu évoqués. 

    Adrien Fontanellaz

    http://histoiresmilitaires.blogspot.ch/

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    Shelby L. Stanton est un ancien officier de l'US Army ayant servi plusieurs années au Viêtnam. Blessé, il a été décoré. Depuis la fin du conflit, il s'est reconverti, à partir de la décennie 1980, dans l'écriture d'ouvrages dédiés particulièrement à la guerre du Viêtnam mais aussi à l'histoire militaire américaine.

    L'ouvrage de Stanton est préfacé par le colonel Harry Summers, l'homme qui avait déclaré en 1973 à un général nord-viêtnamien lors des accords de Paris que "l'armée américaine n'avait jamais perdu une guerre, et de toute façon n'en perdrait jamais une" . Il est alors, au moment de la publication de ce livre, l'un des tenants de l'école historiographique dite révisionniste au sujet de la guerre. Cette école, proche du pouvoir sous l'ère Reagan, cherche à revaloriser la prestation de l'armée américaine au Viêtnam et conclut fréquemment sur l'idée que celle-ci a remporté une victoire militaire, tout en étant victime des errements des politiques et des élites. C'est exactement ce que fait Summers dans cet avant-propos : il vide son sac pour ainsi dire sur les soi-disants experts qui pointent les erreurs ou les faiblesses de l'armée américaine, sur le président Kennedy qui aurait voulu à tout crin imposer un "art spécial" de la contre-insurrection, etc. Pour Summers, le GI ou le Marine a mené au Viêtnam un combat plutôt conventionnel contre le Nord-Viêtnamien voire le Viêtcong, en particulier dans l'assaut de positions retranchées et autres complexes de bunkers. L'infanterie américaine a tenu la dragée haute à l'adversaire tout en lui infligeant des pertes considérables. Bref, l'armée n'a pas démérité.

    Comme le dit Stanton dans son introduction, il cherche quant à lui à dresser un tableau de la levée et de l'engagement des unités de l'US Army et de l'USMC au Sud-Viêtnam, tout en évoquant en parallèle l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN -une ambition malheureusement presque pas réalisée dans le livre. Il écarte cependant volontairement l'évocation des pertes, jugeant les statistiques produites par l'armée américaine peu fiables au regard de la course au body count, tandis que les pertes américaines sont elles aussi manipulées par le commandement. Comme l'indique la bibliographie présente en fin d'ouvrage, Stanton se repose essentiellement sur des documents officiels, des ouvrages produits par l'US Army et l'USMC, et sur quelques sources secondaires. On ne peut pas véritablement classer Stanton dans l'école révisionniste, car à l'inverse de Summers, il n'élude pas les carences et les problèmes propres à l'engagement de l'armée américaine au Viêtnam : simplement, il passe très vite dessus et à tendance à les relierà des causes extérieures à l'armée. On pourrait le qualifier, avec un brin de provocation, de "compagnon de route" du révisionnisme.




    Le plan est chronologique, avec cinq parties consacrées aux cinq premières années de l'engagement américain, de 1965 à 1969, la première partie comprenant un rappel du soutien américain au Sud-Viêtnam avant l'intervention directe. Comme souvent, les trois dernières années du conflit, de 1970 à 1973 jusqu'au retrait, sont expédiées assez vite dans une sixième et dernière partie.

    Stanton s'attache à montrer d'abord comment, au moment du choix de l'intervention directe en 1965, l'armée américaine est prise en flagrant délit d'impréparation. Le général Westmoreland doit en outre faire face à un véritable casse-tête logistique au regard de la situation de pays en développement du Sud-Viêtnam au moment de l'acheminement des troupes. Les Marines, la 173rd Airborne Brigade et la 1st Cavalry Division sont les premières formations engagées au combat dès 1965 contre le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens. Si la First Cavvalide les concepts de l'aéromobilité lors de la campagne de la vallée de Ia Drang, celle-ci confirme le choix de Westmoreland d'une guerre d'attrition qui va se révéler mal adaptée à la situation que doivent en fait affronter les Américains dans ce conflit avant tout politique.

    Le renforcement du dispositif américain se poursuit jusqu'à l'automne 1966 avec l'arrivée, entre autres des4th, 9th et 25th Infantry Divisions et de la 1st Marine Division qui vient appuyer la 3rd Marine Division près de la zone démilitarisée. Les problèmes de personnel se font déjà sentir : le choix d'une conscription très sélective et le non recours à la Garde Nationale entraînent une crise des effectifs, et en particulier des cadres, fortement ponctionnés et qui ne peuvent plus instruire les conscrits.  Pour protéger l'acheminement des troupes et la construction d'une capacité logistique, les Américains ciblent plusieurs zones prioritaires : la région de Saïgon, le delta du Mékong, les enclaves de Qui Nonh et Da Nang. Les troupes américaines entreprennent des opérations offensives dans ces secteurs à la place de l'ARVN. Parallèlement des restrictions sont posées quant à l'intervention au Laos et au Cambodge. A l'automne, le MACV teste son nouveau concept search an destroy avec l'opération Attleboro, qui implique pour la première fois plusieurs brigades. L'adaptation aux conditions de combat ne se fait pas sans mal, comme le montre l'exemple de la 1st Infantry Division, arrivée dès 1965 et dont le commandant est relevé en raison des piètres performances de l'unité. Les Américains innovent cependant avec l'emploi des hélicoptères et des tactiques aéromobiles : en plus de la 1st Cavalry, la 1st Aviation Brigade créée dès mai 1966 répartit des compagnies et des bataillons d'hélicoptères, contrôlant un pool de plus de 4000 machines au final. Les hélicoptères sont particulièrement précieux dans le sens où ils rassurent les combattants qui savent pouvoir être évacués rapidement en cas de blessure. L'inflation du nombre d'hélicoptères entraîne cependant, au départ, une crise aigue de pilotes. Si la 1st Cavalry Division mène de nombreuses opérations dans la zone tactique du IIème corps, les autres unités ont une activité plus réduite de même qu'autour de Saïgon. Au nord, en revanche, dans la zone tactique du Ier corps, les Marines doivent affronter en avril 1966 le soulèvement d'une partie de l'ARVN contre le gouvernement de Saïgon suite à des luttes politiques internes. Ils font face également aux divisions régulières de l'armée nord-viêtnamienne qui cherchent à s'infiltrer au sud de la zone démilitarisée et mènent une véritable guerre d'usure, bien différente de la guérilla du Viêtcong dans certains secteurs.

    1967 est l'année des grandes batailles. Westmoreland dispose enfin de suffisamment de troupes américaines, appuyées par des contingents alliés et l'ARVN, pour mener sa stratégie d'attrition : nettoyer les poches ennemies autour de Saïgon, sécuriser la route n°1 et le gros de la population. Les opérations Cedar Falls et Junction City sont le symbole de cette stratégie. Paradoxalement, cette dernière a un effet pervers puisqu'elle entraîne le retrait de l'infrastructure viêtcong au Cambodge. En outre, Westmoreland souhaiterait intervenir au Laos voire au Cambodge pour couper la piste Hô Chi Minh, en particulier, des plans étant envisagés dans ce sens dès 1965, mais le pouvoir politique met son veto. Les divisions et brigades américaines s'installent aussi dans une routine, étant cantonnées la plupart du temps dans un même secteur géographique : seule la 1st Cavalry Division change régulièrement de zone. En conséquence, Westmoreland obtient l'envoi de la 101st Airborne Division dans son entier qui sera reconvertie elle aussi en division d'assaut aérien pour pouvoir servir de force mobile. Dans le secteur des Hauts-Plateaux, la 4th Infantry Division et la 173rd Airborne Brigade se heurtent à des unités régulières du Nord-Viêtnam dans des combats parfois sanglants, le cadre étant celui d'une diversion opérée par Hanoï pour attirer les Américains vers les frontières en prévision du Têt. Si les pertes des Nord-Viêtnamiens sont lourdes, celles des Américains ne le sont pas moins comme à Dak To. Les Marines, de la même façon, mènent une véritable guerre de positions face aux divisions nord-viêtnamiennes le long de la zone démilitarisée, sous les tirs d'artillerie venant d'au-delà de la séparation entre les deux Viêtnam. Pour soulager les Marines, Westmoreland recrée la 23rd Infantry Division (Americal) par l'amalgame de plusieurs brigades d'infanterie légère, afin de garder la zone côtière des provinces au nord du Sud-Viêtnam. L'Americal Division se signalera surtout par une prestation en demi-teinte durant tout le conflit, se signalant au feu mais commettant aussi de nombreux abus (massacre de My Lai) et connaissant un certain relâchement.

    En 1968, l'armée américaine, en raison du Têt, arrive au maximum de ses capacités. Westmoreland installe un poste de commandement avancé du MACV en février pour gérer les combats dans la partie nord du Sud-Viêtnam. Les Américains subissent deux fois plus de pertes en 1968 qu'en 1967. La réserve stratégique de l'armée américaine est quasiment dégarnie pour alimenter les unités engagées au Viêtnam alors que de nombreuses troupes fédérales doivent être mobilisées pour faire face aux troubles intérieurs grandissants. Le commandement américain envisage alors ce qui deviendra la viêtnamisation, mais l'ARVN reste entâchée parv de nombreuses carences. En outre le recours à des travailleurs sud-viêtnamiens ou coréens dans les tâches logistiques n'est pas couronnée de succès, les Américains devant mater des émeutes en raison des mauvaises conditions de travail. Si le Viêtcong sort décimé du Têt, l'ARVN souffre tout autant même si elle tient le choc. En particulier, les unités d'élite de l'armée sud-viêtnamienne ont été saignées à blanc. Les Américains ont le sentiment d'avoir remporté une victoire militaire de taille : c'est oublier que la guerre du Viêtnam ne se résume pas simplement à la dimension militaire... les combats ont été parmi les plus durs du conflit, notamment à Hué ou autour de la base de Khe Sanh. La contre-offensive américaine, qui vient à bout du Mini-Têt en mai, se développe sans succès décisif dans la vallée d'A Shau, base logistique adverse en arrière de Hué, et le long de la zone démilitarisée. C'est aussi l'époque où apparaissent les premiers signes graves de laisser aller au sein de l'armée américaine engagée au Viêtnam. La 11th Light Infantry Brigade de l'Americal Division se signale par des problèmes de commandement et de discipline révélés par le massacre de My Lai.

    En 1969, Abrams, qui remplace depuis juin 1968 Westmoreland, met en oeuvre le programme One War : l'armée américaine conduit en parallèle les opérations de combat et la pacification. Mais il s'agit surtout d'améliorer le potentiel de l'ARVN. Les Américains visent donc les bases logistiques ennemies près des frontières et se concentrent sur la zone démilitarisée. La première unité revient aux Etats-Unis dès le mois de juillet 1969. Le semblant de réédition du Têt est facilement brisé, et les Nord-Viêtnamiens s'en prennent surtout aux bases et aux convois logistiques américains. L'armée américaine entre alors dans une phase de déclin. La conscription envoie au Viêtnam les couches les plus pauvres et les moins éduquées de la société américaine, tandis qu'il y a pénurie d'officiers et de sous-officiers. Les opérations de combat sont moins nombreuses et la contestation de la guerre produit aussi son effet sur le moral. L'action se concentre sur les frontières, la bataille d'Hamburger Hilldans la vallée d'A Shau menée par la 101st Airborne Division étant l'affrontement le plus violent. Au sud, la 1st Cavalry Division et la 25th Infantry Division couplées avec des divisions de l'ARVN font écran sur la frontière cambodgienne. La 25th Infantry Division se signale par ses performances comme l'une des meilleures unités américaines de ce moment-là. 

    En 1970, alors que le retrait américain s'accélère, l'ARVN est engagée au combat pour tester ses capacités et regonfler son moral défaillant lors d'une invasion combinée avec les forces américaines au Cambodge. Si la destruction de la base logistique adverse fait gagner une année de survie au Sud-Viêtnam, l'ARVN ne fait toujours pas preuve d'une grande capacité de combat sans l'appui américain. Les combats s'étiolent dans le reste du Sud-Viêtnam à l'exception de la partie nord, où les Nord-Viêtnamiens ciblent en particulier les firebases et autres installations isolées américaines. La posture stratégique défensive nuit encore davantage à la prestation de l'infanterie américaine, traversée par des problèmes raciaux, l'ennui, la drogue et l'indiscipline. Le phénomène touche même les unités d'élite comme la 1st Cavalry Division. L'incursion sud-viêtnamienne au Laos de février 1971 -opération Lam Son 719- se termine en débâcle et augure mal de l'avenir de l'ARVN sans le soutien américain. La défense dynamique de l'armée américaine accentue encore les problèmes de discipline. Le fragging (jets de grenades par des soldats américains sur leurs officiers ou sous-officiers)est de plus en plus fréquent et la police militaire doit intervenir à plusieurs reprises contre des groupes de soldats retranchés avec leurs armes suite à des fragging ou autres cas d'indiscipline. L'armée doit également lancer une grande campagne antidrogue sur demande du président Nixon, qui révèle l'ampleur du problème au sein des unités encore présentes au Sud-Viêtnam. Harcelée par les Nord-Viêtnamiens, l'armée américaine accélère son retrait en 1972 mais son appui-feu demeure indispensable à l'ARVN pour briser l'offensive de Pâques.

    En guise de conclusion, Stanton rappelle que la décision de Johnson de ne pas faire appel à la réserve de la Garde Nationale a fortement entravé l'accroissement en effectifs de l'armée américaine au Viêtnam dès 1965. D'après lui, l'armée américaine a joué son rôle de bouclier pendant que se reconstruisait l'ARVN, processus terminé en 1968-1969. La guerre d'attrition a été entravée par les restrictions posées à l'intervention au-delà des frontières et en raison d'une conscription mal conçue et du souhait de maintenir à plein potentiel les unités d'élite, alors que la logistique n'était pas distribuée équitablement. Pour lui, l'armée américaine a remporté une victoire militaire pendant le Têt qui aété frustrée par les décisions politiques conséquentes. La viêtnamisation entraîne la déréliction de l'armée dès 1969 et lors de l'invasion du Cambodge en 1970, le souci d'éviter les pertes conduit à un manque évident d'agressivité. Reléguées à  des tâches de sécurité statiques, les troupes sont de plus en plus indisciplinées et reflètent l'état de l'opinion aux Etats-Unis. Les besoins en effectifs menacent de vider de leur substance les autres divisions américaines présentes sur le territoire national ou de par le monde. Des brigades d'infanterie légère rapidement formées ne peuvent que mal se comporter au feu, sans entraînement approprié. L'US Army et l'USMC mènent une guerre au-delà de leur potentiel humain du moment.

    On l'aura compris, de par la conclusion, Stanton s'aligne plutôt sur les révisionnistes. L'ouvrage ne vaut cependant pas pour son analyse, qui reste très superficielle faute de s'élever au-dessus de la simple dimension militaire, de pas prendre en compte le reste et et de négliger aussi les Viêtnamiens eux-mêmes, du Sud comme du Nordla. Il faut le voir voircomme une relation, fourmillant de détails, de l'engagement de l'armée américaine au Sud-Viêtnam. En ce sens, c'est un manuel pratique pour retrouver une opération particulière ou revenir sur les problèmes de structure auxquels doit faire l'armée américaine, mais il ne faut pas lui en demander davantage.

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  • 12/20/12--23:58: Guerres et Histoire n°10
  • Merci au service de presse pour l'envoi de la revue. Pour ne pas faire doublon avec la recension d'Adrien Fontanellaz, je développerai ici d'autres points.

    Avec l'éditorial d'abord, qui me semble encore une fois tirer à tort à boulets rouges sur l'Ecole des Annales. Certes celle-ci a quelque peu boudé l'histoire militaire, mais certains historiens qui en faisaient partie se sont malgré tout intéressés à cette thématique (on pense à Bloch, mais il y a d'en autres, en histoire ancienne par exemple). En outre, l'Ecole des Annales a également fourni, par certains côtés, des éléments qui sont désormais intégrés dans la "nouvelle histoire bataille" chère à Guerres et Histoire. Il me semble donc que c'est une opposition qu'il faudrait enfin surmonter pour faire quelque chose de plus équilibré. Voeu pieux pour l'instant.

    - le témoignage est celui de Zvika Gringold, tankiste israëlien qui affronte les blindés syriens sur le plateau du Golan en 1973. Intéressant et plus efficace que l'épisode de documentaire The Greatest Tank Battles sur le même sujet !

    - la rubrique Caméra au Poing s'intéresse à la guerre de Crimée. Si comme de coutume les photos sont superbes, le texte, signé Alain Gouttman, rejoint la tendance actuelle qui consiste à remettre au pinacle le Second Empire. Certes, ledit régime n'a pas été épargné par la IIIème République, mais on en est revenu depuis quelques années (j'en ai déjà beaucoup parlé, voir ici par exemple), et j'ai l'impression qu'on tombe désormais dans l'excès inverse qui consiste à ne vanter que les mérites du régime, qui rappelons-le, s'installe après un coup d'Etat et reste, jusqu'au bout, plus ou moins autoritaire et répressif. Ca me désole d'autant plus que c'est une période qui m'intéresse. Là encore, il serait temps d'en faire une histoire dépassionnée...

    - le dossier sur la guerre de Cent Ans est un bon dossier de vulgarisation. Laurent Henninger décrit ce qui s'apparente plus à mon sens à une mutation militaire qu'à une révolution. Dans la partie "Cent ans et autant de guerres", par contre, il y a me semble-t-il une erreur p.41 : ce n'est pas Charles Ier d'Orléans qui fait assassiner Jean Sans Peurà Montereau en 1419... pour la simple et bonne raison qu'il est prisonnier en Angleterre depuis Azincourt. Ce sont des proches de Charles VII, effectivement anciennement partisans orléanais, qui organisent probablement l'attentat avec l'accord tacite du souverain. Il y a ensuite une étude fouillée du longbow, une interview de l'historien Philippe Contamineà propos de la campagne de Jeanne d'Arc, puis Benoist Bihan termine en évoquant les transformations qui mènent d'Azincourt à Castillon. A noter que les références, bien présentes p.55, mériteraient peut-être d'un un peu classées par type, ce serait plus clair.

    - l'article qui démonte le mythe de la charge des lanciers polonais contre les Panzer(issu, pour le coup, d'un mauvais journalisme) tire sur une ficelle un peu grosse, mais c'est bien mené. Une ou deux références écrites d'ailleurs n'auraient pas été du luxe pour ceux qui, comme moi, auraient voulu approfondir.

    - Farid Ameur signe un très bon article d'introduction àla guerre anglo-américaine de 1812 sur laquelle vient justement de paraître un livre en français signalé sur Guerres et conflits. Très instructif.

    - la double page sur la Sten résume l'essentiel sur ce pistolet-mitrailleur devenu l'icône de la résistance en Europe occupée, mais qui était loin d'être une arme parfaite.

    - avec l'article sur les Champs Catalauniques, je me suis trouvé dans une position assez particulière : c'est en effet un sujet que je maîtrise assez bien, étant donné que j'ai fait mon master/DEA d'histoire sur Sidoine Apollinaire, une des sources ténues sur la bataille en question. On ne peut pas être spécialiste de tout, mais pour le coup, dans mon cas, c'est plutôt vrai pour cette thématique. On peut constater qu'il manque plusieurs ouvrages importants dans la bibliographie indicative (qui n'est qu'indicative, mais quand même), dont le seul (et court) ouvrage en français sur la campagne (recension ici). Sur la question des effectifs, plutôt que des évaluations approximatives des forces en présence, il vaut mieux ne pas se prononcer comme je l'avais fait pour l'Alliance Géostratégiqueici. Quand l'auteur affirme que la Gaule n'a pas connu de bataille aussi importante depuis César, ça reste à prouver, en particulier si l'on pense aux guerres civiles romaines de l'Antiquité Tardive (Lyon, 197, mais aussi Strasbourg, 357, etc). La bataille n'est pas contextualisée (causes de la campagne, etc). La place des Alains au centre ne s'explique pas seulement pour des raisons de fiabilité (un général risquerait-il de perdre le milieu de sa ligne ?), mais aussi parce qu'Aétius souhaite probablement profiter du punch des lanciers cuirassés alains contre les Huns. Quant à la légende de Sainte-Geneviève sauvant Paris, comme le montre Lededynsky, ce n'est probablement qu'une savante construction hagiographique à partir de raids de fourrageurs et des exagérations colportées par les réfugiés fuyant l'avance de l'armée d'Attila. De même, si Aétius cherche à faire contrepoids aux Wisigoths avec les Huns en laissant partir les premiers au lendemain de la bataille, Thorismond sait bien où est son intérêt : les querelles de succession chez les Goths ont toujours été féroces et il doit s'imposer contre ses frères, récupérer le trésor à Toulouse (il meurt assassiné dès 453). Il n'est donc probablement pas si naïf que ne semble le penser l'auteur. Bref, tout cela mériterait d'être approfondi, avec l'emploi de l'ancien mais toujours solide ouvrage de Wolfram sur les Goths (1990).

    - Michel Goya livre sa vision, en dix points, d'Ardant du Picq. Ironie du sort, boudé par les Français, il est beaucoup lu chez nos amis d'Outre-Atlantique.

    - l'évocation s'intéresse, tout en beauté, aux raids des avions à réaction allemands sur le pont de Remagen.

    - intéressant article ensuite de Joanne Taffe sur la New Model Army, l'armée de Cromwell pendant la guerre civile anglaise.

    - autre article fort instructif, celui sur les Liberty Ships, une des clés de la victoire américaine pendant la Seconde Guerre mondiale... même si l'effort industriel ne profite pas à tout le monde, et en particulier à la main d'oeuvre desNoirs.

    -on trouvera aussi les chroniques habituelles (J.-D. Merchet, Charles Turpin).

    N'hésitez pas à cliquer sur les liens ci-dessous pour soutenir le blog ou acheter les ouvrages, en particulier via Price Minister et la primo-réduction !



           

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    Printemps 1877. L'inspecteur O'Rourke (Alan Ladd), de la police montée canadienne, accompagné de son demi-frère Cree, Cajou(Jay Silverheels), rentre d'une saison de chasse bien remplie dans le nord du Canada. Il tombe sur les restes d'un convoi attaqué par les Indiens et récupère tant bien que mal la seule survivante, Grace Markey (Shelley Winters). Celle-ci tente de s'enfuir mais est bientôt attaquée par 4 Sioux Américains dont 2 sont abattus par O'Rourke et Cajou. Ce sont en fait les Sioux Américains qui ont franchi la frontière après leur victoire à Little Big Horn contre Custer et le 7th Cavalry, pour tenter de soulever les Crees. Rentré au fort Saskatchewan, O'Rourke doit tenir compte du caractère inflexible du nouveau commandant du camp, Benton (Robert Douglas), qui veut désarmer les Crees pour éviter qu'ils ne s'allient aux Sioux. Cajou, ivre de rage, rejette son demi-frère et pactise avec les Sioux tandis que Benton reçoit l'ordre de quitter Fort Saskatchewan, sous la menace d'une attaque, pour Fort Walsh...


    Voilà un film qui n'est pas considéré par la critique comme l'un des meilleurs de Raoul Walsh, et pourtant il m'avait marqué étant adolescent. Et d'abord par les décors naturels, puisque le film a été tourné dans le Banff National Park. Les personnages ne sont malheureusement pas à la hauteur des paysages mais le propos a de quoi séduire, malgré tout. D'abord parce qu'il met en scène la police montée canadienne, assez rare dans les westerns américains, ensuite parce qu'il reste justement l'un des westerns que les parents peuvent utiliser pour introduire les adolescents au genre, en raison même de sa naïveté. Pas de violence en effet dans les scènes de bataille (malgré un rapide et soft gros plan sur un homme scalpé), et un ton encore très paternaliste à l'égard des Indiens. Les adolescents pourront également facilement s'identifier à Alan Ladd, même si certains effets spéciaux sont quelque peu désuets (explosions en particulier). On signalera aussi la performance de Robert Douglas (déjà vu dans Ivanhoé) qui incarne à merveille le commandant borné qui finit par reconnaître ses torts. Bref, un bon divertissement malgré quelques déformations avec les réalités -les Sioux n'ayant jamais tenté de soulever les Indiens canadiens, l'uniforme de la police montée n'étant adopté qu'en 1897, les décors du film étant ceux de l'Alberta et non de Saskatchewan ce qui a déçu beaucoup de touristes (!).





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    Janvier 1915, front de Champagne. Le lieutenant Vialatte, officier de gendarmerie, poursuit son enquête après l'assassinat de trois jeunes filles dans les tranchées ou à proximité. Il opère toujours au sein de la section "spéciale" du caporal Peyzac, originaire de la même région que lui, et constitué d'adolescents sortis d'une maison de redressement pour être envoyés au front. De découverte en découverte, Vialatte est de plus en plus soupçonneux à l'encontre de certains membres de la section. Bientôt, une quatrième victime est trouvée par des tirailleurs sénégalais, la nuque brisée. Elle n'était autre que l'amante du capitaine Janvier, officier d'état-major qui avait accueilli Vialatte à son arrivée sur le front avec des phrases de Péguy. Janvier, rendu fou de douleur par la perte d'un être cher, insiste pour emmener Vialatte auprès de la section Peyzac, sous les obus et la mitraille...

    J'avais commenté il y a près de deux ans le premier tome de ce qui devait être une trilogie et qui s'est transformé en quatuor, le dernier tome venant tout juste de paraître. Le premier volume avait marqué les esprits, non seulement en raison du thème choisi, mais aussi par les dessins. Les atrocités de la guerre -dans un ton qui se veut proche de celui d'un Tardi- sont introduites par un "cogne", un gendarme qui faisait figure de planqué dans le premier tome. Dans le deuxième, au contraire, on part sur les chapeaux de roue avec une charge à la baïonnette sur la tranchée allemande d'en face...où l'on ne compte plus les pertes. Le tome deux fait cependant figure de transition car l'enquête progresse assez peu, au final. C'est plutôt l'occasion d'un retour sur le rôle de la femme, ou plutôt de l'absence de la femme, pour le combattant. En tout cas, Notre Mère la Guerre soutient la comparaison avec l'oeuvre de Tardi, au point que l'enquête, dans ce tome, fait figure de simple ajout. Criant d'authenticité.

    Ci-dessous, une présentation du tome.

     




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    Mai 1917, pendant l'offensive du Chemin des Dames. Le lieutenant Vialatte, qui avait mené l'enquête sur les femmes assassinées en Champagne deux ans plus tôt, sert désormais dans "l'artillerie spéciale" aux commandes d'un char Saint-Chamond bapti"Eglantine". Blessé lors d'un engagement, il reçoit à l'hôpital la visite de Janvier, devenu commandant à l'arrière, et qui, par cajolerie et par la menace, l'invite à reprendre l'enquête autour de la section Peyzac dont la plupart des membres a trouvé la mort lors d'un assaut allemand deux ans plus tôt. Aidé par membre de son équipage, Desloches, Vialatte retourne à Paris, alors que l'armée française est travaillée par les mutineries consécutives à l'échec de l'offensive Nivelle. Les découvertes qu'il fera dans le "milieu" parisien vont relancer une enquête pleine de rebondissements...


    Retour à l'enquête originelle pour ce troisième tome après un deuxième qui était, comme je le disais, plus de transition. Les auteurs ne négligent cependant pas le front avec la charge des Saint-Chamond dès les premières pages de la BD, et bien plus tard l'intervention des gaz. Cependant, le troisième volume est l'occasion de replacer les combattants par rapport à l'arrière, et ce en pleine période de mutinerie après la sanglante aventure de l'offensive Nivelle. Les auteurs se gardent bien de tomber dans des clichés éculés, comme le montre la scène du train des permissionnaires à la gare. Le dessin arrive toujours aussi bien à rendre le caractère très sombre des affrontements de la Grande Guerre. Allez, encore un tome et l'on connaîtra la fin de l'histoire (!).



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    1865. Le général Custer (Robert Shaw), l'un des plus fameux sabreurs de la cavalerie de l'Union, cherche à s'employer après la fin de la guerre de Sécession. Son supérieur, le général Sheridan (Lawrence Tierney), lui propose de partir en territoire dakota pour étendre l'influence des Etats-Unis contre les tribus indiennes. Custer s'en va donc avec sa femme Elizabeth (Mary Ure) prendre la tête du 7th Cavalry Regiment. Il cherche d'abord à faire de son unité un régiment combattif, puis entreprend de contrer les velléités belliqueuses des Cheyennes...

    Le film aligne grosso modo la même intrigue que celui de 1941 consacré au même sujet, La charge fantastique, avec Errol Flynn dans le rôle de Custer. Il prend le parti étrange de mixer une approche à la fois critique de l'expansion américaine à l'ouest -les Indiens sont bien montrés comme victimes d'attaques par les troupes américaines ou les pionniers- et au contraire très élogieuse de Custer, présenté comme le prototype du chevalier en puissance et exonéré de toute responsabilité dans les massacres d'Indiens commis par le 7th Cavalry. A noter aussi des scènes complètement incohérentes dans le scénario -Robert Ryan, qui fait une apparition de 10 minutes en tant que déserteur parti à la recherche de l'or en territoire indien, repris et bientôt fusillé, sans que l'on sache bien pourquoi, mais qu'il a bien fallu, sans doute, caser quelque part. Le film donne l'impression d'un mélange assez bizarre, où Custer, un peu sauvé par l'interprétation de Robert Shaw, toujours excellent, est complètement dépassé par des "magouilles" réglant le sort des Indiens à Washington, sur fond de corruption et de compromission d'anciennes gloires de la guerre de Sécession comme Sheridan. Quant à Mary Ure, elle semble comme transparente dans le rôle d'épouse aimante idolâtrant Custer. Celui-ci semble incarner un héros tragique de pièce grecque, peinture qui ne colle pas vraiment avec la réalité. Entièrement tourné en Espagne, le film souffre donc de longueurs qui ne le rendent que moyennement intéressant. Certainement pas la meilleure mouture faite à partir du parcours de Custer jusqu'à sa fin épique à Little Big Horn (un peu pâlichonne dans le propos, d'ailleurs).








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    Alors que le dernier numéro trimestriel de la Revue Historique des Armées pour l'année 2012, le n°269, est paru récemment (avec un dossier consacré à l'image de l'ennemi), j'ai enfin pris le temps de lire intégralement le numéro précédent dans lequel j'avais moi-même signé un article sur la guerre du Viêtnam, pour le dossier Insurrection, contre-insurrection.

    Quelques articles que j'ai retenus :

    - Aux origines lointaines du "service action". Sabotages et opérations spéciales en cas de mobilisation et de guerre, 1871-1914.Gérard Sawicki décrit les projets d'attentats à la bombe ou autres opérations spéciales avant l'heure mises au point par la France entre la défaite de 1871 face à la Prusse et le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Beaucoup de réflexions et d'ingéniosité pour, au final, peu de résultats !

    - La puissance aérienne dans la guerre du Rif. Le colonel Paul Armengaud et l'émergence de l'emploi tactique de l'aviation (1925-1928). Le capitaine Gilles Krugler relate l'emploi grandissant des forces aériennes par la France pendant la guerre du Rif, au Maroc. Prémices lointaines d'une réflexion sur la "puissance aérienne".

    - La gendarmerie face à l'insurrection de Bab el-Oued en mars 1962. Le capitaine Benoît Haberbusch revient sur l'affrontement franco-français de la fin de la guerre d'Algérie lorsque les gendarmes participent au bouclage du quartier de Bab el-Oued peuplé de nombreux partisans de l'Algérie française, voire pro-OAS. Selon l'auteur, les opérations -qui n'ont rien du simple maintien de l'ordre lorsque l'on voit le matériel et les effectifs engagés, et la dépense de munitions- constituent le dernier exemple de combats de rues de la gendarmerie française dans notre histoire contemporaine et de la lutte de gendarmes contre des Français.

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    Les éditions du CNRS ont eu la bonne idée, en septembre 2011, de lancer une collection de poche, Biblis, qui multiplie les parutions cette année (d'autres volumes seront prochainement commentés ici). Le n°31 est signé Catherine Wolff, professeur d'histoire romaine à l'université d'Avignon et des Pays du Vaucluse. Catherine Wolff est une spécialiste de l'armée romaine et en particulier de la question des prisonniers de guerre ; sa thèse portait sur les brigands dans l'Orient romain sous le Haut-Empire. On lui doit aussi un tome de la collection Illustoria sur la campagne de Julien l'Apostat en Perse (363), que je n'ai pas encore lu.

    Dans ce petit ouvrage, l'historienne se propose de répondre à cette simple question : l'armée romaine, instrument de conquête à la fin de la République et sous le Haut-Empire, était-elle véritablement une armée modèle, comme Auguste et ses successeurs ont bien voulu nous le faire croire à travers différentes oeuvres de propagande laissées à la postérité ?

    Après une rapide présentation de l'armée romaine elle-même, qui en montre toutes les évolutions et donc la complexité, Catherine Wolff précise qu'elle s'attachera surtout aux légions et aux auxiliaires, de l'époque républicaine à la fin du règne de Commode, en 192 ap. J.-C. . Pour répondre à la négative à la question initiale, l'historienne se concentre sur trois exemples signicatifs : les désertions, les passages à l'ennemi et les mutineries.

    Les désertions et les passages à l'ennemi ont bien existé dans l'armée romaine, ce que révèlent en partie les sources écrites, mais ne sont pas les mêmes selon qu'on a à faire à une guerre entre Romains et Barbares ou à une guerre civile entre Romains. Les transfuges sont un mal nécessaire des guerres romaines mais le passage à l'ennemi reste dangereux et les conséquences hasardeuses. Les raisons du passage à l'acte sont nombreuses : peur, problèmes matériels, aspiration à de meilleures conditions, problèmes de commandement, motifs politiques (en particulier pendant les guerres civiles). Les citoyens romains désertent plus facilement pendant les guerres civiles, alors que les auxiliaires le font plutôt lors de guerres "classiques".


    Ci-dessous, court extrait d'Astérix chez les Bretons (1986), adaptation de la BD parue vingt ans plus tôt. Comme le dit Catherine Wolff sans sa conclusion, Astérix a contribué à renforcer l'image mythique d'une armée romaine de légionnaires uniformes en lorica segmentata, employant la tortue et bâtisseurs de camps retranchés identiques.
     

     

    Le légionnaire prête un serment de fidélité dès son incorporation dans l'armée romaine. La désobéissance aux ordres, que l'on peut apercevoir dans les sources, est une faute grave, mais qui n'est pas systématiquement réprimée. Les mutineries se produisent souvent sur la question du butin ou de solde, ou lorsque les conditions matérielles des soldats sont trop pénibles, comme lors de la révolte de 14 ap. J.-C. en Pannonie à l'avènement de Tibère. Les légionnaires s'en prennent souvent aux centurions. Les mutineries du début de la République sont liées aux conflits entre patriciens et plébéiens. Durant les guerres civiles, il est fréquent que toute une armée se mutine et change de camp, parfois en raison de problèmes liés au commandement. La cause principale reste cependant l'intérêt, le profit et le butin. Les mutineries ont été fréquentes sous la République et le Haut-Empire. Pour la première période, un historien a distingué trois phases : jusqu'en 280 av. J.-C., les mutineries sont provoquées par les conflits politiques entre patriciens et plébéiens ; entre 280 et 90, un consensus politique fait diminuer le nombre de mutineries ; après 90 et jusqu'en 40, le renouveau des fissures au sein du groupe dirigeant et les revendications personnelles des plébéiens (motivés par l'intérêt et non par la défense du groupe) entraînent une escalade des mutineries et leur succès fréquent. A l'inverse, les désertions et les passages à l'ennemi ont été fréquents pendant la deuxième guerre punique contre Hannibal.

    Quelles sont les raisons du succès des armes romaines ? Pour Catherine Wolff, celles-ci tiennent à l'obstination du Sénat, au vaste réservoir d'hommes à disposition des Romains, au fait que Rome ne combat que rarement sur plusieurs fronts et que son armée a évolué, contrairement à beaucoup d'adversaires, par exemple. Mais les Romains l'emportent aussi car ils savent récompenser et punir leurs soldats. Les récompenses tiennent en une multitude de décorations, organisées sous l'Empire et alors distribuées en fonction du grade et du statut, contrairement à la République. Les punitions sont particulièrement sévères à l'égard des transfuges et des déserteurs. Associés aux brigands dans les textes de l'Empire tardif, ceux-ci sont punis normalement par la mort, sous des formes variées, dont le fustuarium, bastonnade collective infligée par les camarades. La décimation, surtout appliquée au Ier siècle av. J.-C., a marqué les esprits. Dans le cas des mutineries, ce sont souvent les meneurs qui sont exécutés ou des solutions alternatives sont trouvées. Il n'y a pas de règle véritable sous la République et les punitions dépendent fréquemment de la personnalité du commandant. La discipline acquise dans l'armée romaine reste cependant un pilier de l'institution : elle est donnée notamment par un entraînement intensif.

    Au final, Catherine Wolff conclut sur l'idée que malgré les manquements, cette discipline triomphe au sein de l'armée romaine. Deux hommes ont joué un rôle important : Scipion l'Africain, l'un des premiers à avoir compris l'importance de l'entraînement systématique, justement, et César, créateur d'un pouvoir absolu. Cependant les mythes perdurent et notamment celui de l'opposition convenu entre l'armée romaine quasi invincible du Haut-Empire et celle, décrépie, de l'Antiquité Tardive. L'historienne conclut sur les films, les dessins animés comme Astérix ou l'aventure des groupes de reconstitution, toutes choses qui contribuent souvent, malgré tout, à véhiculer une image fantasmée du soldat romain. Image que se livre se propose de déconstruire un peu, et l'on ne peut que s'en satisfaire, d'autant plus que c'est à un prix modique. A noter, les illustrations insérées en parallèle du texte, la chronologie en fin de volume et l'importante bibliographie.

    Et un petit clic sur les liens commerciaux pour aider le blog, merci ! Un livre que vous pouvez aussi acquérir par ce biais.




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    En raison des fêtes de fin d'année et autres occupations, l'activité du blog est suspendue pour quelques jours. L'occasion pour moi de souhaiter aux lecteurs du blog de joyeuses fêtes et une bonne et heureuse année 2013 à l'avance, ainsi qu'à tous mes camarades de l'Alliance Géostratégique et d'écriture, qui se reconnaîtront. Retour en 2013 ou un tout petit peu avant pour de nouveaux billets et sans doute aussi un petit bilan de l'année écoulée, riche à souhait. Avec pour vous quitter une illustration faite maison à partir d'une image représentant la bataille de Little Big Horn (1876), afin de coller au thème d'un derniers billets sur Custer. Au passage, merci à Vincent Bernard pour les références, il comprendra.



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    Le dernier volume de la collection Illustoria-Histoire Ancienne (merci maman !), récement paru, est consacré à la grande invasion des Gaules en 407-409. Il est signé Iaroslav Lebedynsky, qui a déjà écrit plusieurs ouvrages de la même collection, notamment celui dédié à la campagne d'Attila en Gaule de 451 que je commentais récemment.

    Comme le rappelle l'auteur dans l'introduction, l'événement est d'importance : l'invasion de la Gaule par les Alains, les Vandales et les Suèves-Quades du 31 décembre 406, qui saccagent les provinces gauloises avant de passer en Espagne fin 409, entraîne l'installation durable de groupes barbares constitués sur le territoire de l'Empire romain d'Occident. Le début de la fin pour la Gaule romaine a cependant laissé peu de traces dans les sources, encore moins prolixes que sur la campagne d'Attila, elle-même déjà mal connue. Le sujet ne passionne pas non plus les historiens. Les sources sont peu nombreuses, il est vrai : des passages de Claudien, de SaintJérôme, d'Orose, de Grégoire de Tours, le "Continuateur de Prosper" du VIIème siècle qui est le seul à donner la date précise de l'invasion, Frédégaire, qui bâtit la légende du roi vandale Chrocus, les sources hagiographiques. Un ensemble qui ne donne, au passage, que le point de vue romain. Les sources archéologiques et iconographiques sont tout aussi pauvres : quelques enfouissements de monnaies, le diptyque d'Halberstadt, et c'est à peu près tout.

    L'ébranlement des tribus barbares est probablement provoqué par le déplacement du centre de gravité des Huns de la steppe ukrainienne à la plaine hongroise, sans que la chose soit avérée. L'invasion de l'Italie en 405 par Radagaise, un Ostrogoth qui cherche à échapper à la domination des Huns en franchissant le Danube, est un signe avant-coureur. Stilicon, le généralissime d'Occident,écrase les envahisseurs notamment avec l'aide de Sarus, un Ostrogoth fédéré que l'on retrouvera plus tard dans les événements de la grande invasion. Celle-ci regroupe plusieurs peuples différents. Les Vandales, Germains orientaux convertis à l'arianisme, disposent d'une abondante cavalerie : ils ont déjà été en contact avec les Romains de longue date, en tant qu'alliés ou adversaires. Les Alains, peuple iranophone également bien connu des Romains, sont divisés en deux groupes commandés par Respendial et Goar : le premier dirigeait peut-être une partie des Alains soumis aux Huns et cherchant à leur échapper, et le second des anciens fédérés romains. Les Suèves sont en fait les Quades installés dans les Carpathes et proches des Sarmates iranophones. D'autres groupes ont profité de l'occasion pour agrandir leur territoire, comme les Burgondes, les Gépides, les Hérules, les Saxons et les Alamans. L'invasion a peut-être rassemblé 150 000 personnes, sur la base de calculs fondés sur des estimations plus ou moins crédibles données par les sources. L'armement est hétéroclite, de même que les traditions militaires : aux cavaliers vandales et quades s'ajoutent une nombreuse infanterie caractéristique de la plupart des peuplades germaniques.

    La Gaule s'impose comme une cible logique car elle est peu défendue et assez bien connue des envahisseurs. Après avoir passé le Danube, les tribus se heurtent pendant le franchissement du Rhin aux Francs, alliés fédérés des Romains. Les Alains de Goar, après avoir franchi le fleuve, rejoignent le camp romain. Les Francs s'en prennent aux particuliers aux Vandales qui ne sont sauvés que par l'intervention de l'autre groupe alain dirigé par leur roi Respendial. Ceux-ci dominent à partir de là la coalition. On ne sait pas si le Rhin était gelé, aucune source ne le mentionne mais la légende s'est imposée depuis : le fait est probable. La date, en revanche, est quasiment sûre : le 31 décembre 406, le lieu l'est moins, peut-être dans les environs de Mayence.

    Les Barbares ravagent la Gaule germanique et belgique, puis contournent par l'ouest le Massif Central et butent sur les Pyrénées, défendues par des fidèles de l'empereur romain d'Occident Honorius, avant de refluer sur le sud-ouest de la Gaule. Les ravages ont dû être considérables : de nombreuses villes sont saccagées. Il n'y pas forcément de motif religieux à ces destructions (Vandales ariens contre catholiques, par exemple) même si les sources chrétiennes du temps voient dans l'invasion un châtiment divin pour les fautes des Romains païens. L'invasion provoque cependant en 407 une usurpation en Bretagne d'où Constantin finit par emmener les troupes de garnison en Gaule, tandis qu'une réaction antigermanique en Italie dès 408 supprime Stilicon, généralissime d'Occident. L'armée de Constantin III bat les troupes de Sarus, s'installe dans le sud-est de la Gaule, puis franchit les Pyrénées. Honorius est obligé de reconnaître l'usurpateur sous la menace des Wisigoths d'Alaric qui assiègent alors Rome au printemps 409. L'usurpation de Constantin entraîne en tout cas la fin de la présence romaine en Bretagne et la "sécession" de l'Armorique en Gaule, sous la coupe des bagaudes. A l'automne 409, les Barbares profitent de la guerre civile entre Romains pour franchir les Pyrénées et se partager l'Espagne en 411-412. Ils essaient d'obtenir le statut de fédérés de la part d'Honorius, sans succès, tandis que Gérontius, général de Constantin III opérant en Espagne, se révolte contre son maître.

    Début 410, Constantin III marche sur l'Italie mais il est repoussé. Affaibli par la trahison de Gérontius, il se replie en Gaule. pendant ce temps, les Wisigoths d'Alaric s'emparent de Rome en août mais le chef barbare meurt peu après. Honorius confie ensuite une armée au général Constance venu de Mésie : au printemps 411, celui-ci défait Gérontius qui assiège Constantin III dans Arles, puis reprend le siège et obtient la tête de l'usurpateur. Pendant ce temps, les Alains de Goar et les Burgondes, devenus peut-être fédérés de Constantin III, élisent en 411 un empereur fantoche, Jovin. Celui-ci recrute parmi les Francs et les Alamans. Athaulf, le nouveau chef wisigoth, fait passer sa tribu en Gaule mais ne s'entendant pas avec Jovin, il rallie Honorius pour le compte duquel il élimine l'usurpateur en assiégeant victorieusement Valence. A la suite de quoi Burgondes et Alains de Goar sont installés en Gaule par l'empereur. Athaulf se brouille à nouveau avec Honorius en épousant sa demi-soeur Galla Placidia et ravage l'Aquitaine en 414. Passé en Espagne, Athaulf est assassiné par Sigéric, le frère de Sarus qu'il avait exécuté. Sigéric est bientôt remplacé par Wallia. Celui-ci, bloqué dans son franchissement des Pyrénées par l'armée de Constance, accepte de nettoyer l'Espagne des Barbares pour le compte d'Honorius. Les Wisigoths écrasent les Alains et les Vandales Silings, puis sont établis par Constance, nouvel homme fort d'Occident marié à Galla Placidia, en Aquitaine, dès 418. La situation se stabilise, 11 ans après l'invasion, mais la Gaule en sort profondément transformée notamment par l'irruption sur son sol de nombreuses tribus barbares. Les Vandales passent en Afrique du Nord en 429 tandis que les Quades/Suèves installés en Espagne sont anéantis à la fin du VIème siècle par les Wisigoths. Quant aux Alains partis avec les Vandales, leur souvenir perdure dans les mythes de la monarchie portugaise qui fait de l'Alain Respendial l'ancêtre des monarques lusitaniens ! Les Burgondes, écrasés par les Huns en 436-437, sont ensuite cantonnés en Sapaudia. Les Francs, acteurs secondaires du drame, vont en recueillir le bénéfice à partir de la fin du Vème siècle.

    Au final, Quades, Vandales et Alains s'installent comme des acteurs importants de l'Empire romain d'Occidentà partir de l'invasion. Les destructions sont considérables mais ces tribus cherchent avant tout à obtenir une place dans l'Empire, non à le détruire purement et simplement. L'invasion déclenche aussi un nouveau cycle de guerres civiles qui fragilise l'Empire romain d'Occident d'Honorius, qui semble d'ailleurs plus se préoccuper des usurpations que l'invasion elle-même. C'est aussi l'installation en Gaule des Wisigoths, amenés à jouer un grand rôle dans la suite des événements au Vème siècle. L'invasion de 407-409 constitue ainsi le premier jalon de la chute de l'Empire romain d'Occident, éclaté entre les différents peuples barbares qui s'y sont installés.

    Chronologie, lexique, bibliographie et l'habituel livret d'illustrations central complètent utilement le propos. Un livre court mais utile sur un sujet rarement traité, même si le prix reste un peu trop conséquent pour le contenu, défaut majeur de cette collection. N'oubliez pas de cliquer sur les liens commerciaux ci-dessous pour aider le blog, voireà acquérir l'ouvrage si vous êtes intéressé par le sujet !


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    Nous voici en 2013 ! Meilleurs voeux aux lecteurs d'Historicoblog (3) pour cette nouvelle année qui s'annonce d'ores et déjà bien remplie pour l'auteur de ces lignes. Le moment est donc venu de dresser un petit bilan de l'année 2012, elle-même bien chargée.

    - commençons par un bilan statistique. Depuis la création du blog en janvier 2010, l'augmentation du nombre de billets est nettement visible : de 196 en 2010, nous sommes passés à 448 en 2012, soit en moyenne plus d'un billet par jour. Dans l'idéal, j'aurais voulu plus, mais il faut bien composer avec d'autres activités toutes aussi importantes que la tenue de ce blog. La période la plus active (avril-août en gros) correspond à mon changement d'activité et à ma mise en disponibilité de l'Education Nationale, ce qui est assez logique.

    Au niveau de la fréquentation, je ne peux que me réjouir : elle est en hausse continue elle aussi, mais elle dépend étroitement du rythme de publication, d'où l'importance d'un nombre élevé de billets, pour rejoindre ce que je disais précédemment. Elle se situe désormais dans la tranche 500-1000 visiteurs uniques par jour, avec depuis quelques temps une poussée vers le haut, la barre des 1000 visiteurs par jour ayant été fréquemment dépassée. Je note que les billets qui attirent le plus sont au final assez variés et qu'il n'y a pas un thème unique qui focalise l'intérêt de mes lecteurs, tant mieux. Pour les pages, je note en revanche que celle dédiée à la nouvelle "histoire bataille" est souvent visitée, et c'est bien. Les origines de l'accès au blog semble se diversifier : elles sont beaucoup moins liées aux blogs alliés de l'Alliance Géostratégique et je note une augmentation des arrivées via Facebook, Twitter et, plus intéressant, de blogs "amis" cités dans les blogolistes -Guerres et Conflits,militum Historia, etc. Si les visiteurs restent majoritairement européens et francophones (France, Belgique), le nombre de visiteurs extra-européens commence lui aussi à s'accroître (Etats-Unis, Russie en particulier).

    - sur le plan du contenu, l'année aura été marquée par quelques changements. Jusqu'en septembre, je me suis surtout consacréà des articles, en particulier pour l'Alliance Géostratégique, où sont apparues successivement la chronique histoire puis la chronique cinéma. J'ai d'ailleurs été l'un des contributeurs les plus importants de l'Alliance Géostratégique en 2011 et en 2012. Parallèlement à ces articles de fond que j'essaie la plupart du temps de travailler correctement, en particulier ceux sur l'histoire militaire, je me suis attelé à poursuivre les fiches de lecture. J'ai finalement pris le parti de dresser des fiches plus détaillées qu'aux débuts du blog car les premières ne me satisfaisaient pas. Je compte pour l'instant rester dans cette perspective.

    La décrue relative des articles de fond à partir de septembre tient à une nouvelle activité et à mon changement d'activité professionnelle qui m'a vu basculer dans l'écriture "free lance", pour ainsi dire, en tant que pigiste pour des revues spécialisées. Je me félicite en particulier d'avoir entamé la collaboration avec les éditions Caraktère de Yannis Kadari dès le mois de juin par la publication d'un premier article dans Batailles et Blindés, puis, un peu plus tard, une autre collaboration avec la revue 2ème Guerre Mondiale de Nicolas Pontic. Cette activité d'écriture qui constitue pour le moment ma seule activité professionnelle m'a contraint à privilégier ces articles rémunérés et à délaisser quelque peu ceux mis précédemment en ligne pour l'Alliance Géostratégique ou ce blog, ce qui peut se voir dès les derniers mois de 2012. Je crains fort que ma participation à l'Alliance Géostratégique soit ainsi beaucoup plus réduite en 2013 qu'elle ne l'avait été les deux années précédentes. Néanmoins, je fournirai probablement un article pour le cahier n°3 du site actuellement en projet.

    Sur le plan de l'écriture, l'année passée m'aura vu aussi passer à une nouvelle étape avec la rédaction d'un numéro entier d'une autre revue, Histoire et Stratégie, du groupe Areion, un travail beaucoup plus conséquent que les simples articles habituels. Encore merci à Benoist Bihan qui m'a permis de réaliser ce travail : espérons que la collaboration sera renouvelée. Enfin, l'année 2012 auraégalement vu l'écriture de mon premier livre, dont je vous reparlerai probablement bientôt, et qui marque également une autre étape dans l'écriture. Enfin, pour être parfaitement honnête, je n'ai pas rencontré le succès partout : j'avais proposé au magazine Guerres et Histoire, qui m'envoie depuis le départ ses numéros par son service de presse, un témoignage soviétique inédit sur la guerre de l'Ogaden, conflit qui m'est cher, qui n'a pas été retenu. J'essaierai cependant d'en faire état dans le cadre d'une autre publication.

    - sur le plan des perspectives pour 2013, j'aimerai souligner plusieurs points. Je me félicite aussi de recevoir via des services de presse et après contact par des auteurs de nombreux ouvrages qu'on me propose de commenter sur ce blog (j'en ferai état sur ce blog à chaque fois, bien sûr, et c'est déjà arrivé). Cela témoigne de la visibilité acquise dans ce domaine. En outre, les commentaires se sont multipliés et bien qu'ils donnent parfois lieu à de vifs échanges -encore que l'on soit rester dans les limites du raisonnable-, ils montrent aussi qu'un public régulier suit l'activité d'Historicoblog (3). Et c'est flatteur. De nombreux forums de joueurs ou de passionnés de certaines périodes ou complètement autres renvoient d'ailleurs ici dans les sources d'entrée, même si je ne l'ai pas mentionné tout à l'heure. Le blog a été mentionné par plusieurs revues (Guerres et Histoire, DSI).

    Je me félicite aussi d'avoir récemment ouvert le blog à des contributions extérieures, pour des fiches de lecture pour le moment. Cela permet de diversifier les approches, de multiplier les billets et de couvrir un spectre plus large. Merci aux trois contributeurs actuels qui tiennent par ailleurs eux-mêmes des blogs tout à fait intéressants.

    L'introduction de liens commerciaux depuis peu répond uniquement à un désir de revenus complémentaires pour financer mes activités d'écriture ou celle d'entretien du blog, rien d'autres. Ces liens sont de toute façon liés aux livres ou films, entre autres, commentés ici. Il ne s'agit pas de faire du profit mais bien d'obtenir des revenus pou continuer mon activité "d'auteur freelance"... en attendant mieux j'espère. 

    Je compte aussi, probablement, créer une page Facebook pour ce blog, bien que l'intérêt ne m'apparaisse de prime abord pas particulièrement évident. Cela aura probablement lieu ce mois-ci. J'avais rapidement essayé le logiciel il y a quelques années pendant quelques semaines avant de m'en retirer car je n'en voyais pas forcément l'utilité. En outre, ma profession d'enseignant ne m'en laissait guère le loisir et j'ai surtout vu dans ce cadre les effets négatifs entraînés par ce logiciel que l'on retrouve dans l'Education Nationale. Maintenant, au vu de ma nouvelle situation, la donne a évidemment changé.

    Certaines pages restent à compléter ou à refondre (la mienne, la webothèque encore très incomplète) mais je songe peut-être à en ajouter d'autres, notamment une liste avec les fiches de lecture des ouvrages incontournables à lire pour qui s'intéresse à l'histoire militaire, et pourquoi pas une autre sur les films ou autres productions intéressant la matière. Ce ne sont que quelques idées parmi d'autres. La chaîne Youtube créée pour les chroniques de l'Alliance Géostratégique puis élargie aux interventions pour les publications d'articles est de plus en plus fréquentée, comme le montre la dernière vidéo consacré à la sortie du numéro d'Histoire et Stratégie, mais cela reste tout de même plutôt faible. En revanche, les fiches de lecture postées sur Amazon sont davantage appréciées avec plus de 400 votes positifs depuis que j'ai commencé la mise en ligne des fiches sérieuses, ce qui là encore me fait très plaisir.

    De manière générale, l'année 2013 sera probablement placée pour moi sous le signe de l'écriture, avec de nombreux articles ou numéros complets dans la presse spécialisée et peut-être d'autres ouvrages que j'ai en projet. Je remercie tous les lecteurs du blog, ceux qui passent et/oui qui laissent des commentaires, ceux qui mettent des votes positifs sur Amazon ou sur la chaîne Youtube, les auteurs qui m'envoient leurs ouvrages et entrent en contact avec moi via les fiches Amazon (c'est arrivé cette année à plusieurs reprises), et tous ceux qui apprécient le travail fait ici ou dans mes publications. A tous ceux-là, je souhaite à nouveau une bonne et heureuse année 2013 ! 



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    Benjamin Stora, professeur des universités, enseigne notamment à Paris XIII et à l'INALCO. Spécialiste de la guerre d'Algérie, il a signé de nombreux ouvrages sur ce conflit. En 2012, il écrit ce volume de la collection "Expliqué à...", au Seuil, qui a un but évident de vulgarisation en abordant des thèmes précis sous l'angle d'un dialogue entre un spécialiste du sujet et un enfant. L'idéal pour s'initier à la guerre d'Algérie, en somme, si l'on part de rien ou presque.

    L'historien commence à répondre à quelques questions sur son propre parcours, puis on en vient au coeur du sujet. Il explique pourquoi l'on fixe traditionnellement le déclenchement de la guerre d'Algérie au 1er novembre 1954, puis les causes profondes qui sous-tendent le conflit -notamment l'inégalité fondamentale entre musulmans et Européens d'Algérie, inscrite dans les faits, non dans le droit. Benjamin Stora présente ensuite le chefs du FLN qui dirigent l'insurrection -et qui restent relativement méconnus, il est vrai- et la réponse de la France. A noter le passage intéressant, p.28-29, qui rappelle le rôle des colonies et en particulier de l'Algérie française pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Autre point instructif, la place des Juifs d'Algérie qui, en 1954, restent assez attachés à la présence française. L'historien insiste sur le tournant d'août 1955 et le soulèvement de Constantine, qui fait véritablement entrer l'Algérie dans la guerre -bien que le terme ne soit pas employé par les autorités françaises. Sur le rôle de la IVème République, en revanche, Benjamin Stora continue à voir l'instabilité alors que Sylvie Thénault,dans l'ouvrage que je commentais récemment sur la guerre d'Algérie, voyait quant à elle une certaine continuité dans l'action des dirigeants de la IVème République, ce qui me semble plus crédible. En revanche, il souligne combien Guy Mollet, dirigeant socialiste perdu par la défense de l'Algérie, engage la France dans les mesures d'exception : création de camps de regroupement et d'internement, nouvelle loi pour condamner à mort les membres du FLN pris les armes à la main...

    L'historien rappelle aussi l'engagement du contingent, qui tranche avec l'Indochine, et qui marque toute une génération. De nombreux hommes politiques de la Vème République, comme Jacques Chirac ou Michel Rocard, ont servi en Algérie, ainsi que des membres du milieu culturel ou sportif. L'opposition au départ du contingent, présente dès 1955-1956, n'est vraiment conséquente qu'en 1959-1960. L'embuscade de Palestro, en 1956, très médiatisée, renforce pourtant les craintes des appelés en alimentant les fantasmes. L'ALN, branche armée du FLN, mène une guérilla dans des conditions très difficiles. Le FLN est soutenu par l'Egypte de Nasser puis porte sa cause à l'ONU. L'arrestation de 4 de ses dirigeants par les Français en 1956 ne décapite pas le mouvement. Idéologiquement, celui-ci s'inspire à la fois d'un islam traditionnel et du socialisme pour une cause nationaliste. Mais le mouvement se radicalise en cherchant à être le seul interlocuteur des Algériens : si tous les autres groupes politiques finissent par se rallier, l'exception du MNA dirigé par Messali Hadj entraîne une lutte sanglante à l'intérieur du camp algérien, et ce jusque parmi les expatriés de métropole.

    La bataille d'Alger de 1957 constitue un moment important : les paras français nettoient la ville mais en recourant à des méthodes féroces, torture généralisée, utilisations de membres du FLN repentis pour des opérations d'intoxication, etc. Le terrorisme du FLN frappe aussi sans discrimination mais les Européens ultras y ont également recours. Les militaires, les hommes politiques ont cautionné l'emploi de la torture, dont l'usage est connu en métropole dès 1955, mais se dévoile à l'opinion publique avec la bataille d'Alger. L'armée française bloque ensuite les frontières pour empêcher le ravitaillement extérieur de parvenir au FLN, en installant en particulier la ligne fortifiée dite ligne "Morice" le long de la frontière tunisienne. Parallèlement, le nombre de supplétifs algériens de l'armée française va croissant : 50 000 harkis dès 1957. Sur le plan politique et diplomatique en revanche, le FLN marque des points avec le bombardement par l'armée française du village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, en 1958, qui choque l'opinion internationale.

    Cet événement couplé aux difficultés de l'économie française et à la crainte de l'armée et des Européens d'Algérie de perdre leur territoire conduit à la chute de la IVème République en 1958 et à son remplacement par la Vème République. De Gaulle arrive au pouvoir et visite rapidement l'Algérie. Cependant, il s'attèle d'abord à restaurer l'autorité de l'Etat. Pour négocier en position de force, il donne carte blanche à l'armée afin d'éliminer l'ALN. Le plan Challe, en 1959, s'achève par un succès apparemment décisif. L'annonce de l'autodétermination par De Gaulle la même année marque un tournant : le général entame la sortie de la guerre en envisageant la perte de l'Algérie. D'où la journée des barricades à Alger le 24 janvier 1960, qui souligne les profondes divisions au sein du gouvernement et de l'armée française. Tout comme l'est le monde intellectuel, entre "porteurs de valise", universitaires engagés contre la guerre comme Pierre Vidal-Naquet, et les ultras d'extrême-droite défenseurs de l'Algérie française.

    Le référendum sur l'autodétermination de janvier 1961 confirme le soutien au FLN d'une majorité de la population. Le putsch des généraux d'avril 1961 échoue, mais donne naisssance à l'OAS qui va déchaîner la violence sur l'Algérie et en métropole, contre De Gaulle et ses partisans en particulier. Les négociations piétinent alors que le combat semble se déplace de plus en plus en métropole, où deux manifestations d'Algériens sont brutalement réprimées le 17 octobre 1961 puis en février 1962 au métro de Charonne, la première tombant pour longtemps dans les "oubliettes" de l'histoire. Les dernières semaines de la guerre d'Algérie sont marquées par une sanglante spirale de violence réalisée par le FLN, l'OAS et les "barbouzes" envoyés par De Gaulle pour combattre les ultras de l'Algérie française.

    La question épineuse du Sahara finit par être surmontée : les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962 et sont appliqués dès le lendemain. Ce n'est pourtant pas la fin des violences. Après que l'armée ait tiré sur une foule d'Européens soutenant l'OAS dans le quartier de Bab-el-Oued à Alger, le 26 mars, dans la rue d'Isly, les Pieds-Noirs commencent à prendre massivement le chemin de l'exil. Un véritable exode qui ne concerne pas les harkis, devenus témoins gênants pour les deux camps. L'indépendance algérienne n'est acquise qu'en juillet 1962 et un peu plus tard, Boumediene et Ben Bella s'imposent. Les accords n'ont pas empêché le massacre des Européens à Oran ce même mois puis, quelques semaines plus tard, l'attentat de l'OAS contre De Gaulle au Petit Clamart. Sur les chiffres des pertes, Benjamin Stora passe assez vite, en particulier sur les harkis. Il a cependant raison d'insister sur la fracture que la guerre a provoqué entre les Algériens mais aussi entre les Français, ce qui explique que sa mémoire soit encore refoulée et douloureuse.

    Côté français, la guerre tombe dans l'oubli avec les lois d'amnistie et la reconstruction. Côté algérien, l'arrivée au pouvoir des militaires et d'un régime socialisant impose une vision mythique de la guerre d'indépendance, où tous les Algériens auraient combattu le colonisateur. On retrouve des logiques similaires à celles de l'histoire de l'Occupation et de la Résistance en France. Un film comme La bataille d'Alger a longtemps été interdit de diffusion en France, en raison des pressions des rapatriés et des nostalgiques de l'Algérie française. Dans les années 1990 se produit enfin le "retour de mémoire". Une loi reconnaît la "guerre" en Algérie en juin 1999. Le débat sur la torture apparaît dans les médias. En Algérie, une ouverture commence à se faire jour : la figure de Messali Hadj, chef du MNA et opposant du FLN, est réhabilitée. La question revient aussi sur le tapis avec l'affaire de l'article soulignant le rôle positif de la colonisation en 2005. Les mémoires de la guerre sont éclatées entre différents groupes concurrents. L'histoire fait, malgré tout, son chemin, en dépit des mémoires conflictuelles. Dommage cependant que Benjamin Stora n'insiste pas plus sur l'historiographie de la guerre d'Algérie, sujet d'une actualité brûlante.

    On peut peut-être regretter que la section "Pour en savoir plus" soit limitée à si peu de livres et de films. Néanmoins l'ouvrage constitue une bonne introduction au sujet, à conseiller pour ceux qui veulent s'y initier. A compléter par des lectures plus fournies et plus savantes pour approfondir. Un petit clic sur les liens commerciaux ci-dessous pour aider le blog, merci !



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    Chine, dynastie des Ming, dans la citadelle semi-abandonnée de Ching Lu, à la frontière mongole. Ku Shen-chai (Chun Shih), un érudit et un peintre qui rechigne à passer les concours impériaux, vit avec sa mère, qui se lamente sans cesse de sa situation, en face d'une demeure d'un général en ruines, dans la citadelle. Un jour, un étranger arrive en ville et sous prétexte de se faire tirer le portrait par Ku, cherche à obtenir des renseignements sur les personnes nouvellement arrivées dans la région. Intrigué, Ku remarque bientôt des bruits étranges et une activité suspecte dans l'ancienne demeure du général abandonnée, que l'on dit hantée. En réalité, la demeure est occupée par Yang Hui-Chen (Hsu Feng), une exilée politique dont le père a été exécuté par l'eunuque de la cour Weï. Accompagnée de deux généraux rebelles, elle s'est réfugiée à Ching Lu, mais la police politique, par l'intermédiaire de l'étranger qui n'est autre qu'un espion, retrouve bientôt sa trace...

    Voici un fleuron méconnu du film d'art martiaux chinois (taïwanais pour être plus précis). Emblématique du wu xia pian (film de sabre), A touch of zen a beaucoup fait en son temps pour la reconnaissance internationale du genre. King Hu, ancien membre de l'opéra de Pékin, féru d'art, de littérature et d'opéra chinois, insuffle une dimension esthétique et poétique aux scènes de combat. Il met également les héroïnes féminines avec ici l'actrice Hsu Feng dans le rôle principal. Le film inspire fortement des réalisations plus récentes comme Tigre et Dragon et Le secret des poignards volants, dont la parenté avec certaines scènes de A touch of zen est flagrante.


    Ci-dessous, la fameuse scène des bambous à la fin de la première partie, qui inspire des moments de productions ultérieures, Tigre et Dragon ou Le secret des poignards volants.



     


    Au départ, le film se découpe en deux parties car le tournage prend deux années, entre 1969 et 1971 ; c'est à cette dernière date seulement que l'ensemble est regroupé en un total de plus de 3 heures, ce qui est assez inhabituel pour un film de wu xia pan. A touch of zen fait largement appel à la symbolique bouddhiste, par l'emploi de la lumière, des plans de nature et d'un motif en toile d'araignée qui représente souvent le mal ou les mauvaises pensées. Le combat final a d'ailleurs été interprété comme étant la parabole de l'affrontement entre le bien et le mal dans le bouddhisme. Si la première partie prend le temps d'installer l'histoire et ne démarre vraiment qu'après la révélation du coeur de l'intrigue, la deuxième partie est beaucoup plus rythmée et enchaîne les séquences de combat autour de la figure récurrente du moine bouddhiste. Les affrontements se succèdent comme des ballets jusqu'à culminer dans le piège conçu par Ku dans la demeure du général contre les sbires de la police politique et leur chef. Le personnage de Ku, d'ailleurs, évolue et la fin du film perd un peu en intensité en raison de la mise à l'écart de ce dernier.

    Un classique du genre à voir, donc, et qui fut même reconnu en son temps -une première pour un film chinois- par le festival de Cannes. 

     

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    Matei Cazacu, historien d'origine roumaine, directeur de recherches au CNRS, s'est fait une spécialité d'aborder les personnages troubles ou sordides du Moyen Age ainsi que les légendes ou mythes qui leur sont attachés. Son Dracula, paru en 2004 chez Tallandier puis réédité dans la collection Texto, que j'avais commenté ici même, était particulièrement instructif. L'année suivante, Matei Cazacu publie un ouvrage sur Gilles de Rais, le compagnon de Jeanne d'Arc accusé d'avoir enlevé, abusé et tué de jeunes garçons, condamné au bûcher et qui est à l'origine du conte de Barbe Bleue. La collection Texto vient de le rééditer en poche.

    Dans l'introduction, Matei Cazacu rappelle combien l'historiographie du personnage est tourmentée. En 1988 et 1992, deux "procès" ont même conclu à l'innocence de Gilles de Rais, avant que n'intervienne la Société des historiens médiévistes. En 1994, un universitaire publie un ouvrage sur le personnage : Gilles de Rais n'aurait été qu'un chef de bande devenu maréchal que grâce à ses appuis à la cour de Charles VII, sans être le grand seigneur et le compagnon de Jeanne d'Arc que l'on retient habituellement. L'historien ne cite pas le nom de son collègue mais au vu de la bibliographie et la date de parution, il ne peut s'agir que du livre de Jacques Heers, qui donne souvent un récit assez daté et conservateur des événements du Moyen Age -bien que je n'ai pas lu sa biographie de Gilles de Rais. Matei Cazacu se propose, quant à lui, de donner un tout autre portait, selon lui le plus abouti : d'ailleurs il croit que la date de naissance de Gilles est 1405 et non 1404 comme on l'affirme traditionnellement. Pour l'historien, Gilles est aussi le premier tueur en série de l'histoire de France (sic), un "assassin psychopathe organisé" selon la terminologie psychiatrique moderne. Le meurtrier d'enfants est devenu assassin de femmes dans le conte de Charles Perrault, Barbe-Bleue, que l'historien se propose aussi d'examiner.

    Gilles de Rais est issu d'une lignée comptant des familles parmi les plus prestigieuses de l'ouest du royaume de France, entre duché de Bretagne et pays de la Loire. Son grand-oncle, Pierre de Craon, est celui-là même qui commet l'attentat contre Olivier de Clisson, maréchal de Charles VI. Le roi, parti châtier Pierre de Craon réfugié chez le duc de Bretagne, connaît sa première crise de démence dans la forêt du Mans, en 1392. Né en 1405, Gilles reçoit l'éducation d'une grande famille aristocratique mais a une adolescence agitée, ses parents mourant rapidement et sa famille étant décimée dans le désastre français d'Azincourt, en 1415. Il fait cependant ses premières armes au service du duc de Bretagne, contre un complot des Penthièvre.

    Par la suite, Gilles de Rais défend ses terres de Loire et d'Anjou contre les incursions anglaises. Henri V, le vainqueur d'Azincourt, est mort en 1422, laissant un fils mineur, Henri VI,à la garde de son frère, le régent Bedford. Charles VII, déshérité par son père dans le traité de Troyes, contrôle une bonne partie des terres au sud de la Loire. Gilles participe sans doute aux batailles de La Gravelle en 1423, et de Verneuil, en 1424, du côté français. S'émancipant de la tutelle de son oncle, Gilles de Rais apparaît pour la première fois comme capitaine de Charles VII à partir de 1427. Il rejoint le groupe des capitaines de guerre comme Ambroise de Loré, La Hire ou Jacques de Beaumanoir.

    Gilles de Rais s'installe à la cour de Chinon en 1428-1429. Il devient proche de Georges de la Trémoille, le nouveau favori du roi qui prend l'ascendant à la cour dans ces années-là. Les Anglais viennent mettre le siège devant Orléans. Arrive alors Jeanne d'Arc, que Gilles de Rais accompagne dans les combats menant à la victoire devant la cité. Gilles est aussi présent à Jargeau et à Patay, puis lors de la marche sur Reims qui conduit au sacre, où il joue un rôle important : fait maréchal, il est en effet parmi ceux qui tiennent la Sainte Ampoule. Gilles de Rais accompagne également la Pucelle lors de la tentative contre Paris, qui échoue. Lorsque Jeanne d'Arc est capturée, Gilles essaie probablement, en compagnie de La Hire, de monter un coup de main pour la délivrer à Rouen, sans succès.

    Gilles de Rais, comme beaucoup d'autres, est profondément troublé par la mort et la condamnation de Jeanne d'Arc par l'Eglise. Ce qui explique peut-être qu'il a cru à sa réapparition à travers la fameuse Dame des Armoises. Gilles participe à la bataille de Lagny contre les Anglais (1432) puis devient chef de famille la même année après la mort de son grand-père. Cependant, Gilles de Rais s'est saigné à blanc dans la participation à l'effort de guerre de Charles VII sans recevoir beaucoup de compensations financières du roi. En outre, il a un train de vie disproportionné par rapport à ses moyens, comme l'exige le mode de vie aristocratique du temps. La guerre semble peu à peu l'ennuyer, surtout après le traité d'Arras qui établit un compromis avec l'adversaire bourguignon, en 1435.

    Gilles finit par être complètement ruiné : entretien des troupes, d'une chapelle avec des choristes dûment sélectionnés, une maison pléthorique, une passion pour le théâtre qui le conduit à financer, notamment, Le Mystère d'Orléans, racontant ses exploits avec la Pucelle et qui constitue l'une de nos sources principales sur le siège, enfin, des recherches pharaoniques et quelque peu illusoires en alchimie, pour découvrir le secret de la pierre philosophale. En 1440, Gilles de Rais crée l'esclandre de trop en s'en prenant à un prêtre rival de ses intérêts puis aux officiers du duc de Bretagne, qui envoie immédiatement son armée sous les murs du son château de Tiffauges.

    Le procès de Gilles s'ouvre sous une triple accusation : rebelle, sodomite (violeur d'enfants) et invocateur du Diable, des reproches classiques en cas de lutte politique. L'enquête, rondement menée, s'inscrit aussi dans un siècle qui voit la montée en puissance de la crainte des sorciers et sorcières, amenée à une triste postérité. Excommunié, Gilles ne reconnaît les faits sur les enfants que sous la menace de la torture. Il est pendu et brûlé le 26 octobre 1440, mais des dames de son lignage recueillent le corps avant qu'il ne soit complètement détruit par le feu. L'histoire de la famille continue cependant au XVIème siècle.

    Le procès n'est redécouvert que dans la seconde moitié du XIXème siècle. A l'époque de l'affaire Dreyfus, d'aucune s'interrogent sur la culpabilité du maréchal de Rais. Pour l'historien, la culpabilité de Gilles de Rais ne fait pas de doute. Il dresse un portrait robot de ce qui fut, selon lui, l'un des premiers tueurs en série, à partir notamment des travaux de Stéphane Bourgoin. L'application de méthodes contemporaines à une situation médiévale peut surprendre : mais à bien y regarder, elle n'est pas si excentrique que ça, même si l'on est en droit de s'interroger. Gilles de Rais a aussi rejeté la faute sur l'invocation du Diable et de ses démons. La postérité de Gilles, c'est finalement l'inspiration que son parcours donne au conte de Barbe-Bleue de Perrault, en tout cas pour la version française de l'histoire, très répandue ailleurs en Europe. Perrault cherchait à se faire bien voir à la cours de Louis XIV, ce qui explique qu'il n'est pas évoqué le crime de pédophilie et de sodomie -et l'on sait que le frère du roi était homosexuel...

    Grand seigneur, homme de guerre, compagnon de Jeanne d'Arc, mécène, violeurs d'enfants, Gilles de Rais n'a survécu dans la mémoire populaire que comme l'assassin de femmes -les meurtres et attouchements d'enfants étant un vrai tabou. Les châteaux ont fixé la mémoire du personnage, Tiffauges et Chantocé notamment. Modifiée, l'histoire du maréchal a survécu dans les contes et a occulté la véritable nature de ses crimes.

    On trouvera en annexes des textes concernant la vie de Gilles de Rais et de sa famille, une chronologie et la bibliographie. N'oubliez pas de cliquer sur les liens ci-dessous pour soutenir le blog, voire à acheter les ouvrages si vous êtes intéressés !


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    1865. Clint (Audie Murphy) et Willie Martin(Ben Cooper) font partie de la bande de Quantrell (Fred Graham), un guérillero confédéré qui a refusé la défaite du Sud et continue la maraude pour la cause et son propre compte. Après l'attaque d'une ville, les rebelles sont cernés par un détachement de cavalerie nordiste commandé par le capitaine Andrews (Buster Crabbe). Trahi par Montana (George Keymas), Quantrell est blessé et décède peu après dans un hôpital militaire. Clint et Willie, capturés, sont condamnés à 20 ans de travaux forcés sur intervention du capitaine, qui plaide en leur faveur car ils n'ont rejoint la bande de Quantrell qu'après la fin des hostilités. Mais bientôt Montana, réfugié au Texas, s'associe avec d'anciens membres de la bande de Quantrell, dont Brady (Michael Dante), pour mettre en coupe réglée l'Arizona et les convois d'or fédéraux qui traversent ce territoire. Andrews, qui forme une unité de Rangers de l'Arizona, a alors une idée : libérer Clint et Willie pour les engager dans les Rangers afin de traquer leurs anciens compagnons...

    Audie Murphy est sans doute le plus célèbre soldat américain de la Seconde Guerre mondiale, et le plus décoré. Il sert en Europe dans la 3rd Infantry Division et obtient la Medal of Honor. Après la guerre, il entame une carrière d'acteur et tourne plus d'une quarantaine de films pour Hollywood, dont sa propre autobiographie, To Hell and Back (L'enfer des hommes, 1955). Il meurt dans un accident d'avion en 1971.

    Murphy a surtout tourné des westerns. Représailles en Arizona est l'un de ses derniers films. A un siècle de distance, il aborde un sujet peu connu lié à la guerre de Sécession : celui des membres de la bande de Quantrill. Quantrill, ancien instituteur, est un jeune homme quelque peu désoeuvré qui opère entre le Missouri et le Kansas, en proie à de sanglants affrontements entre esclavagistes et anti-esclavagistes juste avant la guerre de Sécession. Un temps partisan des seconds, Quantrill, devenu bandit puis se faisant une spécialité de traquer les esclaves évadés, rejoint progressivement la cause des esclavagistes.



    En 1861, lors d'un voyage au Texas avec un propriétaire d'esclaves, il rencontre Joel B. Mayes, un métis Cherokee qui va diriger un régiment indien dans l'armée confédérée et qui l'initie aux tactiques de la guérilla des natifs. Quantrill rejoint avec Mayes l'armée du général Price et participe à la bataille de Wilson's Creek en août 1861. Puis, il déserte et forme sa propre bande de guérilleros pour servir la cause confédérée dans le Missouri. En 1862, il est rejoint par les frères Younger, Bloody Bill Anderson et les frères James. Après la bataille de Pea Ridge, en mars 1862, les troupes régulières confédérées évacuent le Missouri, laissant le champ libre à la guérilla. Quantrill et ses hommes sont officiellement intégrés dans l'armée confédérée le 15 août par le biais du Partisan Ranger Act (adopté en avril), mais Quantrill opère souvent de sa propre initiative, sans tenir compte des ordres du gouvernement confédéré. Quantrill et ses hommes -baptisés après la guerre "les raiders de Quantrill"- ne sont pas les seuls guérilleros du Missouri mais deviennent rapidement les plus fameux. Ils attaquent les convois de l'Union, s'emparent du courrier, et attaquent ponctuellement les villes de la frontière Kansas-Missouri. Cette guérilla a un tour bien particulier de guerre civile, remontant à la période du Bleeding Kansas (1854-1861) : d'ailleurs Quantrill vise essentiellement les civils pro-unionistes qu'il cherche à chasser de ses zones d'opération. Les attaques des raiders, brusquées, intègrent des plans de fuite coordonnées en plusieurs routes définies à l'avance, avec des relais de chevaux, et l'emploi de revolvers à canons longs qui deviendront après la guerre les armes favorites des hors-la-loi tel le gang Young-James qui ont justement servi parmi les raiders de Quantrill. Frank James fait très tôt partie de la guérilla pro-confédérée, suit Quantrill, puis d'autres chefs dont Bloody Bill Anderson dès la fin 1863-1864. Jessie James n'intègre la guérilla qu'en 1864. Frank James suivra Quantrill jusqu'au bout dans le Kentucky tandis que Jesse finira par se joindre à Archie Clement qui sera l'un des derniers à continuer la guérilla après la fin des hostilités.



    L'action la plus controversée de Quantrill est le massacre de Lawrence, le 21 août 1863. La ville est la base des abolitionnistes dans le Kansas et un point de chute pour les Jayhawkers, partisans nordistes qui mènent des raids dans le Missouri. Quelques jours avant le raid, une prison nordiste à Kansas City, mal entretenue et trop peuplée, s'est effondrée et a tué certains proches des partisans confédérés, dont une soeur de Bloody Bill Anderson. Cet incident sert probablement de prétexte car Quantrill avait déjà décidé d'attaquer Lawrence en représailles d'autres entreprises des Jayhawkers. Le 21 août, à la tête de 450 bushwhackers (partisans confédérés), Quantrill mène une chevauchée de la mort sur Lawrence. 183 hommes,âgés de 14 à 90 ans, sont abattus. Le sénateur nordiste Lane, l'un des fervents abolitionnistes de la ville et l'une des cibles de l'attaque, parvient à se sauver en pyjama à travers un champ de blé ! Les partisans incendient la ville et se retirent à 9h00.



    L'attaque sur Lawrence est sans doute le "coup de trop" de la part de Quantrill. Le 25 août, le général nordiste Ewing instaure l'ordre n°11 et selon une technique bien connue, fait le vide à la frontière du Kansas, dans le Missouri, déplaçant de force la population, brûlant les habitations et les récoltes pour chasser la guérilla. Quantrill et 400 de ses hommes se réfugient derrière les lignes confédérées au Texas, mais leur présence n'est pas sans entraîner des incidents. Quantrill perd progressivement le contrôle de ses hommes. Un groupe dirigé par Bloody Bill Anderson, connu pour attacher à ses chevaux les scalps des Nordistes abattus, retourne au Missouri avant que son chef ne soit tué en octobre 1864. Au printemps 1865, à la tête de quelques douzaines d'hommes seulement, Quantrill commence à mener des raids sur l'ouest du Kentucky. Le 10 mai 1865, lors d'un accrochage près de Taylorsville, Quantrill est blessé et capturé. Transféré dans un hôpital militaire, il y décède de ses blessures le 6 juin suivant.

    La postérité de Quantrill est controversée. Des rumeurs sur sa réapparition courent après la guerre pendant un certain temps. La plupart des historiens, comme James McPherson, spécialiste de la guerre de Sécession, considère Quantrill comme un hors-la-loi opportuniste, qui a profité de la guerre pour mettre à feu et à sang le Missouri et le Kansas. Les frères Younger et James, après la guerre, se servent des méthodes de guérilla de Quantrill pour leurs activités criminelles, attaques de banques ou de trains. Un groupe d'hommes de Quantrill dirigé par Archie Clement continue à harceler les autorités de l'Union dans le Missouri jusqu'à la mort de son chef en décembre 1866. La guerre de partisans de Quantrill face à ses homologues nordistes demeure, en tout cas, un aspect encore relativement méconnu de la guerre de Sécession pour le public français.

    Le film n'est pas extraordinaire, mais se laisse regarder.Il a été tourné sur le site d'Old Tucson, un studio de cinéma situé dans le désert de Sonora, près de la ville de Tucson dans l'Arizona. Ouvert en 1939, c'est là qu'a été tourné Rio Bravo puis d'autres westerns, jusqu'à Mort ou vif en 1995 avant qu'un incendie ne ravage une partie des lieux la même année. Plus que pour Audie Murphy, un peu en fin de course, le film vaut surtout pour ses seconds rôles, amenés pour certains à réapparaître dans des productions ultérieures.

      

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    Samuel Zaffiri, vétéran du Viêtnam, reconverti dans l'écriture sur le conflit, est surtout connu pour avoir signé l'un des seuls ouvrages de référence, en anglais, sur la fameuse bataille de Hamburger Hill, en 1988. Six ans plus tard, cet ancien membre de la 1st Infantry Division "Big Red One" livre la seule biographie de référence, là encore, sur le général William C. Westmoreland, le commandant en chef du MACV (Military Assistance Command, Vietnam), de 1964 à 1968. La récente biographie de l'historien révisionniste Lewis Sorley, parue en 2011, n'a en effet pas convaincu les spécialistes, qui y ont une une analyse tronquée par le désir de l'auteur de conforter sa théorie précédente, à savoir qu'Abrams, le successeur de Westmoreland, avait mené la guerre de bien meilleure façon, ce qui est plus que contestable.

    A défaut d'introduction, Zaffiri commence par mettre en scène Westmoreland dans son discours devant la Chambre des Représentants le 21 avril 1967, à la suite de Pershing, Eisenhower ou MacArthur. Ce jour-là, Westmoreland est applaudi par les parlementaires. Neuf mois plus tard, la plupart de ces mêmes hommes, après l'offensive du Têt, vouera le chef du MACV aux gémonies et exigeront son remplacement.

    Westmoreland est issu d'une famille d'émigrants britanniques probablement liée aux partisans de Charles Ier pendant la guerre civile anglaise et forcés à l'exil. Installés en Caroline du Sud, ils prospèrent et plusieurs membres de la famille combattent du côté confédéré pendant la guerre de Sécession. A l'image de la famille d'un Patton, ils entretiennent le souvenir de la "cause perdue" du Sud. Né en 1914, Westmoreland grandit dans un milieu plutôt aisé et ne manque de rien. Il a même l'occasion d'effectuer le traditionnel voyage en Europe. En 1931, suivant les traces de son père, il finit par entrer au collège militaire de Caroline du Sud, baptisé The Citadel.




    Il s'y fait remarquer pour ses qualités et choisit d'intégrer, en 1936, la prestigieuse école de West Point. Difficile de faire mieux que la promotion 1936, qui compte entre autres 3 futurs chef d'état-major de l'armée américaine, un futur chef de l'USAF, un futur commandant du SAC, 8 futurs commandants d'armée en Corée ou de l'OTAN, deux futurs commandants des troupes américaines au Viêtnam et le premier général noir de l'armée américaine. Westmoreland devient l'élève modèle de l'école. A la sortie de West Point, il choisit l'artillerie bien qu'il aurait préféré servir dans l'aviation. En garnison dans l'Oklahoma puis à Hawaï, il subit la routine, l'ennui et les tracasseries de la petite américaine du temps de paix. L'attaque de Pearl Harbor change cela. Westmoreland va prendre part avec intérêt au conflit qui s'annonce et rencontre rapidement le général Gavin, de la 82nd Airborne Division, manquant déjà d'intégrer les troupes aéroportées.

    Westmoreland participe aux opérations en Afrique du Nord en tant que commandant de l'artillerie de la 9th Infantry Division. Il s'y distingue déjà par l'utilisation de l'artillerie lors des premiers engagements de l'armée américaine contre les Allemands. Lors du débarquement de Sicile, il renoue avec Gavin et rencontre Maxwell Taylor, qui aura une grande influence pour sa carrière ultérieure : on parlera plus tard de "mafia aéroportée" au sein de l'armée américaine. Promu colonel avant le débarquement en Normandie, Westmoreland, toujours dans la 9th Infantry Division, connaît son heure de gloire lors de la contre-offensive des Ardennes et surtout en tenant la tête de pont de Remagen conquise le 7 mars 1945 au-delà du Rhin. Remarqué par Patton, Westmoreland est pourtant beaucoup moins accommodant que son supérieur dans les relations avec les Allemands à l'intérieur de sa zone d'occupation.

    Dès 1946, Westmoreland rejoint enfin les troupes aéroportées et prend le commandement du 504th Infantry Regiment (Airborne). Il est sur la "rocket liste" d'Einsenhower, à savoir un groupe d'officiers qui se sont distingués pendant la Seconde Guerre mondiale et seraient susceptibles d'exercer un jour des commandements importants au sein de l'armée américaine. En 1950, il entame la formation du Command and General Staff School de Fort Leavenworth, Kansas. Avide de participer à la guerre de Corée après l'attaque communiste de juin, il n'y parvient qu'en 1952 et prend la tête du 187th Regimental Combat Team. Cependant, la guerre s'est enlisée dans les tranchées et Westmoreland n'est guère enthousiasmé par cette lutte de positions qui s'achève à l'été 1953.

    Westmoreland devient alors le protégé de Taylor, chef d'état-major de l'armée américaine après la démission de Ridgeway fin 1954. Le président Eisenhower privilégie alors la doctrine des "représailles massives" et le budget de l'US Army en souffre, ce que n'a pas toléré Ridgeway. Taylor est plus astucieux et ne se prive pas de critiquer la posture présidentielle par des voies détournées. Ce faisant, il attire l'attention de Kennedy qui le gardera comme conseiller spécial auprès de lui quand il sera président. Fin 1956, Westmoreland, devenu général, prend la tête de la 101st Airborne Division. Taylor le nomme ensuite Superintendant de West Point. Westmoreland est convaincu, depuis 1954, que l'armée américaine sera un jour engagé au Sud-Viêtnam : c'est pourquoi il intègre dans le programme de l'école un cours sur la contre-insurrection, ce qui peut paraître étonnant au vu des reproches qu'on lui fera plus tard ! Alors que la situation se détériore et que Diêm, le dirigeant du Sud, est renversé avec l'accord des Américains, Westmoreland est choisi par le successeur de Kennedy, lui aussi assassiné, Johnson, pour remplacer le général Harkins à la tête du MACV. Westmoreland a été choisi au milieu de 4 noms, dont Abrams, son futur successeur, car il était regardé par le pouvoir politique comme ayant la tête froide et n'étant pas destiné à faire de l'ombre ou à vouloir dicter sa conduite aux autorités civiles comme avait pu vouloir le faire MacArthur en Corée avec le président Truman.

    Westmoreland, qui a d'ailleurs rencontré MacArthur avant de partir, vient en inspection au Sud-Viêtnam dès janvier 1964. Il est alors beaucoup plus pessimiste que l'homme qu'il va remplacer, le général Harkins. A ce moment-là, le Nord-Viêtnam a déjà accentué son aide au Viêtcong qui profite du chaos politique consécutif à la mort de Diêm pour accélérer le retournement de la situation militaire. L'ARVN subit des coups sévères et Westmoreland est notamment impressionné par la défaite de Binh Gia. Devenu commandant du MACV en juin, Westmoreland s'entoure de diplômés de West Point et d'anciens membres de la 101st Airborne Division. En février 1965, il ne croit pas à l'efficacité des frappes aériennes sur le nord décidées par le président Johnson : contrairement à son protecteur Taylor, devenu un partisan de la "riposte graduée" après avoir été partisan d'une posture plus musclée, Westmoreland plaide pour des opérations agressives.

    Westmoreland n'est cependant que le commandant du MACV et n'a pas tous les pouvoirs militaires à l'instar d'un Eisenhower pendant la Seconde Guere mondiale. Il obtient cependant du président Johnson le débarquement des Marines à Da Nang. Après la défaite de Ba Gia, il insiste cependant pour un renforcement du dispositif, arguant des coupes sévères portés par le Viêtcong à l'ARVN. Il rejette la stratégie des enclaves côtières prônée par Taylor pour privilégier une posture plus offensive. Les premiers combats de l'été 1965 menés par la 173rd Airborne Brigade puis à l'automne par la 1st Cavalry Divisionà Ia Drang semblent confirmer son choix d'une guerre d'attrition. En 1966, avec les forces à sa disposition, il met en place le "search and destroy"' pour protéger la zone tactique du Ier corps, les provinces côtières de la zone tactique du IIème corps et les environs de Saïgon. Mais cette stratégie n'arrive pas à empêcher l'adversaire de se renforcer au Sud-Viêtnam, alors même que Westmoreland caresse déjà le rêve de pouvoir envahir le Laos ou le Cambodge pour casser la logistique du Nord-Viêtnam via la piste Hô Chi Minh.

    Mais cette option n'est pas viable pour le pouvoir politique. Westmoreland colle donc à la stratégie d'attrition en dépit de l'opposition grandissante aux Etats-Unis. Cedar Falls et Junction City en marquent l'aboutissement. Mais les sanctuaires ennemis se déplacent au Cambodge et la stratégie ne permet toujours pas de venir à bout de l'ennemi au Sud-Viêtnam, la pacification prélevant des moyens qui en 1967 empêchent de rééditer ces grandes opérations multidivisionnaires. Westmoreland est rappelé par Johnson dès avril 1967 pour contrer l'opposition à la guerre : bien qu'accueilli chaleureusement, sa visite lui fait perdre en crédibilité car on le suspecte désormais de contribuer au discours jugé trop optimiste du président. C'est aussi à ce moment-là que l'attention de Westmoreland se focalise sur Khe Sanh, base à l'extrémité ouest du cordon de sécurité installé près de la zone démilitarisée, où se déroule la "bataille des collines". Westmoreland comptait s'en servir pour mener les opérations au Laos mais y voit maintenant l'occasion de se servir des Marines comme appât afin d'attirer et dcraser sous un appui-feu massif l'armée nord-viêtnamienne.

    C'est en 1967 également que Westmoreland reçoit comme adjoint Abrams, qu'il n'avait pas voulu en 1964. L'année voit aussi l'arrivée de Robert Komerà la tête du programme CORDS. Désormais, la stratégie d'attrition se double d'une pacification et d'une amorce de "viêtnamisation", mais l'effort est trop mal coordonnée pour aboutir. On a souvent reproché à Westmoreland, également, de se montrer trop indulgents sur le terrain avec des officiers manifestement inaptes au commandement. Sur son livret de chevet se trouvaient le roman de Jean Lartéguy,Les centurions, et les oeuvres de Bernard Fallsur Dien Bien Phu et la destruction du Groupe Mobile 100. Lors de la bataille des frontières, prélude sanglant à l'offensive du Têt, Westmoreland évoque déjà, pour briser les comparaisons faites entre le siège de Con Thien et celui de Dien Bien Phu, un "Dien Bien Phu à l'envers". Il est moins à l'aise face aux pertes sévères subies à Dak To, qui commencentà remuer l'opinion américaine.

    Rappelé à nouveau aux Etats-Unis en novembre 1967, Westmoreland fait des déclarations optimistes, persuadé que l'ennemi est proche du point de rupture. Contrairement au secrétaire à la Défense, McNamara, qui est lui beaucoup plus pessimiste. A partir du 20 janvier 1968, Westmoreland reste concentré sur Khe Sanh où se déclenche une attaque nord-viêtnamienne, alors même que se multiplie les signes d'une offensive généralisée à travers tout le pays. Weyand, qui dirige les forces de la région de Saïgon, a perçu une menace, mais comme Westmoreland, pasà l'échelle de tout le Sud-Viêtnam. Quand se déclenche l'offensive du Têt, et malgré la sévère défaite communiste, les déclarations maladroites de Westmoreland à l'ambassade américaine ne font que faire douter l'opinion américaine du résultat réel de l'offensive. Les Etats-Unis constatent avec amertume que leur armée n'a pas de stratégie pour l'emporter et que tous les efforts consentis jusqu'ici ont été bien vains. Le président Johnson finit par jeter l'éponge et annonce, le 31 mars, qu'il ne se représentera pas pour l'élection présidentielle de 1968, tout en demandant l'ouverture de négociations. 


    Ci-dessous, extrait de la fameuse déclaration de Westmoreland le 1er février 1968, à l'ambassade américaine, au moment de l'offensive du Têt. 



     

    Westmoreland est nommé chef d'état-major de l'armée américaine en juin 1968, une décision prise avant le Têt, mais qui survient alors que le mini-Têt est brisée et la base de Khe Sanh, où le siège communiste a été levé, vient tout juste d'être évacuée. Un retour aux Etats-Unis sans fanfare ni trompette, Westmoreland étant même pris à parti lors de déplacements en public par le mouvement antiguerre. Un temps rassuré par l'élection de Nixon qu'il juge plus dur que Johnson, Westmoreland est cependant rapidement déçu en comprenant que le républicain compte bien retirer l'armée américaine du Sud-Viêtnam. Quand survient l'affaire du massacre de My Lai, Westmoreland diligente immédiatement une commission d'enquête mais sera conspué par le mouvement antiguerre. Une enquête qu'il fait réaliser en 1970 montre également la déliquescence du corps des officiers au Viêtnam et de l'armée en général, les problèmes liés aux tensions raciales, à la drogue (10 à 15% des soldats consomment de l'héroïne en 1971) et le fragging, sans compter les refus d'obéissance d'unités entières, y compris parmi les divisions d'élite comme la 1st Cavalry.Les troubles se transportent d'ailleurs au sein des forces d'occupation en Allemagne qui reçoivent des vétérans du Viêtnam. Westmoreland doit faire le ménage sur place et parallèlement, entamer la conversion de l'armée en force professionnelle. 

    Dans le même temps, opposé au retrait massif voulu par Nixon, Westmoreland regarde avec envie l'offensive au Cambodge en 1970, mais avec beaucoup plus d'inquiétude le désastre de l'opération Lam Son 719 au Laos l'année suivante où l'ARVN montre des carences manifestes en dépit des déclarations optimistes d'Abrams, qui remplace Westmoreland comme chef d'état-major après l'échec nord-viêtnamien de l'offensive de Pâques 1972. Celui-ci voit avec désespoir la signature des accords de Paris qui autorisent les troupes du Nord à reste au Sud, en échange du retour des prisonniers de guerre. Il assiste impuissant à la chute de Saïgon en avril 1975. 

    Retiré à Charleston, avec sa famille, en Caroline du Sud, Westmoreland s'essaie à la politique en postulant dans le camp républicain pour le poste de gouverneur, mais faute de véritable implication et de savoir-faire, il échoue. En 1976, il publie ses mémoires, A Soldier Reports, où il tente de justifier sa stratégie du search and destroy et tire à boulets rouges, sans doute à tort, sur les média. Il ne cesse de parader aux côtés des vétérans et de vouloir dialoguer avec les étudiants.  Le dernier combat de Westmoreland a lieu contre, encore une fois, les médias : piégé par des réalisateurs peu scrupuleux d'un documentaire de la chaîne CBS sur la guerre du renseignement pendant la guerre du Viêtnam, Westy contre-attaque lors d'un procès qui finit par mettre en évidence la mauvaise foi des personnes incriminées, bien que l'ancien chef d'état-major abandonne bientôt les charges. Le 1er juin 1986, épisode sur lequel se termine le livre de Zaffiri, il est en tête de l'immense parade des vétérans de la guerre du Viêtnam à Chicago.

    Ainsi, en un peu plus de 400 pages, dont près de la moitié dédiée au parcours viêtnamien de Westmoreland, Zaffiri réussit le tour de force de bâtir une biographie plutôt équilibrée d'un général qui a souvent servi de bouc-émissaire à l'échec américain dans le conflit. Un travail bâti sur de nombreuses interviews -dont celle de Westmoreland, depuis disparu en 2005 à l'âge de 91 ans)- et une bibliographie en fin de volume. A signaler, l'absence de cartes, malgré un encadré central d'illustrations.  Zaffiri date aussi un peu sur certains aspects du conflit, renouvelés depuis par l'accès à de nouvelles archives ou de nouveaux travaux, comme sur le siège de Khe Sanh.

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